01 02 14

Sidérant

".

"... dans son bureau, au revers de la porte, il a scotché la photocopie d'une page de Platonov, pièce qu'il n'a jamais vue, jamais lue, mais ce fragment de dialogue entre Voïnitzev et Triletzki, récolté dans un journal qui traînait au Lavomatic, l'avait fait tressaillir, comme tressaille le gamin découvrant la fortune, un Dracaufeu, dans un paquet de cartes Pokémon, un ticket d'or dans tablette de chocolat. Que faire Nicolas? Enterrer les morts, réparer les vivants."

La naissance d'un pont avait signifié la qualité d'écriture de Maylis de Kerangal. Ce nouveau roman, colossal, fait l'unanimité de la critique, portant son auteur au panthéon des écrivains contemporains.  

Bernard Pivot himself,  se déclare sidéré, qui affirme en sa chronique du 12 janvier (in le Journal du dimanche) "  Car ce livre est un roman, un vrai roman, un très grand roman, un extraordinaire roman qui classe désormais Maylis de Kerangal parmi les écrivains majeurs du début du XXIe siècle. Fluidité et complexité du récit, art du portrait, maîtrise de la psychologie, art des descriptions des visages, des vêtements, des lieux, repères toujours significatifs, empathie sans jamais tomber dans le pathos. Et puis une écriture très originale, la richesse du vocabulaire mêlant avec saveur mots scientifiques et populaires…"

C'est dire

Choqués, violentés par l"annonce du décès cérébral de Simon Limbres, suite à un accident de voiture, Marianne et Sean, ses parents se voient aussitôt,  mais avec tact, proposer de souscrire au don d'organes.  De leur décision dépend la mise en action d'une complexe entreprise de solidarité humaine.

" Que deviendra l'amour de Juliette une fois que le coeur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce coeur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculés cà et là dans un élan d'enthousiasme ou de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres? "

Un sujet délicat - une thématique, une réflexion à laquelle chacun de nous peut être confronté. Encore faut-il le traiter avec humanité. Un exercice périlleux que l'auteur réalise magistralement: sondant le coeur, l'âme des protagonistes, personnel médical compris, Maylis de Kérangal en décrit les flux, reflux avec précision. Les descriptions des cadres, lieux, événements, .. participent de cette même exigence scripturale. Résonnent d'une amplitude peu commune.  Quelques envolées lyriques, sobres, cadencées, ont des accents dignes d'Emile Verhaeren

" A deux cents mètres du rivage, la mer n'est plus qu'une tension ondulatoire, elle se creuse et se bombe, soulevée comme un drap lancé sur un sommier. Simon Limbres se fond dans son mouvement, ..."

Vous l'aurez compris, je suis conquise.

Impressionnée

Apolline Elter

 Réparer les vivants, Maylis de Kerangal, roman, Ed. Verticales, janvier 2013, 282 pp

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

30 01 14

Bernard

"D'emblée, notre histoire a mal commencé: ils ont décidé de m'appeler Bernard"

La veine préférée de David Foenkinos est celle de la banalité dans sa plus extrême expression, de la vie dans sa plus affligeante normalité. Son héros de prédilection: l'anti-héros qui subit, en victime obligée, les aléas cumulés de la guigne. Tel Bernard, terne quinquagénaire, gestionnaire de fortune au sein d'une petite banque, marié à Nathalie, père d'Alice, leur fille unique, prête à quitter le nid...

" J'ai traversé cette soirée à la façon d'un souvenir dans la vie d'un amnésique"

Et voici que par un enchaînement inexorable de petites brimades et de grandes catastrophes, Bernard  perd emploi, épouse et le sou. Il se voit obligé d'échouer chez ses parents, un couple insipide et routinier - d'endosser patins à parquet et l'infantilisation inéluctable que la situation génère.

Enchaînant les déboires en séquences cocasses et incongrues, David Foenkinos nourrit sa plume d'images insolites, métaphores créatives qui en rendent la lecture des plus savoureuse.

La tête de l'emploi, David Foenkinos, roman, Ed J'ai Lu (Inédit -grand format), janvier 2014, 282 pp, 13.5 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 01 14

Mise sur étal

entretien_cover.jpg

Sous le prétexte narratif d'un entretien avec un inspecteur de police, Lucille  délie, par bribes et flashs,  le fil de sa vie.

Une vie  de poupée, inconsistante,  focalisée sur sa seule beauté et la soumission à un mari brillant, macho et passablement détestable.

"  Le savoir-plaire était du savoir-vivre, y défaillir était déchoir.Dans mon cercle, les femmes étaient les premières instigatrices de cette mise sur étal érigée en système, sexes offerts à la convoitise masculine, qu'il convenait de voiler du non-dit"

Fustigeant les travers d'une société réduite à la dictature des apparences et contrats relationnels implicites , la narratrice découvre, par la rencontre avec Jean-Symphorien, un ambassadeur  veuf et fané, qu'il est une autre vie.  Une vie faite de culture et de relations vraies . Ce faisant, elle se réveille et révèle à elle-même .

Monologue vivant, joliment imagé, au rythme maîtrisé, transitions bien ficelées, le roman d'Ida Jacobs se déguste avec bonheur,  évoquant par bien des accents, la plume brillante et dense  de la regrettée Jacqueline Harpman.

Une belle découverte.

Apolline Elter

L'entretien, Ida Jacobs, roman, Ed. Caïra, oct.2013,  176 pp, 15 €

 Note d'acquisition: distribué dans une série de librairies desservies par les AMP (Messageries de la presse) - l'ouvrage peut être commandé - franco de port - auprès des éditions Caira : @ info@caira-editions.be 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 01 14

Prix Rossel 2013

 

 Un titre qui fleure les collections enfantines à la Roger Hargreaves...

Un propos qui, sous le couvert de la fraîcheur, de la sobriété et d'une enquête méthodique sur ses origines familiales, rend bel hommage à la personnalité énigmatique et attachante du père de l'auteur, Chaïm Berenbaum, pharmacien, concepteur de potions miraculeuses.

Juif polonais,   constamment "persuadé de l'avenir radieux de la planète", celui qui se fera appeler Hubert Berenboom arrive en Belgique en 1928,  décroche diplôme de pharmacien et épouse la superbe  et opiniâtre Rebecca Bieniakonski , de 8 ans sa cadette. Sauvé de la persécution juive durant la guerre par emprunt de l'identité bien belge de Janssens et celui de multiples cachettes,  le couple donne naissance en 1947 à Alain, leur fils unique.

" Alors dites-moi comment je m'appelle. Et de qui je suis vraiment le fils?  Je me console en pensant que de tous les Berenbaum, je suis le Berenboom préféré de mon père. Berenbaum, une famille avec une identité à géométrie variable"

Décidé à s'en tenir scrupuleusement aux faits avérés d'un passé qui lui a été largement tu, Alain Berenboom invite le lecteur au coeur de sa quête identitaire, religieuse, au coeur palpitant  d'une histoire familiale, nourrie d'amour, de  souvenirs rares et  émouvants,  de paradoxes, d'énigmes et de supputations. Il use, pour ce faire, de son talent d'enquêteur, de conteur et cette simplicité joviale qui rendent la lecture de son témoignage particulièrement attrayante.

 Un Prix Rossel largement mérité

Monsieur OPTIMISTE,  Alain Berenboom, récit, Ed. Genèse, oct. 2013, 242 pp, 22.5 €

Billet de faveur

AE : Votre naissance, la flamandisation du patronyme Berenbaum  intègrent pleinement le couple de vos parents en leur terre d’élection. Une intégration que votre maman opérera tout aussi  farouchement par le biais de la table…

Alain Berenboom : Lorsque mes parents à la fin de 1941, furent obligés de se cacher pour échapper aux rafles, ma mère se lança dans une activité littéraire surprenante: elle écrivit un livre de recettes de cuisine. Des recettes de cuisine plus belge que nature, qui nécessitaient, pour leur préparation, des ingrédients absolument impossibles à trouver en pleine guerre et surtout dans la situation dans laquelle ils survivaient.

C'était le message que ma mère avait jeté à la mer: son appartenance à la Belgique par l'estomac."

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

23 01 14

Un vrai Beauregard

"L'émotion est comme un ascenseur qui n'arrête pas de monter. Il n'y a que les larmes pour le faire redescendre."

Gilles Paris aime emprunter la plume de l'enfance, observateur bienveillant d'un monde adulte, de ses comportements et tourments.

Victor Beauregard, le narrateur  a 9 ans. Il vit à Bourg-en-Bresse, avec Alicia, sa grande soeur,  choyé de ses deux mamans, Claire, sa maman biologique, libraire et bibliophage acharnée et Pilar, peintre argentine. François, le père, vit à Paris, sorte de Peter Pan qui tente péniblement d'entrer dans le monde des adultes responsables.. Jamais il ne se rend au Cap-Martin où sa famille recomposée passe l'été.

Incarné par Tom et Nathan, un mystérieux couple de jumeaux, le passé de la résidence d'été, de sa propre famille,  va surgir à la conscience de l'enfant. Il tente d'en percer le secret, aidé de Gaspard Clerget, son nouvel ami, de  Justine de Vallon-Tonnerre, dont il est épris et des apparitions lumineuses de lucioles éphémères.

" Les secrets, Victor, c'est comme les coquillages qui refusent de s'ouvrir. On ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur."

Empreint de fraîcheur, de tendresse et de la mûre indulgence de l'enfance, le roman se présente comme une passerelle avenante vers l'âge adulte.

L'été des Lucioles, Gilles Paris, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson,  23 janvier 2014, 222 ppn 17 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 01 14

La symphonie de l'homme slave

9782260020714.jpg

"C'est parce que cette histoire est vraie en tout point - à d'infimes détails près - que la romancière que je suis a voulu la raconter. Pour en extraire la réalité romanesque, et la restituer, la partager, dans sa nudité, sa beauté, sa cruauté, et sa douceur"

L'année 2014 s'ouvre sur un récit colossal, journal d'un amour absolu, irrépressible, heureux et délétère à la fois, qui propulse la narratrice, âgée alors d'une vingtaine d'années dans les rets casanovistes de son  professeur d'art dramatique,  Francis M, de 27 ans son aîné.  Procédant de distances et fusions, livrée sans filtre et surtout sans filet,   la relation donnera naissance à Samuel et  s'éteindra en 2002 avec  le décès du metteur en scène.

Petit carnet Super Conquérant parme

13-08-2002

Il va me manquer.

J'aime l'enfant que nous avons eu ensemble.

J'ai aimé immensément cet homme."

 Une lecture qui vous laisse plume bée, tant l'écriture fluide, soignée,  sincère, directe, précise, chirurgicale par moments, subtilement  imagée,  progressant de  touches affinées, mouvements symphoniques, revirements, contrastes, humour et oxymores, ... suscite l'empathie, la résonance, l'adhésion scotchée de quiconque éprouve - ou l'a fait - le sentiment amoureux.

"Avec lui, j'ai tout arraché de moi. Comme un torrent. Ou plutôt comme un vertige. Un jeu. Comme quand on mise tout sur le 20 et qu'on attend, au bord de l'abîme."

Un récit majeur, je vous le certifie.

Apolline Elter

N'oublie pas les oiseaux, Murielle Magellan, roman, Ed. Julliard, janvier 2014, 342 pp, 21 €

  

Billet de ..ferveur

 

AE :  S’il est à une voix, votre récit, Murielle Magellan,  a des allures symphoniques : il orchestre narration, bribes de carnets intimes, de cahiers de liaison et billets doux en une œuvre à huit mouvements.  Vous auriez pu aussi l’’intituler, selon votre expression, La symphonie de l’homme slave ?

Murielle Magellan : Oui, c'était d'ailleurs son premier titre. Mais il avait des airs de fausses pistes et... je me sentais un peu "exclue" de ce titre là! C'est en échangeant avec la romancière Véronique Olmi que le titre "N'oublie Pas Les Oiseaux" a émergé. Quant à l'aspect musical, vous avez raison, il est  je crois très présent  dans ce livre et dans mon écriture en général. J'aime les chants et les contre chants, j'aime les variations de rythme, les respirations, les pause et les demi-pause.  J'aimais aussi l'idée que la voix de celui que j'appelle "L'homme Slave" soit présente dans ce livre. Même si c'était par petites touches, au travers des billets doux et du cahier de liaison.  En peu de mots, il me semblait qu'il arrivait à "être là".

AE : Quel a été votre moteur d’écriture : L’amour ?  Un hommage à un être hors du commun, père de votre enfant ? La volonté d’épuiser par les mots tout ce que cette relation avait de fort, de beau et de …délétère. Pour pouvoir, tel le phénix renaître de ses cendres ?

Murielle Magellan :   

Mon moteur personnel était de me mettre à jour avec ceux que j'aime. Mon fils, mon compagnon actuel, certains amis. Leur dire, autrement que dans une conversation de comptoir, ce que  j'avais vécu et pourquoi  je suis "comme ça" aujourd'hui. Aussi, rendre hommage à "l'homme slave", envers qui je me sentais en dette, et dont le temps qui passe me confirmait qu'il était vraiment, malgré tout, un être rare.

Mon moteur littéraire, c'est le plus important, était de trouver la bonne manière de déposer ce récit aux personnages complexes, moi, lui, avec la plus grande lucidité, et la plus grande tendresse possible, de façon à ce que le lecteur soit pris de l'intérieur et dépossédé de son inclinaison à juger, à trancher, bousculé dans ses certitudes,  et seulement  enclin à s'étonner. Car il me semble que quand on s'étonne, on est en vie comme un enfant, on est sauvés!! L'étonnement est mon carburant numéro 1.  Au passage, j'espérais qu'on se consolerait ensemble, avec ce texte, de nos grandeurs et misères affectives...

AE : Cet amour vous a, pour une part, construite. Il semble avoir aussi éveillé « l’homme slave » à lui-même , réveillant et révélant en lui des « choses enfouies ».

Murielle Magellan : Oui, cet amour m'a construite, indéniablement. Il a été mon chemin initiatique. J'étais un terrain vierge, une ingénue curieuse et observatrice qui se découvrait peu à  peu dans le regard de l'autre, puis qui s'est séparé du regard de l'autre pour s'affirmer.  Se définir. C'est aussi ça que je voulais raconter.

Pour "L'homme slave", sans doute oui, ai-je ranimé pendant un temps en lui des "choses" auxquelles il avait renoncé. Auxquelles il ne croyait plus.  Que le temps et le cynisme ambiant avait recouvert. Je crois que ça a été précieux pour lui aussi. Mais ses démons n'avaient pas dit leur dernier mot... 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 01 14

La conscience de la mort

Concues comme cinq discours séquentiels, adressés à des amis - en ce compris le lecteur,-  les méditations de l'académicien franco-chinois proposent une vision  positive de la mort. A l'instar de Rainer Maria Rilke ,  il incorpore la mort dans le principe même de la vie, justifiant de ce fait la beauté d ce cadeau qui nous est donné: "au lieu de dévisager la mort à partir de ce côté de la vie, envisager la vie à partir de la mort" , une mort "conçue non comme une fin absurde mais comme le fruit de notre être."

Appelant à cette solidarité foncière  qui nous unit face à la vie, au temps et à la mort, l'écrivain étaie son propos de références philosophiques, religieuses, ethniques, maximes,  citations, poèmes,... saisissantes intuitions d'une réalité qui nous dépasse, manifestes révélations d'une culture abyssale.

" Je parle de la conscience de la mort et non de la mort effective. Vous l'aurez compris, je ne fais donc absolument pas l'apologie de la mort. Il s'agit au contraire d'assumer plus lucidement la vie, de vivre pleinement."

Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, François Cheng, essai, Ed. Albin Michel, oct. 2013,  180 pp, 15 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 01 14

Mehdi répond aux lettres de quelques fans..

Qui n'a été amoureuse de Mehdi, l'ami de Belle, craquant bonhomme qui évoluait parmi les hommes, quand ce n'était à bord de la Mary-Morgane... aussi beau que buté, grand frère en âge, petit, à l'écran. Qui n'a prêté l'oreille aux rumeurs délétères qui entourèrent sa supposée disparition de la scène médiatique? 

"Confusion des sentiments, confusion des événements...Il fallait remettre de l'ordre dans tout cela, démêler le vrai du faux. C'est pourquoi, cinquante ans après, j'éprouve le besoin de dérouler la bobine de ma drôle de vie"

Une bobine fameusement captivante.  

Sous le prétexte de répondre à quelques-unes des innombrables missives que lui valait sa célébrité, Mehdi El Mezouari  El Glaoui, âgé aujourd'hui de cinquante-sept ans, délie sa langue et le fil de sa vie. Une vie marquée par la difficile gestion d'une célébrité précoce et d'une relation fusionnelle, à sa mère, Cécile Aubry.

Un témoignage surprenant de sincérité, d'ouverture et même d'humilité.

Emancipé avant l'heure, Mehdi part à la conquête de sa liberté, de son identité, multipliant les  petits boulots précaires et grandes rencontres amicales. La quête de ses origines marocaines - Mehdi est le fils d'un caïd de Ouarzazate  lui-même fils d'un pacha, dont la prospérité a pris fin avec celle du protectorat français - lui révèle les secrets de son sang mais aussi la complexité de porter un nom à ce point ...investi quand on ne parle pas la langue du pays.

"Mon nom est un passeport pour les vérifications en tout genre, les petites vexations et les innombrables pertes de temps. Je suis Le Marocain en France. Et LE Français au Maroc. Petit Blanc, chez les uns, petit Beur, chez les autres."

Césarisé en 1985 pour la production d'un court-métrage, Première Classe, Mehdi El Glaoui poursuit sa carrière sur les planches, devant et  derrière la caméra. Marié à  l'actrice Virginie Stevenoot, orphelin de   "Pucky", sa maman,  décédée en 2010, il endosse le rôle d'André, le chasseur, dans le superbe remake de Belle et Sébastien  produit par Nicolas Vanier (fin 2013 - voir chronique sur ce blog) . Assez remarquable est la bienveillance qu'il manifeste à l'égard de la production et de Felix Bossuet, le nouveau Sébastien.

Décidément, ce récit est pétri d'apaisement, d'élégance et de nostalgie positive.

Ce faisant, l"acteur se montre clairement ouvert à l'avenir, à toute nouvelle proposition

" Je ne voudrais pas que Sébastien soit le seul tube de ma vie. Je voudrais qu'on m'offre la possibilité de m'évader de mon enfance"

Apolline Elter

La Belle histoire de Sébastien, Mehdi, Témoignage, Ed. Michel Lafon, décembre 2013, 240 pp, 17,95 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 01 14

Call the midwife

 

appelez-la-sage-femme.png.jpg

" Pourquoi me suis-je engagée dans cette voie?  Je devais être folle. Je n'avais que l'embarras du choix: j'aurais pu devenir mannequin, hôtesse de l'air, stewardess à bord d'un navire. Ces idées m'avaient trotté dans la tête, et tous ces emplois étaient très bien payés. Il fallait être idiote pour choisir le métier d'infimière. Et maintenant, sage-femme..."

C'est du vécu.

Décédée en 2011, Jennifer Worth a exercé, très jeune,  la profession de sage-femme. Une profession épousée dans l'esprit  d'une Florence Nightingale, la célèbre icône des infirmières.

Engagée par la communauté religieuse de Nonnatus House, Jennifer Worth, parcourt, à bicyclette, au petit jour et à la nuit tombée,  les docks londoniens et les quartiers pauvres de L'East End.  Elle accouche les patientes, dans des conditions d'hygiène souvent difficiles, armée de sa seule science et des moyens de délivrance limités qui sévissent en ces années cinquante.  Les nourrissons viennent compléter des marmailles impressionnantes - l'une des patientes accouche de son 25e enfant  - et des tableaux parfois étonnants de bonheur familial.

Consignant les délivrances et  leur descriptions techniques en un témoignage saisissant, Jennifer Worth inspirera la trame de la série télévisuelle "Call the midwife" 

Apolline Elter

Appelez la sage-femme,  Jennifer Worth, témoignage, traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier, Ed. Albin Michel, sept 2013, 460 pp, 20 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 12 13

Majeur - bouleversant - A lire à tout prix

téléchargement (1).jpgMea  culpa, Mea maxima culpa: il me faut l'avouer , je n'aurais sans doute pas lu Le quatrième mur, s'il n'avait obtenu le Prix Goncourt  des Lycéens .  

Ni Naissance (Yann Moix) du reste, qui remportait le Renaudot ; j'y aurais survécu...

Bouleversant, grandiose, beau,  sobre, majeur.. les mots me manquent pour qualifier ce chef d'œuvre d'humanité,  d'amitié, de plume, de guerre  et de paix. Un roman qu'il faut  lire à tout prix, Sorj Chalandon : MERCI!

Nœud de l'intrigue : un serment d'amitié. Tandis que Sam,  résistant grec, juif de Salonique se meurt d'un cancer,  Georges  (Sorj ?) ,le narrateur, promet à son ami de mener à terme le projet de sa  (fin de) vie : donner à Beyrouth, en guerre – nous sommes en 1982 –, une représentation d'Antigone de Jean Anouilh qui produira une troupe hétérogène, syncrétique, chrétienne, chiite, musulmane, palestinienne, druze ... en une parenthèse sublime et utopique, de paix. L'occasion pour le jeune idéaliste de confronter sa révolte soixante-huitarde, gauchiste, ses préjugés en matière de conflit israélo-palestinien, à la réalité fracassante et absurde de la guerre.

 "Alors, je lui ai raconté Anouilh. Je lui ai avoué Samuel. J'ai expliqué que mon ami avait eu l'idée de voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp."

"Le quatrième mur, c'est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public."   Rempart imaginaire  d'une scène qui sépare la fiction de la réalité, qui doit protéger les personnages du trac, du public, il lui arrive de s'effondrer sur les acteurs. La guerre le veut, qui l' érige parfois infranchissable, irrémédiable couperet entre les populations en paix et celles qui connaissent la guerre.  La découverte de la violence, des exactions sordides et atroces empêchera Georges de vivre normalement parmi les siens à son second retour du Liban.

 " Il ne manquait plus que moi pour faire nous"

Mise en scène, analyse actualisée d'une Antigone créée par Jean Anouilh au plus sombre de la Seconde Guerre mondiale , Le quatrième mur lui donne un souffle nouveau, puissant, époustouflant.

Le style est maîtrisé, soigné,  fluide, imagé, dense et percutant. Simplement grandiose.

Un chef d'œuvre, je l'affirme.

Apolline Elter

Le quatrième mur, Sorj Chalandon, roman, Ed. Grasset, septembre 2013, 332 pp, 19 €

 Billet de ferveur

AE :  Le théâtre est-il lieu de résistance ?   Albert Camus, Jean Anouilh… le voyaient comme un vecteur d’idéaux.

 Sorj Chalandon : Je ne sais s’il est un lieu de résistance. Aucune réplique théâtrale  n’obligera jamais un fusil à se taire. Mais  le théâtre est un autre moyen de raconter la vie et de rester en vie. Monter Antigone à Beyrouth, pour Georges et Sam, est un acte majeur :  Obliger chaque camp ennemi à offrir non un combattant à la guerre, mais un acteur à la paix. Que la pièce soit jouée ou non n’est pas au cœur de cette tragédie. L’essentiel est que des hommes de bonne volonté aient tenté de le faire

AE : Avez-vous connu, rencontré Jean Anouih ?

Sorj Chalandon : Son travail, oui. L’homme, non. Dans ce livre, il offre à Georges une lettre de recommandation pour jouer son Antigone à Beyrouth. Ce fait est de pure fiction. Mais la fille de l’écrivain, très émue par ce texte, m’a dit qu’un tel geste aurait pu être celui de son père.

AE : Le quatrième mur, c’est aussi celui que franchit Georges et qui rend son retour à la paix, parmi les siens,  impossible ?

Sorj Chalandon : Oui. Au-delà du mur invisible qui protège les acteurs des spectateurs au théâtre, j’ai envoyé Georges traverser le mur qui sépare le paix de la guerre, puis la vie de la mort. Georges est un emmuré. Je voulais qu’il ne revienne pas. Contrairement à lui, j’ai fait le chemin inverse, traversé le mur qui me ramenait à la vie et à la paix. Mais ici, il n’y avait plus de place pour deux. 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Prix littéraires | Commentaires (0) |  Facebook | |