27 02 17

"Rosa", un très grand livre !

marcel sel rosa.pngUn grand livre ! Un de ceux qu'on attend – souvent trop longtemps - quand on aime lire et écrire ! « Rosa » de Marcel Sel est la révélation d'un nouveau et talentueux romancier. On connaissait déjà l'essayiste ou blogueur (Blog de Sel), voici le narrateur, le scrutateur de l'âme humaine et des sociétés où elle évolue. Chez cet habitué des réseaux sociaux, nous trouvons évidemment des phrases courtes, efficaces, justes et belles.

Le premier chapitre est tout de suite étourdissant avec l'enfance, l'émotion, la déception, la mémoire, tout ce qui peut nous entraîner dans la lecture. Mais le livre a comme originalité d'alterner l'histoire et son écriture. L'auteur envoie des pages à son père en échange d'argent (8 pages à 30 euros = 240, par exemple).

Parlons des mots et même des néologismes : « Je suis un adultescent », écrit-il ou « à cause de mon abruxellation », mot inventé par Juan d'Oultremont. J'aime aussi « corbeiller », soit jeter à la corbeille : « Il ne pourrait plus jeter mon travail, le corbeiller ! »

Et ces phrases qui ne peuvent que nous toucher, si on s'essaie à l'écriture : « Je pose la précieuse feuille sur le buvard de son bureau. Je prends une bouffée de l'odeur d'encre Waterman. Même fermé, le pot diffuse un parfum fort, profond, intelligent. »

« Ça fait quatre jours que j'ai commencé l'histoire de Rosa. Et déjà, j'ai besoin d'elle – de l'histoire. Et de Rosa, aussi. En marchant, j'imagine les scènes que je dois écrire. Je les fais respirer avant de les coucher sur le papier. Je les promène, elles prennent l'air. Après toutes ces années passées dans mes carnets à boudins, elles étouffaient. »

C'est un livre qui navigue entre la Belgique et l'Italie. A propos de notre pays, ces notations magnifiques : « Quand il pleut, je m'enivre de sa fonte qui a l'air de pleurer, oui, de fondre en larmes, tout comme les piétons, les voitures, les camions, qui plient sous l'averse. Quand le ciel est flamand, qu'il descend au plus bas, à nous toucher presque, pour imposer son plafond sombre et menaçant, mon pont se détache du canal avec un air de défi. » ou « Il a plu un peu. J'habite un pays qui pleurniche. »

A propos de l'Italie : « Vu des collines alentour, c'est un amas de pierres muettes. De toits de tuiles mates. Des maisons qui se grimpent dessus. » ou «Venise ronronnait en fin d'après-midi. »

Parmi les sujets, la peinture et les musées tiennent une grande place : Picasso, Degas, Spilliaert. Là, il découvre une jeune femme en robe bleue qui est assise dans le Musée d'Art ancien, rue Royale à Bruxelles : « Elle me tourne le dos. Il a l'air d'onduler. Ou alors, c'est son dos qui est une ondulation. « Elle se lève, l'eau se déplie », me dis-je. Je souris : La jeune femme qui dort peut-être encore et dont j'étudie le dos a la souplesse de ce vers d'Eluard. » Plus loin : « Elle s'étire. Ses bras touchent l'infini. »

A propos de l'amour, du premier baiser et du reste, on lit et on redécouvre grâce à la pudeur, à la sensualité et et à l'élégance des descriptions. Ne ratez pas la page 180 !

 Comme le premier chapitre, celui des « galettes » recèle aussi des pages magnifiques ! On est dans le livre, on ne le lit plus, on le vit !

Il faudrait encore parler de tant de choses : de Mussolini, de l'horreur de la fin de la guerre en Italie, des Oustachi, de l'exportation des Juifs, bien entendu qui sous-tend le livre tout entier.

Un mot encore, extrait de l'épilogue, et qui explique si bien nos errances : « Avant, je marchais dans ma ville en regrettant de ne pas être ailleurs. Désormais, je prends mon temps. J'écoute l'écho des pierres. Je regarde les vieilles maisons, je leur demande de me raconter leur histoire. »

Un très grand livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Rosa », Marcel Sel, OnLit édition, 2017, 12X19 cm, 300 pages, 19,50 euros.

 

 

 

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