01 08 13

Un très beau portrait

 

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Tandis que de la Belgique entière convergent, le 21 juillet,  regards et émotion envers un souverain affable, aimé, en passe d'abdiquer, paraît  aux Editions Racine, un ouvrage richement illustré de photographies de famille, portraits ..soutenu du récit de sa vie et du rythme alerte et agréable que lui imprime Patrick Weber.

" L'histoire est friande de paradoxes. Le souverain qui était censé ne faire qu'un passage éclair dans l'histoire de la Belgique l'a profondément marquée, au point d'incarner parfaitement une fonction qui a priori, ne llui était pas destinée. Albert II est vraiment l'homme qui a balayé toutes les idées reçues."

D'une prime jeunesse marquée par la perte  de sa Maman, la Reine Astrid, décédée accidentellement à Küssnacht (Suisse), la guerre,  la séquestration, l'exil suisse et la constitution d'une nouvelle famille, le futur souverain ne veut retenir que la force positive qui unit les membres de la famille royale. Toujours, il restera proche de son frère ainé, le Roi Baudouin.

Sa rencontre avec Paola Ruffo di Calabria scelle le mariage d'un couple dont l'amour résistera aux tempêtes et velléités séparatrices.

Abordant sans tabou ni curiosité déplacée, les vies conjugale, de famille et politique du souverain  Patrick Weber propulse au devant de la scène la saisissante faculté d'écoute du souverain et l'intuition qui à coup sûr, guide le train de ses décisions.

Bon vivant, pétillant d'humour et de judicieuses réparties, le Roi semblait faire de l'ombre à son fils aîné, le nouveau Roi Philippe. Depuis le 21 juillet, la Belgique sait qu'il n'en est rien : un nouveau Roi est né  - une Reine, aussi - ferme et déterminé, qui épouse le peuple belge avec une même bienvellance.

AE

 Albert II, Le roi & L'homme, Patrick Weber, essai, beau livre, éditons Racine, juillet 2013, 144 pp, 24,95 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Belge | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 06 13

Etoile filante

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 Après le - fabuleux - secret de Jeanne Toussaint, La Panthère (voir chronique sur ce blog) , c'est celui de Rita Hayworth (1918-1987) légende de beauté et du cinéma holywoodien que Stéphanie des Horts explore, d'une  plume alerte, introspective..très romanesque.

Née Margarita (Carmen) Cansino, l'actrice sera, sa vie durant, l'objet de désir, d'ambition, de manipulation des hommes. A commencer par son père, le danseur Edouardo Cansino qui l'initiant  intensivement à la danse, la prive de toute enfance.

" Orson est entré dans mon existence comme une comète. ll est l'alchimiste  suprême, ce qu'il touche se transforme en or, en incantation, en sortilège. Je suis ce sortilège. Mon génie est mon amour, j'étais belle et il m'a rendue intelligente. Je lui appartiens corps et âme"

Mariée à cinq reprises, Rita aura deux filles, d'Orson Welles et du Prince Ali Khan, respectivement. Elle ne parvient jamais à atteindre la serénité conjugale à laquelle elle aspire tellement. 

"Il n'y a plus d'avant et j'ai déjà perdu la suite. Je ne suis qu'émotion, émotion maintenant, au présent, les sensations me fuient. Quelle étrangeté..."

La maladie d'Alzheimer la surprend à la quarantaine, provoquant en son esprit des désordres que l'auteur restitue avec précision, forçant  l'empathie du lecteur, par cette narration attribuée à l'actrice.

Apolline Elter

Le secret de Rita H., Stéphanie des Horts, roman, Ed. Albin Michel, avril 2013, 280 pp, 18,9 €

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20 06 13

Zone de guerre

 

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On préfèrerait que ce fût un roman; c'est un récit, dramatique, celui  des tremblement de terre et tsunami qui dévastèrent le Japon,  le 11 mars 2011, faisant exploser plusieurs réacteurs de la centrale nucléaire de Fuskushima, infestant de radiations toxiques, un immense périmètre alentour. 

'Pour qui a vu Fukushima à ce moment-là, il est évident que c'est une zone de guerre"

Présent à Tokyo, au moment de la catastrophe, Michaël Ferrier, décrit les séismes, l'enchaînement des événements et leurs conséquences désastreuses avec force détails. Il affine sa perception des faits des témoignages de nombreuses victimes, fustigeant la désinformation orchestrée par des autorités, dépassées par les événements.

"Travaillez, braves gens! Rentrez dans le rang. Laissez-nous faire, on s'occupe de tout. Et puis le soir, rentrez chez vous. Confinez-vous, pour ne pas dire cons finis...in fine"

Un récit saisissant.

AE

Fukushima. Récit d'un désastre, Michaël Ferrier, Gallimard, 2012 Folio, mai 2013, 309 pp

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17 06 13

La bataille de France

Après la "drôle de guerre", qui débute avec la déclaration de septembre 1939 et endort peu à peu les vigilances alliées  , le 10 mai 1940 scelle  l'invasion-surprise des Pays-Bas, Belgique et Grand-Duché de Luxembourg par les Panzers allemands. Une offensive magnifiquement orchestrée par Hitler.

" Les pays envahis -[...] se virent défaits avant d'être revenus de leur surprise"

 Le week-end de Pentecôte fut marqué, deux jours plus tard, par une percée des frontières françaises. La panique s'empare des populations attaquées, le désordre, de leurs dirigeants,  créant l'épouvantable débâcle qui mènera, quelque six semaines plus tard,  à la Capitulation.

Analysant avec minutie, force détails et anecdotes vivantes, les faits qui ont mené à l'armistice du 22 juin 1940, le journaliste et historien Pierre Stéphany permet de les situer dans leur exacte séquence et perspective historiques. Il opère en cela un travail d'utilité publique, rendant à la mémoire ses armes ..de noblesse.

AE

La guerre perdue de 1940. 10 mai-25 juin. La bataille de France, Pierre Stéphany, essai, Ixelles-éditions, juin 2013, 334 pp, 22,9 €

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15 06 13

Gatsby le désenchanté

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"Saltimbanque de la littérature, il fait le grand écart, passant du raffinement à la plume vivrière, souriant d'ironie. Ecrivain rare au style de velours et de moire. Couché aux petites heures, il regarde la lune qui auréole ses fééries dans les jardins, la pluie fine qui baigne ses amants impossibles. Ses titres de noblesse, d'emblée, il les inscrit au frontispice de ses romans. Ainsi, heureux et un temps damné, demeurera-t-il à jamais Fitzgerald le Magnifique, le Tendre, le Dernier."

Indissociablement lié au mythe de son célèbre héros, Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald l'est aussi à une série de clichés qui ne voient en lui qu'un dandy, écrivain brillant,  chef de file de la Génération perdue, éclatée dans les fastes et mondanités des Années folles, de 1919 au krash boursier de 1929, correspondant éperdu de la belle Zelda, son épouse, elle-même, victime cyclothimique de crises dépressives,...alcoolique et bientôt ruiné...

Certes. 

Vous en conviendrez, c'est un peu court... on pourrait dire bien d'autres choses en somme

La biographie que lui consacre Liliane Kerjan, universitaire américaine, actuelle présidente de l'Institut franco-américain de Rennes, offre une approche approfondie, alerte et intéressante du milieu de naissance de l'écrivain et de ce rapport complexe qu'il entretiendra, sa vie durant,  avec  l'argent. Elle nous invite au sein du couple Scott - Zelda, dédouanant largement le procès qui est fait à l'écrivain d'avoir écrasé (inconsciemment) son épouse.  Le fil chronologique nous mène, enfin, au coeur du processus de création, situant le contexte d'écriture de ses romans, l'(auto)- appréciation de son auteur et de son entourage.

La postérité célèbre l'écrivain, mort dans un relatif dénuement, qui vendra en un demi-siècle quelque 12 millions de ses ouvrages.

Un essai riche et intéressant.

Fitzgerald. Le désenchanté, Lilian Kerjan, biographie, Ed. Albin Michel, mai 2013, 320 pp, 20,9 €

 

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08 06 13

La bastide des solitudes

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"Je l'observai à la dérobée. Ma fascination induisait une distance et interdisait tout désir. Alda représentait ce monde romanesqueà travers lequel je m'étais si souvent évadé de ma vie, cette vie où les enfants criaient et n'étaient jamais sages, où les femmes charnelles jusque dans leur lassitude, ne cachaient rien de leurs peurs ni de leurs pleurs, cette vie où les hommes montraient trop volontiers leurs biceps."

Alda est belle, aimante, aimée, amie, mère de deux jeunes garçons sympathiques, David et Jean. Richard, son mari, semble assez indifférent à son charme. Assistée de Pauline, la jeune fille au pair,  la famille passe l'été en sa magnifique bastide provençale, près de Saint-Rémy. 

Sur ce qui semble un coup de tête, Alda a invité Louis et Lucy, un jeune couple croisé à l'exposition Rohtko, à s'installer dans la maison d'amis qui jouxte la propriété. Elle sent en Louis - le narrateur -  l'étoffe d'un écrivain et veut l'encourager en cette voie.

"Moi, je ne voyais que son air de sortir d'un roman de Scott Fitzgerald. Autour d'elle, tout s'organisait avec grâce: une ombre caressait son visage comme un voile de soie, une brise soufflant dans ses cheveux, toujours du bon côté, l'un ou l'autre de ses fils l'enlaçant d'un bras souple et opposant sa beauté à celle de sa mère, les regards admiratifs de Lucy ou Pualine, la lueur d'une bougie se reflétant dans ses yeux et laissant surgir un incroyable éclat au milieu de la nuit, mais aussi une mélancolie tapie derrière l'élégance"

Shakespearien en son titre, olmien en son traitement - Alda est de ces personnalités lisses dont l'écrivain scrute par touches répétées, bienveillantes,  les failles existentielles - le roman d'Anaïs Jeanneret est une découverte subtile de ce début d'été

Apolline Elter

La solitude des soirs d'été, Anaïs Jeanneret, roman, Ed. Albin Michel, mai 2013, 232 pp, 19 €

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05 06 13

Sapere Aude

codes_condorcet.jpgVendredi 7 août 2009: le Pape Benoït XVI meurt. Inopinément

" Jean-Pierre Miguel comprend très rapidement que la société de l'information va vivre, en ce 7 août 2009, une première mondiale. C'est en effet le premier décès d'un pape depuis l'avènement et l'utilisation massive des réseaux sociaux par le grand public. On risque de vivre un phénomène informationnel majeur, qui sera précurseur d'une révolution communicationnelle lors d'autres événements planétaires."

Car c'est bien d'informatique - et de ses développements multu-media sidérants -  qu'il est question, dans le roman policier d'Olivier de Wasseige, licencié et maître en informatique,  professionnel passionné des technologies de l'information.

Au départ d'un événement fictif, coïncidant par un (heureux) hasard avec le focus médiatique créé début 2013 par la démission du Pape Benoît XVI et l'avènement de François Ier, l'auteur analyse avec une minutie plénière tous les enjeux induits par les canaux immédiats de la communication que sont les réseaux sociaux (Twitter, Facebook et compagnie), blogs, forums de discussion, SMS, MMS, ... Ce faisant, il offre au lecteur, une vitrine gourmande, jubilatoire, de possibilités, d'innovations technologiques dont ce dernier ne soupçonnait peut-être pas l'existence.

" Le lendemain de la mort de Benoît XVI, le samedi 8 août 2009, Andrea Imperatori continue de travailler d'arrache-pied sur l'enquête permettant de comprendre pourquoi le Pape a reçu une telle dose de bêta-bloquants, et pourquoi tous les SMS ont été envoyés vers un serveur informatique gérant les injections, au départ de cartes SIM anonymes.

Associant leurs soupçons et connaissance majeure des réseaux informatiques, Andrea Imperatori, inspecteur auprès de la gendarmerie vaticane et Jean-Pierre Miguel, internaute en vacances dans sa propriété drômoise de ..Concorcet,  orientent rapidement l'enquête vers le Brésil - pays, relai médical de la télé-surveillance  du Pape - et un réseau de 9 personnes,  responsables de l'injection qui entraîna la mort du Souverain Pontife. C'est en effet le déclenchement simultané de 9 textos commanditant l'injection de bêta-bloquants qui provoque l'overdose  fatale.

Mariant  réalité et fiction en une enquête à rebondissements étudiés, Olivier de Wasseige a pris le parti très appréciable de discerner d'astérisques les personnages réels et faits avérés.

Apolline Elter

Codes Condorcet, Olivier de Wasseige, roman policier, auto-édition, mars 2013, 532 pp, 22 €

www.codes-condorcet.com

 

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04 06 13

Serrano de Bergerac

 

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Sortir des sentiers battus aux sempiternels rougets, blanquette et fondants au chocolat...telle est la vocation de ce livre de cuisine à offrir, pionnier d'une nouvelle collection, elle-même  héritière des  Petit livre à offrir, dont nous vous avons déjà largement fait l'article...

 Ingrédients originaux (Poulet au foin), associations inédites ( Wok de porc au coca), procédés renversants ( Macarons aux cacahuètes et  au foie gras) techniques et rendus surprenants (poires pochées au curaçao)... tout fait eau au moulin de la cuisine créative , coquine,  humoristique.

Les lettres ne sont pas en reste qui se voient dotées d'un menu littéraire et d'une ardoise facétieuse - L'anchois de Sophie, L'oeuvre au beurre noir et Serrano de Bergerac....- tandis que la célèbre tirade du nez de Cyrano (d' Edmond Rostand)  est pastichée de façon tout simplement hilrarante.

Qui a dit que recevoir était un souci? 

Le livre de cuisine à offrir à un gourmand curieux de tout et surtout de recettes insolites, textes Raphaëlle Vidaling, recettes et photos de Gwen Rassemusse. Ed. Tana, avril 2013, 128 pp, 19,9 €

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01 06 13

Un vent de..liberté

 

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S'il s'ouvre sur un conte aux allures un peu..martiennes, le nouveau roman - largement autobiographique - de Tuyêt-Nga Nguyên renoue rapidement  avec la veine fluide,  imagée, sobre et chantante à laquelle l'auteur du Journaliste français et de Soleil fâné, (Ed. lLa Renaissance du Livre - billets de faveur en vitrine du blog) nous a habitués.  Et c'est bonheur  que de retrouver cette plume belle, pétrie d'humour, de raffinement, de fraîcheur et d'authenticité.

Troisième volet d'une trilogie consacrée à ses racines vietnamiennes (et néanmoins parfaitement accessible en lecture indépendante) Les Guetteurs de vent consacre la relation au Père. Ce père surgi dans la vie (belge) de la narratrice après trois décennies d'absence - elle le tenait pour mort - qu'elle accueille  auprès d'elle après sept ans de démarches et l'envoi incessant de "cadeaux de courtoisie", ces  pots-de-vin destinés à faire accélérer la procédure...

"C'est triste de ne pas aimer son père"

Méditant avec lucidité et honnêteté sur l'échec de la relation avec son père, tout juste décédé, la narratrice revit en souvenir les événements de son passé - elle a rejoint le Vietnam du Sud, avec sa mère, en 1954, assisté  en direct, depuis la Californie,  au passage en boucle, sur les écrans TV, des images de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975,  étudié en Belgique, s'y est mariée, a vécu au Kenya, fondé famille,  est revenue à Bruxelles, ...

 A la lisière des mentalités orientale de ses origines et occidentale de ses patries d'adoption, Tuyêt-Nga Nguyên trace avec subtilité, formules bien trempées et force images parlantes, la passerelle entre les prismes de vision d'une même réalité

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Les Guetteurs de vent, Tuyêt-Nga Nguyên, roman, Ed. La Renaissance du Livre, mai 2013, 384 pp, 18 €.

Billet de faveur

AE: Troisième volet d'une suite consacrée à votre enfance, votre mère, Les Guetteurs de vent, est focalisé sur votre père.  Vous sentez-vous "libérée" d'avoir transmis ainsi à vos enfants la mémoire de leur sang vietnamien? Le cycle est-il conclu? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, c’est une libération. La vie a fait que j’ai épousé un Belge. J’en ai profité pour ne pas parler à mes enfants de mon pays d’origine, de mon passé, un silence qui  m’arrangeait car j’avais résolu d’oublier la Vietnamienne en moi, de me débarrasser d’une histoire chargée de souffrances et de deuils et cela, afin de « pouvoir avancer ». Avec le temps, je me suis rendu compte qu’en me taisant, je faisais du tort à mes enfants car si je venais à mourir, il n’y aurait personne pour leur parler du VN, leur autre pays.  Autrement dit, j’étais en train de leur voler la moitié de leur histoire. Il faut savoir que ma famille vietnamienne s’est établie en Californie après la guerre et que les contacts entre elle et mes enfants sont trop rares pour me permettre de raisonnablement compter sur une transmission par ce côté-là. Alors, j’ai écrit. J’ai mis sept ans pour terminer ma trilogie et accomplir mon devoir envers mes enfants. C’est donc aujourd’hui un soulagement, une libération, et comme les écrits restent, au contraire des paroles qui s’envolent, les enfants de mes enfants profiteront aussi de mes livres pour apprendre sur leurs ancêtres vietnamiens, et ainsi de suite.

C’est aussi une libération vis-à-vis de mon père car à défaut d’avoir pu l’aimer de son vivant, j’ai pu lui rendre hommage dans mes livres, et l’aimer. J’ai beaucoup pleuré en écrivant les Guetteurs de vent mais quand j’ai eu fini mon manuscrit, en 2012, j’ai pu enfin donner ses affaires que j’avais gardées depuis sa disparition, survenue dix ans plus tôt. Et oui, le cycle est conclu : mon prochain livre sera un roman d’amour, qui sera déchirant, comme tous les romans d’amour (rires).

AE: Vos "madeleines" sont sonores: le son des cloches d'une église, le vacarme d'un hélicoptère. Et du côté gustatif, en avez-vous? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, plusieurs, mais je ne parlerai que d’une : les spéculoos. Après mon bac, je suis venue en Belgique poursuivre mes études. J’étais inscrite à l’UCL, à Liège, mais j’ai décidé de rester étudier à Bruxelles, à l’ULB. À Liège, une chambre m’attendait, à Bruxelles, je devais m’en trouver une, dans les trois jours, logeant en attendant à la Cité universitaire. On était à la veille de la rentrée. Tous les kots avaient trouvé preneur. Le 3è jour, alors que, tête basse, je m’apprêtais à aller prendre ma valise à la Cité sans savoir où la déposer ensuite, une vieille dame qui nettoyait son morceau de trottoir m’a arrêtée. Elle croyait que j’étais perdue. Je lui ai dit que je cherchais une chambre d’étudiante. Elle m’a invitée dans sa maison et m’a proposée du café et des biscuits bruns que je n’avais encore jamais vus. Ce sont des spéculoos, m’a-t-elle dit, avant d’ajouter qu’elle habitait seule et que si je voulais, je pouvais louer son premier étage. Je n’en ai pas cru mes oreilles et jamais biscuits ne m’avaient paru aussi bons que les spéculoos de Mme Leroy, et depuis lors, chaque fois que j’en mange, je pense à elle, à ma chance d’avoir croisé son chemin alors que j’étais seule, loin de mon pays et de ma famille, au lien d’affection qui nous unissait. Elle est partie, elle aussi.

 

AE: Connaissez-vous la librairie parisienne, "Les Guetteurs de vent"? *

Tuyêt-Nga Nguyên:Non, je ne la connais pas, et avant la parution de mon livre, j’ignorais même qu’elle existait. C’est un ami qui, voyant que mon livre s’intitulait Les Guetteurs de vent, m’a parlé de cette librairie parisienne, et je l’ai effectivement vue sur la Toile en y allant voir mon livre.

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28 05 13

La table se fait art

Porter l'art de la table - et quelle table... - au rang de réflexion existentielle, voilà propos qui ne peut que nous plaire.

Conviant en un manifeste délicieusement illustré,  souvenirs de menus, dégustations, d'émotions culinaires, recettes, les ingrédients d'une passion vraie pour la table et l'hospitalité généreuse, bienveillante,  Jean-François Piège - chef doublement étoilé du restaurant éponyme - a également accordé sa sensibilité à celles de créateurs tout aussi convaincus: India Mahdavi, architecte et designer de l'Hôtel Thoumieux,  Mathias Augustyniak, concepteur, notamment de la carte glissée sous enveloppe (le rêve pour un blog comme le nôtre), Valérie Expert,  journaliste à la plume savoureusement caustique, Richard Geoffroy, caviste,  Joël Thiébault, l'André Lenôtre du XXIe siècle dont les "chou-fleur violet graffiti", "concombre épineux en fleur", " Chou coeur de boeuf"  ....  sont artistiquement mis en photos par Stéphane de Bougies et, cerise sur le gâteau, Xavier Darcos, qui célèbre, de beaux extraits littéraires, la poésie de la table

Car le poème, comme l'assiette apprêtée, a un destin éphémère: un bon moment, un fragment à partager, tout beau tout nouveau, apprécié mais bientôt gobé" (Xavier Darcos) 

Le propos nous emballe. Nul doute que nous y reviendrons.

Belle dégustation

Apolline Elter

L'art de manger, Jean-François Piège, manifeste, éditions Autrement, mai 2013, 144 pp (illustré) , 18 €

 

 Hôtel Thoumieux - Restaurant Jean-François Piège

79 rue Saint-Dominique - 75.007 Paris

www.jfpiege.com / www.thoumieux.com 

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