23 04 14

Autoportrait livresque

 

téléchargement.jpg

" La bibliothèque d'un auteur est son autoportrait. Pourquoi écrire un livre?  Pour le ranger parmi les autres. Mis sur deux rangs, c'est comme s'il n'y avait aucun. Rien de mieux qu'une bibliothèque. En changeant d'étage, on change de point de vue.

Patrick Roegiers a l'érudition allègre. Et généreuse.

Tandis qu'il entreprend une sorte de grand nettoyage de printemps, dans sa bibliothèque, l'écrivain nous propose une "escapade littéraire" sautillante, alerte, goguenarde, dans la pure verve - impertinente et perso -  qui est la sienne.

Inventaire du "corps des mots", des mets, manies, maux, morts, pensées,pseudos,  supports et chambres d'écriture, ... des innombrables plumitifs  qui habitent sa colossale collection, l'escapade nous propose en seconde instance  une rencontre avec les "corps des écrivains", particulièrement marquants, à savoir, Georges Perec, Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline, Roland Dubillard, Michel Leiris, Roland Barthes, Henri Michaux, Alain Robbe-Grillet et Claude Simon. 

Un parcours pour le moins,impressionnant.

AE, 

 

La traversée des plaisirs , Escapade littéraire, Patrick Roegiers, Ed. Grasset, mars 2014, 256 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 04 14

Mon (arrière-grand-)père, ce héros

" L'héroïsme, c'est être un autre que l'on ne soupçonnait pas d'exister"

Spécialiste du XIXe siècle - littérature et musique confondues - puisqu'on lui doit de concert une biographie d'Alain Fournier, d'Alfred de Musset et de Claude Debussy (Ed. Gallimard - Folio) Ariane Charton approche le phénomène de l'héroïsme par le biais du concept - viril - de mort , de sacrifice de vie, qu'il suppose et le spectre, centenaire oblige, de la guerre 14-18. 

 L'approche se fait par le prisme d' écrivains de la Grande Guerre, Guillaume Apollinaire, Roland Dorgelès, Romain Rolland, Alain-Fournier, Charles Péguy, Georges Duhamel, Jean Giono, Louis-Ferdinand Destouches (futur Céline) , Louis Pergaud,  Blaise Cendrars... de leur correspondances et écrits relatifs à cette période. Partant, elle nous fait part d'un "coup de foudre littéraire" pour Jean de La Ville de Mirmont, écrivain aujoud'hui oublié.

Partis dans l'euphorie patriotique d'une guerre de mouvement, la plupart déchanteront quand viendra l'interminable attente de la guerre des tranchées.

«  Ici, dans la souffrance qui fait tomber les masques, je vois le bas-fond de l’âme humaine et la lie, et la vase et la merde. Combien peu, officiers comme soldats, peuvent se vanter d’être des hommes, des hommes ! »  écrit Louis Pergaud à sa femme , quelques mois avant sa mort, sur le front, le 8 avril 1915.

D'aucuns tireront des visions d'horreur, matière -cathartique, didactique - à récits, romans, . parfois primés, tels Le feu, journal d'une escouade, d'Henri Barbusse, Prix Goncourt 1916,  Civilisation de Georges Duhamel, Goncourt 1918, Les croix de bois, de Roland Dorgelès, ..., d'autres en tireront un dégoût qui conditionnera leur attitude en 1940  tel Louis-Ferdinand Destouches (augmentée, il est vrai,  d'un anti-sémitisme qui n'a rien d'un "pacifisme d'ancien combattant"  ) ou un pacifisme à ce point ancré, tel Jean Giono, qu'il lui vaudra d'être arrêté en 1939,  taxé de collaborateur en 1944..

Un petit éloge bien intéressant

AE

 

Petit éloge de l’héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre,  Ariane Charton, essai, éd. Folio 2 €, février 2014,  128 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 04 14

Un document saisissant

 Ce n'est pas le combat que fuient les Lorrains Alfred Richy et Camille Muller, en ce tout début des hostilités de la Grande Guerre, c'est la débâcle de leur 13e compagnie,  l'emprisonnement et la déportation en Allemagne. Ils trouvent hospitalité et refuge dans le grenier de la maison de "La Cadie",  la courageuse mère d'Alfred.

"Privés de liberté de mouvement, otages d’une situation qu’ils n’ont pas vraiment désirée et dont ils n’ont pas la maîtrise, Alfred et Camille ont tenté dix fois, cent fois, de sortir de leur cachette et de prendre la fuite. La liberté n’a pas de prix. "

Enfermés quatre ans durant dans cette  geôle minuscule, Alfred et Camille endureront faim, froid, stress et l'ennui d'interminables journées mais aussi  la solidarité héroïque d'un entourage particulièrement discret et généreux.

14-18 Quatre ans cachés dans le grenier, Dominique Zachary, essai, janvier 2014, 215 pp.

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 03 14

Mediumnité

 

 " Je voudrais raconter cet été de la métamorphose avec le plus de clarté possible, d'honnêteté. Retourner comme une crêpe tout ce qui me dérange aujourd'hui, tout ce que je fus, il n'y a pas si longtemps sans même en souffrir"

Promesse tenue.

En route pour Fermet-le-Bois , bourgade rurale de la France profonde, la Parisienne et très citadine Gabrielle s'apprête à découvrir la maison de famille héritée de sa mère. Elle n'a qu'une idée: vendre la propriété  au plus tôt et réintégrer la vie brillante et établie qu'elle mène auprès de son mari, Stan, chirurgien esthétique et son métier d'organisatrice professionnelle et... speedée d'événements d'envergure.

" La ruine dont j'ai hérité émerge d'un fouillis de ronces, telle une construction de La Belle au bois dormant, sans le charme nécessaire à la visite d'un prince."

Il s'avère rapidement qu'il y a deux maisons, délabrées, qu'elles sont hantées...et, l'une, plutôt malfaisante.

Assistée de Jean-Pierre Moulin, un agent immobilier hors normes, Gabrielle va peu à peu réaliser qu'elle est investie d'un don de médiumnité, de guérison et de communication avec les morts. Sa vie et la logique rationnelle qui la soutient vont en être progressivement bouleversées. Une métamorphose que la narratrice  décrit avec brio, force images à l'appui et un pouvoir de conviction qui rejoint par bien des liens les observations métaphysiques de Didier van Cauwelaert.

" Ce n'est pas rien de tutoyer l'éternel, .."

Une réflexion plutôt encourageante sur la beauté et la pérennité de la vie

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

 Les brumes des apparences, Frédérique Deghelt, roman, Ed. Actes Sud, mars 2014, 368 pp, 21.8 €

 

 Billet de faveur

 

AE: " Tu sais, ma chérie, quand on comprend qu'on ne peut pas être détruit parce qu'on est fait de lumière, ..." déclare  la délicieuse Francesca à sa nièce Gabrielle.

Vous adhérez, vous, Frédérique Deghelt à cette vision de l'éternité de notre âme? 

Frédérique Deghelt: Il y a des livres qui nous changent, nous malmènent et nous emmènent sur des chemins que nous ne voulions pas prendre. Au delà des apparences, se trouve ce qu’on pourrait appeler l’âme qui n’est ni l’esprit, ni l’intelligence. C’est une sorte d’intériorité qui, selon les personnes, est étouffée ou peut s’exprimer librement. Quand on l’étouffe, elle se rebelle et convoque le corps qui crie misère. C’est ce que j’ai découvert en écrivant ce roman, en faisant le lien entre les 42 livres lus et les témoignages divers que j’ai recueillis. Et puis le travail des invisibles, les petites voix qui soufflent a été phénoménal et troublant. Je fus accompagnée par une bande d’éternels !

AE: votre écriture est belle, imagée,  rythmée. Vous énumérez, fin d'ouvrage, la liste des extraits musicaux qui l'ont soutenue.  La musique est-elle indispensable à votre travail? 

Frédérique Deghelt: Indispensable oui. Bien que je n’en écoute jamais au moment même où j’écris. Les musiques citées à la fin du roman sont en quelque sorte une bande son qui accompagne les mois d’écriture dans les moments où je n’écris pas. Mais c’est quand on n’écrit pas que le livre s’écrit. Au moment même où l’on trace, on imprime ce qui est prêt !

AE: Question rituelle de nos billets de faveur, en quoi consiste votre madeleine de Proust:

Frédérique Deghelt:  Á retrouver avec le plus de vérité possible, les sons de l’enfance, les saveurs, les visions. C’est un voyage dans les émerveillements liés à la découverte première.

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 03 14

La musique adoucit les moeurs

images.jpgParu en 1999 auprès des éditions Scaldis, l'essai de Dominique Huybrechts fait l'objet d'une seconde édition, révisée, en ce centenaire de commémoration de la grande Guerre.

 Il relate le destin, durant les hostilités,  de quelque 50 musiciens, toutes nationalités confondues,  Français, Anglais, Belges, Allemands, Autrichiens, Italiens, Américains et Australiens et leur contribution concrète à l'effort de guerre.

Eugène Ysaÿe joue pour les blessés de l'hôpital de L'Océan (La Panne). Affecté d'un cancer et d'un sentiment d'inutilité, Claude Debussy compose une Berceuse héroïque pour le King Albert's Book d'hommage à l'action de notre Roi, ainsi qu' un Noël des enfants qui n'ont plus de maison (1915), Maurice Ravel fait des pieds et des mains pour être incorporé à l'armée, malgré une taille et un poids déficients...

Considérés, par nature, moins belliqueux, les musiciens oeuvrent souvent comme brancardiers, risquant leur vie pour transporter les blessés ; l'exercice de leur art apporte aussi  réconfort et apaisement au plus noir de l'horreur. Ils n'hésitent pas, pour ce faire, à fabriquer des instruments de fortune, avec les moyens du ..front: boîtes de conserve, à savon, à cigares,  caisses de munitions,  crins de chevaux...

  Intéressantes aussi sont les pages consacrées à la musique militaire, de guerre et celle diffusée dans les camps d'internement. Destinée à galvaniser les ardeurs, à l'instar de la cornemuse écossaise ou tout simplement  à adoucir les moeurs,  la musique a fait oeuvre majeure.

AE

 

1914-1918 Musiciens des tranchées, Dominique Huybrechts, essai, Ed. Scaldis 1999, 2e édition revisée, Racine, 2014, 286 pp, 22.95 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 03 14

De la passion à la spéculation

 

téléchargement.jpg

"Siècle après siècle, les œuvres les plus décriées ont souvent été la source de courants picturaux révolutionnaires: nymphéas, déconstruction cubiste, photos repeintes par Andy Warhol, lyrisme de Miró, bien mal avisés ceux qui brocardent la création artistique: elle est un acte de foi qui grandit l'homme."

Les accros de Yann Kerlau - dont je suis -   ne seront pas déçus: le  rendez-vous que nous propose  le passionné d'histoire, esthète éclairé,  procède une nouvelle fois d'une recherche documentaire  abyssale et d'une culture qui ne l'est pas moins.

Chercheurs d’art. Les marchands d’art hier et aujourd’hui.

Rendu passionnant par l'effet  cumulé d'un talent de conteur et d'une plume magistrale, l'essai, tout frais paru, ce 12 mars, auprès des Editions Flammarion, dresse le portrait de sept marchands d'art,  Théodore Duret, Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Daniel-Henry Kahnweiler,  Peggy Guggenheim, Charles Saatchi et Larry Gagosian , trace l'atmosphère de leurs époques respectives.  De Paris à New York, du XIXe siècle à nos jours, c'est le portrait d'une profession qui se dessine , celui d'un génie aussi, nourri de passion, de flair, de flammes et de son inéluctable évolution vers la spéculation.

Point de départ de cette puissante fresque : le scandale de la Maison Knoedler. Parangon d'honorabilité en matière de vente d'oeuvres picturales, la célèbre galerie new-yorkaise fermait ses portes en 2011, ruinée et taxée de trafic de faux.

«  Les leçons de Kahnweiler, d’Ambroise Vollard et de leurs émules ont porté leurs fruits depuis des décennies : l’art moderne est un formidable jackpot qui fait fantasmer collectionneurs, marchands, hommes d’affaires et néophytes. Même si nombre d'artistes crèvent de faim, les gains faramineux des heureux élus font oublier la déconvenue des laissés-pour-compte »

Une épopée passionnante dont je vous recommande vivement la lecture

Apolline Elter

Chercheurs d’art. Les marchands d’art hier et aujourd’hui, Yann Kerlau, essai, éd. Flammarion,  mars 2014, 300 pp, 20 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Arts, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 03 14

Je leur montrerai comment une femme belge sait mourir

D'emblée l'auteur modère l'affirmation contenue dans le titre. Il ne s'agit pas d'opérer le recensement, hélas impossible, de tous les comportements héroïques de la Grande guerre, mais bien, via un choix reconnu arbitraire , de tracer le portrait de quelques personnalités dont l'attitude suscita l'admiration en son temps, et encore aujourd'hui, quelque cent ans après les événements.

".. nous avons donc choisi ceux dont à une époque on parla le plus et ceux qui illustrent le mieux ce que fut l'attitude du peuple belge plongé dans la tourmente."

Un devoir de mémoire, en quelque sorte, et le récit d'actions de héros oubliés, aux côtés de ces grands noms dont sont baptisés nos artères et bâtiments publics: Adolphe Max,  le Cardinal Mercier, Gabrielle Petit, le général Leman, Jules Bastin, Antoine Depage.. pour ne citer que ceux-ci.

Si Edith Cavell, célèbre infirmière, exécutée à Bruxelles, le 12 octobre 1915 ne figure en tête de chapitre, c'est parce qu'elle est de nationalité anglaise. Elle apparaît cependant clairement, aux côtés de son compagnon d'exécution, Philippe Baucq, dont elle a croisé le destin et le réseau d'évasion  vers l'Angleterre de soldats blessés alliés.   Architecte de formation, Philippe Baucq entrera également en résistance, en participant à l'aventure de " La Libre Belgique". Le célèbre quotidien fut en effet lancé en 1915, notamment par Victor Jourdain, et édité de façon clandestine..

Quant à Gabrielle Petit, exécutée le 31 mars 1916,  malgré le tollé qu'avait suscité la mise à mort d'Edith Cavell, elle écrivait, la veille,  à sa soeur:  ' Je serai fusillée demain. Je leur montrerai comment une femme belge sait mourir"

Et elle tint parole.

AE 

Les plus grands héros belges de la première guerre, Alain Leclercq, essai, éd. Jourdan,  février 2014, 302 pp, 15,9 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 03 14

Phénoménal

" Philomena raconte l'histoire extraordinaire d'une femme hors du commun. Philomena Lee était une adolescente naïve dont le seul crime fut de tomber enceinte hors mariage. Escamotée dans un couvent par une société irlandaise où régnait en maître l'Eglise catholique, elle donna naissance à un beau garçon. Pendant trois ans, elle s'occupa de lui tout en travaillant à la buanderie du couvent. Puis, comme des milliers d'autres "femmes déchues" qui partageaient son sort, elle fut contrainte d'abandonner son enfant pour racheter sa liberté et quitter le quasi-esclavage dans lequel on la maintenait"

Ce beau résumé est écrit de la plume de Judi Dench, l'actrice qui incarne Philomena dans le film  - poignant - de Stephen Frears inspiré du récit de Martin Sixsmith.

Journaliste britannique, ce dernier a mené, aux côtés de la "vraie" Philomena Lee,  une enquête de 5 ans pour retrouver la trace d'Anthony, le bambin qui lui fut arraché, à l'âge de 3 ans, rebaptisé Michaël Hess. A la différence du film, le focus est davantage porté sur la vie qui fut sienne, depuis sa naissance, en 1952,  dans le couvent de Roscrea (abbaye irlandaise de Sean Cross) , son adoption par un couple américain, sa nouvelle fratrie,  sa naturalisation américaine , brillante carrière, homosexualité jusqu'à sa mort, en  1995 - du sida. 

La vision manichéenne d'une certaine Eglise catholique, pétrie de principes rigides et de cruauté, en est (légèrement) nuancée.

Un document assez saisissant

AE

Philomena, Martin Sixsmith, récit traduit de l'anglais par Marion Roman, Ed. Presses de la Cité, janvier 2014, 506 pp, 22.5 € 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 03 14

Babou

 Promue arrière-grand-mère par le biais d'un couffin posé devant sa porte et d'une Adella rugissante, Babou tente de fédérer l'harmonie au sein de la Chêneraie  et d'une progéniture qui tient d' Une famille formidable. Elle est discrètement  et efficacement aidée en ses desseins, par Grégoire, son mari, le "Pacha" 

" Mes petits-enfants adorent m'entendre "parler mal", ils adorent tout autant entendre leur grand-père "parler bien, allez vous y retrouver!"

N'ayant ses yeux pas plus que sa langue en poche, Babou mène avec entrain ce microcosme sociétal qui souvent la ravit à son atelier de peinture.  

Le décès de Fée, as Félicitée, sa maman, est l'occasion d'un émouvant rassemblement familial, pétri de nostalgie heureuse et  de l'alerte tonus que Janine Boissard exprime de sa plume.

Belle arrière-grand-mère, Janine Boissard, roman, Ed. Fayard, février 2014, 350 pp, 20 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 03 14

Pofigisme

 

" L'essentiel dans une double vie, c'est qu'on ne soit jamais trois à la vivre"

Il est revenu des Forêts de Sibérie (Gallimard, sept 2011) et de Russie,  le regard empli de mille réflexions de vie.   Des réflexions  aimables et désabusées, que Sylvain Tesson consigne dans un recueil de nouvelles,  pleines de fulgurances et d'un état d'esprit qui prône le "pofigisme", "la résignation joyeuse, désespérée",  la fatalité consentie. Mariage et son lot de trahisons, exil glacé,  courrier de rupture fatal, sauvetage forcé, ,...   rendent vaudevillesque si ce n'est infernale, cette vie à laquelle il vaut peut-être mieux...s'abandonner

" Dans les matins humides où il fallait se remettre debout, le ventre vide, sans même la longue brûlure du thé dans la gorge, il se demandait à quoi rimait cette existence qui offrait l'alternative de cuire jusqu'à la mort sous le soleil d'Allah ou de pourrir de froid dans les fossés infidèles."

Une écriture maîtrisée qui confère au loufoque des allures jubilatoires.

S'abandonner à vivre, Sylvain Tesson, recueil de nouvelles, Ed. Gallimard, janvier 2014, 222 pp, 17.9 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |