15 06 13

Gatsby le désenchanté

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"Saltimbanque de la littérature, il fait le grand écart, passant du raffinement à la plume vivrière, souriant d'ironie. Ecrivain rare au style de velours et de moire. Couché aux petites heures, il regarde la lune qui auréole ses fééries dans les jardins, la pluie fine qui baigne ses amants impossibles. Ses titres de noblesse, d'emblée, il les inscrit au frontispice de ses romans. Ainsi, heureux et un temps damné, demeurera-t-il à jamais Fitzgerald le Magnifique, le Tendre, le Dernier."

Indissociablement lié au mythe de son célèbre héros, Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald l'est aussi à une série de clichés qui ne voient en lui qu'un dandy, écrivain brillant,  chef de file de la Génération perdue, éclatée dans les fastes et mondanités des Années folles, de 1919 au krash boursier de 1929, correspondant éperdu de la belle Zelda, son épouse, elle-même, victime cyclothimique de crises dépressives,...alcoolique et bientôt ruiné...

Certes. 

Vous en conviendrez, c'est un peu court... on pourrait dire bien d'autres choses en somme

La biographie que lui consacre Liliane Kerjan, universitaire américaine, actuelle présidente de l'Institut franco-américain de Rennes, offre une approche approfondie, alerte et intéressante du milieu de naissance de l'écrivain et de ce rapport complexe qu'il entretiendra, sa vie durant,  avec  l'argent. Elle nous invite au sein du couple Scott - Zelda, dédouanant largement le procès qui est fait à l'écrivain d'avoir écrasé (inconsciemment) son épouse.  Le fil chronologique nous mène, enfin, au coeur du processus de création, situant le contexte d'écriture de ses romans, l'(auto)- appréciation de son auteur et de son entourage.

La postérité célèbre l'écrivain, mort dans un relatif dénuement, qui vendra en un demi-siècle quelque 12 millions de ses ouvrages.

Un essai riche et intéressant.

Fitzgerald. Le désenchanté, Lilian Kerjan, biographie, Ed. Albin Michel, mai 2013, 320 pp, 20,9 €

 

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08 06 13

La bastide des solitudes

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"Je l'observai à la dérobée. Ma fascination induisait une distance et interdisait tout désir. Alda représentait ce monde romanesqueà travers lequel je m'étais si souvent évadé de ma vie, cette vie où les enfants criaient et n'étaient jamais sages, où les femmes charnelles jusque dans leur lassitude, ne cachaient rien de leurs peurs ni de leurs pleurs, cette vie où les hommes montraient trop volontiers leurs biceps."

Alda est belle, aimante, aimée, amie, mère de deux jeunes garçons sympathiques, David et Jean. Richard, son mari, semble assez indifférent à son charme. Assistée de Pauline, la jeune fille au pair,  la famille passe l'été en sa magnifique bastide provençale, près de Saint-Rémy. 

Sur ce qui semble un coup de tête, Alda a invité Louis et Lucy, un jeune couple croisé à l'exposition Rohtko, à s'installer dans la maison d'amis qui jouxte la propriété. Elle sent en Louis - le narrateur -  l'étoffe d'un écrivain et veut l'encourager en cette voie.

"Moi, je ne voyais que son air de sortir d'un roman de Scott Fitzgerald. Autour d'elle, tout s'organisait avec grâce: une ombre caressait son visage comme un voile de soie, une brise soufflant dans ses cheveux, toujours du bon côté, l'un ou l'autre de ses fils l'enlaçant d'un bras souple et opposant sa beauté à celle de sa mère, les regards admiratifs de Lucy ou Pualine, la lueur d'une bougie se reflétant dans ses yeux et laissant surgir un incroyable éclat au milieu de la nuit, mais aussi une mélancolie tapie derrière l'élégance"

Shakespearien en son titre, olmien en son traitement - Alda est de ces personnalités lisses dont l'écrivain scrute par touches répétées, bienveillantes,  les failles existentielles - le roman d'Anaïs Jeanneret est une découverte subtile de ce début d'été

Apolline Elter

La solitude des soirs d'été, Anaïs Jeanneret, roman, Ed. Albin Michel, mai 2013, 232 pp, 19 €

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05 06 13

Sapere Aude

codes_condorcet.jpgVendredi 7 août 2009: le Pape Benoït XVI meurt. Inopinément

" Jean-Pierre Miguel comprend très rapidement que la société de l'information va vivre, en ce 7 août 2009, une première mondiale. C'est en effet le premier décès d'un pape depuis l'avènement et l'utilisation massive des réseaux sociaux par le grand public. On risque de vivre un phénomène informationnel majeur, qui sera précurseur d'une révolution communicationnelle lors d'autres événements planétaires."

Car c'est bien d'informatique - et de ses développements multu-media sidérants -  qu'il est question, dans le roman policier d'Olivier de Wasseige, licencié et maître en informatique,  professionnel passionné des technologies de l'information.

Au départ d'un événement fictif, coïncidant par un (heureux) hasard avec le focus médiatique créé début 2013 par la démission du Pape Benoît XVI et l'avènement de François Ier, l'auteur analyse avec une minutie plénière tous les enjeux induits par les canaux immédiats de la communication que sont les réseaux sociaux (Twitter, Facebook et compagnie), blogs, forums de discussion, SMS, MMS, ... Ce faisant, il offre au lecteur, une vitrine gourmande, jubilatoire, de possibilités, d'innovations technologiques dont ce dernier ne soupçonnait peut-être pas l'existence.

" Le lendemain de la mort de Benoît XVI, le samedi 8 août 2009, Andrea Imperatori continue de travailler d'arrache-pied sur l'enquête permettant de comprendre pourquoi le Pape a reçu une telle dose de bêta-bloquants, et pourquoi tous les SMS ont été envoyés vers un serveur informatique gérant les injections, au départ de cartes SIM anonymes.

Associant leurs soupçons et connaissance majeure des réseaux informatiques, Andrea Imperatori, inspecteur auprès de la gendarmerie vaticane et Jean-Pierre Miguel, internaute en vacances dans sa propriété drômoise de ..Concorcet,  orientent rapidement l'enquête vers le Brésil - pays, relai médical de la télé-surveillance  du Pape - et un réseau de 9 personnes,  responsables de l'injection qui entraîna la mort du Souverain Pontife. C'est en effet le déclenchement simultané de 9 textos commanditant l'injection de bêta-bloquants qui provoque l'overdose  fatale.

Mariant  réalité et fiction en une enquête à rebondissements étudiés, Olivier de Wasseige a pris le parti très appréciable de discerner d'astérisques les personnages réels et faits avérés.

Apolline Elter

Codes Condorcet, Olivier de Wasseige, roman policier, auto-édition, mars 2013, 532 pp, 22 €

www.codes-condorcet.com

 

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04 06 13

Serrano de Bergerac

 

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Sortir des sentiers battus aux sempiternels rougets, blanquette et fondants au chocolat...telle est la vocation de ce livre de cuisine à offrir, pionnier d'une nouvelle collection, elle-même  héritière des  Petit livre à offrir, dont nous vous avons déjà largement fait l'article...

 Ingrédients originaux (Poulet au foin), associations inédites ( Wok de porc au coca), procédés renversants ( Macarons aux cacahuètes et  au foie gras) techniques et rendus surprenants (poires pochées au curaçao)... tout fait eau au moulin de la cuisine créative , coquine,  humoristique.

Les lettres ne sont pas en reste qui se voient dotées d'un menu littéraire et d'une ardoise facétieuse - L'anchois de Sophie, L'oeuvre au beurre noir et Serrano de Bergerac....- tandis que la célèbre tirade du nez de Cyrano (d' Edmond Rostand)  est pastichée de façon tout simplement hilrarante.

Qui a dit que recevoir était un souci? 

Le livre de cuisine à offrir à un gourmand curieux de tout et surtout de recettes insolites, textes Raphaëlle Vidaling, recettes et photos de Gwen Rassemusse. Ed. Tana, avril 2013, 128 pp, 19,9 €

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01 06 13

Un vent de..liberté

 

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S'il s'ouvre sur un conte aux allures un peu..martiennes, le nouveau roman - largement autobiographique - de Tuyêt-Nga Nguyên renoue rapidement  avec la veine fluide,  imagée, sobre et chantante à laquelle l'auteur du Journaliste français et de Soleil fâné, (Ed. lLa Renaissance du Livre - billets de faveur en vitrine du blog) nous a habitués.  Et c'est bonheur  que de retrouver cette plume belle, pétrie d'humour, de raffinement, de fraîcheur et d'authenticité.

Troisième volet d'une trilogie consacrée à ses racines vietnamiennes (et néanmoins parfaitement accessible en lecture indépendante) Les Guetteurs de vent consacre la relation au Père. Ce père surgi dans la vie (belge) de la narratrice après trois décennies d'absence - elle le tenait pour mort - qu'elle accueille  auprès d'elle après sept ans de démarches et l'envoi incessant de "cadeaux de courtoisie", ces  pots-de-vin destinés à faire accélérer la procédure...

"C'est triste de ne pas aimer son père"

Méditant avec lucidité et honnêteté sur l'échec de la relation avec son père, tout juste décédé, la narratrice revit en souvenir les événements de son passé - elle a rejoint le Vietnam du Sud, avec sa mère, en 1954, assisté  en direct, depuis la Californie,  au passage en boucle, sur les écrans TV, des images de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975,  étudié en Belgique, s'y est mariée, a vécu au Kenya, fondé famille,  est revenue à Bruxelles, ...

 A la lisière des mentalités orientale de ses origines et occidentale de ses patries d'adoption, Tuyêt-Nga Nguyên trace avec subtilité, formules bien trempées et force images parlantes, la passerelle entre les prismes de vision d'une même réalité

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Les Guetteurs de vent, Tuyêt-Nga Nguyên, roman, Ed. La Renaissance du Livre, mai 2013, 384 pp, 18 €.

Billet de faveur

AE: Troisième volet d'une suite consacrée à votre enfance, votre mère, Les Guetteurs de vent, est focalisé sur votre père.  Vous sentez-vous "libérée" d'avoir transmis ainsi à vos enfants la mémoire de leur sang vietnamien? Le cycle est-il conclu? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, c’est une libération. La vie a fait que j’ai épousé un Belge. J’en ai profité pour ne pas parler à mes enfants de mon pays d’origine, de mon passé, un silence qui  m’arrangeait car j’avais résolu d’oublier la Vietnamienne en moi, de me débarrasser d’une histoire chargée de souffrances et de deuils et cela, afin de « pouvoir avancer ». Avec le temps, je me suis rendu compte qu’en me taisant, je faisais du tort à mes enfants car si je venais à mourir, il n’y aurait personne pour leur parler du VN, leur autre pays.  Autrement dit, j’étais en train de leur voler la moitié de leur histoire. Il faut savoir que ma famille vietnamienne s’est établie en Californie après la guerre et que les contacts entre elle et mes enfants sont trop rares pour me permettre de raisonnablement compter sur une transmission par ce côté-là. Alors, j’ai écrit. J’ai mis sept ans pour terminer ma trilogie et accomplir mon devoir envers mes enfants. C’est donc aujourd’hui un soulagement, une libération, et comme les écrits restent, au contraire des paroles qui s’envolent, les enfants de mes enfants profiteront aussi de mes livres pour apprendre sur leurs ancêtres vietnamiens, et ainsi de suite.

C’est aussi une libération vis-à-vis de mon père car à défaut d’avoir pu l’aimer de son vivant, j’ai pu lui rendre hommage dans mes livres, et l’aimer. J’ai beaucoup pleuré en écrivant les Guetteurs de vent mais quand j’ai eu fini mon manuscrit, en 2012, j’ai pu enfin donner ses affaires que j’avais gardées depuis sa disparition, survenue dix ans plus tôt. Et oui, le cycle est conclu : mon prochain livre sera un roman d’amour, qui sera déchirant, comme tous les romans d’amour (rires).

AE: Vos "madeleines" sont sonores: le son des cloches d'une église, le vacarme d'un hélicoptère. Et du côté gustatif, en avez-vous? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, plusieurs, mais je ne parlerai que d’une : les spéculoos. Après mon bac, je suis venue en Belgique poursuivre mes études. J’étais inscrite à l’UCL, à Liège, mais j’ai décidé de rester étudier à Bruxelles, à l’ULB. À Liège, une chambre m’attendait, à Bruxelles, je devais m’en trouver une, dans les trois jours, logeant en attendant à la Cité universitaire. On était à la veille de la rentrée. Tous les kots avaient trouvé preneur. Le 3è jour, alors que, tête basse, je m’apprêtais à aller prendre ma valise à la Cité sans savoir où la déposer ensuite, une vieille dame qui nettoyait son morceau de trottoir m’a arrêtée. Elle croyait que j’étais perdue. Je lui ai dit que je cherchais une chambre d’étudiante. Elle m’a invitée dans sa maison et m’a proposée du café et des biscuits bruns que je n’avais encore jamais vus. Ce sont des spéculoos, m’a-t-elle dit, avant d’ajouter qu’elle habitait seule et que si je voulais, je pouvais louer son premier étage. Je n’en ai pas cru mes oreilles et jamais biscuits ne m’avaient paru aussi bons que les spéculoos de Mme Leroy, et depuis lors, chaque fois que j’en mange, je pense à elle, à ma chance d’avoir croisé son chemin alors que j’étais seule, loin de mon pays et de ma famille, au lien d’affection qui nous unissait. Elle est partie, elle aussi.

 

AE: Connaissez-vous la librairie parisienne, "Les Guetteurs de vent"? *

Tuyêt-Nga Nguyên:Non, je ne la connais pas, et avant la parution de mon livre, j’ignorais même qu’elle existait. C’est un ami qui, voyant que mon livre s’intitulait Les Guetteurs de vent, m’a parlé de cette librairie parisienne, et je l’ai effectivement vue sur la Toile en y allant voir mon livre.

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28 05 13

La table se fait art

Porter l'art de la table - et quelle table... - au rang de réflexion existentielle, voilà propos qui ne peut que nous plaire.

Conviant en un manifeste délicieusement illustré,  souvenirs de menus, dégustations, d'émotions culinaires, recettes, les ingrédients d'une passion vraie pour la table et l'hospitalité généreuse, bienveillante,  Jean-François Piège - chef doublement étoilé du restaurant éponyme - a également accordé sa sensibilité à celles de créateurs tout aussi convaincus: India Mahdavi, architecte et designer de l'Hôtel Thoumieux,  Mathias Augustyniak, concepteur, notamment de la carte glissée sous enveloppe (le rêve pour un blog comme le nôtre), Valérie Expert,  journaliste à la plume savoureusement caustique, Richard Geoffroy, caviste,  Joël Thiébault, l'André Lenôtre du XXIe siècle dont les "chou-fleur violet graffiti", "concombre épineux en fleur", " Chou coeur de boeuf"  ....  sont artistiquement mis en photos par Stéphane de Bougies et, cerise sur le gâteau, Xavier Darcos, qui célèbre, de beaux extraits littéraires, la poésie de la table

Car le poème, comme l'assiette apprêtée, a un destin éphémère: un bon moment, un fragment à partager, tout beau tout nouveau, apprécié mais bientôt gobé" (Xavier Darcos) 

Le propos nous emballe. Nul doute que nous y reviendrons.

Belle dégustation

Apolline Elter

L'art de manger, Jean-François Piège, manifeste, éditions Autrement, mai 2013, 144 pp (illustré) , 18 €

 

 Hôtel Thoumieux - Restaurant Jean-François Piège

79 rue Saint-Dominique - 75.007 Paris

www.jfpiege.com / www.thoumieux.com 

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25 05 13

Maman chérie

Un titre qui fleure le "Je vous salue Marie", particulièrement de propos en ces mois de mai et de fêtes des mamans...

Si les Belges ont été dûment fêtées, il y a deux semaines, les mamans françaises connaîtront, ce dimanche, heures de gloire, colliers de nouilles ... et surtout le rappel du lien sacré qui les unit  à leur progéniture.

Un lien qui s'illustre du royal "Madame" (Louis XIII),  présidentiel "Madame et très honorée mère" (George Washington)  au "pauvre vieille (chérie) " flaubertien en passant par toutes les déclinaisons de l'affection et de l'orthographe.

Lettres d'enfants (Colette de Jouvenel, ... ) , d'hommes et de femmes célèbres, Charles de Gaulle, Madame de Staël, Charles Baudelaire, Mozart , Epicure, Victor Hugo,  Lénine, Vincent Van Goch, Guy de Maupassant ... le florilège constitué par le recueil offre l'aimable particularité de classer les quelque cent cinquante  missives selon les circonstances de leur écriture: lettres d'ailleurs,  d'internat, de prison, de guerre, de fin de vie ou simplement de nouvelles, de  coeur  et ... d'âme.

Une lecture émouvante introduite pour chaque lettre par une précieuse présentation du scripteur et des circonstances de sa rédaction.

Rendez-vous demain à 17 heures pour un High Tea qui infusera un extrait de ce bouquet de fête

AE

Je vous écris Maman, Mozart, De Gaulle, Baudelaire, Hémingway..., leurs plus belles lettres,  Jean-Marie Montali, recueil, éditions de La Martinière, mai 2013, 480 pp, 20 €

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23 05 13

Dans la peau d'Albert Camus

 " Je suis revenu de la mort pour parler aux générations futures. Parce que je ne veux pas qu'on leur mente. Et qu'elles subissent ce que nous avons dû souffrir, comme un aboutissement logique.

J'ai choisi de ne plus éluder. De ne plus fuir. Quelle importance qu'un écrivain ne vive que pour son oeuvre? Aucune. C'est son oeuvre qui, elle, doit lui survivre"

Imprégné de la lecture de Camus jusqu'au "bouleversement" de sa vie,  de l'adaptation à succès  de La Peste au théâtre (quelque mille représentations à sion actif), en un mot, passionné, Francis Huster réalise l'exercice périlleux de  relever  l'écrivain de sa mort, se fondre en sa peau et nous parler en son nom... Il le fait bien. Avec conviction..  Affrontant de plein fouet le problème de l'Algérie, de la violence et du statut identitaire de l'enfant de Mondovi.  Enchaînant les sentences avec éloquence.

Je vous en livre trois, avant de revenir sur le sujet et l'essai , début novembre, au cours de la semaine dédiée au centenaire de la naissance d'Albert Camus.

"  L'assimilation n'a toujours été et ne sera jamais qu'un mensonge répété."

" Il n'y a pas d'opression bienveillante ni d'occupation qui ne soit mensongères."

" Je ne suis pas un écrivain engagé, mais dégagé de toute contrainte."

Rendez-vous pour la suite... début novembre, sur votre blog préféré.

Apolline Elter

Albert Camus, un combat pour la gloire, Francis Huster, roman, Ed Le Passeur, 28 mars 2013, 128 pp, 15,9 €

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21 05 13

D'encre et de sang

encre.jpgC'est dans son sang russe - sa grand-mère, Natacha Koltchine de Rosnay est née à Saint-Pétersbourg - que Tatiana de Rosnay puise l'encre de son nouveau roman. Un roman cligné d'éléments autobiographiques, aisément identifiables.

A savoir.

" Il avait écrit son roman à la main, dans des cahiers, comme celui qui se trouve sur ses genoux, vierge."

Pas facile de gérer (le contrecoup d') un succès littéraire, la gloire qui s'ensuit et la chronophagie des réseaux sociaux. Débarqué avec  Malvina, son amie,  au Gallo Nero, luxueux établissement "perché sur une petite île de la côte toscane", Nicolas Kolt entend rédiger ce nouveau roman que son éditrice attend. Mais tout le distrait de sa tâche, constipe son inspiration: l'observation des résidents de l'hôtel, les torrides textos échangés avec Sabina, rencontrée à une séance de dédicaces mais encore et surtout les flashbacks incessants qui le plongent dans sa vie ancienne,  le couple formé avec Delphine, son enfance, la disparition en mer  de son père, Théodore Duhamel, la révélation de son identité russe, la découverte de Saint-Pétersboug... tous éléments transcrits dans L'enveloppe, roman saisi de succès.
 
" Maintenant tu es une créature médiatique que tout le monde s'arrache. Jamais tu n'avais été superficiel. Maintenant, tu te regardes dans les vitrines, bon sang. Chaque fois que tu sors, même dans un supermarché, tu espères être reconnu. Tu te cherches sur Google toute la journée. Tu passes des heures à lire des posts sur ta page Facebook. [...] La vie n'est pas une grande tournée littéraire"
 

Une vie qui s'enlise,  attente d'une rédemption : " Pour écrire son nouveau roman, Nicolas sait qu'il devra tremper sa plume dans l'encre russe."

A l'encre russe, Tatiana de Rosnay, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, mars 2013, 350 pp, 22 €

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18 05 13

Parce que

9782848762920.jpgQuestion plus que de propos en cette année où  nous fêtons - le 7 novembre précisément - le centenaire de la naissance, en Algérie, d'un écrivain majeur du XXe siècle.

Un être à multiples facettes. Qui peut se targuer de le cerner vraiment?  Journaliste, philosophe, écrivain engagé, dramaturge, essayiste, novelliste, conteur même à ses heures, ...Albert Camus était sur tous les fronts, de tous les combats. Quand il n'optait délibérement pour le silence.

Il était surtout d'une sincérité fondamentale. Sa révolte ne peut se comprendre que sous le prisme de son intégrité.

Son décès inopiné, le 4 janvier 1960, l'accident fatal qui lui coûta la vie et celle de Michel Gallimard éteignit une voix qui avait encore tant à dire.

Nous reviendrons largement sur le sujet, début novembre, à l'occasion de la semaine d'anniversaire qui lui sera consacrée sur ce blog, ...notamment

Ce qui n'empêche de nous pencher déjà sur ce collectif de lecteurs qui, sous la direction d'Eduardo Castillo, nous propose une série d'angles d'approche divers et motivés du grand homme, tant de raisons de l'aimer davantage.

Un être complexe, toujours à la recherche de vérité.

Pourquoi Camus? 

"Parce qu'il nous parle encore aujourd'hui et d'aujourd'hui; parce que chaque nouvelle génération le découvre et ne cesse de s'approprier ses écrits. Son succès populaire, la passion de ceux qui se sont penchés sur l'homme et son art m'ont donné envie de rassembler des points de vue divers, riches, contradictoires et toujours renouvelés sur l'homme et son oeuvre, dans la volonté de faire partager et de transmettre , à travers les textes, la flamme camusienne." [ Eduardo Castillo]louis.jadoul@skynet.be

Témoin de son temps, "touche-à-tout talentueux" et acteur d'un monde qu'il eût souhaité meilleur, Albert Camus marquera le parcours de nombreux intellectuels. Extraits d'écrits, de lettres  et de discours camusiens à l'appui, les auteurs de ce collectif tracent des passerelles avec les révoltes actuelles d'Afrique du Nord, celle des Indignés, .. l'opposent à son meilleur ennemi, Jean-Paul Sartre.

Tranchant quelque peu par un parti-pris décapant, sincère et surprenant, Alexis Jenni  (Prix Goncourt 2011, L'Art français de la guerre)  admet qu'il s'ennuie parfois à la lecture de La Peste .... Raidi par une lutte intérieure,  brillant penseur, Camus aurait gagné à n'être que romancier...

Un collectif bien intéressant.

Apolline Elter 

    Pourquoi Camus ? , collectif d’auteurs sous la direction d’Eduardo Castillo, Ed. Philippe Rey, mars 2013, 300 pp, 19 €

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