20 09 12

Bilan quadra-généré

images.jpgFort d'un nouvel éditeur et d'un roman de 454 pages , Oliver Adam crée la surprise de la rentrée .., porté absent  de la sélection initiale du Prix Goncourt.

Ce n'est pas une raison pour en bouder la lecture , nier ses indéniables qualités: tension dramatique, écriture claire, précise, maîtrisée, introspection des âmes et sentiments menée avec brio....

"Paris m'aiguisait, jouait avec des nerfs que je n'avais pas assez solides. J'étais inflammable et rien n'était plus dangereux pour moi que d'aller au-devant des étincelles"

Fraîchement séparé d'une épouse - Sarah - qu'il aime encore et de ses enfants, Manon et Clément, dont il peut difficilement se passer, Paul Steiner, écrivain à succès ... tente un bilan des années écoulées, d'une vie de quadra et d'une santé déjà bien entamée. Il se rend chez ses parents, retrouve son père, revêche, tandis que sa maman achève un séjour en clinique et semble perdre quelque peu la tête. L'espace de quelques jours - et de la majeure partie du roman- il revoit sa banlieue d'enfance, d'anciens amis et mêle au regard qu'il avait alors, celui de la maturité lentement acquise , d'un lourd secret percé à jour et du désenchantement qui est le fil conducteur du récit.

Un roman qui sonne juste, autobio et fataliste et qui aurait... juste gagné d'être plus condensé.

AE

Les Lisières, Olivier Adam, roman, Flammarion, août 2012, 454 pp, 21 €

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15 09 12

Le choix de Mary

url (19).jpg"Entre Hélène et Ginda, il y avait ce silence autour de cette absente, Salomé. Ni images ni paroles échangées."

Dotant sa fille du gracieux prénom de Salomé, Colombe Schneck réveille, à son insu, la mémoire de Salomé Bernstein, une cousine de sa mère, exterminée fin 1943, à la suite d'une rafle dans le ghetto de Kovno (Lituanie).

Le silence familial qui pèse sur la période de guerre est à ce point plombé que la narratrice réalise la malédiction diffuse qui pèse désormais sur la tête de son enfant. Elle entreprend dès lors de remonter le cours de l'histoire familiale, celle du ghetto de Kovno et de l’immédiate après-guerre,  interrogeant méthodiquement les survivants, témoins des événements, et leurs enfants.

Une enquête qui la mène à New York,  Jérusalem,  Kovno et Poniwej ... au coeur de son ascendance maternelle et de son appartenance à la communauté juive - et  à s'interroger, clef de voûte de ce somptueux témoignage, sur l'essence de la maternité.

" Pourtant, dix ans après, le jour où enfin j'apprendrai, j'écouterai, je ne jugerai pas, j'approuverai, je serai heureuse de savoir, je serai rassurée, je n'aurai plus peur, j'aurai le droit de me plaindre, d'être de mauvaise foi, d'écouter la peine de ma mère, ma grand-mère, de leur rétorquer, Raya et Macha ont choisi la vie, elles ont bien fait, soyez comme elles, oubliez la honte et la culpabilité."

La vie est à ce prix.

Apolline Elter

La réparation, Colombe Schneck, témoignage, Grasset, août 2012, 220 pp

Billet de faveur 

AE : Bien plus que le dédommagement symbolique que vous offre la « Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation » la vraie réparation, est celle que vous avez opérée, par l’enquête et l’écriture de ce témoignage, restituant à Salomé Bernstein son statut d’absente, expurgeant du prénom de votre fille, la malédiction qui lui était associée ?

Colombe Schneck : C’est d’avoir trouvé, le mois et l’année de naissance, le mois et l’année de la mort de Salomé Bernstein, que j’ai eu le sentiment qu’elle devenait enfin une absente. Cette  tentative de réparation est valable pour moi, j’espère mes enfants, neveux et nièces. Elle ne l’est pas pour Raya et Macha, pour lesquelles, il n’y a pas de réparation possible.

AE : C’est l’écriture – épistolaire – qui permet à votre grand-tante Raya de renaître quelque peu à la vie, à la sortie de la guerre.  Il semble, qu’en parallèle, votre propre travail d’écriture, vous a permis de vaincre une sourde menace. La réparation, c’est une ode à la vie ? 

Colombe Schneck : Je ne suis pas certaine que le retour à la vie a été possible pour Raya et Macha. Elles ont eu à nouveau des enfants, écrivaient des poèmes et des lettres, ne se plaignaient jamais, elles pensaient, il me semble,  à la vie future, celle de leurs enfants et petits-enfants. Pour moi, je reprends à mon compte les mots de David Grosman, On n’est plus victime de rien, même de l’arbitraire, quand on le décrit avec ses mots propres. L’écriture de ce livre m’a permis d’entrer plus entièrement dans la vie présente. En ce sens, oui, ce livre est une ode à la vie.

 AE : Le choix qu’a posé Mary, pour ses filles..et petits-enfants est terrible. Nous ne le dévoilons pas car il est le cœur et la clef  du récit : il ne peut se comprendre ex abrupto. Les réactions des lecteurs sont-elles virulentes, à ce sujet ou plutôt compréhensives, bienveillantes ?

Colombe Schneck : Elles sont bienveillantes. Chacun comprend qu’il est impossible de savoir ce que l’on aurait fait à leur place.

 

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12 09 12

La genèse d'une dictature

 9782021059540.jpg" La Révolution kamchéenne, sous la direction éminente de Park Jung-wan, poursuit sa marche énergique sur la voie du Muju, et elle remportera indubitablement la victoire finale en dépit de toutes les épreuves et difficultés, tandis que le Kamcha rayonnera dans le monde en tant que patrie du Muju, où toute la nation kamchéenne forte de soixante-douze millions d'âmes jouira d'authentiques libertés et connaîtra une grand prospérité sur son territoire national réunifié"

Le crédo est celui de Park Jung-wan, né, d'une première naissance soviétique, Dmitri Nablovski, tandis qu'il succède à son père, Park Min-hun, "Grand meneur" de  Kamcha du Nord.

Profilant, sous le couvert d'un roman et d'une nation imaginaire, la dictature de Kim-Jong-il, "Dirigeant bien aimé" de Corée du Nord, décédé en décembre 2011, Charly Delwart réalise une gigantesque mise en scène cinématographique, faisant des citoyens d'un pays devenu studio, les figurants d'un film aux allures étranges. La caméra se focalise sur la délirante ascension d'un dictateur, volontairement fondu - de dévotion - en l'image de son père.

"Il avait fallu une mesure, un lien avec la réalité dans le travail de constitution du héros, il ne le fallait plus, dépassé."

 Troisième roman de notre concitoyen Charly Delwart, Citoyen Park, explore, sans concession, les tréfonds d'une certaine âme asiatique et d'une dictature pour le moins ..saisissante.

Apolline Elter

Citoyen Park, Charly Delwart, roman, Le Seuil, août 2012, 490 pp, 21 €

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11 09 12

Bel anniversaire, Madame

coverpaola.jpgEn ce jour anniversaire de notre souveraine , il est bon d'évoquer le portrait que publie Vincent Leroy aux Editions Imprimages.  Sans doute n'est-il meilleur hommage que cette relation respectueuse d'une vie active, largement dévouée au service de son pays d'adoption.

D'aucuns se rappelleront l'ouvrage que publiait Vincent Leroy en 2008, Les 70 ans de  [SM ] la Reine Paola (lien sur ce blog: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/08...) Les cinq années (é)coulées auront permis à la sixième Reine des Belges de confrmer ses engagements sociaux, artistiques et culturels:

" Première reine à avoir des ancêtres belges, Paola est épanouie dans son rôle de Première Dame de Belgique. A l'exception de sa connaissance imparfaite du néerlandais, elle n'a commis aucun faux pas depuis 1993. Mais elle n'a pas assez de charisme et de sens du contact pour être réellement populaire. La Reine se partage entre les cérémonies officielles, ses visites culturelles et ses engagements sociaux. Elle a tenu la promesse qu'elle avait faite en 1996 aux parents des enfants disparus de s'investir dans une lutte contre la maltraitance des enfants et s'est révélée une active et dynamique  présidente d'honneur de Child Focus."

Sobre, sincère et dénué de vaines flatteries, l'ouvrage de Vincent Leroy offre une approche patriote, bienveillante d'une Reine qui ne l'est pas moins.

Bon anniversaire, Madame.

AE

Les 75 ans de la Reine Paola, Vincent Leroy, portrait, éditions Imprimages, 192 pp, 10 €

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08 09 12

Une lecture...de rêve

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Il n'est jamais aisé de rejoindre la scène littéraire après le succès considérable d'un premier roman... Cette dernière vous guette, vous attend au tournant.

Ce défi, Jean-Michel Guenassia le relève brillamment, prouvant que l'encre du conteur nourrit son sang.

L’argument de cette nouvelle fiction :

Né en 1910, à Prague, Joseph Kaplan est issu d'une lignée de médecins. Brillant élément, il débarque à Paris, afin d'y compléter sa formation, d'une spécialisation en biologie. "Avec ses traits fins, sa cambrure fière, sa mèche au vent, Joseph ressemblait à un de ces jeunes seigneurs florentins au sourire limpide de Ghirlandaio"  Un  seigneur qui danse comme un dieu, accumule les conquêtes féminines,  rejoint, à 28 ans,  l'Institut Pasteur d'Alger, pour effectuer des recherches sur les maladies infectieuses. L'occasion - fortuite -  pour ce Tchèque d'origine juive d'échapper aux persécutions nazies et aux débuts d'une guerre dont les Algérois ne réalisent pas l'ampleur.

De retour à Prague avec Christine, la femme de sa vie, Joseph fonde famille. Helena naît en 1948, suivie, en 1950, de Martin, qui scellent le naufrage du couple. Naufrage aussi de ses convictions politiques, de  l'adhésion sans faille que Joseph voue au parti communiste: " Il ne voulait plus dissimuler ses opinions et soutenir qu'ils vivaient dans une démocratie parfaite, que tous les problèmes étaient en passe d'être résolus quand la situation n'avait jamais été pire. Il ne supportait plus l'optimisme gluant de ce catéchisme socialiste qui les ensevelissait dans une tombe collective. Intolérables aussi la foi obligatoire en un avenir radieux, l'interdiction d'émettre le moindre doute pour ne pas passer pour un traître et le devoir de s'extasier sur les réussites d'un régime dont il ne voyait que les échecs.

Mars 1966 voit confier au docteur Kaplan, une mission capitale: le salut d'un mystérieux malade, camarade uruguayen très mal en point,  Ernesto G(uevara),  pour ne pas le nommer. Le Ministère de l'Intérieur entoure ce service commandé d'un luxe de précautions inouï, confinant Joseph et sa proche famille au seul chevet du mourant.

Une cohabitation forcée qui imprime un angle neuf et ...palpitant à la fiction, introduisant le mythique Che dont on sait qu'il séjourna à Prague, cette année-là:

" Je viens d'avoir trente-huit ans, j'ai consacré ma vie à me battre pour ces idées, à essayer de les faire triompher, j'espère sincèrement que ça se fera mais je ne prendrai plus un fusil pour ça, il y a d'autres chemins. Je ne suis pas certain d'avoir pris les bons."

Et scelle le destin d'Helena et  le bilan d'une vie que Joseph Kaplan poursuivra, centenaire, spectateur attentif du "Printemps de Prague",  de sa répression et de la chute du régime communiste.

Une lecture... de rêve.

Je vous la recommande.

Apolline Elter

La vie rêvée d'Ernesto G., Jean-Michel Guenassia, roman, Albin Michel, août 2012, 538 pp, 22,9 €

Billet de faveur

AE : Jean-Michel Guenassia, vous avez l’âme d’un conteur. Un souffle chaud parcourt le récit  qui donne envie de le dévorer d’une traite. La rédaction en a-t-elle, elle aussi, coulé de source ?  

Jean-Michel Guenassia : Oh que non. La rédaction a été longue, et très laborieuse. Pas un paragraphe qui n’ait été réécrit dix fois (au moins). Surtout que mon objectif est la fluidité de la lecture et c’est difficile à obtenir.

AE : vous introduisez le personnage de Che Guevara, lui prêtant pensées, propos, quelques missives et  revirements … Tel ce moment où le Che se compare à Joseph Kaplan : «  Il ressemble à l’homme que j’aurais aimé être . Je crois que j’aurais fait un bon médecin aussi. J’aimais ça. J’étais proche des gens. J’aurais pu être utile. Et puis, le destin en a voulu autrement »

Ces propos sont-ils extraits de documents ou pure fiction ?

Jean-Michel Guenassia : Les propos de Guevara sont inventés. On ne connait aucun texte de lui équivalent. Par contre, je me suis inspiré de l’extraordinaire biographie de Pierre Kalfon (Points) et des différents textes que Régis Debray a écrit sur lui pour saisir ce personnage si complexe et intéressant

AE «  Quand un révolutionnaire n’a pas la chance de mourir jeune, il finit obligatoirement dictateur et bourreau (…) A un moment, le courage consiste à s’arrêter et à passer à autre chose » affirme Ernesto G. N’est-ce pas précisément le revirement que Joseph Kaplan a réalisé ?

Jean-Michel Guenassia : L’idée surtout était d’opposer un héros anonyme (Joseph) et un héros malgré lui (Guevara) mais surtout Guevara va découvrir en Joseph l’homme qu’il aurait voulu être.

AE : Carlos Gardel [NDLR : « la voix du tango »]  c’est votre madeleine de Proust musicale ?  

 Jean-Michel Guenassia : Pas vraiment mais pour ce roman j’ai beaucoup écouté Gardel et Piazolla (et beaucoup d’autres aussi j’écris en musique)

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06 09 12

De mémoire de rail

sncf_heros_et_salauds_pendant_l_occupation_01.jpg" En ce 31 octobre 1942, la machine de l'opression, de la déportation,  n'a pratiquement pas été affectée par l'objection de conscience, par la résistance d'un simple conducteur."

Autopsiant, sans concession, le rôle - crucial - de la SNCF durant la seconde guerre mondiale, Jean-Pierre Richardot fustige la collaboration souscrite par la haute direction avec l'Occupant, le régime nazi, et la déportation massive de Juifs qu'elle a ainsi rendue possible.

De l'autre côté, des cheminots utilisent leur connaissance du rail pour secourir les "passagers"  et s'illustrer dans de hauts faits de résistance, tel Léon Bronchart, fil...conducteur de ce récit circonstancié, qui refusa,  notamment,  de  conduire un convoi de déportés à la prison de Saint-Paul d'Ayjeaux.

Nerf, noeud, noyau de guerre, le réseau ferroviaire  fut passeport pour l'enfer ou voie de liberté.

SNCF, héros et salauds durant l'Occupation, Jean-Pierre Richardot, essai, Cherche Midi Editeur, 6 septembre 2012, 306 pp, 19 €

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03 09 12

Rentrée..vous avez dit

l_ecole_01.jpgTant qu'à céder à la rentrée scolaire - le choix ne se pose guère -  autant le faire avec humour, voire avec liesse...

C'est ce que nous propose Christophe Besse, illustrateur de d'ouvrages pour la jeunesse - à son actif, plus d'une centaine d'ouvrages parus chez Casterman, Hachette, Gallimard, Grasset Milan, Nathan, ... - en un ouvrage pétri de situations aussi cocasses que vraisemblables.

Conjuguant dessins, esquisses et textes en un joyeux équilibre  "BD",  l'auteur promène le lecteur à travers les classes, désespérantes, les cantines, tout aussi affolantes, excursions scolaires....affriolantes et réunions de parents criantes ..de vécu.

Idéal pour booster le moral d'un directeur en peine de rentrée..

AE

L'école 100 % humour, Christophe Besse, Ed. Cherche-midi, 30 août 2012, 144 pp, 14,9 €

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02 09 12

Un homme passe sous la fenêtre....

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !

 

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30 08 12

Ile passionnelle, fusionnelle et confusionnelle

9782268074023.jpgL'âme corse existe. Elle est complexe. Riche, duelle, équivoque, ambivalente. Eprise d'ordre sinon de loi, et de justice... de clan. De reconnaissance... sous des velléités d'indépendance. Affective plus que raisonnable... 

« Allons à l'essentiel : le désamour entre les Français du Continent et la Corse est un secret de Polichinelle. A cet égard, l'affaire Yvan Colonna aura été le révélateur d'un malaise persistant. Il n'est pas besoin de faire en Corse une enquête approfondie pour sentir que cet imbroglio politico-judiciaire aura été l'occasion pour de nombreux insulaires, d'exprimer, plus que jamais, leur défiance à l'égard des institutions de la République. »

 Conjugant une science familiale, ancestrale, politique, culturelle, historique et philosophique de la Corse, deux plumes, autorisées et fraternellement concertées, Paul-François et Angèle Paoli offrent à la collection des « romans des lieux et destins magiques » dirigée par Vladimir Federovski un opus intéressant, dénué de complaisance suspecte.

 «  Ile passionnelle, île fusionnelle et confusionnelle, qui vous inclut ou qui vous rejette : il est impossible de qualifier la Corse en un trait. »

 Mythes fondateurs, historique de l'Ile de Beauté et origine de son annexion plutôt bien perçue à la France, autochtones et visiteurs célèbres, ... sont passés au crible d'une brillante analyse qui tente de faire objectivement le point sur les relations équivoques des Corses envers l'Etat. Un ressentiment finalement assez récent qui trouverait son origine dans un trauma ancré dans les années '60 : le rapatriement, par l'Etat gaulliste, de Pieds-Noirs en l'Ile, auxquels sont accordées des terres cultivables à un taux de crédit inique par rapport à celui proposé aux autochtones : « Une erreur psychologique dont on se demande comment un homme aussi intelligent et averti des ressorts profonds de la psyché humaine que de Gaulle, a pu la laisser commettre. »

Terre singulière, d'une beauté... plurielle, la Corse n'a pas fini de livrer ses romans insulaires, insolents et diantrement fascinants à qui refusera de la réduire à son simple destin estival, paradis, s'il en est, vacanciers.

Apolline Elter

 Les romans de la Corse, Angèle Paoli et Paul-François Paoli, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 232 pp, 20,20 €

    

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29 08 12

Oh que oui!

9782268074085.jpgFidèle à sa vocation de l'éloge paradoxal, la collection dirigée par François Cérésa, s'ouvre d'un nouvel opus: L'Eloge du NON, prêtant tribune à l'écrivain et journaliste,  Jean-Claude Lamy et à Fabienne Deval.

Que oui, quand il se fait résistance, indignation, audace et liberté, le non est force positive, entraînant en un sillage notoire et historique, l'Appel du 18 juin, la "non"-candidature de Julien Gracq au prix Goncourt(Le Rivage des Syrtes - 1951), celle de Jean-Paul Sartre au prix Nobel, la désobéissance de Rosa Parks aux lois ségrégationnistes, l'appel de l'Abbé Pierre, au plus froid de l'hiver '54   ... et le célèbre Cancre de Jacques Prévert.

" Le dialogue passe par le non qui permet de prendre la parole, la forme la plus parfaite du langage"

Limpide, n'est-il pas ?

 

AE

Eloge du non, Jean-Claude Lamy avec Fabienne Deval, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 120 pp, 12,90 €

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