30 11 17

Le semeur de croix

colmant.jpgComme j'aime les expressions, celle qui convient le mieux pour ce premier roman policier de Philippe Colmant (Poète, par ailleurs) c'est « tenir en haleine » ! On ne décroche pas une seconde de la lecture passionnante de ce « Semeur de croix ». C'est d'autant plus incroyable que nous savons, nous les lecteurs, dès le début qui est le coupable ! Le suspens se porte donc ailleurs : le commissaire Van Calster parviendra-t-il à découvrir qui est ce tueur en série et pourquoi il sème des croix sur chaque victime. C'est que ce tueur porte le nom improbable de Jézus Crucifix (mais sera appelé tout au long du livre par la lettre J. )

C'est une nouvelle sorte de roman policier, de thriller, qui s'apparente très fort aux séries télévisées. C'est une de ses qualités.

Ce meurtrier est aussi un amateur de poésie et de musique classique ! « J. Aimait autant le silence que la musique, tant il est vrai que le silence la contient tout entière. »

Le style de l'auteur est évidemment fluide, simple, clair et parfois poétique et drôle : « Octobre touchait à sa fin. Les parcs de la ville rouillaient dans le recueillement, tandis que les belles avenues arborées avaient déjà perdu l'essentiel de leurs feuilles. »

« Dehors, un merle courageux et obstiné chantait à tue-tête »

« Le soir semblait tout à coup pressé de tomber ».

 

Philippe Colmant, excellent observateur des mœurs de notre temps, l'égratigne aussi parfois avec raison : « Il demanda au chauffeur de brancher la radio. Les nouvelles étaient assez lacunaires, ce qui n'empêchait nullement les médias de se lancer dans une surenchère presque frénétique de scoops et de chiffres. De quoi avoir la nausée ».

J'adore aussi dans les suspens ces notations qui nous titillent la curiosité : « Il affirmait ne rien craindre. L'avenir lui montrerait qu'il avait tort »

Pour nos longues soirées d'hiver assurément !

 

Jacques MERCIER

 

« Le semeur de croix », roman, Philippe Colmant, édition Demdel, 240 pp, 12,50 euros. www.demdel-editions.com

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29 11 17

« Si la merde valait de l’argent, les pauvres naîtraient sans cul. » (En-tête du papier à lettres de Henry Miller)

1 semaine avec Henry Miller.jpgAuteur dramatique réputé, écrivain talentueux (Le fouille-merde, 1987, rédigé avec Gaston Compère, L’homme caramel, 1995 et 2017), artiste conceptuel et journaliste politique belge, Pascal Vrebos (°1952) est l’auteur d’une trentaine de pièces de théâtre (Tête de Truc, 1973, Entre-chats, 1978, Crime magistral ou L’homme descend du songe, 1999, Viol d'une cerise noire, 2008, L’Accusateur, 2014…) jouées en France, en Allemagne et aux États-Unis, traduites en néerlandais, en tchèque, en allemand et en anglais. Il a remporté de nombreux prix littéraires, dont celui de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques pour l’ensemble de son œuvre.

Il a fait paraître, chez Genèse Édition à Bruxelles et sous le titre 1 semaine avec Henry Miller – Ultime rencontre avec l’écrivain et sa muse, Brenda Venus, une version revue et augmentée d’Une folle semaine avec Henry Miller (1983, Éditions Le Cri), son stupéfiant reportage littéraire dans lequel il relate sa rencontre en février 1979 à Pacific Palisades en Californie avec Henry Miller (1891-1980), l’auteur génial et sulfureux de Tropique du Cancer (1934), de Tropique du Capricorne (1939), du Colosse de Maroussi (1941), de la trilogie de La Crucifixion en rose (Sexus, 1949, Plexus, 1952, Nexus, 1960) ou encore de Jours tranquilles à Clichy (1956), de Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch (1957) et de Jours tranquilles à Brooklyn (1978).

On y entre dans l’intimité du géant, sa simplicité, son humour, son désespoir, sa hauteur d’esprit, ses souvenirs, sa conception de la littérature, ses frasques mémorables et son amour pas du tout platonique pour sa dernière muse [1], la jeune actrice américaine Brenda Venus (°1957), de 66 ans sa cadette, à qui il écrivit près de 1 500 lettres torrides jusque sur son lit de mort et que Pascal Vrebos a revue en juin 2017, une rencontre qui donne la postface de son ouvrage.

Un texte remarquablement écrit et scandaleusement riche de passions humaines, avouables ou pas, sur un formidable écrivain dans le cœur de qui Éros et Thanatos se sont affrontés dans un combat homérique permanent !

Bernard DELCORD

1 semaine avec Henry Miller – Ultime rencontre avec l’écrivain et sa muse, Brenda Venus par Pascal Vrebos, Bruxelles, Genèse Édition, novembre 2017, 159 pp. + 1 cahier photos de 8 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 19,50 €

 

[1] Il y en avait eu d’autres, parmi lesquelles la danseuse June Edith Smith (1902-1979), qui devint sa deuxième épouse et dont Miller parle longuement dans Sexus, ainsi que l’écrivaine et diariste américaine d’origine franco-cubaine Anaïs Nin (1903-1977), auteure de Vénus erotica (1977, posthume), qui entretint une relation amoureuse avec Henry et June.

28 11 17

Une contre-révolution française…

La grande histoire des guerres de Vendée.jpgPar ailleurs journaliste, essayiste et politologue, l’historien français très droitier – c’est le moins que l’on puisse dire… – Patrick Buisson (°1949) dirige la chaîne Histoire depuis 2007.

Il a publié en 2016 La Cause du peuple (Perrin, 2016), un best-seller dans lequel il fait plusieurs révélations critiques sur l'action et le comportement de Nicolas Sarkozy [1] dont il fut le conseiller à la présidence de la République avant d’être révoqué pour avoir enregistré des réunions « à l'insu » du locataire de l’Élysée et de ses autres conseillers, à l'aide d'un dictaphone.

Il est également l'auteur de 1940-1945, années érotiques (2008-2011, Éditions Albin Michel) et de films historiques, dont Avec le temps/C'est l'histoire d'un métamec (sur Léo Ferré, avec des photographies de Hubert Grooteclaes, 1995) et Paris Céline : Sur les pas de Céline avec Lorànt Deutsch (2011).

Dans La grande histoire des guerres de Vendée publiée chez Perrin, il retrace les événements qui ont marqué la Contre-Révolution française de la fin du XVIIIe siècle.

Pour rappel, la guerre de Vendée est le nom donné à la guerre civile qui opposa, dans l'ouest de la France, les républicains (bleus) aux royalistes (blancs), entre 1793 et 1796.

Elle fut étroitement liée à la Chouannerie (1792-1800) en Bretagne, dans le Maine, l'Anjou et la Normandie, l'ensemble de ces deux conflits étant parfois désigné sous le nom de « guerres de l'Ouest ». La Chouannerie se déroula sur la rive droite de la Loire, tandis que le soulèvement vendéen eut lieu sur la rive gauche.

Comme partout en France, la Vendée a connu des manifestations paysannes entre 1789 et 1792. Mais c'est au moment de la levée en masse [2], en 1793, que l’insurrection vendéenne s'est déclenchée, dans un premier temps comme une jacquerie paysanne classique, avant de prendre la forme d'un mouvement contre-révolutionnaire.

Étalée sur trois années, la guerre a connu plusieurs phases, avec une brève période de paix au printemps 1795. Elle s'est soldée par la défaite des rebelles vendéens au début de l'année 1796, après avoir fait plus de 200 000 morts et causé de nombreuses destructions. [3]

Rassemblant 150 illustrations, dont de nombreuses méconnues ou inédites (tableaux, gravures, drapeaux, vitraux, emblèmes, armes et objets divers…) le superbe album de Patrick Buisson accorde par ailleurs une large place à des mémoires et à des témoignages contemporains des événements.

Un ouvrage décapant !

Bernard DELCORD

La grande histoire des guerres de Vendée par Patrick Buisson, préface de Philippe de Villiers, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 272 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 29,9 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 29 € (prix France)

 

[1] Magali Ghu, « La Cause du peuple, le livre de Patrick Buisson qui étrille Sarkozy », lavoixdunord, 27 septembre 2016.

[2] Le 23 février 1793, la Convention avait décidé la levée en masse de trois cent mille hommes, pris parmi les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans.

[3] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Vend%C3%A9e

28 11 17

« Un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil. » (Jean Anthelme Brillat-Savarin)

Fromages d'artisans en Belgique.jpgMichel Verlinden est journaliste gastronomique freelance et Julien Hazard est fromager affineur. Ils se sont associés pour faire paraître aux Éditions Racine à Bruxelles un bel album abondamment illustré et intitulé Fromages d'artisans en Belgique dans lequel ils présentent le travail de 20 producteurs passionnés et leur production (histoire, fiche technique, analyse sensorielle…), ainsi que des conseils pour la consommer (vins, bières, pain…), le tout accompagné de 20 recettes culinaires originales.

Voici la liste et les spécialités de ces artisans laitiers :

– Fromagerie de Bairsoû à Trois-Ponts (la tomme de Stavelot)

– Bergerie d’Acremont à Bertrix (le bleu de Scailton)

– Buffl’Ardenne à Neufchâteau (mozzarella de bufflonnes)

– Kaasmakerij Katarinadal à Hamont-Achel (le bleu Grevenbroecker)

– Ferme du Chemin Châtaigne à Soumagne (le Bergerin)

– Fromagerie des Tourelles à Fisenne (le Grand Murin)

– ‘t Dischof à Keiem (Keiems Bloempje)

– Ferme du Mouligneau à Forges (le Diable)

– La Fermière de Méan à Maffe (le Cabricharme)

– Fromagerie du Gros-Chêne à Méan (le Petit Crémeux)

– Het Hinkelspel à Sleidinge (le Pas de Bleu)

– La Chiquetterie à Nafraiture (chèvres frais)

– La Ferme le Bailli à Soignies (le Pavé de Soignies)

– Fromagerie Le Sarté à Sart-lez-Spa (le Sarté)

– Karditsel Kaasmakerij à Lummen (l’Aurélie)

– Fromagerie Le Valèt à Waimes (la tomme Le Valèt)

– Fromagerie du Samson à Gesves (le Samson)

– Fromagerie du Troufleur à Waimes (le Plateau des Fagnes)

– Fromagerie du Vieux Moulin à Herve (le Herve ADP)

– Fromagerie Walschot à Beersel (le Mandjeskaas)

D’onctueuse découvertes !

Bernard DELCORD

Fromages d'artisans en Belgique par Michel Verlinden et Julien Hazard, photographies d’Alexandre Bibaut, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2017, 192 pp. en quadrichromie au format 23 x 27 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,95 €

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil lacté la recette originale suivante :

Tartiflette aux portobellos et au Pavé de Soignies

Pour 4 personnes

Ingrédients :

1 kg de pommes de terre à chair ferme

2 gousses d'ail

2 oignons jaunes

4 cuillers à soupe de fines herbes hachées [ciboulette, cerfeuil, persil...)

200 g de champignons portobellos

200 g de pavé de Soignies

Noix muscade fraîchement râpée

Huile d'olive

Poivre noir fraîchement moulu, sel

Recette :

Préchauffer le four à 170 °C.

Couper les pommes de terre en tranches d'environ 3 mm d'épaisseur.

Couper finement les champignons portobellos.

Ne pas rincer sous le robinet ni frotter à sec !

Laisser blanchir les tranches de pommes de terre pendant 3 minutes dans l'eau bouillante. Égoutter sans rincer, afin de maintenir l'amidon.

Dans une poêle, faire chauffer l'huile d'olive.

Émincer les oignons très finement puis les faire blondir pendant 5 minutes dans l'huile chaude.

Saler et poivrer, parsemer d'herbes et d'ail écrasé.

Mélanger les oignons aux lamelles de pommes de terre.

Dans un grand plat à gratin, déposer les lamelles de pomme de terre aux oignons.

Recouvrir de tranches de fromage et enfourner pour 45 minutes.

Élever la température à 180 °C.

Laisser cuire pendant 10 minutes jusqu'à ce qu'une croûte dorée apparaisse et que les pommes de terre soient tendres.

Servir immédiatement avec une salade fraîche.

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26 11 17

Belge une fois

belge une fois.jpgQuelle excellente idée que de donner la parole à ces nouveaux communicateurs que sont les blogueurs ! En l’occurrence, il s'agit de blogueurs belges, Natacha Filipak et Arthur Renson, propriétaires de la marque « Belge une fois » qui se décline de plusieurs façons.

L'édition Racine leur a demandé de proposer dans un superbe petit livre cartonné 32 expressions connues chez nous. Un régal pour les amateurs de notre patrimoine. Le sous-titre est « le parler belge illustré ».

Pour vous donner « l'eau à la bouche » (puisque nous sommes dans les expressions, domaine que j'adore, comme vous savez!), voici la première expression du livre : « Avoir bon ».

« Liste non exhaustive de tous ces moments qui te font dire combien tu as bon ... ! - Le « chpops » d'une bouteille de champagne. -La jouissance de péter le papier bulle. - Recevoir sa bière après une longue file d'attente au bar. - Réussir une mayonnaise du premier coup. - Entendre le pop-corn exploser dans le micro-ondes. » Génial, non ?

Au hasard des mots, en voici quelques-uns qui apparaissent dans ce beau livre à offrir pour les fêtes : Baraki, Babeleir, Douf, Bisbrouille, Drache, Froucheler, Boentje, Racuspoter, Spiter, Rawette...

Les dessins d'Arthur rivalisent de drôlerie avec les textes de Natacha. Voilà un merveilleux objet pour mettre en valeur notre patrimoine avec humour.

 

Jacques MERCIER

 

Belge une fois, le parler belge illustré, édition Racine, 64 pp, 17cm/17cm, couverture cartonnée, couleurs, 15 euros.

 

26 11 17

Une révélation : Adeline Dieudonné !


adeline couve opuscule.jpgAlors qu'il est question dans ce magnifique petit roman de rafales de kalachnikov, la lecture du livre « Seule dans le noir » peut se comparer à une rafale de phrases, de mots, de sensations. On la prend en plein cœur et on en sort tout étourdi, heureux d'être en vie. C'est rapide, terrible et efficace.

J'avais lu Bonobo Moussaka, le premier texte de théâtre de Adeline Dieudonné (dont Eric De Staercke explique dans la préface du livre paru chez Lamiroy* : « Le héros de cette histoire, c'est notre petite voix intérieure, une voix qui s'exprime sans concessions, sans entraves sans inhibition car elle est tout intérieure et que seul le lecteur peut l'entendre ») et j'avais été frappé par cette réflexion : « Elle se dit qu'elle est probablement un peu trop sentimentale. Ça vous perd toujours d'être sentimentale... »

On suit ici l'événement terrifiant qui arrive à Julianne, de l'intérieur, avec sa perception des choses. Tout ce qui vient à l'esprit dans un moment critique nous est livré :

« Elle se forçait à regarder au moins une émission didactique par semaine. Cela lui semblait le minimum vital pour ne pas sombrer complètement neuneu. Déjà qu'elle avait renoncé à lire. Trop silencieux. La télé lui donnait l'illusion d'une présence. »

J'ai adoré deux passages essentiels. Vous découvrirez le second en lisant le petit roman, - car ils sont écrits en parallèle, comme deux serre-livres - mais voici le premier, une merveille d'écriture et d'inspiration :

« Sa façon de voir le monde comme un jardin, avec des ronces, des orties, des jours de pluie et quelques lapins morts, c'est vrai, mais aussi avec de la lumière, une brise chaude au parfum de cannelle, des pivoines qui sentent le printemps, un petit ruisseau qui fait son bruit de petit ruisseau, un gazon doux sous les pieds nus, des fruits sucrés qu'on trouve un peu partout si on prend la peine de les chercher. »

J'aime aussi ces pensées que seule peut avoir une nouvelle génération qui découvre la réalité de l'existence :

« A peu de choses près, notre civilisation tient sur le respect des actes de propriété. Et des déclarations TVA. »

Un joyau de plus dans cette extraordinaire collection hebdomadaire d'Eric Lamiroy !

 

Jacques MERCIER

 

Seule dans le noir, Opuscule, Adeline Dieudonné, 36 pp. 4 euros, Édition Eric Lamiroy.

*chez www.lamiroy.be : 10 euros

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Nouvelles, Poche, Thriller, Polar | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 11 17

Fratrie

" Il appela juste avant d'être amputé de la jambe. C'était la première fois de l'année qu'ils se parlaient.

"Je suis à l'hôpital", dit-il. Et il se mit à pleurer."

Ains'Incipit un roman.. intrigant

Gerritsen.jpgTraduit du néerlandais, il a fait un tabac, aux Pays-Bas, vendu à quelque 650.000 exemplaires.

Déconcertant.

Les relations entre Olivia et son frère Marcus se sont étiolées au fil des années.

Olivia mène sa barque professionnelle et familiale de façon ferme et assurée, tandis que Marcus végète et mène un mou combat contre le diabète.

"Aussi le sentiment qu'Olivia éprouva à l'idée qu'on risquait d'amputer Marcus d'une jambe l'assaillit-il comme un voleur dans la nuit."

Et OLivia de s'interroger sur la solidarité obligée des liens de la fratrie

"Ils étaient tous deux prisonniers de cette position  détestable"

Une interrogation, une culpabilité diffuse, la solution engendrée  qui  pourraient mettre à mal l'équilibre familial

Une radioscopie des relations de la famille

A Elter

Frère et soeur, Esther Gerritsen, roman traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Ed. Albin Michel, octobre 2017, 176 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 11 17

« Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois. » (Roland Barthes)

Robert Doisneau, les années Vogue.jpgEntre 1949 et 1952 de manière exclusive et par la suite de façon épisodique, le célébrissime photographe français Robert Doisneau (1912-1994) a immortalisé la vie artistique et l’actualité mondaine de la capitale française pour la version hexagonale du magazine Vogue dans des clichés remarquables qui ont été récemment réunis par l’Atelier Robert Doisneau et publiés par les Éditions Flammarion dans un magnifique ouvrage intitulé Robert Doisneau, les années Vogue qui fera les délices des admirateurs de l’œuvre du maître qui disait :

« En résumé, mon emploi à Vogue pouvait se diviser en trois volets. D'abord la vie à Paris, sorte de trombinoscope de ceux dont les noms devaient absolument alimenter les conversations : artistes, écrivains, créateurs de toutes sortes. Ensuite les photographies de mannequins dans les décors de la ville ou sur le redoutable fond blanc du studio. Enfin, le troisième volet, les mondanités, est celui qui m'a laissé les souvenirs les plus durables. »

Dans ce somptueux album, on voit notamment, en sus de clichés consacrés à des villes d’après-guerre (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille), Brigitte Bardot faire ses débuts de jeune mannequin, Paul Léautaud en 1947, Fernand Léger en 1948, Orson Welles en 1949, des instantanés de bals mondains et de mariages, des portraits d’Edmonde Charles-Roux, Colette, Jean Cocteau, Foujita, Marcel Mouloudji, Jeanne Moreau, Juliette Gréco, Michel Galabru et André Gide en 1950, d’Yves Montand, Pierre Brasseur, Louis Jouvet, Jean-Paul Sartre et Gérard Philippe en 1951, de Nikki de Saint Phalle, Marcel Aymé, Georges Brassens, Michèle Morgan et de Pablo Picasso occupé à retoucher des photos de mode en 1952, de Bernard Blier en 1954, de Julien Green et d’Henri Troyat en 1955, d’Albert Camus et Catherine Sellers répétant Requiem pour une nonne au théâtre des Mathurins, en 1957, de Jean-Paul Belmondo en 1960, de Karen Blixen en 1961 et même de Chantal Goya en 1965…

Le gratin, quoi…

Bernard DELCORD

Robert Doisneau, les années Vogue, ouvrage collectif réalisé par l’Atelier Robert Doisneau, Paris, Éditions Flammarion, mars 2017, 356 pp. en quadrichromie au format 24,8 x 31,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 49,90 € (prix France)

Écrit par Brice dans Beaux Livres, Bernard Delcord | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 11 17

Cuisine tendance...

Végé-terrien.jpgBernard Laurance, globe-trotter, cuisinier autodidacte et passionné, auteur d’ouvrages aux éditions Flammarion (Mon grain de sel, Mes desserts, Je n’en ferai qu’une bouchée !), organise également des ateliers de cuisine très prisés et continue de partager ses trouvailles sur son blog www.lacuisinedebernard.com, l'un des plus consultés de France.

En véritable passionné, l'auteur parcourt le globe à la recherche des meilleures recettes glanées au fil de ses voyages en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, dans les Amériques et dans toute l'Asie.

Dans Végé-terrien – Mon tour du monde en plus de 115 recettes végétariennes, salées et sucrées, paru lui aussi chez Flammarion à Paris, il fait découvrir aux amateurs du genre d’originales recettes végétariennes, véganes, sans gluten ou sans lactose.

Elle s’intitulent notamment apoum bapoum, bahjis d’oignons, banoffee pie, bo bûn, buddha bowl, chili sin carne, flapjacks décadents, kibbehs végétaliens, manouché au zaatar, millasson, paneer, salpicâo, seitan, soupe aztèque, zalu soba…

Bon voyage !

Bernard DELCORD

Végé-terrien – Mon tour du monde en plus de 115 recettes végétariennes, salées et sucrées par Bernard Laurance, photographies de Claire Cut, stylisme de Manuella Chantepie, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2017, 286 pp. en quadrichromie au format 20 x 24,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil la recette de potage suivante :

Soupe d’avoine et de shiitakés

Il y a quelque temps, j'avais goûté une soupe en sachet aux champignons et à l'avoine venant d'une boutique bio. J'ai trouvé le résultat très intéressant et me suis dit qu'elle serait encore meilleure faite maison. C'est le cas, mais, surtout, cette recette est prête en dix minutes. Entre le goût de céréale des flocons d'avoine et la saveur boisée des shiitakés (que vous pouvez remplacer par des champignons classiques), la soupe est bien réconfortante et a une consistance très agréable. Un délice à refaire dès que le froid pointe le bout de son nez !

Pour 4 personnes

Temps de préparation et de cuisson : 10 minutes

Ingrédients :

1 échalote

125 g de shiitakés

2 cuillerées à soupe d'huile d'olive

1 litre de bouillon de légumes

75 g de flocons d'avoine (sans gluten, si vous faites attention)

Quelques branches de persil finement ciselé

Sel, poivre

Recette :

Épluchez l'échalote et coupez les champignons en morceaux.

Faites chauffer l'huile d'olive dans une grande casserole et ajoutez les morceaux d'échalote.

Peu importe qu'ils soient bien coupés, car tout sera mixé.

Ajoutez les shiitakés.

Laissez cuire sur feu modéré 2 minutes en remuant pour éviter que le fond ne brûle.

Versez le litre de bouillon de légumes.

Portez à ébullition et laissez cuire 2 minutes de plus.

Versez les flocons d'avoine en une fois.

Mélangez et faites bouillir 2 minutes.

Ajoutez un peu de persil haché, salez et poivrez à votre goût.

Mixez finement avec un mixeur plongeant pour obtenir un velouté.

C'est déjà prêt ! La soupe a la consistance parfaite.

À savourer immédiatement.

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20 11 17

Jacques Brel, poète de l'intemporel !

_brel marotta.jpg 

C'est en poète que Frédéric Marotta aborde l'oeuvre de Jacques Brel. Il est certain que Brel n'a jamais voulu qu'on le qualifie de poète (ni Brassens, par ailleurs), laissant cette appellation aux poètes littéraires ; sans doute une question de génération. Car « poète de l'intemporel », il l'est assurément et l'auteur en fait une belle démonstration.

Son résumé biographique commence avec l'explication de toute une vie : « Jacques Brel aura toute sa vie le sentiment de ne pas avoir eu d'enfance. »

Dans le chapitre « L'amour », Marotta écrit : « La femme est, dès le début, un horizon, un repère, un but de « voyage », une raison de se dépasser. Brel est comme Roméo, ce héros tragique de Shakespeare, il est un « amoureux de l'amour ». J'aime beaucoup son analyse des textes selon le feu, la terre et le ciel. Et enfin cette déclaration de Brel lui-même : « Je crois que ce que j'appelle amour dans mes chansons est, en réalité, de la tendresse. »

Dans « L'amitié », l'auteur redit combien celle-ci était importante pour l'artiste. « En définitive, Jacques Brel n'a vécu qu'en donnant, en s'offrant, en se dépassant « pour » et « par » amour. »

Après « La mort », nous trouvons – textes à l'appui - la comparaison de Brel et de Don Quichotte. « Il en a l'étoffe et le rêve, le physique aussi, il en a toute la folie et la démesure. » Et relire « Rêver un impossible rêve... » de « La Quête » est encore un bonheur, dès années plus tard.

Nous avons ici un livre subjectif et pourtant précis, lisible et sérieux, poétique et documenté. Dans la préface, Nara Noïan, qui a chanté Brel, écrit : « La poésie musicale et subtile, la « prose crue », la réalité amère sans fioritures comme Camus dans la littérature ». C'est on ne peut plus juste !

Tout Brel, et ce livre, nous ramène à l'amour, ce que confirme l'auteur dans la dernière page de l'essai : « L'énergie d'amour demeure la pierre angulaire à l'évolution de l'être humain sur toute la planète ».

 

Jacques MERCIER

 

« Brel, poète de l'intemporel », essai, Frédéric Marotta, 86 pp, 13 euros. www.lespressesdumidi.fr