14 06 14

Poignant

 

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"C'était extravagant, théâtral, mais tellement funky d'avoir une maman pas comme les autres"
 

Récit autobiographique - malgré que quelques noms soient déguisés - l'ouvrage de la comédienne Gwendoline Hamon résonne d'une infinie tendresse pour Caroline Anouilh, sa maman, décédée voici cinq ans d'un "cancer de négligence".

Catharsis d'une histoire familiale chargée - on ne naît pas impunément petite-fille de Jean Anouilh, fille d'une mère si déconcertante et parfois orientée à l'Ouest .. -  le récit épouse les dernières semaines de vie, de soins tantôt sordides, tantôt subliment palliatifs,  d'une malade en proie au déni radical du mal qui la ravage.

Il y a du Mouche'(Marie Lebey - billet de faveur en vitrine du blog) du Rien ne s'oppose à la nuit (Delphine de Vigan - idem)  de l'empathie certaine,  dans cet hommage bouleversant qu'une fille  porte à sa maman.

Il y a surtout beaucoup d'amour.

Apolline Elter

Les dieux sont vaches, Gwendoline Hamon, récit, Ed. JCLattès, mars 2014, 252 pp

 Billet de faveur

AE : Avec le recul, Gwendoline Hamon, que retenez-vous de ce déni  imposé par votre maman sur la gravité de son mal. Etait-ce pour vous protéger ? A-t-il eu un effet séparateur ou au contraire, vous a-t-il rapprochées ?

Gwendoline Hamon :Le déni  c’est la  « foi » poussée à l’extrême et c’était une femme de «foi». Elle croyait si fort en la  puissance de la vie que la sienne et les certitudes qui l’habitaient étaient inébranlables et l’ont portée envers et contre toutes tentatives de sauvetage que j’ai pu tenter mille fois dans notre relation. Elle s’est protégée, carapacée dans ce déni qui lui a permis de continuer à avancer, à croire en elle, à ne pas être «la petite fille que personne dans la famille ne prenait au sérieux».  D’une certaine façon, ma mère nous a protégés de plusieurs années de soins tristes et lourds qu’elle aurait dû recevoir au vu de la gravité et de l’avancement de son cancer, et les deux dernières semaines avant son départ, je crois, pour en avoir parlé avec la nounou de mon fils à laquelle elle s’était confiée , qu’elle avait compris et qu’elle préférait pour éviter des larmes, des explications, de la culpabilité que nous ne soyons pas au courant. Cela lui permettait également d’éviter une fin « glauque » et peut être de nous avouer sa fausse route. Elle a gardé sa dignité et son autorité de «mère» qui décide.

L’important n’était plus la vérité, mais la sincérité de nos regards, de nos gestes, de notre amour les unes pour les autres.

 

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07 06 14

Jeunesse, Genèse de Françoise Sagan

 

" Ce sont les derniers moments de sa vie où le visage de Françoise n'est pas celui de la célébrité"

Denis Westhoff voulait que par une sorte de fusion littéraire et amicale, un écrivain retrouvât la Françoise Sagan de début 1954, celle qui dépose son manuscrit auprès de trois maisons d'éditions célèbres, Gallimard, Plon et Julliard, celle qui n'est pas encore happée par le tsunami de la gloire...

Denis Westhoff est le fils de la célèbre écrivain, décédée voici presque dix ans, le 24 septembre 2004

Il a trouvé en la personne d'Anne Berest, merveilleux porte-plume.

Mixant les éléments biographiques avérés et les sensations vraisemblables en une sorte de journal à deux vies, celle de Françoise Sagan et la sienne propre - elle se relève péniblement d'une séparation conjugale -  Anne Berest se fond, à force de recherches documentaires, d'entretiens avec ses proches, dont son amie Florence Malraux,  et de déplacements  in situ, dans l'âme de la toute jeune fille. Ce faisant, elle nous déroule son travail d'écriture, toutes les questions qu'il provoque

" Je m'installe en elle, comme je m'installe dans des appartements que l'on me prête ces jours-ci.(...] Enfiler la pensée de Françoise Sagan comme des bas de soie- me revêtir de sa vie pour oublier la mienne." 

De la primoromancière dont Jacques Chardonne écrit à Roger Nimier : "Cette jeune fille est de bonne famille, la famille des grands écrivains" se trace un portrait d'audace et culot. Se met en place la légende, celle de la désinvolture, de la Françoise future, celle qui se voit décerner len mai (54) le prestigieux Prix des Critiques, tremplin d'une gloire à jamais éteinte.

Un portrait qui donne une furieuse envie de se (re)plonger dans Bonjour tristesse (Ed. Julliard, 1954) – Je vous en promets chronique pour l’été

Apolline Elter

Sagan 1954, Anne Berest, essai, Ed. Stock, mai 2014, 196 pp

 Billet de faveur

AE : votre enquête se conclut, Anne Berest, d’une lettre adressée à Denis Westhoff, commanditaire de la mission. Quelle fut sa réaction à la lecture de ces pages ?


Anne Berest : Denis est un homme très discret, qui parle peu.
J’appréhendais évidemment sa réaction, car il n’avait lu aucune ligne tout au long de l’écriture du livre. J’avais peur qu’il soit déçu ou interloqué par la forme que j’avais donné à l’ouvrage, mêlant ma vie à celle de sa mère. Après la première lecture, il fut somme toute peu bavard, comme à son habitude. Il m’a dit qu’il aimait le livre mais que nous aurions l’occasion d’en parler… cette occasion s’est présentée en direct, à la radio ! C’est devant des milliers d’auditeurs que j’ai senti qu’il avait sincèrement, profondément, aimé le livre qu’il m’avait commandé. Je fus soulagée !

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06 06 14

Bon anniversaire, Sire

 

L'anniversaire de notre très cher Roi Albert II nous offre l'occasion de nous (re)plonger dans l'ouvrage que Vincent Leroy consacre à son règne: Le règne d'Albert II, Editions Imprimages, sept.2013, 186 pp, 10 €

Consignant 20 années de règnes, de discours de Nouvel An et d'événements marquants en 200 pages de facture très agréable, le passionné de la monarchie conclut son propos d'un hommage appuyé: "... Albert II était la personne adéquate pour accompagner une Belgique devenue fédérale vers le XXIe siècle, et pour dépoussiérer une monarchie un peu terne et austère sous le règne précédent. [...] Il fut bien plus qu'un "roi de transition" et a réussi pleinement sa mission."

Bon anniversaire, Sire

AE

 

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05 06 14

Amour ... enfin

Achevons de manière..ascensionnelle, une trilogie thématique fortuite - celle de l'Amour -   induite par la séquence des chroniques de la semaine..

Grand conquérant devant l'Eternel, le jeune Bonaparte - alors âgé de 26 ans - accumule les victoires tandis qu'il dirige la campagne d'Italie; il lui manque une conquête et de taille, celle du coeur de Joséphine de Beauharnais, sa toute fraîche épousée.

"Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l'enivrante soirée d'hier n'ont point laissé de repos à mes sens.

Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur! Vous fâchez-vous? Vous vois-je triste? Etes-vous inquiète? Mon âme est brisée de douleur et il n'est point de repos pour votre ami.. Je puise sur vos lèvres, sur votre coeur, une flamme qui me brûle.

En attendant, mio dolce amore, un millier de baisers mais ne m'en donne pas, car ils brûlent mon sang"

Mio dolce amore, Raoul Mille, roman, Ed. Albin Michel, février 2014, 204 pp

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04 06 14

Amour encore...

Les jours se suivent, les chroniques se ressemblent..

D'amour encore il est question ce jour et de sa maladie quand il vire à la folie....

Pour protéger son amie Alice des dangers d'un amour délétère, celui qu'elle éprouve pour le mystérieux Dr Daniel Costes, chirurgien esthétique. Camille se livre dans une enquête périlleuse, passablement déstabilisante: son amie est-elle folle, a-t-elle rêvé un amour purement imaginaire? 

"Que pouvait-il faire?  De quelle façon devait-il se comporter pour éviter le pire? Le Pr Crespin  lui répondit que la seule consigne qu'il pouvait lui donner, la seule règle à suivre, c'était l'absence totale de contact: ne pas répondre, ni aux lettres, ni aux messages ou aux cadeaux, ne donner aucune prise à la maladie."

La maladie d'amour, Nathalie Rheims, roman, Ed. Léo Scheer, janvier 2014, 300 pp

 

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03 06 14

Amour ..toujours

 " Comblée et meurtrie tour à tour par ma vie amoureuse, je continue à m'interroger sur l'amour.. J'ai regardé autour de moi. J'ai tendu l'oreille, j'ai épié les gens, découvert leurs histoires. Je constate qu'on chante l'amour sur tous les tons, mais qu'il demeure pour beaucoup une énigme et un danger redouté"

Amour gourmand, charnel, filial, maternel,  conjugal, amical, virtuel, contrarié, dru, pervers, maternel, narcissique, incestueux, africain ou posthume, ... Macha Méril décrit sans langue de bois, avec la plume alerte et directe qu'on lui connaît trente-trois faces d'un sentiment universel, éternel, souvent controversé, toujours recherché.

AE

L'amour dans tous ses états, Marcha Méril, essai, Ed. Flammarion,  février 2014, 314 pp, 19 €

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01 06 14

Haute volée

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"Tant il tombait d'eau pendant la nuit, les roues des voitures baignaient jusqu'au moyeu dans les flaques, qui avalaient aussi les jarrets des chevaux."

Nouveau roman de ... haute volée pour un auteur cher à notre blog ( Le maître de café, Concerto pour la main morte, Semper Augustus, Pastel, Le fantôme de la Tour Eiffel..) et une incursion dans Paris de ce XIXe siècle qu'il affectionne, dont il pratique la langue -revisitée - les descriptions flaubertiennes - soignées et pimentées d'humour, de tendresse et certaines tournures syntaxiques aux inversions...acrobatiques.

Acrobate fauché, Samson Vaillant peine à nourrir sa famille. Les pluies diluviennes qui arrosent Paris et le chômage forcé qu'elles imposent à la caravane foraine ont raison de leurs dernières rations alimentaires. Il se voit alors contraint d'exécuter, pour vivre, une attraction inouïe: décliner un alphabet de ses membres, depuis un trapèze suspendu à un aérostat.

Si la fortune est bientôt au rendez-vous, l'implacable loi des forains aussi, qui ne supporte la défection.

"C'est sous les yeux du public qu'un artiste naît et vit son existence; "

Un roman saisissant.

 Apolline Elter 

Haut vol, Olivier Bleys, roman, Ed Gallimard, mai 2014, 214 pp

Billet de faveur

AE : Chacun de vos romans, Olivier Bleys, ancrent (et si joliment encrent) un sujet bien précis ; en l’occurrence, l’engouement pour les montgolfières qui sévit en cette fin de XIXe siècle mais aussi l’existence précaire des saltimbanques. Quelle fut, cette fois, votre source documentaire ? 

Olivier Bleys : j’ai toujours été passionné d’aviation et d’aéronefs, terme aujourd’hui vieilli par lequel on désigne les engins « plus lourds que l’air » permettant à l’homme de s’arracher de la surface du sol. Si la vie d’auteur n’était pas si précaire et n’interdisait donc ce genre de fantaisie (car c’est un sport fort onéreux), j’apprendrais sûrement à piloter les avions de tourisme. L’altitude, les nuages, l’azur, les aspects mouvants du ciel… revêtent à mes yeux une poésie inouïe. D’ailleurs, natif de Lyon et fils de montagnard, j’ai besoin de m’élever et d’avoir sur le paysage un point de vue dominant : les cimes fouettées par le vent constituent mon milieu naturel. Haut vol est un hommage à ces rêveries d’enfance. Mais il y aura d’autres livres, d’autres histoires, pour célébrer l’élément subtil où dansent les oiseaux…

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24 05 14

A poin(g)-ter...

Marcel Pagnol, un autre regard

Il décédait le 18 avril 1974. Le père (très) spirituel de Marius, Fanny et de César reste à jamais associé, en nos esprits, aux Provence,accent chantant,  cigales et hyperbole des sensations.

Doctorante en lettres, Karine Hahn a longuement travaillé l'oeuvre de l'écrivain et nous en livre une exégèse thématique et conviviale, intéressante. Ce n'est donc pas une biographie: l'auteur de l'essai ne retient, de la vie de Pagnol, que les éléments utiles à la compréhension de son oeuvre.

" Pagnol alterne élasticité humoristique et tension poétique, dans toute son oeuvre. Sa poésie repose en grande partie sur des images ou des métaphores qui peuvent être regroupées en plusieurs catégories"

 Une peuvre éclectique et une carrière de cinéaste qu'on a tendance à occulter pour ne retenir que la cultissime Partie de cartes ( Marius)  Les magnifiques Château de ma mère et Gloire de mon Père, ... Le regard de Karine Hann en restitue les pans oubliés.

" Pagnol a eu au cinéma une carrière semblable à nulle autre. Il a joui d'une liberté absolue, assumant, on l'a vu, tous les postes de la chaîne de fabrication d'un film, ce qui était sans précédent et ne se renouvellera pour personne, le milieu du cinéma se complexifiant, les coûts de production devenant de plus en plus exorbitants."

Il apparaît surtout  qu"un peu l'héritier de Molière ou de Marivaux", Marcel Pagnol avait une science aiguë de la psychologie humaine et de ses réparties. Alliée à un appétit de vie, de nature - méridionale - , d'écriture - plus élaborée qu'il n'y paraît - et un talent inné de conteur, sa verve reste inégalable.

Passionné d'Histoire, l'écrivain plancha les dernières années de sa vie sur l'énigme du Masque de fer, célèbre prisonnier du donjon de Pignerol , compagnon d'infortune de Nicolas Fouquet. Il en tira la certitude que l'hôte masqué n'était autre qu'un ...jumeau caché de Louis XIV .

Un regard qui donne envie de relire ses "classiques"

 

Apolline Elter

Marcel Pagnol, Un autre regard, Karine Hann, essai, Ed. du Rocher, février 2014, 300 pp, 21 €

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13 05 14

14 ...raisons de l'écouter

 Tandis que foisonnent à souhait les commémorations de l'entrée d'août 1914 en la Grande guerre, je vous conseille vivement l'écoute du court roman de Jean Echenoz, 14 (Ed. de Minuit, oct .2012, 128 pp) édité en version CD auprès d'Audiolib (prix conseillé 18 € - durée 2h30)

Opérée par l'auteur lui-même, la lecture du roman paraît habillée de sa voix, sobre et chaude,  offrant une nouvelle fois à l'imagination une puissance suggestive étonnante.

Mobilisés dès les premiers jours d'août 14, cinq jeunes poilus, Anthime, Charles, son frère aîné, Pardioleau, Bossis et Arcenel partent au front. Le focus est porté sur Anthime, sa découverte progressive des conditions de combat, la section de son bras droit, tranché par un obus, et sa lente réintégration de la société civile.

Descriptions minutieuses, fouillées, poétiques, parfois humoristiques se succèdent, véritable radioscopie des premiers mois des combats La langue est soignée, marquée de l'emploi du passé composé et du futur antérieur qui teintent la relation d'une atmosphère singulière

Apolline Elter 

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10 05 14

Le triple "O"

 

 

" Ce livre raconte le début d'une nouvelle vie. J'ai été un homme d'affaires accompli à qui tout réussissait et un sportif en bonne santé; mais cette vie-là est terminée. Il y a un "point à la ligne" gros comme un saut de page. Fin du "Tome 1". Ma deuxième vie commence" 

Lorsqu'il apprend, à la veille de ses quarante ans, qu'il est atteint de la maladie de Parkinson, Patrick Demoucelle est, dans un premier temps, abattu: pas question de fêter le cap d'une nouvelle décennie grevée d'une maladie réservée normalement aux personnes plus âgées . L'homme d'affaires belge réalise rapidement - soutenu par l'énergie et la confiance quasiment inébranlables de son épouse, Anne-Marie - qu'il doit changer son mode de vie. Radicalement. Trouver coûte que coûte du "positif" , des avantages,  dans le présent de la vie, malgré cette dégradation assortie de souffrances physiques inéluctables. 

Un objectif qu'il atteint par le biais du "triple "O",  trois clefs séquentielles d'affrontement de la réalité: 

- L'objectivité 

- L'ouverture d'esprit 

- L'optimisme

Au constat préalable de la situation , dans sa réalité la plus objective ( constat dénué de déni ou de vaine euphorie) suivra une phase de questionnement  (inquiry) qui permettra d'affiner,  approfondir, voire changer la perspective en fonction de ce que l'entourage, les événements et les différents interlocuteurs peuvent apporter. Ainsi solidifié d'un ancrage et d'une confiance en l'avenir  raisonnable, l'optimisme - réfléchi, cultivé- pourra se  déployer et contribuer réellement à l'amélioration de la situation si ce n'est son remède.

Soucieux de partager cette expérience de mieux-être avec un maximum de personnes en souffrance et détresse, Patrick et Anne-Marie dispensent désormais, notamment en entreprises,  des "coachings" formations à la mentalité positive.

Clair, didactique et assorti de maints propos philosophiques, exemples concrets, exercices pratiques, l'essai remet à l'happy hour les pendules de la confiance en la vie

"Ainsi, sourire et résilience sont mes deux ingrédients pour un optimisme contagieux"

(Anne-Marie) 

Positif, Patrick & Anne-Marie Demoucelle, essai, Ed. Racine, mars 2014, 216 pp

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