08 12 15

Etrange, étrange

9782714459558.jpg " La bibliothèque était plus silencieuse qu'à l'ordinaire.

Mes souliers en cuir neuf émirent des bruits secs et craquants, quand je marchai sur le sol revêtu de lino gris. J'avais l'impression qu'il ne s'agissait pas de mes propres pas."

D'incipit, le ton est donné-  le conte qui nous est proposé bruit d'une menace diffuse...

Venu restituer à la bibliothèque deux ouvrages empruntés, le jeune narrateur est embrigadé par un vieillard sournois, incarcéré dans une sombre cellule avec mission d'ingurgiter trois ouvrages barbares traitant du prélèvement d'impôts en l'ancien empire ottoman.

Farci d'une telle science, son tendre cerveau serait plus tendre à la dégustation...

Sidéré par les propos et les dessins d'illustrations, le lecteur se sent happé dans une sorte de cauchemar dont il ne pourra se dégager ...qu'à la dernière page.

Maîtrise d'un conteur - le célèbre Haruki Murakami - qui par plus d'un aspect, évoque les nouvelles de Roald Dahl...

AE

L'étrange bibliothèque, Haruki Murakami, conte traduit du japonais par Hélène Morita, illustrations de Kat Menschik, Ed. Belfond (pour la trad. fçse), novembre 2015, 64 pp

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05 12 15

Gé-ni-al

téléchargement.pngOù diable Bruno Coppens saisit-il ses jeux de mots? 

Meilleur qu'acrobate, il surpasse Raymond Devos,  pétrissant la langue française de pitreries de génie, les fables de La Fontaine, de pastiches pure fantaisie.

Et le public d'en redemander.

Plutôt que paraphrase, offrons-nous en ce week-end dévolu au grand saint des enfants, quelques définitions de derrière les fagots: 

"Adulte: Adolescent ayant mis l'acné sous le paillasson"

"Eclipse: Moment où le soleil se met hors d'état de luire."

"Tourista: Cadeau de bienvenue pour voyageurs en plein transit."

Tout est à l'avenant.

Je vous souhaite bon amusement

Apolline Elter

Ludictionnaire, Bruno Coppens, essai, Ed. Racine, nov.2015, 160 pp

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03 12 15

Vous avez dit "VOF"?

Vacances Obligatoires en Famille V.O.F... Bof, bof? 

C'est ce que l'on pourrait conclure d'entrée de roman..

Si Christiane, toute à la joie de réunir Jean-Louis, son mari , Caroline et Valérie,  ses filles, leurs enfants et conjoints dans la villa charmante quoiqu' assez ordinaire qu'elle loue à proximité d'Avignon, on saisit rapidement que la semaine se profile comme une aimable corvée pour Val et Caro, harassées de responsabilités familiales et professionnelles. Et pour cause, la maison ne dispose ni de salles de bains, ni de piscine privatives et encore moins d'une connexion Internet.....

L'arrivée-surprise d'Ophélie, la cadette, et de son nouveau copain, Cédric , va changer la donne, progressivement, subtilement, ... et introduire dans les relations familiales des connivences inédites, placer les quatre femmes au carrefour d'une nouvelle vie.

Tissé autour de Christiane et d'un portrait particulièrement attachant, ce deuxième roman de Valentine de le Court confirme en plus "abouti" la maîtrise d'écriture, la galerie de portraits bien croqués,  amorcées avec Explosion de particules.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé.

Apolline Elter

Vacances obligatoires en famille, Valentine de le Court, roman, Ed. Mols, oct. 2015, 176 pp

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01 12 15

Né un 24 décembre

Résultat de recherche d'images pour "noël en décembre tirtiaux""Il y a dans notre famille un attachement à la fête de Noël qui va bien au-delà de tout ce qu'on peut rencontrer à des lieues à la ronde. Noël est l"événement majeur de l'année, le jour phare où la lumière se décide à ressortir de la nuit, où, pour les femmes très chrétiennes de la tribu, l'enfant-Dieu prend corps parmi les hommes pour leur insuffler l'espoir d'une vie aux accents d'éternité."

Nanti d'un titre en forme de truisme, le nouveau roman de Bernard Tirtiaux prête voix à Noël Molinaux,né un 24 décembre  - " Quatre jours de plus et j'étais bon pour m'appeler Innocent" - et à un récit inspiré de faits réels.

De transit en Belgique,  Klara, une jeune Berlinoise, accouche inopinément de Luise, dans une ferme de la région liégeoise. Nous sommes le 27 juin 1914. La mère du narrateur - lequel est  alors âgé de quatre ans et demi - accouche dans le même temps, au même endroit,  d'une fille appelée Lucienne.  La honte, l'approche de la  guerre favorisent l'abandon de Luise, en sa famille d'accueil pendant huit années. Le temps pour  Noël de s'attacher profondément, amoureusement,  à la lumineuse fillette, pour la famille, de la compter intégralement des leurs.

Conçu comme une longue lettre à Luise adressée, le roman épouse les sensations et affects de Noël,le sentiment d'abandon qu'il éprouve quand la fillette regagne sa famille, son impuissance à contrer le destin que la seconde guerre lui fera adopter .  Portant par bravache l'étoile jaune imposée à son beau-père et ses demi-frères et soeurs, Luise est déportée dans un camp de concentration. Elle doit son salut au mariage contracté avec un officier nazi, éperdu de sa beauté et de son don pianistique. Jamais elle ne se remettra d'avoir de la sorte abandonné les siens...

Noël en décembre, Bernard Tirtiaux, roman, Ed. JC lattès , octobre 32015, 300 pp

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26 11 15

Calame et Calame et Calame...

Atiq Rahimi, portrait intime,

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 Sur une  feuille blanche, terre d'exil , que  l'écrivain afghan - Prix Goncourt 2008 pour Syngué Sabour, Pierre de patience  (Ed. P.O.L) - tente d'habiter,  court peu à peu la plume du calame, roseau taillé de sa main, chantant l'alef, cet alpha originel, de toute écriture,  de la vie.

 " Mon calame se balade, comme pour suivre l'errance de mes mots, l'exil de mon corps.

Il se balade d'une époque à l'autre, d'une terre à l'autre,....

Tantôt criard, tantôt silencieux, il est toujours mouvant.

Mouvant devant les corps émouvants.

Et scient.

Scient du danger qu'il affronte dans ce livre en traversant les frontières incertaines entre l'art, la spiritualité et la philosophie. "

 Mêlant aux souvenirs de prime enfance et d'une terre natale afghane marquée par l'emprisonnement inique de son père pour jeu de mot, ceux de l'exil et de lectures éclectiques,  Atiq Rahimi dévoile, poétique, lyrique, calligraphique, merveilleusement callimorphique, les secrets d'errances et de réflexions philosophiques

Sous sa plume - de calame- les lettres revêtent  une  énergie spirituelle, un pouvoir hautement symbolique, au départ de l'alef, "lettre-étalon", " mon  tétragramme d'errance et d'absence." , " mon tracé d'Ariane qui me guide vers mon passé, ma naissance..."

 `Chère à notre blog, la graphologie prend un tour sacré,  une vocation métaphysique.

La calligraphie aussi, qui, de surcroît offre à l'auteur une relation privilégiée à ses lecteurs, heureux attributaires  de ses dédicaces

 Une ballade qui revêt l'aile majestueuse de la balade

 

La ballade du Calame, Atiq Rahimi, essai, Ed. L'iconoclaste, août 2015, 200 pp

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22 11 15

Monstre sacré de la chanson française

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 Je vous ai déjà signifié combien j'apprécie les aquarelles de Philippe Lorin. Des biographies de George Sand, Colette, Jacques Brel, Jean Ferrat... il sonde les psychologies des protagonistes, familles, amis, confrères (soeurs) , l'âme des lieux de vie.

Ce nouvel ouvrage, dont le texte est rédigé par Jean-Claude Lamy, biographe de Georges Brassens ( cfr, Brassens, le mécréant de Dieu, ed. Albin Michel, oct. 2004) trace l'enfance d'un être choyé, ses amours, ses amis, ses copains d'alors et surtout d'abord et l'accession à la notoriété d'un poète chantant qui préférait se prendre la pipe que la tête.

Dédicataires de ses chansons, circonstances de leur écriture, lieux de vie d'un monstre sacré de la chanson française qui cachait derrière une moustache pudique l'hospitalité d'un vrai et grand coeur.

Chez Brassens, Légende d'un poète éternel, Jean-Claude Lamy (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre,  Ed. du Rocher, sept. 2015, 116 pp

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19 11 15

La mort en partage

"Vous me coucherez nu sur la terre nue"" Ma mort m'appartient mais elle ne concerne pas que moi." 

Très investi dans l'accompagnement de fin de vie,fervent adepte de la pratique des soins palliatifs,  le théologien belge Gabriel Ringlet, ex-Vice-Recteur de l'Université catholique de Louvain, écrivain et poète, aborde sans fard ni tabou, avec une positive douceur,  la question de l'euthanasie. 

C'est assez courageux de sa part.

Parcouru d'anecdotes, de relations d'expérience -  celles du Professeur Christian de Duve, de Jacques Lusseyran, aveugle et résistant  [NDLR: lire à ce sujet Le voyant, Jérôme Garcin, en vitrine du blog] qui introduisit des séances de déclamation poétique au sein du camp de Buchenwald - et de références - entre autres, les sublimes Lettres de ma poupée de Kafka -  l'essai habille d'humanité, d'amour et de respect, la fin de vie, lui offrant une célébration qui se poursuit au-delà du trépas.

Cela fait du bien.

Et l'auteur, appelé en cette réflexion, en cette ...vocation,  par le docteur Corinne van Oost,  de s'interroger sur les rapports entre la technicité médicale  de l'euthanasie et  son accompagnement spirituel: 

" Laisse-t-on l'acte à sa seule technicité, même attentive et délicate, ou conduit-on la démarche spirituelle jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à sa dimension rituelle, Avec le recul et un début d'expérience, je découvre aujourd'hui cet appel comme une chance et une responsabilité, l'occasion de permettre à tous les acteurs de vivre, malgré et à travers la transgression, un moment d'exceptionnel intensité."

 Trangressive, certes, la pratique de l'euthanasie, indissociable dans le chef de Gabriel Ringlet de celle, majeure,  des soins palliatifs, est "acte posé, si j'ose dire, en état de légitime défense."

Ce qui n'exclut que " Que d'euthanasies pourraient être évitées si on passait en soins palliatifs  un peu plus tôt!" 

Tout est dit. Avec modestie.

Apolline Elter

"Vous me coucherez nu sur la terre nue" L'accompagnement spirituel jusqu'à l'euthanasie,  Gabriel Ringlet, essai éd. Albin Michel, septembre 2015,  248 pp

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18 11 15

Sic

Les petites phrases qui ont changé l'histoire

Depuis l' "Oeil pour oeil, dent pour dent" qui fonde la loi du talion, jusqu'au célèbre "Indignez-vous" qui leva, il n'y a guère,  des foules, certains adages revêtent une portée historique,  qui traversent allègement les siècles et influencent parfois le cours de l'Histoire.

Florence Vidal s'est longuement interrogée sur l'origine de douze d'entre eux, nous livre le résultat d'investigations fouillées  et nous situe avec précision, la genèse de leur création , les circonstances de leur expression . Au fataliste Alea jacta est de Jules César , "dictateur idéal" succèdent  l'injonction pacifique de Jésus :"Aimez-vous les uns les autres,"  la tête plutôt bien faite que bien pleine de ce cher Montaigne, la constatation  galiléenne de la rotation de la terre - " Et pourtant, elle tourne"- , celle de la liberté des hommes et de l'égalité de leurs droits .... et l'impérieux"Je vous ai compris " adressé par Charles de Gaulle au peuple algérien...

Assurément, nous aussi, on a mieux compris...

 

AE

Les petites phrases qui ont changé l'Histoire, Florence Vidal, essai, Ed. Pygmalion, sept. 2015, 462 pp

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17 11 15

Enchanté

Résultat de recherche d'images pour "ces amis qui enchantent la vie"S'il revendique la sélection subjective, voire fantaisiste,  de quelque cent-vingt écrivains, de littérature française et étrangère, toutes époques confondues, l'Académicien Jean-Marie Rouart la justifie de manière très convaincante: sa galerie de portraits - brossés avec brio - rassemble  tous les auteurs dont les oeuvres ont une portée autobiographique pour lui, entendez qu'elles l'ont constitué à un moment particulier de son existence.

" Je n'ai obéi qu'à mon penchant et à ma fantaisie. J'ai éludé à regret des monstres sacrés comme Goethe, Diderot, Byron, Dickens, au profit d'écrivains qui n'encombrent pas les autoroutes de la célébrité : P.-J Toulet, Luc Dietrich, Maurice Sachs, Malcolm de Chazal .. pour la simple raison qu'ils m'ont communiqué leur magie."

Classés selon une découpe thématique psycho-philosophique, en "soleils païens, magiciens, assoiffés d'absolus, fracasseurs de vitres, printemps foudroyés,  etc ...."  les portraits des écrivains s'enchaînent, alertes, scintillants, soutenus d'un extrait représentatif de leurs oeuvres.  L'occasion pour le lecteur de retrouver Rabelais, Cocteau, Colette, Lewis Carroll, Musset, Apollinaire, Zola, Genet, Céline, Cendrars, Jean d'Ormesson, Anaïs Nin, Gide, Balzac, Montaigne, Napoléon, De Gaulle, Baudelaire, Giono, Camus, Mauriac, Daudet, Carson McCullers... au gré de sa propre fantaisie, de s'offrir de nouvelles rencontres et  de se délecter de formules qualificatives, magistralement ciblées.

" L'Européen  fourdroyé", Stefan Zweig - cher à notre blog - est ainsi qualifié de 'Sainte-Beuve à qui auraient été donnés, en plus de l'intelligence, la passion et l'amour.

L'essai est brillant, la passion littéraire, généreuse.

Apolline Elter

Ces amis qui enchantent la vie, Passions littéraires,  Jean-Marie Rouart, essai, Ed. Robert Laffont, août 2015, 910 pp

12 11 15

Paul et Marie

Résultat de recherche d'images pour "marie curie prend un amant"Et ce fut un scandale.

Anéantie par le décès accidentel de son mari, Pierre Curie, le 19 avril 1906, Marie trouve quelque réconfort auprès de Paul Langevin, disciple du couple, son cadet de quatre années. Mais ce dernier est marié - à l'épouvantable Jeanne Desfosses - prisonnier d'une belle-famille qui orchestrera le lynchage médiatique des amants, fin 1911 et le procès auxquels leur liaison les aura exposés.

Traçant avec brio le portrait des protagonistes, Irène Frain reconstitue la relation entre la célèbre scientifique, d'origine polonaise, "reine de la radioactivité", doublement nobélisée et l'illustre physicien, non au départ des lettres d'amour incriminées -  depuis lors, détruites - mais à partir des carnets de compte de Marie Curie conservés par leur petite-fille commune, Hélène , Langevin-Joliot. Véritables baromètres de cette passion amoureuse, les dépenses de Marie sont scrupuleusement consignées, balisant, rassurantes,  ces surplus d'émotions qu'elle peine tant à gérer.

Et c'est sans doute la grande valeur de ce travail d'investigation, de reconstitution historique: la biographie perce, sous le faciès impassible, contrôlé de la scientifique, la fragilité de la femme, sa détresse, sa naïveté,  mais aussi sa passion amoureuse.

Une enquête brillante, déployée d'une plume qui ne l'est pas moins.

Apolline Elter

 Marie Curie prend un amant, Irène Frain, essai, Ed. Seuil, oct. 2015, 360 pp

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