11 10 14

Il est plus tôt que tu ne le crois

 

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Les romans de Marie-Sabine Roger ont un petit air de fête. On sait qu'on y trouvera ce cocktail délicieux d'humour, de tendresse et de fantaisie. Ce loufoque mâtiné de vraie convivialité humaine.  Réjouissez-vous chers visiteurs, vous ne serez pas déçus...

" Dans ma famille paternelle non seulement les garçons (un exemplaire unique à chaque génération) sont affligés d'une espérance de vie de serf pestiféré au coeur du Moyen Age, mais leurs prénoms commencent par "Mor", de la même façon que les prénoms de leurs soeurs , s'il y en a, commencent par "Vi"."

Tel est le  destin de Mortimer Decime, le narrateur: issu d'une lignée d'hommes tous morts à 11 heures, le jour de leur 36e anniversaire, il se prépare d'entrée de narration à cette funeste échéance. Pour ce faire, il a revêtu son plus beau costume, mis en ordre tous ses papiers, vidé son frigo et mis un terme à son bail d'appartement. Il est fin prêt à croiser... sa fin.

Analysant, avec une jubilation confondante, toutes les facettes d'un tel déterminisme  - si l'on connaît la date de son décès, on est forcément invincible, avant ! - la romancière nous régale. Elle pimente son propos de métaphores acrobatiques, images inédites et tellement éloquentes.

Un souffle d'air frais, espiègle et tendre.

On en redemande

Apolline Elter 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, roman, Ed. du Rouergue (coll. brune), août 2014, 288 pp

 Billet de faveur

AE: votre héros, le narrateur, est programmé pour mourir à 36 ans. Vous pensez que ce serait une bonne chose de connaître l'heure exact de notre trépas?

Marie-Sabine Roger: Je pense que ce serait une chose réjouissante si la date annoncée était très lointaine, mais que la situation tendrait à devenir de plus en plus inconfortable au fur et à mesure qu’on se rapprocherait de la date butoir! (Sans jeu de mots, ou bien avec - comme vous préférez). A moins, bien entendu, d’avoir une solide force morale, et une grande sérénité, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Notre étrange condition d’humain boitille entre une certitude : nous allons mourir, et une ignorance : nous ne savons pas quand. 

En attendant le jour fatidique, nous avons à cœur de faire comme si de rien n’était. C'est légitime, car si le passé est passé, le futur, par définition, n’existe pas encore ... Ce qui fait de notre existence une succession d’instants présents, durant lesquels nous pouvons tout à fait nous prétendre immortels.

Vu sous cet angle là, mourir semble un peu plus vivable, non?  

 

AE: votre langue est vivante, votre style très imagé. Il est rythmé çà et là, d'alexandrins discrets.

Tel " Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. "  en qui résonnent les célèbres vers du « Sonnet des correspondances » :

"La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles"

Vous avez conscience de cet aspect étonnamment  "baudelérien" de votre plume? 

 Marie-Sabine Roger: "Baudelérien", comme vous y allez ! C’est un très bel hommage, en tout cas. Complètement immérité, sans aucun doute, mais j’en suis tout de même ravie.  

Lorsque j’étais jeune (hier, donc), j’ai commencé par écrire des poèmes, comme beaucoup d’adolescents. 

J’en ai gardé une tendance à travailler « à l’oreille », à jouer avec les rimes, les cadences, surtout dans mes albums jeunesse. Mais je glisse parfois sournoisement quelques alexandrins - ou des octosyllabes - dans mes romans et mes nouvelles, aussi. Mine de rien. 

Je ne recherche pas cette écriture, elle est naturelle. Il a même fallu que je me discipline, pour ne pas me laisser déborder constamment par cette musique qui, de légère, aurait fini par devenir omniprésente, lancinante, et peut-être un peu… somnifère? 

 

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09 10 14

70e anniversaire

_cfimg-3081288704452845291.jpg Paru à l'occasion du 70e anniversaire  de la Libération de la capitale belge, l'essai de Georges Lebouc, nous fait revivre, nourrie de nombreux témoignages et anecdotes - parfois drôles - le quotidien de ses habitants , selon une séquence thématique et chronologique, qui va de l'exode de mai 1940 à la Libération.

Rationnements  - plutôt que famine - phobie de la pénurie,  transformations de jardins en potagers, sentiments variés vis-à-vis de l'Occupant, faits de collaboration ou de résistance - telle la célèbre parution, le 9 novembre 1943 du faux Soir,  création du "Grand Bruxelles" englobant en son territoire 17 autres communes, dérivatifs et divertissements, ... sont présentés dans leurs contextes d'époque et de géographie.

"On raconte aussi que les Bruxellois s'amusaient à brûler à la cigarette les beaux (? ) uniformes des militaires allemands lorsque les trams étaient bondés. Ceci aurait incité les occupants à faire "tram à part", ce dont je n'ai pas eu confirmation"

nous révèle  Georges Lebouc, conscient de l'urgence qu'il y a à consigner ces récits de témoins vivants des événements.

Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l'occupation allemande, Georges Lebouc, essai, 180° éditions, sept.2014, 236 pp

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02 10 14

Glocalité

Sans Plus Attendre«  Nous sommes aujourd’hui à la frontière entre deux mondes possibles : la renaissance ou le crash »

S'il n'est pas nouveau d'entendre des propos alarmistes sur la proche survie de notre planète, il est moins courant de leur voir proposer des solutions concrètes, réalistes, facteurs de dignité humaine et de solidarité.

Nanti d'un charisme et d'un optimisme radical-  face à l'apocalypse qui nous menace, nous n'avons d'autre choix que de changer nos modes de vie, d'agriculture, consommation énergétique, économie et fondamentalement d'éducation - Guibert del Marmol, économiste de formation, expose, force modèles de réalisations à l'appui, sa vision "glocale" - enracinement local à connexion planétaire - de la société.

Ce faisant, il rend ses lettres de noblesse à l'agriculture, réintroduit la campagne à la ville,  l'humain et la sagesse séculaire au coeur de la réflexion, du système sociétal, sans en négliger les acquis technologiques.

Un essai passionnant 

Nous vous invitons à découvrir l'interview de Guibert del Marmol en l'édition d'octobre du magazine L'Eventail.

Et à dévorer cet ouvrage remarquable

Apolline Elter 

Sans plus attendre, Guibert del Marmol, essai, Ker éditions, mai 2014, 238 p

Site web de l’auteur : http://www.guibertdelmarmol.com

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30 09 14

Sublime lecture

Lettre d'une inconnue, de Stefan Zweig, lu par Léa Drucker et Elsa Zylberstein 

" J'ai toujours été fascinée par la force de ce texte, par sa beauté désespérée, par sa profondeur et sa maturité" Elsa Zylberstein

 En effet.

Stefan Zweig aime sonder les sentiments jusque dans leurs plus intimes expressions. Il y excelle. 

Sûrement vous souvient-il de ce petit chef d'oeuvre d'amour à sens unique porté par une jeune fille (l"inconnue") à un fringant et affable écrivain, quadragenaire... aimé des femmes.

Alors qu'elle se meurt, anéantie  par le décès de son petit garçon, l'inconnue écrit une longue lettre à son amant d'un soir, amour de toujours. Elle lui explique la genèse de son sentiment, l'enfant qu'elle conçut de lui, l'envoi annuel et anonyme  de ce bouquet de roses à l'occasion de son anniversaire.

La sobriété presque factuelle du texte l'empêche de verser dans le pathos.

La lecture sublime qu'en opère Léa Drucker lui donne son juste relief. 

Saisissant

Je vous en recommande l'écoute

Apolline Elter

Lettre d'une inconnue, Stefan Zweig, 1922. Texte intégral traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac et révisé par Françoise Toraille. Audiolib, 2009. Lu par Léa Drucker, 2 CD -  durée 1h40- Préface écrite et lue par Elsa Zylberstein.

 

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27 09 14

Lumière de l'amitié

 

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"Loumia et moi avions failli devenir des amies. Mais l'histoire restait incomplète. Il me semblait que je devais repartir à sa rencontre, parcourir le chemin que nous ne ferions pas ensemble. Retracer sa courte existence comme une revanche sur le néant, sur le chaos, sur la terreur. Sur l'absurdité de sa mort. Combattre la violence par les mots, la seule arme que je veux connaître."

Michèle Fitoussi est à Pondichéry, dans le Sud-Est de l'Inde, le 26 novembre 2008. Elle s'apprête à rejoindre à Bombay,  Loumia Hiridjee, la fougueuse et  pétillante co-fondatrice de Princesse tam.tam, célèbre enseigne de lingerie féminine. Les événements en décident autrement: Loumia et son mari, Mourad Amarsy,  périssent ce soir-là, dans un des attentats qui mettent la ville à feu et à sang.

Répartis en cinq lieux mythiques de la cité bombayite, les luxueux hôtel Taj Mahal Palace et Oberoi, la Chhatrapati Shivaji Terminus plus communément appelée gare CST, le  très branché café Léopold  et l'accueillante Nariman House, ouverte -notamment- aux hôtes juifs, dix terroristes pakistanais issus de l'organisation Lashkar -e-Taiba (de la mouvance d'Al-Qaida) vont causer la mort- violente et barbare -  de 165 innocents, blesser plus de 300 personnes, suscitant  pagaille et déroute policière.

Investie d’ un devoir de mémoire, d'une amitié tragiquement avortée, la journaliste entame une longue quête auprès de la famille Hiridjee,  de Shama, la soeur complice, co-fondatrice de l'enseigne précitée, des amis et collaborateurs de Loumia, un pèlerinage parmi ses ports d’attache, pour restituer dans sa vérité, son éclat et sa contagieuse sympathie,  la personnalité d'une  femme aussi survoltée qu'attachante. Une épouse aimante, maman de trois jeunes enfants au moment des événements. En parallèle, Michèle Fitoussi opère une enquête méthodique pour connaître le vrai enjeu des attentats : le ressentiment meurtrier issu de la Partition délétère de l’Inde et du Pakistan lors de l'été 1947. 

Pétri de sobriété, d'intégrité intellectuelle et d'un sens aigu, bienveillant,  de l'introspection, le récit se lit d'une traite tant coule fluide la plume de l'écrivain.

 Le livre - événement de la rentrée.

Saisissant d'effroi, d’empathie,  d'amitié.

Apolline Elter

La nuit de Bombay, Michèle Fitoussi, récit, éditions Fayard/Versilio, sept.2014, 340 pp

Billet de ferveur

AE: Michèle Fitoussi, par ce récit vrai, sobre et vivant, vous opérez un poignant, merveilleux  hommage d'amitié à une femme enthousiaste, chaleureuse , que nous avons tous envie de rencontrer. Ses chers enfants, Naeem, Ilana et Rayane, tout jeunes au moment des événements ont aussitôt été adoptés  par leur tante Shama. Ont-ils lu La Nuit de Bombay ? Est-ce pour eux, en partie, que vous avez opéré ce devoir de mémoire? 

Michèle Fitoussi:  Dés 2010,  moment où j’ai conçu l’idée du projet et suis venue en parler à Shama , j’ai souvent rencontré  les enfants.

 Je les ai vus grandir, évoluer. 

Tout de suite Shama m’a dit,  et je la cite à la fin du livre, «  je voudrais ranger ce livre dans un coffre fort et le ressortir quand Rayane aura 18 ans, pour qu’il sache qui étaient ses parents »

Je n’ai pas écrit ce livre pour eux  mais je m’étais fixé une ligne de conduite : ne rien écrire qui  puisse les heurter ou les blesser. Ils étaient au courant de ce que je faisais, cela les intéressait beaucoup. Quand j’allais  chez eux discuter avec Shama ou avec ses fils, Michaël et Kevin, leurs cousins, ils venaient me parler. 

Je me suis tout de suite prise d’affection pour eux , ce sont des enfants sensibles, intelligents, très bien élevés. 

Quand j’ai fini la première version du livre, je l’ai fait lire à Shama et à ses fils.

 Naeem et Ilana, les ainés, ont alors manifesté le désir de me parler de leurs parents. Shama était d’accord, alors   je les ai vus tous les deux , séparément. Ils ont dix-sept ans et quinze ans et sont trés mûrs pour leur âge. C’était trés émouvant pour moi, même si aujourd’hui ils réussissent à mettre une certaine distance entre la tragédie et eux. 

Ils ont lu le livre et en sont trés touchés.  Pour eux, faire revivre leurs parents est un cadeau. 

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23 09 14

Machiavélique

Qui étais-je?  Pervers amnésique ou bouc émissaire piégé? "

N'oublier jamais, de Michel Bussi, lu par François Tavares

Parce qu'il tend la main à une beauté fatale, prête à s'élancer d'une falaise - et qui accomplit son dessein - Jamal, le narrateur, handicapé de la jambe, est saisi dans l'engrenage infernal d'une enquête policière: présumé coupable de viols et de meurtres exécutés selon un modus operandi similaire,   il se débat tant que s'enfonce la prothèse pour prouver son innocence.

Serré lui aussi dans l'étau implacable des révélations troublantes, le lecteur a du mal à lâcher prise. Il en perd son latin - c'est le but. 

Véritable maître du polar, Michel Bussi distille savamment les effets avec ce léger bémol qu'il complique un peu trop la résolution de l'énigme, rendant, à notre goût, les deux chapitres finaux superflus...

L'interprétation de François Tavares  génère à merveille l'atmosphère machiavélique et  haletante de la fiction

AE

N'oublier jamais, Michel Bussi, polar, Presses de la cité, mai 2014,  audiolib, mai 2014, durée 12h 23 (58 plages + 1 entretien avec l'auteur) 

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20 09 14

Sublime regard

 

  "Si l'on scrutait l'âme d'Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n'a pas compris que le temps passe pour de bon, et l'optimisme terrifiant qui jette les êtres par-dessus les balustrades"

C'est bien d'âme, de quête existentielle qu'il agit, dans ce nouveau roman de Geneviève Brisac. Un roman douloureux - " Nous sommes devenus des épines dans les yeux des autres " s'écriait la poétesse Rosa Ausländer- dense, cocasse et même féroce par moments, ample et magistral sur toute sa longueur.

"Tapie dans un coin de mon âme, j'écris ce journal pour me souvenir de tout

Réunies par un même élan altruiste,  communiste, communautaire, deux soeurs, Anna et Molly voient la vie - et leur mère, l'excentrique, délétère Mélini-  lézarder peu à peu l'édifice de leur affection.   Si Molly, la fille préférée, a choisi la médecine pour déployer, pragmatique, son altruisme, Anna a privilégié   la voie de l'écriture - et le pseudo de Deborah  Fox -   écho de ces carnets dans lesquels elle consignait événements et impressions. Proclamée pour un temps, écrivain à succès, elle a déserté  l'écriture.

"Et a coulé comme une brique"

 Hébergée par sa soeur, dévouée, Anna vit une sorte de dépression, dont elle émerge lentement en relisant ses carnets d'antan.  Elle revit l'idéal de sa jeunesse, ses amours, le séjour au Mexique qui se conclut sur l'emprisonnement de son compagnon, Marek Meursault, et quelques scènes cruelles et désopilantes aux côtés de sa mère.

Peu à peu se met en place le retour à l'écriture, celui d'un roman, "Dans les yeux des autres" ..

Apolline Elter

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac, roman, Editions de l'Olivier, août 2014, 306 pp

Billet de faveur

AE : Marek Meursault – patronyme camusien…-  le compagnon de jeunesse d’Anna, voit, dans l’enfermement carcéral la possibilité de se réaliser, de faire une œuvre existentielle ; il semblerait qu’Anna ne puisse sortir de sa propre prison mentale que par le biais de l’écriture. Une façon de réaliser la prophétie de Meursault ?

 Geneviève Brisac : La littérature se nourrit de sa mythologie, dont elle est indissociable. J'ai grandi baignée par la légende innombrable des humiliés et des offensés, de  Villon à Hugo, ou Apollinaire, Pavese ou Morante,   forcément du côté des perdants, des fragiles, des vulnérables.

  Pour en venir à Meursault, qui est aussi, à une lettre près, le nom du héros du Premier Homme de Camus, croyez-moi ou non, c'est une étiquette de Bourgogne qui m'a inspirée. Pourtant, la première pièce dans laquelle j'ai joué, c'était Les Justes, du même Camus, une histoire de révolutionnaires confrontés à des problèmes moraux. Ce fut donc un choix inconscient. Mais dès que j'ai écrit ce nom, j'ai su que c'était le bon.

 Vous évoquez la prison dont il parle beaucoup, mais tous les artistes, au cours des siècles passés, comme les humanistes, les rebelles, tous ceux et celles qui pensent qu'on n'est pas sur la terre pour rester les bras croisés à accepter l'inacceptable, ont su que la prison était un horizon vraisemblable. Et cela reste vrai sur les trois quarts de la planète.

 On écrit parce qu'on baigne dans le fleuve immense des livres. Et de même que Boulgakhov réécrit Faust ou Le Roman de Molière, de même que Vassili Grossman réécrit Guerre et Paix, que Cynthia  Ozick réécrit Henry James, Doris Lessing, quand elle écrit Le Carnet d'or, fait explicitement référence à Joyce en nommant ses deux héroïnes Anna et Molly. Je reprends le flambeau où elle l'a laissé.  Pourquoi?

Parce que cela s'impose à mes yeux: Dans Le Carnet d'or, Doris Lessing interroge la crise politique et la crise littéraire traversées par son héroïne et met en oeuvre sa reconstruction à travers la réécriture de son destin. Cela méritait d'être retenté.

Comme dit Virginia Woolf, une autre de ces artistes à qui je dois tant, Il nous faut des ainées qui nous tendent la main et nous donnent confiance. Cette confiance tellement essentielle à l'art.  

 Vous vous souvenez sans doute de ce film, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana. Comme ce cinéaste, j'ai voulu raconter une époque que l'on a caricaturée, moquée, et j'ai voulu le faire à ma manière, celle d'une fille devenue femme. La révolution a toujours été racontée par ses héros masculins. Les femmes étaient là, elles se sont tues. Or, comme le dit encore Virginia Woolf, Il y a différentes manières d'appréhender les mêmes faits.

Cependant je ne parlerai pas de désillusion, plutôt de fidélité à des espoirs: espoir de justice, espoir de liberté, espoir de solidarité, espoir de gaité- la si belle riscossa-  sans cette fidélité à ce qu'elle a de meilleur, l'humanité régresse et s'abêtit. La barbarie n'est jamais très loin. Cela s'est vu.

Ca rate toujours? Certes, et alors? N'est ce pas le propre de l'humain de toujours reprendre l'ouvrage. C'est la vie même, et la civilisation. Y croire, mettre ses convictions et sa fierté au -dessus des conformismes ou des intérêts. Une nouvelle génération arrive, rebelle, joyeuse, insolente, solidaire.Vulnérable et consciente de l'être.   Et trouve, maints exemples en témoignent, comme Occupy wall street, que le monde est de plus en plus irrespirable, inhabitable, et que ce n'est pas une fatalité.

 

 

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18 09 14

Fil conducteur

Le manteau de Greta Garbo 

"Le manteau de Greta Garbo que j'avais acheté était large lui aussi. Surtout dans le dos, comme une cape. Une cape de super-héroïne, la cape de Fantômette, une cape comme un grande aile d'oiseau greffée au corps humain sur le dos et qui le métamorphosait en chimère. J'adorais porter le manteau de Garbo, j'avais toujours conscience qu'elle l'avait choisi, que ce manteau était le sien."

L'acquisition, en décembre 2012, du manteau rouge de la célèbre actrice hollywoodienne lors d'une vente publique de sa garde-robe - une façon  de la faire mourir une seconde fois -  invite la narratrice à se plonger dans la vie de Greta Garbo (1905-1990) , la complexité de son tempérament  et le mythe de la solitude érigé autour d'elle.

Accumulant les robes, qu'elle ne portait pas, leur préférant le pantalon,  Greta Garbo passe la seconde moitié de sa vie, avec pour seule ambition,  l'invisibilité. 

L'occasion pour Nelly Kaprièlan de s'interroger, façon Jean-Claude Kaufmann, sur la fonction du vêtement, la psychanalyse de son port, rempart d'une intimité qu'on oppose au monde.

Elle voulait en faire un essai, elle l'a changé en roman..  

Le propos est intéressant quoiqu'un peu ..décousu.

AE

 

Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlan, roman, Ed. Grasset, sept. 2014, 286 p

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16 09 14

Catharsis

"Je dois tourner la page. Chaque jour je tiens bon en me citant cette magnifique phrase de Tahar Ben Jelloun que je connais par coeur: "Le silence de l'être aimé est un crime tranquille"

Tandis que la rentrée littéraire se déploie sagement, survient un livre, témoignage de vie, d'amour-passion délétère et déçu, qui suscite engouement, curiosité, perplexité et lynchage médiatique. Nous l'avons lu, pour vous, pour nous, pour nous faire une idée et avouons-le, cerner la personnalité ambigüe de François Hollande.

Autopsie d'un amour - fou - et d'une liaison de 9 ans, chronologiquement établie entre le  jeudi 14 avril 2005, jour du fameux "baiser de Limoges" et le samedi 25 janvier 2014,  qui d'un communiqué officiel de « 18 mots glacés » annonçait la fin de la vie que partageait le chef de l'Etat avec Valérie Trierwieler, le récit de la journaliste a des accents indéniables de sincérité. La sobriété du style, son côté factuel rend crédible le propos mais il outrepasse le devoir de réserve attaché à sa fonction d'ex-Première Dame et à l'exercice même de la fonction présidentielle.  

Propension presque maladive au mensonge, fourberie, lâcheté masculine, froideur, insensibilité., cynisme.. entachent le portrait de François Hollande dans toutes ses relations; le mépris foncier qu'elle lui prête vis-à-vis de la pauvreté - songeons au fameux passage des "sans dents" relayé en boucle par  la presse - scie l'édifice de son action politique.

Elle n'avait pas le droit. Tout simplement.

"Il m'est apparu comme une évidence que la seule manière de reprendre le contrôle de ma vie était de la raconter." 

Et à la fois, on peut comprendre que minée par cette relation, dont elle impute l'enfer, la destruction à l'élection présidentielle de François Hollande, elle éprouve le besoin - cathartique - de mettre les faits à plats, d'humaniser un  autoportrait, fameusement malmené. Méchanceté de certains membres de son entourage, calomnies, trahisons répétées semblent avoir eu raison de sa réserve. Cécilia Attias répondait au même besoin, qui publiait, fin 2013, Une envie de vérité (billet de faveur en vitrine du blog); elle le fit avec une élégance innée et un total respect pour l'homme politique qu'est Nicolas Sarkozy.

Puisse cette relation des faits libérer totalement Valérie Trierwieler et lui permettre de magnifier cette humanité qui se dégage de son récit, son amour pour ses trois fils, son respect pour Denis Trierwieler, son deuxième mari dont elle garde le patronyme, pour la famille, modeste et digne dont elle est issue, et une générosité qui ne demande qu'à se déployer. 

" Je reconnaîtrais l'odeur de la poussière des livres qui ne sont pas sortis des rayonnages depuis des lustres. Elle est là ma madeleine de Proust, il est là, mon parfum d'enfance."

Puisse-t-elle se donner pleinement au goût de la lecture, dont elle nous offre de belles, intéressantes chroniques dans Paris-Match.

Puisse ce récit - et c'est sûrement un de ses desseins - mettre en garde la jolie Julie contre certains serments d'hypocrite.. puisque Valérie Trierwieler affirme qu'à l'heure où elle écrit ces lignes, elle est harcelée de textos repentis, amoureux de son ex-compagnon..

AE

Merci pour ce moment, Valérie Trierweiler, témoignage, Ed. Arène, sept 2014, 320 pp

 

 

 

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13 09 14

A bord de l'Arrowhead

 

Quelle place devons-nous réserver au règne animal, quels droits lui conférer? 

C'est un débat écologique que pose et merveilleusement propose Alice Ferney, en son nouvel opus de la rentrée.

Intrigué par le (mauvais) procès fait à Magnus Wallace, activiste écologiste déterminé, Gérald Asmussen, un reporter photographe norvégien, entreprend à ses côtés une expédition antarctique à bord de l'Arrowhead, en vue d'arraisonner des baleiniers frauduleux. Ce faisant, il nous livre des descriptions d'une beauté majeure - on peut compter sur la plume d'Alice Ferney - en même temps que le récit d'exactions effroyables.

" Mais le film avait rangé la beauté pour en venir à la cruauté. Une furie de capturer, de tuer, d'engranger, habitait les hommes. On devait la révéler. On pouvait rendre les gens malades devant la mise à mort de cette grosse bête inoffensive. Il suffisait de montrer comment elle crie, saigne, s'asphyxie, met si longtemps à mourir"

Une lecture recommandée

AE

 Le règne du vivant, Alice Ferney, roman, Ed. Actes Sud, août 2014

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