17 12 14

la boîte à Pandore

C'est une mine de publications sympathiques que nous propose la maison d'édition franco-belge, La Boîte à Pandore, en cette fin festive d'année..

Certaines trouveront place au pied de votre sapin, qui raviront père, belle-mère, mari ou frère..

Jugez-en

Philosophe, écrivain et docteur en sciences de l'Université de Paris VI, Jean C. Baudet, revisite avec nous "Les + grandes erreurs de la science, conviant Descartes, Newton, Einstein et tant d'autres au tribunal disert et joyeux de ses propres connaissances.

" D'accord, Copernic a révolutionné la vision du monde avec son héliocentrisme. Bien sûr, Newton a tout changé avec l'idée de la gravitation universelle. C'est vrai, Darwin a bouleversé le monde savant - et même le monde inculte- avec sa théorie de l'évolution des espèces et surtout avec l'idée de l'origine animale de l'homme. Mais Einstein est allé au coeur même du savoir humain, refondant entièrement nos idées sur le temps, l'espace, la matière et l'énergie! Il ne fut pas le plus grand physicien du XXe siècle. Il fut le plus grand savant de tous les temps."

Les + grandes erreurs de la science, Jean C. Baudet, essai, Ed. La boîte à Pandore,nov. 2014, 240 pp

 

 Se penchant sur ces femmes qui franchirent le stéréotype macho qui réservait aux hommes les recherches scientifiques, le même Jean C. Baudet, nous propose une galerie de quarante portraits bien trempés et souvent méconnus. Aux côtés d'Emilie, marquise du Châtelet, chère à Voltaire et à quelques autres tempéraments des Lumières, d'Irène Curie,  se succèdent ces noms, aux consonances largement anglo-saxonnes, têtes de chapitres alertes bien ficelés.

Et le philosophe de s'interroger: " N'est-ce pas  justement à cause des progrès mêmes de la science que les femmes ont eu, finalement, accès à la science? "

Il se pourrait.

Les + grandes femmes de la science, Jean C. Baudet, essai, Ed. La boîte à Pandore, nov. 2014, 316 pp

Enfin  Jean C. Baudet dresse, à notre belge fierté, un tableau de l'histoire industrielle du plat pays  et des réalisations de ces ingénieurs dont les patronymes résonnent encore à nos oreilles Ernest Solvay, bien sûr et sa précieuse soude ammoniaquée, Zénobe Gramme et sa dynamo, William et John Cockerill....

Un panorama qui met avant tout  l'accent sur cet ingenium si nécessaire au destin d'un pays

Les + grands ingénieurs belges, Jean C. Baudet, essai, Ed. La boîte à Pandore, sept..2014, 286 pp

 

Si votre intérêt - suspect - vous porte à enquêter sur les assassinats historiques, ceux de Jules César, Guillaume le Taciturne, Henri IV, Gandhi , Raspoutine, Trotsky, John Fitzgerald Kennedy, Martin Luther King, Elisabeth d'Autriche, Indira Gandhi ... vous suivrez allègrement le Docteur Stevens Parissien,  historien britannique, comme son nom l'indique, découvrant les raisons, modus operandi, statuts moraux et impacts politiques de ces mises à mort programmées.

 Les + grands assassinats de l'Histoire - Les morts célèbres qui ont changé le monde, Stevens Parissien, essai, trad., Ed. La boîte à Pandore,  juillet 2014, 320 pp

Et puis, il se pourrait que vous missiez le cap sur un pays qui vous est cher,  dont quelques "grands mystères" ne vont pas manquer de vous surprendre: si vous n'ignorez rien de la naissance d'Audrey Hepburn au 48 de la rue Keyenveld à Bruxelles, ni de sa noble ascendance, du double mariage religieux du roi Léopold avec Blanche Delacroix, baronne de Vaughan , ... vous découvrirez avec curiosité le témoignage de Lucien Durieux, fils aîné de leurs amours, avec émotion, la lettre douloureuse et digne qu'adresse SM la Reine Elisabeth de Belgique à Paul Raynaud, président du Conseil (France) pour restaurer l'honneur bafoué de son fils, SM  le Roi Léopold III

Surprenantes histoires de l'Histoire de Belgique, Cap sur les grands mystères d'un pays que l'on croit connaître, D.- C Luytens, essai, Ed. Jourdan, sept 2014, 246 pp

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16 12 14

Royales turbulences

"A part l'exception française, la Première Guerre mondiale naît de l'affrontement de souverains et de leurs gouvernements contre d'autres empereurs, d'autres rois et d'autres cabinets qui s'estiment tenus par leurs alliances et leurs intérêts."

Parti du constat que 19 des 22 Etats qui forment l'Europe de l'été 1914 répondent à un régime monarchique, le spécialiste, passionné des grandes dynasties européennes qu'est Jean des Cars entend poser "un regard essentiellement humain [...] sur deux guerres mondiales et un entre-deux-guerres d'abord prometteur, puis brutal et tourmenté dans la montée des totalitarismes"

De l'écroulement des mondes et émergence des blocs nouveaux, constitués par la paix, l'essai nous promène à travers un demi-siècle de grandes turbulences,  d'alliances, tensions  et de rencontres souveraines,  contées avec vigueur, clarté, brio. 

Il ne subsiste désormais que sept monarchies sur les vingt-huit pays qui constituent l'Union européenne; leur pouvoir est affaibli, balisé sous le terme de  "monarchie constitutionnelle".

Parfois, comme c'est le cas en Belgique, la couronne fait l'union entre des factions fondamentalement opposées.

Consacrant de longues  et bienveillantes pages au destin de notre plat pays, Jean des Cars l'honore d'une connaissance remarquable de notre Histoire. Qu'il en soit remercié.

AE

Le sceptre et le sang. Rois et Reines dans la tourmente des deux guerres mondiales, Jean des Cars, essai, Ed. Perrin, nov. 2014, 480 pp

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14 12 14

George Sand & Solange

George Sand - Les carnets d'une insoumise Le prétexte est  fictionnel, séduisant, pré-texte d'un angle d'approche précis de George Sand, celui d'une femme amoureuse, par le prisme de sa fille (mal)aimée, Solange.

Découvrant à la mort de sa mère (8 juin 1876), dans un coffret en bois de santal,   "trois gros cahiers intitulés "Carnets à détruire après ma mort" Solange en entreprend la lecture, commentant au passage les confessions, souvenirs des passions amoureuses, qui les parcourent. Ce faisant, elle ravive la mémoire de sa propre enfance, de la mésentente régnante,  au sein du couple de ses parents et de la préférence maternelle affichée pour Maurice, son frère aîné, le "Parfait".

Autopsie de la relation tumultueuse qui unit George Sand à Alfred de Musset, passionnelle à Louis Michel de Bourges - " Comment ose-t-elle affirmer que ses rendez-vous secrets avec son avocat et amant étaient passés inaperçus à Nohant? ", fervente à Frédéric Chopin, le récit de Solange se base sur des faits avérés.  Il met en lumière la relation de l'écrivain à sa fille et l'origine probable du comportement difficile de cette dernière. Sans occulter l'adoration filiale qui lie Solange à Frédéric Chopin.

"C'est à cette époque que je devins contestataire, méfiante, souvent rebelle. Maman, qui avait obtenu ma garde,  ne le comprit pas. Elle qui analysait finement les personnalités d'individus imaginaires ne saisissait pas ce qui avait suscité mon prétendu caractère de cochon."

Basée sur des faits biographiques, cette  confession fictionnelle a le double mérite de porter le portrait d'une femme amoureuse et celui de sa fille mal(adroitement) aimée sur le devant de la scène. D'affiner la compréhension de leur relation.

"Vive, impulsive, combative, Solange m'adorait et me jugeait. Cette attitude me déroutait et je réagissais mal à ses propos. Issus sans doute de notre ressemblance, nos différends allaient hélas se faire de plus en plus fréquents."

George Sand, Les carnets secrets d'une insoumise, Catherine Hermary-Vieille, fiction historique, Ed. XO, novembre 2014,  284 pp

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11 12 14

S'abandonner à l'écoute

C'était une de nos belles lectures du début de l'année (chronique du 15 mars), elle nous revient par voie d'écoute  et la voix même, grave, modulée, posée de son auteur, l'écrivain-voyageur Sylvain Tesson.

Un recueil de nouvelles aimables, loufoques, pétries  de ruptures, de trahisons, d'exil, de situations vaudevillesques, ...rassemblées sous le thème du "pofigisme" , de la fatalité consentie, coulant d' une écriture maîtrisée.

Focus sur un chapitre intitulé " La lettre", qui recueille tous nos suffrages: 

" Il arriva à  9h58 à la boîte de la rue Paul-Vaillant-Couturier pour la levée du matin. Marieke lui rendit son salut en découvrant une de ces dentures qui confirme que l'industrie pharmaceutique nordique produit des pâtes dentifrices d'une qualité supérieure et la race scandinave des gencives irréprochables, héritage du temps où les peuplades lapones déchiquetaient les tendons d'ours, accroupies sous les tentes d'écorce."

 Facteur de métier et de (grande) conviction, le Réunionnais Maurice refuse de restituer à un jeune homme, la lettre de rupture impétueuse  qu'il a glissée dans la boîte aux lettres de la rue Paul-Vaillant-Couturier....

S'abandonner à vivre, Sylvain Tesson, recueil de nouvelles, Ed. Gallimard, janvier 2014, Ecoutez lire,  CD MP3 , novembre 2014, texte intégral lu par Sylvain Tesson, env. 5 heures

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09 12 14

Matricule 22 166

 " C'est quand le train a quitté la gare du Nord, dans un assourdissant fracas métallique, qu'elle a compris à quel point elle acceptait une existence nouvelle, rude et dangereuse. Aux antipodes de ses années de loisirs et de plaisirs, de cette vie facile qui déjà, pensait-elle,n'avait pas été la sienne."

A l'étroit au sein du milieu aristocrate et du couple peu épris de ses parents,  Susan Travers met un tempérament trempé de garçon manqué au service de la France en guerre et plus précisément de  la Légion étrangère. Ce sera la seule femme à y être admise. Forte d'un stage de quelques mois où elle apprend à dispenser les premiers secours, elle brigue le poste d'ambulancière : il lui permettra d'assouvir sa passion de la conduite et même de la mécanique. Ralliant l'Afrique dont le Général de Gaulle veut fédérer les colonies françaises au service de la France Libre,   mais aussi  la Palestine, la Syrie, le Liban,  " La Miss" s'éprend tour à tour de deux hommes mariés, le prince géorgien Dimitri Amilakvari, surnommé Amilak et naturalisé français et  le colonel Marie Pierre Koenig, futur Général dont elle devient le chauffeur attitré.

C'est au volant de sa Ford Utility qu'elle percera, sous ses ordres et avec un sang-froid inouï le front des troupes de Rommel  (l'Afrika Korps) qui tiennent Bir Hakeim  (désert de Lybie) en étau. Nous sommes en juin 1942.L'opération est suicidaire, peut-être, héroïque dans tous les cas. Elle entrera dans la légende, forgeant la gloire de Koenig et le respect pour l'action  de la France Libre.

Galvanisée par l'amour - malgré ses trahisons - et un sens de l'honneur indéfectible , l'adjudant-chef  Susan Travers porte le matricule 22 166 et le sens du devoir  à un rang d'exception. 

Enceinte de l'adjudant alsacient Nicholas Schlegelmilch - Susan l'épouse, à Saïgon, tandis qu'elle approche la quarantaine. L'occasion pour elle de de ne pas renouveler  son engagement au sein de la Légion étrangère et de concevoir, dans la foulée; un second fils.

Un destin peu commun, un récit qui ne l'est pas moins.

Apolline Elter

La Légionnaire, Gérard Bardy,récit, Ed. Pygmalion, septembre 2014, 268 pp

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06 12 14

Les femmes et la Paix

A ce jour, seize femmes figurent parmi les attributaires du Prix Nobel de la Paix

Un prix instauré par disposition testamentaire du célèbre Alfred Nobel, décerné pour la première fois, en 1901 au Suisse Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge.

Sa vocation pacifique se double d'une promotion des droits de l'Homme, de l'aide humanitaire et de la liberté.

La première attributaire de cette distinction suprême est une aristocrate austro-hongroise, la baronne Bertha von Suttner, amie d'Alfred Nobel et surtout vice-Présidente du Bureau international de la Paix. Elle se le voit attribuer le 10 décembre 1905, pour la cinquième édition du Prix, le recevra à Oslo.  Notons que traditionnellement le PNP est remis à Oslo et non Stockholm.  Les  deux villes étant réunies sous une même couronne avant 1905, il fut décidé qu'elle se partageraient la cérémonies de remises, Oslo pour la paix, Stockholm pour les autres distinctions. Il en va toujours ainsi aujourd'hui.

Quinze autres femmes se verront décerner  le Prix dont la bienheureuse Mère Térésa en 1979.  

 S.A.R La Princesse Esmeralda de Belgique s'est penchée sur les portraits et parcours de dix d'entre elles, encore en vie et en activité, les a rencontrées  en Irlande, à Londres, Paris, Rangoun, Bruxelles, ... et consigne en un récit alerte, structuré et passionnant leurs parcours respectifs et le fruit de chaleureuses conversations.  La journaliste était l'invitée du déjeuner littéraire de L'Eventail, ce vendredi 5 décembre au B 19. J'eus le privilège  - et le bonheur - de m'entretenir avec elle et vous invite à découvrir le reportage-photo de l'événement dans une prochaine édition de notre magazine.

Vif, interactif et enjoué le dialogue révéla, une nouvelle fois, la gentillesse innée de la Princesse, un parler franc, direct et plein de tact, une simplicté, royale.

 

 Femmes prix Nobel de la paix.png

Surprise par le faible nombre d'attributaires féminines du prix,  S.A.R La Princesse Esmeralda décide de creuser les raisons de cette "apparente discrimination à l'égard des femmes" et surtout les dénominateurs communs aux combats de ces personnalités exceptionnelles.

Elle rencontre de la sorte les Irlandaises,  Mairead Corrigan et Betty Williams (PNP  1976) qui jugulèrent  la violence en Irlande du Nord , la célèbre opposante birmane, Aung San  Suu Kyi ( PNP 1991), assignée à résidence forcée pendant 15 années,  la Guatémaltèque , Rigoberta Menchu (PNP 1992), fervente militante  d’une  justice sociale et ethno-culturelle, qui dénonça le génocide maya, l’Américaine Jody Williams (PNP 1997),  ardente éliminatrice des mines antipersonnelles,  la juge iranienne Shirin Ebadi, (PNP 2003),  défenderesse des droits de la femme et des enfants, ainsi que  les Libériennes, Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee et la Yéménite Tawwakul Karman, conjointes attributaires du Prix Nobel de la Paix 2011, « Pour leur lutte non-violente pour la sécurité des femmes et leurs droits à une participation entière dans la construction de la paix ».

  Professionnelle jusqu'au bout de sa plume, la journaliste adjoindra un dixième chapitre à son opus, consacrant la toute récente attribution du prix à la très jeune Pakistanaise, Malala Yousafzai, 

Consacrés à chacune des dix attributaires, les chapitres se concluent d'une claire synthèse du parcours historico-politico-sociologique du pays concerné. 

Une approche humaine, tonique, captivante, du rôle des femmes dans le processus de la Paix.

Une publication majeure de cette fin d'année

Je vous en conseille  instamment la lecture.

Apolline Elter

Femmes Prix Nobel de la Paix, Esmeralda de Belgique, essai, Ed. Avant-Propos, novembre 2014, 192 pp

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04 12 14

Ca peut pas faire de mal

 Et même grand bien, je vous le certifie.

Paru en cette fin d'année propice aux idées de cadeaux, l'ouvrage co-édité par les éditions Gallimard et France Inter, offre le bonheur conjoint d'une lecture visuelle et acoustique d'extraits de La Recherche du temps perdu - dont Guillaume Gallienne nous dévoile l'irrésistible faconde - des Misérables et de La Princesse de Clèves 

L'intérêt littéraire de pareille sélection se dote d'une mise en perspective des extraits,  des plus pédagogique.

Une façon bien aimable de redécouvrir les classiques : le comédien, sociétaire de la Comédie française,  module voix et interprétations dans les registres les plus variés.

Une façon aussi de (re)découvrir l'admirable émission  Ca peut pas faire de mal  diffusée sur France Inter, chaque samedi, de 18h10 à 19 heures et.... d'en podcaster les précédentes diffusions.

Apolline Elter

Ca peut pas faire de mal, Proust, Hugo et Madame de La  Fayette lus et commentés par Guillaume Gallienne, Tome 1 - le roman, Ed Gallimard - France Inter, nov. 2014, 224 pp + 2 CD 

 

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29 11 14

Korvnaya

 Il est de tradition de considérer l'attribution du Prix Interallié comme conclusion de la période des grands prix littéraires.

Soit. 

Primoromancier, neurobiochimiste de formation, Souabe (Danube)  par ascendance maternelle,  le lauréat 2014, Mathias Menegoz (46 ans) renoue, visiblement heureux,  avec la tradition des grands romans du XIX e siècle. Et la magie opère car la langue nette,  soignée, farcie de descriptions analytiques et très évocatrices, est soutenue d'une tension impeccable. On pourrait juste lui reprocher un certain bavardage, un nombre de pages porté à 697... ce qui est tout de même  un peu long.

L'argument.

Années 1830:

Désireux de reprendre possession du domaine familial de Korvanya (Transsylvanie), le comte Alexander Korvanyi quitte l'armée et Vienne, avec sa jeune et toute fraîche  épouse, Cara von  Ampecht.  Ils y parviennent au terme d'un voyage de 16 jours.

Géré par l'intendant Lanffy, le domaine comprend un château noir, abandonné depuis une cinquantaine d'années (1784). Korvanyi se rétablit  souverain d'un fief encore pleinement géré sur le mode féodal médiéval.   

Tandis que le couple organise une grandiose Jadgfest, invitant pour plusieurs jours, toute la noblesse chassant des environs, il se voit rapidement confronté aux haines et querelles radicales des factions valaques, magyares et saxonnes des serfs.  L'épopée se double alors d'une investigation sociétale.

" La robustesse des hiérarchies locales apparaissait dans le maintien instinctif de la séparation des nobles et des serviteurs, des officiers et des soldats, même dans les circonstances tragiques. Seuls les morts étaient alignés sans ordre au dehors et nul ne pouvait songer à s'inspirer de cette égalité-là."

Et d'une réflexion psychologique  diffuse sur la construction d'un couple.

"Enfin, Cara et Alexander étaient, à ce moment, également intoxiqués par l'intensité que les événements et la lutte partagée donnaient à leurs amours. Ils étaient enivrés par l'impression de n'avoir jamais été si proches alors qu'ils ne faisaient que se raccrocher l'un à l'autre."

Karpathia, Mathias Menegoz, roman, Editions P.O.L, août 2014, 697 pp

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25 11 14

Une royale union

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Deux prénoms - certes royaux - unis d'une simple esperluette,  affichent le parti-pris  jeune, tonique, singulièrement vivant de ce portrait de couple que S.A.R la Princesse Esmeralda de Belgique dédie à ses grands-parents paternels, avec la complicité de notre confrère, Christophe Vachaudez,  bien connu des lecteurs de L'Eventail. 

Richement illustré de photos officielles mais aussi intimes, instantanées et denses, ce beau livre trace le destin d'un couple uni d'amour mais aussi d'un sens du devoir hautement éprouvé en ces années de Grande Guerre. Le peuple belge célébrera l'ardeur guerrière de son "Roi-Chevalier" occultant quelque peu le pacifisme qui était sa vraie nature. Bavaroise de naissance, Elisabeth Wittelsbach épouse,  avec le futur roi des Belges, le destin de son peuple d'adoption. Qui ne se souvient des clichés qui la présentent proche des tranchées ou vêtue d'une tenue d'infimière. 

Musicienne, présidente du célèbre concours international éponyme, la souveraine peignait, sculptait, tissait skiait, patinait - une magnifique photo illustre ses prouesses - s'adonnait au golf, à la chasse,  aux voyages lointains, à sa  passion pour l'égyptologie, les philosophies orientales .. mais aussi multipliait les rencontres scientifiques, culturelles et amicales avec  ces grands de l'époque que furent Albert Einstein, Albert Schweitzer, Jean Cocteau, Romain Rolland, Camille Huysmans et Colette; quand il pouvait s'échapper, le Roi Albert assouvissait sa passion pour l'alpinisme, passion qui le rapprochait de son fils aîné, le futur Roi Léopold III et de sa belle-fille , Astrid, sa " Linda nueva",  conjointement épris de courses en montagne. C'est au cours d'une échappée solitaire, qu'il trouve la mort, le 17 février 1934,  chutant du tristement célèbre rocher de Marche-les-Dames, près de Namur.

Abordant sans tabou mais avec tact, sobriété et une joyeuse affection,  l'histoire d'une royale union et d'une lignée qui régna tout le XXe siècle, S.A.R la Princesse Esmeralda et Christophe Vachaudez  offrent, à la lecture et au regard, un très beau livre.

De ceux qui trouveront place chaleureuse, bien avantageuse sous le sapin..

Apolline Elter

Albert & Elisabeth, Esmeralda de Belgique- Christophe Vachaudez, beau livre, édition Racine, octobre 2014, 196 pp + illustrations.

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22 11 14

Prix Femina 2014

La saison des prix littéraires a ceci d'heureux qu'elle met l'accent sur des romans dont la lecture pourrait nous échapper tant est grande, infinie, toujours insatisfaite,  la sollicitation éditoriale.  Doté du prix Femina, Bain de Lune de l'écrivain haïtienne Yanick Lahens semble à nos yeux, LA révélation de la cuvée 2014. Un sésame de lecture qui met en lumière la sympathique et éclectique maison d'édition dirigée par Sabine Wespieser.

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Polyphonique, exotique, incantatoire, par moments féérique à la manière d'un conte, le roman décline sa narration en Haïti, patrie de Yanick Lahens, et un vingtième siècle - un rien atemporel - traversé par quatre générations de femmes.

Ecrits en italiques,certains chapitres ont pour voix, déclinante, celle d'une jeune femme mourante, échouée sur la plage, victime expiatoire de faits violents. Ils interrompent, énigmatiques,  le fil de la narration portée par une de ses parentes, membre de la communauté familiale des Lafleur, établie à Ti Pistache, non loin du village d' Anse Bleue.

Tout commence par le coup de foudre qui assaille Tertulien Mésidor tandis qu'il rencontre, au marché de Ti Pistache,  la jeune et ravissante Olmène Lafleur, tout frais jaillie de son adolescence.  Mais Messidor et Lafleur paraissent aussi irréconciliables que les clans Montaigu et Capulet au temps de Roméo & Juliette. Evitant d'emblée l'écueil d'un remake shakespearien, Yanick Lahens explore, avec la perspective de cette liaison, l'âme des protagonistes, les racines familiales, moeurs et croyances qui confèrent au récit une singularité remarquable, fluide, chantante et harmonieuse dans l'authenticité d'une écriture, pétrie d'idiomes et d'une onomastique  savoureuse.

"Une lignée naîtra de cet après-midi brûlant. D'un seigneur que le désir obligeait à plier les genoux et d'une paysanne qui s"ouvrait à un homme pour la première fois."

Une lecture envoûtante, qui enveloppe le lecteur d'une sorte de cocon maternel et bienfaisant.

Bain de Lune, Yanick Lahens, roman, Ed. Sabine Wespieser, sept 2004, 274 pp

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