27 08 13

En attendant Curtil

Une part de ciel.jpg«  Il a murmuré ça contre mon oreille et je me suis dit  que c’était ma  minute d’éternité, celle à laquelle tout le monde a droit, la part accordée par les anges, qu’on appelle ça du bonheur ou autrement n’avait pas d’importance, alors j’ai niché ma main dans la sienne, j’ai blotti l’autre sur son épaule, ma joue a frôlé sa joue, j’ai respiré à fond, entre le col et le visage, la fragrance intime de cet homme qui me troublait depuis que j’étais gamine, et j’ai décidé que le temps d’une danse j’allais être pleinement et parfaitement heureuse. »

Revenue, le temps d’un séjour hivernal, en son village natal de Val-des-Seuls, en Vanoise, Carole tient le journal de ses observations.

" Je suis née ici, d'un ventre et de ce lieu"

Coincée entre un frère aîné, Philippe et une sœur, cadette, Gaby, elle renoue peu à peu  les relations familiales et amicales,  affronte leurs non-dits tandis que la fratrie  attend l’arrivée , très hypothétique, de Curtil, le père.  Et de l’espérer sans y croire ..comme on attend (toujours)  Godot..

Consignant avec une précision rigoureuse  faits, gestes et  nombreux flashbacks , Claudie Gallay prend le temps de restituer l’ambiance, de peindre atmosphère et lieux de touches nuancées,  répétées, éloquentes  et de permettre au temps , celui de la lecture, de se déployer sans compter…

Une part de ciel, Claudie Gallay, roman, Ed. Actes Sud, août 2013, 448 p, 22 €

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26 08 13

natsukashii

"Tokyo, c'est d'abord un rythme: celui d'une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s'isoler quelques secondes en une sorte d'apesanteur pour réaterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est."

 

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 Notre compatriote, célèbre romancière, prolixe épistolière, chère à notre blog  et à des millions de lecteurs ne manquerait son rendez-vous de la rentrée, sous aucun prétexte. Une hygiène de vie...et de courtoisie.

Quelle est donc cette nostalgie heureuse, cette natsukashii proustienne, qui saisit la narratrice de ce récit d'inspiration largement biographique ? 

"Je n'avais plus mis les pieds au pays du Soleil levant depuis décembre 1996. Nous étions en février 2012. Le départ était fixé au 27 mars"

Invitée par une équipe de télévision française à réaliser un reportage sur le Japon, terre de sa prime enfance, la narratrice sera percutée de plein fouet par un tsunami de souvenirs, de sensations, d'émotions difficiles à gérer.

"Tout le monde connaît cette expérience cruelle: découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

Retrouvailles avec Nishio-san,  sa nounou, Rinri, son ex-fiancé, son pays d'adoption,  génèrent chez cette prêtresse du paradoxe, de l'hyperbole, une foule d'observations, un  déferlement d'affects sitôt décortiqués, soupesés, analysés, étudiés,  calfeutrés, ...avec une précision chirurgicale et cette courtoisie nippone, teintée d'humour, de dérision,  qui fait le sel de son écriture.

" Si je suis japonaise, c'est en cela: quand je sens que ma réaction émotionnelle va être trop forte, je me raidis. Mon corps rigide déambule dans la rue. On tend le micro vers moi, je dis une formule creuse sur l'écoulement du temps."

Au bonheur de lecture s'ajoutera la sensation d'avoir partagé un moment vrai, une conversation de l'âme avec la narratrice.

Apolline Elter

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2013, 156 pp, 16,5 €

25 08 13

Un concerto... majeur

 

CONCERTO_POUR_LA_MAIN_MORTE[b].jpg"Colin Cherbaux était un homme à petite tête, à petit crâne bizarrement modelé, sur l'arrondi duquel des cheveux plats et très noirs s'étalaient comme des algues au front d'un cachalot. Il arrivait que le frottement de l'oreiller pendant la nuit dressât ici et là quelques épis, mais cette modeste rébellion, couchée au premier coup de peigne, sinon matée par une aspersion d'eau, n'apportait aucun relief à sa parure capillaire. Colin était de ces malheureux qui se coiffent à l'éponge et dont la chevelure, toute de surface, semblait peinte ou tatouée sur la peau blanche; elle passait parfois pour une perruque, et contribuait non moins que ses talonnettes (cinquante-deux millimètres) ou les facettes de céramique collées sur ses dents, au ridicule diffus du personnage."

 Débarqué pour une obscure raison à Mourava, un bled de Sibérie centrale, un pianiste - forcé - français, tourmenté, Colin Cherbaux, attise la curiosité des 63 habitants de la bourgade, passablement en mal de distractions..

Il accepte l'hospitalité de Vladimir Golovkine, éboueur de conviction, et tente, au sein de sa sinistre masure, de résoudre le  problème majeur de sa carrière pianistique: l'invalidité de la main droite qui le saisit chaque fois qu'il interprète le  concerto n°2 en do mineur de Rachmaninov. Sans y prendre garde, il noue avec Vladimir Golovkine,  les débuts d'une amitié, insolite, faite d'échanges et de respect, convertit les buveurs de samogon mouraviens à l'écoute d'"harmonies délicieuses"

" Les hommes qui partaient en forêt, les femmes qui se rendaient à l'épicerie suspendaient leurs pas devant la maison pour glaner quelques notes, des bribes de mélodies. Les plus vaillants imitaient Sergueï et traînaient leur chaise dehors, afin d'écouter plus à l'aise. Ils restaient là des heures, engoncés dans leurs manteaux, la chapka, au ras des sourcils"

Mêlant en une partition subtile les formes du roman et du conte, Olivier Bleys nous offre un vrai chef d'oeuvre littéraire: une langue soignée, précise, qui fait la part belle à ce que le français -contemporain - a de plus noble, empruntant au génie de Flaubert, son sens aigu des descriptions et du pittoresque, le pimentant d'une sérieuse dose d'humour et de tendre dérision... 

Décidément, Olivier Bleys est un écrivain majeur de notre littérature, voué, je vous l'affirme, à l'attribution des prix les plus prestigieux.

Un pur bonheur de lecture

Apolline Elter

 Le concerto pour la main morte, Olivier Bleys, roman, Ed Albin Michel, août 2013, 234 pp, 18 €

 Billet de ferveur 

 

AE : A la base de vos romans, Olivier Bleys,  il y a une solide recherche documentaire. Dans le cas présent,  musique, piano, effets de l’eau-de-vie et de l’hypnose font l’objet de descriptions détaillées, riches d’instruction.  L’étude est-elle préalable à votre bonheur d’écriture ?
 
Olivier Bleys : En général, oui, mes romans sont très documentés. Leur préparation est attentive, ce sont des jours et parfois des semaines que je passe en bibliothèque, pour réunir les informations dont j'ai besoin. Toutefois, lorsqu'il s'agissait de romans historiques, ce travail était beaucoup plus long et fastidieux qu'aujourd'hui. A présent que j'écris des romans contemporains (depuis " le maître de café ", dont l'action se situe en 1954), cette phase d'étude s'est raccourcie. Et le procédé a changé : c'est davantage sur Internet et dans la presse, donc dans des supports d'actualité, que je trouve le matériau de mes écrits. Il n'empêche, je continue de me documenter avec le même plaisir. Si je n'avais pas choisi la voie littéraire, j'aurais peut-être fait un bon historien.

 

 AE : Je ne peux m’empêcher de comparer votre travail d’écriture, sens du détail et de la description au génie de Flaubert.  Il y a du Bouvard et Pécuchet .. en  Vladimir Golovkine et Colin Cherbaux ?
 
 Olivier Bleys : Pourquoi pas ? Je n'ai pas de maître d'écriture, ni de grand auteur du passé dont j'estime creuser le sillon, mais cette absence de modèles n'entame pas l'admiration que je voue à certains littérateurs. Autour de dix-sept ans, j'ai lu d'affilée une quarantaine de classiques, et ce moment de lecture intense, quasi hypnotique, a forgé mon goût et ma discipline d'aujourd'hui. 

 AE : Tout le monde vous posera la question.  Pourquoi avoir arrêté votre choix .. et la main de Colin sur le concerto n°2 de Rachmaninov. Un concerto cher à Hélène Grimaud qui voit dans le chef-d'œuvre de Rachmaninov une œuvre à contretemps de son époque, partant d’une grande sincérité.
 
 Olivier Bleys : La réponse est très simple. Elle n'a rien à voir avec la réelle popularité du concerto, une des pièces classiques les mieux connues et les plus jouées au monde, dont il existe d'innombrables versions. C'est à travers cette œuvre qu'issu d'un milieu modeste où l'on écoutait peu de classique, j'ai découvert la " musique savante ". Ma mère possédait un enregistrement sur cassette. Adolescent, je le passais et le repassais sans relâche, sur un vieil appareil. Voilà pourquoi le concerto n° 2 de Rachmaninov est fondateur, en quelque sorte, de ma " mélomanie " actuelle. 

 

 AE : «  La solitude, la lecture, la musique, des bêtes affectueuses, quel autre ingrédient au bonheur » se figure Colin, découvrant l’ermitage d’Oleg. Rassurez-nous, cette vision est par trop réductrice :

 

 Olivier Bleys : C'est sa propre vision du bonheur, un modèle autrefois répandu, celui de l'ermite joyeux, de la félicité solitaire. Bien sûr, il en existe bien d'autres. Pour ma part, je trouve peu d'agrément dans la solitude. 

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03 08 13

Mal à ma terre

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" A l'instar des nuits du Scarabée, celles du Kassed Kheir demeurent gravées dans la mémoire de ceux qui les ont connues. Au restaurant fut accolée une boîte de nuit où se produisirent tour à tour des artistes et pas des moindres: Jacques Brel et Charles Aznavour, entre autres.

Aujourd'hui encore, je revois l'image du Belge, pleurant ses "Ne me quitte pas" et invectivant les Flamandes. Pour le gosse de treize ans que j'étais, la vision de cet homme accroché à sa guitare comme un naufragé à sa bouée, suant, bavant, avait quelque chose d'impressionnant."

De retour en son Egypte natale, le temps compté d'un séjour, Karim est assailli  par les souvenirs du passé - madeleines auditives, olfactives, amoureuses, ... d'un temps révolu -  et le désordre qui sévit durant les nuits du printemps arabe.

"J'ai mal. Mal à ma terre."

Quête du bonheur, de l'amour de jeunesse, incarné en la personne de Myriam, pélérinage identitaire, le récit de l'écrivain franco-égyptien a une large portée autobiographique. Il résonne d'une actualité cruciale en ces jours à nouveau secoués d'événements inquiétants.

AE

Les nuits du Caire, Gilbert Sinoué, récit, Ed. Arthaud, mai 2013, 188 pp, 12 €

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01 08 13

Un très beau portrait

 

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Tandis que de la Belgique entière convergent, le 21 juillet,  regards et émotion envers un souverain affable, aimé, en passe d'abdiquer, paraît  aux Editions Racine, un ouvrage richement illustré de photographies de famille, portraits ..soutenu du récit de sa vie et du rythme alerte et agréable que lui imprime Patrick Weber.

" L'histoire est friande de paradoxes. Le souverain qui était censé ne faire qu'un passage éclair dans l'histoire de la Belgique l'a profondément marquée, au point d'incarner parfaitement une fonction qui a priori, ne llui était pas destinée. Albert II est vraiment l'homme qui a balayé toutes les idées reçues."

D'une prime jeunesse marquée par la perte  de sa Maman, la Reine Astrid, décédée accidentellement à Küssnacht (Suisse), la guerre,  la séquestration, l'exil suisse et la constitution d'une nouvelle famille, le futur souverain ne veut retenir que la force positive qui unit les membres de la famille royale. Toujours, il restera proche de son frère ainé, le Roi Baudouin.

Sa rencontre avec Paola Ruffo di Calabria scelle le mariage d'un couple dont l'amour résistera aux tempêtes et velléités séparatrices.

Abordant sans tabou ni curiosité déplacée, les vies conjugale, de famille et politique du souverain  Patrick Weber propulse au devant de la scène la saisissante faculté d'écoute du souverain et l'intuition qui à coup sûr, guide le train de ses décisions.

Bon vivant, pétillant d'humour et de judicieuses réparties, le Roi semblait faire de l'ombre à son fils aîné, le nouveau Roi Philippe. Depuis le 21 juillet, la Belgique sait qu'il n'en est rien : un nouveau Roi est né  - une Reine, aussi - ferme et déterminé, qui épouse le peuple belge avec une même bienvellance.

AE

 Albert II, Le roi & L'homme, Patrick Weber, essai, beau livre, éditons Racine, juillet 2013, 144 pp, 24,95 €

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24 06 13

Etoile filante

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 Après le - fabuleux - secret de Jeanne Toussaint, La Panthère (voir chronique sur ce blog) , c'est celui de Rita Hayworth (1918-1987) légende de beauté et du cinéma holywoodien que Stéphanie des Horts explore, d'une  plume alerte, introspective..très romanesque.

Née Margarita (Carmen) Cansino, l'actrice sera, sa vie durant, l'objet de désir, d'ambition, de manipulation des hommes. A commencer par son père, le danseur Edouardo Cansino qui l'initiant  intensivement à la danse, la prive de toute enfance.

" Orson est entré dans mon existence comme une comète. ll est l'alchimiste  suprême, ce qu'il touche se transforme en or, en incantation, en sortilège. Je suis ce sortilège. Mon génie est mon amour, j'étais belle et il m'a rendue intelligente. Je lui appartiens corps et âme"

Mariée à cinq reprises, Rita aura deux filles, d'Orson Welles et du Prince Ali Khan, respectivement. Elle ne parvient jamais à atteindre la serénité conjugale à laquelle elle aspire tellement. 

"Il n'y a plus d'avant et j'ai déjà perdu la suite. Je ne suis qu'émotion, émotion maintenant, au présent, les sensations me fuient. Quelle étrangeté..."

La maladie d'Alzheimer la surprend à la quarantaine, provoquant en son esprit des désordres que l'auteur restitue avec précision, forçant  l'empathie du lecteur, par cette narration attribuée à l'actrice.

Apolline Elter

Le secret de Rita H., Stéphanie des Horts, roman, Ed. Albin Michel, avril 2013, 280 pp, 18,9 €

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20 06 13

Zone de guerre

 

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On préfèrerait que ce fût un roman; c'est un récit, dramatique, celui  des tremblement de terre et tsunami qui dévastèrent le Japon,  le 11 mars 2011, faisant exploser plusieurs réacteurs de la centrale nucléaire de Fuskushima, infestant de radiations toxiques, un immense périmètre alentour. 

'Pour qui a vu Fukushima à ce moment-là, il est évident que c'est une zone de guerre"

Présent à Tokyo, au moment de la catastrophe, Michaël Ferrier, décrit les séismes, l'enchaînement des événements et leurs conséquences désastreuses avec force détails. Il affine sa perception des faits des témoignages de nombreuses victimes, fustigeant la désinformation orchestrée par des autorités, dépassées par les événements.

"Travaillez, braves gens! Rentrez dans le rang. Laissez-nous faire, on s'occupe de tout. Et puis le soir, rentrez chez vous. Confinez-vous, pour ne pas dire cons finis...in fine"

Un récit saisissant.

AE

Fukushima. Récit d'un désastre, Michaël Ferrier, Gallimard, 2012 Folio, mai 2013, 309 pp

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17 06 13

La bataille de France

Après la "drôle de guerre", qui débute avec la déclaration de septembre 1939 et endort peu à peu les vigilances alliées  , le 10 mai 1940 scelle  l'invasion-surprise des Pays-Bas, Belgique et Grand-Duché de Luxembourg par les Panzers allemands. Une offensive magnifiquement orchestrée par Hitler.

" Les pays envahis -[...] se virent défaits avant d'être revenus de leur surprise"

 Le week-end de Pentecôte fut marqué, deux jours plus tard, par une percée des frontières françaises. La panique s'empare des populations attaquées, le désordre, de leurs dirigeants,  créant l'épouvantable débâcle qui mènera, quelque six semaines plus tard,  à la Capitulation.

Analysant avec minutie, force détails et anecdotes vivantes, les faits qui ont mené à l'armistice du 22 juin 1940, le journaliste et historien Pierre Stéphany permet de les situer dans leur exacte séquence et perspective historiques. Il opère en cela un travail d'utilité publique, rendant à la mémoire ses armes ..de noblesse.

AE

La guerre perdue de 1940. 10 mai-25 juin. La bataille de France, Pierre Stéphany, essai, Ixelles-éditions, juin 2013, 334 pp, 22,9 €

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15 06 13

Gatsby le désenchanté

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"Saltimbanque de la littérature, il fait le grand écart, passant du raffinement à la plume vivrière, souriant d'ironie. Ecrivain rare au style de velours et de moire. Couché aux petites heures, il regarde la lune qui auréole ses fééries dans les jardins, la pluie fine qui baigne ses amants impossibles. Ses titres de noblesse, d'emblée, il les inscrit au frontispice de ses romans. Ainsi, heureux et un temps damné, demeurera-t-il à jamais Fitzgerald le Magnifique, le Tendre, le Dernier."

Indissociablement lié au mythe de son célèbre héros, Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald l'est aussi à une série de clichés qui ne voient en lui qu'un dandy, écrivain brillant,  chef de file de la Génération perdue, éclatée dans les fastes et mondanités des Années folles, de 1919 au krash boursier de 1929, correspondant éperdu de la belle Zelda, son épouse, elle-même, victime cyclothimique de crises dépressives,...alcoolique et bientôt ruiné...

Certes. 

Vous en conviendrez, c'est un peu court... on pourrait dire bien d'autres choses en somme

La biographie que lui consacre Liliane Kerjan, universitaire américaine, actuelle présidente de l'Institut franco-américain de Rennes, offre une approche approfondie, alerte et intéressante du milieu de naissance de l'écrivain et de ce rapport complexe qu'il entretiendra, sa vie durant,  avec  l'argent. Elle nous invite au sein du couple Scott - Zelda, dédouanant largement le procès qui est fait à l'écrivain d'avoir écrasé (inconsciemment) son épouse.  Le fil chronologique nous mène, enfin, au coeur du processus de création, situant le contexte d'écriture de ses romans, l'(auto)- appréciation de son auteur et de son entourage.

La postérité célèbre l'écrivain, mort dans un relatif dénuement, qui vendra en un demi-siècle quelque 12 millions de ses ouvrages.

Un essai riche et intéressant.

Fitzgerald. Le désenchanté, Lilian Kerjan, biographie, Ed. Albin Michel, mai 2013, 320 pp, 20,9 €

 

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08 06 13

La bastide des solitudes

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"Je l'observai à la dérobée. Ma fascination induisait une distance et interdisait tout désir. Alda représentait ce monde romanesqueà travers lequel je m'étais si souvent évadé de ma vie, cette vie où les enfants criaient et n'étaient jamais sages, où les femmes charnelles jusque dans leur lassitude, ne cachaient rien de leurs peurs ni de leurs pleurs, cette vie où les hommes montraient trop volontiers leurs biceps."

Alda est belle, aimante, aimée, amie, mère de deux jeunes garçons sympathiques, David et Jean. Richard, son mari, semble assez indifférent à son charme. Assistée de Pauline, la jeune fille au pair,  la famille passe l'été en sa magnifique bastide provençale, près de Saint-Rémy. 

Sur ce qui semble un coup de tête, Alda a invité Louis et Lucy, un jeune couple croisé à l'exposition Rohtko, à s'installer dans la maison d'amis qui jouxte la propriété. Elle sent en Louis - le narrateur -  l'étoffe d'un écrivain et veut l'encourager en cette voie.

"Moi, je ne voyais que son air de sortir d'un roman de Scott Fitzgerald. Autour d'elle, tout s'organisait avec grâce: une ombre caressait son visage comme un voile de soie, une brise soufflant dans ses cheveux, toujours du bon côté, l'un ou l'autre de ses fils l'enlaçant d'un bras souple et opposant sa beauté à celle de sa mère, les regards admiratifs de Lucy ou Pualine, la lueur d'une bougie se reflétant dans ses yeux et laissant surgir un incroyable éclat au milieu de la nuit, mais aussi une mélancolie tapie derrière l'élégance"

Shakespearien en son titre, olmien en son traitement - Alda est de ces personnalités lisses dont l'écrivain scrute par touches répétées, bienveillantes,  les failles existentielles - le roman d'Anaïs Jeanneret est une découverte subtile de ce début d'été

Apolline Elter

La solitude des soirs d'été, Anaïs Jeanneret, roman, Ed. Albin Michel, mai 2013, 232 pp, 19 €

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