19 07 14

Horizon

Après la parution du récit autobiographique Même le silence a une fin (Ed. Gallimard, sept. 2010 - chronique sur ce blog) Ingrid Betancourt publie un premier roman, aux accents très personnels.

" Ce qui t'est arrivé, ma grand-mère l'appelait "le troisième oeil" C'est un don. Comme un grand cadeau. Seules quelques petites filles de notre famille le reçoivent.. Moi je l'ai reçu, toi aussi, mais personne d'autre. Nous ne savons pas qui nous donne ce cadeau, nous savons seulement que c'est toujours un peu difficile de l'avoir."

Dotée d'une particularité génétique - elle la partage avec sa chère grand-mère Mama Fina-  Julia possède une  vision prémonitoire des événements et dangers qui vont s'abattre sur elle et son entourage.

"Non. Nous ne sommes pas comme cela!"

Séquestrée et torturée par les agents de la junte militaire qui prirent le pouvoir, en Argentine, en  mars 1976, elle est parvenue à reconstruire sa vie, avec son fils, Ulysse, né durant sa captivité.  Ce n'est pas le cas de Théo, son mari, dont elle cherche la trace de longues années durant...

Alternant les flashbacks sur les années '70 et l'actualité des années 2000, la relation se fait quête. Quête d'une possible réunion du couple, catharsis des horreurs endurées.

Une percée de douleur et d'espoir  sur un pan sanglant de l'Histoire argentine.

La ligne bleue, Ingrid Betancourt, roman, Ed. Gallimard, juin 2014, 368 pp

AE

 

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30 06 14

Surtout pas !

Demain j'arrête !, de Gilles Legardinier, lu par Ingrid Donnadieu 

 

Pas question !

Vous connaissez ma nouvelle passion pour les livres audio....

Un mode de lecture qui accompagne  depuis peu de nombreux trajets en voiture - quand je suis seule - et les interminables séances de repassage hebdomadaire...

Alors, pour la longue route des vacances qui se profile à votre horizon, je me fais une joie de vous conseiller un petit bijou d'audition, d'humour, de tendresse, de bien-être au monde, tout simplement.

Intriguée par le patronyme incongru d'un nouvel habitant de l'immeuble - Ricardo Patatras - Julie,  la narratrice, une jeune femme de 29 ans tente d'en percer l'identité et  d'en sonder  la  personnalité. Elle en tombe raide amoureuse, habitée par cet aimable et beau jeune homme, jusque dans ses moindres pensées.  Pour lui plaire, elle se sent prête à gravir des montagnes,  à enchaîner, dans une même foulée..de jogging, gaffes et actes héroïques.

Mené avec brio, le récit défile plans, chapitres courts  et situations cocasses  selon un rythme sautillant, merveilleusement négocié.   Mélodieuse, pourvue de registres adaptés à chacun des protagonistes, la voix d'Ingrid Donnadieu nourrit le texte d'intonations idoines... Elle nous devient amie. Gilles Legardinier aussi qui trace le portrait loufoque et attachant d'une si belle humanité...

 Apolline Elter

Demain j'arrête , Gilles Legardiner, roman, Ed. Fleuve noir, 2011, Audiolib, janvier 2014 - interprétation d'Ingrid Donnadieu  - 78 plages - durée 8h50

Billet de faveur

AE : Gilles Legardinier, votre roman entier se déroule dans la tête de Julie, une jeune femme. Nous pourrions toutes nous retrouver en elle.Comment faites-vous pour restituer à ce point la psychologie féminine, dans ses méandres, ses hyperboles ?

Gilles Legardinier :Mon roman est effectivement écrit à la première personne par une jeune femme. J’ai reçu beaucoup de questions et de commentaires à ce sujet. Cela me touche et m’honore. Les hommes ont la réputation de ne pas comprendre les femmes… Le métier d’un auteur consiste pourtant à se glisser dans la peau de personnages qu’il n’est pas. Tous mes valeureux confrères qui écrivent sur des tueurs psychopathes n’en sont pas – enfin pas toujours ! Pour comprendre un personnage, il faut se placer de son point de vue, observer, écouter et aimer. S’agissant des femmes, ce n’est pas un problème pour moi, au contraire. Depuis que je suis petit, je vous regarde, avec bonheur. Et puis je crois que même si nos codes d’expression sont différents, sur le fond, les femmes et les hommes ont besoin des mêmes bases : affection, loyauté, sécurité… Nous ne l’explicitons pas du tout de la même manière mais nous ne sommes pas aussi opposés que certains le prétendent. Je l’ai découvert grâce au regard des lectrices sur mon livre, et c’est une découverte fantastique !

 AE : Vous publiez un livre à la rentrée, sur la vengeance, au féminin… Pouvez-vous nous en toucher un mot ?

Gilles Legardinier :« Ça peut pas rater ! » raconte l’histoire de Marie, qui a toujours été une femme gentille, tournée vers les autres, toujours prête à se servir en dernier et à qui cela n’a rapporté qu’une rupture injuste. Elle a tout donné à un sale type. Elle est arrivée au bout de ses illusions, elle se prend tout dans la figure. Maintenant qu’elle ne croit plus en rien, elle règle ses comptes, avec son ex à qui elle ne va rien épargner, et avec les hommes en général. Mais la nature d’une femme ne peut pas se résumerà la guerre, et puisque ses rêves sont morts, elle va enfin pouvoir découvrir ce qui compte vraiment… J’espère que vous allez rire et ressentir autant que moi en l’écrivant. Écrire ce livre a été un bonheur. 

 AE : Quelle est votre madeleine de Proust ?

Gilles Legardinier :Très franchement, je ne crois pas en avoir. J’ai besoin du présent, du vivant, des gens. Je ne suis pas du tout tourné vers le passé même si je n’oublie rien. Ma madeleine de Proust, c’est le futur. Je suis impatient de ressentir, de partager, et je crois que la fin commence à venir lorsque l’on se dit que c’était mieux avant. J’ai eu une enfance heureuse mais je n’ai pas eu une vie simple. Tout a été riche, fort, structurant, douloureux souvent. Je n’oublie jamais que si on se donne à fond, demain sera meilleur.

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28 06 14

Sur la route de la vie

Marc Levy aime les titres énigmatiques, les vieilles (voitures) Américaines aussi, ... peut-être...

S'invitant dans l'Oldsmobile ancêtre de Milly, une jeune employée...routlinière , de l'université de Philadelphie, aidée par la force de conviction de son revolver et d'une réelle sympathie pour la jeune femme, la quinquagénaire Agatha va parcourir les Etats-Unis, propulsée par une quête vitale.  

Echappée de prison, à quelque cinq  années du terme de sa peine, elle retrouve, un à un, les membres du groupe estudiantin révolutionnaire, pour lequel elle a payé trente années de prison, coupable expiatoire d'un crime qu'elle n'a sans doute pas commis. Un carnet existe, écrite de la main de sa soeur défunte qui pourrait la blanchir.

"La liberté n'est pas un jeu, c'est une nécessité, il faut en avoir été privé pour comprendre ce qu'elle représente."

Périple à travers les Etats-Unis, voyage à travers le temps, les années "Nixon" et la soif de justice de la beat génération, de ses émules postérieurs, le nouveau  roman de Marc Levy construit une complicité intergénérationnelle, entre deux femmes liées par un secret

Une autre idée du bonheur, Marc Levy, roman, Ed. Robert Laffont/Versilio, avril 2014, 404 pp

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27 06 14

Nadia C.

 

Couverture"

 "L'échange entre la narratrice du roman et la gymnase reste une fiction rêvée, une façon de redonner la voix à ce film presque muet qu'a été le parcours de Nadia C. entre 1969 et 1990"
 

Fascinée par la prouesse historique de la gymnase roumaine durant les J.O de Montréal en 1976, Lola Lafon se glisse dans son enfance, ses chaussons et l'entraînement intensif, nourri d'obéissance et d'une volonté hors pair qu'elle suivit, dès l'âge de 8 ans, auprès de Bela Karoly. Ce faisant, elle confronte son enquête, ses doutes, son processus d'écriture même à des mails et conversations fictives entreprises avec Nadia C.

" Ces premières années, c'est son organisme qu'elle construit méticuleusement, s'assurant de l'efficacité des jointures et des détails avant utilisation. Si on la réprimande, elle écoute, une ingénieure soucieuse de corriger les défauts de l'installation, sérieuse jusqu'à en paraître terne"

Adulée d'un public qui ne veut pas la voir grandir, se féminiser, Nadia Comaneci souffre son ingratitude en même temps que la puberté. 

Icône du régime communiste dirigé par Nicolas Ceaucescu , Nadia consacre la réussite suprême des méthodes éducatives. Et de fait,la vie occidentale et ses innombrables tentations ne lui auraient peut-être pas permis cet ascétisme implacable.

Il en demeure qu'en décembre 1989  Nadia quitte la Roumanie précipitamment, quelques jours seulement avant l'exécution conjointe d'Eelena et Nicolas Ceaucescu..

Subtilement orchestré, cette biographie romancée nous semble digne du plus grand intérêt..

Le roman a obtenu, en avril, le prix convoité de La Closerie des Lilas.

Je vous en recommande vivement la lecture audiolibresque, soutenue par la voix harmonieuse, posée -on croit entendre Brigitte Fossey - délicieusement scandée de Chloé  Lambert

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon, roman, Ed. Actes Sud, janvier 2014, 318 pp - Audiolib, juin 2014, 7h21

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26 06 14

British, of course

" Dans une  note datée du 3 juin 1954, l'ambassadeur de Belgique à Londres transmettait au gouvernement de sa Majesté une invitation. Elle le conviait à participer à une nouvelle Foire mondiale, que les Belges appelaient l'Exposition universelle et internationale de Bruxelles 1958"

Et c'est ainsi qu'au printemps 1958,   Thomas Foley, rédacteur adjoint auprès du Ministère britannique de l'Information et jeune père de famille, est envoyé à Bruxelles, pour une durée de six mois, aux fins de superviser le fonctionnement du pub intégré au Pavillon britannique, étendard de culture et ..d'échanges.

Grisé par les rencontres que l'événement provoque, le jeune homme en oublie (presque) sa fidélité conjugale, tandis que le roman prend peu à peu le tour d'un roman d'espionnage: nous sommes en pleine Guerre froide. Censée rapprocher les nations, l'Exposition universelle est également terreau de haute suspicion.

Nourri d' humour - british, of course - et d'un rythme délicieusement maîtrisé, le roman promène le lecteur à la découverte d'un événement majeur, vitrine des nations tant pour les étrangers que pour leurs ressortissants.  Il agit, à l'instar des célèbres Lettres persanes (Montesquieu) comme révélateur du regard anglais de l'époque sur une certaine excentricité belge.

Le texte jouit, de surcroît, d'une excellente traduction.

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter

Expo 58, Jonathan Coe, roman traduit de l'anglais par Josée Kamoun, Ed. Gallimard, janvier 20174, 330 pp

 

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21 06 14

Mémoires de la Grande Guerre

Mu par un devoir de mémoire , nourri d'un sentiment de honte face à l'absurdité de l'immense boucherie que constitua la Grande Guerre, Antoine Compagnon nous propose une anthologie, judicieusement arbitraire, très bien structurée, d'extraits de romans, journaux, lettres, poésies, relatifs à la Grande Guerre.

Répartis en 5 grands thèmes - l'été 14, l'installation du front et de la guerre de position, les échelons, l'arrière-front et la mémoire (persistant jusqu'à 50 ans plus tard)  de l'après-guerre, les extraits consacrent des écrits  moins connus des grands écrivains, Guillaume Apollinaire, André Gide,  Stefan Zweig, Roger Martin du Gard, Blaise Cendrars,  Maurice Genevoix, Roland Dorgelès, Henry de Montherlant, Pierre Teilhard de Chardin, Pierre Drieu de la Rochelle, Jean Giono, Joseph Kessel , Jean Cocteau,  Ernest Hemingway, Louis Aragon, Marcel Proust, Rudyard Kipling, William Faulkner ..., d'écrivains quelque peu oubliés,  Paul Chack, Jean-Richard Bloch,... ou inconnus aux régiments,   mais aussi, et ce n'est pas sa moindre qualité, ils font parler les femmes, Colette Katherine Mansfield, Virginia Woolf, .... et les enfants, tels Marguerite Yourcenaer,  Léopold Sédar Senghor,  Albert Camus qui n'avait qu'un an au début des hostilités: 

" C'est à ce moment qu'il lut sur la tombe la date de naissance de son père dont il découvrit à cette occasion qu'il l'ignorait. Puis il lut les deux dates, "1885-1914" et fit un calcul machinal: vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l'ébranla jusque dans son corps. ll avait quarante ans. L'homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui." ( Le Premier Homme, Ed (posthume) Gallimard 1994) 

Cette riche anthologie est soutenue d'une chronologie des principaux événements de la Grande Guerre.

Apolline Elter 

 

  La Grande Guerre des écrivains, d’Apollinaire à Zweig,  Textes choisis et présentés par  Antoine Compagnon,  Folio classique, avril 2014, 842 pp

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19 06 14

Un Geel haut en couleurs

toutes les couleurs du monde - Giovanni Montanaro

 " Peut-être qu'un jour je déchirerai tout moi aussi, , je détruirai cette lettre mot après mot, avec application, afin que chaque phrase me coupe, me blesse."

Lettre-fleuve adressée par Thérèse Sansonge, jeune femme abusivement taxée de folle, à Vincent  Van Gogh, le roman imagine un séjour effectué par de dernier, entre août 1879 et juin 1880 dans le bourg au nom coloré de Geel (qui signifie "jaune" en flamand. Connu pour la cohabitation, depuis le Moyen Age, et en toute liberté,  de fous et de sains d'esprit, Geel aurait nourri la palette chromatique du célèbre peintre, aurait eu sur lui, comme sur Thérèse Sansonge, un effet salvateur.

Ce probable passage de Van Gogh à Geel, entre le 14 août 1879 et le 22 juin de l'année suivante - période qui ne porte pas trace de lettres - serait-il la clef de compréhension de son oeuvre. C'est le postulat de l'auteur

AE,

Toutes les couleurs du monde Giovanni Montanaro, roman traduit de l'italien par Camille Paul, Ed. Grasset, avril 2014, 204 pp

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17 06 14

France, je vous aime..Syrie, aussi

La Syrie promisePoint de départ de cet échange fictif de courriels entre Hala Kodmani et son père décédé en 2008, la question de l'identité nationale . En cela, il s'ancre dans la même réflexion que celle qui avait présidé au 21 rue de la Boétie, d'Anne Sinclair (voir chronique sur notre blog) .

Etablie en France dont elle possède la nationalité et "rattrapée après plus de cinquante ans de négligence"" par le pays "qui n'était que celui de mes origines" , l'auteur en appelle à son père, à son expérience de vie, son passé syrien, sa prise de conscience nationaliste à son adolescence... pour tenter de comprendre, à la lueur de ce dialogue subtil et enjoué, la portée des récents soulèvements, en Egypte, Tunisie, Lybie et Syrie, notamment, le rôle des réseaux sociaux dans la révolution arabe.

Ce faisant, elle adresse à la France, une vraie ode de reconnaissance.

AE

La Syrie promise, Hala Kodmani, correspondance, Ed. Actes Sud, Sindbad, mars 2014, 214 pp

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14 06 14

Poignant

 

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"C'était extravagant, théâtral, mais tellement funky d'avoir une maman pas comme les autres"
 

Récit autobiographique - malgré que quelques noms soient déguisés - l'ouvrage de la comédienne Gwendoline Hamon résonne d'une infinie tendresse pour Caroline Anouilh, sa maman, décédée voici cinq ans d'un "cancer de négligence".

Catharsis d'une histoire familiale chargée - on ne naît pas impunément petite-fille de Jean Anouilh, fille d'une mère si déconcertante et parfois orientée à l'Ouest .. -  le récit épouse les dernières semaines de vie, de soins tantôt sordides, tantôt subliment palliatifs,  d'une malade en proie au déni radical du mal qui la ravage.

Il y a du Mouche'(Marie Lebey - billet de faveur en vitrine du blog) du Rien ne s'oppose à la nuit (Delphine de Vigan - idem)  de l'empathie certaine,  dans cet hommage bouleversant qu'une fille  porte à sa maman.

Il y a surtout beaucoup d'amour.

Apolline Elter

Les dieux sont vaches, Gwendoline Hamon, récit, Ed. JCLattès, mars 2014, 252 pp

 Billet de faveur

AE : Avec le recul, Gwendoline Hamon, que retenez-vous de ce déni  imposé par votre maman sur la gravité de son mal. Etait-ce pour vous protéger ? A-t-il eu un effet séparateur ou au contraire, vous a-t-il rapprochées ?

Gwendoline Hamon :Le déni  c’est la  « foi » poussée à l’extrême et c’était une femme de «foi». Elle croyait si fort en la  puissance de la vie que la sienne et les certitudes qui l’habitaient étaient inébranlables et l’ont portée envers et contre toutes tentatives de sauvetage que j’ai pu tenter mille fois dans notre relation. Elle s’est protégée, carapacée dans ce déni qui lui a permis de continuer à avancer, à croire en elle, à ne pas être «la petite fille que personne dans la famille ne prenait au sérieux».  D’une certaine façon, ma mère nous a protégés de plusieurs années de soins tristes et lourds qu’elle aurait dû recevoir au vu de la gravité et de l’avancement de son cancer, et les deux dernières semaines avant son départ, je crois, pour en avoir parlé avec la nounou de mon fils à laquelle elle s’était confiée , qu’elle avait compris et qu’elle préférait pour éviter des larmes, des explications, de la culpabilité que nous ne soyons pas au courant. Cela lui permettait également d’éviter une fin « glauque » et peut être de nous avouer sa fausse route. Elle a gardé sa dignité et son autorité de «mère» qui décide.

L’important n’était plus la vérité, mais la sincérité de nos regards, de nos gestes, de notre amour les unes pour les autres.

 

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07 06 14

Jeunesse, Genèse de Françoise Sagan

 

" Ce sont les derniers moments de sa vie où le visage de Françoise n'est pas celui de la célébrité"

Denis Westhoff voulait que par une sorte de fusion littéraire et amicale, un écrivain retrouvât la Françoise Sagan de début 1954, celle qui dépose son manuscrit auprès de trois maisons d'éditions célèbres, Gallimard, Plon et Julliard, celle qui n'est pas encore happée par le tsunami de la gloire...

Denis Westhoff est le fils de la célèbre écrivain, décédée voici presque dix ans, le 24 septembre 2004

Il a trouvé en la personne d'Anne Berest, merveilleux porte-plume.

Mixant les éléments biographiques avérés et les sensations vraisemblables en une sorte de journal à deux vies, celle de Françoise Sagan et la sienne propre - elle se relève péniblement d'une séparation conjugale -  Anne Berest se fond, à force de recherches documentaires, d'entretiens avec ses proches, dont son amie Florence Malraux,  et de déplacements  in situ, dans l'âme de la toute jeune fille. Ce faisant, elle nous déroule son travail d'écriture, toutes les questions qu'il provoque

" Je m'installe en elle, comme je m'installe dans des appartements que l'on me prête ces jours-ci.(...] Enfiler la pensée de Françoise Sagan comme des bas de soie- me revêtir de sa vie pour oublier la mienne." 

De la primoromancière dont Jacques Chardonne écrit à Roger Nimier : "Cette jeune fille est de bonne famille, la famille des grands écrivains" se trace un portrait d'audace et culot. Se met en place la légende, celle de la désinvolture, de la Françoise future, celle qui se voit décerner len mai (54) le prestigieux Prix des Critiques, tremplin d'une gloire à jamais éteinte.

Un portrait qui donne une furieuse envie de se (re)plonger dans Bonjour tristesse (Ed. Julliard, 1954) – Je vous en promets chronique pour l’été

Apolline Elter

Sagan 1954, Anne Berest, essai, Ed. Stock, mai 2014, 196 pp

 Billet de faveur

AE : votre enquête se conclut, Anne Berest, d’une lettre adressée à Denis Westhoff, commanditaire de la mission. Quelle fut sa réaction à la lecture de ces pages ?


Anne Berest : Denis est un homme très discret, qui parle peu.
J’appréhendais évidemment sa réaction, car il n’avait lu aucune ligne tout au long de l’écriture du livre. J’avais peur qu’il soit déçu ou interloqué par la forme que j’avais donné à l’ouvrage, mêlant ma vie à celle de sa mère. Après la première lecture, il fut somme toute peu bavard, comme à son habitude. Il m’a dit qu’il aimait le livre mais que nous aurions l’occasion d’en parler… cette occasion s’est présentée en direct, à la radio ! C’est devant des milliers d’auditeurs que j’ai senti qu’il avait sincèrement, profondément, aimé le livre qu’il m’avait commandé. Je fus soulagée !

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