26 10 13

Un sommet

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 " Pays de défis, le Népal est devenu le pays sacré, mystique et exceptionnel, celui où il faut aller pour atteindre le nirvâna, le toit du monde, dont le sommet touche le ciel, l'Everest."

S’il fait fantasmer tous les candidats à l'ascension des sommets supérieurs, le Népal cache en son sein des violences inouïes. Celle d'un système de castes, d'abord, qui codifie les relations sociales sur un mode extrêmement rigide. Celle de la condition féminine, ensuite,  désavantagée  par un système patriarcal archaïque. Celle, enfin, d'assassinats iniques et sauvages perpétrés par des ombres.

Construisant son roman , en un jeu de miroirs poignants, sur les assassinats sauvages de trois membres de  la famille royale népalaise, le 1er juin 2001 et de la journaliste Uma Singh - incarnée en la jeune et belle  Ashmi - le 11 janvier 2009, Bernadette Pecassou livre de Kathmandou, de  ses  réalité quotidienne,  richesses, et beauté, une vision percutante.

La route  d'Ashmi, universitaire de basse caste,  rencontre celle  de Karan, journaliste français d'origine népalaise, fondateur d'un quotidien d'expression nouvelle et libre, témoin qui porte un  regard neuf sur la patrie de ses ancêtres. Tout juste sortie d'une guerre civile, le pays n'est pas prêt à entendre ses vérités, encore moins à remettre en question la condition féminine et le scandale du système des dots . La collaboration avec le Summit News précipitera le destin tragique de la jeune femme.

Un roman poignant bâti sur trame de faits historiques et d'un regard bouleversant sur un pays qui fascine.

Apolline Elter

Sous le toit du monde, Bernadette Pécassou, roman, Flammarion, octobre 2013, 314 pp, 20 €

Billet de faveur

AE : Votre roman offre une vision alarmante, Bernadette Pécassou,  de la réalité népalaise - violence rentrée ou exprimée sauvagement, mépris de la femme, rigidité du clivage social – et  révèle en même  un  profond attachement pour Katmandou, ses habitants, ses femmes. Qu’est-ce qui vous lie à cette ville ?

Bernadette Pécassou :Rien avant que je n’y sois allée. Tant de choses depuis. Elle est le monde disparu, le chaos d’aujourd’hui. Des murs de parpaings et des toits de tôle y côtoient des éléments d’architecture exceptionnels jusque dans les plus humbles maisons, des sculptures anciennes de bois au coin des rues, devant les maisons, dans une entrée entrouverte.  Le passé se dissout devant nos yeux, « la maléfique négligence », celle dont parlait Orhan Pamuk quand il se plongeait dans le vieil Istanbul. Des constructions galopantes et anarchiques ont tout enseveli. Et pourtant, Katmandou est une magie. Le Népal tout entier est une magie. A en avoir les larmes aux yeux d’émotion. On mesure quand on y est tout ce que nous avons accompli ici, en occident. Mais on  touche aussi de très prés ce que nous avons perdu. L’enchantement de la vie ensemble.

 

AE :  Institution mythique, le Katmandou Guest House est le passage obligé des candidats à l’ascension des sommets. Y avez-vous séjourné ?

Bernadette Pécassou : Oui, et ce fut aussi incroyable que de se retrouver dans un vieux film. L’hôtel n’est pas très confortable. Matelas durs comme du bois, couvertures lourdes, salles de bains datant des années 50. Mais tout est parfaitement entretenu et l’ambiance est là, la beauté du lieu. Les boiseries cloisonnées dans les chambres aux couleurs d’acajou, les ventilateurs d’époque, le jardin impeccable, les hautes fenêtres cintrées. Le Katmandou Guest House au cœur de Thamel était un ancien palais Rana, cette dynastie qui a régné sans partage sur tout le Népal pendant  104 longues années. Son atmosphère est encore chargée de cette histoire et de celle des résidents célèbres qui y sont passés. On sent la charge d’une forte atmosphère particulière dés qu’on y pose le pied. Il est l’hotel préféré des trekkeurs et alpinistes qui savent son histoire et veulent y avoir séjourné. Tant pis pour le matelas et la salle de bain. Un peu d’inconfort vaut bien pareille magie.

 

AE : Votre roman paraît un mois après que le cerveau présumé de l’assassinat perpétré sur Uma  Singh ait été arrêté.  Y voyez-vous le gage d’un avenir plus serein  pour le pays?

Bernadette Pécassou :Oui, bien sûr, et il faut l’espérer car ils ont trop souffert.  Quand à mon roman, il venait juste  d’arriver de l’impression chez Flammarion quand la dépêche de RSF annonçant l’arrestation du meurtrier d’Uma Singh est tombée. Le jour même, le 23 septembre. Avec  une incroyable précision. Il m’arrive de croire au destin. Car cette annonce  de l’arrestation prouve que la fragile démocratie du Népal fait son chemin, avec une détermination incroyable malgré son peu de moyens et le peu d’intérêt que cela soulève hors de ses frontières. Sous le toit du monde, un ultime royaume est en train de devenir une république. Le Népal s’organise, et s’apaise. 

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24 10 13

Mélétos versus Socrate

" Le prof doit-il mourir?"

 

Tel est l'enjeu de ce débat théâtral rythmé d'humour et de réflexions sur le rôle de l'enseignement.

Menacé de mort par Mélétos, père d'Anytos, un de ses élèves, le "Prof" - on ne connaîtra pas son nom - expose, à coups d'envolées lyriques maîtrisées, sa vision socratique, libératrice de l'éducation:

"Parce que tu décris là, Mélétos, c'est le fonctionnement même de la réflexion. Parce que penser, c'est d'abord penser contre soi, contre ses certitudes d'où qu'elles viennent , contre ses croyances les mieux enracinées, contre ses impulsions les plus naturelles, de père, de mari, de prof, comme on se dédouble devant le miroir de la salle de bain pour devenir, en effet, quelque chose comme sa première victime, ou son meilleur ennemi."

Invitant Socrate, Platon et ses détracteurs - dont le fameux Mélétos - sur le devant d'une scène contemporaine, Gernot Lambert,  professeur de littérature,  esquisse un nouveau procès de l'enseignement. Il dote sa pièce,  alerte, d'un dossier d'accompagnement, nourri de la pensée de Socrate et de la célèbre Apologie qu'en fit Platon.

Une façon plaisante de s'adonner à la réflexion philosophique.

AE

Apologie de Mélétos, Gernot Lambert, Théâtre - texte + dossier, éd. De Boeck, 2013, 158 pp

 

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23 10 13

Sur les traces d'Hawthorne

9782226249715-j.jpgMystérieusement rescapé de l'incendie criminel  de son appartement, l'ouvrage La Lettre écarlate (de Nathaniel Hawthorne) attire l'attention fébrile de Pauline, la narratrice, à son retour de l'hôpital.

"J'ai toujours pensé que si la vérité existait, elle ne pourrait se trouver que dans les livres, ces mêmes livres qui avaient emporté leurs secrets avec eux."

Focalisé sur l'indignité d' Hester Pryne, une femme adultère, marquée d'une lettre écarlate, le roman d'Hawthorne  (1850) émeut à ce point la narratrice qu'elle se rend à Boston (Nouvelle-Angleterre), "à la source du livre." et des lieux chers à Hawthorne.

" J'avais failli mourir. La hiérarchie des choses avait changé. Une révolution copernicienne s'était opérée en moi, autour de moi, qui m'entraînait dans des mouvements singuliers, inédits, me faisant traverser des paysages nouveaux où je ne reconnaissais plus rien."

Une quête initiatrice, baptême d'après feu, en quelque sorte, qui au hasard d'investigations et de rencontres fortes - celle de Georgia Oblotchnik, vieille femme serviable,  fantasque et transcendentaliste, de  Blake et de Waldo, un libraire  "cyclope" et dément , la mèneront à la découverte ...transcendante d'elle-même.

Un roman baigné de littérature et de sa force cathartique.

AE

La Transcendante, Patricia Reznikov, roman, Albin Michel, août 2013, 280 pp, 19 €

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22 10 13

NKM

 Personnalité fascinante que   celle de Nathalie Kosciusko- Morizet, volontiers attachante sous son apparence de soldat fragile et vaillant à la fois.

Que du contraire, nous affirment les journalistes politiques Gaspard Dhelemmes et Olivier Faye, NKM est une "guerrière sans état d'âme", une cérébrale, froide et déterminée...

Forts d'une centaine de témoignages, de proches et autres de la candidate à la Mairie de Paris, mais pas de celui de la principale intéressée, les auteurs de cet essai behavioriste  et... déconcertant, détaillent le parcours - presque sans faute - d'une élève modèle, matheuse brillante, habituée des premiers rangs. 

Forte d'une ascendance familiale prestigieuse - son grand-père était conseiller de Jacques Chirac - et d'une solide formation en Polytechnique, la jeune quadragénaire fait de son combat en faveur l'écologie, l'échelle d'une carrière qui la propulse  rapidement aux plus hautes instances de la politique.

Une Ségolène Royal, version de droite? 

Peut-être - NKM partage des points communs - à commencer par une certaine rigueur militaire -  avec la candidate malchanceuse des élections présidentielles 2007 mais elle affiche une intelligence incontestable et ... supérieure.

Une grande communicatrice aussi qui sait utiliser toutes les canaux utiles à la diffusion des ses faits et idées.

"Incarnation  d'un certain renouveau dans la classe politique française- malgré un parcours classique - Nathalie Koosciusko- Morizet a construit son image autour du numérique et de l'écologie. Deux thèmes sur lesquels elle a su capitaliser pour se présenter en femme politique moderne."

Une analyse intéressante qu'on aimerait voir confrontée avec l'avis de l'intéressée.

AE

NKM la femme de premier rang, Gaspard Dhelemmes et Olivier Faye, essai, Editions Jacob-Duvernet, septembre 2013, 190 pp, 17,9 €

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17 10 13

Lettres de Paris

"Ce que j'aime bien, dans les lettres que nous nous écrivons , mon père et moi, c'est que parfois j'arrive à oublier où il est- parler des abeilles et des couleurs sensibles, j'adore ça."

 

La narratrice a dix ans - l'âge précis où Laura Alcoba quittait l'Argentine pour la France... - elle rejoint sa mère à Blanc-Mesnil,  en banlieue parisienne, tandis que son père reste détenu à la prison de  La Plata (Argentine).

 Observatrice du monde adulte et d'une réalité  de vie qui ne correspond pas à la vision idyllique de Paris qu'elle s'était faite, l'enfant entretient avec son père une correspondance régulière.

"Ce qui est bien avec les lettres, c'est qu'on peut tourner les choses comme on veut sans mentir pour autant."

Alliant candeur et maturité en un mélange bien négocié, le roman se nourrit largement de la vie de Laura Alcoba: fille d'un prisonnier politique qui restera incarcéré en Argentine jusque mi-1981, l'enfant avait rejoint sa mère en France et écrivait une fois par semaine à son père. S'il n'y a plus de traces des lettres parvenues à la prison, Laura Alcoba avait, en revanche, conservé toutes les missives de son père. Elle les a relues durant le printemps 2012, se décidant alors réécrire en quelque sorte les siennes,

AE

Le bleu des abeilles, Laura Acolba, roman, Gallimard, août 2013, 125 pp, 15,9 €

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16 10 13

Turambo

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"Je suis né avec la foudre. Une nuit d'orage et de vent. Avec des poings pour cogner et une bouche pour mordre. J'ai effectué mes premiers pas dans la fiente et je me suis accroché aux épines pour me relever."

Convié à assister à l'exécution capitale de Turambo, le narrateur, le lecteur est saisi d'entrée de roman par le destin tragique de ce boxeur algérien : élevé dans un sordide bidonville de Graba,  criblé de coups et d'injustices, l'enfant doit son salut aux (rares) rencontres amicales qui croiseront son chemin, celle de Gino, en particulier et à une disposition pour la boxe.

"Un malheur n'arrive jamais seul. Lorsqu'il pointe le nez, sa smala lui colle au train, et la descente aux enfers s'enclenche sans retenue"

Telle est la vie de ce jeune homme dont le récit, empreint de descriptions éloquentes,  paraît si réel. Une vie ponctuée de déboires qui le mèneront à la condamnation à mort, suscitant, sous la plume élégante, orientale et imagée de Yasmina Khadra, l'empathie du lecteur.

Une lecture forte, qui révèle, à travers la misère, le climat raciste qui sévissait dans  l'Algérie de l'Entre-Deux-Guerres.

Du Yasmina Khadra grand cru

AE

Les anges meurent de nos blessures, Yasmina Khadra, roman, Julliard, sept. 2013, 412 p, 21 €

 

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12 10 13

Paul et Marie

Les éditions Albin Michel éditent, en ce bel octobre, le texte de la pièce épistolaire Une séparation.

 

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 Lecture en fut donnée, en 2009, lors du Festival de la correspondance de Grignan - édité par la maison Triartis, le texte avait eu le prix SACD-Beaumarchais-Durance-  ainsi que fin 2011, au Théâtre du Méridien (Bruxelles) .

La pièce se joue,  dès demain dimanche, à 19 h,  au Théâtre des Mathurins ( Paris) , ainsi que tous les dimanches et lundis du 13 octobre au 22 décembre. L'événément est que cette fois, ce sera Véronique Olmi, elle-même, qui campera Marie, tandis que Paul sera incarné par Jean-Philippe Puymartin.

" Cela va vite une séparation. Il suffit d'un mot pour défaire des mois, des années d'amour, c'est comme dynamiter sa maison, on craque une allumette et tout s'effondre"

Dialogue, par voie postale et ...voix épistolaire, entre Marie et Paul sur l'érosion de leur couple, la persistance patente de leur amour, le texte explore avec subtilité la spécificité et les riches facettes de la correspondance. Un jeu de ping-pong dense, compté, rythmé, s'installe qui rend le silence éloquent, le non- envoi des missives, poignant.

C'est beau. C'est du Véronique Olmi, tout simplement.

 Apolline Elter 

 Une séparation, Véronique Olmi, Ed. Albin Michel, sept 2013 (Triartis, 2009), 75 pp, 10 €

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09 10 13

Echange au carré

 

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Paris, 1721 - Tandis qu'il exerce régence du royaume de France, après le décès de Louis XIV, son frère, et ..qu'il prend son bain, Philippe d'Orléans a une inspiration de génie: celle de marier Louis XV, son fils, âgé de 11 ans, avec Anna Maria Victoria, infante d'Espagne, de sept ans sa cadette.  

Le projet s'assortit d'une autre alliance: celle de  sa fille revêche, Louise Elisabeth de Montpensier, fille d'une union bâtarde avec Mademoiselle de Blois, avec le Prince des Asturies, fils de Philippe V, Roi d'Espagne, frère d'Anna Maria Victoria, comme vous l'aurez compris.  

Cette double union permettra aux Cours de France et d'Espagne d'entériner la fin des conflits. Elle se conclut dans l'enthousiasme des partis, excepté des intéressés...

" Puis elles foulent bravement la moitié tapis-territoire de France pour l'infante, la moitié tapis-territoire d'Espagne pour Louise Elisabeth. 

Elles prennent en sens inverse les ponts flottants. Il fait beau maintenant. On remercie la Providence. Les princesses échangées brillent dans le soleil. Face à face dans la froidure émanée de la rivière torrentielle, leurs peuples les acclament. Des mains se tendent pour pouvoir toucher leurs habits, comme on touche des reliques de saintes." 

Décrivant avec brio l'acheminement des cortèges vers l'Ile des Faisans, sur la rivière Bidassoa, lieu-frontière d'échange, les sentiments qui animent les protagonistes et les péripéties qui s'en vont suivre, Chantal Thomas découvre un pan de l'Histoire largement méconnu.

En filigranes, un portrait  de la Princesse Palatine, attachante grand-mère d'adoption pour l'Infante de 4 ans.

Un beau roman historique.

AE

L'échange des princesses, Chantal Thomas, roman, Seuil, août 2013, 338 pp, 20 €

 

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08 10 13

le grand retour d'Ange Mattéi

 

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 "Qui en voulait à Pélissier au point de le tuer de la plus horrible des façons?  Pourquoi la Treille Muscate?  Cette maison mérite respect et sérénité, dans ces pièces ont été écrites quelques-unes des plus puissantes, des plus sensuelles des pages françaises, la Treille Muscate est une vraie maison d'écrivain, avec des pierres qui vivent et respirent encore de la femme qui y a vécu. Et pourtant le sang a coulé, je n'arrive pas à m'y faire."

L'ombre de Colette plane sur ce roman policier et pour cause: un assassinat est commis en la villa Shalimar de Saint-Tropez, l'ancienne Treille Muscate , résidence d'été de  l'écrivain, de 1925 à 1939. 

L'ombre d'un assassin aussi, qui s'en prend mystérieusement aux clients de l'agence de location Vacatim.

L'ombre de la Naissance du jour, enfin, puisqu'il est amorce d'amour entre Victoire Pélissier, l'occupante des lieux, avec un jeune homme (à tout faire) Henri Camacho.

Ange Mattéi , nous revient ( Sang pour Sand, Martine Cadière, 2005) , le capitaine de gendarmerie qui dénouera les liens d'une énigme bien ficelée, d'un roman polyphonique aux chapitres courts, introduits  d'extraits d'oeuvres de Colette, allègrement rythmés.

Une plaisante lecture.

La dame qui fuit Saint-Tropez, Martine Cadière, roman, Ed. Mols, août 2013, 224 pp, 20 €

Billet de faveur: 

AE : Dans ce roman, vous décrivez la dévolution de la Treille Muscate, la fameuse propriété qu'occupa Colette, avec son troisième mari, Maurice Goedeket, pendant près de 15 ans. Elle dut s'en séparer, traquée par les touristes. Avez-vous visité la maison? Eu accès aux archives? 

Martine Cadière:- La Treille Muscate a été occupée par Colette de 1925 à 1938, date à laquelle elle a fui Saint-Tropez à cause des opportuns, phénomène qui sera reproduit plus tard par Sagan ou Bardot entre autres.  J'ai vu la maison il y a plusieurs années (j'ai vécu 3 ans à Port-Grimaud), elle était à l'abandon à l'époque et pleine de...chats qui squattaient la propriété.  Depuis elle a été rachetée, c'est une villa privée qui ouvre ses portes une fois par an pour un colloque ou une séance de lecture de textes de Colette.  Je ne connais pas son nom actuel (Shalimar vient de mon imagination, ainsi que les différents chapitres consacrés à Colette et à Maurice, mais il n'est pas difficile de se représenter Colette, bronzée et coiffée d'un grand chapeau de paille sur sa terrasse;  les photos d'époque sont éloquentes). 

Comme vous l'écrivez très justement, c'est à la Treille Muscate qu'elle a écrit "la naissance du jour", qui est un hymne ininterrompu à la maison, mais aussi "la seconde" ou encore "La chambre à dormir dehors", petit livre peu connu lui aussi dédié à la Treille Muscate.  On connaît la suite.  Elle fait une mauvaise chute en 1931 (elle a alors presque 60 ans), se casse le péroné, souffrira jusqu'à la fin de poussées d'arthrite très douloureuses suite à cette chute, et ne portera plus jamais de vrais souliers.  Et pour se présenter à l'académie royale de Belgique, devant la reine Elisabeth de Belgique, elle portera des sandales tropéziennes, les fameuses spartiates de Rondini.  Les journalistes de l'époque relaieront largement la description de Colette, pieds quasiment nus, qui se présente devant la reine.

AE: Parlant  du "coup de pub"  que les assassinats génèrent pour l"agence Vacatim, vous le dites supérieur à celui de "l'Eventail ". Faites-vous allusion à un célèbre magazine belge? 

Martine Cadière: J'étais dans la salle d'attente d'un chirurgien orthopédiste, et j'écrivais en attendant mon tour.  Mon regard s'est posé sur l'habituelle pile de journaux que l'on trouve dans toutes les salles d'attente de médecins ou de dentistes : il s'agissait de l'Eventail.


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05 10 13

On n'a pas tous les jours... trois cents ans

 

Professeur de littérature française du  XVIII siècle  à l'Université de Paris- Sorbonne , Michel Delon navigue avec aisance à travers les Lumières. Il  nous parle avec amitié, presque à brûle-pourpoint, de ce génie dont nous fêtons,

téléchargement.jpgce jour, le tricentenaire de la naissance.

"Peut-on vraiment dialoguer à travers les siècles avec ce Langrois de Paris, ce paysan de la capitale? Et plus généralement, comment interpréter le passé avec nos grilles d'aujourd'hui? La question m'obsède, Diderot n'a cessé de la poser. Il a renoncé à la Création divine, aux idées innées, donc à tous les principes intangibles qui s'imposeraient à toutes les époques."

Tel est la question majeure de l'essai : Diderot parle-t-il, aujourd'hui encore, à nos sensibilités? En d'autres termes, faut -il faire tant de cas, du tricentenaire de sa naissance?  La réponse est oui, trois cents fois oui, et Michel Délon le démontre avec brio.

Abordant l'ami Diderot, sous toutes ses faces, sens dessus-dessous comme l'évoque l'image du titre, Michel Delon révèle Le Langrois - de naissance - Parisien - de résidence - fils en attente,  mari un peu marri , amant, père émerveillé, ami dévoué, esprit curieux de tout, épris de liberté et d'une volonté constante de partage.

Un être bien sympathique.

Une lecture aussi.

AE

Diderot cul par-dessus tête, Michel Delon, essai, Albin Michel , sept.2013, 420 pp, 24 €

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