09 10 13

Echange au carré

 

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Paris, 1721 - Tandis qu'il exerce régence du royaume de France, après le décès de Louis XIV, son frère, et ..qu'il prend son bain, Philippe d'Orléans a une inspiration de génie: celle de marier Louis XV, son fils, âgé de 11 ans, avec Anna Maria Victoria, infante d'Espagne, de sept ans sa cadette.  

Le projet s'assortit d'une autre alliance: celle de  sa fille revêche, Louise Elisabeth de Montpensier, fille d'une union bâtarde avec Mademoiselle de Blois, avec le Prince des Asturies, fils de Philippe V, Roi d'Espagne, frère d'Anna Maria Victoria, comme vous l'aurez compris.  

Cette double union permettra aux Cours de France et d'Espagne d'entériner la fin des conflits. Elle se conclut dans l'enthousiasme des partis, excepté des intéressés...

" Puis elles foulent bravement la moitié tapis-territoire de France pour l'infante, la moitié tapis-territoire d'Espagne pour Louise Elisabeth. 

Elles prennent en sens inverse les ponts flottants. Il fait beau maintenant. On remercie la Providence. Les princesses échangées brillent dans le soleil. Face à face dans la froidure émanée de la rivière torrentielle, leurs peuples les acclament. Des mains se tendent pour pouvoir toucher leurs habits, comme on touche des reliques de saintes." 

Décrivant avec brio l'acheminement des cortèges vers l'Ile des Faisans, sur la rivière Bidassoa, lieu-frontière d'échange, les sentiments qui animent les protagonistes et les péripéties qui s'en vont suivre, Chantal Thomas découvre un pan de l'Histoire largement méconnu.

En filigranes, un portrait  de la Princesse Palatine, attachante grand-mère d'adoption pour l'Infante de 4 ans.

Un beau roman historique.

AE

L'échange des princesses, Chantal Thomas, roman, Seuil, août 2013, 338 pp, 20 €

 

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08 10 13

le grand retour d'Ange Mattéi

 

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 "Qui en voulait à Pélissier au point de le tuer de la plus horrible des façons?  Pourquoi la Treille Muscate?  Cette maison mérite respect et sérénité, dans ces pièces ont été écrites quelques-unes des plus puissantes, des plus sensuelles des pages françaises, la Treille Muscate est une vraie maison d'écrivain, avec des pierres qui vivent et respirent encore de la femme qui y a vécu. Et pourtant le sang a coulé, je n'arrive pas à m'y faire."

L'ombre de Colette plane sur ce roman policier et pour cause: un assassinat est commis en la villa Shalimar de Saint-Tropez, l'ancienne Treille Muscate , résidence d'été de  l'écrivain, de 1925 à 1939. 

L'ombre d'un assassin aussi, qui s'en prend mystérieusement aux clients de l'agence de location Vacatim.

L'ombre de la Naissance du jour, enfin, puisqu'il est amorce d'amour entre Victoire Pélissier, l'occupante des lieux, avec un jeune homme (à tout faire) Henri Camacho.

Ange Mattéi , nous revient ( Sang pour Sand, Martine Cadière, 2005) , le capitaine de gendarmerie qui dénouera les liens d'une énigme bien ficelée, d'un roman polyphonique aux chapitres courts, introduits  d'extraits d'oeuvres de Colette, allègrement rythmés.

Une plaisante lecture.

La dame qui fuit Saint-Tropez, Martine Cadière, roman, Ed. Mols, août 2013, 224 pp, 20 €

Billet de faveur: 

AE : Dans ce roman, vous décrivez la dévolution de la Treille Muscate, la fameuse propriété qu'occupa Colette, avec son troisième mari, Maurice Goedeket, pendant près de 15 ans. Elle dut s'en séparer, traquée par les touristes. Avez-vous visité la maison? Eu accès aux archives? 

Martine Cadière:- La Treille Muscate a été occupée par Colette de 1925 à 1938, date à laquelle elle a fui Saint-Tropez à cause des opportuns, phénomène qui sera reproduit plus tard par Sagan ou Bardot entre autres.  J'ai vu la maison il y a plusieurs années (j'ai vécu 3 ans à Port-Grimaud), elle était à l'abandon à l'époque et pleine de...chats qui squattaient la propriété.  Depuis elle a été rachetée, c'est une villa privée qui ouvre ses portes une fois par an pour un colloque ou une séance de lecture de textes de Colette.  Je ne connais pas son nom actuel (Shalimar vient de mon imagination, ainsi que les différents chapitres consacrés à Colette et à Maurice, mais il n'est pas difficile de se représenter Colette, bronzée et coiffée d'un grand chapeau de paille sur sa terrasse;  les photos d'époque sont éloquentes). 

Comme vous l'écrivez très justement, c'est à la Treille Muscate qu'elle a écrit "la naissance du jour", qui est un hymne ininterrompu à la maison, mais aussi "la seconde" ou encore "La chambre à dormir dehors", petit livre peu connu lui aussi dédié à la Treille Muscate.  On connaît la suite.  Elle fait une mauvaise chute en 1931 (elle a alors presque 60 ans), se casse le péroné, souffrira jusqu'à la fin de poussées d'arthrite très douloureuses suite à cette chute, et ne portera plus jamais de vrais souliers.  Et pour se présenter à l'académie royale de Belgique, devant la reine Elisabeth de Belgique, elle portera des sandales tropéziennes, les fameuses spartiates de Rondini.  Les journalistes de l'époque relaieront largement la description de Colette, pieds quasiment nus, qui se présente devant la reine.

AE: Parlant  du "coup de pub"  que les assassinats génèrent pour l"agence Vacatim, vous le dites supérieur à celui de "l'Eventail ". Faites-vous allusion à un célèbre magazine belge? 

Martine Cadière: J'étais dans la salle d'attente d'un chirurgien orthopédiste, et j'écrivais en attendant mon tour.  Mon regard s'est posé sur l'habituelle pile de journaux que l'on trouve dans toutes les salles d'attente de médecins ou de dentistes : il s'agissait de l'Eventail.


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05 10 13

On n'a pas tous les jours... trois cents ans

 

Professeur de littérature française du  XVIII siècle  à l'Université de Paris- Sorbonne , Michel Delon navigue avec aisance à travers les Lumières. Il  nous parle avec amitié, presque à brûle-pourpoint, de ce génie dont nous fêtons,

téléchargement.jpgce jour, le tricentenaire de la naissance.

"Peut-on vraiment dialoguer à travers les siècles avec ce Langrois de Paris, ce paysan de la capitale? Et plus généralement, comment interpréter le passé avec nos grilles d'aujourd'hui? La question m'obsède, Diderot n'a cessé de la poser. Il a renoncé à la Création divine, aux idées innées, donc à tous les principes intangibles qui s'imposeraient à toutes les époques."

Tel est la question majeure de l'essai : Diderot parle-t-il, aujourd'hui encore, à nos sensibilités? En d'autres termes, faut -il faire tant de cas, du tricentenaire de sa naissance?  La réponse est oui, trois cents fois oui, et Michel Délon le démontre avec brio.

Abordant l'ami Diderot, sous toutes ses faces, sens dessus-dessous comme l'évoque l'image du titre, Michel Delon révèle Le Langrois - de naissance - Parisien - de résidence - fils en attente,  mari un peu marri , amant, père émerveillé, ami dévoué, esprit curieux de tout, épris de liberté et d'une volonté constante de partage.

Un être bien sympathique.

Une lecture aussi.

AE

Diderot cul par-dessus tête, Michel Delon, essai, Albin Michel , sept.2013, 420 pp, 24 €

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29 09 13

Pierre mélodieuse

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Fuyant Rome et l'énigmatique décès d'Andréa, un jeune moine, parangon de beauté, Michelangelo Buonarroti, le célèbre Michel-Ange (1475-1564) rejoint Carrare et ses carrières de marbre.. Nous sommes en avril 1505, le  sculpteur trentenaire  doit exécuter une commande monumentale à la (future) gloire funéraire du pape Jules II.

"Le tombeau sera une des oeuvres maîtresses de sa vie. L'envergure de cette commande lui permettre d'exprimer tous les aspects de son talent: de la conception jusqu'aux sculptures, en passant par le choix du matériau, ce marbre si précieux, le statuario; Il aura enfin la gloire qu'il mérite"

Avec pour viatique, la Bible  d'Andréa et un livre de Canzones de  Pétrarque offert par Lorenzo de Medici, Michelangelo enfourche son cheval et galope à la rencontre des carriers.

" Le sculpteur se plaît à passer du pape à ces gens simples. Il a toujours détesté les corporations si fermées des peintres, des sculpteurs ou des architectes Ces confréries d'artisans lui déplaisent, il aimerait être tout à la fois. Poète aussi. Car il considère l'art comme un ensemble harmonieux où les proportions d'une coupole se rapprocheraient de celles d'un crâne, où le bleu du lapis-lazuli écrasé s'unirait aux vers de Pétrarque."

Mélodieux, ponctué en leit-motiv de la quête, par tous les sens, de la figure maternelle - Miche-Ange a perdu sa mère, jeune, " C'est ainsi qu'à six ans, il devient orphelin de mère et de mémoire" - ce beau roman nous projette au coeur du processus de création. Au coeur de cette pierre vivante et majestueuse qu'est le marbre de Carrare et de la  personnalité riche, multiple et sensible et tourmentée d'un homme qui incarne si bien l'esprit de la Renaissance italienne. Qui de la pierre fait jaillir la vie.

Apolline Elter

Pietra viva, Leonor de Récondo, roman, Ed. Sabine Wespieser, août 2013, 228 pp, 20 €


 

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26 09 13

Un témoignage courageux

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" Ma fille s'appelle Amaal et comme tout bon père qui se respecte, je n'en suis pas peu fier."

Pas facile de parler de stérilité masculine. Il ne faut être ni homme ni grand clerc pour le deviner. Brisant le tabou - et toute pudeur -  qui entoure généralement la tristesse de se découvrir infertile, Olivier Poivre d'Arvor offre un témoignage percutant, clinique et précis sur l'azoospermie.

S'il est intéressant pour hommes et couples qui s'interrogent sur leur fécondité,  le témoignage du journaliste s'adresse aussi à  ceux pour qui la conception ne pose problème, qui obéissent, sans  le réalisern à un déterminisme social et biologique. Intéressant enfin, pour ceux qui refusent la procréation.

" La question était donc bien celle de la volonté de l'individu, cette volonté d'affronter l'imprévisible de l'autre et d'espérer en même temps le prolongement de soi-même, [...]"

Le choix de l'adoption ne facilita pas le parcours (du combattant) d'Olivier Poivre d'Arvor car, quinquagénaire,  résolu à demeurer célibataire, du moins sans attache affective, il ne présentait pas le profil du candidat idéal.

Volet logique de ce désir irrépressible de fonder famille, la suite du récit s'ouvre sur l'Afrique "dont le ventre, si fécond, et le coeur, si ouvert, et la mémoire, si durablement fidèle, permettent, aujourd'hui encore, d'exceptionnelles rencontres." La rencontre, le 16 septembre 2009,  avec Amaal, Togolaise de 7 ans et son adoption scellent le destin et le bonheur d'un père ..émerveillé.

J'écris, guidé par mon enfant. Comme précédé par une canne d'aveugle en pleine nuit. J'écris pour ma mère qui m'a donné la vie, cette vie que je veux redonner à Amaal."

Apolline Elter

Le jour où j'ai rencontré ma fille, Olivier Poivre d'Arvor, témoignage, Grasset, août 2013, 256 pp, 18 €

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24 09 13

Livrés à leur (injuste) sort

cvt_Au-revoir-la-haut_9324.jpegCertaines amitiés sont animées d'un sentiment de dette. Tel s'enclenche l'attachement d' Albert Maillard, soldat à la face lunaire à Edouard Péricourt, dont la  face a été mutilée par l'éclat d'un obus. 

S'estimant redevable envers lui de sa vie, Albert va se dévouer corps et âme à ce fils de famille à ce point déprimé qu'il préfère se faire passer pour mort aux yeux des siens. Une entreprise qui lui donnera bien des soucis.

" Il savait qu'on se remet de tout, mais depuis qu'il avait gagné la guerre, il avait l'impression de la perdre un peu plus chaque jour."

Bouvard & Pécuchet  ruinés d'une après-guerre désastreuse, les compères montent alors une ...colossale escroquerie aux monuments de commémoration funéraire. Juste vengeance d'un destin qui ne les épargna pas? 

"Ce qui se produisit à partir du 13 juillet pourrait figurer au programme des écoles d'artificiers ou de démineurs comme excellent exemple de situation explosive à allumage progressif."

Maîtrisant avec brio tension,  effet narratifs et quelques doses d'humour bien distillées,  Pierre Lemaître dénonce  l'abandon des Poilus par les Autorités, au sortir de la guerre 14-18. Il le fait de façon plaisante, offrant à notre lecture un roman - de facture sans doute plus masculine -  drôlement bien ficelé.

Un coup de coeur de la rentrée littéraire.

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, roman, Albin Michel, août 2013, 570 pp, 22.50 €

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21 09 13

Jubilatoire

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Sur la terrasse d'un restaurant parisien,  un groupe disparate, réuni par la seule amitié qu'il porte à Paul attend que celui-ci débarque, héros du jour et de l'anniversaire-surprise que Marguerite, son épouse, lui a concoctée.

Oui mais voilà, à l'autre bout de Paris, vêtu d'un jogging flasque, d'une humeur adaptée et de la furieuse envie de suivre un match de foot à la télé, Paul résiste à toutes les tentatives qu'opère Marguerite pour l'extraire de son fauteuil.  Nous sommes fin juin, Paul est natif de février, quadragénaire, casanier, plutôt déprimé ..il est à mille lieux - quelques  kilomètres exactement - de se douter de l'amical complot dont il est l'objet. L'occasion idoine  pour faire le bilan de sa vie et d'une tyrannie conjugale dont il se lasse soudainement.

" Les couples se construisent aussi dans la violence, tout cela n'est rien d'autre, doit penser Marguerite, qu'un épisode un peu plus constructif que les autres. Elle a dû se convaincre, Marguerite, que rien de très grave ne s'est produit ce soir,  qu'on ne peut détruire Rome en une fois, comme ça, alors qu'on devait aller danser." 

Observatrice malicieuse, drôle et  farfelue, anthropologue  d'une comédie humaine parfaitement contemporaine, Maria Pourchet, alterne les scènes - d'intérieur,  en l'appartement de Marguerite et de Paul - d'extérieur, sur le toit-terrasse du restaurant. Elle prend le lecteur à parti et l'invite au spectacle d'un couple qui se déchire, d'un microcosme social qui tente tant bien que mal de passer le temps de l'attente... mêlant, pour ce faire, les styles narratif, direct et  indirect en un cocktail subtil, acrobatique et réussi.

" Le rituel se poursuivait dans le strict respect du contrat signé entre Marguerite et l'hôtelier, sans considération pour le fait qu'elle ne fût pas là. C'est aussi que personne n'avait songé à prévenir les cuisines de ce raté de l'organisation. Bientôt, transporté par une serveuse embarrassée de ne savoir à qui l'adresser, le gâteau d'anniversaire fit son entrée. Une sorte de fraisier hérissé de bougies  tempête. La serveuse conservait une expression interrogative, de plus en plus crispée aussi, du fait du poids de la charge. L'assemblée  considérait intensément les bougies tempête dont le pouvoir hypnotique est réel. Le temps passait, les yeux brillaient."

 Un deuxième roman.

Une toute belle découverte  de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Rome en un jour, Maria Pourchet, roman, Gallimard, août 2013, 180 pp, 16.9 €

 

Billet de faveur

AE : Après un premier roman remarqué, vous …avancez d’un cran, Maria Pourchet, dans le panthéon littéraire. Quels sont vos auteurs de prédilection ?

Maria Pourchet : Dans le désordre, Gary, Perec, Aymé, Giono, Faulkner ... mais je crois qu’aucun d’entre eux n’est au Panthéon.

AE : L’accueil réservé à Avancer (NDLR :  Gallimard, rentrée  littéraire 2012) a-t-il facilité l’écriture de ce deuxième roman ?

Maria Pourchet : L’écriture du deuxième roman est déjà désencombrée de bien des poids qui ralentissent l’écriture du 1er : un éditeur me lira t-il ? Suis je vraiment un auteur ? Y aura t-il des lecteurs au rendez-vous ? Toutes ces questions sont résolues. Et l’accueil fait à Avancer a aussi beaucoup compté oui. Pour avoir rencontré bien des lecteurs l’année dernière, je pouvais les identifier, savoir davantage pour qui, voire à qui, j’écrivais.Très stimulant, plus que ce que j’aurais imaginé.

AE : L’image des « quadras » véhiculée par Marguerite et Paul n’est pas très engageante… Est-ce la vision que vous avez de cette décennie ?

Maria Pourchet : Non, pas vraiment. J’ai davantage l’impression de proposer des caractères singuliersqu’une caricatured’une généralité générationnelle. Et je préfère les nuances au généralité. Mais ces caractères (Paul, Marguerite et les autres) sont réalistes et disent quelque chose de leur temps en revanche, ça oui.

AE : Question rituelle de nos billets de faveur, quelle est votre madeleine de Proust ?

Maria Pourchet :L’odeur du hêtre. Dist comme ça, ça fait un peu « jambon fumé » mais vraiment : rien ne me renvoie aussi loin en arrière que l’odeur de l’écorce des hêtres.

 

 

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17 09 13

Scoops toujours

9782714452283.jpg" L'interview, quoique à son avis absurde, continuait à la préoccuper, et les questions imbéciles de la petite l'avaient amenée à s'en poser de plus personnelles. Alors qu'elle s'efforçait de donner un sens à sa vie ou du moins une forme simple et compréhensible - et, oui, honorable- à jeter en pâture aux lecteurs du Monitor, d'indésirables fragments de son passé remontaient à la surface, tels de vilains corps flottants sur son oeil intérieur, qui désacralisaient le tableau et la tourmentaient.

Invitée à interviewer la célèbre journaliste,octogénaire ancienne correspondante de guerre,  Honor Tait, pour le prestigieux S*nday, la jeune Tamara Sim ne se tient plus de joie. 

L'accueil que lui réserve la vieille dame est pourtant réservé voire franchement hostile: une joute verbale s'installe, qui déstabilise la jeune journaliste et lui fournit, après force investigations, des éléments propres à générer un scandale.

 Avides de scoops eux aussi, ses confrères multiplient mesquineries et (petites) trahisons offrant aux lecteurs une plongée corrosive dans un certain milieu journalistique.

AE

Le doux parfum du scandale, Annalena McAfee, traduit de l'anglais pas Isabelle Chapman, roman, Belfond, septembre 2013, 504 pp, 22 €

 

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14 09 13

Le fils d'Albert Einstein

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 " Les gens qui me connaissent vous diront que je suis fou. N'en croyez rien. Le propre des fous est d'ignorer qui ils sont. Je suis le fils d’Einstein.  J’imagine le doute dans votre esprit. Le fils d’Einstein ? !  C’est inscrit sur notre passeport. Eine Stein, en un mot. Eduard de son prénom, né à Zurich, le 23 juillet 1910. Menez votre enquête. Je suis de notoriété publique. »

Un titre à consonance médicale pour le roman d’une pathologie.

Et pour cause, l'écrivain Laurent Seksik (Les derniers jours de Stefan Zweig, La légende des fils, ...) est médecin, radiologue de formation et de pratique. Il a publié une biographie d’Albert Einstein (Gallimard, Folio biographies, 2008) C’est dire qu’il sait de quoi il parle quand il se penche sur le cas de son fils cadet, Eduard, diagnostiqué schizophrène et interné à  Zurich, à l’âge de 20 ans.

Alternant le focus sur Mileva, première épouse d’Albert Einstein, sur l’histoire de leur couple, celle du génial savant et le journal intime de leur fils Eduard, le roman explore avec subtilité les consciences des protagonistes, les relations d’une famille,  éclatée, face à la maladie.

 Frappé d’inadmissibilité, Eduard ne pourra accompagner son père  lorsque ce dernier,  échappant à l’antisémitisme ambiant et  au nazisme,   partira vivre aux U.S.A  et travailler à l’Université de Princeton.

 Un père qui veillera désormais à distance sur son fils, assurant son confort matériel.

«  Il a eu tous les courages (…) Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites. »

AE

Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik, roman, Ed. Flammarion, août 2013, 304 pp, 19 €

A noter: l'ouvrage figure dans la liste première de la sélection Goncourt - A suivre..

 

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10 09 13

Mensonges et reniements

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" Ce jour-là, j'ai compris ce qu'impliquait réellement mon mensonge: la certitude que je ne partagerais jamais rien avec personne. Ni le bonheur, ni le malheur. J'étais et je serais toujours seul"

C'est un des romans que l'actualité littéraire attend.

Karine Tuil n'en est évidemment pas à son coup d'essai: après 8 romans publiés chez Grasset (dont les Quand j'étais drôle et Six moissix jours - voir chronique sur ce blog), elle nous revient avec un sujet puissant, celui de mensonge et de la trahison  identitaire, pierre d'angle d'un édifice qui peut à tout moment imploser.

Evincé de sa liaison amoureuse avec Nina Roche par la tentative de suicide de Samuel Baron, leur ami commun, écrivain névrosé, en mal d'écriture,  Samir Tahar, arabe de modeste condition, joue les cartes de l'ascension, de la réussite professionnelles et sociales. Profitant d'une confusion sur son appartenance à la communauté juive, il se fait engager dans un grand cabinet d'avocats, est envoyé de Paris à New York, fait sien le passé familial de Samuel, épouse la belle, intelligente, raffinée, ....irréprochable Ruth , fille du puissant, richissime homme d'affaires, Rahm Berg et lui donne deux (beaux)  enfants.

Toute sa vie repose désormais sur une omission initiale et l'entretien perpétuel des mensonges qu'elle génère, dont le reniement de sa famille d'origine.

Mais le passé toujours revient et son amour pour Nina refait surface qui lui vaut un saut à Paris, des retrouvailles  assez malsaines avec Samuel, l'ébauche d'une nouvelle et dangereuse liaison avec son amour de toujours.

Chirurgienne de l'âme et de ses mouvements, Karine Tuil analyse avec une minutie totale, sans concessions, les affres de l'imposture, de la conscience et du coeur, les rapports de castes entre les différentes communautés.

D'un scenario envoûtant, bien ficelé, pétri de rebondissements, elle construit un roman ..palpitant

AE

L'invention de nos vies, Karine Tuil, roman, Editions Grasset, août 2013, 494 pp, 20.9 €

Ecoutez l'interview de Karin Tuil par Nicky Depasse en cliquant ici

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