01 02 17

Emm-Alexandre

9782709659567-001-X_1.jpeg"C’est là, dans un décor semblable à un film de Sautet, dans le coup de feu d’une brasserie à l’heure du déjeuner, dans le bruit de la vaisselle, le brouhaha des conversations, que ma vie a basculé. Là que j’ai vu cet homme."

Emma a tout pour être heureuse. Et il se fait qu'elle l'est. La quarantaine avenante, un mari, trois enfants, ... une existence paisible, aisée, à Bondues, près de Roubaix.

Enclenchée de chapitres comptés à rebours, la  "mécanique du désastre" va faire voler en éclats famille et vie par trop convenue. D'un simple et furtif regard porté à un homme, marié lui aussi...

Est-ce cela la liberté? 

A l'instar de  la chèvre de Monsieur Seguin - dont l'ombre précède la narratrice et e célèbre conte issu des Lettres de mon moulin (Alphonse Daudet)  nous est donné - cadeau - à la fin de la narration- Emma va jouer avec le feu, s'offrir au loup.

Mais là encore, rien ne se passe comme convenu...

Doté d'une structure tripartite, de chapitres courts, dynamiques et d'une poétique particulièrement soignée - Grégoire Delacourt a travaillé la langue, sa musicalité - le roman s'articule autour de l'Eros/Thanatos, de l'amour et de la mort,  de leur fatalité, qui poursuit, nous semble-t-il, la réflexion entreprise dans On ne voyait que le bonheur ( Ed JcLattès, 2014) 

Avec cette différence, cette prouesse .., que cette fois, le narrateur est une femme.

Et cette conviction que Grégoire Delacourt a mis beaucoup de lui en cette écriture

Apolline Elter

Danser au bord de l'abîme, Grégoire Delacourt, roman, Ed. JcLattès, janvier 2017, 320 pp

 

 

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28 01 17

Léon Bakst, un homme-orchestre prodigieux

L'exposition organisée dans la bibliothèque de l'Opéra Garnier - voir billet d'hier sur le blog du Pavillon de la Littérature - est soutenue d'un (très) beau livre somptueusement illustré, collectif d'auteurs, mené sous la direction de ses commissaires, Mathias Auclair, Sarah Barbedette et Stéphane Barsacq  L'ouvrage entretiendra la gloire d'un personnage, homme-orchestre hors du commun,  la mémoire de ses oeuvres et influences, au-delà de l'événement par trop éphémère organisé au Palais Garnier

Attention, il est encore largement temps d'en programmer la visite en votre agenda: l'exposition ne fermera rideau que le dimanche 5 mars.

Bakst.jpg" De fait, Bakst a mené sa carrière artistique sur tous les fronts: peintre de chevalet, décorateur de théâtre, portraitiste, illustrateur, il fut aussi l'une des figures de l'art décoratif dans ses aspects les plus divers."

Et Stéphane Barsacq de révéler l'art de l'aménagement de son arrière-grand-oncle (1866-1924) des décors intérieurs - chez des particuliers - à ceux de la scène et  des scénographies événementielles (expositions). Un art, un souci de cohérence, d'harmonie poussés jusqu'à la fabrication de meubles.

Son exubérance chromatique marque ses contemporains, Gide, Proust et Rodin. Il veille paternellement sur Picasso, forme Marc Chagall, son disciple. Il est ami de Cocteaun Apollinaire, Matisse et même de notre cher Emile Verhaeren, qu'il rencontre en 1912,à l'occasion de l'adaptation scénique par Ida Rubinstein de son fameux Hélène de Sparte.

Dieu que la guerre est jolie, Dieu que le monde est petit...

Survolant sa vie, son parcours, de Saint-Petersboug à Paris, sa pensée, toutes les faces de son art et d'une créativité sans bornes, qui l'aurait conduit à Holywood si la mort n'avait interrompu son envol, l'ouvrage, richement illustré, rend digne hommage à son génie.

Bakst, Des ballets russes à la haute couture, collectif sous la direction de Mathias Auclair, Sarah Barbedette et Stéphane Barsacq, co-édition BNF/ Opéra de Paris, Albin Michel et AROP, nov.2016, 192 pages (dont 100 illustrations), 39 €

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21 01 17

Une femme engagée

 9782873869847 (1).jpgCe livre n'est pas un livre qui raconte la grande Histoire. Les historiens s'en sont déjà chargés. D'autres suivront. Ce livre raconte les souvenirs d'une petite fille, d'une adolescente, d'une femme qui voua à son père un amour, une admiration sans bornes. Une femme qui vécut dans son ombre, qui l'accompagna dans tous ses combats, ses victoires et ses défaites. Une femme qui se lança, elle aussi, en politique. Pour s'y faire un prénom, Antoinette, dans un parti fédéraliste, le dernier engagement de son père. Mais non le moindre.

D'entrée de propos Francis Van de Woestyne balise le contenu des quelque quinze entretiens réalisés en l'appartement d'Antoinette Spaak, de la lecture des carnets et notes que la femme d'Etat lui a confiés.  Les questions sont précises,directes, vives, les réponses fusent, sans tabou, qui donnent à la lecture un tour alerte, vivifiant. Prodigieusement intéressant.

De ce virus de l'action politique injecté par son  célèbre père, Paul-Henri Spaak,  la jeune femme ne fera usage qu' après son décès - le 31 juillet 1972 - la quarantaine passée, ses deux enfants élevés, vie de femme au foyer et de mondanités assumée... Elle embraie  sur la "conscience fédéraliste" que le grand homme lui a inculquée, entre au FDF,  à l'invitation conjointe de Lucien Outers et André Lagasse,  et poursuit parallèlement l'oeuvre de construction de l'Europe dont il fut un des pères fondateurs.

Si elle quitte officiellement la  vie politique en 1999, Antoinette Spaak garde une conscience aiguë de son évolution, du danger que représenterait pour les francophones une séparation entre les Wallons et les Bruxellois,  de l'asphyxie de gestion d'une Commission européenne dépassée par le nombre de ses pays membres .

Agnostique, républicaine, "femme engagée" et de tempérament, Antoinette Spaak  se révèle sans faux-semblants. Elle traduit une vraie ouverture d'esprit, un respect de la chose politique, de ses acteurs, qui dépasse les clivages traditionnels.  Ce faisant, elle offre  au lecteur une leçon de maturité, une leçon de vie des plus bénéfique

Apolline Elter

Antoine Spaak, Entretiens avec Francis Van de Woestyne, Ed. Racine, décembre 2016, 136 pp

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20 01 17

Lignée présidentielle

 

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 A l'heure où les Etats-Unis s'apprêtent à investir leur 45e président dans ses fonctions, il est bon de se pencher sur la lignée constituée par ses 44 prédécesseurs, les plus illustres, tels George Washington, premier président des States,  Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt, Abraham Lincoln, JFK, Richard Nixon, Bill Clinton,  Barack Hussein Obama... mais aussi ceux que l'Histoire a tus, John Tyler, James Buchanan, .. et je les passe, à mon tour aussi.

Galerie de portraits et de tempéraments, bilans d'actions et de mandats, étayés d'une solide documentation, l'essai offre un regard intéressant sur une séquence peu ordinaire: celle des "hommes les plus puissants du monde." Il s'assortit d'un précieux  glossaire commenté .

Les présidents des Etats-Unis, Histoire et portraits, Georges Ayache, essai, Ed Perrin, août 2016,  45 pp

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19 01 17

Poupette

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Assorti de la prudente mention de roman, le témoignage de Flavie Flament sur les abus sexuels dont elle fut victime à l'âge de treize ans a suscité bien des réactions. Le suicide, fin novembre,  du photographe octagénaire David Hamilton, incriminé à mots couverts, semble corroborer ces effroyables accusations.

" Que ceux qui dorment tranquilles sur l'oreiller de mon silence poli depuis tant d'années comprennent leur méprise: la petite fille que j'étais a toujours crié au fond de moi et n'a jamais douté de la cause de son indignation.

Le silence a cette vertu de paraître éternel. Mais tant qu'on est vivant, on peut le briser."

Si la célèbre animatrice-TV a pu garder silence toutes ces années durant, c'est qu'elle s'était mentalement  enfuie, dissociée de "Poupette", l'enfant - bafouée - qu'elle était.  Une enfant instrumentée par une mère déprimée par la routine du foyer.  De là à donner ingénument sa fille en pâture à un photographe, durant l'été 1987, passé parmi les nudistes du Cap d'Agde...

" J'étais Poupette. Personne ne l'a aidée. Même pas moi."

Jalonné de constats cinglants, d'allers et retours entre présent et passé, finement identifiés par l'emploi de polices différentes, le récit donne d'autant plus froid à l'âme que le lecteur saisit la relation destructrice que la mère  impose à sa fille : régime alimentaire draconien, mépris, chosification...tant de vils moyens au service de ses glauques desseins. 

Précipitée dans des "attaques de panique" au décès de son cher Papy, Flavie va entreprendre un long chemin de  "consolation', de guérison auprès d'un psychiatre. Elle va se reconnecter avec la Poupette fuie, abandonnée dans la détresse abyssale de son inconscient.

 La consolation, Flavie Flament, roman, Ed. JC Lattès, oct. 2016, 256 pp

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18 01 17

Ici et maintenant

 Vous savez Christophe André cher à notre blog. Le psychiatre dispense, en un langage clair et pragmatique, une série de mantras, d'exercices pratiques,  de bon téléchargement.jpget positif sens qui recentrent nos corps, esprits, âmes, au coeur de l'ici et maintenant, de la vraie vie.

Ce sont des évidences mais elles le sont tellement qu'elles se font souvent oublier. Nous passons à côté du présent - ce cadeau - de la Nature - cette force - et partant, de nous-mêmes.

Extraites de l'émission produite sur France culture, durant l'été 2016, ces quarante séquences de trois minutes se picorent au gré de nos attentes, formulées ou ...latentes, enjoignant à nos corps de participer activement à cette méditation en pleine conscience qui est la clef de voûte de l'édifice.  La lecture s'accompagne d'un CD MP3 lu de la voix chaleureuse et apaisante de Christophe André

Gestion du souffle, de la gratitude, bienveillance, mastication, étirement, fin d'un état, ... sont voies d'accès vers l'apaisement, la sérénité et, qui sait le bonheur, si l'on en fait un moyen d'existence

Apolline Elter

3 minutes à méditer , Christophe André, essai, Ed L'Iconoclaste/ France Culture janvier 2017, 231 pp + CD Mp3 40 plages

 

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14 01 17

Céroni n'a pas tout révélé

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Une inondation de cave provoque, chez Laura Visconti, la découverte fortuite d'un tableau d'Amedeo Modigliani  (1884-1920), portrait  - malmené  - de "sa fameuse maîtresse",  Beatrice Hastings.  Emballé de papier bulle, le portrait provient de la succession de Silvio Visconti,  grand-père de Giulio, le  mari de Laura.

" Long frisson en détaillant ce prodigieux portrait qui n'est pas signé. Celui d'une femme très brune aux épaules tombantes, dont l'expression est sombre, introvertie et mystérieuse."

Saisie de fascination pour le tableau et sa mystérieuse dévolution, Laura se livre d'emblée à une enquête - à rebondissements -    qui vire à la quête obsessionnelle, menace l'équilibre conjugal,  familial

Le marché de l'art n'est pas prêt de reconnaître l'oeuvre, qui ne jure, asservi, que par le catalogue - raisonné -  d'Ambrogio Ceroni. Lequel, dont la dernière mise à jour date des années '70 - ne mentionne pas le tableau en son inventaire.

Ponctué de découvertes saisissantes, d'une recherche documentaire intéressante et  d'une incursion dans les pratiques singulières d'un certain marché de l'art, le roman se lit avec d'autant plus d'intérêt qu'il est basé sur des faits avérés.

Possession de Max Jacob, le célèbre poète, le tableau a vraisemblablement été troqué contre une confection de son ami, le tailleur Visconti...

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter

 Le tableau, Laurence Venturi, roman, Ed. Albin Michel, nov.2016, 344 pp

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12 01 17

Un Virginien hors du commun

Tandis que tous les yeux seront bientôt rivés sur la figure et houppe donaldesques du nouveau président des Etats-Unis, il est bon de se pencher sur l'un de ses plus illustres prédécesseurs, un des pères fondateurs de la la fédération, entendez son troisième  président, Thomas Jefferson (1743-1826)

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« Thomas Jefferson a rédigé seul, à 33 ans, le premier jet du texte de la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique. Il a été gouverneur de Virginie, ministre plénipotentiaire à Paris, secrétaire d’État, vice-président puis président. Il a fait plus que doubler la superficie des États-Unis. Il en est l’un des Pères fondateurs. L’Histoire lui a fait ses plus grandes faveurs en lui offrant un destin magnifique. Il a eu une longue vie heureuse. Il aimait passionnément les livres. Ses amis lui ont été fidèles. »

Investi d'une sympathie et d'une connivence assumées, par-delà les siècles qui séparent les deux hommes, André Querton, diplomate honoraire,  nous trace de l'illustre Virginien - fondateur de l'Université de Charlotesville, près de sa résidence de Monticello - un portrait engagé, flamboyant.

L'homme est en effet fascinant qui jouit d'une curiosité insatiable, d'un appétit livresque incommensurable - sa bibliothèque rassemble la plus importante collection privée d'ouvrages des Etats-Unis - d'un esprit brillant  et méthodique qu'il met au service de la politique, de son pays et d'innombrables correspondants.  

Agé de 33 ans, il rédige le premier jet de la Déclaration d'indépendance des Etats- Unis

Aimant la vie, le vin et la famille -  il conçoit un nombre important d'enfants légitimes et autres - il assiste en témoin éclairé à la Révolution française, tandis qu'il exerce à Paris, sa charge de ministre plénipotentiaire. De retour au pays, il assume bientôt un double mandat présidentiel : 1801-1809 avant de s'en retourner en sa retraite paisiblement active de Monticello

Sondant le coeur de l'homme,  le moteur de son ardeur et d'un destin hors du commun,  André Querton en réalise, de plume alerte et fluide,  un portrait vivant, des plus engageants. 

  Thomas Jefferson, vie, liberté et bonheur: Portrait amoureux,  André Querton, essai, Ed. Mardaga, sept.  2016, 206 p

 

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05 01 17

Rien ne va plus..

HKB.jpg"Depuis que mon passeport a été confisqué par la police à la suite d'un stupide malentendu, je suis condamné à espérer un miracle ou à attendre la fin du monde dans ce paradis d'artifice ou une panne d'électricité qui fera disparaître ce décor en trompe l'oeil."

Rien ne va.

Anti-héros foenkinossien - comme  Alain Berenboom les aime - Markus Deschanel accumule les contrariétés.  Après publication d'un premier roman remarqué, il accumule les échecs avec une lucidité confondante.

" Ma réaction prouvait que j'étais vraiment un écrivain. Les écrivains sont des mammifères narcissiques dont l'orgueil est perpétuellement blessé parce que leur oeuvre est si importante à leurs yeux et si peu à ceux du reste du monde." 

Outre l'insuccès croissant de ses publications, Markus Deschanel doit affronter l'échec de sa vie affective - assiégé par la rédaction de son quatrième roman, il a négligé sa compagne, Kathryne, leur  toute petite fille, Gabrielle  - mais aussi les soucis financiers corollaires et l'interdiction de quitter le territoire de Hong Kong où il séjourne, suspecté d'être mêlé à un meurtre...

Sous l'aimable imbroglio de situations qui s'enchaînent et d'un étau qui se enserre le narrateur se glisse une réflexion intéressante sur la production littéraire, la protection de ses  droits - chère à l'auteur -  et l'inévitable  rançon de la gloire.

Hong Kong Blues, Alain Berenboom, roman, Ed. Genèse, janvier 2017, 320 pp

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29 12 16

Et de 2...

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 Est-il meilleure piste pour finir l'année en beauté que de la conclure en beaux mots

Pour ce faire et à coup sûr, on peut compter sur l'ami Bruno

Fort d'un premier Ludictionnaire aux multiples saveurs

Il en édite un second, avec même ardeur

 

Savourons, en guise d'apéro, trois définitions:

- Djihadiste : Musulman marchant à contre- Coran car il trouve que la vie vaut la peine d'être vaincue.

- Elections présidentielles: Prochaine déchéance politique majeure en France. La gauche est laminée, la droite est là, minable. Face au FN  d'ores et dégâts assuré d'être au second tour, tous les partis sont dorénavant contraints d'être contre un."

- Irlande: Pays où les brumes ne comptent pas pour des prunes.

Ludictionnaire 2,  Bruno Coppens, Abécédaire, Ed. Racine, nov. 2016, 160 pp

 

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