27 10 16

Ouvrez vos écoutilles

téléchargement (6).jpg" A six ans,  je ne parlais toujours pas. Mon cerveau était différent. (...) 

Alors j'ai réorganisé mon cerveau comme s'il était un grand grenier vide. Pendant la journée, j'y entassais les connaissances et, le soir, je les rangeais dans les bonnes cellules. J'ai divisé cette pièce en trois parties: le travail, la mémoire et le jeu."

Lire Hugo Horiot, l'observer parler, c'est faire fi de bien des a priori en matière d'autisme.

Et cela fait grand bien.

Sauvé de l'internement en hôpital psychiatrique par l'amour d'une mère, sa confiance dans les possibilités de son enfant, Julien Horiot se fait Hugo: il enterre, à six ans, prénom et prime enfance, émerge d'un mutisme forcené et endosse avec une surprenante maturité le rôle que la société attend de lui. De là à devenir comédien , il n'y a qu'un pas que le jeune adulte franchit avec allégresse, frotté à l'enseignement d'un "vieux fou aux paroles sages" ,  dans lequel nous pensons bien reconnaître Pierre Debauche.

S'il ne prétend pas faire un traité d'autisme, Hugo Horiot nous enseigne de mots justes et choisis, son rapport à la vie,  à chacun des concepts qui régissent les têtes de chapitres - Julien - Hugo - L'école -  être père, ....la nécessaire distance qu'il lui faut maintenir , sur laquelle repose son adaptation sociale.

D'aucuns se perdent dans le miroir d'un masque si réussi, qui crient à l'imposture  - " Ce type est un complot financé par la psychanalyse! -  D'autres ouvrent leurs écoutilles et prennent espoir

Le témoignage est d'or, qui rend hommage - aussi - à la force de conviction d'une mère, la sienne, Françoise Lefèvre, militante ardente d'un combat solitaire. Elle le consigne , en 1990,  dans Le Petit Prince cannibale (Actes Sud) , récit qui lui vaut le Goncourt des Lycéens.

A conseiller,  en complément de la lecture de l'essai : la vision de la rencontre mère - fils organisée le 28 mai 2013, par les éditons Iconoclaste ( Daily Motion et le site d'Hugo Horiot : www.hugohoriot.com )

Carnet d'un imposteur, Autoportrait de l'autiste en comédien, Hugo Horiot, essai, Ed. Iconoclaste, août 2016, 158 pp

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26 10 16

Un quart de quarteron…

Salan Qui suis-je.jpgLe journaliste français d’extrême droite Jean-Paul Angelelli [1] est né à Alger en 1934 et il a fait son service militaire de 1960 à 1962 dans l'ouest constantinois, au 3e escadron du 6e régiment de Spahis, et il fut à cette époque décoré de la croix de la Valeur militaire avec citation. Il a été professeur certifié d'histoire-géographie aux lycées de Pithiviers (de 1962 à 1969) et de Beauvais (de 1969 à 1994) avant de décrocher le titre de docteur en histoire (titre de sa thèse : L'Algérie et l'opinion française en 1930, Nanterre, 1972) et de poursuivre sa carrière d’enseignant. Il est actuellement vice-président de l'association des Amis de Raoul Salan.

Fils du général André Zeller, Bernard Zeller est né en 1946. Polytechnicien (X66), docteur-ingénieur, ingénieur en chef de l'armement, il a fait carrière dans les industries spatiale et de défense où il a tenu des postes de direction. Il fut président de l'association des Amis de Raoul Salan de 2004 à 2015.

Ils sont les auteurs de Salan, Qui suis-je ? aux Éditions Pardès à Grez-sur-Loing, une biographie remarquable – et nos lecteurs connaissent nos convictions, très éloignées de celles des auteurs et du sujet de leur ouvrage – du général d’armées Raoul Salan (1899-1984) qui fut commandant en chef des forces terrestres, aériennes et navales en Indochine (1953-54) puis commandant supérieur interarmées en Algérie (1956-1959) et gouverneur militaire de Paris (1959-1960) avant de prendre part à une tentative de coup d’État militaire contre Charles de Gaulle et de diriger l’OAS, une sanglante organisation terroriste et colonialiste.

Admis à Saint-Cyr en 1917, Salan est affecté au 5e Régiment d’infanterie coloniale (RIC) à Lyon le 14 août 1918. Chef de section à la 11e compagnie, il participe aux combats de novembre 1918 dans la région de Verdun (Saint-Mihiel, Les Éparges, Fort de Bois-Bourru, Côte de l’Oie, Cumières-le-Mort-Homme) et est cité à l’ordre de la brigade en date du 29 décembre 1918. Ces combats ont marqué le jeune officier pour la vie.

Détaché dans l’administration coloniale en Extrême-Orient (1924-1937), il sort de la tourmente de 1940 avec trois citations. En 1944-1945, du débarquement en Provence à l’Allemagne, il mène ses troupes jusqu’à la victoire et est cité deux fois à l’ordre de l’Armée, les 29 avril et 2 décembre 1945, pour son action à la tête du 6e régiment d’infanterie coloniale et à la tête de l’infanterie de la 9e division d’infanterie coloniale.

En Indochine, aux côtés du général Philippe Leclerc, en 1945, puis du général Jean de Lattre de Tassigny, en 1951, il défend cette colonie qu’il a bien connue dans l’entre-deux-guerres. Il y affronte un ennemi implacable : le Viêt-minh, après avoir négocié sans succès avec Hô Chi Minh en 1946 à Đà Lạt et à Fontainebleau.

En 1958, après avoir échappé à un attentat au bazooka commis le 16 janvier 1957 par des ultras qui lui reprochaient, outre d’avoir « bradé l’empire » en Indochine, une addiction à l’opium, des opinions socialistes et une appartenance à la franc-maçonnerie, Raoul Salan avait soutenu Charles de Gaulle, revenu aux affaires publiques après une traversée du désert longue de 12 années, avant de participer en avril 1961 au putsch d’Alger contre de Gaulle qu’il accusait de trahison [2] et de prendre la tête de l’Organisation de l’armée secrète (1961-1962), une organisation politico-militaire clandestine française, créée le 11 février 1961 pour la défense de la présence française en Algérie par tous les moyens, y compris le terrorisme à grande échelle.

On se souvient de la fameuse bourde de langage commise le 23 avril 1961 par Charles de Gaulle qui, dénonçant la tentative de putsch dirigée par Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller et Raoul Salan, commença son intervention radio-télévisée par : « Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire. (…) Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite… » [3]

Arrêté le 20 avril 1958 et condamné à la détention criminelle à perpétuité, Raoul Salan fut libéré le 15 juin 1968 et rétabli dans l’intégralité de ses droits le 3 décembre 1982 (sous la présidence de François Mitterrand).

En dépit de son parti-pris très laudateur, l’essai de Jean-Paul Angelelli et de Bernard Zeller présente, à nos yeux, deux avantages essentiels : d’une part, la remise en perspective factuelle de l’embrouillamini politico-militaire qui entraîna la chute de l’empire colonial français et dont les militaires firent les frais, et, d’autre part, le récit de la vie entière de Raoul Salan (et pas seulement de l’époque des événements en Algérie), le tout permettant de mieux comprendre comment il et comment on en était arrivé là…

Bernard DELCORD

Salan Qui suis-je ? par Jean-Paul Angelelli et Bernard Zeller, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », juin 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

 

Sommaire :

 

ENFANCE ET JEUNESSE

Une enfance heureuse

La Grande Guerre et la campagne de Syrie (1918-1921)

 

PASSION INDOCHINOISE

 

LA GUERRE DE 1939-45 ET SES PRÉMICES

Le Service de renseignement intercolonial

La campagne de France

Vichy (août 1940-février 1942)

Dakar (février 1942-août 1943)

Alger (septembre 1943-mai 1944)

Le débarquement de Provence

Vers la victoire (hiver 1944-printemps 1945)

 

LA GUERRE D'INDOCHINE (1945-1954)

Salan diplomate (1945-1946)

Négociations entre la France et le Viêt-minh

Les débuts de l'affrontement avec le Viêt-minh

Avec de Lattre (1951)

Commandant en chef en Indochine

Diên Biên Phu et la fin de la présence de la France en Indochine

 

RESPONSABILITÉS SUPRÊMES EN ALGÉRIE

Le chef de guerre

L'affaire du bazooka

Les batailles d'Alger

Le 13 mai 1958

Délégué général en Algérie

Bilan algérien

Vers le passage dans la réserve

 

LE PASSAGE DANS L'ILLÉGALITÉ, LE PUTSCH ET L'OAS

Intermède espagnol

Le putsch

À la tête de l'OAS

Arrestation du général Salan

 

PROCÈS

Ouverture et déclaration du général Salan

Témoignages

Réquisitoire, plaidoiries et verdict

Les suites du procès

 

DÉTENTION, LIBERTÉ, FIN

À Tulle

Liberté recouvrée

La fin

 

[1] Jeune étudiant à l'université, il milita au Cercle Henri Quatre (Lycéens et Étudiants d'Action française) et, durant toute sa carrière jusqu’aujourd’hui, il a collaboré ou collabore encore à La Nation française, à Rivarol (quitté en 2010) et aux revues Est-Ouest, Écrits de Paris, L’Algérianiste, Nous les Africains, Mémoire Vive. Il fut candidat sur les listes u Front national en 1988.

[2] Le 13 mai 1958 à Alger, Raoul Salan avait participé à la formation d’un « comité de salut public » appelant le général de Gaulle au pouvoir pour sauver l’Algérie française. À cet égard, le « Vive le général de Gaulle ! » lancé le 15 mai 1958 par Salan à l’issue de son discours prononcé au balcon du gouvernement général fut décisif et Charles de Gaulle devint président du Conseil le 1er juin suivant. Dans des discours prononcés successivement les 4 et 6 juin 1958 à Alger puis à Mostaganem, de Gaulle, s’adressant à ceux qui l’avaient ramené au pouvoir, s’écria : « Je vous ai compris » et « Vive l’Algérie française ! » avant de proposer l’autodétermination pour l’Algérie le 16 septembre 1959…

[3] Pour « un quatuor ». Quarteron, quarteronne (de l’espagnol cuarterón, de cuarto, quart) est un nom qui désigne un métis ayant un quart d'ascendance noire et trois quarts d'ascendance blanche… (Dictionnaire Larousse)

26 10 16

Pour remonter dans le passé…

Manuel de paléographie française.jpgNicolas Buat, conservateur en chef du patrimoine, est directeur adjoint des Archives de Paris et Évelyne Van den Neste, conservateur général du patrimoine, est chef du Service des archives et de l’information documentaire de la Présidence de la République française. Archivistes-paléographes, ils sont chargés depuis plus de dix ans du cours de paléographie organisé aux Archives départementales du Val-de-Marne.

Ils sont aussi les auteurs, aux Éditions Les Belles Lettres à Paris, d’un Manuel de paléographie française et d’un Dictionnaire de paléographie française qui passionneront les historiens et seront de la plus grande utilité pour les archivistes, les conservateurs de bibliothèques et de musées, les notaires, les généalogistes, les mémorialistes, les romanistes, les étudiants, les thésards, les membres de cercles d’histoire locale et nationale, et, plus largement, toutes les personnes amenées à déchiffrer des textes rédigés entre le XVe et le XVIIIe siècle.

Voici ce qu’ils nous écrivent de leurs deux ouvrages :

« De la fin du Moyen Âge à la Révolution, la façon d'écrire le français a beaucoup évolué, et le tracé des lettres encore plus rapidement que l'orthographe ou la grammaire. Pour lire les sources originales de l'histoire de France, de la charte royale au plus humble registre paroissial, il est indispensable de maîtriser certains codes et certaines règles : c'est ce qu'enseigne la paléographie.

Quel lecteur de documents anciens n'a pas été confronté à des difficultés pour déchiffrer un texte ? Quel amateur d'archives n'a pas été rebuté par une écriture jugée illisible, désorienté par une orthographe erratique, perdu par un vocabulaire abscons ? Outil pratique et pédagogique, le Manuel de paléographie française a été conçu pour que chacun, néophyte ou expert, puisse surmonter ces difficultés, à son rythme et en parfaite autonomie.

C'est pourquoi il s'intéresse essentiellement aux écritures de la période postérieure à 1450, couvrant trois siècles d'un Ancien Régime riche en fonds d'archives patiemment reconstitués après les désastres de la guerre de Cent ans. Une nouvelle ère s'ouvre alors, avec le triomphe de la langue française et la généralisation des écritures liées, bientôt qualifiées de gothiques, auxquelles les greffiers et tabellions vont demeurer attachés jusqu'au XVIIIe siècle.

Abondamment illustré, l’ouvrage se compose de deux parties distinctes : un exposé en six chapitres des principes et des méthodes de la paléographie, suivi de neuf parcours d'exercices, à la fois thématiques et progressifs.

Cet apprentissage permet aux paléographes débutants, mais aussi aux plus confirmés, de se familiariser avec le dessin des lettres, de repérer les abréviations des mots, de comprendre des tournures de phrases aujourd'hui archaïques, en bref, d'exercer au quotidien son œil paléographique…

Dictionnaire de paléographie française.jpg

Conçu quant à lui comme un ouvrage de base, le Dictionnaire de paléographie française s'adresse aussi bien à l'érudit qu'au simple curieux. Plus commode qu'un manuel, il est le compagnon idéal du chercheur en salle de lecture. Il se laisse également feuilleter avec plaisir : comme tout dictionnaire, il offre avec plus de 2 500 entrées, 12 000 exemples et 15 000 illustrations un trésor d'associations de mots et d'images, de découvertes inattendues.

Certains mots font encore l'objet de planches particulières : autre, faire, icelui, Jehan, maître, pour, présent, que... Il ne s'agit en aucun cas d'un dictionnaire de mots rares ! Ce sont au contraire les termes les plus courants qui sont les plus difficiles à lire ou à interpréter, parce qu'ils sont écrits en abrégé ou perdus dans des formules au sens obscur. Les exemples sont là pour montrer les associations de mots et d'idées les plus fréquentes dans les actes de procédure ou de la pratique notariale.

Régler une querelle de voisinage, obtenir un dégrèvement d'impôts, passer un contrat de travail, organiser une succession : ces soucis de la vie quotidienne étaient également ceux de nos ancêtres, et nous sommes nombreux à vouloir en retrouver le témoignage dans des liasses et des registres parfois très anciens.

Les archives publiques sont ouvertes à tous, et ce dictionnaire aidera son utilisateur à remonter le temps, peut-être bien au-delà de ce qu’il espérait. »

De précieux outils de décryptage !

Bernard DELCORD

Manuel de paléographie française par Nicolas Buat et Évelyne Van den Neste, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Sources », mai 2016, 313 pp. en noir et blanc au format 14,6 x 21,6 cm sous couverture brochée en bichromie, 25 € (prix France)

Dictionnaire de paléographie française, nouvelle édition revue et augmentée, par Nicolas Buat et Évelyne Van den Neste, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Sources », mai 2016, 803 pp. en noir et blanc au format 14,6 x 21,6 cm sous couverture brochée en bichromie, 45 € (prix France)

26 10 16

Centenaire présidentiel

FIC120793HAB40.jpg

 En ce jour centenaire de la naissance de François Mitterand (1916 -1996),  découvrons l'ouvrage superbement illustré que lui consacrent les éditions du Rocher . Il est signé Florence Pavaux- Drory, qui tôt gravita dans son entourage - et Fabien Lecoeuvre.  Largement consensuel, il fut édité une première fois, en 2011. Maquette remaniée, de nombreuses et inédites photos ajoutées, il propose aussi, en cette nouvelle édition,  de scanner les liens vers 12 discours de l'ancien président.

"Je ne promets rien d'autre que le courage"

Si de nombreuses pages et documents sont consacrés aux carrière, chantiers bâtisseurs et double septennat présidentiel - il ne pourrait en être autrement, quatorze années, cela marque énormément - d'autres nous permettent d'approcher l'enfance (heureuse et choyée ) de l'homme, le combat entrepris contre la timidité pathologique dont ce cadet de famille nombreuse était affublé.  Le courage ressort comme un trait indéniable de sa personnalité.

Choc de la guerre, jardins secrets, écriture, goûts de lectures,  paternité tard révélée, diagnostic fatal longtemps caché...sont tant d'accès à cette "force tranquille" et ... mystérieuse, que le "Tonton" si bien incarnait.

Une découverte intéressante

Apolline Elter

François Mitterand - Le livre officiel du centenaire 1916-2016, Florence Pavaux-Drory et Fabien Lecoeuvre, biographie illustrée, éd. du Rocher, sept. 2016, 192 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 10 16

Un humoriste décapant…

Courteline Qui suis-je.jpgJacqueline Blancart-Cassou, agrégée de lettres classiques et docteur d’État, est professeure honoraire à l’université Paris XIII-Nord. S’intéressant à la littérature dramatique et, en particulier, au comique, elle a consacré sa thèse au Rire de Michel de Ghelderode. Elle est l’auteur d’ouvrages sur les œuvres de ce dernier, de Jean Anouilh, de Georges Feydeau, d’Eugène Labiche, et de nombreux articles concernant divers dramaturges des XIXe et XXe siècles. Elle a reçu en 2004 la première édition du prix triennal attribué par la Fondation internationale Michel de Ghelderode.

On lui doit aussi, paru chez Pardès à Grez-sur-Loing, un passionnant Courteline Qui suis-je ?, petit essai biographique et critique très documenté et abondamment illustré dans lequel elle se penche sur la destinée personnelle et littéraire d’un des orfèvres de l’humour théâtral français de la Belle Époque

Voici la présentation qu’elle nous en donne :

« Georges Moineau est né à Tours, fils d’un auteur connu de chroniques judiciaires, qui signe Jules Moinaux. Élevé d’abord dans cette ville chez ses grands-parents, il vit ensuite à Paris, puis sera interne durant six années au collège de Meaux. Réformé après un bref service militaire, il devient employé de bureau [1], mais peu assidu à ce travail.

Sous le nom de Courteline, il écrit des chroniques dans des journaux, et les développe sous forme de contes ou de romans ; il fonde la revue Paris-Moderne [2] ; il fait la satire de la vie militaire, dans Les Gaîtés de l’escadron (1886) et Le Train de 8 h 47 (1891), et de l’administration dans Messieurs les ronds-de-cuir (1893).

En 1892, il rencontre sa première compagne, qui lui donnera deux enfants, et se tourne vers le théâtre. Dans de courtes comédies, il évoque des relations de couples (Boubouroche, La Peur des coups) et se moque de la police et de la Loi (Le commissaire est bon enfant, Les Balances).

Georges Courteline circa 1890.jpg

 Georges Courteline (vers 1890)

Devenu veuf, il se remarie. Il fait jouer une comédie, La Paix chez soi, puis un pastiche de Molière, La Conversion d’Alceste, écrit un roman, Les Linottes (1912), enfin La Philosophie de Georges Courteline (1917).

Il est promu commandeur de la Légion d’honneur [3] et élu à l’Académie Goncourt [4]. Mais sa santé est atteinte : il doit subir l’amputation d’une jambe [5] et, quatre ans plus tard, de l’autre ; il ne survivra pas à la seconde opération. Il meurt le 25 juin 1929.

Son œuvre abondante, précise et vivace dans la raillerie, en fait l’égal d’un Feydeau ou d’un Labiche. »

On ajoutera que Courteline, tout commandeur de la Légion d’honneur qu’il fut, était un grand amateur de canulars – on lui doit, par exemple, l’invention du déconomètre – ainsi qu’un académicien Goncourt fort peu conformiste, comme en témoignent ses armoiries et sa devise reproduites dans l’ouvrage de Madame Blancart-Cassou, et que nous nous faisons un plaisir de livrer à l’admiration de nos lecteurs :

Courteline (armoiries et devise).jpg

Un bien vaste programme, comme l’a dit un jour Charles de Gaulle en découvrant l’inscription « Mort aux cons ! » sur une Jeep de la 2e division blindée du général Leclerc, qui fut la première à entrer dans Paris, le 24 août 1944, lors de la bataille pour la libération de la capitale française…

Bernard DELCORD

Courteline Qui suis-je ? par Jacqueline Blancard-Cassou, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », août 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

Quelques citations de Georges Courteline :

« Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. »

« L’administration est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l'escalier ceux qui partent en avance. »

« Obliger les hommes à se laver et ne point leur donner de serviettes, toute l’ânerie militaire est là. »

« Il y a deux sortes de femmes : celles qu'on compromet et celles qui vous compromettent. »

« Un des plus clairs effets de la présence d'un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves gens qui sans lui n'auraient été que de simples imbéciles. »

« Neuf fois sur dix, la loi, cette bonne fille, sourit à celui qui la viole. »

« Il n ' y a pas de milieu dans la vie : dès qu'on n'est plus jeune, on est vieux, et au-dessus de quarante ans, on est tous du même âge. »

« Il est étrange qu'un seul terme exprime la Peur de la mort, la Peur de la souffrance, la Peur du ridicule, la Peur d'être cocu et la Peur des souris, ces divers sentiments de l'âme n'ayant aucun rapport entre eux. »

« Je veux être enterré avec une brosse à habits pour quand je tomberai en poussière. »

 

[1] En 1880, comme expéditionnaire au ministère de l'Intérieur, à la Direction générale des cultes, où, ça ne s’invente pas, il a pour directeur Charles Dumay, un anticlérical convaincu…

[2] En 1881.

[3] En 1921.

[4] Le 24 novembre 1926.

[5] La droite, le 5 janvier 1925, en raison d’une gangrène sèche consécutive d’une inflammation de l'orteil compliquée par le diabète.

25 10 16

Lettre en abyme

 

_Dugardin.jpgC'est un des cadeaux de ma fille Sophie pour mon anniversaire ; je le partage avec vous ! Si nous avons une chose en commun, c'est bien le rapport « particulier » avec notre mère. Parfois facile, heureux, parfois moins. Les textes poétiques de « Lettre en abyme » de Marc Dugardin en sont une illustration superbe. Le livre est né de la lecture de «Carta a mi madre » (Lettre à ma mère) de Juan Gelman, poète argentin mort en 2014.

 

Dans la préface, Jacques Ancet note très justement : « Ce qui fait le prix de ce petit livre bouleversant, c'est la simplicité déchirée, déchirante d'une écriture qui tente, à travers douleur et séparation, de renouer un lien rompu, le lien primordial sans lequel vivre est un déchirement infini. »

 

Je vous propose trois courts extraits pour vous donner envie de partager avec l'auteur cette relation mise en mots (et en abyme) :

 

C'est enfantin ce que je vais écrire :

Je vois une joue, la marque des griffes

et les mots me viennent

comme d'un petit fauve

en attente d'être léché

 

Je t'ai écrit

comme si l'on avait inversé les rôles

pour dévider un peu de tendresse

sur l'écheveau de ta propre histoire

 

Parfois nous nous faisons plus légers

avec des chansonnettes où le loup

est tenu à l'écart

avec des syllabes douces

sur nos écartèlements

 

Comme l'écrit Marc Wetzel dans son blog "Traversées" : "Naître, n'est-ce-pas, comme deux convois synchros, avoir sa "correspondance" dans le tunnel premier d'un corps y engageant l'autre ? Quelle plus abyssale concordance de destins qu'une série de contractions ? Et qu'est-ce que la poésie, sinon un langage aux ordres de ses propres contractions ?" 

 

 

Jacques MERCIER

 

« Lettre en abyme », poèmes de Marc Dugardin, Edition Rougerie 2016, 80 pp. 13 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 10 16

Sacré Auguste

 rodin_amoureux_01.j_1-1.jpeg  " Adieu Rose! Adieu Camille! Au revoir mes jolies! Claire, Gwendolen, Isadora,Hilda, Nuala, Jelka, Kathleen, Jeanne ou Georgette et toutes les autres, les éphémères, les oubliées, les diablesses, les folles, les mystiques - la liste est longue! Elles ont beau avoir été là, de bon cœur, elles n'ont su qu'habiter un coin de son lit,  accroître l'ombre de ses nuits, épaissir sa solitude, Une à une, elles se sont envolées comme des notes."  

 Tout est dit.

De toutes ces femmes que le célèbre sculpteur a approchées, convoitées, aimées, pétries,... pétrifiées, Frédéric Ferney trace le portrait. Ce faisant il nous révèle la singulière complexité de la vie affective de ce "queutif" invétéré, prédateur d'une chair qu'il transforme en pierre.

S'il n'épouse Rose Beuret, la compagne de ses jours, qu'à l'extrême fin d'une vie conjugale chahutée, il fera couler beaucoup d'encre et de larmes engrangeant avec la jeune Camille Claudel (1864-1943) une liaison passionnelle mal conclue. A son corps ..défendant,  rappelons ce "monstre frais, rafraichissant, tyrannique.." qu'est la jeune fille de 1882 - elle n'a pas 18 ans - toute imbue d'une assurance, d'une supériorité héritée en droite ligne du clan Claudel.  Nous reviendrons sur le sujet.

D'une plume raffinée, magique, magistrale, Frédéric Ferney nous enchante, une nouvelle fois, d'un essai fabuleux, richement illustré, menant à riche port son art de l'introspection

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Rodin amoureux, Frédéric Ferney, essai illustré, Ed.Rabelais, oct.2016, 150 pp

Billet de ferveur

AE :  Vous dévoilez, Frédéric Ferney, en Rodin « affamé de spasmes et de caresses », « un enfant que sa mère n’osait pas toucher » . Voyez-vous en cette frustration de la prime enfance la source – compensatoire – de son art ?

Frédéric Ferney :

Je n'en sais rien du tout! 

Dans Rodin amoureux, je me pose une question: par quels détours, par quelle instigation de l'âme et des choses devient-on soi, par exemple Rodin?

J'explore son enfance parce que l'enfance est "la mère des secrets" (Aragon) mais je ne crois pas qu'il y ait, ni là ni ailleurs, un mécanisme secret qui régisse l'existence de Rodin. Je m'attache plutôt dans ce livre à vérifier un pressentiment, à déceler moins des indices que des sensations - Rodin lui-même préférait de loin les sensations aux idées. Ou peut-être des présages, des petits cailloux que je ramasse sur le chemin, comme les pièces manquantes d'un puzzle, forcément inachevé et lacunaire. 

Ce n'est ni une biographie - je suis bien trop paresseux! -, ni une étude clinique du cas Rodin.

Il y a dans une vie, à côté de ce qu'on sait (événements, dates) et de ce qu'on voit (les oeuvres), des heures oubliées, des jours que le temps efface et que les biographes ignorent, des zones intouchées, fugitives, où je m'oriente et où Rodin surgit dans sa lumière intime, entre chien et loup.

C'est une vie rêvée. 

Je marche à côté de lui, je m'invite dans ses silences, je m'aventure dans ses nuits, et je lui prête ma voix. Je remplis les blancs (ou les trous noirs) de son existence, avec le pinceau le plus fin possible et avec le souci de ce que les peintres italiens appellent: le fa presto. Car je le veux vivant...

Rodin avait des doigts dans les yeux et des yeux au bout des doigts. Quelqu'un peut-il me prouver le contraire?

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 10 16

Sortie de route

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Il ne va guère nous éclairer sur le sens du roman, Luc Lang, avec un titre tient de la Genèse et un contenu, de l'ordre du bilan. Qu'importe, c'est un très beau roman...

Terrassé par la nouvelle de l'accident automobile de Camille, son épouse, Thomas tente de faire front, pour lui, pour ses jeunes enfants, Elsa et Anton.  Il veut comprendre les circonstances d'une sortie de route par trop surprenante.. Camille a-t-elle été victime d'un sabotage? 

Scrutant avec minutie les moindres détails des événements, pensées  et états d'âme de Thomas, Luc Lang livre un récit d'introspection : Thomas va revoir non seulement le film de sa vie conjugale et d'une relation avec Camille qui se délitait mais aussi celui de son enfance et du tabou qui a entravé la relation familiale. Pour ce faire, l'écrivain alterne avec brio le langage soigné des descriptions - justes et belles - et la vivacité dépouillée, crue des dialogues.  Il donne au lecteur le sentiment d'épouser la respiration même du protagoniste, sa  quête existentielle.

 Une puissance, une tension narratives  qui relèvent de l'exploit pour un texte si long.

Une lecture recommandée

Apolline Elter

 

Au commencement du septième jour, Luc Lang, roman, Ed. Stock, août 3016, 540 pp

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19 10 16

Temps de saisons…

Almanach des Terres de France 2017.jpgL'Almanach des Terres de France 2017 (qui constitue la 10e édition de ce best-seller) compile le meilleur et l'indispensable des régions de l’Hexagone.

Depuis sa création en 2008, cette parution annuelle égaye les 365 jours de l'année, au fil des saisons et au gré de ses rubriques.

Au fil de ses 320 pages, en images et en textes, vous découvrirez les saveurs des terroirs (gastronomie, recettes, étapes gourmandes…), vous partirez sur les plus belles routes de France (lieux insolites, promenades, maisons de personnalités…), vous profiterez d'astuces pratiques (maison, bricolage, bons plans, petits gestes écolos…), vous garderez l'esprit curieux (subtilités de la langue française, personnalités régionales, patrimoines architecturaux, croyances populaires…), vous vous ferez du bien (conseils de vie, de santé, de bien-être…), vous goûterez aux plaisirs de la lecture (poèmes, citations, 52 extraits de romans de la célèbre collection « Terres de France »…).

Et bien d’autres choses encore !

En outre, pour ce millésime 2017 de l'Almanach des Terres de France, des auteurs spécialistes dans leur domaine (gastronomie, jardin, patrimoine) ont prêté leur plume et souhaité faire partager leurs connaissances.

Un ouvrage à savourer durant toute l’année !

Bernard DELCORD

Almanach des Terres de France 2017 par Silvia André, Marie-Hélène Baylac, Marie-Charlotte Delmas, Guy Héranval, Julia Hung & Cécile Neuville, Paris, Éditions des Presses de la Cité, collection « Terres de France », septembre 2016, 320 pp. en quadrichromie au format 19 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs avec reliure à spirale, 19,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cette compilation passionnante

la recette régionale suivante :

Rôti de porc à la flamande

Pour 4 personnes

Ingrédients :

1 rôti de porc de 1 kg

3 cuillerées à soupe d'huile

100 g de lard fumé

2 oignon

25 cl de vin blanc sec

50 cl de bière blonde

1 cuillerée à soupe de cumin en poudre

1 feuille de laurier

1 kg d'endives

50 g de beurre

Le jus d'½ citron

Sel, poivre

Recette :

Versez l'huile dans une cocotte à fond épais, faites chauffer sur feu moyen, mettez le rôti à dorer sur toutes ses faces.

Coupez le lard en petits dés.

Épluchez et émincez les oignons.

Ajoutez-les dans la cocotte et faites-les légèrement dorer en remuant.

Salez, poivrez, versez sur le rôti le vin et la bière, ajoutez le cumin et le laurier, couvrez la cocotte et laissez cuire doucement pendant 1 heure en retournant le rôti deux ou trois fois.

Pendant ce temps, nettoyez les endives.

Dans une cocotte, faites fondre le beurre, posez-y les endives côte à côte, arrosez-les du jus du ½ citron, salez, poivrez, couvrez et faites cuire très doucement 30 à 35 minutes en retournant régulièrement les endives.

10 minutes avant la fin de la cuisson du rôti, ajoutez les endives autour.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Vie pratique | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 10 16

Traître, et fier de l’être…

Degrelle 1906-1994.jpgPhilosophe de formation, ancien éditeur [1] et enseignant [2], Arnaud de la Croix qui est déjà l'auteur, aux Éditions Racine à Bruxelles, d'Hitler et la franc-maçonnerie, des Illuminati et de La Religion d'Hitler, vient de faire paraître dans la même maison et sous un titre laconique, Degrelle 1906-1994, la première biographie politique d’importance du « beau Léon », l’archétype en Belgique de la trahison sous toutes ses formes (idéologique, militaire, raciste, opportuniste et crapuleuse) durant la Seconde Guerre mondiale.

Voici la présentation de l’ouvrage fournie par les Éditions Racine :

« Cette première biographie complète explique comment un jeune catholique, doué pour l'écriture comme pour la parole, finit dans la peau du dernier grand chef nazi.

Arnaud de la Croix a mené une enquête approfondie sur l'attirance précoce de Léon Degrelle pour la poésie et son intérêt, dès l'adolescence, pour l'autoritarisme (D'Annunzio, Mussolini) comme pour le nationalisme (Maurras), et sur sa véritable fascination pour le Führer jusqu'à son exil en Espagne.

Il met également au jour nombre de détails inédits, fait la part des choses et décrit avec précision les relations de Degrelle avec des personnages hors du commun comme monseigneur Picard, Hergé, l'abbé Wallez, le cardinal Van Roey, le roi Léopold III, Paul Van Zeeland ou Paul-Henri Spaak. Mais aussi Goebbels, Himmler et Hitler. »

On pourrait y ajouter le nom du publiciste et romancier Robert Poulet, homme du roi cité à diverses reprises, sans qu’il soit fait mention de leur clash fameux consécutif du discours de Degrelle sur la germanité des Wallons (Liège, 17 janvier 1943), ouvrant la voie à l’éclatement de la Belgique en deux Gaue, États satellites du Reich, Degrelle se voyant ipso facto futur Gauleiter de Wallonie, mais le cas de l’écrivain liégeois est une autre histoire à écrire…

La science d’Arnaud de la Croix est grande, et son exposé ne manque ni d’intelligence, ni de perspicacité, ni de mesure, une jolie performance intellectuelle s’agissant de voir clair dans le jeu brouillé d’un criminel mythomane, roublard et sans vergogne.

Cet essai passionnant , qui se penche aussi longuement sur les magouilles politiques de l'establishment d'avant-guerre, se complète d’un avant-propos de l’historien belge Alain Colignon [3], d’une postface du Français Jean-Louis Vullierme [4], d’un index détaillé et d’une vaste bibliographie – on y regrettera néanmoins l’absence de trois ouvrages de l’historien Eddy De Bruyne, spécialiste s’il en est de la collaboration rexiste, à savoir Léon Degrelle et la Légion Wallonie : la fin d’une légende (Luc Pire, 2013), Les commandos wallons d’Hitler (Luc Pire, 2014), tous deux édités par votre serviteur, ainsi que son Encyclopédie de l’Occupation, de la Collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (Cercle Segnia, La Roche, 2016) –, le tout constituant désormais la référence incontournable sur le bouillant Bouillonnais.

Chapeau !

Bernard DELCORD

Degrelle 1906-1994 par Arnaud de la Croix, avant-propos d’Alain Colignon, postface de Jean-Louis Vullierme, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2016, 224 pp. en noir et blanc + 1 cahier photos de 8 pp.  en quadrichromie au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

 

[1] Aux éditions Le Cri, Duculot, Casterman et Le Lombard.

[2] À l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.

[3] Attaché au Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines (Cegesoma) à Bruxelles.

[4] Agrégé de philosophie, docteur d'État en droit et docteur en philosophie politique, ancien professeur à la Sorbonne.