20 10 15

Evénement officiel

Conviant le lecteur à assister à l'agonie du célèbre poète, aux dispositions prises pour ses funérailles, sa mémoire,  Judith Perrignon offre un point de vue assez original sur la vie du grand homme, l'affection qui le liait à son entourage et à ses chers petits-enfants, à Louise Michel, ..

Dépossédée de son intimité avec le grand homme par l'événement officiel que constitue même de son décès, la famille devra s'incliner..

" C'est un peu  sa faute, il aimait tant les honneurs. Déjà son anniversaire, il y a quatre ans, fut fête nationale, on célébra ses soixante-dix-neuf ans en grande pompe, on baptisa l'avenue qu'il habitait de son nom, six cent mille personnes défilèrent sous les fenêtres de cette maison blanche où il vient de mourir."

Plume sobre, Judith Perrignon expose et enchaîne l'agencement des événements de manière factuelle, précise et somme toute, bien agréables à découvrir

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, essai, Ed. de Iconoclaste, août 2015, 250 pp

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17 10 15

Profession...mytho

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" La mort de Charles de Gaulle avait été planifiée pour le 1er janvier 1963, à 11 heures. Les neuf hommes participant à l'opération seraient consignés chez mes parents dès la veille, avec interdiction de ressortir ou de communiquer avec qui que ce soit.  Chaque membre du commando avait reçu un ordre individuel."
 
Homme de convictions - bornées- , ex- "bras droit"  de Charles de Gaulle, ceinture noire de judo, footballeur professionnel, pasteur pentecôtiste, paranoïaque et parachutiste, agent secret et surtout...mythomane, le père d'Emile Choulans, le narrateur de 13 ans, est pour le moins, un personnage hors du commun.  Il tyrannise son entourage, restreint,  d'une violence de chaque instant, l'étouffant de ses délires et mises en scène rocambolesques.
 
Trahi par le Général, dont il se proclame l’intime, sur la question algérienne qui pourrit l'atmosphère du début des années soixante, André Choulans en est devenu l'ennemi juré.  Pour lui plaire, pour qu'il soit fier, son fils envisage tout naturellement de trucider le grand homme....
 
La grande force de ce roman - largement inspiré de la propre enfance de l'écrivain - est qu'il parvient à conjuguer le regard porté par un jeune adolescent sur son père, pétri d'admiration, d'effroi et de candeur et celui de l'adulte devenu lucide, "abimé"... A alléger d'humour les séquences cruelles, glauques,  terrifiantes.
 
Un récit de haute facture
 
Apolline Elter
 
Profession du père, Sorj Chalandon, roman, Ed. Grasset, août 2015, 320 p
 
Billet de faveur
 
Profession de la mère...
 
AE: Personnage effacé - forcément - la mère d'Emile Choulans est totalement inféodée à son mari.  Au point de bientôt pratiquer le déni : "Tu étais malheureux quand tu étais enfant" s'étonnera-t-elle?  
 
Votre Maman est-elle toujours en vie? A-t-elle lui le récit? 
 
Sorj Chalandon: Non seulement elle a lu le roman, mais je lui avais envoyé le manuscrit en juin. 
Un pour elle, un autre pour Yves, mon frère, à qui ce livre est dédié. 
Lui, a « beaucoup ri ».  Ce sont ses mots. Le terrible lui revenait en mémoire, dans ce qu’il avait de délirant. Elle a simplement déclaré : « ce livre, je te propose qu’on en parle plus ».
Ensuite seulement, j’ai proposé mon texte à l’éditeur
 

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14 10 15

Quand le passé vous revient de plein fouet

Boomerang, de Tatiana Rosnay (de), lu par Julien Chatelet

Parution conjointe du film,  inspiré du best-seller de Tatiana de Rosnay, et de sa version audio-livresque; cette dernière a fait mes délices.  Elle nous renvoie, en "boomerang" le passé familial dont on ne peut jamais s'affranchir totalement.

Pour fêter dignement les quarante printemps de  Mélanie, sa soeur cadette, Antoine Rey l'emmène en l'Ile de Noirmoutier, haut lieu de leurs vacances familiales d'enfance. Il conçoit cette escapade comme un break salutaire dans sa propre existence, malmenée par une récente séparation..... Au volant de la voiture,  Mélanie s'apprête à révéler à son frère un lourd secret, mais en est empêchée par un accident qui aussitôt la plonge dans le coma...

L'occasion pour Antoine de se poser mille questions existentielles tandis qu'il attend le retour à la conscience de sa soeur, de revisiter son passé, le décès prématuré de Clarisse, leur lumineuse maman, le changement radical d'attitude qu'il provoquera auprès de leur père.

Une enquête sur un passé qui n'est guère limpide, on pouvait s'y attendre.

Il n'empêche que l'auditeur (le lecteur) suit avec une sorte d'envoûtement les révélations successives qu'Antoine endurera.

Excellente lecture de Juliien Chatelet

Boomerang, Tatiana de Rosnay, roman traduit de l'anglais par Agnès Michaux,  Ed. Héloïse d'Ormesson, 2009 (rééditions en poche, 2015), Audiolib, sept. 2015, CD MP3,  texte intégral lu par Julien Chatelet, durée: 9h49 min

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14 10 15

Francisco de Goya (1746-1828)

 

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 "Aucun homme n’est fait d’une seule pièce, mais, chez  Goya, on dirait que plusieurs personnalités cohabitent. Il pouvait être dans le même moment conventionnel et bourgeois, ostentatoire et modeste, véhément et rusé, populaire et grand seigneur, d’une fidélité touchante et d’une injustice criante. Ce qui unissait ces éléments disparates, ce qui fondait sa personnalité, c’était une force dont la puissance stupéfie. Rien ne l’arrête, aucun obstacle ne le décourage. Il va de l’avant, massif, muscles bandés. Il va jusqu’au bout, lutte, s’il sent une résistance, à revenir en arrière, à calculer les risques, jusqu’où ne pas aller trop loin. La tête toujours près du bonnet : rien de l’aventurier ou du rêveur."

Vous l'aurez compris, plus qu'une simple biographie du peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1828),  c'est un récit de lumière et de passion que nous offre l'essai de Michel Del Castillo.  Rédigé de plume de maître, il consigne les synthèses et interprétations des diverses vies que ses biographes lui  prêtent, les  étapes de son parcours artistique et l'atmosphère socio-politique et artistique de l'Espagne de la fin du XVIIIe siècle.  Né en 1746, Goya vécut 82 ans en une époque et contrée qui affichaient  une espérance de vie de 27 à 37 ans....

S'il  il réfute quelques  rumeurs et procès d'intention dirigés contre le héros de ses pages, Michel Del Castillo s'abstient tout autant de tabou que de fausse complaisance.

Un récit brillant.

Apolline Elter

Goya. L'énergie du néant, Michel Del Castillo, essai, Ed. Fayard, sept. 2015, 350 pp

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10 10 15

Une vie de Muhammad

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Nous sommes en 672.

Investi d'une mission sacrée de ..transmission,  Hussein Abd-el-Jawad, un jeune scribe, se rend à Médine, la ville du célèbre Prophète, aux fins d'y recueillir les souvenirs d' Al-Nabati, un saheh, témoin direct de la vie de Muhammad, décédé quarante années auparavant.

" Je trouve ta démarche très noble, mon fils. Ainsi que tu peux le constater, je suis un vieil homme. Un vieil homme fatigué et usé. J'aurais dû mourir, il y a longtemps, mais il semble que la mort m'a oublié.

L'urgence d'en consigner les propos ne fait pas de doute, l'habilité du procédé romanesque non plus: conscient de l'impossibilité de la vérité historique, Gilbert Sinoué s'est assigné le but de conter "une" vie du Prophète aux fins d'en recueillir le message fondamental, fondateur de l'Islam tel que nous le connaissons.

Avec le brio qu'on lui connaît et cette plume parfumée de saveurs orientales, l'écrivain trace un portrait du prophète, des plus envoûtant, enchâssant son récit dans l'histoire d'amour qui entraîne le scribe dans les bras de la ravissante servante Sawal.

"L'heure de conquérir La Mecque venait de sonner."

Né en 570 de notre ère, Muhammad est tôt orphelin - à 6 ans, il n'a plus ni père ni mère. Il se découvre rapidement L'Envoyé de Dieu et répand bienfaits et abondance  sur ses passage et  entourage. Les messages de l'ange Gabriel viendront régulièrement l'instruire de sa mission jusqu'à la victoire suprême sur les Qurayshites que constitue la conquête de la Mecque

" La Mecque orgueilleuse des idolâtres était tombée. La Mecque musulmane pouvait commencer."

Un écrit passionnant, instructif de surcroît,qui se dévore comme un roman.

Apolline Elter

L'Envoyé de Dieu, Une vie de Muhammad, Gilbert Sinoué, Ed. de l'Archipel, sept. 2015, 320 pp

 

Biller de faveur

AE: Gilbert Sinoué, pourquoi avoir intitulé ce récit "L'Envoyé de Dieu", plutôt que « L'Envoyé d'Allah? « 

Gilbert Sinoué:  Bonne question. Sans doute parce que pour moi Allah et Dieu et ne sont qu'une seule et même entité. J'ai opté pour Dieu sans trop réfléchir. 

 

SMALL_SALON HISTOIRE.jpg A noter que Gilbert Sinoué sera un des invités de prestige du premier Salon du Livre d'Histoire de Bruxelles - Ecrire l'Histoire qui se déroulera, le dmanche 15 novembre prochain, dans les caves voûtées du Coudenberg

Re

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08 10 15

Aafkje en Peter

513blogDépêchée à Otrante, station balnéaire des Pouilles, (Italie)  Aafkje a pour mission de restaurer le vitrail de la cathédrale.  Elle consigne à l'attention de Peter, son ami et " amour manqué"   ses rencontres et impressions en un journal de bord d'un séjour hors saison :

" Tout le reste de l'année, la ville revêt l'uniforme des cités balnéaires en novembre: rues désertes, chaises retournées sur les tables. Sauf que novembre s'étale ici sur dix mois"

Cloué sur son lit par l'atteinte d'une sclérose latérale amyotrophique,  Peter ne lui répond que de mots rares, isolés, catapultés, échappés d'un mutisme angoissant.

Et Aafje de s'interroger, avec subtilité, sur la réelle valeur de leur relation, de s'autoriser ces sauts d'humeur qu'on n'adresse qu'aux bien portants

Un roman épistolaire  - voilà qui ne peut que nous plaire - et la joie de retrouver  la finesse d'écriture  et de sentiments de Geneviève Bergé 

Apolline Elter

Lettres d'Otrante, Geneviève Bergé, romann épistolaire, Ed. Luce Wilquin, sept. 2015, 194 pp

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03 10 15

Grandeur et décadence

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" Ces événements se passèrent au printemps de 1975, une année que je pensais funeste pour nous, pour les Hayek et leur pouvoir, sans que je puisse me douter, ni quiconque d'ailleurs, qu'elle le serait en réalité pour tout le monde."

Chauffeur de la richissime famille libanaise Hayek, Noula, le narrateur, observe, du haut du perron et de son indéfectible attachement au clan, le défilé des familles, générations, amis, qui connaîtront la prospérité de l'ère de Skandar, le patriarche, et,  au décès de celui-ci, la faillite directement liée à la gestion calamiteuse de l'entreprise textile par Noula, le fils aîné.

Les violents conflits qui secouent le Liban, au milieu des années '70, achèvent l'émiettement du domaine des Hayek et d'une villa familiale désormais dévolue à la seule gérance de Marie, la veuve de Skandar, de sa fille Karine et de Mado, soeur, aigre et célibataire du défunt.

Attendu tel le fils prodige, Hareth, fils cadet de la famille, reviendra-t-il, de son exil, ramener un semblant de sérénité et de cohésion familiale?

Tracé de plume élégante, le récit ravit le lecteur de descriptions enchanteresses d'un âge d'or et percutantes, de son déclin. Une empathie se crée,  enveloppée de ce bel écrin d'atmosphère.

Une révélation de la rentrée littéraire.

Apolline Elter

Villa des femmes, Charif Majdalani, roman, Ed. Seuil, août 2015, 280 pp

Billet de faveur 

 AE : Charif Majdalani, vous enseignez les lettres françaises à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Viviez-vous au Liban durant les événements que vous décrivez de façon si percutante ?

Charif Majdalani : J'avais  quinze ans lors du déclenchement de la guerre. Je suis parti faire mes études en France à l'âge de vingt ans. J'ai donc passé les cinq premières années de cette guerre au Liban. Ce sont celles dont je parle dans le roman. Je suis revenu par la suite fréquemment, ce qui fait que je suis resté aussi très proche des événements durant toute la période qui a suivi (et dont je parle dans mon roman précédent).   

AE : Avez-vous une madeleine proustienne liée au Liban ?

 Charif Majdalani : Oui, et elle est olfactive ou auditive ! Ce sont généralement les parfums de certaines fleurs, notamment le jasmin, qui s'épanouit les soirs d'été, et qui me rappelle ma mère qui avait coutume d'en cueillir sur un petit massif que nous avions et de les distribuer sur de petites assiettes dans les chambres de la maison. Il y aussi, et pour cause, le parfum d'une fleur que je n'ai jamais vu en Europe et qui n'a pas de nom en français, la foulla. Aussitôt que je surprends les parfums de ces deux fleurs, c'est toute mon enfance beyrouthine qui se réveille. Et puis il y a aussi, côté auditif, une stridence particulière au chant des cigales dans les pins de la ville, qui me rappelle les étés de mon enfance, et les retours de la plage les après-midi.    

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01 10 15

Autour de Guylain Vignolles

 Se nommer Guylain  Vignolles n'augure pas d'une vie sans souci: la contrepétrie est par trop facile qui le voit sans cesse taxer de"Vilain Guignol" Si l'on ajoute à ce désastre onomastique le métier de ce passionné de littérature- notre homme travaille au pilon, entendez au  rebut des livres,  broyés par une terrifiante machine à mâchoires , la Zestor 500 - on se dit que notre anti-héros n'a vraiment pas le tour....

Mais il a quelques ressources.

Chaque matin, tandis qu'il investit le RER de 6h27 pour se rendre à son travail, Guylain lit pour les oreilles alentour quelques feuillets arrachés au massacre de la Zestor. Deux octogénaires s'enflamment pour le concept et lui demandent d'animer des réunions pour les pensionnaires de leur résidence...

Pétri de tendresse et d'humanité, dans la veine des écrits  de Gilles Legardinier, ce premier roman de Jean-Paul Didierlaurent bénéficie, en plus de ses qualités avérées de fond et de forme, de l'excellente lecture opérée par Dominique Pinon.

Une écoute audi-livresque  des plus agréable 

 

AE

Le liseur du 6h27, Jean-Paul Didierlaurent, roman, Ed. Au Diable Vauvert, 2014. Ecoutez/Lire Gallimard, septembre 2015 lu par Dominique Pinon, 4h30 d'écoute

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26 09 15

Une ré-vé-la-tion

 

 

" L'éternité a duré un nuit." 

Le titre est pascalien: il évoque la fameuse nuit du 23 novembre 1654, qui saisit  d'extase et de joie, le très rationnel penseur Blaise Pascal. Ce dernier a 31 ans, il vient d'échapper à un accident de circulation.

Agé de 28 ans, en 1989,  Eric-Emmanuel Schmitt, participe à une expédition dans le Sahara algérien, aux fins d'écrire le scénario d'un film sur Charles de Foucauld. Egaré dans le froid de la nuit, après l'ascension euphorique du Mont Tahat, il se sent envahi, ravi, d'une force irrépressible et bienfaisante à la fois, qui commue l'angoisse de sa situation en une vision confiante de l'éternité.

" Tout a un sens. Tout est justifié."

Un bouleversement existentiel pour ce jeune philosophe, agnostique, épris de rationalité.

Une révolution spirituelle qui nourrit son rapport à la vie, ses écrits, toujours croissante, plus de vingt-cinq ans après l'événement. Gardée longtemps secrète - "Je tremble qu'on se méprenne sur ma confidence..." - la foi - la joie - que le célèbre écrivain a contractée cette fameuse nuit, s'exprime désormais au grand jour, nourrie de simplicité, d'humilité, de mots qui sonnent juste et rendent le témoignage sublime, singulièrement percutant, optmiste, apaisant...

"Si on me demande: "Dieu existe-t-il? ", je réponds: "Je ne sais pas", car, philosophiquement, je demeure agnostique, unique parti tenable avec la seule raison. Cependant, j'ajoute: "je crois que oui".  La croyance se distingue radicalement de la science. Je ne les confondrai pas. Ce que je sais n'est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais."

Une lecture lumineuse. Grandiose. Et je pèse mes mots.

Apolline Elter

 La nuit du feu, Eric-Emmanuel Schmitt, témoignage, Ed. Albin Michel, août 2015, 190 pp

Billet de ferveur

AE :  Un quart de siècle est passé, depuis ce bouleversement existentiel – l’expérience reste pourtant d’un présent inouï – vous nous en faites …présent (et nous vous en sommes reconnaissants)  Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour la consigner ?

Eric-Emmanuel Schmitt : J’ai mis du temps à considérer que cette expérience, quoique personnelle, devait devenir publique. Lorsque je l’évoquais parfois, les yeux des mes interlocuteurs s’arrondissaient et un grand silence s’installait pour m’écouter. J’ai compris que je devais colporter ce message : la vie est plus riche que nous l’imaginons, elle nous surprend et nous comble parfois, nos certitudes restent malléables,  il faut être prêt pour la révolution… et la révélation ! Une fois que j’eus décidé d’écrire ce livre, j’ai mis longtemps à en trouver la forme exacte,  celle d’un voyage à pied -  une expédition dans le Sahara – qui se double d’un voyage spirituel. Et puis, avant de rédiger ce récit initiatique, il a fallu faire sauter l’ultime résistance : dire « je » ! J’ai publié quarante livres – romans, pièces, nouvelles – sans jamais dire « je » ! Or je ne voulais pas tendre mon portrait au lecteur, mais lui tendre un miroir où il peut se voir et se découvrir lui-même.

 

AE : Avez-vous confronté cette révélation mystique à l’expérience de moines contemplatifs ?

Eric-Emmanuel Schmitt : Dans mon cas, les contemplations succèdent à la révélation. Tout un champ d’expériences m’a été ouvert pas cette nuit. Le retrait du monde, propre aux moines contemplatifs me pose néanmoins un problème : lorsqu’on a reçu la grâce, il me semble qu’on ne doit pas se retirer du monde mais au contraire, s’y engager pour témoigner, améliorer ce qu’il est possible de changer. Ma nuit au désert a fait de moi un optimiste actif, un militant de la joie. Naturellement, je respecte ceux qui contemplent et prient pour nous, ceux qui nous accueillent pour nous permettre de retrouver la paix de l’âme, mais je suis plus « séculier » que « contemplatif ».

AE : Le projet initial de film sur l’ermitage de Charles de Foucauld at-il vu le jour ?

Eric-Emmanuel Schmitt : Malheureusement, ce beau scénario ne fut jamais tourné. Le producteur s’est désengagé suite à des problèmes d’argent et le metteur en scène venait de connaître un échec avec son dernier film. Le cinéma… Rude métier ! Moi, à l’époque, je ne comptais pas car j’étais inconnu. Votre question me rappelle que, maintenant que j’ai dirigé plusieurs longs métrages, j’aimerais bien, un jour, tourner l’épopée de Charles de Foucauld. Rendre au désert ce qu’il m’a donné…

24 09 15

Delicioso allegro

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Les éditions Le Dilettante nous dénichent souvent d'exquises nouvelles plumes. 

Elles ne faillissent pas à leur réputation avec ces Petits plats de résistance, épicés, farfelus, drôles... au menu d'un roman assez caustique.

Conseillère Pôle emploi, la mignonne autant que féroce Sandrine Cordier est aussi une excellente cuisinière. Son rêve: ouvrir un restaurant dans un loft abandonné de Montmartre. Surgissent dans son entourage professionnel, résidentiel et même familial, une série de personnages aux caractères bien ou trop peu trempés, qu'elle va enrôler avec un infaillible sens de la persuasion quand ce n'est un zeste de chantage...

Satyre d'une certaine société urbaine, le roman enchaîne portraits et situations loufoques en une intrigue bien ficelée, un tempo delicioso allegro...

Une lecture savoureuse

Apolline Elter

Petits plats de résistance, Pascale Pujol, roman, Ed. Le Dilettante, août 2015, 254 pp

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