01 03 13

François Mauriac - intime

9782221116609.jpg" L'oeil était noir, perçant. Il voyait tout d'abord ce qui n'allait pas. (...) François Mauriac écrivait de miel auprès de ce qu'il modulait de sa voix blessée"

Dans Histoire de ma vie ( Ed. Gallimard, janvier 2013 - voir chronique d'hier sur notre blog) Françoise Giroud brosse de l'illustre écrivain un portrait pétri d'admiration et ...de terreur : "La dent était dure. A l'entrendre broyer les autres - ceux qu'il aimait, veux-je dire - , je préférais ne pas imaginer de quelle formule il m'habillerait pour l'éternité si par malheur mon nom lui venait aux lèvres."

Une belle invitation - s'il en fallait - pour nous pencher sur  la correspondance intime et la publication de lettres inédites à ce jour, patiemment rassemblées par sa bru, Caroline Mauriac, au lendemain du décès de l'écrivain, le 1er septembre 1970.

Récemment décédée, Caroline Mauriac "guidée par une véritable passion pour l'homme et pour l'oeuvre" avait traqué, au départ des lettres conservées par son beau-père le nom de ses  correspondants. Partant, elle avait récupéré nombre de lettres qui leur furent adressées. Elle nous offre de la sorte un florilège riche d'un millier de  missives, étalées sur une période de 70 ans, de 1898 à 1970, parmi lesquelles les noms de Maurice Barrès, Henri Bergson, Gilbert Cesbron, Albert Camus, le Général de Gaulle, Paul Claudel, Georges Duhamel, Julien Green, Henry de Montherlant,  Marcel Proust, Anna de Noailles et Françoise Giroud ..côtoient ceux de la famille,  en un monument de style - maîtrisé, tonique, tranchant - et de sincérité.

Nul doute que cet épistolier majeur a inscrit en sa correspondance les clefs d'une personnalité complexe, ambigüe, exigeante,ironique,  passionnée, aimante, ...singulièrement attachante, les clefs de son âme, en quelque sorte

AE

François Mauriac, Correspondance intime. Réunie et présentée par Caroline Mauriac, Ed Robert Laffont, coll. Bouquins, 756 pp

 

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28 02 13

Le journal que l'on m'avait prêté..

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" Je suis une femme libre. J'ai été, donc je sais être une femme heureuse. Qu'y a-t-il de plus rare au monde? "

Il peut être délicat de publier, de façon posthume, le récit d'une femme au lendemain de sa tentative de suicide. Surtout quand cette femme revêt l'image forte et mythique du combat, de la réussite, de la célébrité.

Dans sa biographie Françoise ( Ed. Grasset voir chronique sur ce blog), Laure Adler nous avait déjà révélé l'humanité, la vulnérabilité de la célèbre journaliste, co-fondatrice, avec Jean-Jacques Servan-Schreiber,  de L'Express.

Découvrant au gré de ses recherches deux versions d'un manuscrit prétendument disparu, Alix  de Saint-André  entreprend, avec l'approbation de Caroline Eliacheff, la fille de Françoise, d'en établir l'édition.

" Reconnaissant d'emblée l'ADN de Françoise à chaque phrase, elle est d'accord pour faire un montage de la meilleure version."

Ecrit en 1960, juste après une tentative de suicide, entravée à son plus grand dépit, le témoignage de Françoise Giroud trace le bilan d'une vie - elle a 43 ans et en est au mitan -  sans concession ni atermoiements. L'écrivain se veut honnête, lucide, chirurgicale - le lecteur retrouve avec joie son phrasé dense, sobre, nourri de métaphores éloquentes et nettes  - ce qui l'amène à se déprécier quelques fois.

"Le journal que l'on m'avait prêté, je l'ai rendu"

En jeu, la relation d'amour - déçu- qui l'unit à JJSS et de travail intensive et fusionnelle qui les lient à L'Express, leur enfant.  Françoise en sera brusquement écartée - "Vous avez fait de moi une femme perdue.." - et décidera de se donner la mort.

" Aujourd'hui,  j'ai envie de le croire, de croire que Jean-Jacques, mon frère, mon camarade, ne m'a pas jetée du bord. Mais ce jour-là, j'ai compris autrement son regard et ses silences."

Françoise Giroud nous quittait le 19 janvier 2003. Son style n'a pas perdu de sa force,  sa parole, de sa vérité

AE

Histoire d'une femme libre, Françoise Giroud, récit, Edition établie par Alix de Saint-André, Ed. Gallimard, janvier 2013, 254 pp, 18,5 €

 

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26 02 13

Le vrai mal de ma vie...

 

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" L'énigme était à chercher, peut-être du côté des paroles  naïves  qui échappaien,  parfois,  à cette femme si cérébrale : " Le vrai mal de ma vie, c'est que mon coeur ne peut vivre un seul intant sans aimer..."

Cultivant les amants en un jardin secret ...célèbre, l'impératrice de Russie,Catherine II ( 1729-1796) est   présentée  sous l'angle de sa fragilité amoureuse. Fasciné par cette personnalité hors norme, le cinéaste Oleg Erdmann tente de la cerner hors de son trône , de repérer la vraie femme qui sévit en elle. La vie, les attitudes de l'impératrice trouvent alors de curieux échos dans la vie d'Oleg.

Jeu de miroirs, de perspectives, de deux époques de l'Histoire russe,  le roman d'Andréï Makine se coud sur trame de vie sidérante.

AE

Une femme aimée, Andréï Makine, roman, Le Seuil, janvier 2013, 364 pp, 21 €

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23 02 13

La guerrière et l'archange

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 "Qu'est-ce qui m'a poussée à m'attaquer à la biographie intime d'un couple dont j'ignore tout ?"

Nous l'ignorons mais ce qui est sûr, c'est que Josyane Vandy a bien fait.

Approchant  la vie  d'Adémar Adolphe Louis Martens -  Michel de Ghelderode (1898-1962) -  écrivain mythique, fleuron de notre patrimoine littéraire belge, par le biais du couple solide et fusionnel qu'il forme avec Jeanne Gérard, la journaliste trace de cet être ambigu, versatile et complexe, un portrait en tous points passionnant; un portrait vivant, tonique, ancré dans l'actualité de l'époque, nourri d'une importante investigation documentaire, de  compréhension vraie et, nous le confirmons, d'une "complicité sans complaisance."

" Chaque jour, Michel s'étonne qu'une femme ait voulu d'un type tel que lui, qu'elle ait tout épousé de son destin, qu'ils soient l'un à l'autre aussi nécessaires, pareils à des vases communicants."

De son mariage en 1924 à son décès en 1980 (18 ans après celui de  l'écrivain) Jeanne de Ghelderode sera la garante de la fièvre créatrice,  de l'interprétation de l'œuvre,  du bien-être  affectif et  amical, des ripailles et guindailles, de la santé morale et physique d'un époux poussé par tempérament à tous les excès...  

Ecrite dans le  style journalistique "giroudien", factuel et  sobre,  cette monographie de couple est tout simplement... remarquable. Elle convie le lecteur à une approche vivifiante du génie burlesque – décédé voici  cinquante ans -  de son théâtre « râblé et couillu » et processus de création.

Une lecture recommandée.

AE

Jeanne et Michel de Ghelderode, La guerrière et l'archange, Josyane Vandy, biographie, Ed. Racine, décembre 2012, 236 pp, 22,95 €

 

Billet de faveur

AE : Connaissez-vous, désormais,  Josyane Vandy,  l’élément déclencheur du travail colossal que vous avez entrepris sur les époux Ghelderode ?

Josyane Vandy : Aujourd’hui encore, je m’interroge sur cette soirée de 1999 où devant la télévision, j’ai ressenti un  électrochoc. Dans l’émission « Un siècle d’écrivains » (sur France 3), consacrée à Michel de Ghelderode, une photo de Jeanne, sa femme, m’a quasi interpellée. La photo d’une Jeanne, jeune, inconsciente alors du rôle que la vie, dans l’ombre d’un dramaturge de génie, allait lui réserver. C’est son sort qui, de prime abord, a piqué ma curiosité. Jeanne m’a conduite à Michel et Michel m’a ouvert le chemin vers Jeanne. Sans elle, a-t-il dit, je n’aurais rien écrit. Sans elle, ajouterai-je, mon livre n’existerait pas.

AE : Michel de Ghelderode était un épistolier prolixe, prolifique – 10 tomes de sa correspondance ont été édités par Roland Beyen.  A-t-elle été le fil conducteur de votre récit ?

Josyane Vandy : Au début de ma recherche, j’ignorais tout de cette correspondance. Sa découverte fut une vraie jouissance. Et, en effet, le fil conducteur de mon récit. La parution des dix tomes a accompagné les dix années de travail que j’ai consacrées à la recherche de Jeanne et Michel de Ghelderode. Mon seul regret : que Jeanne et Michel se soient peu écrits, ne s’étant guère quittés tout au long des 38 ans de leur mariage. Une seule longue lettre, -lettre superbe que j’évoque longuement-, offre l’une des clés de ce couple extra - ordinaire.

AE : Vous laissez à Jeanne le chapitre final, le mot de la fin.  Comment réagirait-elle  à l’hommage, au zoom porté sur elle, que constitue cette monographie ?

Josyane Vandy : Sans doute aurait-elle été, de prime abord, méfiante, sur la défensive. Pour qu’elle m’accepte, il aurait fallu du temps, qu’on s’apprivoise l’une l’autre… mais j’ose espérer qu’elle aurait été sensible à l’hommage, en forme de justice, que j’ai voulu lui rendre, et à travers elle, à toutes les femmes qui « se sacrifient » à l’ombre d’un « grand homme ». Elle était d’une génération pudique, mais elle avait de l’humour et, peut-être, aurions-nous aimé rire ensemble. Je crois qu’elle aurait été secrètement flattée de se voir reconnue, et, qui sait, de ce beau nom de guerrière que je lui offre…

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21 02 13

Tant... mieux

Je-vaix-mieux-FOENKINOS.jpgPerclus d'un mal de dos lancinant et d'une hypocondrie tout à fait savoureuse, le narrateur voit basculer univers, travail et  couple, tandis qu'il décortique sa vie, sa personnalité et ses humeurs, au thermomètre de sa douleur.

 " Ma vie resssemblait au héros du film d'Harold Ramis Un jour sans fin. J'étais la version "mal au dos" de Bill Muray."

Les fans de David Foenkinos  - j'en suis - retrouveront avec joie le "Woody Allen" des lettres françaises, son humour contenu, surpris, surprenant, nourri d'images saisies, de métaphores inédites.  Sans oublier les Polonais, présents dans chaque roman...Est-ce le passage derrière la caméra  -David Foenkinos a réalisé, avec son frère Stéphane, l'adaptation cinématographique de La délicatesse - l'écrivain semble soigner mieux encore le côté scénique des descriptions, leur enchaînement...inéluctable.

"Je frôlais le cliché du rescapé, celui qui aime subitement l'humanité entière après avoir survécu"

Pas de doute, ...il va mieux.

AE

Je vais mieux, David Foenkinos, roman,  Gallimard, janvier 2013, 330 pp, 19,5€

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20 02 13

L'enfant de Calabre

url (53).jpg" Ce n'est pas le sang qui fait une famille. Ce sont les rituels"

Récit d'une vaste enquête sur le passé de son père et la relation épistolaire entretenue, durant la guerre d'Indochine avec une mystérieuse Barbara, le roman de Catherine Locandro tente de remonter le cours de l'histoire familiale, convoquant, au gré d'une correspondance virtuelle, la mémoire de sa grand-mère paternelle. Calabraise, cette dernière est décédée à 39 ans - âge de Frédérique la narratrice - dans l'opprobre d'un injuste bannissement.

"Ce mystère et ta longue déchéance aux allures d'agonie , ont fait de nous ce que nous sommes."

Pétrie de rebondissements, l'enquête mène Frédérique à Nice et à Gênes et lui permet  de renouer avec Alice, son ancienne compagne, d'épanouir une  homosexualité affirmée.

 Née à Nice, Catherine Locandro, écrivain et scénariste, vit à Bruxelles

AE

L'enfant de Calabre, Catherine Locandro, roman, Editions Héloïse d'Ormesson, janvier 2013, 272 pp, 18 €

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19 02 13

Le tibia de la sainte

9782752908728FS.gifIl peut être difficile de vivre avec le poids d'une ascendance familiale , telle celle de  Sylvie Weil: fille du mathématicien André Weil, elle est aussi la nièce de la célèbre philosophe, communiste de conviction, Simone Weil. De plus, elle lui ressemble comme deux gouttes d'eau.

"Etre le tibia d'une sainte représente une forme d'existence sociale qui n'est pas nécessairement désagréable car les gens qui viennent se frotter à vous, sont quelquefois intelligents et sympathiques"

Décidée à sonder au plus profond de sa vie et de ses sentiments les implications de pareille hérédité , Sylvie Weil trace avec humour et lucidité l'histoire de sa famille. Une famille fracassée par le décès en 1943 - sans doute un suicide - de l'illustre Simone  et qui tentera à coups de brouilles et de réconciliations d'en entretenir la mémoire.

" Ce n'est pas comme si tu les avais quittés, malgré toi . Comme si tu avais été déportée, fusillée.  Ce n'est pas un deuil ordinaire que celui d'une fille qui tenait absolument à se détruire et qui y a réussi!"

Au terme de cette réflexion,  la révélation d'une femme solitaire et fragile, bien loin de l'indestructible "vierge rouge" dont Simone Weil cultivait la légende. Une révélation rédemptrice pour la narratrice.

Et le portrait d'une belle famille..

AE

Chez les Weil, André et Simone, Sylvie Weil, Ed Buchet 

Chastel 2009, Libretto, janvier 2013,210 pp, 8,5 €

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17 02 13

Très fort..de café!

url (51).jpgC'est une ode au café - et quel café! - c'est aussi un magnifique roman. Un roman qui renoue avec ce que la littérature a de plus noble, offre une écriture soignée, dense, subtile et raffinée... maniant l'épique et l'humour à coup de dosettes savamment distillées.

Vous l'aurez compris, j'ai succombé au charme très XIXe siècle de l'épopée: Flaubert a trouvé frère de plume.

" Qu'est-ce qu'une vie? La mienne logeait tout entière dans l'arrondi d'une tasse. Mon nom était écrit sur cette eau noire."

Rassemblée au chevet de Massimo Pietrangeli, le Maître de café, la famille s'apprête à épauler ses  derniers instants. C'est compter sans les  effluves d'une tasse de café, qui sortent le vieillard du coma...

 Comme il sent que les temps lui sont désormais aussi comptés que les grains de café précieux dont il dote sa cassette, le chevalier, torréfacteur de génie - le seul habilité à fournir le café quotidien du Président italien  - emmène sa famille quérir au Costa Rica  les fèves dont il a le secret.

Voyage initiatique, transmission de patrimoine, testament,  épopée burlesque,  éloge d'une boisson sensuelle, sexuée,  divine et des rituels qu'elle exige, ... le conte  tient de tout cela à la fois. Observateur externe d'un microcosme régi de lois singulières, le narrateur allie un sens aigu de la description à une tendresse amusée pour chacun des protagonistes.

 Mais le café est avant tout et surtout ferment de convivialité et dévoile, dans l'oracle de son marc, ce que les liens familiaux ont de plus sacré.

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Le Maître de café, Olivier Bleys, roman, Albin Michel, janvier 2013, 350 pp, 20 €

Billet de …saveur

AE :  Sous votre plume, Olivier Bleys, le café  se fait art (et or)  décline des lettres de haute noblesse. Etes-vous accro à la boisson ?

Olivier Bleys : en vérité, j’ai commencé à boire du café très tard, pas avant trente ans. Longtemps, j’ai été buveur de thé. J’aimais l’odeur du café, sa culture, ses couleurs, l’atmosphère des brûleries, mais je n’avais jamais pu en avaler une goutte. C’est au Brésil, dans un restaurant du Nordeste, que mon initiation a eu lieu. Une tasse m’a été servie, à l’arôme incomparable. Je l’ai savourée les yeux fermés, puis j’en ai commandé une autre, une troisième… J’étais converti. Depuis, je suis devenu grand buveur de café, quoique piètre connaisseur. Pour écrire ce roman, je me suis équipé d’un matériel semi-professionnel, avec une authentique machine espresso italienne (une Bezzera 07), un moulin à meules, une balance de précision pour peser la mouture du café… Boire du café est devenu un plaisir, et un rite nécessaire avant d’entamer un travail quelconque.

AE :: Le  café semble affaire d’hommes ;  le thé aurait-il une connotation plus féminine ?

Olivier Bleys : j’en suis persuadé, et m’étonne que ce fait ne soit pas relevé plus souvent. Il me semble, d’ailleurs, ne l’avoir lu nulle part… que dans mes propres pages ! Cependant, il m’est difficile d’expliquer en quoi, pour moi, le thé est féminin et le café masculin ? Cela mériterait une étude approfondie, une investigation poussée des modes de préparation et de consommation de ces deux boissons, et de leur portée symbolique. En deux mots, le partage se fait sur certains caractères le plus souvent associés à l’une et l’autre boisson. Le thé : douceur, détente voire nonchalance, contemplation, rêve, transparence, délicatesse, Asie, spiritualité, intériorité… Le café : force, dynamisme, activité, réalité, Afrique, extériorité. Il s’agit de lieux communs, mais y échappons-nous ?

AE : Parmi les protagonistes de ce roman savoureux, il y a « La Storta »,  machine à café monstrueuse et rocambolesque à la fois.  Sans elle, le  fameux café de Massimo n’existerait pas, la caravane, en route vers le Costa Rica n’aurait pas de raison d’être. C’est très «  XIXe » , cette façon de personnifier des monstres sacrés ( songeons à Zola  et sa Bête humaine  et son grand-magasin, Au Bonheur des dames, …) Avez-vous une sensibilité particulière pour les écrivains de l’époque ?

Olivier Bleys : je les ai souvent rencontrés à travers mes lectures, et les hommages plus ou moins appuyés que leur rendent mes écrits. En 2002, j’ai publié chez Gallimard Le fantôme de la Tour Eiffel (prix du roman historique de Blois), construit en m’inspirant des feuilletons de la Belle Epoque. J’ai également scénarisé une trilogie en bandes dessinées, Chambres noires (Ed. Vents d’Ouest, jusqu’en 2011), dont l’intrigue se déroule à Paris en 1872. Enfin, j’ai livré deux feuilletons radiophoniques, Quand les tables tournaient et Une querelle aérienne, diffusés respectivement sur France Culture et France Inter, qui traitent de la même époque. Oui, j’ai un attachement particulier pour la fin du XIX e siècle, et me reconnais dans ces romanciers naturalistes qui bâtissaient des histoires bien charpentées à partir d’une riche documentation. Cependant, ils avaient plus de chance que nous, écrivains de la modernité — car l’écrit n’a plus la place ni le rang qu’il possédait de leur temps.

AE :  En quoi consiste votre madeleine proustienne. A-t-elle rapport avec le café ?

Olivier Bleys : je pâtis d’une assez mauvaise mémoire, que compensent une curiosité de tous les instants et une faculté d’émerveillement héritée de l’enfance. Donc, il est rare que quoi que ce soit m’évoque le passé. La nostalgie a peu de prises sur moi, à moins qu’elle emprunte une guirlande lumineuse de Noël, certaines odeurs tourbeuses de montagne, la saveur du beignet très gras qu’on vendait naguère sur les plages, la tiédeur du printemps revenu. Quant au café, il n’en est jamais porteur, pour la raison bien simple qu’il est entré tard dans ma vie.

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09 02 13

Une mine d'expressions

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" Qu'y a-t-il de plus important au monde que d'aimer et de se le dire ..."

Saint-Valentin ne dirait pas le contraire qui saluera avec un enthousiasme non feint, la lecture de ce délicieux recueill  de "mots d'amour et coquineries d'antan"

Après le "Espèce de savon à culotte et autres injures d'antan" qui nous avait ..enchantés l'an passé, l'amoureuse de la langue française nous revient avec son charmant pendant. 

Organisées en abécédaires et une séquence de chapitres thématiques - noms d'animaux,  du corps, de la nature, hsitoriques, canailles, sacrés... - les expressions se suivent, tendres, coquines et belles, éclairées d'extraits de leurs primes occurrences.

"Venez çà, petit boute-feu, qu'on m'aille chercher un notaire.. (Jean-François Regnard (1655-1709) La Foire Saint-Germain)"

Des encadrés grisés parcourt le texte qui font le point sur quelque concept, telle l'énumération des "mots doux de Molière" , mignonne, mignonnette, pouponne de mon âme, beau tison de ma flamme ...et joyeuse compagnie.

Le douzième et dernier chapitre se consacre aux hypochoristiques concoctés par des personnages célèbres. Simone de Beauvoir y figure en bonne place qui dota son amant Algren d'apostrophes aussi divines que créatives : " Mon très cher mari du printemps,... mon charmant provincial..mon très cher mari du mois prochain...mon gentil vous lointain perdu dans le blizzard..mon pauvre très cher dilemne américain...mon très cher maquereau paresseux et cinglé..."

Pas doute, la source d'inspiration est infinie

AE

Mon petit trognon potelé..et autres mots d'amour et coquineries d'antan, Catherine Guennec, Editions First, janvier 2013, 272 pp, 13,5 €

 

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07 02 13

Dracula en jupons

url (51).jpgDracula avant la lettre, la comtesse hongroise Elisabeth Bàthory (1560-1614)  aimait à se baigner dans le sang de jeunes vierges. Elle y voyait un remède...souverain pour conserver bon teint.

Trempant sa plume du sang de la cruauté et de l'obstination sadique d'une vingtaine de femmes issues de tous les continents et époques de l'Histoire - Salomé, Messaline - Boadicée, Catherine II de Russie, Bloody Mary, Jiang Qing, Leïla Khaled, Ilse Koch,... -   Alain Leclercq dresse , de ces "criminelles en jupons", une galerie de portraits édifiants.

Un trait commun: mettre en oeuvre tous les moyens pour arriver au but qu'elles se sont assigné. Telle Mary Ann Cotton qui tuait maris et enfants d'un soupçon d'arsenic, aux fins d'empocher les primes de leurs assurances-vie; telle également, l'américaine  Georgia Tann (1891-1950) qui forte du détournement de 5000 poupons  posa les bases du futur système d'adoption des Etats-Unis.

Rompant avec l'image d'Epinal d'une  femme douce, aimante  et soumise, ce tour d'horizon nous donne ..quelque frisson.

AE

Les femmes les plus cruelles de l'Histoire, Alain Leclercq, Ed. Jourdan, janvier 2013, 228 pp, 16,9 €

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