13 05 14

14 ...raisons de l'écouter

 Tandis que foisonnent à souhait les commémorations de l'entrée d'août 1914 en la Grande guerre, je vous conseille vivement l'écoute du court roman de Jean Echenoz, 14 (Ed. de Minuit, oct .2012, 128 pp) édité en version CD auprès d'Audiolib (prix conseillé 18 € - durée 2h30)

Opérée par l'auteur lui-même, la lecture du roman paraît habillée de sa voix, sobre et chaude,  offrant une nouvelle fois à l'imagination une puissance suggestive étonnante.

Mobilisés dès les premiers jours d'août 14, cinq jeunes poilus, Anthime, Charles, son frère aîné, Pardioleau, Bossis et Arcenel partent au front. Le focus est porté sur Anthime, sa découverte progressive des conditions de combat, la section de son bras droit, tranché par un obus, et sa lente réintégration de la société civile.

Descriptions minutieuses, fouillées, poétiques, parfois humoristiques se succèdent, véritable radioscopie des premiers mois des combats La langue est soignée, marquée de l'emploi du passé composé et du futur antérieur qui teintent la relation d'une atmosphère singulière

Apolline Elter 

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10 05 14

Le triple "O"

 

 

" Ce livre raconte le début d'une nouvelle vie. J'ai été un homme d'affaires accompli à qui tout réussissait et un sportif en bonne santé; mais cette vie-là est terminée. Il y a un "point à la ligne" gros comme un saut de page. Fin du "Tome 1". Ma deuxième vie commence" 

Lorsqu'il apprend, à la veille de ses quarante ans, qu'il est atteint de la maladie de Parkinson, Patrick Demoucelle est, dans un premier temps, abattu: pas question de fêter le cap d'une nouvelle décennie grevée d'une maladie réservée normalement aux personnes plus âgées . L'homme d'affaires belge réalise rapidement - soutenu par l'énergie et la confiance quasiment inébranlables de son épouse, Anne-Marie - qu'il doit changer son mode de vie. Radicalement. Trouver coûte que coûte du "positif" , des avantages,  dans le présent de la vie, malgré cette dégradation assortie de souffrances physiques inéluctables. 

Un objectif qu'il atteint par le biais du "triple "O",  trois clefs séquentielles d'affrontement de la réalité: 

- L'objectivité 

- L'ouverture d'esprit 

- L'optimisme

Au constat préalable de la situation , dans sa réalité la plus objective ( constat dénué de déni ou de vaine euphorie) suivra une phase de questionnement  (inquiry) qui permettra d'affiner,  approfondir, voire changer la perspective en fonction de ce que l'entourage, les événements et les différents interlocuteurs peuvent apporter. Ainsi solidifié d'un ancrage et d'une confiance en l'avenir  raisonnable, l'optimisme - réfléchi, cultivé- pourra se  déployer et contribuer réellement à l'amélioration de la situation si ce n'est son remède.

Soucieux de partager cette expérience de mieux-être avec un maximum de personnes en souffrance et détresse, Patrick et Anne-Marie dispensent désormais, notamment en entreprises,  des "coachings" formations à la mentalité positive.

Clair, didactique et assorti de maints propos philosophiques, exemples concrets, exercices pratiques, l'essai remet à l'happy hour les pendules de la confiance en la vie

"Ainsi, sourire et résilience sont mes deux ingrédients pour un optimisme contagieux"

(Anne-Marie) 

Positif, Patrick & Anne-Marie Demoucelle, essai, Ed. Racine, mars 2014, 216 pp

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08 05 14

Savoureuses

9782260021186.jpg" José n'a jamais été aussi présent dans ma vie que depuis que nous ne vivons plus ensemble"

C'est le quotidien d'une jeune Parisienne aussi attachante que bordélique, que décrit Mazarine Pingeot  dans ce savoureux  roman : auteur de livres pour enfants, prof de philo, Joséphine Fayolle vient de se séparer de José,  père de ses adorables bambins, Adrien et Gabriel. 

Elle tente, en vain, de trouver la sérénité, de quoi nouer ses fins de mois et contrer les aléas d'un sort  qui la persécute. En ce comprise la mauvaise foi délétère de son ex-mari, celle du banquier et d'un site de vente de lave-vaisselle "intégrés", ... dépourvus de porte.

Tonique, alerte, pétrie d'auto-dérision, l'écriture de Mazarine Pingeot crée une heureuse surprise. 

Spirituelle, tout simplement.

Les invasions quotidiennes, Mazarine Pingeot, roman, Ed Julliard, mars 2014, 240 p

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03 05 14

Du grand DvC

 

Le principe de Pauline.jpg

Le principe de Pauline, il est tout simple: transformer l'amour que lui portent deux hommes, Maxime De Pleister, un loyal taulard et Quincy Farriol, le narrateur,  romancier un brin "loser", en une amitié virile et sans faille.

Reconnaissons que ce n'est pas donné.

"Décidément, j'étais condamné à n'avoir d'elle que des lettres de rupture sous forme  de déclarations d'amour"

Les situations s'enchaînent, plus improbables les unes que les autres,  en un joyeux imbroglio, tonique, comique,  conduit de main de maître par un Didier van Cauwelaert, en forme souveraine. Usant des différents registres des langues écrite et orale, ce dernier pimente son propos d'une subtile dose d'auto-dérision, d'humour, de tendresse et de métaphores inventives. C'en est jubilatoire

Un lecture vivement recommandée

Apolline Elter

Le principe de Pauline, Didier van Cauwelaert, roman, Ed. Albin Michel, 2 mai 2014, 302 pp

Billet de faveur

AE :   Vous avez doté, Maxime,  l’un des protagonistes, d’un nom bien belge, puisque  « De Pleister « signifie « le sparadrap » en néerlandais ..Outre que Maxime est très …attachant, avez-vous voulu rappeler par ce choix, vos propres origines belges ?

Didier van Cauwelaert : J'aime rappeler aux lecteurs français que l'ébullition extravertie n'est pas que méridionale. Il y a dans ma part belge une bonne dose de surréalisme loufoque mâtiné de loyauté brute de décoffrage (ce courant qui va de Magritte à Poelvoorde en passant par Devos…), et c'est une des clés de ma personnalité. Je suis assez "présent" dans Maxime. C'est un déraciné qui s'attache, un fidèle qui s'accroche, un démesuré qui se met en quatre pour faire votre bonheur malgré vous. Capable du pire au nom du meilleur.

 

AE : Ce premier roman dédicacé que Quincy découvre chez un bouquiniste, vingt ans après les faits,  agit comme une lettre  de retrouvailles.  L’épistolaire semble baliser les moments-clés de ce roman :

Didier van Cauwelaert : Un livre de jeunesse réactualisé par la lettre qui lui sert de marque-page… Je suis hanté par ces moments-clés du passé qui surgissent au présent pour vous redonner la perspective (et l'envie) d'un avenir…

AE :  L’énergie du ver de terre, L’extase du moucheron, La compassion des rats…  les titres des romans et essai de Quincy sont des plus..vendeurs … vous nous gâtez.. :

Didier van Cauwelaert : Il y a chez Quincy une obstination quasi suicidaire qui est encore plus grave que la mienne. C'est un obsédé de l'autoflagellation. Nous avons en commun une lucidité parfois dommageable, mais personnellement je m'arrête à l'auto-dérision.

AE  Clin d’œil à votre propre « Goncourt » de 1994, Quincy prend finalement, un « aller simple » pour Douvres, histoire de débuter une nouvelle vie.   Même s’il représente l’exacte antipode de votre réussite, ce roman regorge d’allusions au processus de l’écriture. Une façon cathartique de vous libérer de la pression qu’exerça peut-être l’attribution de ce prix prestigieux ?

Didier van Cauwelaert : Le Goncourt a été un merveilleux cadeau, et la pression n'est fatale qu'aux personnes mal pressurisées. Je n'ai rien à reprocher aux réussites que mes lecteurs et mes pairs m'ont offertes. En revanche, comme tout le monde, je suis porteur de nombreux échecs intérieurs, et c'est à eux souvent que je donne la parole pour voir comment mes personnages s'en sortent. Les échecs nous en apprennent tellement sur nous… Rester fidèle à soi-même, demeurer têtu, confiant et ouvert aux coups de théâtre que le destin nous ménage, c'est souvent, comme pour Quincy, le meilleur moyen de surnager. Les malheurs nous cernent souvent, mais parfois le bonheur nous rattrape. A condition de ne pas le fuir au nom du principe de précaution - le contraire du Principe de Pauline. Il faut savoir se mettre ponctuellement en danger, pour résister aux terribles effets secondaires de la sécurité passive. Quant à l'écriture, c'est le seul moyeu efficace que j'aie trouvé pour tout à la fois retenir le temps, revenir sur mes pas et me projeter en avant sous d'autres formes Elle est chez moi indissociable de la vie amoureuse. Il est normal qu'on la retrouve au coeur des obsessions de Quincy, pour qui elle est tour à tour remède, poison et antidote.

 

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26 04 14

Hallucinant

" Il arrive que le destin d'un homme bascule en un jour, quelque part, à un moment précis de son existence. Cela se passa à Maritzburg"

Ejecté d'un train, pour seul motif racial, le jeune avocat Mohandas Karamchand Gandhi passe la nuit du 4 juin 1893 , dans la salle d'attente de la gare de Maritzburg, en Afrique du Sud. Cette humiliation contient les germes de sa "sarvodaya", son  combat existentiel pour l'égalité raciale au sein d'une société en croissance continuelle

Placé sous la plume d'Hermann Kallenbach, un architecte juif allemand, le grand ami qui accompagna dix des quelque 23 années que le Mahatma passa en Afrique de Sud, le récit trace le portrait d'un être sidérant, illuminé, intransigeant , ascète sur les plans de la nourriture et de la sexualité, doté d'un pouvoir de conviction implacable, paradoxe vivant d'une lutte aussi dénuée de concession que de violence, pour le respect de toutes les factions de la société.

Un roman fascinant.

Apolline Elter

La nuit de Maritzburg, Gilbert Sinoué, roman, Ed. Flammarion, mars 2014, 452 pp, 21 €

 

Billet de faveur

AE :  Le portrait que vous tracez du futur Mahatma est époustouflant. Il fait montre d’une intransigeance surprenante envers son épouse, Kasturba et ses quatre enfants et même Hermann Kallenbach, son ami.  Vous écrivez, par voix du narrateur, qu’il fut lui-même « son pire adversaire »: qu’entendez-vous par là ?

Gilbert Sinoué : Gandhi a dû lutter toute sa vie contre ses démons intérieurs : sa libido démesurée entre autres. Il a dû aussi lutter contre sa tendance à culpabiliser systématiquement son entourage, sans jamais vraiment réussir.

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24 04 14

Edouard Louis

" De mon enfance, je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ses années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire: tout ce qui n'entre pas dans le système, elle le fait disparaître"

PLus qu'un roman, c'est un récit. Plus que récit d'une homosexualité peu à peu assumée, c'est le témoignage d'une réalité sociologique, de la violence qu'engendre parfois  la misère face à la différence.

Edouard Louis, de son vrai nom, "Eddy Bellegueule" est né, il y a 21 ans,  dans un village ouvrier du Nord de la France.  Le chômage y sévit en maître. L'étroitesse d'esprit, aussi. Il découvre assez tôt sa propension à la féminité, la violence verbale - insultes - et physique - crachats et agression - que son identité inspire.

Témoignage sur une réalité sociologique assez glauque qu'il s'efforce de comprendre, de "restituer" le plus fidèlement possible,  le récit d'Edouard Louis est aussi celui de son affranchissement social.

On ne peut que lui souhaiter d' "En finir avec Eddy Bellegueule."

AE

"En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis, roman, Ed. du Seuil, janvier 2014, 220 pp

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23 04 14

Autoportrait livresque

 

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" La bibliothèque d'un auteur est son autoportrait. Pourquoi écrire un livre?  Pour le ranger parmi les autres. Mis sur deux rangs, c'est comme s'il n'y avait aucun. Rien de mieux qu'une bibliothèque. En changeant d'étage, on change de point de vue.

Patrick Roegiers a l'érudition allègre. Et généreuse.

Tandis qu'il entreprend une sorte de grand nettoyage de printemps, dans sa bibliothèque, l'écrivain nous propose une "escapade littéraire" sautillante, alerte, goguenarde, dans la pure verve - impertinente et perso -  qui est la sienne.

Inventaire du "corps des mots", des mets, manies, maux, morts, pensées,pseudos,  supports et chambres d'écriture, ... des innombrables plumitifs  qui habitent sa colossale collection, l'escapade nous propose en seconde instance  une rencontre avec les "corps des écrivains", particulièrement marquants, à savoir, Georges Perec, Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline, Roland Dubillard, Michel Leiris, Roland Barthes, Henri Michaux, Alain Robbe-Grillet et Claude Simon. 

Un parcours pour le moins,impressionnant.

AE, 

 

La traversée des plaisirs , Escapade littéraire, Patrick Roegiers, Ed. Grasset, mars 2014, 256 pp

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22 04 14

Mon (arrière-grand-)père, ce héros

" L'héroïsme, c'est être un autre que l'on ne soupçonnait pas d'exister"

Spécialiste du XIXe siècle - littérature et musique confondues - puisqu'on lui doit de concert une biographie d'Alain Fournier, d'Alfred de Musset et de Claude Debussy (Ed. Gallimard - Folio) Ariane Charton approche le phénomène de l'héroïsme par le biais du concept - viril - de mort , de sacrifice de vie, qu'il suppose et le spectre, centenaire oblige, de la guerre 14-18. 

 L'approche se fait par le prisme d' écrivains de la Grande Guerre, Guillaume Apollinaire, Roland Dorgelès, Romain Rolland, Alain-Fournier, Charles Péguy, Georges Duhamel, Jean Giono, Louis-Ferdinand Destouches (futur Céline) , Louis Pergaud,  Blaise Cendrars... de leur correspondances et écrits relatifs à cette période. Partant, elle nous fait part d'un "coup de foudre littéraire" pour Jean de La Ville de Mirmont, écrivain aujoud'hui oublié.

Partis dans l'euphorie patriotique d'une guerre de mouvement, la plupart déchanteront quand viendra l'interminable attente de la guerre des tranchées.

«  Ici, dans la souffrance qui fait tomber les masques, je vois le bas-fond de l’âme humaine et la lie, et la vase et la merde. Combien peu, officiers comme soldats, peuvent se vanter d’être des hommes, des hommes ! »  écrit Louis Pergaud à sa femme , quelques mois avant sa mort, sur le front, le 8 avril 1915.

D'aucuns tireront des visions d'horreur, matière -cathartique, didactique - à récits, romans, . parfois primés, tels Le feu, journal d'une escouade, d'Henri Barbusse, Prix Goncourt 1916,  Civilisation de Georges Duhamel, Goncourt 1918, Les croix de bois, de Roland Dorgelès, ..., d'autres en tireront un dégoût qui conditionnera leur attitude en 1940  tel Louis-Ferdinand Destouches (augmentée, il est vrai,  d'un anti-sémitisme qui n'a rien d'un "pacifisme d'ancien combattant"  ) ou un pacifisme à ce point ancré, tel Jean Giono, qu'il lui vaudra d'être arrêté en 1939,  taxé de collaborateur en 1944..

Un petit éloge bien intéressant

AE

 

Petit éloge de l’héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre,  Ariane Charton, essai, éd. Folio 2 €, février 2014,  128 pp

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02 04 14

Un document saisissant

 Ce n'est pas le combat que fuient les Lorrains Alfred Richy et Camille Muller, en ce tout début des hostilités de la Grande Guerre, c'est la débâcle de leur 13e compagnie,  l'emprisonnement et la déportation en Allemagne. Ils trouvent hospitalité et refuge dans le grenier de la maison de "La Cadie",  la courageuse mère d'Alfred.

"Privés de liberté de mouvement, otages d’une situation qu’ils n’ont pas vraiment désirée et dont ils n’ont pas la maîtrise, Alfred et Camille ont tenté dix fois, cent fois, de sortir de leur cachette et de prendre la fuite. La liberté n’a pas de prix. "

Enfermés quatre ans durant dans cette  geôle minuscule, Alfred et Camille endureront faim, froid, stress et l'ennui d'interminables journées mais aussi  la solidarité héroïque d'un entourage particulièrement discret et généreux.

14-18 Quatre ans cachés dans le grenier, Dominique Zachary, essai, janvier 2014, 215 pp.

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29 03 14

Mediumnité

 

 " Je voudrais raconter cet été de la métamorphose avec le plus de clarté possible, d'honnêteté. Retourner comme une crêpe tout ce qui me dérange aujourd'hui, tout ce que je fus, il n'y a pas si longtemps sans même en souffrir"

Promesse tenue.

En route pour Fermet-le-Bois , bourgade rurale de la France profonde, la Parisienne et très citadine Gabrielle s'apprête à découvrir la maison de famille héritée de sa mère. Elle n'a qu'une idée: vendre la propriété  au plus tôt et réintégrer la vie brillante et établie qu'elle mène auprès de son mari, Stan, chirurgien esthétique et son métier d'organisatrice professionnelle et... speedée d'événements d'envergure.

" La ruine dont j'ai hérité émerge d'un fouillis de ronces, telle une construction de La Belle au bois dormant, sans le charme nécessaire à la visite d'un prince."

Il s'avère rapidement qu'il y a deux maisons, délabrées, qu'elles sont hantées...et, l'une, plutôt malfaisante.

Assistée de Jean-Pierre Moulin, un agent immobilier hors normes, Gabrielle va peu à peu réaliser qu'elle est investie d'un don de médiumnité, de guérison et de communication avec les morts. Sa vie et la logique rationnelle qui la soutient vont en être progressivement bouleversées. Une métamorphose que la narratrice  décrit avec brio, force images à l'appui et un pouvoir de conviction qui rejoint par bien des liens les observations métaphysiques de Didier van Cauwelaert.

" Ce n'est pas rien de tutoyer l'éternel, .."

Une réflexion plutôt encourageante sur la beauté et la pérennité de la vie

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

 Les brumes des apparences, Frédérique Deghelt, roman, Ed. Actes Sud, mars 2014, 368 pp, 21.8 €

 

 Billet de faveur

 

AE: " Tu sais, ma chérie, quand on comprend qu'on ne peut pas être détruit parce qu'on est fait de lumière, ..." déclare  la délicieuse Francesca à sa nièce Gabrielle.

Vous adhérez, vous, Frédérique Deghelt à cette vision de l'éternité de notre âme? 

Frédérique Deghelt: Il y a des livres qui nous changent, nous malmènent et nous emmènent sur des chemins que nous ne voulions pas prendre. Au delà des apparences, se trouve ce qu’on pourrait appeler l’âme qui n’est ni l’esprit, ni l’intelligence. C’est une sorte d’intériorité qui, selon les personnes, est étouffée ou peut s’exprimer librement. Quand on l’étouffe, elle se rebelle et convoque le corps qui crie misère. C’est ce que j’ai découvert en écrivant ce roman, en faisant le lien entre les 42 livres lus et les témoignages divers que j’ai recueillis. Et puis le travail des invisibles, les petites voix qui soufflent a été phénoménal et troublant. Je fus accompagnée par une bande d’éternels !

AE: votre écriture est belle, imagée,  rythmée. Vous énumérez, fin d'ouvrage, la liste des extraits musicaux qui l'ont soutenue.  La musique est-elle indispensable à votre travail? 

Frédérique Deghelt: Indispensable oui. Bien que je n’en écoute jamais au moment même où j’écris. Les musiques citées à la fin du roman sont en quelque sorte une bande son qui accompagne les mois d’écriture dans les moments où je n’écris pas. Mais c’est quand on n’écrit pas que le livre s’écrit. Au moment même où l’on trace, on imprime ce qui est prêt !

AE: Question rituelle de nos billets de faveur, en quoi consiste votre madeleine de Proust:

Frédérique Deghelt:  Á retrouver avec le plus de vérité possible, les sons de l’enfance, les saveurs, les visions. C’est un voyage dans les émerveillements liés à la découverte première.

 

 

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