21 08 17

Coup d'envoi de la rentrée

L'heure de la rentrée (littéraire) a sonné et avec elle, celle de nos chroniques, coups de coeurs, billets de ferveur.

Saluons la parution, ce jour, du troisième roman de Gaëlle Nohant, portrait saisissant,  parce que vécu de l'intérieur, du poète surréaliste Robert Desnos, né en 1900 - la même année qu'Antoine de Saint-Exupéry - décédé le 8 juin 1945, au camp de concentration de Theresienstadt (ancienne Tchécoslovaquie) , d'un typhus contracté, alors même que le camp venait d'être libéré de l'Occupant nazi...

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Centré sur les Années folles, la vie parisienne, amicale, amoureuse, littéraire .. de l'enfant du quartier des Halles, le focus ne quitte pas le protagoniste. Il est omniprésent, tant il habite l'esprit et le coeur de la romancière.

S'il côtoie un temps André Breton,  Robert Desnos rompt rapidement avec l'ombrageux père du surréalisme, Qu'importe, ses amis sont légion,  Man Ray, Alejo Carpentier, Paul Eluard,  Jacques Prévert,  Théodore Fraenkel,  Antonin Artaud, André Masson, Jean-Louis Barrault, Kiki, Fredrico Garcia Lorca,  Hemingway….

ils se rejoignent au café  (les Deux-Magots, la Coupole), refont le monde,  consolident leurs liens, leurs voies d'expression.

Côté amour, le cœur du poète bat intensément: accablé par la mort d'Yvonne George, Robert restera fidèle à son second amour, Youki Foujita.

Sa veine d'écriture laisse part large à l'expression "surréaliste"  de l'inconscient ; elle se décline en poèmes, bien sûr, mais aussi en scénarii de cinéma, de publicité, chroniques radiophoniques et même en chansons, telle la célèbre Complainte de Fantomas, écrite sur une musique de Kurt Weill, pour les besoins du film Fantomas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain (1933)

Mais la guerre approche et l'antisémitisme oeuvre à sa sale besogne.

Engagé dans la résistance,  Robert Desnos est arrêté par la Gestapo,  le 22 février 1944, en son appartement de la rue Mazerine, sous les yeux de Youki, qui devient narratrice du récit (quatrième partie)

Usant d'humour et d'optimisme comme derniers remparts contre la barbarie,  Robert succombe à sa libération..

Sans tes lunettes, la nuit tu es aveugle. Dans la grange opaque où on vous a parqués, tu es désorienté. Tu t'égares dans le clan des Soviétiques. Depuis le début, les Russes, déshérités parmi les déshérités, forment contre vous un bloc hostile. À Flôha tu en plaisantais, imitant les prières de ton ami Rödel: « Mon Dieu, délivrez-nous des Russes. Les Allemands, on s'en chargera nous-mêmes. »

 Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 17 août 2017,  540 pp

Apolline Elter

 Billet de faveur

AE : Gaëlle Nohant, on vous sent totalement imprégnée de Robert Desnos. Vous lui rendez la vie, en quelque sorte. Qu’est-ce qui vous a menée à lui ?

Gaëlle Nohant :

Robert Desnos m’accompagne depuis l’âge de 16 ans, j’ai eu la chance d’avoir un professeur qui l’aimait beaucoup et nous a fait découvrir un large choix de ses poèmes. Sa poésie a été une révélation pour moi et ne m’a plus quittée. Au fil du temps, j’y ai puisé de l’énergie, une forme de consolation, de quoi raffermir ma vocation littéraire dans les périodes de doutes… C’est le poète qui me touche le plus. En 2015, je me suis dit qu’il était temps de lui rendre un peu de ce qu’il m’avait donné. C’était le 70ème anniversaire de sa mort, mais il était passé à peu près inaperçu. J’ai réalisé qu’il n’avait pas la postérité qu’il méritait en tant que poète et en tant qu’homme, et j’ai eu envie de le faire rencontrer aux lecteurs. Pour cela, le faire revivre avec ses amis, ses amours, ses combats, dans le Paris de l’époque m’a  paru la meilleure forme, et le plus bel hommage. Contrairement à la biographie, le roman me permettait de m’approcher tout près de lui, jusqu’à entendre battre son cœur. Le détour par la fiction est le meilleur moyen, me semble-t-il, de rejoindre un forme de vérité profonde de l’être. Ici, comme tous les personnages de ce roman ont existé, l’exercice tenait du numéro de funambule, il fallait tout inventer « entre les clous », en respectant la personnalité et la vérité de chacun, c’était difficile mais passionnant. La vie de Desnos est un roman, et lui-même est un vrai héros incroyablement vivant et attachant. Quand on fait sa connaissance, comment ne pas l’aimer ? J’espère que les lecteurs seront nombreux à s’attacher à lui et à aller le découvrir ensuite à travers son œuvre.

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

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