18 02 16

A déguster

les-delices-de-tokyo-709509.jpg" Nous sommes nés pour regarder ce monde, pour l'écouter."


 Libéré de prison , Sentarô, écrivain au destin avorté, purge une  peine d'une autre facture pour le remboursement de ses dettes: il passe ses journées derrière une plaque chauffante, à cuire et vendre des dorayakis industriels, sortes de pancakes japonais farcis d' 'an 'une pâte d'haricots confits. 

Notre homme affiche triste mine, vous l'aurez compris.

Surgit alors, derrière le cerisier en fleurs, Tokue Yoshii, une septuagénaire aux doigts curieusement noués, abîmés.  Elle implore Sentarô de l'engager pour un salaire de misère, ce qu'il consent, épuisé d'arguments...

Experte en l'art pâtissier, la délicieuse vieille dame va non seulement transformer l'enseigne de l'aubette, faire exploser son chiffre d'affaires mais aussi changer le rapport de Sentarô à la vie.

Le sauver d'un naufrage inexorable.

Une métamorphose progressive et heureuse, qui passe, cependant par la découverte tragique du passé de Tokue....

Sorte de conte urbain, contemporain, largement basé sur des principes culinaires - c'est dans l'air du temps  - et un sympathique rapprochement intergénérationnel -  Wakana une jeune lycéenne un peu perdue se joint au duo - le roman offre une délicieuse bouffée d'air frais à cette rentrée littéraire.

Il se déguste, tout simplement, et fait du bien.

Faut pas chercher plus loin.

Porté à l'écran par Naomi Kawase, le film qui s'en inspire est sorti conjointement en salle, en ce début février.

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, roman, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, Ed. Albin Michel, février  2016, 240 pp

 

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17 02 16

A room of One's own

 product_9782207123676_195x320.jpg " Traduire est la plus amoureuse des lectures" prévient d'entrée de prologue Marie Darrieussecq, la romancière, nouvelle traductrice de l'essai de Virginia Woolf (1882-1941) A room of One's own (Hogarth Press, 1929).

Et de nous offrir - c'est de l'ordre du cadeau - une lecture liftée, traduction engagée, justifiée, actualisée des textes de conférences que la célèbre romancière londonienne prononça à l'Université des femmes de Cambridge, en 1928, sur le thème imposé des "femmes et de la fiction"

Campant comme postulat qu '"une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle, si elle veut écrire de la fiction.", Virginia Woolf, promène à travers l'histoire de la littérature anglaise et les diktats du travail d'écriture,  son analyse de la condition féminine et de l'accès à l'écriture,  fustigeant d'un humour caustique, les contradictions masculines et théories scabreuses.

Et c'est une grande qualité de la traduction "darrieussecquienne" que de faire apparaître, fraîche et fracassante, la verve woolvienne.

Opérant une distance sur son propre cheminement de pensée - très moderne, tout cela - Virginia Woolf conclut ses discours d'une exhortation à ses auditrices de  réveiller, partant de révéler la  part soeur (disparue)   de Shakespeare qui sommeille en elles.

Une traduction, rencontre de deux "autrices" , qui réveille et révèle à coup sûr toute la tonicité du propos

AE

Un lieu à soi,  Virginia Woolf, essai - nouvelle  traduction de Marie Darrieussecq, Empreintes Denoël, janvier 2016, 174 pp

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06 02 16

César Ritz

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"Chez les Ritz, on naît dans le Valais et on y meurt depuis quatre siècles. Même les ancêtres, les Rissi, les Ritsio, les Rizzo, ne viennent pas de bien loin: le Piémont ou la Lombardie. L'Italie du Nord n'est qu'à trois cents kilomètres. Il n'y a eu qu'un aventurier dans la famille, Laurent Ritz, qui s'est installé à Brigue, à vingt-cinq kilomètres de là, autant dire à l'autre bout du monde. La vallée est un goulet d'étranglement. Personne n'y entre, personne n'en sort. A peine passe-t-on d'une rive à l'autre du jeune Rhône."

 Le ton est donné. Celui d'une épopée hors du commun,  biographie romancée, qui voit un jeune paysan valaisan gravir les échelons de la hiérarchie hôtelière,  donc sociale,  avec une détermination sans faille, une vision des attentes d'une clientèle huppée, un génie des moyens de les prévenir. L'homme se nomme César Ritz, il fonde l'hôtel  parisien éponyme mais ne profite guère de sa gloire, usé  mentalement par le rythme d'une vie par trop effréné. 

Pour un premier roman, on peut dire que c'est un coup de maître: Pauline-Gaïa Laburte a le style vif, judicieusement assaisonné, elle fait monter en neige, métaphores et formules bien frappées, campant, on ne peut mieux, l'atmosphère de l'époque, la psychologie,  l'ambition du protagoniste, qui "veut inscrire son nom au Panthéon de l'hôtellerie", sa rencontre avec Auguste Escoffier et le tandem professionnel infaillible qu'ils constituent.

" Auguste, César, deux empereurs se jugent, se jaugent et se reconnaissent égaux. Chacun son pays, hôtelier, cuisinier, au sein d'un même empire."

 Construction maîtrisée, plume qui ne l'est pas moins... on ne peut que s'incliner devant ce bijou de lecture dont la parution coïncide avec la réouverture du palace de la place Vendôme, ce proche printemps...

Ritzy, Pauline-Gaïa Laburte, roman, Ed Albin Michel, février 2016, 202 pp

Billet de faveur

AE : Pauline-Gaïa Laburte, vous signez un premier roman … fabuleux : certaines scènes relèvent du cinéma tant leur rendu est précis, vivant, éloquent. Quelles furent vos sources d’écriture ? Le Ritz vous a-t-il ouvert la porte de ses archives, mémoires hôtelières ?

Pauline-Gaïa Laburte : Avant de commencer l’écriture d’un texte, je commence toujours par une longue phase de recherches. Pour Ritzy, je me suis plongée dans des archives sur le Paris de l’époque, je me suis inspirée de photos des années 1900, de l’Exposition Universelle et surtout j’ai relu Zola, qui a été une vraie mine d’or ! Il y a des hommages à sa Curée dans Ritzy, et une connivence certaine entre César Ritz et les personnages d’Au Bonheur des Dames, cette rage de réussite, cette passion de l’ascension sociale. Pour les scènes dans les palaces, j’ai fait des recherches 2.0. Beaucoup de grands hôtels à travers le monde ont des sites Internet qui retracent leur histoire. L’histoire, pour les hôtels, a une vraie valeur patrimoniale ! J’ai ainsi pu retrouver des photos de ces lieux en 1880, 1890.

Pour le Ritz, je me suis appuyée sur la biographie – très fleur bleue – écrite par Marie-Louise Ritz, la femme de César, et sur l’ouvrage bien plus sérieux de Claude Roulet, qui a travaillé pour le Ritz pendant 25 ans et a eu accès à leurs archives. Pour le reste, j’ai laissé faire mon imagination, car je ne voulais surtout pas écrire une biographie ! En tant que romancière, je laisse mon esprit se promener dans les scènes que je créée. Vraiment, j’ai en tête le décor, la rue, les immeubles, ou les intérieurs, avec leurs détails, la couleur de la tapisserie, les meubles, l’espace, et je vois les personnages évoluer dans ce cadre. Je prends le temps de me dire « ok, que se passe-t-il dans cette scène, le personnage est à la montagne, le soleil se lève, comment est l’ambiance ? il fait froid, les oiseaux ne chantent pas encore, l’herbe est humide et la rosée trempe le pantalon, quelqu’un tousse derrière lui ».

Rendre un lieu vivant par l’écriture, ce n’est pas seulement planter le décor, c’est faire sentir l’ambiance, et surtout ce que ressent le personnage, c’est lui qui donne l’étincelle de vie aux lieux. J’essaye de vraiment m’attacher à retranscrire le décor par ses yeux. Par exemple, quand César Ritz débarque de son petit village suisse à Paris, il voit la capitale comme un formidable endroit de découvertes. Il a 17 ans, il a envie de tout voir, l’écriture doit retranscrire cette soif d’aventure, les journées à 100 à l’heure, il y a des envolées lyriques. Par contre, lorsqu’il atteint la quarantaine, qu’il est épuisé par tous ses voyages, les phrases se raccourcissent. C’est le personnage qui modèle le décor à son image et l’écriture est au service de ça.

 

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05 02 16

Passeuse pour notre temps

téléchargement.jpgCartographe- géographe universitaire, Joëlle Désiré-Marchand  contacte Marie-Madeleine Peyronnet,  la secrétaire perpétuelle d'Alexandra David-Néel , en 1987,  pour opérer le tracé précis de l’expédition au Tibet de la célèbre exploratrice

Marie-Madeleine Peyronnet lui laisse accès aux documents originaux d' Alexandra David- Néél , décédée en 1969 ; une amitié naît entre les deux femmes. Joëlle Désiré-Marchand  écrit  alors une biographie   de la "femme aux semelles de vent"  et quelques ouvrages traçant ses itinéraires géographiques et spirituels.

Elle aurait pu en rester là.

Fort heureusement pour nous, la biographe est contactée par les éditions "Le Passeur" et accepte  commande et  cahier de charges d’une collection qui s’intéresse à l'héritage, aux messages délivrés par les grands personnages.

"La série des « passeurs pour notre temps» ayant pour objectif de montrer en quoi la vie ou l'œuvre d'une personnalité remarquable reste éclairante pour les lecteurs
d'aujourd'hui, Alexandra David-Néel méritait assurément d'y figurer. Son cas apparaît même exemplaire car l'incroyable audace de ses voyages se mêla toujours avec sa recherche intérieure. Et son talent d'écrivaine lui permit d'associer les anecdotes vécues sur les pistes risquées du Toit du monde à l'évocation toujours claire des religions orientales."

L'éclairage est donc des plus intéressants. Assurément,  la vie d'Alexandra David-Néel est éloquente, inspiratrice, aujourd'hui toujours, d'expéditions - pensons à celle de Priscilla Telmon. Alerte d'esprit, la vieille  dame écrit encore à l'âge de 95 ans. Sa mémoire et son sanctuaire de Samten-Dzong sont depuis lors entretenus par Marie-Madeleine Peyronnet, dans le pur respect de ses volontés. Notons à cet égard que cette dernière fut la seule, avec Alphur Yongden, fils adoptif d'Alexandra David-Néel à partager sa vie ... et son caractère haut en couleurs...!

Avec son focus géographique, l'analyse des expéditions, de leurs risques et empreintes sur la mentalité de cette féministe éclairée, de sa spiritualité mâtinée de bouddhisme... l'ouvrage offre le meilleur des arguments pour la perpétuation de son rayonnement.

En annexe, la publication de quelques articles, révélateurs de l'écriture maîtrisée et de la casquette de journaliste que revêtit, entre autres, l'écrivain ADN...

Une lecture conseillée

Alexandra David-Néel, passeur pour notre temps, Joëlle Désiré-Marchand, essai, Ed. Le Passeur, janvier 2016, 272 pp

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02 02 16

Prodigieuse H.J.Lim

411nxZ9dhbL._AA160_.jpg" Ce qui compte, c'est le silence intérieur. Le piano est seulement le passeur."

"H.J. Lim" (Hieon Jeong Lim) naît à Anyang, près de Séoul, en Corée du Sud, le 26 octobre  1986.  Un taemong - " rêve prémonitoire de naissance" - révèle à sa mère que le destin de sa cadette se fera hors de Corée. Dès lors cette maman aimante mettra tout en oeuvre - et en confiance- pour que s'exprime en sa fille le langage de la musique qui la saisit dès la prime enfance.

" J'ai dans mon coeur la clarté indigo du courage"

Débarquée à Compiègne à l'âge de douze ans,  seule et sans bagage linguistique - elle ne parle pas  un mot de français-  l'enfant se heurte d'emblée à l'hostilité jalouse d'une "tante",  mère d'accueil bien mal nommée. Sa passion pour la musique, son don inné, rapidement remarqué et des rencontres bienveillantes  la mènent bientôt à Rouen, Paris, Waterloo- en la prestigieuse chapelle musicale Reine Elisabeth -  et Neuchâtel, en Suisse, où elle réside désormais, au coeur de l'Europe mélomane.

Une rencontre fortuite, dans le métro bruxellois, avec le compositeur, interprète russe, Alexandre  Rabinovitch-Barakovsky, le "Maestro Céleste" va se révéler fondamentale, orienter drastiquement sa pratique pianistique, l'allégeant de l'insidieux embourgeoisement dans lequel s'enfoncent ses vingt ans pour  une quête toujours en cours de - lumineuse - liberté intérieure.

La "radicalité" de son rapport à la musique et son indissociable spiritualité nous évoque à plus d'un point celle d'Hélène Grimaud.  Il serait intéressant de comparer les parcours, soif d'absolu des deux prodiges, cette "communication d'âme à âme" que représente un art, porté par toutes deux au nirvana de l'interprétation.

Un témoignage merveilleux - une lecture que je vous conseille vivement, assortie de l'écoute de l'intégrale des Sonates pour piano de Beethoven, interprétées par l'artiste... (EMI, 2012)

Le son du silence, Hieon Jeong Lim, témoignage rédigé avec la collaboration de Laurence Nobécourt, Ed. Albin Michel, février 2016, 186 pp

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28 01 16

Trialogue

téléchargement (2).jpgAmis, ils le sont de longue date.

Réunis 9 jours en une maison, sise au "coeur  d'une forêt, en Dordogne", les psychiatre Christophe André, philosophe Alexandre Jollien et moine bouddhiste Matthieu Ricard, engagent une série d'échanges sur ces thèmes précis qui leur tiennent à l'âme:  aspirations existentielles, place réservée à l'ego, gratitude, gestion des émotions,  de la souffrance, de la vérité, pratique de l'écoute, de la bienveillance, de la simplicité...

Consignés en 12 chapitres, les dialogues sont frappés de simplicité, d'humilité et surtout de bienveillance. 

" Venez maintenant prendre place à nos côtés, sur une chaise ou, plus près de nous encore, sur l'un des fauteuils fatigués et accueillants dans lesquels nous nous sommes installés. (...) Le feu crépite dans la cheminée, la vallée s'étend de l'autre côté de la fenêtre, le soleil d'hiver commence à pâlir doucement, le thé fume dans les tasses, réchauffe les mains et stimule les esprits."

Solidaire d'une même précarité existentielle, le lecteur est donc invité à se joindre à la confrontation d'expériences, de  pratiques quotidiennes relatée par trois hommes d'univers différents, à cette quête de sagesse basée sur une notion majeure: l'altruisme.

Il méditera les citations qui parcourent les chapitres en grands caractères et les conclusions didactiques de ceux-ci frappées de mantras et de dispositions pratiques.

Trois amis en quête de sagesse, Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard, essai, Ed. L'Iconoclaste - Allary Editions, janvier 2016, 491 pp

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26 01 16

Echec et mal

Un essai engagé

"Comment pardonner à Zweig son suicide?

Comment y être sensible? Ce n'est que le geste d'un génie imbu de lui-même. Qui pense que le monde
entier va verser des larmes. Bouleversé par le déchirant suicide d'un tel artiste. Pas une larme ne doit
couler pour Stefan Zweig. Il ne mérite qu'un éternel mépris. Et avant tout de la part de ses lecteurs
qu'il a trahis aussi, bien sûr. Les larmes, on peut les verser pour la petite Scholl, pour Kolbe, pour Von
Stauffenberg, pour tant d'Allemands, d'Autrichiens qui sacrifièrent leur vie pour la dignité humaine."

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S'il est bien un geste que Francis Huster dénonce,  c'est le suicide du célèbre écrivain viennois.  Un départ de la vie perçu comme une mission, point de chute d'un parcours passée en fuite de soi.

Fin connaisseur, ardent admirateur de l'oeuvre zweiguienne, du génie avéré de l'écrivain, le célèbre comédien entend marquer le départ entre sa vie et ses écrits. Et il ne le fait pas de main morte, engageant avec Zweig une partie d'échecs implacable, fougueux dégagement de cet engluement romantique, du mythe de martyr dans lequel la postérité l'a souvent figé.

Un coup de fouet déconcertant mais aussi vivifiant.

L'essayiste s'emballe, dénonce la neutralité délétère de l'Autrichien, son absence de solidarité envers les Juifs, opérant d'une introspection intérieure, minutieuse, sans concession, une visite éclairée de sa vie, de son âme.

A l'instar d'Albert Camus, dont il a adapté, interprété La Peste, plus d'un millier de fois, Francis Huster se fond en Stefan Zweig, Joueur d'échecs peu à peu mis à mat.

Apolline Elter

L'énigme Zweig, Francis Huster, essai préfacé par Eric-Emmanuel Schmitt, Ed. Le Passeur, oct.2015, 224 pp

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23 01 16

Education sentimentale

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"La musique était considérée comme une anticipation du mariage: la métaphore de ce qu'il serait. Il reflétait l'accord parfait avec le monde."

Volodia est maître de conférences à Paris-IV. Historien, il travaille, à l'invitation de l'académicien Anténor,  le thème de l'éducation des jeunes filles, aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

Une évidence s'impose au mélomane qui (sé)vit en lui: la pratique du piano est expression (à peine) cryptée de sensualité, de sexualité. Il lui faut dès lors en étudier place et fonction dans l'éducation féminine. La liaison  torride, allegro ma troppo qu'il amorce avec la pianiste Sonia Biasetti déborde les fantasmes,

Mais elle est suivie de trahison. 

Le parcours initiatique du narrateur, son éducation sentimentale très flaubertienne, va renaître de ses cendres et s'immoler de passion pour la virtuose Sophie Baxter, dont le portrait et le tempérament mystiques, évoquent par bien des points ceux d'Hélène Grimaud. En ce compris son génie d'interprétation de Brahms et d'une oeuvre inédite du célèbre compositeur.

Premier roman d'un écrivain supérieur - mais, journaliste, éditeur,  érudit, mélomane, Stéphane Barsacq n'en est pas à son coup d'essai en matière ...d'essais-  l'ouvrage révèle une plume fabuleuse.  Une facture qui nous évoque l'écriture d'un Nicolas d'Estienne d'Orves.  C'est dire comme nous l'avons...dévoré.

 Apolline Elter

Le piano dans l'éducation des jeunes filles, Stéphane Barsacq, roman, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 352 pp

Billet de faveur

AE : Les nombreuses références littéraires, musicales qui parcourent le roman révèlent une impressionnante érudition, l’étude maîtrisée des sujets que vous abordez. Avez-vous conçu ce (premier) roman comme une sorte de récréation culturelle, comme l’établissement d’une logique entre différentes passions ?

Stéphane Barsacq : Je voulais interroger ce que signifie l’amour à notre époque. Pour comprendre une chose, il faut être en mesure de la comparer. Nous sommes les héritiers de siècles qui ont réfléchi à cette question. Leurs réponses et les nôtres ne sont pas les mêmes.  Je voulais donc saisir ce qui sépare ou rapproche ces conceptions de l’amour – en littérature, en musique -, et ce que nos contemporains peuvent en faire, soit pour les combattre, soit pour s’y ressourcer. Il y allait de la volonté d’écrire un roman moderne, avec un fond classique, ou de donner une teinte moderne à des questions intemporelles. Autrement dit, je voulais savoir ce que nous avions fait de l’amour et si nous étions toujours capables d’un grand amour. Non une passade, joyeuse ou malheureuse, non une récréation érotique que j’analyse aussi. Un grand amour, un vrai. Celui qui donne du sens à la vie.

AE : Volodia impute à Max Jacob, la phrase dont s’inspire le titre : « Le piano dans l’éducation des jeunes filles est la cause de tous les adultères ». Le célèbre poète a-t-il vraiment prononcé ces mots ? Dans quel contexte ?

Stéphane Barsacq : Oui, cette parole est bien de Max Jacob, je l’avais lue dans un texte de son ami Jean Cocteau. Max Jacob s’adonnait à l’humour et au cocasse. Un ami de 98 ans, qui l’a vu, m’en a parlé encore récemment. Il a eu ce mot : « C’était le bouffon de Dieu ». Laissez-moi vous citer une autre parole de lui que je trouve réjouissante: « Le Paradis est une ligne de craie sur le tableau noir de ta vie, vas-tu l’effacer avec les diables de ce temps ? »

 

 

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21 01 16

Simone, Fred et les autres

téléchargement.jpgEva Kavian, notre compatriote, écrit (souvent) pour un public adolescent.  

Style tonique, sujets subtils, plume maîtrisée transcendent cependant cette cible pour offrir résonance aux adultes que nous sommes.

Débarquée dans la classe terminale d'un collège huppé, Simone sème d'emblée étonnement, envie, jalousie, amitié.... De deux ans plus âgée que la plupart de ses condisciples, la jeune orpheline a charge de famille: Fred, son tout jeune frère a échappé - expulsé par la vitre - à l'emboutissement auto-immobile qui a coûté la vie à ses parents.

Dépassée par le rythme scolaire et les événements, Simone profite sans vergogne du travail de ses camarades.

"A force de mener son propre combat de survie, elle est devenue aride, sans coeur, voilà ce qui se passe. Une machine de guerre pour sa petite victoire personnelle."

Que du contraire. 

Et puis, Fred n'est pas son petit frère...

S'il est dit que les êtres en difficultés génèrent générosité, amitiés solaires....on ne pourra qu'en découvrir la démonstration au sein du petit groupe d'être cabossés, Louise, Hugo, Thibault,  le vieux Maurice, le petit Fred et son doudou Teddy Fred....  dont Simone fédère page après page la solidarité.

Une belle, toute simple, leçon d'humanité

D'avènement à la maternité.

AE

Le frère de Simone, Eva Kavian, roman, Oskar éditeur, oct. 2015, 186 pp

 

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19 01 16

(Af)fable

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 Terrassé par le décès de son épouse, un jeune père voit débarquer un corbeau en son appartement londonien.

Dans d’autres versions je suis docteur ou fantôme.

Parfaits stratagèmes : docteurs, fantômes et corbeaux.

Nous pouvons faire ce que les autres personnages ne

 peuvenr pas, manger la tristesse par exemple, ou renfouir

 les secrets, ou mener des batailles homériques contre le

langage et Dieu. J’étais excuse, ami, deus ex machina,

lague, symptôme, fiction, spectre, béquille, jouet,

revenant, bâillon, psychanalyste et baby-sitter.

Allégorie de la souffrance qui doit s'exprimer par tous les pores, le funeste volatile se fait  projectile des tensions - chagrin, révolte, pensées incongrues- , des vibrations de trois âmes désemparées, celle du père et de ses tout jeunes garçons, des jumeaux.

" Papa nous racontait des histoires et les histoires ont changé quand Papa a changé."

Sorte de fable déconcertante, gratifiée d'un humour à la Jean-Louis Fournier,  ce roman anglais bénéficie d'une traduction imparable - une vraie prouesse d'adaptation linguistique, d'images et d'allitérations.

Une bouée pour affronter le tsunami de l'indicible.

La douleur porte un costume de plumes, Max Porter, roman traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Charles Recoursé, Ed. Seuil, janvier  2016, 122 pp

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