05 02 13

Stefan & Lotte

url (47).jpgClairement planifié, le suicide conjoint de Stefan et Lotte Zweig, le 22 février 1942,  a bouleversé,  au-delà de l'entourage proche,  ce Brésil qui fut leur terre d'accueil et les innombrables lecteurs de l'écrivain de génie.

La publication de lettres que le couple écrivit, à deux plumes, principalement à Manfred Altmann, frère de Lotte et son épouse Hannah, de 1940 à 1942, révèle les états d'esprit successifs de gratitude et d'abattement qui étaient leurs.

Conscient  et coupable de la vie privilégiée qu'il connaissait au Brésil, loin de la guerre que se livrait l'Europe  et de ses repressions antisémites,  le célèbre écrivain, "épistolier invétéré", se tourmentait continuellement pour ses proches restés en Europe.   

L'isolement que s'imposa le couple, le retrait progressif des mondanités et de l'accès à la culture, les violentes crises d'asthme de Lotte, la morosité inattendue de l'hiver brésilien, la perspective "terrifiante" du soixantième  anniversaire de Stefan,  les nouvelles désastreuses concernant le conflit armé, leur impuissance à aider leurs proches,  l'aliénation ressentie.....eurent raison de leur dernière confiance en la vie.

Du Brésil et de Petropolis qui fut leur dernière demeure, mais aussi d'Argentine et de New York où le couple séjourna de janvier à août 41, les lettres révèlent le quotidien du couple, leur altruisme, l'élégance généreuse et courtoise de Stefan Zweig et le tempérament de Lotte si injustement occulté par la postérité.

Le recueil se referme sur les lettres du 21 février et l'hommage que leur rendit leur voisin et ami, le Docteur Ernest Feder.

Un témoignage poignant.

AE

 Stefan et Lotte Zweig - Lettres d'Amérique - New York, Argentine, Brésil 1940-1942, Edition établie et préfacée par Darién J; Davis et Olivier Marshall - traduit de l'anglais par Adrienne Boutang et Baptiste Touverey, Grasset, novembre 2012, 306 pp, 22 €

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02 02 13

En prime

 

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Qui ne rêve de régler ses comptes avec sa mère, surtout lorsque cette dernière est fantasque - voire encombrante....

Encore faut-il le faire élégamment.

Un défi que Marie Lebey relève haut-la-main, adressant à Mouche « prime » ce roman autobiographique d’humour, d'hommage, et de... dommages collatéraux.

Une façon de pallier, avec panache, l'impalpable mise à l'écart que lui valurent les décès consécutifs de son père et de sa soeur aînée.

" Aux joueuses de bridge et aux championnes de Scrabble, je préfère "Magic Mouche' " qui oublie mon anniversaire, mais s'extasie devant le coucher de soleil  flirtant avec le toit des immeubles qui dévalent sous son balcon."

 C'est en effet par le biais d'expédients culturels, incongrus  et amoureux,  que  Mouche' va poursuivre sa vie, éludant  au passage, les événements majeurs de la vie de Marie (accouchements, cancer, ..)

"J'offris ce premier fils à ma mère en la couronnant marraine. Ce qui, je le reconnais, obscurcissait sérieusement l'avenir de mon petit roi, qui se retrouvait, après seulement quelques minutes de règne, avec une allumée de plus sur le dos."

Vive,  tonique, incisive,  pétrie d’espièglerie,  de tendresse et d'images inédites, la plume de Marie Lebey couvre les pages d’un roman court, dense, libératoire, prodigieusement attachant.

A lire absolument

 AE

Mouche’, Marie Lebey, roman, Editions Léo Scheer, janvier 2013, 128 pp, 18 €

Prolongation de lecture

AE : Marie Lebey, l’humour est la meilleure façon de faire passer certains messages. Oseriez-vous faire lire ces pages à Mouche’ ? Quelle serait sa réaction ?

Marie Lebey :  Ma mère ne voulait pas lire mon livre, elle avait peur que je ne la  démolisse. Et puis cela a été plus fort qu’ elle, en cachette, elle a fini par le lire. Sa réaction m’a surprise, elle m’a dit avec beaucoup de pudeur: « C’est un bon livre ». Puis le sujet été clos, on n’en a plus jamais parlé. Je crois qu’elle m’a été reconnaissante de ne pas avoir abîmé son univers poétique. Et même si son personnage est parfois un peu ridicule, elle l’a très bien pris, en ajoutant : « après tout le ridicule n’a jamais tué personne ». C’est là où je me suis rendu compte que mentalement ma mère était au-dessus des autres.

  AE : « Je n’ai pas le souvenir que Mouche’ ait jamais posé sur moi un regard de mère ».

 C’est dans l’apostrophe de ce « Mouche ‘» que se cristallise votre affection. Celle du roman – parce que sous le couvert de la troisième  personne, c’est votre maman que vous …apostrophez – en est la déclinaison. L’écriture du livre vous a-t-elle libérée de tensions,  a-t-elle libéré l’expression de votre tendresse ?

 Marie Lebey : Ce livre a fait des miracles. Au fur et à mesure de son écriture, j’ai commencé à la voir comme un personnage et non comme ma mère ; et cette distance que mon travail creusait entre nous, a libéré mon regard, puis mon cœur. J’ai retrouvé la maman que dans mes souvenirs j’avais beaucoup aimée dans ma petite enfance

  AE : Les origines belges de votre mère sont portées au crédit de son «  disque dur », de sa personnalité fantasque. … Rassurez-moi, vous  réduisez pas la Belgique au prisme de cette vision…

  Marie Lebey : Je connais très mal la Belgique, mais dans mon imaginaire c’est une terre de poésie, et d’un certain humour à couper au couteau .En tant qu’ écrivain je me sens beaucoup plus belge que française. Mon ADN littéraire est belge, de cela je suis sûre, mais j’aurai du mal à vous expliquer pourquoi.

  AE : Mouche’ ne semble pas grande cuisinière… Avez-vous cependant une madeleine proustienne, liée à votre enfance ?

  Marie Lebey :  Le signe de croix que Mouche' par superstition, apposait sur nos fronts lorsque le soir, elle venait nous voir dans nos lits superposés, ma sœur et moi.

 

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30 01 13

Savoureusement vintage

 

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Rejeton-surprise d'une famille bourgeoise, catholique et ..coincée - Marie-Thérèse, la mère, a quarante-quatre ans et demi quand elle découvre qu'elle est enceinte -  conçu dans l'euphorie distraite de l'élection de Valéry Giscard d'Estaing,  Jean-Paul Bergamo nous livre chronique des années '70 et 80  et d'une enfance savoureusement vintage.

Dans cette famille - "Lepic" par bien des aspects [NDLR -  famille emblématique de la série télévisuelle "Fais pas ci, fais pas ça" ], les tempéraments sont tranchés: patriarche en retrait, Robert Bergamo est directeur des taxes parafiscales,tandis que Marie-Thérèse régente l'éducation des ses quatre enfants, Anne-Marie, bientôt en rupture de ban familial, Cécile, la sainte, qui cherche sa voie à coups d'expériences mystiques, Jean-Marc, l'ex "petit-dernier" rescapé, à sa naissance,  d'un accident de voiture mortel ...  et le narrateur des pages,  "Jeanmajeanpaul" , perpétuellement confondu de prénom avec son aîné.

Sa place conclusive le rend témoin privilégié des événements familiaux qu'il rapporte, mêlant au regard de l'époque  la perception de l'adulte qu'il est devenu

Une plaisante plongée dans le temps 

Le petit dernier, Jean-Paul Carminati, roman, JCLattès, janvier 2013, 352 pp, 17 €

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26 01 13

Parfum de littérature

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" A l'évidence son corps parlait parfums et était tout entier un appendice dédié à cette passion."

Nouvel opus de la sympathique collection dirigée par Vladimir Federovski, le roman de Pascal Marmet enveloppe, sous le couvert d'une rencontre amicale entre l'acteur américain, Tony Curtis, Sabrina, une jeune femme dotée d'une acuité olfactive exceptionnelle et Pascal Marmet, lui-même, la grande histoire du parfum, de la nuit des temps à nos jours.

Le propos est des plus intéressant car bien qu'il se défende de faire oeuvre d'érudition, l'auteur s'est sérieusement documenté sur le sujet, de la fabrication du parfum, à sa symbolique et diffusion commerciale. Il nous en livre même recette.

"(...)le parfum pourrait aussi se raconter à travers le cinéma et les stars" 

Ce dont ne se prive le romancier  qui nous propose une véritable nomenclature des stars et de leurs fragrances favorites, telle "Céline Dion [qui] ne chante jamais sans Eau d'Hadrien ou N° 5 de Chanel" 

Une lecture qui nous fait vivre le parfum, son univers chatoyant et fascinant d'un nez neuf.

AE

 

Le roman du parfum, Pascal Marmet, roman, ed. du Rocher, décembre 2012, 264 pp, 20,20 €

 

Billet de.. fragrances

 

AE :  Hommage au parfum, votre roman l’est aussi à l’acteur Tony Curtis, décédé en 2010, célèbre partenaire de Roger Moore, dans la série-culte Amicalement vôtre. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?

Pascal Marmet : J'ai connu Tony Curtis dans les années 2000, à l'époque ou j'étais encore courtier d'assurances à Paris, j'ai assuré quelques  expositions de tableaux de Tony  qui était également non seulement acteur mais également peintre les dernières années de sa vie.

Par la suite, nous sommes devenus amis et je suis allé souvent dans la propriété qu’il possédait à Las Vegas et quand il venait à paris, il me faisait toujours signe...

Aujourd'hui je possède quelques unes de ses toiles à la maison.

Il m'en a offert 2, j'en ai également acheté 2 tc.jpg

Tony Curtis était un homme chaleureux, ntelligent et  généreux. (Pascal Marmet et Tony Curtis - Photo fournie par l'auteur)

 

AE : « Un bon parfum associe le meilleur du chimique au meilleur du naturel »

C’est cela le credo du parfum ?

Pascal Marmet : Oui bien sûr mais je vous rappelle que l'apparition de la chimie dans l'industrie du parfum est assez récente dans l'histoire du monde.

En 1882 Paul Parquet crée "Fougère Royale " le premier faisant appel à un produit de synthèse , mais c'est véritablement Aimé Guerlain qui crée le premier parfum à éléments de synthèse à base de vanilline et de coumarine avec " Jicky" en 1889.

J'ai tout un chapitre dans le livre sur "Jicky" et "Shalimar " 2 parfums très importants de Guerlain.

Je vous rappelle également que "jicky" était le parfum préféré de Tony Curtis et que Shalimar a été inventé en 1925 date de naissance de Tony Curtis. Curieux non ?

 Mais , sérieusement, aujourd'hui on ne pourrait plus refaire un parfum entièrement naturel .

Premièrement ce serait trop coûteux et ensuite le choix des fragrances serait limité!

Donc nous avons besoin de la chimie et puis ne sommes nous pas des êtres chimiques ?

et parfois la chimie vient au secours de la déforestation ( A la fin de mon livre chapitre " Echinops giganteus" page 227 . )

  AE : Si vous deviez définir une odeur qui remonterait à votre enfance, sorte de madeleine proustienne olfactive,  à quoi penseriez-vous ?  

Pascal Marmet : Claudel a écrit un très joli livre sur les odeurs de son enfance .

son éditeur l'a appelé "Parfums" ce qui est un peu dommage car ce livre ne parle pas de parfum mais d'odeurs.

Pour ma part, le parfum de mon enfance était celui de mon père, " Habit Rouge "de Guerlain qui porte depuis très longtemps. ("Habit Rouge "création par Jean-Paul Guerlain en 1965)

Edmond Roudnitska  le plus grand "nez" du 20 eme siècle disait : " le plus beau parfum est celui qui nous procure un choc"

Je suis assez d'accord avec lui.

Quand je voyage à Paris ou à l'étranger ,même très loin de chez moi et que je sens ce parfum,  je pense toujours à mon père , je pense qu'il est à coté de moi.

"Habit Rouge" est associé à l'image de mon père inconsciemment.

Mais cela peut-être aussi un choc affectif, amoureux.

Comme il y a trop de Guerlain, je vais parler de" Poison" de Dior de Jean Guichard.

Ma première petite amie le portait. Des années après,  quand je sens ce parfum dans un train, dans un avion j'ai toujours une pensée pour elle.

 

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24 01 13

Une saga...royale

9782262023393FS.jpgSans elles, notre passé eût été différent et, osons le prétendre, moins passionnant"

D'une plume choisie, raffinée et précise, Jean des Cars trace le destin de douze souveraines européennes, de Catherine de Médicis à Elisabeth II d'Angleterre, rétablissant, dans la justesse de portraits les plus fidèles à la réalité historique,  des vérités dont elles furent parfois  privées.

Balisés d'une dynamique de sous-titres,  joliment illustré de portraits et de photographie, le texte se lit ..comme un roman. Un roman singulièrement actuel et vivant qui voit Sissi, L'Impératrice Eugénie et la Reine Victoria se côtoyer au gré de chapitres contigüs. La Reine Astrid, si chère au coeur des Belges, semble surgie d'un conte de fées, qui épouse le quatrième roi des Belges à la faveur d'une vraie inclination amoureuse. Quant à la Reine d'Angleterre, sa cote de popularité a chatouillé les étoiles,  lorsqu'elle a accepté un saut dans le vide.... majestueux, aux côtés de l'agent 007.

Une saga qui se déguste sans modération

AE

La saga des Reines, Jean des Cars, essai, 438 pp, éditions Perrin, novembre 2012, 441 pp, 25 €

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19 01 13

Une boussole existentielle

url.jpg" De la disparition du passé, on se console facilement; c'est de la disparition de l'avenir qu'on ne se remet pas."

Dépêché en son pays natal, au chevet de Mourad, un ami de jeunesse  qui se meurt, Adam arrive un rien  trop tard. Il en est soulagé : que dire à l'ami avec lequel on est brouillé parce qu'on réprouve son mode de vie?

Ame d'un cercle estudiantin qui voulait refaire le monde, Mourad était resté au pays, durant les "événements" (la guerre) et s'était compromis avec les autorités.  Une partie du groupe s'était exilée, en France, aux Etats-Unis et au Brésil , notamment, pour des raisons de confession religieuse.

Ce retour inopiné au pays  - lequel évoque le Liban dont l'écrivain est natif   - est l'occasion, pour le narrateur,  de faire le bilan de l'amitié et du destin de chacun.  Adam consigne ses impressions en un journal de seize jours tandis qu'il s'active à grands renfort de  - longs - courriels, à  réunir le groupe originel, Albert, Naïm, Ramès,  Ramzi, Tania, Sémiramis, ...en mémoire de Mourad.

Roman majeur de la rentrée de septembre , Les Désorientés pose les questions existentielles de l'amitié, de la tolérance qui lui est corollaire,  de l'argent,  l'amour, la fidélité, la fuite, l'exil, l'évolution du monde .. et de l'orientation à donner à la vie.  Par les  voix d'Adam et d'un narrateur externe, l'exercice d'introspection et d'analyse des événements résonne de justesse et  d'honnêteté, suscitant l'empathie du lecteur au rythme d'un phrasé fluide et sobre.

A lire absolument

AE

Les désorientés, Amin Maalouf, roman, Grasset, août 2012, 520 pp, 22 €

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17 01 13

Le Premier Oublié

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" Le moins aimé, le premier oublié. Tout ça paraît d'une logique implacable. Pourtant, il y a trois ans, quand tout a commencé, c'est moi qu'elle a appelé. 

Pas Robert.

Pas Juliette.

Moi."

 Tandis qu'elle fait ses courses au supermarché, Madeleine, 61 ans,  subit une absence qui révèle au grand jour les symptômes d'un mal qu'elle voulait se cacher: celui de la maladie d'Alzheimer.

Son fils, Thomas, écrivain, va désormais prendre en charge, l'évolution de la maladie, sa descente inexorable aux enfers,  au risque de s'engluer dans un rapport d'autant plus destructif avec sa maman que cette dernière ne le reconnaît pas....

Journal à deux voix, cellle de Thomas, celle de Madeleine, le roman de Cyril Massarotto dévoile, sans concession toutes les facettes de la maladie.Clairvoyante, Madeleine, scrute le progrès du mal, dresse l'état des lieux de son cerveau,  tandis que Thomas consigne ses observations avec tendresse,  dépit, amour et même humour.

Une leçon d'humanité.

AE

 

Le premier oublié, Cyril Massarotto, roman, XO Editions, septembre 2012, 236 pp, 17,9 €

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16 01 13

Sagesse

url.jpg" Mon géranium a donné deux fleurs, fragiles et délicates. Deux corolles blanchâtres, qui sont comme deux étoiles diurnes, avec trois pétales vers le bas et deux vers le haut piquetés de mauve à peine visible. (...) Placée sur l'appui de fenêtre, la plante profite de la chaleur et de la lumière du soleil, qui donne un éclat magnifique à cette fragile efflorescence. Elle a encore toute sa vie à vivre tandis que moi..."

Sentant sa santé décliner et sa vie accélerer le compte à rebours de ses derniers jours, Monsieur Jean observe sa famille, son passé, le monde de la maison de repos où il réside avec une lucidité sobre, empreinte de bienveillance.

Ce doit être ça, la sagesse du grand âge.

Si son corps est désormais "un tas de chair soumis au bon vouloir du personnel" , son esprit n'a pris une ride et l'invite à se réjouir de petits riens, le goût d'un melon sucré à l'envi, la bise d'un vent frais qui traverse la fenêtre de sa chambre, ... la lente éclosion du géranium qui s'épanouit à son appui.

Un éventail de  de flashs back le ramène aux bons moments d'une vie  remplie, aux lettres de son épouse, décédée lors d'une mission au Pérou.

Une leçon de vie - une vie qui paisiblement s'éteint - et de sérénité.

AE

Le géranium de Monsieur Jean,  Michel Torrekens, roman, Ed Zellige, nov. 2012, 136 pp, 16,5 €

 

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15 01 13

Joliment aménagé

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" Les expressions sont les meubles de la maison du langage" déclare Jacques Mercier, au seuil d'un recueil bien joliment... aménagé.

S'il a revêtu l'habit académique des séquences "Monsieur Dictionnaire " -  qu'il commet avec Philippe Geluck, - Jacques Mercier n'en imprime pas moins à ses développements, le ton alerte, vif et plaisant qui les rend si attrayants.

Origine des expressions, traque aux glissements de sons, de sens, d'interprétation...sont fil d'Ariane d'un abécédaire bien fourni: Filer à l'anglaise, du mauvais coton, ne pas être sorti de l'auberge (espagnole?), avoir la banane, la baraka, un sacré barnum ou le simple béguin disputent la vedette aux bouc émissaire, chèque en bois et langue de même matière.

Un florilège d'expressions qui se déguste sans modération,  pour le plaisir  -et la fierté - d'une langue imagée, subtile et plaisante à souhait.

Apolline Elter

Les 500 plus belles expressions de Monsieur Dictionnaire, Jacques Mercier (Préface de Philippe Geluck), ed. Racine,novembre  2013, 192 pp, 17,95 €

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10 01 13

L'Epistolière

 

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Conçu comme un cours magistral, suivi d'exercices et de leurs résolutions, l'opus de Cécile Lignereux, maître de conférences à l'Université Stendhal - Grenoble 3, analyse avec une précision scientifique précieuse  le "protocole épistolaire singulier" mis en place par la marquise dans son commerce avec sa chère fille, Françoise de Grignan, lors de leur première année de séparation, à savoir 1671. 

S'affranchissant sagement du carcan formel de l'époque - en pleine mutation du reste - la marquise entend imprimer à ses missives la relation authentique de ses sentiments. Elle sait aussi qu'elle doit en modérer l'expression pour ne pas indisposer Françoise. 

S'inspirant des codes d'amitié du Tendre - chers à Madeleine de Scudéry - la marquise tente d'instaurer, au-delà de la relation biologique mère-fille, une certaine égalité dans leurs rapports. Elle adopte une "identité discursive parfaitement adaptée à sa destinataire"  espérant que cette dernière, en retour, adoptera son style,  les mêmes codes d'écriture. 

Plutôt empirique, cette régulation de la communication se décline en une série de tournures, d'effets et accidents syntaxiques.. que la marquise assume, quoi qu'elle en dise,  avec une joyeuse confiance en son talent. L'espace épistolaire devient ainsi celui d'une intimité recouvrée.

Par cette analyse...magistrale, Cécile Lignereux justifie la pérennité d'une correspondance, au départ, privée..

 

AE

A l'origine du savoir-faire épistolaire de Mme de Sévigné. Les Lettres de l'année 1671, Cécile Lignereux, cours,  Presses universitaires de France & Centre national d'enseignement à distance, octobre 2012, 160 pp, 19,5 €

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