17 09 16

Le drame de Loudun

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" J'ai compris vite, monsieur le bailli, que les tout premiers événements étaient une préparation, et que cette fois, vraiment, le couvent des Ursulines est la proie d'une possession maléfique tout à fait redoutable."

Il est des premiers romans qui ne sont pas des coups d'…essai tant le style s'affirme fluide, élégant, maîtrisé.

Essayiste, marcheur, philosophe, professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris, Frédéric Gros s'est emparé d'un fait historique, le drame  des "possédées de Loudun" qui, déclaré en 1632, assorti d'une cabale contre le curé Urbain Grandier,  mènera ce dernier au bûcher.

Cloîtrées en leur couvent des Ursulines de Loudun, la supérieure Jeanne des Anges et quelques autres soeurs sont victimes d'hallucinations, frappées d'obsessions, saisies de convulsions, convaincues de possession. Le coupable est habilement suggéré, tôt désigné, le suppôt de Satan est Grandier.

Beau, brillant,  séduisant, un tantinet arrogant, le jeune curé de la bourgade engrosse Estelle Trincant, l'élève à laquelle il enseigne le latin. Il enclenche de la sorte une persécution implacable qui fera de lui la victime expiatoire, emblématique,  de l'avènement de la Contre-Réforme. 

Certes, il n'est pas un enfant de choeur: tandis qu'il rédige un traité contre le célibat des prêtres,  il succombe aux charmes de Maddalena et lui conçoit pareillement un enfant - qu'il ne connaîtra pas.  

Jusqu'à son dernier souffle, il nie le pacte satanique qui lui est attribué, croit pouvoir déjouer l'implacable machination ourdie contre lui.

Fresque saisissante, le roman de Frédéric Gros nous fait vivre les faits et vibrer de l'effroyable résurgence de l'Inquisition.

Un événement de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

 

Billet de ferveur

 

AE : Parmi les  pièces à charge contre Urbain Grandier, figure la « Lettre de la cordonnière », pamphlet contre Richelieu, attribué (faussement) au Curé Grandier. En avez-vous eu lecture ?

Frédéric Gros : Oui, et du reste il existe en fait au moins versions de cette lettre (avec le même titre Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Baradas) : une première version donne une vision sombre de la situation nationale, propose des réformes, dénonce des abus et met en garde le Roi contre « ce vautour affamé qui ronge les entrailles de ses sujets » : chacun reconnaît là une mise en cause violente de Richelieu. La police ne parviendra à mettre la main que sur l’imprimeur (Jacques Rondin) qui sera durement châtié, mais pas sur l’auteur.

   Une autre lettre, plus acide et méchante, commencera à circuler après la première (il est possible que d’autres encore aient été écrites).

Urbain Grandier, qui connaissait personnellement la « cordonnière » (Catherine Hammon, de Loudun) a été soupçonné d’avoir écrit  la première lettre, pleine de finesse et rédigée dans un style élégant, mais sans preuve. Au moment de son arrestation, le commissaire Laubardement trouve un exemplaire dans sa bibliothèque.

   Pour certains historiens, Richelieu aurait été persuadé de l’implication de Grandier dans cette affaire au point où sa mort pourrait être considérée comme un effet direct de sa vengeance. Je pense pour ma part que cette affaire n’a été qu’un élément à charge parmi d’autres, une manière pour « inviter » Richelieu à une sévérité sans concession.

 

AE : Son sacerdoce n’a pas empêché Urbain Grandier de concevoir deux enfants. Reste-t-il des traces de sa descendance ?

Frédéric Gros : Il se pourrait que le premier enfant de la fille du procureur du roi, Philippe Trincant, (je la nomme Estelle dans le roman), soit de Grandier. Après « l’affaire » de l’engrossement par Grandier de la fille de Philippe (si on admet la véracité de cette affaire), il y a sans doute eu un mariage  « arrangé » avec Louis Moussaut (juin 1629), alors que la fille Trincant est encore enceinte, lui « acceptant » l’enfant à naître comme le sien. L’historien Robert Rapley constate avec surprise sur les registres de baptême du petit Louis, les registres portent la demande que l’enfant ne s’appelle pas Moussaut, mais Trincant-Moussaut, comme pour marquer une particularité.

J’évoque dans le livre, à la fin du roman, la grossesse de Maddalena (Madeleine de Brou dans la réalité), mais là c’est pure invention. Aucun témoignage ne va dans ce sens, il est même probable qu’elle ait fini sa vie dans un couvent après la mort de Grandier.

 

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15 09 16

Sacré René

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  " Tous ces mots parfaitement calligraphiés me toisent avec dédain."

 C'est ma consoeur Nicky Depasse - grâce lui soit rendue - qui m'a fait découvrir cette fiction à vocation historique, premier roman de Guinevere Glasfurd.

Placé sous la plume d' Helena Jans van der Storm, une jeune servante hollandaise fascinée par l'écriture et les mots - fait  incongru pour une femme de sa condition en ce début de Grand siècle- le récit dévoile la liaison tenue secrète qu'elle entretient avec le célèbre penseur René Descartes (1596-1650) en séjour à Amsterdam, en 1634, chez Monsieur Sergeant, libraire et patron d'Helena.

Contrainte à quitter Amsterdam, Helena met au monde Francine (Descartes), le 19 juillet 1635; la fillette meurt à cinq ans de la scarlatine, alors même que son père - qui se fait passer pour son oncle - a formé le projet de l'envoyer s'instruire en France 

Nous découvrons une facette méconnue et encore mystérieuse de Descartes en une époque cruciale de sa vie puisqu'il travaille alors le célébrissime Discours de la méthode, publié en 1637.

Apolline Elter

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

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10 09 16

Grand roman

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Retenez ce nom, retenez ce titre: ce roman fabuleux, de large inspiration autobiographique, va faire couler beaucoup d'encre d'émotion,  de larmes de tendresse. Il imprégnera votre esprit de ce vécu si bien rendu, par le prisme de Gaby, un enfant d'onze ans, soudain projeté dans une séquence d'effroyables événements.

Vous songez aux Cerfs-volants de Kaboul? [NDLR: Khaled Hosseini, 2003)

Vous n'avez pas tort

C'est encore plus fort.

Mais encore:

«  Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur »

 L'implosion du couple des ses parents - Yvonne est Rwandaise tutsi, Michel, Français, dirige des chantiers, au Burundi  - introduit une première brèche dans l'enfance dorée de Gaby et de sa jeune soeur Ana. L'assassinat, en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, président burundais, le génocide rwandais, l'embrasement de la région des Grands Lacs, préludes à quinze années de guerre civile, vont faire exploser le paradis que constitue l'impasse où il vit, sur fond de violence inouïe.

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire."

Le récit est tragique. Certes. Mais il est surtout lumineux, avivé de fraîcheur par ce regard d'enfant, qui s'accroche au cocon de ses relations familiales  - joyeuses et colorées -  amicales-  de ce club des cinq, formé avec Armand, Gino, les jumeaux, voisins de l'impasse- , avec Innocent, Donatien, les boys, Madame Economopoulos, vieille et généreuse Grecque qui laisse dévaliser ses manguiers et les livres innombrables d'une riche bibliothèque ...

En filigranes, le passage initiatique de l'enfance à un monde adulte particulièrement bousculé...

Un premier roman fort. Très fort.

Apolline Elter 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

 

 

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08 09 16

Vincent

téléchargement (19).jpg" Ce fut ma première rencontre avec la peinture de Vincent, et je revois sans cesse cette scène, je me souviens de chaque détail. Ce n'était pas vraiment beau au sens où l'on entendait la beauté alors, mais ça allait le devenir. J'ignore où se trouve ce tableau aujourd'hui, en Amérique probablement, peu importe, il est dans ma tête et éclaire chaque jour de ma vie, je ferme les yeux, je le vois, et il brille avec autant d'éclat. Il est à moi, comme les autres. "

 Nous l'avions déjà constaté  avec  La vie rêvée d'Ernesto G. (Ed. Albin Michel, 2013 ) focalisé sur Che Guevara, Jean-Mikchel Guenassia aime approcher les personnages mythiques , offrir à ses lecteurs un éclairage ... innovant.

  Il s'attaque, en ce nouveau roman, aux dernières semaines de la vie de Vincent Van Gogh, son séjour fatal d'Auvers-sur-Oise, de mai à juillet 1890 - et  à l'idylle qui le lie à Marguerite Gachet, une jeune fille de 19 ans, fille du célèbre médecin, ami des impressionnistes, dont il est le patient.

 Sorte de journal rédigé de la plume de Marguerite, quelque  soixante ans après les faits, le récit met à mal la réputation du docteur Gachet : ce dernier apparaît sous un jour vil et incompétent. Peintre lui-même, il se fait offrir nombre toiles par ses patients artistes, en échange de ses prestations médicales. Il se constitue ainsi une collection importante ... dont il a peut-être fait copie lui-même ou par le biais de sa fille... Le soupçon d'imposture est posé , le scandale a déjà fait couler bien de l'encre.

 Étayé de coupures de presse d'époque et d'extraits de lettres des frères Van Gogh  - nous découvrons que Vincent Van Gogh était un prolixe épistolier  - le roman offre un regard très engageant sur la production picturale effrénée du célèbre peintre, en son dernier séjour:   75 toiles en 70 jours

 La thèse du suicide  de l'artiste est réfutée avec  force conviction…..

 L'approche est, pour le moins, séduisante

 Apolline Elter

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

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07 09 16

Rencontres au sommet

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Augustin Trolliet croupit, pâle stagiaire SDF, au sein de la rédaction d'un sordide quotidien "carolo", entendez de Charleroi (en Belgique)...  Mais notre (anti-) héros, narrateur de cette fiction déconcertante, est doté d'un don peu commun: il repère les morts qui gravitent autour de ses interlocuteurs, les harcèlent et leur font parfois commettre de mauvaises actions.

Témoin et même légère victime d'un attentat djihadiste, perpétré à la sortie d'une messe...  Augustin aura maille à partir avec les enquêteurs: sa science des morts est par trop suspecte... Ajouté à cela qu'il entre en contact avec le jeune Momo Badawi, frère dd'Hocine, le kamikaze péri dans l'attentat, et avec l'ordinateur portable de ce dernier.

La vie ne comporte heureusement pas que de mauvaises rencontres. Amené à interviewer le célèbre écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, en son château-ferme de Guermanty, Augustin va nouer avec lui une conversation de haute facture philosophique, nourrie d'humanité et  révélations intimes qui sont tant de présents que l'écrivain fait à ses aficionados. Les génies qui l'entourent, peuplent sa vie - Charles de Foucauld, Mozart, Diderot, Colette, Blaise Pascale....- prouvent à l'envi "que l'on n'est jamais seul quand on écrit."

A cet honneur s'ajoute bientôt celui de rencontrer Le Grand Oeil, à savoir, Dieu en personne et de l'interroger pareillement. Moyennant, bien troublante, l'ingestion de substances hallucinogènes... 

Un dialogue alerte s'ensuit qui éclaire les relations de Dieu et de ses bien imparfaites créatures, à l'aune de trois publications majeures: les Ancien et Nouveau Testament, le Coran:

" Je renonce aux récits parfois embroussaillés de l'Ancien Testament, je me détourne des paraboles du Nouveau Testament. Leur impact m'avait déçu (...) Dans le Coran, je me montre pragmatique. Je rédige des prescriptions.

 Une légèreté qui habille, ne passons pas à côté, un syncrétisme religieux prodigieusement maîtrisé.

Le  message majeur de cette aimable fiction consisterait-il à nous enjoindre de lutter contre les amalgames...  et cet obscurantisme régressif dans lequel les Islamistes entendent nous enfoncer.

Il s'assortit d'une solution:

"Notre destin réside dans les mains de ceux qui, hélas, provoquent la réserve: les musulmans. Qu'ils se montrent sans complexes, s'opposent aux islamistes, affichent les valeurs qu'ils partagent avec les non-musulmans. Et qu'artistes, intellectuels, journalistes de tout bord participent à ces éclaircissements. La crise spirituelle ne sera dénouée que spirituellement."

Le roman foisonne - EES oblige - de nombreuses autres de pistes de  réflexion, tant il est vrai que: 

"Le livre propose, le lecteur dispose. La lecture fait la qualité d'un livre."

Je vous invite à la vôtre

Apolline Elter

 

01 09 16

Un petit carnet bleu

51eF0ROFOHL._SX195_.jpgSold out dès son entrée en librairie, le 17 août, le témoignage de Carine Russo, le journal qu'elle adresse à Mélissa, sa fillette arrachée voici 21 ans à la vie simple, banale et belle d'enfant aimée - faut-il vous rappeler la monstrueuse "Affaire Julie et Mélissa" qui mit la Belgique en émoi, du 24 juin 1995 au 17 août 1996, jour de macabre découverte - est digne.

Longtemps reportée, la démarche était malaisée.

" Oser me souvenir M'en faire un devoir. Pour elle, ma fille. Pour moi, pour mon fils. Pour tous ceux qui l'ont connue et aimée. Pour la rendre à la vie, laisser une trace d'elle quelque part, au creux de quelques pages. Parler d'elle. Pour ne pas laisser cette injustice suprême de la voir niée jusque dans sa tombe. Pour qu'on se souvienne d'elle... Oui, oser se souvenir, dire, rappeler cette histoire."

D"un ton sobre, cette Maman "désenfantée" offre à notre empathie, irrépressible sympathie la relation des faits qui ont jalonné quatorze mois d'attente rendue d'autant plus insupportable que les parents étaient privés d'informations, désinvestis de leur rôle et découvraient au fil des mois les dysfonctionnements ahurissants de l'enquête.

"Le temps des autres n'est plus le nôtre. L'attente a suspendu nos vies."

Corollaires d'une grande solidarité familiale, amicale et des multiples actions entreprises pour activer les recherches, la perte d'anonymat, la surexposition médiatique,  l'invasion constante de la maison - la salle à manger était devenue un QG -  la sonnerie continuelle du téléphone et sa prolifération anarchique de fausses pistes ... furent tant d'épreuves supplémentaires infligées à une famille dévastée.

On ne peut qu'admirer que le couple de Gino et Carine Russo ait résisté à ce cataclysme, qu'il ait raison gardée. Surtout qu'aujourd'hui encore subsistent tant de questions non résolues, dont celle cruciale du sort des petites filles durant les 104 jours d'emprisonnement de Marc Dutroux.

" A l'approche de l'hiver, le manque de ma petite fille me tenaillait tellement, mon besoin d'elle, de l'entendre, de la voir, de lui parler était devenu si pressant que je me suis mise à lui écrire dans un petit carnet bleu. Quelques lignes, presque chaque jour. En les relisant, elles me sont apparues singulièrement révélatrices de mon état d'esprit du moment. Pour cette raison, j'ai fait le choix de les retranscrire intégralement."

Et le lecteur de parcourir, pudique,  bouleversé, cette correspondance d'une maman tendre, chaleureuse, angoissée.. et d'acquérir la conviction qu'elle n'a pu rester lettre morte:  où qu'elle fût, Mélissa était imprégnée de l'amour de sa famille - les lettres n'en sont que la verbale confirmation.

Et la lectrice que je suis de remercier ces parents qui, par leurs actions justes et répétées, ont clairement permis au système policier belge  de s'améliorer, gagner en transparence et donc en efficacité - songeons à la création de Child Focus, cellule réactive, dès les premières minutes de signalement d'une disparition - à la fusion des corps de gendarmerie et de police, ... - et de leur souhaiter de vivre désormais une vie la plus apaisée possible - Mélissa demeurera part entière de mémoire, de famille - à l'abri des "journaleux" et de toute exposition médiatique toxique.

Apolline Elter

Quatorze mois, Carine Russo, témoignage,Ed.  La Renaissance du Livre, août 2016, 318 pp

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31 08 16

C'est bientôt la rentrée

téléchargement (16).jpgSous ce titre - surtout ne fuyez pas - se cache un charmant "polar dédié à Prévert"

Il est signé Martine Cadière 

Et conclut bien aimablement nos lectures estivales...

Avertissement: s'il est probable que Jacques Prévert ait séjourné en Dordogne en  1955, les faits qui lui sont prêtés sont pure fiction.

*****

" Etrange, la mémoire. Cet été-là, tout se préparait."

Dynamique sexagénaire, Blanche Chardavoine-Fanlac dirige le "Vieux Manoir" une résidence de luxe pour seniors. Il fut naguère "Lion d'Or" hôtel de prestige géré par sa grand-mère. Et la narratrice de se remémorer le séjour de Jacques Prévert, en cet établissement, durant l'été 1955, "l'été des rats", particulièrement nombreux ces mois-là....Le poète accueillait avec bienveillance la petite fille qu'était Blanche, lui enseignait son art, sa vision de la vie... 

L'été 2010 - présent de la narration - va semer l'émoi et bientôt l'effroi parmi les résidents du Vieux Manoir: une série de meurtres sont commis dont le modus operandi épouse singulièrement un poème de Prévert, consigné dans le livre d'or de l'hôtel......

Que s'est-il donc passé, cinquante-cinq ans plus tôt qui pousse le meurtrier à venger son passé? 

Je vous laisse le découvrir, vous souhaitant une belle fin ...d'été

A Elter

L'été des rats, Polar dédié à Prévert, Martine Cadière, Ed. Mols, mai 2016, 250 pp

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31 08 16

Uchronie

téléchargement.jpg" Tous les ressuscités vous le diront: l'amour est le plus important."

 Belle uchronie que nous propose le romancier: imaginons qu'Arthur Rimbaud ne soit pas mort, le 10 novembre 1891, dans un hôpital de Marseille, d'une carcinose généralisée, conséquence  fatale d'une tumeur au genou, que sa vie soit prolongée de trois décennies, d'une progéniture.....

Tentant n'est-il pas? 

Prêtant à l'hôpital  de la Conception, à Marseille,  une confusion de cadavres - l'homme qui est mort est un "va-nu-pieds", renversé par un fiacre - , à son directeur la volonté d'étouffer cette fatale erreur, Thierry Beinstingel offre à Arthur une nouvelle vie, tant il est vrai que "les poètes ne meurent jamais."

Mué en Nicolas Cabanis et en ((futur) gérant d'une carrière de marbre près de la frontière belge, Arthur Rimbaud entretient le contact qui le lie à sa chère soeur Isabelle, se marie.. avec Marie, engendre deux enfants, Hortense et Justin, et surtout, assiste en témoin privilégié,  à la constitution du mythe rimbaldien.

Une fiction subtile doublée d'un récit de très belle facture.

AE

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel, roman, Ed. Fayard, août 2016,  416 pp

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24 08 16

Police ...de caractère

9782246861447-001-X_0.jpeg" Je ne pourrai pas faire ce métier, alors j'ai essayé de le raconter, explique Hugo Boris. J'avais envie d'être avec eux dans la voiture, cette fameuse nuit, lorsque leurs vies s'apprêtent à basculer."

Si le roman, merveilleuse découverte de la rentrée littéraire, sent le vécu, c'est tout simplement que son auteur a joué le jeu. Il a voulu connaître le quotidien des gardiens de la paix, l'enjeu de leurs missions, s'est introduit au "17", intégré au-delà de toute attente. C'est de "collègues" qu'il nous parle en quelque sorte.

Coup de génie, la police inversée du titre est "une invitation à traverser le miroir"

Vous serez ravis de l'avoir acceptée...

Virginie, Erik et Aristide, protagonistes de cette équipée, ont, eux, tout lieu de regretter l'acceptation d'une mission "de renfort" à haut risque de repentance: il s'agit d'amener à l'aéroport Charles de Gaulle un migrant tadjik pour qu'il soit renvoyé dans son pays. Il ne fait pas de doute qu'il y sera massacré.

Il ne fait pas plus de doute que le trio d'intervention risque tout simplement sa carrière s'il n'obéit à l'ordre de mission...

Pris en tenaille de ce drame humanitaire et de conscience, le lecteur est saisi d'irrésistible empathie. Il réfléchit lui aussi, interroge sa conscience, se révolte, se résigne peut-être...

C'est le prodige de l'écriture de Hugo Boris,  factuelle, précise et puissante et d'un pouvoir d'introspection assez remarquable.

Un vrai coup de coeur dans le rentrée-viseur.

Apolline Elter

 

Police, Hugo Boris, roman, Ed. Grasset, août 2016, 198 pp

 

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04 08 16

Pathologies non-autistiques

téléchargement (11).jpgRendons à César ce qui lui appartient.

C'est à Jérôme Colin 

Et son fabuleux entretien

Du jeudi 9 juin

(NDLR: Entrez sans frapper  - La Première ) 

Que je dois la découverte de Josef Schovanec et la lecture de ces Voyages en Autistan, chroniques issues de l'émission "Carnets du monde " qu'il anime, chaque dimanche sur les ondes d'Europe 1.

Philosophe, polyglotte, grand voyageur, fin observateur des "pathologies non-autistiques", ... Josef Schovanec est autiste, trentenaire et doté d'un sens de l'humour confondant.

" La vie fut dès ses prémices bien cruelle avec votre serviteur, puisque Dame Nature me fit naître le deuxième jour de décembre de l'an de grâce 1981, soit, ainsi que je ne le sus que bien plus tard, le même jour et la même année qu'une dénommée Britney Spears. La providence ne s'acharnant pas outre mesure, elle fit de cette funeste date notre seul point commun."

Le ton est donné.

Observant avec acuité toutes les bizarreries, angoisses et maladresses que le syndrome d'Asperger produit dans son chef - débit de parole particulier, ...- et sa vie quotidienne, Josef Schovanec nous invite à lever les frontières de la normalité, puisant dans ses innombrables voyages et rencontres humaines - un vrai globe-trotter que ce docteur en philosophie - la conviction que la différence se vit mieux au carré, et donc, à l'étranger, entendu que nos interlocuteurs porteront toutes les incongruités sur le compte de l'extranéité....

Ce faisant, par un procédé de miroir accrochant, il invite le lecteur à ..réfléchir sa propre normalité.

Voyages en Autistan,  Chroniques des "Carnets du monde", Josef Schovanec, Co-éd.Plon/ Europe 1, mars 2016, 216 pp

 

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