20 10 16

Sortie de route

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Il ne va guère nous éclairer sur le sens du roman, Luc Lang, avec un titre tient de la Genèse et un contenu, de l'ordre du bilan. Qu'importe, c'est un très beau roman...

Terrassé par la nouvelle de l'accident automobile de Camille, son épouse, Thomas tente de faire front, pour lui, pour ses jeunes enfants, Elsa et Anton.  Il veut comprendre les circonstances d'une sortie de route par trop surprenante.. Camille a-t-elle été victime d'un sabotage? 

Scrutant avec minutie les moindres détails des événements, pensées  et états d'âme de Thomas, Luc Lang livre un récit d'introspection : Thomas va revoir non seulement le film de sa vie conjugale et d'une relation avec Camille qui se délitait mais aussi celui de son enfance et du tabou qui a entravé la relation familiale. Pour ce faire, l'écrivain alterne avec brio le langage soigné des descriptions - justes et belles - et la vivacité dépouillée, crue des dialogues.  Il donne au lecteur le sentiment d'épouser la respiration même du protagoniste, sa  quête existentielle.

 Une puissance, une tension narratives  qui relèvent de l'exploit pour un texte si long.

Une lecture recommandée

Apolline Elter

 

Au commencement du septième jour, Luc Lang, roman, Ed. Stock, août 3016, 540 pp

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19 10 16

Si ce n'est lui

product_9782070793655_195x320.jpg" Bien des années ont passé et je ne sais pas ce qu'Anton est devenu. Mais c'est bien la dernière personne pour laquelle il y a à s'inquiéter: Dieu ne l'abandonnera pas et, chose plus rare, les hommes non plus."

Anton, c'est "Un homme qu'on oublie pas", brève relation que l'écrivain viennois présente comme une "histoire vécue", rencontre d'avec un homme pétri de bonté désintéressée.

Etait-ce lui?  seconde nouvelle de ce Folio 2 €, profile un drame effroyable, de ceux dont Stefan Zweig a le secret, dont il fait monter la tension narrative, infaillible, implacable, saisissant le lecteur d'une oppression croissante et dérangeante.

Nanti de nouveaux voisins, le couple de la narratrice - d'aimables retraités - observe avec sidération la personnalité plutôt envahissante de Limpley. 

 " Jamais, avant de connaître Limpley, jamais nous autres vieilles gens n'avions imaginé que des qualités aussi positives que la générosité, la gentillesse, la franchise et la chaleur des sentiments puissent vous pousser au désespoir par leur démesure intempestive."

C'est dire..

On croit lire Les Catilinaires (Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, 1995) 

Sidéré à son tour, le lecteur sent poindre le drame - il ne va pas tarder à se manifester, conséquence de la double irruption dans le jeune couple d'un chien, Ponto et d'un bébé..

Betsy,la narratrice, prend le lecteur à témoin de son soupçon: "Personnellement, je suis quasiment certaine que c'est lui l'assassin, mais il me manque la preuve ultime, la preuve inébranlable."

Etait-ce lui ? précédé d'Un homme qu'on n'oublie pas, Stefan Zweig, nouvelles traduites de l'allemand (Autriche) par Laure Bernardi et Isabelle Kalinowski, extraites de Roman, nouvelles et récits, tome II, Ed. de la Pléiade, Folio 2 €, n° 6184,  juillet 2016, 96 pp

 

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16 10 16

Pèlerinage

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 " Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pèlerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d'Aincourt, il ne reste rien."

D'emblée, tout est dit: Mathilde Blanc revient sur les traces de son enfance et des séjours de ses parents dans un sanatorium du Val-d'Oise, aujourd'hui désaffecté.

" (...) et tandis qu'elle s'éloigne, rejoint à petits pas le pavillon (...), je voudrais dire son histoire d'amour déchirante, singulière, aux confins de la maladie et du plus grand amour."

 Amour filial - la petite Mathilde est subjuguée par le charisme de son père, Paul, frustrée par son manque d'attention   - amour conjugal qui unit le couple de ses parents jusqu'en  sa maladie conjointe, le roman est hommage du temps. Du temps  qui passe mais n'efface les blessures enfantines: l'annonce de la maladie paternelle, ses noms barbares, "pleurésie", "bacille de Koch",... la mise en quarantaine de la famille et sa paupérisation corollaire, le placement en famille d'accueil, ... sont tant d'obstacles au bonheur simple et joyeux que Mathilde a connu dans sa prime enfance, du temps où "Paulot"ravissait les clients de son café, "Le Balto" du jeu de son harmonica Honhner.

Les  souvenirs, les scènes s'enchaînent soutenus d'une écriture de belle et musicale facture.

Une lecture d'atmosphère recommandée

Apolline Elter

 Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, roman, Actes Sud, août 2016, 268 pp

 

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13 10 16

Un épicier épicurien

téléchargement (20).jpg " Si elle regarde en elle, c'est le grand n'importe quoi, le désordre complet, une chambre magmatique."

Star, riche, fiancée au multi-titré Alfonso de Talavera de Santa Cristina de Arjona, Grand d'Espagne, Cécile Renan a tout pour être heureuse, selon l'expression consacrée.

Vous devinez d'emblée la faille: elle ne l'est pas.

Pourquoi? 

Quelques pertes de mémoire viennent perturber le quotidien de son existence parisienne,  quelque malaise aussi.... Dépêché par le Samu, un médecin iranien débarque chez elle, mais quand Cécile se réveille, le lendemain, elle n'est plus sûre de la réalité des faits...

Qu'à cela ne tienne, elle décide de le retrouver et va quérir l'aide de Kamal, philanthrope épicier iranien. Las  pas de trace du médecin

Qu'à cela ne tienne, Kamal s'en va trouver Arash et le charge d'ingurgiter séance tenante La médecine pour les nuls.

Loufoque, passablement incongru, cet aimable conte urbain - un peu trop long, un peu trop bavard à mon sens -  confronte les mentalités parisienne et iranienne, en ce compris que les Persans ont peut-être un accès original au bonheur...

C'est tout celui qu'on souhaite au lecteur

Les simples prétextes du bonheur, Nahal Tajadod, roman, Ed. JC Lattès, août 2016, 400 pp 

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12 10 16

Transportant

téléchargement.jpg Le cheval hennit, s'arrête, il s'impatiente. Il est nerveux, mais Sibylle le pousse à continuer. Il faut continuer, continue, continue, lui murmure-t-elle, comme si elle avait trouvé en elle assez de force pour en donner aux autres, (...)"

Sibylle est quadragénaire, divorcée, velléitaire. Elle est largement passée à côté de ses desseins, ceux de son destin et élève plutôt mal Samuel, un ado, en perte de repères, lui aussi. Ce dernier commet une bêtise et  Sibylle comprend l'urgence de se ressaisir, de reprendre les rênes d'une vie qui périclite, d'un dialogue avec son fils, largement passé à la trappe. 

 Elle l'emmène partant, au Kirghizistan, chevaucher montures, plaines et montagnes - au mépris des dangers - et  regagner ces repères, lacunaires pour tous deux. Car c'est de quête identitaire qu'il agit: Sibylle et Samuel doivent d'abord résoudre leur propre rapport à eux-mêmes avant de pouvoir nouer une (nouvelle) relation. Il en va d'un rite conjoint d'initiation.

Porté par une plume sobre, subtile et factuelle,  le récit est .. transportant. Facteur d'un nouvel élan de vie.

Apolline Elter

 Continuer,  Laurent Mauvignier, roman, Ed.de Minuit, août 2016 ,  240 pp

[NDLR: Merci à Françoise Lalande, qui lors de l'anti-rentrée littéraire du 15 septembre, au Cercle Chapel - compte rendu sur ce blog - recommanda chaleureusement cette belle lecture ]

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11 10 16

Le Reg-Art d'Emile Verhaeren

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 J'évoquai mardi passé, à votre intention,  l'exposition du Musée des Beaux-Arts de Tournai, consacrée à Emile Verhaeren. Penchons-nous, ce jour, sur le très bel ouvrage qui l'accompagne, la soutient, la révèle.

"Tout Verhaeren est dans la tension au coeur des contrastes de la lumière" affirme Marc Quaghebeur, Directeur des Archives et Musée de la Littérature, Commissaire de l'exposition. 

Centrée sur la nature "consubstantielle" de la peinture dans  l'univers et donc l'oeuvre littéraire du célèbre poète, l'exposition fait part belle à la "perception charnelle du monde" à  la lumière scaldienne, particulière et différente de sa consoeur méditerranéenne, qui traduit le regard de Verhaeren, l'expression de son art, de son être.

Illustré de belles reproductions de portraits, tableaux, sculptures, .. issus pour bon nombre des collections du Musée des Beaux-Arts de Tournai, l'ouvrage déploie poèmes , extraits d'oeuvres littéraires et de correspondances de l'écrivain, en une multitude de registres, qui vont du tendre, amical,  flamboyant, à celui tumultueux, farouchement patriote de la guerre.

" Fruit d'un travail scientifique mené depuis des décennies par les Archives du Musée de la Littérature, ce livre n'entend pas accabler le lecteur de références mais l'amener à entrer de plain-pied, et dans la Joie, au coeur d'une Oeuvre-Vie qui fut celle du dialogue des Arts et des Mots."

Apolline Elter

Des lueurs du fleuve à la lumière de la peinture, Emile Verhaeren et les siens, Marc Quaghebeur et Christophe Meurée,  volume composé dans le cadre de l'exposition "Emile Verhaeren. Lumières de l'Escaut, Lumière des Arts, Musée des Beaux-Arts de Tournai - Archives et Musée de la Littérature, Bruxelles, septembre 2016, 148 pp

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08 10 16

Romain, François,Osman, Marion, et les leurs..

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S'il est un titre qui ne laisse présager le contenu, c'est bien celui du dixième roman de Karine Tuil.

Faut-il comprendre que l'insouciance, cette "forme de légèreté", ce produit de l'enfance, se désintègre sitôt que l'identité est mise à mal?

Puissante, forte et dense, malgré ses 528 pages, cette fiction si réaliste, si réelle évoque, à travers le destin des trois protagonistes, Romain Roller, François Vély et  Osman Diboula, trois hommes que tout sépare - âge, race, milieu social et religion -  l'effroyable perte des repères identitaires.

 Revenu de  "l'enfer afghan" - le mot est faible tant est dantesque la description de la barbarie qui régit le conflit afghan, Romain Roller ne parvient pas à réintégrer sa vie de famille, les retrouvailles avec Agnès, son épouse et leur tout jeune Tommy.  A la culpabilité d'avoir laissé périr ses hommes, ses amis s'ajoute une paranoïa du danger imminent, des angoisses qui le mènent, un temps à un internement psychiatrique. Seule pourrait le sauver, la liaison passionnelle qu'il entreprend  avec Marion Decker, une journaliste, écrivain, lors du séjour de décompression organisé pour les combattants dans un hôtel étoile de Chypre.

 De son côté Marion Decker a saisi d'une même attraction fatale François Vély,  puissant homme d'affaires, cynique, arrogant, imbu de  son éducation, sa toute-puissance et d'une fortune colossale.  Une passion qui va provoquer le suicide, par défenestration, de son épouse, l'éclatement de sa famille et, bientôt, de tout son édifice de vie.

 "Il était né comme ça, éduqué dans le camp des privilégiés, un camp où l'échec n'était pas une option possible. Ce qui avait longtemps déjoué les codes sociaux', c'était la prégnance du désir; sans ce magnétisme érotique, il ne l'aurait même pas regardée, allons, une fille issue d'un  milieu simple,  une fille qui n'était pas formatée comme lui, qui n'avait pas fréquenté les mêmes écoles, foulé les mêmes impasses préservées, une de celles qui exhibaient une franchise décomplexée, l'impulsivité des gens que l'éducation n'a pas corsetés, (...)

 Quant à Osman,  emblème de l'intégration raciale réussie au sein de l'Elysée, il va connaître le déchantement  de la subite perte des faveurs présidentielles, le désert socio-professionnel et conjugal corollaire.

 Analyse socio-politique corrosive, le roman décrit, avec une rare acuité - on peut compter sur Karine Tuil - les méfaits de la vassalité, version XXIe siècle, dans la sphère de la vie privée, de l'âme, de  l'identité .

 Un roman fort. Très fort.

 Apolline Elter

 L'insouciance, Karine Tuil, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 528 pp

 

Billet de faveur

AE : Au premier plan de la fiction trois personnages, Romain, François et Osman voient leurs couples exploser et leurs repères identitaires se briser. Se dégage peu à  peu  un être empreint d’humanité, de bienveillance et de sagesse : Paul Vély, le père de François. Il a pourtant lui aussi connu l’enfer, celui de l’univers concentrationnaire :

Karine Tuil : Paul vely incarne la figure du "sage", il a de l'expérience, une certaine distance critique. C'est un ancien résistant, un juif qui a échoué à se réinventer. Il n'y a chez lui, aucun ressentiment, il a cette confiance et cette constance qui lui permettent d'affronter les épreuves de la vie. Sans doute l'un de mes personnages préférés car il a une densité psychologique et un destin romanesque particuliers....  

 

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06 10 16

Roman d'amour, vous dites?

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" Je vous crois folle. Quitter mon fils ne peut être le fait d'une personne jouissant de toutes ses facultés."

Noémie vient de quitter Geoffrey - je n'ai pas dit "Jauffret" -  son compagnon, "d'autant plus odieux qu'il est architecte",  de trente ans son aîné. Elle entreprend avec Jeanne, mère de Geoffrey, une correspondance au goût étrange, corrosive et cruelle à souhait. 

" Cette lettre ne vous est pas vraiment destinée. Son écriture fut pour moi une simple excursion dans la haine de vous, une occasion de purger ma vésicule d'un peu de sa bile."

Jeanne, on le voit, n'est pas en reste, qui va bientôt changer de cap, pour ourdir avec Noémie le plan d'une vengeance...cannibale à l'égard de son fils.

D'une facture épistolaire, inventive  et corrosive, le roman a tout pour plaire à votre chroniqueuse préférée. Sauf qu'elle s'est perdue dans les méandres d'une logique affective pour le moins décousue. Propos mielleux et fielleux s'enchaînent en un tempo aussi allègre que déconcertant. La prétérition règne en maître :  " Je ne t'écris plus, je n t'écris pas. Cette lettre n'est pas une lettre, c'est une déposition." 

Il paraît que c'est un roman d'amour...

Cannibales, Régis Jauffret, roman, Ed. Seuil, août 2016, 188 pp

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05 10 16

Une voix, une conscience

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Figure mythique d'Egypte -   Piaf et Callas réunies ; bien qu'elle s'en défendit- la célèbre cantatrice Oum Kalsoum (1898-1975)  était adulée tant des grands que du peuple.

Fille cadette de l'imam Ibrahim et de sa femme Fatima, " Thuma"  doit son instruction au pouvoir de conviction maternel. Fatima croit en elle, économise les piastres nécessaires à son éducation et entraînement d'une voix tôt remarquée dans les cercles alentour.  C'est ainsi que vêtue en garçon, Oum se voit proposer des leçons par Aboul Ala Mohammed, "le cheikh le plus célèbre de l'époque". L'occasion pour la jeune fille - elle a près de 19 ans - de quitter son village de Tmaë pour découvrir Le Caire, ses fastes et revers, se lier d'une amitié à vie avec le poète Rami.

La voix d'Oum est aussi une conscience. Ambassadrice de cette Egypte qu'elle aime, elle en épouse le destin,  les turbulences et régimes successifs.  Partout où elle se produit, les foules se déchaînent, l'adulation s'exprime, la légende s'impose pour l'éternité.

Rééditée après une première parution en 1985, dix ans après le décès de la cantatrice, la biographie s'assortit du texte traduit de célèbres chansons et du relevé de sa discographie.

Oum Kalsoum, l'étoile de l'Orient, Ysabel Saïah- Baudis, biographie, Ed. du Rocher, sept. 2016 (réédition) 350 pp

 

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01 10 16

Que me chantait ma nounou...

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Avec un titre qui ne laisse rien présager de son contenu - ne vous laissez bercer, berner, par son velouté - Leïla Slimani signe un roman fort, très fort, ...décapant, de la rentrée littéraire.

 Un deuxième roman, du reste, après la parution remarquée en 2014 du Jardin de L'Ogre (Ed. Gallimard) qui avait valu à l'auteur franco-marocaine l'attribution convoitée du Prix littéraire de la Mamounia 2015.

Venons-en au fait, au portrait sidérant de Louise, nounou hors pair, engagée par Myriam et Paul pour garder Mila et Adam leurs tout jeunes enfants. Sa candidature est appuyée de solides références:

" Louise? Quelle chance vous avez d'être tombée sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ca a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l'époque, j'ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder."

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes - parisiens - Myriam va pouvoir revêtir sa robe d'avocat, Paul se consacrer intensément à son job. Chaque soir, à leur retour, ils trouvent l'appartement frais et rangé, les enfants baignés, apaisés, souriants, le repas, prêt.. Louise est un vrai cordon bleu.

Au point que très rapidement, ils ne peuvent plus se passer de sa compagnie, de ses initiatives bienvenues..

"L'appartement silencieux est tout entier sous son joug comme un ennemi qui aurait demandé grâce."

Envoûté par le tableau idyllique d'une organisation domestique sans faille, le lecteur se fait Myriam, se fait Paul, s'englue dans l'oppression larvée d'une menace croissante, indicible, insoutenable..

Il y a du Delphine de Vigan dans l'air ....

Un air dont l'oxygène se fait rare, la gêne, grandissante.

Dotée d'une plume-scalpel, précise, magistrale, Leïla Slimani dresse le portrait clinique d'une pathologie de la solitude, de la pauvreté, abandon, d'un complexe social qui ne parvient à s'exprimer,  d'une névrose de la perfection qui va virer au drame, au rythme de chapitre courts, si bien conduits que le lecteur se laisse prendre aux rêts d'une lecture addictive .. dont il ne sortira indemne

 Apolline Elter

Chanson douce, Leïla Slimani, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 228 pp

 

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