15 12 16

Croisement épistolaire

 product_9782070178506_195x320.jpg Petit clin d'oeil aux jeudis de Zola, nous dérogeons, ce jour, à nos Mar-dites-moi, épistolaires, Zhebdomadaires ...

Le film de Danielle Thompson, Cézanne et moi (sept.2016) a porté l'amitié des deux génies,  le peintre et le romancier, sur le devant de la scène, de  l'actualité. L'occasion de se pencher sur leur correspondance - la partie subsistante- éditée, superbement annotée par Henri Mitterand, grand spécialiste de l'oeuvre de Zola.

Les lettres de Paul Cézanne sont quatre fois plus nombreuses que celles, conservées, d'Emile Zola. Elles révèlent, ô surprise, une belle qualité d'écriture, de celle qui faot suggérer à Emile une possible voie, pour Paul,  dans... la littérature.De son côté,  depuis Paris, Emile envoie parfois des lettres conjointes à Paul et Jean-Baptistin Bailli, dernier membre du trio

Encouragements, manifestations d'amitié, échange de points de vue artistiques, ... les lettres renseignent tant sur la qualité de leur relation, leur vie intime que sur leurs évolutions artistiques respectives. Elles infirment certaines rumeurs , telle la légende  de la rupture de 1886 suite à la parution de L'Oeuvre ( Zola) et au dépit prêté à Cézanne de se reconnaître dans les traits de Claude Lantier.

Cinq chapitres introduisent les 115 lettres réparties en tant d'époques. Leurs textes introductifs constituent une vraie biographie de cette belle amitié.

Gageons que nous reviendrons sur le sujet

Apolline Elter

Paul Cézanne- Emile Zola, Lettres croisées, 1858-1887, Edition établie, présentée et annotée par Henri Mitterand, Ed. Gallimard, sept. 2016, 460 pp

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10 12 16

Un lion nommé Personne

133178_couverture_Hres_0 (1) - Copie.jpg"Si les lions parlaient, nous ne pourrions pas les comprendre. Ou du moins pas davantage que nous ne comprenons les hommes."
 
L'année se clôt - enfin presque - sur un très beau récit. Sorte de conte centré sur la vie d'un lion, le dénommé " Personne", sa relation avec les hommes, les âmes belles, l'histoire emporte le lecteur du Sénégal, pays de sa naissance,en 1786,  à Versailles où il  (dé)périt, dix ans plus tard, privé de ses amis humains et surtout d'Hercule, le chien, son fidèle compagnon.
 
 L'écriture est magistrale, soignée dans son expression, dans sa culture du mot juste, le rythme est harmonieusement cadencé, les descriptions, parfaitement agencées. Le jury du Prix Wepler-Fondation de la Poste ne s'est pas fourvoyé qui lui a décerné son prix 2016.
 
Si Personne vit à une époque où il ne  fait pas bon être roi - fût-ce des seuls animaux - l'auteur n'évoque guère la Révolution française que par ses conséquences - la disette - en subtil filigrane d'une narration avant tout centrée sur le respect des êtres que la Nature sépare ou leur funeste maltraitance.
 
Un roman fabuleux
 
Apolline Elter
Histoire du Lion Personne, Stéphane Audeguy, roman, Ed Seuil, août 2016, 224 pp

 

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03 12 16

Et le Winner is

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  " Trump, c'est l'instinct plus les milliards."

 

 Donald Trump s'apprête à investir la Maison Blanche, le 20 janvier prochain. Il est bon de savoir à qui le monde aura à faire. Le portrait qu'en trace le journaliste André Bercoff a d'autant plus de validité, à notre sens, qu'il fut publié en septembre, devançant de deux mois le choc du résultat électoral. Que l'auteur était alors un des rares journalistes français à avoir approché le milliardaire.  Et qu'enfin,  il observe le phénomène avec une lucidité courtoise, non courtisane.

La lecture de l'essai nous permet de décrypter une réalité américaine dont nous n'avions sans doute pas pris juste mesure. De la confronter à une mentalité européenne passablement différente.

" Il y a là, pour la première fois depuis longtemps en politique, un condensé fascinant d'histoire américaine qui réunit en un seul personnage, le prédicateur et le richissime, le tribun et l'entrepreneur, la célébrité people et l'aspirant au pouvoir suprême."

 Plus fier qu'Artaban de sa réussite matérielle - malgré des années 1990 difficiles  durant lesquelles "ses sociétés croulaient sous la bagatelle de 3, 5 milliards de dollars de dettes "-  Donald Trump se veut modèle du Winner, recette incarnée du fameux " American Dream", remodelé en tendance XXIe siècle. De là à se prendre pour Dieu le Père,  il n'y a qu'un pas, sans doute déjà franchi par le septuagénaire à l'"oriflamme [NDLR: capillaire ] flamboyant."  Jouant sur l'émotion plutôt que la raison d'une  certaine Amérique  en colère,  le mégalomane professe un avis tranché sur toutes les questions de société. Y compris en matière de lutte contre le terrorisme. Pour preuve, il porte toujours une arme sur lui et le recommande...

S'il songe depuis une quinzaine d'années à mettre son extraordinaire compétence au service du peuple d'Outre-Atlantique,  Donald Trump a  pris appui sur l'audience colossale que lui vaut, dix  années durant, sa participation à l'émission de téléréalité The Apprentice, avant de faire le grand pas.

"Franco de port", exhibant sans vergogne ses  nombreux dollars, Donald Trump semble n'avoir rien à cacher- qu'une éventuelle calvitie recouverte d'une "choucroute royale" quotidiennement laquée... Efficace dans sa communication, auto-gérée, farcie de raisonnements pragmatiques, [NDLR: courts, violents et dangereux] taillés à l'emporte-pièce,  il se sait fascinant, voire..attachant.

C'est le propre des grands séducteurs et particulièrement d'un homme exempt de toute addiction aux boisson, tabac et drogue mais pas à celle du sexe faible: Donald Trump aime les (jeunes et nécessairement sculpturales) femmes.

Un homme qui veut stigmatiser l'incompétence de ses prédécesseurs, galvaniser le succès des  (meilleurs des) êtres qu'il voit, à son image

 Un homme qui veut représenter, à l'usage exclusif de son pays, la baraka, de l'après- Obama.

  Donald Trump. Les raisons de la colère, André Bercoff,  essai, Ed. First, oct. 2016, 

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01 12 16

François ...Villon, joyeux follastre

téléchargement (12).jpgOn ne sait rien de la mort de François Villon: il s'évapore sans traces laisser, début janvier 1463. En revanche, il est avéré qu'il naît François de Montcorbier, en 1431,  dans  un quartier populeux de la rive droite parisienne.  D'une pauvreté revendiquée, il arpente, dès sa prime enfance ce Paris auquel il restera si attaché.

Placé dès l'âge de raison - entendez sept ans - sous la protection de Maïtre  Guillaume de Villon, un ecclésiastique pétri de bienveillance à son égard, il doit à ce "second père" une éducation soignée particulièrement propice à éveiller la vive intelligence tôt décelée en lui.

François Villon obtient de la sorte une prestigieuse maîtrise ès arts en 1452. Mais le jeune homme est de nature rebelle et facétieuse: il interrompt un parcours académique bien entamé pour devenir le "joyeux follastre"' que le postérité retiendra de lui.

" La fable fait du poète un petit escroc, vivant au jour le jour, bon mangeur et grand buveur, entouré de compagnons tout aussi décidés que lui à berner le bourgeois. François n'est pas pour rien dans la création de cette imagerie parisienne; il s'est lui-même amusé à se présenter dans ses poèmes comme un "bon follastre."

Et la fable n'a pas vraiment tort: impliqué dans le célèbre cambriolage de Navarre et quelques autres exploits, notre homme sera soumis à la question - sans façons..- effectuera quelques séjours en prison. Celle de Meung lui sera particulièrement cruelle et le séjour en ses murs transformera sa vision de la vie. Amant transi, victime quelques (rares) fois de méprises, François Villon est banni de Paris, vers le 8 janvier, il ne donnera plus signe de vie

Réalisons l'intense travail d'investigation que l'historienne Sophie Cassagne-Brouquet - elle enseigne l'histoire médiévale à l'université Toulouse- Jean Jaurès - a réalisé pour rédiger cette biographie. On ne peut dès lors qu'en savourer davantage le côté alerte, vivant, singulièrement présent du portrait d'un électron libre, version XVe siècle.Des extraits de ballades, du fameux Testament,  ponctuent le propos, lui font  judicieux écho.

 Une lecture très plaisante

Apolline Elter 

 

"De moi, pauvre, je veux parler" Vie et mort de François Villon, Sophie Cassagne-Brouquet, biographie, Ed. Albin Michel, oct. 2016, 352 pp

29 11 16

Ces festins qui façonnent l'Histoire

arton2320.jpg Il arrive souvent que l'Histoire se mette à table, savourant de mets et repas choisis, une proximité utile entre les commensaux.

Diplomate et actuel ambassadeur de France auprès de l'Unesco, Laurent Stéfanini a réuni une somptueuse fourchette d'écrivains, historiens et de chefs renommés pour nous conter l'Histoire de France, de 1520 à  2015, par le prisme, gastronomie française oblige, de repas d'exception.

Des festins du camp du drap d'or qui consacrent, du 7 au 24 juin 1520, une rencontre au sommet entre François Ier et le roi anglais Henri VIII aux repas de  la 21e conférence sur les changements climatiques, le 30 novembre 2015, à Paris, le collectif des rédacteurs situe, avec grande précision,  contextes et enjeux des rencontres au gré de pages élégamment illustrées. Et d'assoir le lecteur aux côtés de Louis XIV, SM la Reine d'Angleterre,  Jackie Kennedy, Le Shah d'Iran, Nikita Khrouchtchev..., à Versailles, au palais de l'Elysée , ...d'assouvir sa curiosité gourmande de menus, plans de table, documents secrets, inédits ... et  d'une vingtaine de recettes spécialement accommodées par de grands chefs .

Un bel ouvrage qui trouvera place de choix au pied du sapin, comblera pupilles,  esprits, papilles et palais.

A Elter

A la table des diplomates- L'Histoire de France racontée à travers ses grands repas, collectif rédigé sous la direction de Laurent Stefanini, Ed. L'Iconoclaste, octobre 2016, beau livre illustré, 336 pp, 39 €

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24 11 16

Un roman d'alluvions

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Ampleur, maîtrise, infinité du temps... caractérisent ce roman-fleuve distingué par le prix Femina 2016. S'il pêche par sa longueur, les méandres de descriptions et de listes ludiques, sortes d'alluvions à la Yann Moix-  pour poursuivre notre métaphore fluviale - le texte révèle néanmoins une écriture accomplie, dotée d'une vraie tension narrative, ce n'est pas moindre exploit.

 Enfant sauvage, sorte de résurgence du célèbre héros de  François Truffaut, le "garçon"  se trouve seul au monde après le décès de sa mère.

Nous sommes en 1908, l'enfant a quatorze ans.

"(..) la mère était seule sur terre à connaître son existence et la mère est morte"

Roman initiatique, qui observe cliniquement, artistiquement, longuement- vous l'aurez compris- l'accès au monde, à la civilisation de l'enfant, définitivement mutique, le récit prend le lecteur à témoin de ses expériences progressives de l'amour, de la guerre, du bagne, tandis que le siècle débutant -  focus majeur sur les années 1908-1918 -  vibre d'innombrables événements.  Et de l'englober - le lecteur, si vous me suivez -  dans son travail d'écriture, sa poétique particulière en une  amène complicité

L'auteur prend le temps, le vôtre, le sien,  celui de l'intégration provisoire  du "garçon" à la communauté d'un hameau, celui  du merveilleux, pur amour que lui voue Emma, celui de l'apocalypse d'une guerre barbare et de l' envoi au bagne de Cayenne, suite à une rixe absurde...

 " Voilà, l'essentiel est dit.

Bien qu'il lui reste vingt années à vivre, celles-ci ne formeront en définitive que l'unique et dernière strophe,délayée, de sa chanson d'automne."

Et pour nous, la découverte d'un écrivain. Un vrai.

Le garçon, Markus Malte, roman, Ed. Zulma, août 2016, 544 pp

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23 11 16

Hommage

1540-1.jpgLe  23 novembre 1976, André Malraux s'éteignait, en l'hôpital de Créteil, des suites d'une congestion pulmonaire. Il avait 75 ans.

Alain Malraux, fils de son demi-frère Roland et Philippe Lorin, illustrateur hautement apprécié de notre blog, ont uni connaissances, souvenirs de l'un, talent de l'autre, pour rendre à l'illustre écrivain, homme d'Etat , la vérité de son parcours,  des étapes , parfois controversées de sa vie, de son ambition. Découverte de l'Orient et épisode peu glorieux du pillage du temple khmer, en Indochine, gloire littéraire - André Malraux obtient le Prix Goncourt 1933 pour La condition humaine - engagements dans les guerres d'Espagne,  lutte anti-fasciste, seconde guerre mondiale, engagements affectifs successifs, Clara ( Goldschmidt), Josette ( Clotis), Madeleine ( Lioux et Malraux)et Louise (de Vilmorin) et les ruptures corollaires, tragédie de la perte simultanée de ses deux fils, fonctions ministérielles, publications ... sont passés au crible d'un texte vivant, fluide, soutenu de galeries de portraits, aquarelles, fusains, ....judicieusement saisis.

L'ouvrage se conclut d'une  précieuse chronologie des moments-phares mais aussi des drames de sa vie.

Une belle (re)mise en perspective de connaissances enfouies en notre mémoire

Apolline Elter

Malraux en son temps, Alain Malraux (texte) et Philippe Lorin (illustrations), récit, Ed. Archipel oct. 2016, beau livre illustré,  126 pp

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17 11 16

Vous avez dit René?

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" Car ma force réside également en ceci que je ne réfrène pas en moi les plus secrètes forces."  

 Enoncée en français, cette sentence stigmatise la complexité d'approche de Rainer Maria Rilke .  Catherine Sauvat s'est attelée à la tâche,  qui produit une juste relation de la vie du poète, de son tempérament et de ses relations aux femmes.

Né à Prague, le 4 décembre 1875, René est enfant sur-couvé d'une mère, Phia ( Sophie) qui ne se remet pas de la perte de son premier enfant.  Il est traité en fille. La séparation de ses parents constitue un premier drame dans le parcours de l'enfant, aussitôt suivi d'une épreuve qui le marque à vie: une scolarité dans une école militaire dont il ne s'extirpe que grâce à son "état maladif permanent." Il en veut désormais à sa mère de lui avoir fait vivre cet enfer et se rapproche de son père: un rapport affectueux lie désormais les deux hommes.

Conditionné dans son rapport aux femmes par sa relation destructive à sa mère, René, devenu "Rainer" par suggestion de Lou Andreas-Salomé multiplie les conquêtes et mises sous protection. Mais il se lasse tôt des premières et ne sait comment s'en défaire, maintenant un ersatz de tendresse par voie épistolaire.. .Une désinvolture qui créera bien des blessures. Quant aux secondes, de la trempe de Lou, de la Princesse de Thurn und Taxis et même Clara Westhoff, qu'il épouse en 1901, il profitera allègrement de leur maternelle sollicitude.

Car c'est un trait - et non des plus sympathiques - du poète que de se laisser entretenir - songeons à son mécène, le banquier Karl von der Heudt - d'être de toutes les mondanités, tout en revendiquant une solitude bien orchestrée. La pratique de la correspondance vient souvent en aide à cet "épistolier intarrissable" , qui lui permet de garder le lien tout  en maintenant une nécessaire distance. C'est le gage de sa liberté.

"Ses lettres composent bien une parfaite échappatoire à sa propre vie, elles favorisent sa solitude et le protègent des intrusions non désirées. Elles forment un complément idéal à ses relations amicales, ou amoureuses, car elles jouent sur la promesse et l’attachement, mais ne le lient nullement. Dans son isolement volontaire, le courrier reçu lui apporte une bouffée de l’extérieur ; il épanche de cette manière sa soif et son manque de l’autre. En outre, lors de ses voyages, il peut communiquer au rythme qui lui convient."

Epris tant de voyages que de femmes,  le poète aime puiser dans un certain mal -être le secret d'une plume qui, aujourd'hui encore suscite bien des passions.

Rainer Maria Rilke s'éteint à 51 ans, frappé par une leucémie.

Rilke. Une existence vagabonde, Catherine Sauvat, biographie, Ed. Fayard, sept.2016, 264 pp

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16 11 16

Albert Achache

 

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Pour la petite fille qu'était Brigitte Benkemoun, le nom d'Albert Achache, son arrière-grand-oncle,  mort à Auschwitz, symbolisait tant la barbarie nazie que la trahison, l'affreuse délation dont il fut victime durant la seconde Guerre.

Plus tard, elle découvre que le nom est accolé à celui d'un certain Monsieur Roux, son riche père adoptif. 

Le mystère point que l'écrivain n'aura de cesse de percer, se livrant à une enquête  vaste, minutieuse, véritable reconstitution de la vie de ce séduisant jeune homme, algérien, juif, séfarade et homosexuel. Et le lecteur d'assister à l'élaboration d'un puzzle passionnant,  d'un récit rendu vivant par l'emploi du présent, le partage des questions et doutes et la portée  historique de ce destin particulier. De réaliser qu'une fois encore c'est la question d'identité française qui a été malmenée. Mais c'est aussi celle d'une homosexualité  jugée tabou.

 "Mais perpétrer l'omerta, n'est-ce pas entretenir la honte? "

Distillant savamment ses découvertes, le cheminement de ses réflexions, l'auteur nous saisit d'une empathie assez irrépressible.

 " L'enquête et l'écriture sont des enfermements où l'obsession se joue parfois de la raison."

Un magnifique témoignage familial,  tendre, intègre et captivant.

Apolline Elter

Albert le Magnifique, Brigitte Benkemoun, essai, Ed. Stock, sept 2016, 306 pp

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12 11 16

Poignant annversaire

9782367622156-001-X_0.jpeg"Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus."

 

Cette lettre, Antoine Leiris l'écrit quelques jours après l'attaque terroriste du Bataclan, le 13 novembre 2015, qui coûte la vie à Hélène son épouse, fait de Melvil, leur bambin, un demi-orphelin. 

" Ce livre, je l'ai débuté le lendemain de la lettre, le soir-même, peut-être"

S'ensuit la rédaction d'un récit, sorte de journal , consigne des faits, gestes et émotions de l'après-drame, d'un quotidien qui lentement reprend droits et requêtes: jeune papa, Antoine Leiris doit assumer, assurer le bien-être de Melvil, affronter la "brigade des mamans" de la crèche et leur bonne volonté, les sentences de son entourage et ses voeux de courage, ses condamnations....

" Je suis celui qui aime Hélène, non celui qui l'a aimée"

Sobre, factuel, le témoignage suscite vive empathie

La lecture qu'en opère André Dussolier procède d'une même sobre et poignante élégance

L'hommage respectueux à un être courageux

Apolline Elter

Vous n'aurez pas ma haine, Antoine Leiris, récit, Ed. Fayard, 2016 , texte intégral lu par André Dussolier, Ed. Audiolib, oct. 2016, durée: 1h53

 

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