23 01 14

Un vrai Beauregard

"L'émotion est comme un ascenseur qui n'arrête pas de monter. Il n'y a que les larmes pour le faire redescendre."

Gilles Paris aime emprunter la plume de l'enfance, observateur bienveillant d'un monde adulte, de ses comportements et tourments.

Victor Beauregard, le narrateur  a 9 ans. Il vit à Bourg-en-Bresse, avec Alicia, sa grande soeur,  choyé de ses deux mamans, Claire, sa maman biologique, libraire et bibliophage acharnée et Pilar, peintre argentine. François, le père, vit à Paris, sorte de Peter Pan qui tente péniblement d'entrer dans le monde des adultes responsables.. Jamais il ne se rend au Cap-Martin où sa famille recomposée passe l'été.

Incarné par Tom et Nathan, un mystérieux couple de jumeaux, le passé de la résidence d'été, de sa propre famille,  va surgir à la conscience de l'enfant. Il tente d'en percer le secret, aidé de Gaspard Clerget, son nouvel ami, de  Justine de Vallon-Tonnerre, dont il est épris et des apparitions lumineuses de lucioles éphémères.

" Les secrets, Victor, c'est comme les coquillages qui refusent de s'ouvrir. On ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur."

Empreint de fraîcheur, de tendresse et de la mûre indulgence de l'enfance, le roman se présente comme une passerelle avenante vers l'âge adulte.

L'été des Lucioles, Gilles Paris, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson,  23 janvier 2014, 222 ppn 17 €

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18 01 14

La symphonie de l'homme slave

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"C'est parce que cette histoire est vraie en tout point - à d'infimes détails près - que la romancière que je suis a voulu la raconter. Pour en extraire la réalité romanesque, et la restituer, la partager, dans sa nudité, sa beauté, sa cruauté, et sa douceur"

L'année 2014 s'ouvre sur un récit colossal, journal d'un amour absolu, irrépressible, heureux et délétère à la fois, qui propulse la narratrice, âgée alors d'une vingtaine d'années dans les rets casanovistes de son  professeur d'art dramatique,  Francis M, de 27 ans son aîné.  Procédant de distances et fusions, livrée sans filtre et surtout sans filet,   la relation donnera naissance à Samuel et  s'éteindra en 2002 avec  le décès du metteur en scène.

Petit carnet Super Conquérant parme

13-08-2002

Il va me manquer.

J'aime l'enfant que nous avons eu ensemble.

J'ai aimé immensément cet homme."

 Une lecture qui vous laisse plume bée, tant l'écriture fluide, soignée,  sincère, directe, précise, chirurgicale par moments, subtilement  imagée,  progressant de  touches affinées, mouvements symphoniques, revirements, contrastes, humour et oxymores, ... suscite l'empathie, la résonance, l'adhésion scotchée de quiconque éprouve - ou l'a fait - le sentiment amoureux.

"Avec lui, j'ai tout arraché de moi. Comme un torrent. Ou plutôt comme un vertige. Un jeu. Comme quand on mise tout sur le 20 et qu'on attend, au bord de l'abîme."

Un récit majeur, je vous le certifie.

Apolline Elter

N'oublie pas les oiseaux, Murielle Magellan, roman, Ed. Julliard, janvier 2014, 342 pp, 21 €

  

Billet de ..ferveur

 

AE :  S’il est à une voix, votre récit, Murielle Magellan,  a des allures symphoniques : il orchestre narration, bribes de carnets intimes, de cahiers de liaison et billets doux en une œuvre à huit mouvements.  Vous auriez pu aussi l’’intituler, selon votre expression, La symphonie de l’homme slave ?

Murielle Magellan : Oui, c'était d'ailleurs son premier titre. Mais il avait des airs de fausses pistes et... je me sentais un peu "exclue" de ce titre là! C'est en échangeant avec la romancière Véronique Olmi que le titre "N'oublie Pas Les Oiseaux" a émergé. Quant à l'aspect musical, vous avez raison, il est  je crois très présent  dans ce livre et dans mon écriture en général. J'aime les chants et les contre chants, j'aime les variations de rythme, les respirations, les pause et les demi-pause.  J'aimais aussi l'idée que la voix de celui que j'appelle "L'homme Slave" soit présente dans ce livre. Même si c'était par petites touches, au travers des billets doux et du cahier de liaison.  En peu de mots, il me semblait qu'il arrivait à "être là".

AE : Quel a été votre moteur d’écriture : L’amour ?  Un hommage à un être hors du commun, père de votre enfant ? La volonté d’épuiser par les mots tout ce que cette relation avait de fort, de beau et de …délétère. Pour pouvoir, tel le phénix renaître de ses cendres ?

Murielle Magellan :   

Mon moteur personnel était de me mettre à jour avec ceux que j'aime. Mon fils, mon compagnon actuel, certains amis. Leur dire, autrement que dans une conversation de comptoir, ce que  j'avais vécu et pourquoi  je suis "comme ça" aujourd'hui. Aussi, rendre hommage à "l'homme slave", envers qui je me sentais en dette, et dont le temps qui passe me confirmait qu'il était vraiment, malgré tout, un être rare.

Mon moteur littéraire, c'est le plus important, était de trouver la bonne manière de déposer ce récit aux personnages complexes, moi, lui, avec la plus grande lucidité, et la plus grande tendresse possible, de façon à ce que le lecteur soit pris de l'intérieur et dépossédé de son inclinaison à juger, à trancher, bousculé dans ses certitudes,  et seulement  enclin à s'étonner. Car il me semble que quand on s'étonne, on est en vie comme un enfant, on est sauvés!! L'étonnement est mon carburant numéro 1.  Au passage, j'espérais qu'on se consolerait ensemble, avec ce texte, de nos grandeurs et misères affectives...

AE : Cet amour vous a, pour une part, construite. Il semble avoir aussi éveillé « l’homme slave » à lui-même , réveillant et révélant en lui des « choses enfouies ».

Murielle Magellan : Oui, cet amour m'a construite, indéniablement. Il a été mon chemin initiatique. J'étais un terrain vierge, une ingénue curieuse et observatrice qui se découvrait peu à  peu dans le regard de l'autre, puis qui s'est séparé du regard de l'autre pour s'affirmer.  Se définir. C'est aussi ça que je voulais raconter.

Pour "L'homme slave", sans doute oui, ai-je ranimé pendant un temps en lui des "choses" auxquelles il avait renoncé. Auxquelles il ne croyait plus.  Que le temps et le cynisme ambiant avait recouvert. Je crois que ça a été précieux pour lui aussi. Mais ses démons n'avaient pas dit leur dernier mot... 

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15 01 14

La conscience de la mort

Concues comme cinq discours séquentiels, adressés à des amis - en ce compris le lecteur,-  les méditations de l'académicien franco-chinois proposent une vision  positive de la mort. A l'instar de Rainer Maria Rilke ,  il incorpore la mort dans le principe même de la vie, justifiant de ce fait la beauté d ce cadeau qui nous est donné: "au lieu de dévisager la mort à partir de ce côté de la vie, envisager la vie à partir de la mort" , une mort "conçue non comme une fin absurde mais comme le fruit de notre être."

Appelant à cette solidarité foncière  qui nous unit face à la vie, au temps et à la mort, l'écrivain étaie son propos de références philosophiques, religieuses, ethniques, maximes,  citations, poèmes,... saisissantes intuitions d'une réalité qui nous dépasse, manifestes révélations d'une culture abyssale.

" Je parle de la conscience de la mort et non de la mort effective. Vous l'aurez compris, je ne fais donc absolument pas l'apologie de la mort. Il s'agit au contraire d'assumer plus lucidement la vie, de vivre pleinement."

Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, François Cheng, essai, Ed. Albin Michel, oct. 2013,  180 pp, 15 €

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09 01 14

Mehdi répond aux lettres de quelques fans..

Qui n'a été amoureuse de Mehdi, l'ami de Belle, craquant bonhomme qui évoluait parmi les hommes, quand ce n'était à bord de la Mary-Morgane... aussi beau que buté, grand frère en âge, petit, à l'écran. Qui n'a prêté l'oreille aux rumeurs délétères qui entourèrent sa supposée disparition de la scène médiatique? 

"Confusion des sentiments, confusion des événements...Il fallait remettre de l'ordre dans tout cela, démêler le vrai du faux. C'est pourquoi, cinquante ans après, j'éprouve le besoin de dérouler la bobine de ma drôle de vie"

Une bobine fameusement captivante.  

Sous le prétexte de répondre à quelques-unes des innombrables missives que lui valait sa célébrité, Mehdi El Mezouari  El Glaoui, âgé aujourd'hui de cinquante-sept ans, délie sa langue et le fil de sa vie. Une vie marquée par la difficile gestion d'une célébrité précoce et d'une relation fusionnelle, à sa mère, Cécile Aubry.

Un témoignage surprenant de sincérité, d'ouverture et même d'humilité.

Emancipé avant l'heure, Mehdi part à la conquête de sa liberté, de son identité, multipliant les  petits boulots précaires et grandes rencontres amicales. La quête de ses origines marocaines - Mehdi est le fils d'un caïd de Ouarzazate  lui-même fils d'un pacha, dont la prospérité a pris fin avec celle du protectorat français - lui révèle les secrets de son sang mais aussi la complexité de porter un nom à ce point ...investi quand on ne parle pas la langue du pays.

"Mon nom est un passeport pour les vérifications en tout genre, les petites vexations et les innombrables pertes de temps. Je suis Le Marocain en France. Et LE Français au Maroc. Petit Blanc, chez les uns, petit Beur, chez les autres."

Césarisé en 1985 pour la production d'un court-métrage, Première Classe, Mehdi El Glaoui poursuit sa carrière sur les planches, devant et  derrière la caméra. Marié à  l'actrice Virginie Stevenoot, orphelin de   "Pucky", sa maman,  décédée en 2010, il endosse le rôle d'André, le chasseur, dans le superbe remake de Belle et Sébastien  produit par Nicolas Vanier (fin 2013 - voir chronique sur ce blog) . Assez remarquable est la bienveillance qu'il manifeste à l'égard de la production et de Felix Bossuet, le nouveau Sébastien.

Décidément, ce récit est pétri d'apaisement, d'élégance et de nostalgie positive.

Ce faisant, l"acteur se montre clairement ouvert à l'avenir, à toute nouvelle proposition

" Je ne voudrais pas que Sébastien soit le seul tube de ma vie. Je voudrais qu'on m'offre la possibilité de m'évader de mon enfance"

Apolline Elter

La Belle histoire de Sébastien, Mehdi, Témoignage, Ed. Michel Lafon, décembre 2013, 240 pp, 17,95 €

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02 01 14

Call the midwife

 

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" Pourquoi me suis-je engagée dans cette voie?  Je devais être folle. Je n'avais que l'embarras du choix: j'aurais pu devenir mannequin, hôtesse de l'air, stewardess à bord d'un navire. Ces idées m'avaient trotté dans la tête, et tous ces emplois étaient très bien payés. Il fallait être idiote pour choisir le métier d'infimière. Et maintenant, sage-femme..."

C'est du vécu.

Décédée en 2011, Jennifer Worth a exercé, très jeune,  la profession de sage-femme. Une profession épousée dans l'esprit  d'une Florence Nightingale, la célèbre icône des infirmières.

Engagée par la communauté religieuse de Nonnatus House, Jennifer Worth, parcourt, à bicyclette, au petit jour et à la nuit tombée,  les docks londoniens et les quartiers pauvres de L'East End.  Elle accouche les patientes, dans des conditions d'hygiène souvent difficiles, armée de sa seule science et des moyens de délivrance limités qui sévissent en ces années cinquante.  Les nourrissons viennent compléter des marmailles impressionnantes - l'une des patientes accouche de son 25e enfant  - et des tableaux parfois étonnants de bonheur familial.

Consignant les délivrances et  leur descriptions techniques en un témoignage saisissant, Jennifer Worth inspirera la trame de la série télévisuelle "Call the midwife" 

Apolline Elter

Appelez la sage-femme,  Jennifer Worth, témoignage, traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier, Ed. Albin Michel, sept 2013, 460 pp, 20 €

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28 12 13

Majeur - bouleversant - A lire à tout prix

téléchargement (1).jpgMea  culpa, Mea maxima culpa: il me faut l'avouer , je n'aurais sans doute pas lu Le quatrième mur, s'il n'avait obtenu le Prix Goncourt  des Lycéens .  

Ni Naissance (Yann Moix) du reste, qui remportait le Renaudot ; j'y aurais survécu...

Bouleversant, grandiose, beau,  sobre, majeur.. les mots me manquent pour qualifier ce chef d'œuvre d'humanité,  d'amitié, de plume, de guerre  et de paix. Un roman qu'il faut  lire à tout prix, Sorj Chalandon : MERCI!

Nœud de l'intrigue : un serment d'amitié. Tandis que Sam,  résistant grec, juif de Salonique se meurt d'un cancer,  Georges  (Sorj ?) ,le narrateur, promet à son ami de mener à terme le projet de sa  (fin de) vie : donner à Beyrouth, en guerre – nous sommes en 1982 –, une représentation d'Antigone de Jean Anouilh qui produira une troupe hétérogène, syncrétique, chrétienne, chiite, musulmane, palestinienne, druze ... en une parenthèse sublime et utopique, de paix. L'occasion pour le jeune idéaliste de confronter sa révolte soixante-huitarde, gauchiste, ses préjugés en matière de conflit israélo-palestinien, à la réalité fracassante et absurde de la guerre.

 "Alors, je lui ai raconté Anouilh. Je lui ai avoué Samuel. J'ai expliqué que mon ami avait eu l'idée de voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp."

"Le quatrième mur, c'est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public."   Rempart imaginaire  d'une scène qui sépare la fiction de la réalité, qui doit protéger les personnages du trac, du public, il lui arrive de s'effondrer sur les acteurs. La guerre le veut, qui l' érige parfois infranchissable, irrémédiable couperet entre les populations en paix et celles qui connaissent la guerre.  La découverte de la violence, des exactions sordides et atroces empêchera Georges de vivre normalement parmi les siens à son second retour du Liban.

 " Il ne manquait plus que moi pour faire nous"

Mise en scène, analyse actualisée d'une Antigone créée par Jean Anouilh au plus sombre de la Seconde Guerre mondiale , Le quatrième mur lui donne un souffle nouveau, puissant, époustouflant.

Le style est maîtrisé, soigné,  fluide, imagé, dense et percutant. Simplement grandiose.

Un chef d'œuvre, je l'affirme.

Apolline Elter

Le quatrième mur, Sorj Chalandon, roman, Ed. Grasset, septembre 2013, 332 pp, 19 €

 Billet de ferveur

AE :  Le théâtre est-il lieu de résistance ?   Albert Camus, Jean Anouilh… le voyaient comme un vecteur d’idéaux.

 Sorj Chalandon : Je ne sais s’il est un lieu de résistance. Aucune réplique théâtrale  n’obligera jamais un fusil à se taire. Mais  le théâtre est un autre moyen de raconter la vie et de rester en vie. Monter Antigone à Beyrouth, pour Georges et Sam, est un acte majeur :  Obliger chaque camp ennemi à offrir non un combattant à la guerre, mais un acteur à la paix. Que la pièce soit jouée ou non n’est pas au cœur de cette tragédie. L’essentiel est que des hommes de bonne volonté aient tenté de le faire

AE : Avez-vous connu, rencontré Jean Anouih ?

Sorj Chalandon : Son travail, oui. L’homme, non. Dans ce livre, il offre à Georges une lettre de recommandation pour jouer son Antigone à Beyrouth. Ce fait est de pure fiction. Mais la fille de l’écrivain, très émue par ce texte, m’a dit qu’un tel geste aurait pu être celui de son père.

AE : Le quatrième mur, c’est aussi celui que franchit Georges et qui rend son retour à la paix, parmi les siens,  impossible ?

Sorj Chalandon : Oui. Au-delà du mur invisible qui protège les acteurs des spectateurs au théâtre, j’ai envoyé Georges traverser le mur qui sépare le paix de la guerre, puis la vie de la mort. Georges est un emmuré. Je voulais qu’il ne revienne pas. Contrairement à lui, j’ai fait le chemin inverse, traversé le mur qui me ramenait à la vie et à la paix. Mais ici, il n’y avait plus de place pour deux. 

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26 12 13

Douze femmes en conquête

 Dédié à Françoise Giroud qui portait les femmes en son coeur  "bien qu'elles puissent être dures et froides comme des pierres avec des barbelés dans le coeur" l'essai de Christine Clerc trace le portrait de douze femmes de pouvoir , douze apôtres d'une Cène politique  française singulièrement dépourvue de convivialité.

Si les portraits intimes de  Simone Veil, pionnière, Ségolène Royal, souvent trahie, Cécile Duflot, mère de famille épanouie, Christine Lagarde et Valérie Pécresse rayonnent  d'une lumière somme toute assez douce, il n'en va pas de même pour ceux de  Martine Aubry, Rachida Dati, Marine Le Pen, Aurélie Fileppetti, Christiane Taubira dont la combativité rime avec sale caractère quand ce n'est pas mensonge ou opportunisme.

" Je me remets beaucoup en cause, déclare Aurélie Filippetti. Se forger une carapace, ce n'est pas devenir insensible. Mais il y a une violence inégalée du pouvoir. Quand on fait campagne, c'est violent, exaltant, mais on s'attend aux coups. Une fois ministre, ils viennent de partout, à tout moment. Entrer au gouvernement, c'est franchir le mur du son."

S'il est certain que l'exercice du pouvoir suppose reins et santé solides, il va sans dire que la société demande aux femmes d'afficher en plus une féminité et une maternité réussies.  Rares sont les mariages qui résistent aux carrières au sommet, rares, les compagnons qui acceptent d'endosser un rôle encore résolument  dévolu à la femme.

"Voilà pourquoi, peut-être, malgré tant de diplômes et de talent, leur ascension s'est arrêtée au pied  des marches de Matignon et de l'Elysée."

De la course à la mairie de Paris ou à la présidence de la République - seules Nathalie Kosciusko- Morizet et Marine Le Pen " deux guerrières douées de charisme" semblent présidentiables - le chemin est rude pour les escarpins

AE

Les conquérantes, Christine Clerc, essai, Ed. Nil, novembre 2013, 382 p, 21.5 €

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17 12 13

En lice pour le prix Horizon du deuxième roman

 

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 Accusé d'avoir tué par défénestration, Lisandra, son épouse, incarcéré,  Vittorio essaie de découvrir  l'assassin potentiel , parmi sa patientèle de psychanalyste. 

L'action se passe en Argentine, en août 1987. Les exactions de la junte militaire sont encore présentes dans les esprits et particulièrement celui d'Eva Maria, l'une de ses patientes, qui pleure la disparition de sa propre fille, Stella.  Soucieuse d'assister Vittorio en ces moments difficiles, Eva Maria va éplucher les enregistrements des dernières séances d'analyse avec ses patients

Tendue d'un rythme soutenu et d'une intrigue bien ficelée,  la narration progresse , s'oxygénant de dialogues, flashbacks et typographies signifiantes.

 Un roman maîtrisé 

Dûment sélectionné parmi les six finalistes du Prix Horizon du deuxième roman 

A suivre..

Apolline Elter

La garçonnière, Hélène Grémillon, roman, Ed. Flammarion, septembre 2013, 358 pp, 20 €

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14 12 13

L'histoire de ma vie

"Il n'y avait  pas de mise au point, insiste Cécilia Attias,  c 'est juste l'histoire de ma vie. Et dans cette histoire, il se trouve que j'ai traversé un certain nombre de moments où j'ai eu des expériences et je raconte ce qui s'est passé à ces moments- là en espérant que les gens découvrent qui je suis à travers ces expériences et ces moments" * 

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  La lecture d'Une envie de vérité , récit autobiographique de l'ex-Première dame de France, épouse de Nicolas Sarkozy au-delà des  élections présidentielles de 2007 et  remariée, depuis 2008,  avec Richard Attias,  vous fera découvrir une femme d'exception, qui intègre un parcours riche d'expériences et de rencontres aux plus hauts niveaux , en une philosophie empreinte d'altruisme, de valeurs fortes et de tolérance. Une femme dont l'élégance et la courtoisie innées sont ancrées sur de vraies qualités de coeur.

D'ascendance à la fois belge - sa grand-mère était anversoise - espagnole, par son grand-père Alfonso Albéniz, fils du célèbre compositeur Isaac Albéniz - russe, par son père André Ciganer, cadette d'une fratrie de trois garçons,  Cécilia Attias nous trace l'histoire d'une enfance heureuse, malgré une lourde opération cardiaque, choyée, aussi, et de l'expérience de vie que lui apportèrent ses mariages avec Jacques Martin, père de ses deux filles, Judith et Jeanne-Marie, Nicolas Sarkozy - avec qui elle partagea près de deux décennies  et un fils, Louis - et Richard Attias, dont "la rencontre présentait le caractère de l'évidence".  Un homme de passion,  personnalité solaire et généreuse qui contribue à la force positive qui émane du  couple.

Les années passées à Neuilly, Bercy et place Beauvau et quelque cinq mois à L'Elysée, au service de la République impriment  en cette femme de convictions  les respects  de la chose politique, de l'engagement remarquable de  Nicolas Sarkozy  et l'idée qu'il y a moyen, quand on le veut,  de faire bouger les choses.  L'isolement inhérent à l'exercice du pouvoir,  les  trahisons de fausses amitiés, le spectre de la transparence  et la désinformation entretenue par une  presse malveillante seront obstacles à la sérénité d'une vie par trop privée d'intimité.

Détaillé, le chapitre consacré à la libération, fin juillet 2007 des infirmières bulgares et du médecin palestinien, incarcérés en Lybie, en dit long sur l'empathie - et le courage - de la Première dame.  Une prise de conscience vitale, qui sera à l'origine de la création, deux ans plus tard, de la Cécilia Attias Foundation,  focalisée sur l'aide à la détresse féminine. Nous y reviendrons dans l'article que consacrera l'Eventail de février à la rencontre du jeudi 5 décembre  avec Cécilia Attias.

Un  entretien chaleureux et riche qui nous permit, notamment d'évoquer l'importance vitale, constitutive de la musique dans la vie de l'arrière-petite-fille d'Isaac Albéniz.  La question "proustienne" de la musique à laquelle elle s'identifiait le plus fut dotée d'une réponse protéïforme: " Probablement un morceau de musique classique. J'aime profondément  Mozart. Je pense que la musique de Franz Liszt est une musique dans laquelle je me retrouve (...) ou Chopin peut-être. Et puis, de la musique de jazz:  je pourrais me retrouver dans une musique d'Amstrong facilement, puis dans la soul music, je pourrais vous citer Andy Crawford.. ..Je pense que la liste serait interminable puisque j'aime la musique avec un M majuscule quelle qu'elle soit  (...) J'ai besoin de ça pour vivre. "

Je vous invite à poursuivre la conversation en découvrant l'article consacré en L'Eventail de février

 

Apolline Elter

Une envie de vérité, Cécilia Attias, autobiographie, Ed. Flammarion, oct. 2013, 320 pp, 19,90 €

 

* Entretien avec Cécilia Attias, jeudi 5 décembre 2013

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11 12 13

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téléchargement (1).jpgAvec un titre Lewis Carollien  et la découpe d'un engrenage en guise de jaquette, la très belle monographie  que publie Thierry Bellefroid en cette fin d'année est un hommage à l'oeuvre - colossale -  de François Schuiten, célèbre et belge dessinateur, scénographe, designer urbain,  de 10 ans son aîné.

L'ouvrage Filiation Schuiten, (Philippe Marion)  paru en 2010 aux éditions Versant Sud ( chronique sur ce blog: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/02/19/schuiten-filiation.html)   avait insisté sur le rôle de Robert Schuiten, puissant patriarche, dans la formation artistique de sa nombreuse progéniture;  celui de Thierry Bellefroid , exhaustif,  illustre d'innombrables planches et dessins, le parcours d'une oeuvre riche et en mouvement, d'un univers protéiforme.

De ses douze ans date la rencontre de François Schuiten avec Benoît Peeters et le début d'une amitié profonde, jamais démentie. Elèves du collège Don Bosco, ils créent Go, un  journal , dont le ton ne plaira guère à la direction..

" Et puis, il y a le coup de poker"

Présentées au magazine bruxellois Pilote, cinq planches de l'ado de 16 ans, conquièrent la direction et sont publiées sous le titre "Mutation". Réalisées entièrement au stylo bille  - une planche est reproduite p 21 - elles permettent au jeune homme d'affronter l'autorité paternelle avec un zeste utile de confiance en soi.

La rencontre avec Claude Renard, professeur de la section BD à Saint-Luc sera aussi décisive dans la genèse de son art que celle de Camus et de Jean Grenier,  et débouche rapidement sur un travail à quatre mains.

Si la tentative première de collaboration adulte avec son ami Benoît Peeters tourne court ( Le 9e rêve)  , elle est rapidement compensée par la publication conjointe des Murailles de Samaris (publié en album en 1983, après une prépublication dans le magazine A suivre, n°s 53 à 56 chef d'oeuvre d'hommage à l'Art Nouveau.

Elle sera suivie des célèbres Cités obscures,  La Fièvre d'Urbicande, La Tour, L'Archiviste,  La route d'Armilia, ...., de conférences-fictions, de la production de récits sonores, Brüsel - "pierre angulaire de l'engagement de François Schuiten en faveur de sa ville"  et source du documentaire-fiction Le Dossier B, réalisé par la RTBF-  L'écho des cités,  L'enfant penchée - "l'album préféré" de ses auteurs -  Le guide des cités, l'ombre d'un homme,  La frontière invisible, la théorie du grain de sable, Souvenirs de l'Eternel présent, ...  témoins de cette "vision d'une étonnante limpidité"  que traduit le duo et d'une collaboration qui dure depuis plus de trente ans.

"Peeters et Schuiten sont des organismes vivants, au sens qu'ils sont "au monde" pour le recracher dans la fiction."

Tout aussi passionnante - j'oserais dire hallucinante  - est la partie de ce somptueux ouvrage consacrée aux scénographies de l'artiste. Des réalisations grandioses qui de l'opéra, du Théâtre d'Angoulême à l'exposition du Transsibérien donnent la mesure du génie schuitenien  et de son indéfectible fidélité en amitié (Benoît Peeters, Claude Renard, Marie- Françoise Plissart..) 

Inédits, planches de projets avortés, timbres postaux,  fresques urbaines, métropolitaines,  pavillonnaires  (pour trois Expositions universelles) et hotelières , vitraux, scénographie de la Maison Autrique, à Bruxelles,  de la Maison Jules Verne à Amiens, Mur lumineux de Lyon, dentelle stellaire de Lille, utopies, ... laissent le lecteur pantois, à la découverte d' une production à ce point gigantesque.

Son oeuvre impressionnante n'empêche François Schuiten de nourrir de nouveaux projets, tel ce musée des Chemins de fer belges, Train Word, à la réalisation duquel il s'attelle désormais.

" A 57 ans, Schuiten a encore faim. D'expériences. Et d'excellence."

Il fallait la passion experte  de Thierry Bellefroid et son abyssale connaissance du domaine pour donner au génie de François Schuiten - du demeurant simple et avenant - ses pleines lettres de noblesse

C'est chose faite.

Il faut saluer la parution de cette monographie comme un événement majeur de l'année 2013

L'offrir, se le faire offrir. C'en est presque un devoir citoyen.

Apolline Elter 

 François Schuiten, L'horloger du rêve, par Thierry Bellefroid, beau livre, éd. Casterman, nov. 2013, 400pp, 59 €

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