21 01 16

Simone, Fred et les autres

téléchargement.jpgEva Kavian, notre compatriote, écrit (souvent) pour un public adolescent.  

Style tonique, sujets subtils, plume maîtrisée transcendent cependant cette cible pour offrir résonance aux adultes que nous sommes.

Débarquée dans la classe terminale d'un collège huppé, Simone sème d'emblée étonnement, envie, jalousie, amitié.... De deux ans plus âgée que la plupart de ses condisciples, la jeune orpheline a charge de famille: Fred, son tout jeune frère a échappé - expulsé par la vitre - à l'emboutissement auto-immobile qui a coûté la vie à ses parents.

Dépassée par le rythme scolaire et les événements, Simone profite sans vergogne du travail de ses camarades.

"A force de mener son propre combat de survie, elle est devenue aride, sans coeur, voilà ce qui se passe. Une machine de guerre pour sa petite victoire personnelle."

Que du contraire. 

Et puis, Fred n'est pas son petit frère...

S'il est dit que les êtres en difficultés génèrent générosité, amitiés solaires....on ne pourra qu'en découvrir la démonstration au sein du petit groupe d'être cabossés, Louise, Hugo, Thibault,  le vieux Maurice, le petit Fred et son doudou Teddy Fred....  dont Simone fédère page après page la solidarité.

Une belle, toute simple, leçon d'humanité

D'avènement à la maternité.

AE

Le frère de Simone, Eva Kavian, roman, Oskar éditeur, oct. 2015, 186 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 01 16

(Af)fable

9782021243567.jpg

 Terrassé par le décès de son épouse, un jeune père voit débarquer un corbeau en son appartement londonien.

Dans d’autres versions je suis docteur ou fantôme.

Parfaits stratagèmes : docteurs, fantômes et corbeaux.

Nous pouvons faire ce que les autres personnages ne

 peuvenr pas, manger la tristesse par exemple, ou renfouir

 les secrets, ou mener des batailles homériques contre le

langage et Dieu. J’étais excuse, ami, deus ex machina,

lague, symptôme, fiction, spectre, béquille, jouet,

revenant, bâillon, psychanalyste et baby-sitter.

Allégorie de la souffrance qui doit s'exprimer par tous les pores, le funeste volatile se fait  projectile des tensions - chagrin, révolte, pensées incongrues- , des vibrations de trois âmes désemparées, celle du père et de ses tout jeunes garçons, des jumeaux.

" Papa nous racontait des histoires et les histoires ont changé quand Papa a changé."

Sorte de fable déconcertante, gratifiée d'un humour à la Jean-Louis Fournier,  ce roman anglais bénéficie d'une traduction imparable - une vraie prouesse d'adaptation linguistique, d'images et d'allitérations.

Une bouée pour affronter le tsunami de l'indicible.

La douleur porte un costume de plumes, Max Porter, roman traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Charles Recoursé, Ed. Seuil, janvier  2016, 122 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 01 16

Fred / Frédéric

9782226323910-x.jpg" Ce soir, je voudrais être n'importe quel type, sauf moi. N'importe lequel de ces gars dans la rue."

 Fred n'a pas la pêche. C'est un euphémisme.

Il vient d'échouer dans la chambre d'un hôtel bas de gamme, lamentable échappée à la fête-surprise qu'organise Laura, son épouse, pour ses quarante ans.

Et voici que surgit du miroir, Frédéric, alerte vieillard qui affiche deux fois son âge. Une joute verbale s'instaure qui permet peu à peu à Fred de réaliser qu'il a devant lui, l'homme qu'il sera dans quarante ans, précisément.

Peut-on infléchir son destin? 

La question est au coeur de ce drame, rondement mené.

L'argument est séduisant mais il comporte bien des écueils. Il faut la virtuosité de Véronique Olmi pour mener à maturité cette logique de l'absurdité.

La pièce,  sera créée au Théâtre de l'Atelier (Montmartre), et jouée à la rentrée de septembre,  mise en scène par Jean-Daniel Verhaege. Le rôle de  Fred sera campé par Nicolas Vaude, celui de Frédéric, par Claude Rich. Choix des plus stratégiques.

Une représentation à pointer en son agenda

Apolline Elter

Un autre que moi,  Véronique Olmi, drame, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 140 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Théâtre | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 01 16

Dona Giovanna

Pas de doute, l'année 2016 commence franco...

Avec la publication, ce jour, du quatrième roman de Murielle Magellan

 

9782260024118.jpg

 Marchande d'art au nez au nez subtil, Olympe Delbord, 37 ans, confond en une même traque empressée  sa passion pour la peinture et les aventures amoureuses de tout bord.  

C'est une prédatrice-née, qui capte, consomme, rompt, toujours domine la situation.

Une Dona Giovanna, entendez, Don Juan au féminin, que rien n'arrête, pas même le sexe de son (sa) partenaire.

La rencontre avec Paul Auger, 38 ans, sorte de savant brillant et pur - directeur de recherche en bio-informatique - marié, fidèle et père de famille comblé va fasciner Olympe, l'électriser d'une attraction irrépressible...

Celle de Claude Solal,  peintre de génie, vieux, malade et aigri, itou:  en portant ses oeuvres à la lumière, les exposant sur le devant de la scène,  Olympe semble le ramener à la vie.

" Réveiller la flamme endormie d'un peintre. L'inciter à créer encore. Est-ce bien ou mal? "

Traçant avec un raffinement précis, chirurgical, les "élans" d'âme d'une personnalité complexe,  altière,  drastiquement solitaire,  ceux de ses proies, Murielle Magellan nous ravit, cette fois encore, d'une maîtrise d'introspection, d'atmosphère et de plume ..sidérante.

Les chapitres se succèdent,  parfois très courts,  d’un rythme soutenu, qui confère à la lecture, un tempo Rondo allegrissimo

Apolline Elter 

Les indociles, Murielle Magellan, roman, éd. Julliard, janvier 2016, 234 pp

Billet de faveur

AE : Claude Solal, le peintre et Olympe Delbord ont ceci de commun, d’être des « indociles », de s’échapper sans cesse au prévisible, aux conventions, à ce que l’on peut attendre d’eux.  Paul Anger est, au départ, tout le contraire qui voit sa vie, tracée d’avance et d’harmonie…  « prisonnière » d’un schéma,  à l’instar du titre de la toile qu’Olympe le fait acquérir .

Pas de vraie vie, Murielle Magellan, sans son lot.. . d’ »indocilité » ?

 Murielle Magellan : Sans doute ! L’étymologie d’ « indocile » est « qui n’apprend pas ». Je l’entends comme « qui n’apprend pas ce qu’on voudrait qu’il apprenne ». Etre indocile c’est être rétif aux dogmes, aux croyances, aux règles préétablies. C’est aller dans le monde avec étonnement, sans préconception. Ce n’est pas une posture, c’est un état d’être, mais qu’il faut chérir. L’indocilité ne consiste pas à avoir une vie débridée, comme Olympe, mais à savoir que c’est possible, et que pourquoi pas ? Dans ce sens-là, oui, sans doute y a-t-il plus d’intensité, plus de « vraie vie », car tout redevient possible. Annie Ernaux parle de l’écriture comme un art qui doit tendre, comme l’acte sexuel, à « une suspension du jugement moral », c’est ce que je tente de créer chez le lecteur avec ce texte.

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

06 01 16

Vous avez dit "Kafka"?

La poupée de Kafka.jpg Connaissez-vous cette belle histoire attribuée à l'écrivain Franz Kafka? 

Tandis qu'il séjourne à Berlin auprès de sa chère Dora Diamant, fatigué par la maladie  - nous sommes en 1923, à un an de son décès- l'écrivain tchèque rencontre, dans un parc, une enfant désespérée par la disparition de sa poupée.  Kafka entreprend de la consoler, lui révélant que sa poupée est justement partie en voyage et qu'elle va écrire à la petite fille.

Trois semaines durant l'écrivain remettra à la petite fille les lettres quotidiennes de sa chère poupée; un jour, il lui faudra arrêter le commerce: il annonce alors à l'enfant que la poupée s'est mariée et qu'il lui devient difficile de poursuivre la correspondance; la petite accepte l'explication sans autre forme de procès.

Vérité ou légende?  Les lettres n'ont jamais été retrouvées et leur existence tient  au seul témoignage de Dora Diamant et aux confidences faites à deux personnes de son entourage.

Qu'importe, il y a matière à prolongation romanesque.

Fabrice Colin ne s'en prive pas qui imagine retrouver l'attributaire des lettres de la fameuse poupée. Elle s'appelle Else Fechtenberg, nonagénaire aussi alerte que revêche, juive allemande "blessée aux couleurs de la vie" et d'une guerre 40-45 particulièrement cruelle pour les siens.

Tandis qu'elle séjourne à Berlin, Julie Spileler découvre l'existence de la vieille dame et entreprend de l'apprivoiser -la tâche est abyssale- afin qu'elle lui révèle le secret des missives kafkaïennes.  L'enjeu pour la jeune fille est de faire part de ce prodige à son père, obsessionnel passionné de l'écrivain et de conduire partant leurs relations distendues vers de plus favorables horizons.

La poupée de Kafka, Fabrice Colin, roman, Ed. Actes Sud, janvier 2016, 272 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 12 15

Cachez ces saints...

1540-1.jpgCachez ces saints que je ne peux honorer, semble affirmer l'Eglise

Erudit ès bibliothèques et calendriers, Daniel-Charles Luytens nous offre un abécédaire de saints plus singuliers - voire incongrus - les uns que les autres.

De Sainte Apolline, patron des dentistes à Saint Willibrord, fondateur de l'abbaye d'Echternach (mais pas de sa procession) ce sont quelque quatre cents saints qui défilent, joyeusement campés sous vos yeux ébahis. Une mine également pour le choix des prénoms de vos enfants:

Jugez-en: 

Sainte Andouille, sainte Broche, sainte cheville, saint Concombre, saint Expédit, sainte Monégonde, sainte Ragenulfe suivie suivie au pas de charge par saint Rapide, saint Connebert et  saint Violet...

Ayons une pensée particulière pour les saints du jour et les personnes qui voient fêter leur anniversaire, dans un élan conjoint et sincère...

A.Elter

Les saints cachés du calendrier, D.-C. Luytens, essai, Ed. Jourdan,oct. 2015, 320 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 12 15

A vos crayons

plat1_la_bande_a_dessiner_hd.jpg

On connaissait les (contre-) interviews de l'humoriste Raphaël Mezrahi, pures modèles de ratés, décalages... bref tout ce qu'il ne faut pas faire quand on interroge des stars...  (régalez-vous, si ce n'est fait, des entretiens menés avec Alexandre Jardin, Jean-Pierre Pernaut, Charlotte Rampling, ..diffusés sur You Tube; vêtu de son sempiternel gilet brun Lacoste, le pseudo-journaliste défie avec une absence de charisme stupéfiante la courtoisie de ses interlocuteurs) ),  on  le découvre scénariste de "bande à dessiner" à savoir, la BD dont il ne fournit que les bulles et leurs cadres, à vous d'en réaliser les dessins...

On n'en attendait pas moins de lui, voire pas davantage

A votre crayon - du reste fourni avec le (chantier d')ouvrage ... , doté d'une gomme, cela s'entend..!

Bon exercice pour nos têtes blondes (ou dégarnies, adeptes du surréalisme)...

Quelques bulles pour vous encourager  - après tout c'est Noël:

" Je crois que j'ai compris ce que c'est le langage BD! " (p  48)

" Tu penses que demain ça ira mieux? "

" Laisse tomber c'est pas mon genre."

" S'il vous plaît, dessine-moi un mouton"...

Des assertions dignes de chefs d'oeuvre en herbe, vous l'aurez saisi...

La bande à dessiner, Raphaël Mezrahi, 70 histoires drôles (ou pas) à illustrer!, Ed Kero, nov. 2015, 160 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, B.D. | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 12 15

Qui ne badine avec l'amitié

" La fidélité en amitié est une des plus belles qualités de Benoît Poelvoorde."

téléchargement (2).jpg

Fort d'une complicité - sans complaisance, il insiste - de quelque vingt ans avec l'acteur belge Benoît Poelvoorde, Hugues Dayez aurait certainement pu esquisser sa biographie. Il ne l'a pas voulu, préférant nous restituer les entretiens significatifs  menés depuis 1922, à Cannes-  année de sortie du film-culte, Ca s'est passé près de chez vous, jusqu'à ces derniers mois, à l'occasion de la sortie conjointe du Tout nouveau Testament et d' Une famille à louer.

Une façon de laisser libre et intéressante parole à l'acteur, sans effaroucher sa pudeur, ni s'égarer dans les méandres de sa vie privée.

Les rencontres réalisées lors de L'Intime Festival - dont le Namurois Bernard Poelvoorde est l'instigateur - nous avaient déjà révélé un être sensé, sensible,  lecteur éclectique et pointu, sous sa carapace encombrante de joyeux luron; les entretiens, finement menés par notre Monsieur Cinéma belge,  révèlent l'être généreux et l'authenticité de ses choix de vie. Des réponses franches, sans tabou qui transpercent les entretiens de régulières remises en question.

" Benoît se pose beaucoup de questions mais n'a pas de plan de carrière. C'est ce qui fait son charmer...et son talon d'Achille."

Le  portrait  subtil d'un acteur qui a su rendre le Belge "tendance" à Paris sans perte d'identité, ni fusion dans un moule.

Poelvoorde, L'inclassable, Entretiens (1992-2015), Hugues Dayez, Ed. La Renaissance du Livre, nov. 2015, 274 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 12 15

Harper Lee en audiolivre

9782367620367-001-G.jpeg Petit conseil (d'amie) en cette fin d'année: 

Avant d'acquérir un Audiolib, rendez-vous sur le site de l'éditeur : www.audiolib.fr et écoutez l'extrait qui vous est proposé. 

Cette précaution vous permettra de déterminer si vous êtes prêt(e) à passer de nombreuses heures en compagnie de l'interprète choisi pour la lecture du texte.

La voix de Catchou Kirsch, ses modulations graves, sobres  et inflexions chaleureuses vous séduira, je crois.  La comédienne est bruxelloise, également musicienne; elle capte à merveille l'attention, entraînant  magistralement l'esprit dans les atmosphères qu'elle décrit. 

Une motion appuyée pour son interprétation.

Traduit de l'anglais, le best-seller d'Harper Lee - vendu à près de 40 millions d'exemplaires à travers le monde - lui valut , un an après sa publication, le Prix Pulitzer 1961. 

Il nous plonge dans l'univers raciste de Maycomb, petite ville - imaginaire - de l'Alabama et des années trente. 

Fillette d'une dizaine d'années, orpheline de mère,  "Scout" la narratrice observe l'univers des adultes, leurs préjugés patents,  de son prisme de compréhension enfantine. Elle assiste au procès de Tom Robinson, un noir intègre, accusé de tentative de viol par une jeune mythomane.  C'est son père, Atticus, avocat épris de justice - cela arrive - qui est chargé de sa défense...

Si la traduction du texte, opérée par Isabelle Stoïanov abuse visiblement de l'emploi du passé simple, la lourdeur induite est heureusement compensée par la magnifique lecture opérée.

L'actualité de résurgence de la publication- elle affiche plus de 55 printemps -  est rendue d'autant plus urgente qu'Harper Lee  (1926) vient de lui offrir une suite Va et poste une sentinelle, disponible en version audiolivresque dès janvier 2016.  Scout n'aura pris, elle, que 20 ans: elle s'en retourne en son Maycomb d'enfance rendre visite à son père Atticus

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee, roman traduit de l'anglais par Isabelle Stoïanov,  texte intégral lu par Catchou Kirsch, Ed. Audiolib, oct. 2015, 11h35 min d'écouter

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Audio Livres | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 12 15

Fascinant Giordano Bruno

La Nuit du bûcher

" Le bois de châtaigner sec prit feu en crépitant et, avant que le nuage de fumée ne recouvre la silhouette dénudée, je vis encore le visage de l'hérétique quelques instants. Ce n'était pas l'enfer ou le ciel qu'il fixait en regardant devant lui, non , ce qu'il regardait était le Néant, comme s'il avait compris que le Néant était la seule réalité et que le reste n'était qu'illusion. Et ce regard était plus terrifiant que s'il s'était lancé dans des malédictions."

Le texte n'est pas neuf, il fut écrit en 1974 par le célèbre écrivain hongrois;  l'actualité en est la traduction par Catherine Fay, pour compte des éditions Albin Michel.

Le propos est saisissant.

Dépêché de son couvent d'Avila aux fins d'observer les pratiques de l'Inquisition romaine  - nous sommes en 1598 - le narrateur ne sortira pas indemne de cet "audit". Et même  il ne rentrera pas à Avila, dépêchant à un de ses frères en religion une longue missive- confession qui occupe tout le roman- qu'il envoie d'Helvétie, sa terre d'exil.

Que s'est-il passé ?

La rencontre avec le célèbre hérétique, Giordano Bruno (1548-1600),  ancien dominicain et la stupéfaction devant son irréductible refus d'amendement par-delà les flammes du bûcher feront vaciller la foi du moine, auront raison de toutes ses certitudes...

Impossible pour lui de s'en retourner à Avila.

Sorte de documentaire incisif sur les pratiques de l'Inquisition, le roman de Sándor Márai pose de façon singulièrement contemporaine la question du doute et de sa nécessaire humilité.

La nuit du bûcher, Sándor Márai, roman traduit du hongrois par Catherine Fay, Ed. Albin Michel, nov. 2015, 260 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |