01 06 13

Un vent de..liberté

 

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S'il s'ouvre sur un conte aux allures un peu..martiennes, le nouveau roman - largement autobiographique - de Tuyêt-Nga Nguyên renoue rapidement  avec la veine fluide,  imagée, sobre et chantante à laquelle l'auteur du Journaliste français et de Soleil fâné, (Ed. lLa Renaissance du Livre - billets de faveur en vitrine du blog) nous a habitués.  Et c'est bonheur  que de retrouver cette plume belle, pétrie d'humour, de raffinement, de fraîcheur et d'authenticité.

Troisième volet d'une trilogie consacrée à ses racines vietnamiennes (et néanmoins parfaitement accessible en lecture indépendante) Les Guetteurs de vent consacre la relation au Père. Ce père surgi dans la vie (belge) de la narratrice après trois décennies d'absence - elle le tenait pour mort - qu'elle accueille  auprès d'elle après sept ans de démarches et l'envoi incessant de "cadeaux de courtoisie", ces  pots-de-vin destinés à faire accélérer la procédure...

"C'est triste de ne pas aimer son père"

Méditant avec lucidité et honnêteté sur l'échec de la relation avec son père, tout juste décédé, la narratrice revit en souvenir les événements de son passé - elle a rejoint le Vietnam du Sud, avec sa mère, en 1954, assisté  en direct, depuis la Californie,  au passage en boucle, sur les écrans TV, des images de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975,  étudié en Belgique, s'y est mariée, a vécu au Kenya, fondé famille,  est revenue à Bruxelles, ...

 A la lisière des mentalités orientale de ses origines et occidentale de ses patries d'adoption, Tuyêt-Nga Nguyên trace avec subtilité, formules bien trempées et force images parlantes, la passerelle entre les prismes de vision d'une même réalité

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Les Guetteurs de vent, Tuyêt-Nga Nguyên, roman, Ed. La Renaissance du Livre, mai 2013, 384 pp, 18 €.

Billet de faveur

AE: Troisième volet d'une suite consacrée à votre enfance, votre mère, Les Guetteurs de vent, est focalisé sur votre père.  Vous sentez-vous "libérée" d'avoir transmis ainsi à vos enfants la mémoire de leur sang vietnamien? Le cycle est-il conclu? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, c’est une libération. La vie a fait que j’ai épousé un Belge. J’en ai profité pour ne pas parler à mes enfants de mon pays d’origine, de mon passé, un silence qui  m’arrangeait car j’avais résolu d’oublier la Vietnamienne en moi, de me débarrasser d’une histoire chargée de souffrances et de deuils et cela, afin de « pouvoir avancer ». Avec le temps, je me suis rendu compte qu’en me taisant, je faisais du tort à mes enfants car si je venais à mourir, il n’y aurait personne pour leur parler du VN, leur autre pays.  Autrement dit, j’étais en train de leur voler la moitié de leur histoire. Il faut savoir que ma famille vietnamienne s’est établie en Californie après la guerre et que les contacts entre elle et mes enfants sont trop rares pour me permettre de raisonnablement compter sur une transmission par ce côté-là. Alors, j’ai écrit. J’ai mis sept ans pour terminer ma trilogie et accomplir mon devoir envers mes enfants. C’est donc aujourd’hui un soulagement, une libération, et comme les écrits restent, au contraire des paroles qui s’envolent, les enfants de mes enfants profiteront aussi de mes livres pour apprendre sur leurs ancêtres vietnamiens, et ainsi de suite.

C’est aussi une libération vis-à-vis de mon père car à défaut d’avoir pu l’aimer de son vivant, j’ai pu lui rendre hommage dans mes livres, et l’aimer. J’ai beaucoup pleuré en écrivant les Guetteurs de vent mais quand j’ai eu fini mon manuscrit, en 2012, j’ai pu enfin donner ses affaires que j’avais gardées depuis sa disparition, survenue dix ans plus tôt. Et oui, le cycle est conclu : mon prochain livre sera un roman d’amour, qui sera déchirant, comme tous les romans d’amour (rires).

AE: Vos "madeleines" sont sonores: le son des cloches d'une église, le vacarme d'un hélicoptère. Et du côté gustatif, en avez-vous? 

Tuyêt-Nga Nguyên:Oui, plusieurs, mais je ne parlerai que d’une : les spéculoos. Après mon bac, je suis venue en Belgique poursuivre mes études. J’étais inscrite à l’UCL, à Liège, mais j’ai décidé de rester étudier à Bruxelles, à l’ULB. À Liège, une chambre m’attendait, à Bruxelles, je devais m’en trouver une, dans les trois jours, logeant en attendant à la Cité universitaire. On était à la veille de la rentrée. Tous les kots avaient trouvé preneur. Le 3è jour, alors que, tête basse, je m’apprêtais à aller prendre ma valise à la Cité sans savoir où la déposer ensuite, une vieille dame qui nettoyait son morceau de trottoir m’a arrêtée. Elle croyait que j’étais perdue. Je lui ai dit que je cherchais une chambre d’étudiante. Elle m’a invitée dans sa maison et m’a proposée du café et des biscuits bruns que je n’avais encore jamais vus. Ce sont des spéculoos, m’a-t-elle dit, avant d’ajouter qu’elle habitait seule et que si je voulais, je pouvais louer son premier étage. Je n’en ai pas cru mes oreilles et jamais biscuits ne m’avaient paru aussi bons que les spéculoos de Mme Leroy, et depuis lors, chaque fois que j’en mange, je pense à elle, à ma chance d’avoir croisé son chemin alors que j’étais seule, loin de mon pays et de ma famille, au lien d’affection qui nous unissait. Elle est partie, elle aussi.

 

AE: Connaissez-vous la librairie parisienne, "Les Guetteurs de vent"? *

Tuyêt-Nga Nguyên:Non, je ne la connais pas, et avant la parution de mon livre, j’ignorais même qu’elle existait. C’est un ami qui, voyant que mon livre s’intitulait Les Guetteurs de vent, m’a parlé de cette librairie parisienne, et je l’ai effectivement vue sur la Toile en y allant voir mon livre.

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28 05 13

La table se fait art

Porter l'art de la table - et quelle table... - au rang de réflexion existentielle, voilà propos qui ne peut que nous plaire.

Conviant en un manifeste délicieusement illustré,  souvenirs de menus, dégustations, d'émotions culinaires, recettes, les ingrédients d'une passion vraie pour la table et l'hospitalité généreuse, bienveillante,  Jean-François Piège - chef doublement étoilé du restaurant éponyme - a également accordé sa sensibilité à celles de créateurs tout aussi convaincus: India Mahdavi, architecte et designer de l'Hôtel Thoumieux,  Mathias Augustyniak, concepteur, notamment de la carte glissée sous enveloppe (le rêve pour un blog comme le nôtre), Valérie Expert,  journaliste à la plume savoureusement caustique, Richard Geoffroy, caviste,  Joël Thiébault, l'André Lenôtre du XXIe siècle dont les "chou-fleur violet graffiti", "concombre épineux en fleur", " Chou coeur de boeuf"  ....  sont artistiquement mis en photos par Stéphane de Bougies et, cerise sur le gâteau, Xavier Darcos, qui célèbre, de beaux extraits littéraires, la poésie de la table

Car le poème, comme l'assiette apprêtée, a un destin éphémère: un bon moment, un fragment à partager, tout beau tout nouveau, apprécié mais bientôt gobé" (Xavier Darcos) 

Le propos nous emballe. Nul doute que nous y reviendrons.

Belle dégustation

Apolline Elter

L'art de manger, Jean-François Piège, manifeste, éditions Autrement, mai 2013, 144 pp (illustré) , 18 €

 

 Hôtel Thoumieux - Restaurant Jean-François Piège

79 rue Saint-Dominique - 75.007 Paris

www.jfpiege.com / www.thoumieux.com 

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25 05 13

Maman chérie

Un titre qui fleure le "Je vous salue Marie", particulièrement de propos en ces mois de mai et de fêtes des mamans...

Si les Belges ont été dûment fêtées, il y a deux semaines, les mamans françaises connaîtront, ce dimanche, heures de gloire, colliers de nouilles ... et surtout le rappel du lien sacré qui les unit  à leur progéniture.

Un lien qui s'illustre du royal "Madame" (Louis XIII),  présidentiel "Madame et très honorée mère" (George Washington)  au "pauvre vieille (chérie) " flaubertien en passant par toutes les déclinaisons de l'affection et de l'orthographe.

Lettres d'enfants (Colette de Jouvenel, ... ) , d'hommes et de femmes célèbres, Charles de Gaulle, Madame de Staël, Charles Baudelaire, Mozart , Epicure, Victor Hugo,  Lénine, Vincent Van Goch, Guy de Maupassant ... le florilège constitué par le recueil offre l'aimable particularité de classer les quelque cent cinquante  missives selon les circonstances de leur écriture: lettres d'ailleurs,  d'internat, de prison, de guerre, de fin de vie ou simplement de nouvelles, de  coeur  et ... d'âme.

Une lecture émouvante introduite pour chaque lettre par une précieuse présentation du scripteur et des circonstances de sa rédaction.

Rendez-vous demain à 17 heures pour un High Tea qui infusera un extrait de ce bouquet de fête

AE

Je vous écris Maman, Mozart, De Gaulle, Baudelaire, Hémingway..., leurs plus belles lettres,  Jean-Marie Montali, recueil, éditions de La Martinière, mai 2013, 480 pp, 20 €

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23 05 13

Dans la peau d'Albert Camus

 " Je suis revenu de la mort pour parler aux générations futures. Parce que je ne veux pas qu'on leur mente. Et qu'elles subissent ce que nous avons dû souffrir, comme un aboutissement logique.

J'ai choisi de ne plus éluder. De ne plus fuir. Quelle importance qu'un écrivain ne vive que pour son oeuvre? Aucune. C'est son oeuvre qui, elle, doit lui survivre"

Imprégné de la lecture de Camus jusqu'au "bouleversement" de sa vie,  de l'adaptation à succès  de La Peste au théâtre (quelque mille représentations à sion actif), en un mot, passionné, Francis Huster réalise l'exercice périlleux de  relever  l'écrivain de sa mort, se fondre en sa peau et nous parler en son nom... Il le fait bien. Avec conviction..  Affrontant de plein fouet le problème de l'Algérie, de la violence et du statut identitaire de l'enfant de Mondovi.  Enchaînant les sentences avec éloquence.

Je vous en livre trois, avant de revenir sur le sujet et l'essai , début novembre, au cours de la semaine dédiée au centenaire de la naissance d'Albert Camus.

"  L'assimilation n'a toujours été et ne sera jamais qu'un mensonge répété."

" Il n'y a pas d'opression bienveillante ni d'occupation qui ne soit mensongères."

" Je ne suis pas un écrivain engagé, mais dégagé de toute contrainte."

Rendez-vous pour la suite... début novembre, sur votre blog préféré.

Apolline Elter

Albert Camus, un combat pour la gloire, Francis Huster, roman, Ed Le Passeur, 28 mars 2013, 128 pp, 15,9 €

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21 05 13

D'encre et de sang

encre.jpgC'est dans son sang russe - sa grand-mère, Natacha Koltchine de Rosnay est née à Saint-Pétersbourg - que Tatiana de Rosnay puise l'encre de son nouveau roman. Un roman cligné d'éléments autobiographiques, aisément identifiables.

A savoir.

" Il avait écrit son roman à la main, dans des cahiers, comme celui qui se trouve sur ses genoux, vierge."

Pas facile de gérer (le contrecoup d') un succès littéraire, la gloire qui s'ensuit et la chronophagie des réseaux sociaux. Débarqué avec  Malvina, son amie,  au Gallo Nero, luxueux établissement "perché sur une petite île de la côte toscane", Nicolas Kolt entend rédiger ce nouveau roman que son éditrice attend. Mais tout le distrait de sa tâche, constipe son inspiration: l'observation des résidents de l'hôtel, les torrides textos échangés avec Sabina, rencontrée à une séance de dédicaces mais encore et surtout les flashbacks incessants qui le plongent dans sa vie ancienne,  le couple formé avec Delphine, son enfance, la disparition en mer  de son père, Théodore Duhamel, la révélation de son identité russe, la découverte de Saint-Pétersboug... tous éléments transcrits dans L'enveloppe, roman saisi de succès.
 
" Maintenant tu es une créature médiatique que tout le monde s'arrache. Jamais tu n'avais été superficiel. Maintenant, tu te regardes dans les vitrines, bon sang. Chaque fois que tu sors, même dans un supermarché, tu espères être reconnu. Tu te cherches sur Google toute la journée. Tu passes des heures à lire des posts sur ta page Facebook. [...] La vie n'est pas une grande tournée littéraire"
 

Une vie qui s'enlise,  attente d'une rédemption : " Pour écrire son nouveau roman, Nicolas sait qu'il devra tremper sa plume dans l'encre russe."

A l'encre russe, Tatiana de Rosnay, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, mars 2013, 350 pp, 22 €

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18 05 13

Parce que

9782848762920.jpgQuestion plus que de propos en cette année où  nous fêtons - le 7 novembre précisément - le centenaire de la naissance, en Algérie, d'un écrivain majeur du XXe siècle.

Un être à multiples facettes. Qui peut se targuer de le cerner vraiment?  Journaliste, philosophe, écrivain engagé, dramaturge, essayiste, novelliste, conteur même à ses heures, ...Albert Camus était sur tous les fronts, de tous les combats. Quand il n'optait délibérement pour le silence.

Il était surtout d'une sincérité fondamentale. Sa révolte ne peut se comprendre que sous le prisme de son intégrité.

Son décès inopiné, le 4 janvier 1960, l'accident fatal qui lui coûta la vie et celle de Michel Gallimard éteignit une voix qui avait encore tant à dire.

Nous reviendrons largement sur le sujet, début novembre, à l'occasion de la semaine d'anniversaire qui lui sera consacrée sur ce blog, ...notamment

Ce qui n'empêche de nous pencher déjà sur ce collectif de lecteurs qui, sous la direction d'Eduardo Castillo, nous propose une série d'angles d'approche divers et motivés du grand homme, tant de raisons de l'aimer davantage.

Un être complexe, toujours à la recherche de vérité.

Pourquoi Camus? 

"Parce qu'il nous parle encore aujourd'hui et d'aujourd'hui; parce que chaque nouvelle génération le découvre et ne cesse de s'approprier ses écrits. Son succès populaire, la passion de ceux qui se sont penchés sur l'homme et son art m'ont donné envie de rassembler des points de vue divers, riches, contradictoires et toujours renouvelés sur l'homme et son oeuvre, dans la volonté de faire partager et de transmettre , à travers les textes, la flamme camusienne." [ Eduardo Castillo]louis.jadoul@skynet.be

Témoin de son temps, "touche-à-tout talentueux" et acteur d'un monde qu'il eût souhaité meilleur, Albert Camus marquera le parcours de nombreux intellectuels. Extraits d'écrits, de lettres  et de discours camusiens à l'appui, les auteurs de ce collectif tracent des passerelles avec les révoltes actuelles d'Afrique du Nord, celle des Indignés, .. l'opposent à son meilleur ennemi, Jean-Paul Sartre.

Tranchant quelque peu par un parti-pris décapant, sincère et surprenant, Alexis Jenni  (Prix Goncourt 2011, L'Art français de la guerre)  admet qu'il s'ennuie parfois à la lecture de La Peste .... Raidi par une lutte intérieure,  brillant penseur, Camus aurait gagné à n'être que romancier...

Un collectif bien intéressant.

Apolline Elter 

    Pourquoi Camus ? , collectif d’auteurs sous la direction d’Eduardo Castillo, Ed. Philippe Rey, mars 2013, 300 pp, 19 €

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16 05 13

Devoir de mémoire?

 

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"La vie des morts célèbres est pleine de rebondissements. Le repos éternel est devenu une véritable illusion dans leur cas et Françoise, pour sa part, n'eut guère la paix que pendant une saison." 

Devoir de mémoire? D'amitié conclue sur le tard? 

 L'enquête minutée, minutieuse à laquelle se livre la journaliste Alix de Saint-André, soutenue par Caroline Eliacheff, fille de Françoise Giroud et de sa famille en général,  vise à trouver la vérité de la célèbre journaliste. Une vérité souvent occultée par l'intéressée-même, trahie, selon les dires d'"A.S.A." par la biographie que rata Chistine Ockrent, et celle, approximative, de Laure Adler.

Elles nous avaient pourtant passionnée toutes deux..

Revenant avec force détails sur l'affaire des lettres anonymes rédigées par une femme en souffrance et une judéîté non assumée, Alix de Saint-André décide de tirer les faits au clair, les situer dans leur exact contexte et fédérer autour de son enquête l'adhésion de toute une famille.

Sa rencontre initiale avec Françoise Giroud date du 2 décembre 1987, époque de la publication de la biographie d'Alma Malher:

Jeanne-Marie Darblay [NDLR: rédactrice en chef d'Elle ] me donna mission, si j'avais envie de l'interviewer, de lui rentrer dans le chou."

Mais "On ne tire pas sur une ambulance". Françoise Giroud apparut, vieille, fragile et affable, pénalisée par une "brume chimique" probable conséquence de la prise d'anti-dépresseurs.  La sympathie entre les deux femmes fut inéluctable . Et les rencontres de se multiplier. Et Alix de Saint-André de s'investir garante de la vérite posthume de la grande dame, écorchant sans ménagement Chrsitine Ockrent,  Madeleine Chapsal, première épouse de Jean-Jacques Servan-Schreiber  et avec  une moindre hargne,  Laure Adler.  Et de passer de longs et laborieux jours d'enquête et de copies auprès de l'IMEC, d'abbaye normande qui contient les archives privées de Françoise Giroud, Marguerite Duras et autres personnalités illustres.

C'est alors qu'elle découvre les deux versions de l'Histoire d'une femme libre, rédigé par Françoise Giroud, au mitan de sa vie, après sa tentative de suicide avortée. Versions échappées à la vigilance des précédentes biographes, qui, mises en perspective et établies,  nous offrent la belle publication dont nous vous parlions en début d'annéée. Nous ne pouvons que vous inviter à en retrouver le compte rendu: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2013/02...

AE

Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André, récit, Ed. Gallimard, janvier 2013, 290 pp, 20 €

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14 05 13

Retour à Nohant

9782021035681.jpg" Je me lève pour allumer le lampadaire. Chien et loup: l'heure où j'ai toujours un peu froid. L'heure de la méfiance, de la défiance, demi-domestiquée, demi-sauvage, qui fait tanguer l'âme au soir."

Quelle mouche pique Jean-Marc, psychiatre, psychanalyste patenté, qui l'amène à s'angoisser de manifetations occultes, celles-mêmes que son esprit, rationnel, avait rejetées jusqu'à présent.

" Et si je sortais plus souvent de mon cabinet? Et si je m'éloignais de cette bibliothèque constituée  avec autant d'orthodoxie que de ferveur, qui veille sur moi comme je veille sur elle."

Mandé pour une conférence à Nohant, le narrateur est saisi de trouble, découvrant qu'il connaît chaque recoin de la demeure de George Sand...

Simple paramnésie? 

L'aide de Louise, la complicité de sa fille Valérie , lui permettront-elles de surmonter cette crise au bénéfice d'une sensibilité accrue dans sa pratique médicale? 

C'est tout l"enjeu de ce roman , son questionnement. Et l'attrait de Nohant, si cher à notre blog.

AE

Madame George , Noëlle Chatelet, roman, Ed. Seuil, avril 2013, 238 pp, 19 €

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11 05 13

Embarquement magique

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" Ce livre part à la recherche de l'émotion qui les saisit à la lecture du nom de Marseille sous les plus belles plumes. Les écrivains ont été éloquents, profitons-en; Marseille a été l'embarcadère des lettres, partons les retrouver sur la jetée."

Natif de Marseille, haut fonctionnaire, Rémi Duchêne a imaginé les premières pages de ce recueil, tandis qu'il vivait... sous nos cieux belges.

Passionné de littérature et érudit en la matière, il nous propose de visiter sa ville natale sous l'angle patriote, passionné, ému, surréaliste, féminin, poétique, aimant ou (franchement) hostile d'écrivains majeurs, qui y sont nés ou y ont séjourné durant la première moitié du XXe siècle.  Albert Camus, Albert Cohen, Guillaume Apollinaire, André Breton, Paul Eluard, René Char, Louis Aragon, Antonin Artaud, Jean Cocteau,  Colette, Simone de Beauvoir, André Malraux, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Henry de Montherlant,  Jean Giono, André Gide, André Gaillard, Blaise Cendrars, Jules Supervielle, Jean Genet, Eugène Ionesco,  Roger Martin du Gard et Céline voient ainsi leurs oeuvres analysées sous le prisme  de la cité phocéenne et d'une mise en perspective magistrale.

" Bien des voyageurs de la première moitié  du XXe siècle, avant que l'avion ne vienne bouleverser ces repères maritimes, ont saisi cet instant magique où la porte de Marseille s'ouvrait sur les mondes lointains: Méditerranée orientale et Maghreb, mais également Afrique noire, océan Indien, Extrême-Orient, Amériques...."

 Rendue aisée et lumineuse par la fluidité d'écriture de l'auteur, la lecture de l'essai est riche d'enseignement. On ne pouvait concevoir meilleur hommage à la Capitale culturelle de 2013.

Apolline Elter

L'embarcadère des lettres. Marseille et les écrivains, Rémi Duchêne, essai, JC Lattès, avril 2013, 514 p, 23 €

  

Billet de faveur

 

AE : Bel hommage à la ville  qui vous a vu naître et que vous aimez, Rémi Duchêne, l’essai  opère une sorte  de réhabilitation par rapport à une Marseille  « souvent écrasée par sa caricature »  et même « brocardée ». Le travail opéré , l’érudition impressionnante qui parcourt les pages , leur académie vivante, allègre et nuancée sont aussi un hommage à feu votre père, le professeur Roger Duchêne .  Aviez-vous évoqué ensemble le projet ?

Rémi Duchêne : Nous n’en avons hélas pas eu le temps, sa disparition fort brutale nous a privés de ce plaisir. Mais il est vrai que bien des éléments ramènent vers lui cet essai : le penchant enthousiaste pour la littérature et l’amour de Marseille sont bel et bien mon plus précieux héritage - avec le goût de la vie de famille ! Je me suis efforcé aussi de m’inspirer de sa passion pour le travail bien fait et de son envie de partager le fruit des recherches avec le plus grand nombre.

 AE :  Vous  semblez habité par les auteurs que vous évoquez, tant vous en  connaissez  les  œuvres,  parcours,  place au sein de la  littérature.  Une pareille somme, c’est le travail de toute une vie…

 Rémi Duchêne : aimer la lecture, c’est en effet un bonheur qui dure toute une vie, comme vous le savez bien et le faites partager vous-même à vos abonnés et fidèles ! Je n’ai pas étudié la littérature à l’Université, cependant j’ai toujours figuré dans la catégorie des bons lecteurs… Pour cet ouvrage, cinq ans ont été nécessaires entre le premier projet, conçu…  à Bruxelles, puis les visites à Marseille, les recoupements et mises en perspective, enfin la rédaction, avec une attention portée à la construction d’un récit (tous ces écrivains prestigieux qui se bousculent, si j’ose dire, sur l’embarcadère, avec chacun une histoire étonnante !), ainsi qu’à la précision des références.

 AE : «  Quel mouvement dans ce Marseille ! Paris paraît morne à côté. » écrit Colette à la Duchesse de Morny, son amie.  Nous sommes en 1909. Partagez-vous ce point de vue,  plus de cent ans après ?

Rémi Duchêne : On retrouve ce jugement sous quelques autres plumes prestigieuses, comme Éluard ou même Camus, pour qui le monde méditerranéen, d’une façon générale, représentait la vraie vie. Cocteau, Montherlant, Cendrars, Beauvoir… sont sous le charme. Au XXIème siècle, Marseille garde cet attrait subtil, à la fois brutal et pudique, sensuel et poétique. Et le mouvement qui plaisait tant à Colette est toujours là, celui des navires dans la rade, celui des populations métissées, celui des arts et de la créativité, et, par-dessus tout, une puissante aspiration au bonheur et à la liberté.

 

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09 05 13

Riches et bien portants

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Conçu  comme un 'instantané" des fortunes famililaes majeures et investies du Royaume, l'essai du journaliste Ludwig Verduyn, vise à "obtenir un panorama des centres de gravité financiers de ce pays et d'en tirer toutes les conclusions possibles."

200 familles sont ainsi passées au crible de leur activité persistante, qui représentent quelque 2000 à 3000 ménages et un vingtième du capital total des ménages belges.

Une première publication - en 2000 - permet outre de cerner l'évolution du capital - un tiers de nouvelles entrées - et d'affiner une méthode de présentation dont l'auteur nous définit d'entrée de pages les principes .

S'ensuivent deux cents fiches d'identité qui au-delà de patronymes connus,  Janssen, Frère, Solvay, Lippens, Boël, Spoelberch, Colruyt, d'Ieteren, Saverys, Collinet, De Clerck, De Nolf, Delhaize, Beckers, Thomas, Piron, Leysen, Lhoist,  Van Hool, Mestdagh, Soubry, Vastapane , Willy Naessens et entreprenante compagnie permettent de découvrir les noms cachés sous les enseignes Argenta, Eter, Duvel, Primus, Massive, Ava, As Adventure, Krëfel, Kinépolis, Interparking, Radio Contact et ...le restaurant du Cygne. 

L'épopée financière de chaque famille est tracée de façon claire et vivante, partant, intéressante.

AE

Les 200 familles les plus riches de Belgique, Ludwig Verduyn, traduit du néerlandais par Michaël Rousseau, Ed. Jourdan, avril 2013, 432 pp, 20,9 €

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