29 10 17

Un supermarché nommé désir ! (Magnifique !)

_dekoker.jpgDe cette charmante chroniqueuse, Charlotte Dekoker, que l'on peut entendre chez Walid sur la Première RTBF, je ne connaissais que « Bière qui roule n'amasse pas mousse », qui m'intéressait par l'exploration humoristique de quelques expressions. Cette fois, c'est dans la collection Opuscules d'Eric Lamiroy que je découvre la romancière et « Un supermarché nommé désir ». Une révélation !

Nous allons du supermarché du parking jusque dans les rayons ; et sur deux plans : mini, une séquence de l'enfance, maxi, un bribe de l'histoire d'aujourd'hui. On est emportés par ce suspens qui ne s'arrête qu'à la toute dernière ligne. Entre-temps, le sens de l'observation aigu, les détails qui expliquent et situent, tout nous appelle au coeur du double récit. C'est pleinement réussi !

Pour vous, je recopie quelques extraits :

Texte Maxi :

« C'est rassurant, un homme qui ne va pas trop vite. Je te dépasse pour que tu puisses me voir. Et pour imaginer que tu me regardes. L'instant s'étire. J'ai des fourmis dans la colonne vertébrale. »

Texte Mini :

« C'est magnifique. Encore plus beau que le jardin de papy. La brillance des poivrons m'épate. Ah, si les feux rouges avaient d'aussi belles couleurs, je suis certaine que tu t'y arrêterais plus souvent. »

Et toujours, ce qui caractérise déjà Charlotte Dekoker : une manière d'effronterie délicieuse...

« Tu as arrêté le chariot. J'ai été obligée de te regarder dans les yeux. Tu n'as rien dit. Tu t'es simplement offert à mon regard, avec ce sourire oblique, et c'est comme si tu avais mis ta main dans ma culotte ».

Ou ces deux notations superbes :

« Alcools. Probablement le seul rayon qui porte le nom d'un livre. »

Et enfin :

« -Mais pourquoi pas. Boire du gin tonic me donne l'impression d'être une écrivaine alcoolique.

-Une écrivaine, quoi. »

Décidément, la collection Opuscules nous apporte chaque semaine sa pépite de littérature.

 

Jacques MERCIER

 

« Un supermarché nommé désir », Charlotte Dekoker, Roman, Opuscules, Edition Eric Lamiroy, 10cmX14cm, 50 pp. 4 euros, www.Lamiroy.be

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Nouvelles, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 10 17

Devoir de mémoire

Van der Plaetsen - c.jpg"Une certaine conception de l'honneur peut conduire un homme à se dépasser jusqu'à se transcender - et à mourir pour l'idée qu'il se fait de la vie dont il est l'obligé."

C'est à la vie et surtout à l'action de son grand-père maternel, le Général Jean Crépin, qu'est dédié le récit de Jean-René Van der Plaetsen.

            Une vie, un destin qui se décide le matin du 28 août 1940, à Manoka (Cameroun) et voit un jeune capitaine d'artillerie, marié, père de deux fillettes, rallier le Général de Gaulle et le combat pour la France libre, prêter serment d'une fidélité qui jamais ne faillira.

Bras droit du (futur) maréchal Leclerc - alias Philippe de Hauteclocque (1902-1947) -  Jean Crépin est nommé colonel à trente-deux ans. Il commande alors l’artillerie de la Deuxième Division blindée, la fameuse 2e DB.

Si l’infanterie est la reine des batailles, comme on l’a souvent dit, l’artillerie en est l’impératrice. Ce que Napoléon, qui était artilleur de formation, traduisait ainsi, avec son génie de la concision : « Le feu est tout, le reste est peu de chose ». C’est en effet l’artillerie qui prépare les victoires. "

La victoire de la France, ce Compagnon de la Libération la célèbre le 26 août 1944, sur les Champs-Elysées, aux côtés des généraux Leclerc et de Gaulle, " ces deux hommes auxquels il avait voué son existence et qui ont donné un sens supérieur à sa vie" ; elle lui coûte celle de son épouse le 8 septembre suivant - mutilée par une mine antipersonnel allemande - et un profond sentiment de culpabilité.

Remarié en 1947, l'officier enchaîne, à contre-coeur, l'Indochine, avec ardeur, l'Algérie, avant d'accéder à la vice-présidence de l’Aérospatiale, futur Airbus group, aux présidences de Nord-Aviation, d'Euromissile et d'assurer des missions supérieures, secrètes et névralgiques de développement stratégique.

A travers sa personnalité, son action, son humilité, c'est également " les vies admirables de ces Boissieu, Dio, Massu, Messmer, Simon ... " que Jean-René Van der Plaetsen célèbre, réalisant, d'une plume alerte et fluide, un essentiel devoir de mémoire, de transmission.

            Un récit édifiant.

Apolline Elter

La Nostalgie de l'honneur, Jean-René Van der Plaetsen, récit littéraire, Ed. Grasset, septembre 2017, 240 pp

 

Billet de faveur

AE : Vous rendez au panache – cocktail d’honneur et d’humilité qu’incarne votre grand-père – ses lettres de noblesse ; notre époque en semble moins pourvue. Imputez-vous cette attitude à une forme d’arrogance qui nous fait voir la vie comme un dû, un droit acquis, nous libérant d’obligations à son égard ? 

Jean-René Van der Plaetsen :

Tout à fait. Je pense que, la vie nous étant donnée, il convient de s’en réjouir et d’apprécier à sa juste mesure l’immense chance qu’est le simple fait de pouvoir vivre. Mais je pense aussi que certaines obligations nous incombent lors de notre passage sur terre. Certaines tombent sous le sens, comme de s’efforcer d’être heureux, de respecter ceux qui nous entourent, ou encore d’essayer de progresser dans les domaines qui sont propres à chacun ; d’autres le sont moins aujourd’hui parce qu’elles se perdent ou que nous les avons oubliées. Parmi celles-ci, il y a le sens de l’honneur qui, selon moi, doit nécessairement être accompagné du souci de l’humilité.

AE :  votre grand-père vous a en quelque sorte institué dépositaire de sa mémoire : vous étiez seul garçon, il vous sentait imprégné de ses propos.  Le fait d’avoir un fils à votre tour a-t-il amplifié l’urgence de cette transmission ?

Jean-René Van der Plaetsen :

Certainement. Ce livre n’est pas seulement le récit de vies d’hommes héroïques ou exemplaires, c’est aussi une histoire de transmission et d’héritage. L’éternelle histoire du vieil homme et de l’enfant, au fond. J’espère que mon fils, âgé de dix ans, saura trouver dans ce livre des enseignements qu’il transmettra à son tour à ses enfants. Car je crois que ces valeurs de courage et de droiture dont il est question dans La Nostalgie de l'honneur n’ont pas d’âge, même si certains les jugent dépassées aujourd’hui, et qu’elles peuvent servir à tous les temps.

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27 10 17

Mopettes show…

VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur.jpgLa maison d’édition parisienne Hugo & Cie a lancé un nouveau label, Hugo Motors, qu’elle inaugure avec la publication d’un beau livre intitulé VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur et rédigé par l’animateur Jean-Pierre Foucault qui revient sur l'histoire de ce deux-roues mythique.
 
À la naissance de l’engin, en 1946, le succès fut immédiat, explique l’auteur.
 
Et pourtant, sa technologie est particulièrement étrange : une répartition des masses illogique, une transmission par galet agissant directement sur la roue avant, une épouvantable instabilité de la direction en font un vélomoteur à la limite du danger sur route.
 
Mais le succès est tout de suite au rendez-vous, son prix et sa simplicité mécanique compensant ses défauts. 

Solexine.jpg

Par exemple, le moteur deux-temps utilisait de la Solexine, un carburant spécialement conçu pour lui et vendu tel quel, une nouveauté bien pratique à l’époque.
 
Génération après génération, toute une population a fait l’expérience de ce vélo motorisé.
 
Les stars en ont rapidement fait un objet très “in”. On a vu Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Steve McQueen (!) et bien d’autres l’utiliser.
 
Il a atteint le sommet de sa popularité à la fin des années 1960.
 
Après plusieurs rachats successifs, c’est finalement le Japonais Yamaha qui s’est retrouvé possesseur de la marque et, faute de clients, le SoleX a disparu en novembre 1988.
 
L’ouvrage de Jean-Pierre Foucault, très documenté et plaisamment écrit, abonde de belles illustrations.
 
Du quoi raviver bien des souvenirs chez ceux qui ont connu les Golden Fifties et Sixties !
 
Bernard DELCORD
 
VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur par Jean-Pierre Foucault avec la collaboration de Jean-Paul Viart, Paris, Éditions Hugo Motors, octobre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 24 x 28,3 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 € (prix France)

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26 10 17

D'une mère l'autre

l'abandon des prétentions.jpg

 C'est avec humour que Blandine Rinkel, attributaire de la Bourse découverte, décernée le 5 octobre par la Fondation Prince Pierre de Monaco, des mains de sa Présidente, S.A.R la Princesse de Hanovre (as Caroline de Monaco)  pour son premier roman, L'abandon des prétentions, souligna l'inadéquation apparente du titre...

Avec en point de mire, le portrait de sa mère, Jeanine, sexagénaire, frais retraitée,   Blandine Rinkel révèle, en effet, une belle plume, tantôt ciselée à la façon d'un orfèvre, tantôt déliée sur un mode plus récréatif . .et créatif , pétrie de métaphores inventives et d'un humour mâtiné de tendresse.

C'est qu'on a bien envie de la connaître, cette Jeanine, généreuse, loufoque, inattendue, "femme-oreille" qui apprend l'arabe sitôt sa retraite entamée, fait de sa cuisine fuschia un lieu d'écoute sociale et de confidences, administrant aux écorchés de la vie  force crèpes et cidre.

Il lui arrive d'être grugée mais la "douceur l'emporte toujours sur la méfiance." , de ne savoir que dire -  Jeanine, agitant vainement sa cuillère dans sa tasse sèche , fixait Moussa avec un regard compliqué, à la fois vide et grave, ignorant mais concerné".- mais elle se donne tout entière avec une candeur aussi jubilatoire que désarmante.

Une coeur simple? 

Oui mais sur un mode volontaire. Assumé.

Contre la tyrannie des ambitions, elle a préféré affiner sa part sensible : plutôt que les dîners à plusieurs, elle choisissait les tête-à-tête, au champagne qui frappe préférant le cidre doux ; plutôt que de s’inscrire au concours pour l’agrégation, qu’on lui conseillait de passer, elle apprit la peinture et effeuilla des livres d’histoire"

Sujet d'observation, d'étonnement, d"étude déconcertée pour sa fille, Jeanine jaillit de ce portrait dans toute la splendeur de son altruisme et d'une sagesse peu commune.

Elle devient oeuvre d'art,  mirée dans le regard adulte, pénétrant et aimant de la narratrice,  mue créatrice par une  sorte d'inversion de leurs autorités respectives 

"Peut-on en vouloir à quelqu'un de ne jamais en vouloir à personne

Une lecture subtile, drôle, bienveillante, bienfaisante .. hautement recommandée.

Apolline Elter

   L'abandon des prétentions, Blandine Rinkel, roman, Ed. Fayard, janvier 2017,  248 pp

Billet de faveur

AE :  Tout entière dévouée aux tiers, votre mère ne paraît pas avoir une grande estime d’elle-même. Ce n’est pas son propos ; Comment a-t-elle réagi à l’annonce de l’attribution du prix et de la bourse découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco ?

 Blandine Rinkel : - Jeanine n'a pas grande préoccupation de son propre ego, mais ça ne l'empêche en rien de se réjouir quand quelque chose de réjouissant et d'étonnant advient, comme l'obtention d'un prix - fusse un prix pour un livre dont elle est le centre. L'ironie joyeuse de ce prix décerné dans l'Opéra Garnier de Monaco pour un livre portant le titre  "L'abandon des prétentions" l'a amusée et émue,  elle voulait en savoir plus, sur la cette ville, ses humains, le Palais, les paysages, les protocoles et les cérémonies. Le réel est cocasse et porteur de mille histoires : l'obtention de ce prix en était une nouvelle, un récit à broder, une petite odyssée, et sur ce point, ma mère et moi sommes semblables, avides d'épopées minuscules comme celles qui grouillent partout à Monaco, donc sans hésiter : joie. 

IMG_0567.jpg

Blandine Rinkel  (au centre) attributaire de la Bourse découverte attribuée, ce 5 octobre dernier, par la Fondation Prince Pierre de Monaco

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26 10 17

Sabine

Une mère.png

"Ma mère n'était pas un exemple. Simplement une personne singulière, d'une joie et d'une puissance de vie admirables. Son souvenir m'accompagne. Qu'il accompagne le lecteur de ce livre, en lui faisant penser à d'autres êtres de cet ordre, et je serai content."

 A Sabine Sobczac, sa mère, décédée début juillet 2016, Stéphane Audeguy rend le plus digne des hommages, traçant sa vie, ses deux mariages et son portrait, sous forme d'une "tendre élégie", mâtinée d'humour mais surtout d'amour.

 Troisième de fratrie, l'écrivain a conscience d'avoir été désiré "fille"; il analyse finement  les répercussions de cette espérance déçue dans les rapports avec sa mère et son propre avènement à l'écriture.

 Des noms successifs de Sobczak, Audeguy et Julienne qui structurent l'histoire de  cette mère et les parties du récit,  jaillit son prénom de "Sabine" , chapeau de la quatrième et dernière partie ,  voie d'accès à la femme, à  son être intime.

Ce faisant, et c'est le motif du titre, de la publication, Stéphane Audeguy, entend, par le biais de la sienne, rendre hommage à toutes les mères singulières. Les nôtres.

 Un enfant admire sa mère; cela n'est rien.Elle se trouve, rétrospectivement, mériter cette admiration ?  Voilà qui est un peu mieux. Et si je me permets de l'évoquer publiquement, c'est pour celles à qui elle ressemble, et pour saluer leur courage

Une mère, Stéphane Audeguy, élégie, Ed. du Seuil, sept. 2017, 160 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 10 17

Princesse des ténèbres…

Leçons de ténèbres.jpgToujours aussi talentueuse, la romancière et poétesse belge Corinne Hoex, avec Leçons de ténèbres, un recueil paru aux Éditions Le Cormier à Bruxelles, s’est lancée cette fois dans la composition d’un livret musical étonnant, le texte d’un Office des Ténèbres profane.
 
L'Office des Ténèbres est le nom donné dans le rite romain aux matines et aux laudes des trois derniers jours de la Semaine sainte (jeudi, vendredi, samedi) qui étaient anticipées le soir précédent. L'office devait « commencer de manière à finir après le coucher du soleil », d'où le nom de « Ténèbres ».
 
Ces offices revêtent un caractère de deuil, de tristesse et de douleur.
 
Le choix des psaumes y met sous les yeux les douleurs de la Passion de Jésus-Christ, le Jeudi saint, au Jardin des Oliviers ; le Vendredi saint, devant les tribunaux et au Calvaire ; le Samedi saint, au Sépulcre.
 
Les leçons du 1er nocturne sont tirées des Lamentations de Jérémie où le prophète pleure la ruine et la destruction de Jérusalem et de son temple.
 
Pendant le chant du Benedictus, on éteint progressivement 14 des 15 cierges placés dans un chandelier triangulaire et allumés avant l'office. Ensuite, le quinzième cierge, celui qui est placé au sommet du chandelier, est caché derrière l'autel jusqu'à la conclusion de l'office qui dure entre une heure trente et deux heures quarante-cinq.
 
Mais, sous la plume de Corinne Hoex, les lamentations de Jérémie sont remplacées par une citation vénéneuse des Fleurs du mal de Charles Baudelaire :
 
Comme tu me plairais, ô nuit ! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un langage connu !
Car je cherche le vide, et le noir, et le nu !
 
Et Jésus se mue en Gesu… aldo (1566-1613), le sulfureux prince et compositeur italien (dont l’œuvre, relativement peu abondante, est presque entièrement consacrée à la voix traitée en polyphonie), qui assassina à Naples son épouse et l’amant de celle-ci dans la nuit du 16 au 17 octobre 1590, un « crime d’honneur » qui fit couler beaucoup d’encre jusqu’au XIXe siècle.
 
Par la suite, à partir de 1610 et après la mort de son fils né d’un second mariage, Gesualdo s’infligea des séances de pénitence, avec des pratiques de flagellation qui ont grandement contribué à sa célébrité posthume.
 
Très concentrées et suivant pas à pas la progression du rituel, les 48 courtes leçons de Corinne Hoex sont autant de diamants noirs qui scintillent dans la pénombre et ravivent l’effroi autour de la destinée du seul compositeur criminel qu’a connu la musique classique d’Occident.
 
Une prouesse technique hallucinante !
 
Au passage, saluons l’élection de Corinne Hoex à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au fauteuil 13, dans lequel elle a succédé le 29 avril 2017 à Françoise Mallet-Joris.
 
Une reconnaissance publique amplement justifiée !
 
Bernard DELCORD
 
Leçons de ténèbres par Corinne Hoex, avec une gravure originale de Véronique Goossens, Bruxelles, Éditions Le Cormier, septembre 2017, 71 pp. en noir et blanc au format 14,3 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 16 €

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25 10 17

« Le petit oiseau est sorti... »

Robert Doisneau (cover).jpegRédigé par Danielle Leenaerts et Virginie Devillers et publié aux Éditions Racine à Bruxelles, le catalogue de l’exposition Robert Doisneau qui se tient actuellement au Musée d’Ixelles est en tout point magnifique !
 
Il est vrai qu’il s’agit de la dernière exposition de ce musée avant les travaux de rénovation et d'agrandissement qui entraîneront sa fermeture au public entre mai 2018 et 2022 et qu’il fallait donc marquer le coup…
 
C’est une réussite totale !
 
Voici la présentation de l’événement :
 
En exclusivité en Belgique, le Musée d’Ixelles propose une rétrospective magistrale de l’œuvre de Robert Doisneau, l’illustre photographe du Baiser de l’Hôtel de ville. 150 clichés vintages y invitent à renouer avec la candeur, la malice et la beauté du quotidien de l’après-guerre.
 
Cette exposition s’articule autour de trois axes.
 
Le Merveilleux quotidien des années 1930 à 1970 offre une traversée dans l’œuvre d’un photographe qui se voulait faux témoin : il ne décrit pas le réel, mais en propose plutôt une lecture poétique.
 
Palm Springs 1960 : 30 clichés en couleurs réalisés pour le magazine américain Fortune traduisant le regard amusé d’un ethnologue improvisé sur une population de retraités bienheureux à l’opulence joyeuse.
 
Ateliers d’artistes : 55 prises de vue réalisées entre 1945 et 1971 dans les ateliers de Picasso, Braque, Utrillo, Giacometti, Brancusi ou César... (1) 

Robert Doisneau (Le baiser de l'hôtel de ville).jpeg

Robert Doisneau, Le baiser de l'Hôtel de ville, Paris, 1950 © Robert Doisneau
 
Particulièrement soigné, le catalogue est une mine de clichés et d’informations fournies par les auteures et par le préfacier, Jacques Véry, professeur honoraire au Lycée Robert Doisneau à Corbeil-Essonnes.
Un must pour les amateurs d’art et les bibliophiles !
 
Bernard DELCORD
 
Robert Doisneau par Danielle Leenaerts et Virginie Devillers, préface de Jacques Véry, versions bilingues français-anglais et français-néerlandais Bruxelles, Éditions Racine, octobre 2017, 240 pp. en quadrichromie au format 24 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,95 €
 
Renseignements complémentaires :
 
EXPOSITION ROBERT DOISNEAU
Du 19.10.17 au 04.02.18
 
Adresse :
Musée d’Ixelles
Rue Jean Van Volsem 71
B - 1050 Bruxelles
Tél. +32 (0)2 515 64 21/22
E-mail : musee@ixelles.be
www.museedixelles.be
 
Horaires :
Du mardi au dimanche, de 9 h 30 à 17 h 00.
(Derniers tickets à 16 h 45.)
Fermé le lundi et les jours fériés.
 
Tarifs :
8 €
5 € : étudiants, seniors, groupes (10 personnes ou plus), Amis du Musée, Ixellois, détenteurs d'un billet Thalys et/ou d'un billet SNCB en cours de validation.
 
Accessibilité :
L'entrée du Musée d'Ixelles est accessible via un plan incliné. Le musée dispose par ailleurs d'un ascenseur et d'une chaise roulante.
 
(1) Source : http://www.museedixelles.irisnet.be/expositions/expositions-en-cours-1/robert-doisneau

16 10 17

« Les époques dégueulasses sont propices aux chefs-d’œuvre. » (Georges Wolinski)

Tous les secrets de La Licorne.jpgGeorges Remi dit Hergé, né le 22 mai 1907 à Etterbeek et mort le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, est un auteur belge de bandes dessinées mondialement connu pour Les Aventures de Tintin.
 
Le Secret de La Licorne est le onzième album de celles-ci, prépublié en noir et blanc du 11 juin 1942 au 14 janvier 1943 dans les pages du Soir « volé » dont la rédaction fut dirigée de janvier 1941 à octobre 1943 [1] par le publiciste collaborationniste, belgiciste, royaliste, unitaire et rexiste Raymond De Becker (Bruxelles 1912 – suicidé à Versailles en 1969)[2]. L'album en couleurs est paru en 1943.
 
Il avait été précédé dans les colonnes du même journal par Le Crabe aux pinces d'or (1940-1941 ; cet album marque l'arrivée du capitaine Haddock dans la série) ainsi que par L’Étoile mystérieuse (1941-1942) et il y sera suivi par Le Trésor de Rackham le Rouge (1943) et par une partie des Sept boules de cristal dont la publication sera interrompue le 2 septembre 1944 en raison de l’arrivée des Alliés et de la Libération de la Belgique. La parution reprendra en 1946.
 
Bien que les circonstances de sa parution aient été sujettes à caution (après la Libération, Hergé fut interdit de publication jusqu’en septembre 1946), Le Secret de La Licorne est une immense réussite sur les plans du scénario, de la documentation et du graphisme. Hergé y peaufine sa technique déjà grande de la ligne claire [3] et y fait montre d’une extraordinaire virtuosité technique.
 
On en trouvera une preuve magnifique dans Tous les secrets de La Licorne, un superbe ouvrage publié en coédition par Gallimard à Paris et Moulinsart à Bruxelles sous la plume d’Yves Horeau, historien de la marine du XVIIe siècle, romancier et tintinophile (Tintin, Haddock et les bateaux, Éditions Moulinsart, 1999), de Jacques Hiron (coauteur avec Yves Horeau des 120 fascicules de la collection Construisez La Licorne, Paris, Éditions Hachette, 2011) et de Dominique Maricq, auteur et archiviste aux Studios Hergé.
 
Ces auteurs passionnés y détaillent par le menu la manière dont Hergé a imaginé son trois-mâts en s’inspirant des bâtiments de la marine de Louis XIV et lui a donné le nom d’un animal mythologique, ainsi que la façon dont le scénario s’est alors mis en place, le tout accompagné de plus de 300 illustrations (strips, bleus de coloriage, crayonnés, planches au trait, plans, maquettes, objets de marine et tableaux) qui permettent de saisir la genèse et d’assister au développement d’une œuvre artistique d’importance.
 
Fascinant !
 
Bernard DELCORD
 
Tous les secrets de La Licorne par Yves Horeau, Jacques Hiron et Dominique Maricq, Paris-Bruxelles, Éditions Gallimard et Moulinsart, octobre 2017, 184 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 28,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 €
 
 [1] Ce poste avait d’abord été occupé en 1940 par l’écrivain Horace Van Offel (1876-1944) et c’est le rexiste ultra Max Hodeige qui succédera à Raymond De Becker jusqu’en septembre 1944.

 [2] Condamné à mort le 24 juillet 1946 par le Conseil de Guerre de Bruxelles, Raymond De Becker verra sa peine commuée par la suite en détention à perpétuité, avant qu'il ne soit finalement gracié le 22 février 1951. Après sa remise en liberté, il publiera des ouvrages dans des domaines tout aussi variés que le cinéma, l'homosexualité, les philosophies orientales... Son goût pour le paranormal l'a aussi amené à écrire des articles pour la revue Planète. Jusqu’à sa mort, il resta en contact avec Hergé qui en a fait un personnage de Vol 714 pour Sydney (1968).

 [3] Il s'agit d'un dessin caractérisé, après la réalisation des crayonnés, par un trait d'encre noire d'épaisseur constante. Chaque élément forme une cellule isolée par son contour, et reçoit une couleur donnée. Chaque couleur se trouve donc ainsi séparée de sa voisine par un trait.

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15 10 17

« L'art cache l'étude sous l'apparence du naturel. » (Carlo Goldoni)

Atlas du Street Art et du graffiti (cover).jpg

La nouvelle version française (la précédente avait paru en 2014 chez le même éditeur) de l’Atlas du Street Art et du graffiti de Rafael Schacter est sortie chez Flammarion à Paris, un événement pour les amateurs, et ils sont nombreux, de cette forme d’art contemporain des plus originales.
 
Riche de 750 illustrations en quadrichromie, cet ouvrage se penche sur l’œuvre de 113 artistes actuels de 25 pays en détaillant leur contexte historique et leurs influences, en réglant le focus sur 16 villes (New York, San Francisco, Los Angeles, Mexico, São Paulo, Buenos Aires, Londres, Paris, Berlin, Stockholm, Madrid, Barcelone, Athènes, Melbourne, Sydney et Tokyo) et en fournissant 12 cartes originales créées par 12 artistes talentueux. 

Atlas du Street Art et du graffiti  (Miss-Tic).jpg

Graffiti par Miss-Tic (Paris).
 
II offre un panorama mondial de cet art aux influences multiples (le spray can art, le pixãçao brésilien, le pop art et le land art américains, les pochoirs politiques argentins…) et aux manifestations diverses, du graffiti traditionnel à l'intervention sculpturale, de l'affiche à la performance et de l'abstraction géométrique à la figuration photoréaliste.
 
Un art populaire qui s'est développé dans des environnements très divers, de la métropole surpeuplée au désert perdu et a été produit par des créateurs de toute nationalité, religion ou culture.
 
Et un guide des plus originaux !
 
Bernard DELCORD
 
Atlas du Street Art et du graffiti par Rafael Schacter, préface de John Fekner, traduit de l’anglais par Denis-Armand Canal, Paris, Éditions Flammarion, août 2017, 400 pp. en noir et blanc au format 23 x 24 cm sous couverture Intégra en couleurs, 39,90 € (prix France)

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15 10 17

Retours vers le passé…

Papy était-il un nazi.jpg« Un ouvrage incontournable pour découvrir le passé de guerre secret de votre famille », assure le site des Éditions Racine à Bruxelles qui ont fait paraître, sous la plume des historiens et archivistes flamands Koen Aerts, Dirk Luyten, Bart Willems, Paul Drossens et Pieter Lagrou un essai au titre choc : Papy était-il un nazi ? – Sur les traces d’un passé de guerre qui aborde de front la question délicate de la collaboration avec l’occupant allemand en Belgique entre 1940 et 1944.
 
Voici la présentation qu’ils donnent de leur travail :
 
« Quelque 500 000 Belges – Flamands, Bruxellois et Wallons – ont un membre de leur famille qui fut “du mauvais côté” pendant la Deuxième Guerre mondiale.
 
Des grands-pères, grands-mères, pères, mères, oncles ou tantes [de Belges actuels].
 
À la base, il y avait 400 000 dossiers d'accusés. Environ 100 000 citoyens ont aussi été condamnés à diverses peines : de l'exécution à la privation de leurs droits en passant par l'emprisonnement.
 
Aujourd'hui, les petits-enfants et autres membres de la famille partent de plus en plus souvent à la recherche des vraies circonstances pour donner une place [à ces événements].
 
[Notre ouvrage vous donne] les clés pour partir vous-même à la recherche de ce passé de guerre souvent tabou ».
 
N’y cherchez cependant pas de listes d’« inciviques », il n’y en a pas…
 
En revanche, si d’aventure vous souhaitiez faire des recherches sur des membres de votre famille dans les innombrables archives conservées par d’aussi innombrables instances administratives et judiciaires aux quatre coins de la Belgique, ce livre remarquablement documenté et bien illustré qui fait le tour de tous les cas de figure de la trahison vous sera un vade-mecum des plus précieux !
 
Bernard DELCORD
 
Papy était-il un nazi ? – Sur les traces d’un passé de guerre par Koen Aerts, Dirk Luyten, Bart Willems, Paul Drossens & Pieter Lagrou, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2017, 272 pp. en noir et blanc au format 24 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 24,99 €