21 05 13

D'encre et de sang

encre.jpgC'est dans son sang russe - sa grand-mère, Natacha Koltchine de Rosnay est née à Saint-Pétersbourg - que Tatiana de Rosnay puise l'encre de son nouveau roman. Un roman cligné d'éléments autobiographiques, aisément identifiables.

A savoir.

" Il avait écrit son roman à la main, dans des cahiers, comme celui qui se trouve sur ses genoux, vierge."

Pas facile de gérer (le contrecoup d') un succès littéraire, la gloire qui s'ensuit et la chronophagie des réseaux sociaux. Débarqué avec  Malvina, son amie,  au Gallo Nero, luxueux établissement "perché sur une petite île de la côte toscane", Nicolas Kolt entend rédiger ce nouveau roman que son éditrice attend. Mais tout le distrait de sa tâche, constipe son inspiration: l'observation des résidents de l'hôtel, les torrides textos échangés avec Sabina, rencontrée à une séance de dédicaces mais encore et surtout les flashbacks incessants qui le plongent dans sa vie ancienne,  le couple formé avec Delphine, son enfance, la disparition en mer  de son père, Théodore Duhamel, la révélation de son identité russe, la découverte de Saint-Pétersboug... tous éléments transcrits dans L'enveloppe, roman saisi de succès.
 
" Maintenant tu es une créature médiatique que tout le monde s'arrache. Jamais tu n'avais été superficiel. Maintenant, tu te regardes dans les vitrines, bon sang. Chaque fois que tu sors, même dans un supermarché, tu espères être reconnu. Tu te cherches sur Google toute la journée. Tu passes des heures à lire des posts sur ta page Facebook. [...] La vie n'est pas une grande tournée littéraire"
 

Une vie qui s'enlise,  attente d'une rédemption : " Pour écrire son nouveau roman, Nicolas sait qu'il devra tremper sa plume dans l'encre russe."

A l'encre russe, Tatiana de Rosnay, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, mars 2013, 350 pp, 22 €

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18 05 13

Parce que

9782848762920.jpgQuestion plus que de propos en cette année où  nous fêtons - le 7 novembre précisément - le centenaire de la naissance, en Algérie, d'un écrivain majeur du XXe siècle.

Un être à multiples facettes. Qui peut se targuer de le cerner vraiment?  Journaliste, philosophe, écrivain engagé, dramaturge, essayiste, novelliste, conteur même à ses heures, ...Albert Camus était sur tous les fronts, de tous les combats. Quand il n'optait délibérement pour le silence.

Il était surtout d'une sincérité fondamentale. Sa révolte ne peut se comprendre que sous le prisme de son intégrité.

Son décès inopiné, le 4 janvier 1960, l'accident fatal qui lui coûta la vie et celle de Michel Gallimard éteignit une voix qui avait encore tant à dire.

Nous reviendrons largement sur le sujet, début novembre, à l'occasion de la semaine d'anniversaire qui lui sera consacrée sur ce blog, ...notamment

Ce qui n'empêche de nous pencher déjà sur ce collectif de lecteurs qui, sous la direction d'Eduardo Castillo, nous propose une série d'angles d'approche divers et motivés du grand homme, tant de raisons de l'aimer davantage.

Un être complexe, toujours à la recherche de vérité.

Pourquoi Camus? 

"Parce qu'il nous parle encore aujourd'hui et d'aujourd'hui; parce que chaque nouvelle génération le découvre et ne cesse de s'approprier ses écrits. Son succès populaire, la passion de ceux qui se sont penchés sur l'homme et son art m'ont donné envie de rassembler des points de vue divers, riches, contradictoires et toujours renouvelés sur l'homme et son oeuvre, dans la volonté de faire partager et de transmettre , à travers les textes, la flamme camusienne." [ Eduardo Castillo]louis.jadoul@skynet.be

Témoin de son temps, "touche-à-tout talentueux" et acteur d'un monde qu'il eût souhaité meilleur, Albert Camus marquera le parcours de nombreux intellectuels. Extraits d'écrits, de lettres  et de discours camusiens à l'appui, les auteurs de ce collectif tracent des passerelles avec les révoltes actuelles d'Afrique du Nord, celle des Indignés, .. l'opposent à son meilleur ennemi, Jean-Paul Sartre.

Tranchant quelque peu par un parti-pris décapant, sincère et surprenant, Alexis Jenni  (Prix Goncourt 2011, L'Art français de la guerre)  admet qu'il s'ennuie parfois à la lecture de La Peste .... Raidi par une lutte intérieure,  brillant penseur, Camus aurait gagné à n'être que romancier...

Un collectif bien intéressant.

Apolline Elter 

    Pourquoi Camus ? , collectif d’auteurs sous la direction d’Eduardo Castillo, Ed. Philippe Rey, mars 2013, 300 pp, 19 €

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16 05 13

Devoir de mémoire?

 

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"La vie des morts célèbres est pleine de rebondissements. Le repos éternel est devenu une véritable illusion dans leur cas et Françoise, pour sa part, n'eut guère la paix que pendant une saison." 

Devoir de mémoire? D'amitié conclue sur le tard? 

 L'enquête minutée, minutieuse à laquelle se livre la journaliste Alix de Saint-André, soutenue par Caroline Eliacheff, fille de Françoise Giroud et de sa famille en général,  vise à trouver la vérité de la célèbre journaliste. Une vérité souvent occultée par l'intéressée-même, trahie, selon les dires d'"A.S.A." par la biographie que rata Chistine Ockrent, et celle, approximative, de Laure Adler.

Elles nous avaient pourtant passionnée toutes deux..

Revenant avec force détails sur l'affaire des lettres anonymes rédigées par une femme en souffrance et une judéîté non assumée, Alix de Saint-André décide de tirer les faits au clair, les situer dans leur exact contexte et fédérer autour de son enquête l'adhésion de toute une famille.

Sa rencontre initiale avec Françoise Giroud date du 2 décembre 1987, époque de la publication de la biographie d'Alma Malher:

Jeanne-Marie Darblay [NDLR: rédactrice en chef d'Elle ] me donna mission, si j'avais envie de l'interviewer, de lui rentrer dans le chou."

Mais "On ne tire pas sur une ambulance". Françoise Giroud apparut, vieille, fragile et affable, pénalisée par une "brume chimique" probable conséquence de la prise d'anti-dépresseurs.  La sympathie entre les deux femmes fut inéluctable . Et les rencontres de se multiplier. Et Alix de Saint-André de s'investir garante de la vérite posthume de la grande dame, écorchant sans ménagement Chrsitine Ockrent,  Madeleine Chapsal, première épouse de Jean-Jacques Servan-Schreiber  et avec  une moindre hargne,  Laure Adler.  Et de passer de longs et laborieux jours d'enquête et de copies auprès de l'IMEC, d'abbaye normande qui contient les archives privées de Françoise Giroud, Marguerite Duras et autres personnalités illustres.

C'est alors qu'elle découvre les deux versions de l'Histoire d'une femme libre, rédigé par Françoise Giroud, au mitan de sa vie, après sa tentative de suicide avortée. Versions échappées à la vigilance des précédentes biographes, qui, mises en perspective et établies,  nous offrent la belle publication dont nous vous parlions en début d'annéée. Nous ne pouvons que vous inviter à en retrouver le compte rendu: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2013/02...

AE

Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André, récit, Ed. Gallimard, janvier 2013, 290 pp, 20 €

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14 05 13

Retour à Nohant

9782021035681.jpg" Je me lève pour allumer le lampadaire. Chien et loup: l'heure où j'ai toujours un peu froid. L'heure de la méfiance, de la défiance, demi-domestiquée, demi-sauvage, qui fait tanguer l'âme au soir."

Quelle mouche pique Jean-Marc, psychiatre, psychanalyste patenté, qui l'amène à s'angoisser de manifetations occultes, celles-mêmes que son esprit, rationnel, avait rejetées jusqu'à présent.

" Et si je sortais plus souvent de mon cabinet? Et si je m'éloignais de cette bibliothèque constituée  avec autant d'orthodoxie que de ferveur, qui veille sur moi comme je veille sur elle."

Mandé pour une conférence à Nohant, le narrateur est saisi de trouble, découvrant qu'il connaît chaque recoin de la demeure de George Sand...

Simple paramnésie? 

L'aide de Louise, la complicité de sa fille Valérie , lui permettront-elles de surmonter cette crise au bénéfice d'une sensibilité accrue dans sa pratique médicale? 

C'est tout l"enjeu de ce roman , son questionnement. Et l'attrait de Nohant, si cher à notre blog.

AE

Madame George , Noëlle Chatelet, roman, Ed. Seuil, avril 2013, 238 pp, 19 €

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11 05 13

Embarquement magique

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" Ce livre part à la recherche de l'émotion qui les saisit à la lecture du nom de Marseille sous les plus belles plumes. Les écrivains ont été éloquents, profitons-en; Marseille a été l'embarcadère des lettres, partons les retrouver sur la jetée."

Natif de Marseille, haut fonctionnaire, Rémi Duchêne a imaginé les premières pages de ce recueil, tandis qu'il vivait... sous nos cieux belges.

Passionné de littérature et érudit en la matière, il nous propose de visiter sa ville natale sous l'angle patriote, passionné, ému, surréaliste, féminin, poétique, aimant ou (franchement) hostile d'écrivains majeurs, qui y sont nés ou y ont séjourné durant la première moitié du XXe siècle.  Albert Camus, Albert Cohen, Guillaume Apollinaire, André Breton, Paul Eluard, René Char, Louis Aragon, Antonin Artaud, Jean Cocteau,  Colette, Simone de Beauvoir, André Malraux, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Henry de Montherlant,  Jean Giono, André Gide, André Gaillard, Blaise Cendrars, Jules Supervielle, Jean Genet, Eugène Ionesco,  Roger Martin du Gard et Céline voient ainsi leurs oeuvres analysées sous le prisme  de la cité phocéenne et d'une mise en perspective magistrale.

" Bien des voyageurs de la première moitié  du XXe siècle, avant que l'avion ne vienne bouleverser ces repères maritimes, ont saisi cet instant magique où la porte de Marseille s'ouvrait sur les mondes lointains: Méditerranée orientale et Maghreb, mais également Afrique noire, océan Indien, Extrême-Orient, Amériques...."

 Rendue aisée et lumineuse par la fluidité d'écriture de l'auteur, la lecture de l'essai est riche d'enseignement. On ne pouvait concevoir meilleur hommage à la Capitale culturelle de 2013.

Apolline Elter

L'embarcadère des lettres. Marseille et les écrivains, Rémi Duchêne, essai, JC Lattès, avril 2013, 514 p, 23 €

  

Billet de faveur

 

AE : Bel hommage à la ville  qui vous a vu naître et que vous aimez, Rémi Duchêne, l’essai  opère une sorte  de réhabilitation par rapport à une Marseille  « souvent écrasée par sa caricature »  et même « brocardée ». Le travail opéré , l’érudition impressionnante qui parcourt les pages , leur académie vivante, allègre et nuancée sont aussi un hommage à feu votre père, le professeur Roger Duchêne .  Aviez-vous évoqué ensemble le projet ?

Rémi Duchêne : Nous n’en avons hélas pas eu le temps, sa disparition fort brutale nous a privés de ce plaisir. Mais il est vrai que bien des éléments ramènent vers lui cet essai : le penchant enthousiaste pour la littérature et l’amour de Marseille sont bel et bien mon plus précieux héritage - avec le goût de la vie de famille ! Je me suis efforcé aussi de m’inspirer de sa passion pour le travail bien fait et de son envie de partager le fruit des recherches avec le plus grand nombre.

 AE :  Vous  semblez habité par les auteurs que vous évoquez, tant vous en  connaissez  les  œuvres,  parcours,  place au sein de la  littérature.  Une pareille somme, c’est le travail de toute une vie…

 Rémi Duchêne : aimer la lecture, c’est en effet un bonheur qui dure toute une vie, comme vous le savez bien et le faites partager vous-même à vos abonnés et fidèles ! Je n’ai pas étudié la littérature à l’Université, cependant j’ai toujours figuré dans la catégorie des bons lecteurs… Pour cet ouvrage, cinq ans ont été nécessaires entre le premier projet, conçu…  à Bruxelles, puis les visites à Marseille, les recoupements et mises en perspective, enfin la rédaction, avec une attention portée à la construction d’un récit (tous ces écrivains prestigieux qui se bousculent, si j’ose dire, sur l’embarcadère, avec chacun une histoire étonnante !), ainsi qu’à la précision des références.

 AE : «  Quel mouvement dans ce Marseille ! Paris paraît morne à côté. » écrit Colette à la Duchesse de Morny, son amie.  Nous sommes en 1909. Partagez-vous ce point de vue,  plus de cent ans après ?

Rémi Duchêne : On retrouve ce jugement sous quelques autres plumes prestigieuses, comme Éluard ou même Camus, pour qui le monde méditerranéen, d’une façon générale, représentait la vraie vie. Cocteau, Montherlant, Cendrars, Beauvoir… sont sous le charme. Au XXIème siècle, Marseille garde cet attrait subtil, à la fois brutal et pudique, sensuel et poétique. Et le mouvement qui plaisait tant à Colette est toujours là, celui des navires dans la rade, celui des populations métissées, celui des arts et de la créativité, et, par-dessus tout, une puissante aspiration au bonheur et à la liberté.

 

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09 05 13

Riches et bien portants

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Conçu  comme un 'instantané" des fortunes famililaes majeures et investies du Royaume, l'essai du journaliste Ludwig Verduyn, vise à "obtenir un panorama des centres de gravité financiers de ce pays et d'en tirer toutes les conclusions possibles."

200 familles sont ainsi passées au crible de leur activité persistante, qui représentent quelque 2000 à 3000 ménages et un vingtième du capital total des ménages belges.

Une première publication - en 2000 - permet outre de cerner l'évolution du capital - un tiers de nouvelles entrées - et d'affiner une méthode de présentation dont l'auteur nous définit d'entrée de pages les principes .

S'ensuivent deux cents fiches d'identité qui au-delà de patronymes connus,  Janssen, Frère, Solvay, Lippens, Boël, Spoelberch, Colruyt, d'Ieteren, Saverys, Collinet, De Clerck, De Nolf, Delhaize, Beckers, Thomas, Piron, Leysen, Lhoist,  Van Hool, Mestdagh, Soubry, Vastapane , Willy Naessens et entreprenante compagnie permettent de découvrir les noms cachés sous les enseignes Argenta, Eter, Duvel, Primus, Massive, Ava, As Adventure, Krëfel, Kinépolis, Interparking, Radio Contact et ...le restaurant du Cygne. 

L'épopée financière de chaque famille est tracée de façon claire et vivante, partant, intéressante.

AE

Les 200 familles les plus riches de Belgique, Ludwig Verduyn, traduit du néerlandais par Michaël Rousseau, Ed. Jourdan, avril 2013, 432 pp, 20,9 €

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07 05 13

Idesbald, sans blog fixe

 

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Avec un titre qui fleure la Côte belge et le Marienbad d'Alain Robbe-Grillet, le recueil de nouvelles que nous propose Jean Jauniaux est résolûment centré sur la marginalité. 

Résolûment ancré dans le terroir belge également.

Au départ d'Idesbald, le narrateur, SDF,  rat de bibliothèque et bloggeur, les chapitres alternent réminiscences d'enfance et relations,  avec humanité,  tendresse et aimable (auto-)dérision.  La plume est élégante,  émouvante aussi. Tel "Room service" , sorte de conte, douloureux et sublime qui offre, sous le couvert de William, un SDF qui tente de conserver le costume frais de sa dignité, un vrai répertoire des lieux à squatter.

" Il porte un costume gris, chemise et cravate. Les mocassins font encore illusion, de même que l'imperméable. Toute une vie a trouvé place dans l'attaché-case de William avec son lot d'abandons, un divorce, pas d'enfants, des mois, des années de voyages à bord d'autocars qui, avec les hôtels, étaient devenus son chez-soi."

Mais les contes n'ont pas toujours de bonnes fées  qui veillent sur leur destinée.

AE

L'année dernière à Saint-Idesbald, Jean Jauniaux, recueil de nouvelles, Ed. Avant-Propos, mars 2013, 176 pp, 17,95 €

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04 05 13

Du berger Dagobert au télégraphe de Chappe, en passant par le Festival de la correspondance

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Quand elle est  généreuse, ouverture au charme, à la beauté et aux rencontres, la curiosité est une grande qualité.  Une qualité essentielle. Martine Dumond et Geneviève del Marmol la possèdent qui associant leurs regards respectifs de native de la Drôme et de "néo-Drômoise" nous entraînent à parcourir un vaste territoire, à la découverte de lieux et de personnalités extraordinaires, insolites, recommandables .. formidables. De ces adresses que l'on ne dévoile qu'à ses - meilleurs - amis 

Un aérogare qui répare les "coucous" d'antan, une cartoucherie transformée en "Cour des images", un village, un jardin botaniques et un arboretum ouvert au public, une fois l'an, un musée de ruches, de la typographie,  de miniatures microscopiques,  de l'insolite,  un camping écologique, un restaurant à vocation littéraire, un télégraphe de Chappe, ... vous ouvriront larges leurs portes tandis que vous rencontrerez avec joie un producteur de safran, un jardinier un tantinet monarchiste, un berger restaurateur savoureusement prénommé Dagobert,   sans oublier les festivités annuelles dont le célèbre Festival de la correspondance de Grignan,  passion du  blog du Pavillon de la Littérature.

Alerte, bien rédigé, superbement illustré et diantrement sympathique, ce petit guide vous permettra de battre joyeux sentiers.

Je vous le recommande

Apolline Elter

Drôme, 100 lieux pour les curieux, Guide insolite, Ed. Christine Bonneton, avril 2013, 175 pp, 16.5 €

Du berger 

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27 04 13

La Gobernadora

 

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 " Comment inventer le rôle d'une femme sur un galion? Sinon en faisant preuve de la même discipline que les gens de mer.

A sa manière."

S'embarquer aux côtés d'Alexandra Lapierre dans un récit à source historique, c'est se garantir un  voyage dense, passionnant, palpitant.  

D'une plume bien trempée, alerte, l'écrivain pénêtre le destin et la psychologie d'Isabel Barreto  ( née à Lima (Pérou)  en +/- 1568- décédée en 1612 dans les Andes péruviennes) , la fameuse Veuve du Gouverneur dont notre compatriote Marie-Eve Sténuit avait tracé portrait (voir chronique sur ce blog).

Elevée comme un garçon au sein d'une fratrie nombreuse, Isabel épouse en mai 1585 l'adelantado Alvaro de Mendaňa. Le mariage est d'amour et de passion: après dix ans de préparatifs, le couple embarque à bord du San Jérónimo  à la tête d’une expédition de quatre navires dans les mers du Sud. L’enjeu : retrouver les îles Salomon que Mendaňa a découvertes en 1568 et les offrir à la couronne espagnole.  Errance, erreurs de navigation, tensions, carnages et conditions de vie alarmantes ponctueront ce périple d’envergure,  qui aboutiront au décès de l’adelantado :"Que va-t-il advenir des îles, que va-t-il advenir de toi? Les îles Salomon existent, répétait-il inlassablement, elles existent, tu existes, je te vois reine des quatre parties du monde..."

Promue Gobernadora par le testament spirituel de son époux, Isabel Barreto contractera mariage avec un second Conquistador, Don Hernando de Castro. Réfugiée dans un couvent, Isabel attendra le retour de ce dernier, expiant par mortifications extrêmes les méfaits dont elle se sent coupable.

Opérant un flash back à partir de ce séjour de 1608 au couvent Santa Clara de Lima, le roman d’Alexandra Lapierre se construit comme une confession, un dialogue avec Pétronille, la sœur aînée d’Isabel,  pétri de mystères et de rebondissements.

Les descriptions foisonnent, mises en scène magistrales, qui donnent à l’épopée un air de vécu imparable.

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

Je te vois reine des quatre parties du monde, Alexandra Lapierre, roman, mars 2013, 574 pp, 21,9 €

 

Billet de faveur

AE :  A plusieurs reprises, vous évoquez, Alexandra Lapierre, les notes qu’Isabel Barreto dicte à sa lectrice et secrétaire,  Doňa Elvira . Ces notes existent-elles ? Les avez-vous parcourues ?

Alexandra Lapierre : Elles ont malheureusement disparu ! En revanche, j'ai bien pu lire les témoignages de Doña Elvira Lozano, lors des différentes enquêtes des autorités de Manille et du Mexique sur la traversée. La lectrice s'était bien embarquée sur le "San Jeronimo" comme demoiselle d'honneur et secrétaire particulière d'Isabel Barreto. Cette dernière la mariera à bord avec l'un de ses lieutenants, et le jeune homme se mutinera sur l'île de Santa Cruz. J'ai choisi de raconter certains épisodes de cette mutinerie sous forme de notes pour rendre le ton plus vivant, mais  tous les évènements du récit sont exacts. Les témoins racontent que le mari de Doña Elvira était fou de jalousie envers le frère d'Isabel qu'il soupçonnait d'avoir deshonnoré sa femme. 

AE : Avec la mort d’Alvaro de Mendaňa, l’expédition prend une connotation d’échec.  Sans le savoir, Mendaňa avait pourtant atteint sa cible et accosté en une île de l’archipel des Salamon. Quand cette vérité fut-elle révélée? 

Alexandra Lapierre : Très longtemps après, même si Isabel Baretto en avait eu l'intuition à l'époque ! ...AU XVIIIe Siècle quand les navigateurs seront capables de calculer la longitude et donc de faire un point exact, on connaîtra avec precision l'emplacement des îles. Encore plus tard, au XXe siècle, une mission archéologique trouvrera les vestiges d'un campement espagnol établi - ou plutôt échoué à la fin du XVIe Siècle - sur l'île de San Cristobal. Les archéologues pensent qu'il s'agissait des passagers de l'Almiranta, le second galion de l'expédition d'Isabel qui avait disparu au large de Santa Cruz en1595. L'expédition avait donc bien atteint la destination que Mendaña, le mari d'Isabel, lui avait fixée !

 AE : l’écriture de ce roman monumental a bouleversé votre vie, expliquez-vous dans la postface, vous entraînant à la suite d’Isabel Barreto, aux quatre coins du monde, en Europe, Asie et Amérique du Sud et même à emménager en Espagne. C’est aussi une magnifique aventure d’amitié, de tendresse et d’hommage à votre père:

Alexandra Lapierre : Oui ! Ce livre n'aurait jamais été possible sans la chaine d'entraide et le soutien des amis d'amis d'amis  qui m'ont généreusement introduite, escortée, guidée dans les mondes, pour moi souvent inconnus, que je devais décrire. Quand je dis "les mondes" je veux parler aussi bien du dédale des bibliothèques et des archives, que des villes d'Amérique du Sud, des paysages d'Espagne, des habitants des plateaux andins , de tout ce que je devais voir, sentir, humer, comprendre, deviner pour pouvoir évoquer les univers d'Isabel Barreto avec justesse. Ces formidables rencontres humaines, ces moments de complicité et de partage m'ont en effet bouleversée. La générosité des gens est quelque chose qui m'émerveille et me touche constamment. En ce sens, oui, Je te vois reine des quatre parties du monde est dédié à mon père, Dominique Lapierre, dont la curiosité pour le monde ne s'est jamais démentie. J'espère qu'il me l'a transmise avec la même passion !

 

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24 04 13

Papabile

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Qui n'a tenté, dans la liesse de l'élection papale du 13 mars, de connaître davantage Jorge Mario Bergoglio, Cardinal de Buenos Aires, nouveau Pape François. 

Ce fut mon cas, je l'avoue.

Et salue avec intérêt le recueil d'homélies récentes et de discours... cardinaux  - dont celui prononcé Place Saint-Pierre, le soir d'élection pontificale - que publient les Editions du Rocher 

" Les passages qui me plaisent le plus sont ceux qui montrent ce que le peuple qu'il rencontre dans la ville suscite en Jésus."  affirmait le cardinal argentin lors d'un congrès de 2011 à Buenos Aires.

Ancrées dans la réalité de la mégapole sud-américaine et les nombreux écueils de sa  croissance exponentielle, les homélies du (futur) Saint-Père se focalisent sur la solidarité inter-générationnelle, l'indispensable rencontre et écoute du prochain et notre responsabilité citoyenne vis-à-vis des générations à venir. Elles réhabilitent la perception de la vieillesse dans une société qui en est embarrassée.

S'il fustige les supercheries d'une société contemporaine en panne de repères, le cardinal argentin a la diplomatie de s'inclure dans les reproches:

"Nous sommes poussés par l'appétit insatiable de pouvoir, le consumérisme et la fausse éternelle jeunesse qui rejettent les plus faibles comme une matière méprisable d'une société devenue hypocrite, occupée à assouvir son désir de vivre" comme il nous plaît" (comme si c'était possible) et guidée uniquement par la satisfaction de caprices adolescents."

Adepte du parler franco, des formules fortes et parrhésies,  le cardinal-pasteur compte sur le soutien et la prière du peuple de Dieu, étendu désormais à l'échelle planétaire.

" Les Hérode de notre temps ont bien des visage, mais la réalité demeure inchangée."

 Nul doute que l'ingénieur chimiste, philosophe, jésuite, créé cardinal par Jean-Paul II en 2001, papabile depuis 2005, imprimera à son pontificat un style neuf, clair, pragmatique  et direct sans rompre nécessairement,  avec la doctrine de ses prédecesseurs. 

AE

Jorge Mario Bergoglio, Pape François. Seul l'amour nous sauvera, recueil de discours et homélies, Editions du Rocher. Coll. Paroles et Silence, mars 2013,  10 pp, 15 €

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