28 01 15

Sur la route...

 

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Il faut une bonne dose de passion ..et de  témérité pour réaliser le "rêve" américain qui saisit la romancière Pauline Guéna - imprégnée dès l'enfance des lectures de Croc-Blanc, Les raisins de la colère, L'attrape-coeur.... - et le photographe Guillaume Binet.

Armés d'un camping-car et de leur quatre jeunes enfants,  les Français parcourent, un an durant (de mi- 2013 à mi-2014) Le Canada et les Etats-Unis et  rencontrent 26 écrivains en leurs sweet home. Et non des moindres, jugez-en

Gilles Archambault- Margaret Atwood- Russell Banks-John Biguenet- Joseph Boyden-T.C. Boyle-James Lee Burke-Craig Davidson-Patrick deWitt-Jennifer Egan-Richard Ford-James Frey-Ernest J. Gaines-Siri Hustvedt-Laura Kasischke-William Kennedy-Dennis Lehane-Thomas McGuane-Dinaw Mengestu-George Pelecanos-Ron Rash-Joanna Scott-Jane Smiley-David Vann-John Edgar Wideman-Martin Winckler

Des rencontres dont Pauline Guéna consigne les cadres, atmosphères, péripéties  et dialogues - des questions courtes, ciblées qui s'effacent devant leurs interlocuteurs - persuadée que le cadre de vie, le terroir est le terreau d'écriture de ces grands écrivains.

"Je pense lentement, je parle lentement, je vis lentement... c'est parfait pour un romancier" affirme Richard Ford

Une expérience didactique,et unique.

Une magnifique approche du processus d'écriture.

L'Amérique des écrivains. Road trip, Pauline Guéna et Guillaume Binet, Beau livre, Ed. Robert Laffont, novembre 2014, 352 pp

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24 01 15

Oh My Lord

Frédéric Ferney -  

 Avec un titre à la Kipling - contrarié- l'essai de Frédéric Ferney nous offre une incursion flamboyante - quelle plume, quel style - dans l'âme d'un personnage mythique, Winston Churchill himself (1874-1965)  décédé voici tout juste 50 ans, jour même du décès de son propre père, 12 ans auparavant.  

Un père, Lord Randolph,  qui n'a pour lui qu'indifférence, mâtinée de mépris. Ce dernier aurait pu anéantir le jeune Winston - assez cancre et assez laid - il  décuple son ardeur: Winston  n'aura de cesse, toute sa vie, de combattre le spectre de ce père si peu aimant, de se tailler une réputation  - un mythe, celui du "lion victorieux"  - qui ferait rosir de fierté les fantômes les plus exigeants.

" Always savor the thrill"

Doté d'un tempérament  susceptible,  belliqueux, intrépide, déconcertant mais pas au point d'en être cynique, farouchement optimiste, pragmatique,  radicalement patriote - le sang des Marlborough coule en ses artères- Winston va trouver dans l'exercice militaire, en Indes, Afghanistan, Egypte, Afrique du Sud,  durant la Grande Guerre,...  le terrain idoine pour assouvir ses passions, le tremplin de son ambition politique.

" Pour lui, le Mal n'est pas une affaire de morale, c'est un agent actif et un principe éternel qu'il faut se résoudre à combattre s'il menace l'Angleterre, c'est-à-dire l'ordre et la paix mondiale."

Parodoxe de l'Histoire:  Hitler, son meilleur ennemi, participera activement de la construction du mythe "Churchill".

" Hitler détrôna l'ennemi intérieur de Winston. En suscitant une haine exemplaire, il fut un avatar providentiel qui exhaussa son courage et son amoralité souveraine. Hitler lui offrit un rôle, une vocation, un rang dans le tourbillon de l'Histoire;"

Une lecture que je vous recommande instamment

Apolline Elter

"Tu seras un raté, mon fils!", Churchill et son père, Frédéric Ferney, essai, Ed. Albin Michel, janvier 2015, 264 pp

 Billet de faveur

AE: Il y a du Shakespeare - Hamlet en l'occurrence - en Winston Churchill. Le rejet de son père, son tempérament sanguinaire... auraient pu faire de lui un délinquant.  Mais le sang anglais, patriote coulait en ses veines. Ce sont les guerres -  et principalement Hitler -  mais aussi la foi de son épouse Clémentine qui l'ont sauvé de lui-même? 

Frédéric Ferney: Orphelin et roi, c’est tout un !... Enfant, Churchill n’a cessé de vouloir conquérir l’affection d’un père, Lord Randolph, qui non seulement n’a pas su l’aimer mais n’a cessé de le repousser et de l’humilier. Et si sa vaillance au combat, ses bravades, qui ont été le mirage de sa jeunesse – en Afghanistan, en Haute Egypte, en Afrique du Sud – ne traduisaient que le souci de briller aux yeux d’un père longtemps aveugle et disparu prématurément ? En tous cas, pas de musique plus douce à ses oreilles que le fracas d’une charge de lanciers et le sifflement des balles de l’ennemi ! La guerre, c’est aussi une façon de tenir en laisse son démon, le Chien Noir, la malédiction ancestrale des Marlborough, ces crises de dépression, ces pannes de la volonté aggravées par l’alcool, qui parfois l’accablent. L’inaction, l’ennui, c’est sa hantise. En suscitant une haine exemplaire, Hitler a été le remède qu’il n’attendait pas et que l’Histoire lui a offert. Si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas éclaté, Churchill n’aurait été, peut-être, devant le jugement de la postérité qu’un raté mondain comme le lui prédisait son père ! Il a puisé dans la guerre une énergie, et même une forme de bonheur, une vérité, qu’il n’a jamais trouvées ailleurs. Quant à Clémentine, sa femme, Winston n’a jamais déposé les armes que devant elle. Winston a toujours cru en son étoile mais sans elle, il serait mort de froid…

 

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23 01 15

Entrées en matière

" Stendhal se dévoile autant par ses goûts que ses dégoûts"

C'est sous le couvert de la table, de ses voyages et d'une vie dont Henri Beyle - as Stendhal - voulait croquer la beauté que Gonzague Saint Bris nous dresse le portrait alerte, vivant, hautement savoureux du célèbre auteur du Rouge et du Noir (1830), de La Chartreuse de Parme (1839) et de l'inachevé Lucien Leeuwen. 

Il s'est adjoint, en cette allègre entreprise, la complicité de Jean-Claude Ribaut, critique gastronomique et de Guy Savoy, le célèbre chef, issu du terroir natal de Stendhal, le Dauphiné. 

" Quel volupté gourmande d'être là quand il a interprété, restitué, réinventé et réenchanté les recettes de Stendhal , (...)"

Né à Grenoble, le 23 janvier 1783 - il aurait aujourd'hui, tout juste 232 ans - Henri Beyle perd tôt une Maman passionnément aimée. Il en recherchera la  trace parmi ses multiples conquêtes.  Des conquêtes militaires également que le jeune officier entreprend dans l'armée napoléonienne et qui le mènent à Berlin, Brunswick, en Russie....  et lui permettent d'incarner une bravoure exemplaire.

Féru de musique et d'Italie - les concepts sont liés - l'écrivain ne signera son premier roman, Armance, qu'à 44 ans.

Plus épris de la sociabilité qu'offre la table que du contenu de l'assiette , Stendhal semble vouer une prédilection aux épinards ... et auxpommes de terre frites qu'il découvre à Brunswick.

Distribuant quarante recettes inédites en "Entrées en matière", "Avant goûts", "Au coeur de l'action" et "Epilogues savoureux." , Guy Savoy décline un art multi-étoilé au firmament de la Littérature.

Apolline Elter

Le goût de Stendhal, Gonzague Saint-Bris et Guy Savoy, beau livre, éd. Télémaque, nov. 2014, 178 pp

22 01 15

Vous avez dit "étrange"...

.. et autres histoires incroyables, vraies et inexpliquées

 " Louis XIV possédait une très belle pendule qui fonctionnait à merveille.

Lorsque le roi mourut, le 1er septembre 1715 à 7 h 45, elle s'arrêta net. Et personne ne réussit jamais à la remettre en marche."

Vous l'aurez compris, Marc Pasteger, nous offre, dans ce petit recueil aussi noir que sympathique, une bonne cinquantaine d'anecdotes étranges, voire inquiétantes et macabres... qui feront frissonner ce janvier finissant..

" A Riyad, à la fin des années 80, un homme a été enterré vivant par erreur. Son cauchemar a duré vingt-sept heures! Après quoi, ses cris, même étouffés, ont fini par être perçus par des paysans des alentours. Ravi de sa délivrance, le garçon est rentré chez lui. Il a frappé à la porte. Sa mère et sa soeur ont ouvert et, sous le choc, ont été victimes d'une crise cardiaque. Elles en sont mortes..."

Le cadavre qui portait son cercueil .. et autres histoires incroyables, vraies et inexpliquées, Marc Pasteger, recueil, Ed. La Boîte à Pandore, 2014, 128 pp

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21 01 15

Une nouvelle Comédie humaine

Chucho a poussé comme un épi. Long et maigre. Un mètre soixante-neuf, et chaque jour un peu plus. Mais encore une voix d'alouette. Parfois brisée par la mue"

C'est au coeur de la célèbre métropole catalane - où il réside - que notre compatriote Grégoire Polet situe l'action de son sixième roman et le focus sur les destins croisés de quelque vingt personnages saisis dans des présents souvent chaotiques, tout simplement, en devenir.

Les lecteurs retrouveront Chucho, la Dumbre, Hans Reiter - bourrelé de remords - le Docteur Chandeblez et son inévitable Annabelle, dignes représentants de cette Comédie humaine dont l'écrivain sonde les âmes et les interactions.

Avec, en filigranes, un portrait historique, urbanistique, socio-politique d''une ville merveilleusement fasicnante. Celle qui vit naître le fabuleux Gaudi.

"Au Moyen Age, heure de gloire où, en Méditerranée, Barcelone valait Gênes, valait Pise et valait Venise, existait hors les murs, à quelque trois cents mètres du rempart, le plus grand et le plus charitable des hôpitaux de l'époque."

Barcvelona!, Grégoire Polet, roman, Ed. Gallimard, janvier 2015, 476 pp

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17 01 15

Et nous quand c'est vous...

J'aimais mieux quand c'était toi, de Véronique Olmi, lu par Véronique Olmi 

 

 Véronique Olmi nous a habitués à la polysémie de ses titres, à leurs interprétations graduelles, luminosité progressive. Son nouvel opus nous offre un texte riche, dense, particulièrement propice à une lecture orale: l'auteurE ne s'y trompe pas, qui prête sa voix et une diction sobre et rodée au récit de la narratrice, Nelly, comédienne comme elle, à peine relevée d'une histoire d'amour passionnelle.

 Tandis qu'elle entre en scène, mater dolorosa  des Six personnages en quête d'auteur (Luigi Pirandello), Nelly Bauchard, aperçoit, Paul, son ex-amant, au centre du cinquième rang... 

"Il me semble entrer lentement sous l'eau, dans un espace transparent et sans dimension. L'homme qui ne s'est pas retourné est celui qui m'a fait perdre, non pas la tête, non pas la raison, ni le sens commun. Mais la ligne même de ma vie.

L'homme que j'ai quitté,  rayé, enterré.

Est là.

Dans les répliques des acteurs et leurs silences, dans chaque respiration. Cette ingérence."

 Tsunamisée par la résurgence d'un amour enfoui, Nelly puise dans sa fragilité même la ligne d'un possible retour à la vie...

A lire mais surtout... à écouter

Apolline Elter

 J'aimais mieux quand c'était toi, Véronique Olmi, roman, Ed. Albin Michel, janvier 2015, 140 pp - version orale Audiolib - janvier 2015 - texte intégral lu par l'auteur - Durée: * 

 

Billet de faveur

 

AE :  Le texte semble prédestiné à une lecture orale – en aviez-vous conscience lors de son écriture ?  Est-il aisé pour un auteur de lire son propre texte ?

Véronique Olmi :  Il  était presque de l'ordre de l'évidence pour moi de lire ce texte. La narration à la première personne, le fait que l'héroïne s'adresse elle-même à quelqu'un, qu'elle soit actrice et qu'elle déroule un drame... Comment ne pas avoir envie de lui prêter ma voix, puisque lorsque j'écris, j'écris à l'oreille. Pour le rythme. La scansion. Qui accompagnent et disent l'état intérieur du personnage. J'ai lu le texte comme un aveu. Et j'ai aimé ça...

 

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15 01 15

Paranoïa

Les amateurs de thriller en auront pour leur content: 12h54 durant, Franck Thilliez nous emmène, par la voix -idoine - d'Emmanuel Deconinck - à déjouer les pièges et les terreurs d'un jeu -concours assez malsain, dénommé - le bien nommé - Paranoïa.

Unis par une même passion pour le jeu et par la perspective d'un gain faramineux, Ilan et Chloé se portent candidats. Ils sont emmenés dans un hôpital psychiatrique désaffecté, mémoire vivante des supplices infligés aux malades et d'un massacre perpétré dans un refuge de montagne. Des flashs réguliers jaillissent dans l'esprit d'Ilan qui assemblent peu à peu les pièces d'un puzzle lié à la disparition de ses parents..

Puzzle, Franck Thilliez, thriller, texte intégral lu par Emmanuel Deconinck, Audiolib, juin 2014, 12h54 min.

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14 01 15

Epistol-air

 

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Romain Puértolas aime les titres dithyrambiques.... les situations saugrenues et le loufoque de leur rendu. Fort du succès peu coincé de son fakir  et de son armoire Ikea (voir chronique sur ce blog ), il nous revient avec un deuxième roman, aux allures de conte de fée, de burlesque résolûment  enfantin , nourri d'une dose ajoutée de tendresse.

" L'histoire d'une mère qui avait appris à voler comme un oiseau pour aller rejoindre sa petite fille malade de l'autre côté de la Méditerranée."

Facteur de son métier, Providence Dupois doit apprendre à voler si elle veut retrouver en vie, sa fille adoptive Zahera, atteinte de mucoviscidose.

Vous l'aurez deviné, l'association lettres- air  ne peut  qu'aspirer la curiosité d' un blog  voué à l'épistol..aire

L'enfant attend sa maman dans un hôpital marocain ignorant qu'une épaisse fumée nuageuse, jaillie de l'éruption d'un volcan islandais, interrompt tout le trafic aérien..

Enchaînant les péripéties les plus incongrues, métaphores et pirouettes -verbales -  Romain Puértolas aborde les thèmes conjoints de la maladie et de l'amour maternel,... la tête dans les nuages.

Apolline Elter

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, Romain Puértolas, roman, Ed. Le Dilettante, janvier 2015, 256 pp

 

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08 01 15

Effet.. pavillon

L'Effet papillon Infimes causes, grands effets..différés, telle est la définition de l'effet papillon". On croit entendre Bénabar...

Parce qu'il échappe au clan mafieux dirigé par son oncle, l'infâme Zola et qu'il découvre, par hasard le cadavre de William Starck, fonctionnaire suédois à la Coopération, en charge du projet Baka... Marco, un  ado de 15 ans,  se voit traqué par toutes les factions en présence, sa tête est mise à mort.

"Marco se sentit glacé. Le monde était tout à coup devenu un endroit beaucoup trop grand pour lui."

Habile et malin, il déjoue les pièges, aiguillant dans l'ombre les recherches de l'inspecteur Carl Morck

Une cinquième enquête complexe, rythmée de rebondissements maîtrisés, bien campés ...captivants.

C'est sans doute cela, L'effet..pavillon.

Apolline Elter ( Le Pavillon de la Littérature) 

L'effet papillon , Jussi Adler Olsen,  thriller, traduit du danois par Caroline Berg, janvier 2015, 650 pp

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06 01 15

11, rue de l'Assomption

" Ses défauts physiques sautent aux yeux. Elle est pourtant irrésistible. D'où tient-elle son charme? Les soupirants s'empressent autour d'elle. Pourquoi n'est-elle jamais à cours d'hommages"

"Elle", c'est Jeanne Pouchard as Fleury as Loviron as Voilier, dernier, grand et fol amour de Paul Valéry (1871-1945),  " Mon terrible toi "l'attributaire des Lettres à Jean Voilier que les éditions Gallimard éditaient en juin passé. Nous leur reviendrons.

 "La tentation est trop grande, même pour un homme aussi prudent et réfléchi. Il a beau considérer les enjeux, aligner les arguments, il est déjà trop tard. Le feu est là. L'étincelle va déclencher l'incendie. Ce 6 février 1938, au 11 rue de l'Assomption, Paul Valéry a trouvé sa passion, sa tortionnaire: Jeanne Voilier."

L'Académicien est  alors au faîte de sa gloire, il travaille comme un forcené, mène une vie familiale relativement rangée.

Une chose est sûre, " Jeanne Voilier n'est pas la femme d'un seul amour"

 Divorcée de Pierre Frondaie, avocate, écrivain, coquette et mondaine, Jeanne aimera Jean Giraudoux, Robert Denoël, en même temps que Paul Valéry, cloisonnant soigneusement ses idylles afin de les préserver.

 Avec cet art si sûr des mises en scène et perspectives, de la biographie et  de l'introspection,  Dominique Bona emmène le lecteur au coeur d'une passion époustouflante - celle que nourrit le poète, qui nourrit sa plume - d'une époque marquée par la guerre et d'une fin de vie désespérée,.

Une fresque lumineuse,  brillante, passionnante, de facture supérieure

Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Je suis fou de toi,  Le grand amour de Paul Valéry, Dominique Bona, de l'Académie française, biographie, Ed. Grasset, octobre 2014, 298 pp