03 10 12

Le roman du roman

url (22).jpg" L'achèvement du Grand Meaulnes a signifié pour lui un immense soulagement, une libération, mieux une joie profonde, comme s'il avait percé le mystère de la création littéraire. Ce roman si labourieusement et si douloureusement mûri a représenté plus qu'une aventure  littéraire - bellle et et exaltante , comme toute oeuvre artistique arrivée à  éclosion. Il l'a fait progresser dans la recherche, la compréhension et l'accomplissement de soi-même, l'aidant à éclairer l'ombre de ses tourments intérieurs"

S'il est un roman directement lié à la vie de son auteur, c'est bien Le Grand Meaulnes.  Le chef d'oeuvre d'Alain Fournier (1913)  as Henri (Fournier) puise dans la vie de ce dernier l'étoffe de ses principaux personnages.

La rencontre d'Yvonne Toussaint de Quievrecourt scellera le frémissement de la grâce,  l'impérieuse quête de pureté, l'évidence d'une passion qui ne le quittera ,sa vie durant. Il ne la reverra que quelques années plus tard, mariée, maman de deux enfants ..réactivant pour l'occasion  "l'ineffable nostalgie d'un amour impossible" 

Périple en Angleterre, souvenirs de jeunesse, amitiés, liaisons féminines contraintes, premiers pas professionnels  et voyage au coeur de son intériorité sont les axes d'un roman de roman... très documenté.

Une nouvelle lecture du Grand Meaulnes s'impose,  qui nous permettra de savoureur le travail de Jean-Christian Petitfils à sa juste valeur.

AE

Le frémissement de la grâce. Le roman du Grand Meaulnes, Jean-Christian Petitfils, essai, Fayard,  septembre 2012, 264 pp, 18 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 10 12

Fraise des bois

url.jpg

"Je comprends qu'il arrive au grondement de la salle parce que, comme d'habitude, on ne le voit pas au milieu du bordel ou alors un bout de crâne, un éclair de lunettes, une main qui dépasse pour serrer d'autres mains. François Hollande, alias Flanby, Fraise des bois, Gauche molle, Guimauve le Conquérant, Babar, fend la foule en liesse. Tout le monde veut le toucher, tout le monde crie son prénom"

L'ouvrage avait été frappé d'embargo qui devait nous mener, sous la plume de Laurent Binet, à décrypter le journal des campagnes - l'interne, menée au sein du PS, et la campagne présidentielle - de François Hollande.

Introduit dès juin 2011 dans le cercle du candidat, le primo-romancier primé du Goncourt 2010 s'offre un exercice d'un style neuf, promenant  ses observations de néophyte en une récréation verbale assez libre, non dénuée d'humour.

 il m'intimide, ce con! Pourtant il est souriant, comme d'habitude, mais il y a un truc qui me met mal à l'aise"

Revendiquant son appartenance politique à la gauche, une affection pour Jean-Luc Mélanchon et son soutien au candidat socialiste, quel qu'il soit, Laurent Binet garde un recul, une vigilance dans sa sympathie et une honnêteté intellectuelle qui lui  permettent des rencontres vraies et intéressantes, dans les coulisses de cette mouvance,  et garantissent, partant, l'intérêt de la mission.

Un journal qui s'achève avec la victoire du 6 mai,  conservant dans le chef conjoint de l'écrivain et du lecteur, cette part d'énigme attachée à la personnalité du nouveau président.

AE

Rien ne se passe comme prévu, Laurent Binet, essai, Grasset, août 2012, 307 pp, 17 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 09 12

Prodigieux

url (20).jpg

" Ce monde-là ne perdurait qu'ainsi, à mi-chemin de l'existence et du néant, et Matthieu l'y maintenait soigneusement, dans un réseau complexe d'actes inaccomplis, de désir, de répulsion et de chair impalpable, sans savoir que, des années plus tard, la chute du monde qu'il allait bientôt choisir de faire exister le ramènerait vers Judith comme vers un foyer perdu, et qu'il se reprocherait alors de s'être si cruellement trompé de destin."

S'il est un roman que s'arrache la critique, à juste titre - et quel titre..! - c'est  Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari. Alliant une intrigue minimaliste à une écriture dense, élégante et somptueuse, à l'introspection chirurgicale, drôle parfois, d'une certaine âme humaine,  l'écrivain corse mérite les prix littéraires les plus prestigieux... ou je ne m'appelle pas Apolline....

"Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée."

Avec toile de fond,  le discours d'Hippone, un des quatre sermons sur la chute de Rome que Saint-Augustin adresse à ses fidèles, désespérés par l'écroulement d'une ville aussi mythique qu'éternelle, le roman  se focalise sur Matthieu et Libero, étudiants en philosophie, qui renoncent à leurs études pour reprendre un bar en leur village corse natal...

" Au mois d'août, avant son départ pour l'Algérie, Aurélie vint passer une quinzaine de jours au village (...) et elle fut stupéfaite d'y trouver le jaillissement d'une vie bouillonnante et désordonnée qui déferlait sur toute chose mais prenait manifestement sa source dans le bar de son frère. On y trouvait une clientèle hétéroclite et joyeuse, qui mêlait les habitués, des jeunes gens venus des villages alentour et des touristes de toutes nationalités, incroyablement réunis dans une communion festive et alcoolisée que ne venait troubler, contre toute attente, aucune altercation. On aurait dit que c'était le lieu choisi par Dieu pour expérimenter le règne de l'amour sur terre et les riverains eux-mêmes, d'habitude si prompts à se plaindre des moindres nuisances, au rang desquelles il fallait compter la simple existence de leurs contemporains, arboraient le sourire inaltérable et béat des élus."

Plume magistrale, Jérôme Ferrari pratique le  phrasé long, quête incessante de précision,  harmonieusement balisé de virgules qui en ponctuent le rythme et la mélodie

"Pré"-texte, le fil conducteur déroule également  la vie de Marcel, grand-père de Matthieu,  au gré de flashs back et du portrait d'un homme qui "contemple d'abord le spectacle de sa propre absence."

Un roman, une oeuvre, une vraie  qui "tient par [cette] force interne du style", quintessence du voeu flaubertien

A suivre.

AE

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, roman, Actes Sud, août 2012, 208 pp, 19 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 09 12

Une Belgique joyeuse

url (19).jpg " Quel bonheur d'être belge! " s'écrie Renaud

Nous ne pouvons que l'approuver.

Petit Prince de 11 ans, projeté en une terre bientôt bicentenaire - notre joyeuse Belgique -  le narrateur du sympathique roman de Patrick Roegiers s'offre le ..bonheur d'une balade savoureusement anachronique - uchronique, même -  à travers notre histoire, prenant pour compagnons de plume et de rencontre,  les héros belges et étrangers qui ont façonné peu ou prou notre destin national. Victor Hugo, Napoléon, Hendrick Conscience, Yolande Moreau, La Malibran, Patrick Sercu, Jacques Brel,  Hugo Claus, "les deux  Dupondt venus incognito"  Popaul (Verlaine) et tant d'autres sont les héros de rencontres  de notre bonhomme et de ces envolées lyriques jubilatoires dont l'écrivain a le secret.

 L'Exposition Universelle - de Bruxelles - a la part belle qui nous rappelle qu'en 1958, Patrick Roegiers avait lui-même 11 ans et vivait encore sur notre territoire. Il réside désormais en France, heureux de présenter  en un joyeux fouillis iconoclaste,  truffé de verve, de fantaisie et de dialogues aussi vifs que saugrenus,  les idiômes d'un langage imprégné de flamand, de babeluttes, couques et bolus..tant de madeleines qui unissent Wallons et Flamands à leurs corps défendant .

Une plaisante récréation, dotée d'un précieux index des personnages cités  qui aura le mérite de démontrer le côté singulièrement attachant d'un pays , né "d'une operette en 1830", qui vit sous le spectre de la séparation

" - Le scoubidou, c'est la Belgique.

-  Pourquoi cela?

- Au moins pour quatre raisons. (...)

- 1/ Il est indémodable

- 2/ On en fait ce qu'on veut

 - 3/ Il en voit de toutes les couleurs

- 4/ Il faut être patient pour en venir à bout"

AE

 Le bonheur des Belges, Patirck Roegiers,roman,  Grasset, septembre 2012, 460pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 09 12

Renaître de ses cendres

laisser_les_cendres_s_envoler_01.jpg" Alors aujourd'hui, je désobéis, je transgresse, je romps le silence à mes risques et périls. Je ne veux pas mourir sans l'avoir pleurée. Normalement, avec le temps vient le moment du pardon. Sans lui, pas de travail de deuil possible. Il me suffirait de pardonner. Ce serait si simple, si facile, Hop, le problème serait réglé."

Se relève-t-on d'une trahison d'enfance, quand l'amour tendre, absolu d'une maman vous est d'un coup ôté, au bénéfice d'un amant de pacotille, de proie, sorte d'artiste mégalomane qui n'a autre inspiration que d'asservir sa maîtresse, à coups de réalisations aussi stupides que ruineuses.

Mais il est des familles où tout se tait. Telle cette dynastie Rothschild, patente en filigranes de pages décidées à franchir l'omerta du silence imposé à ses membres. Dénonçant un système dont elle se fait l'entomologue impitoyable et drôle à la fois, la fille de Maurice Rheims tente de comprendre, sinon de dédouaner, l'attitude de sa mère:

"Ce n'est qu'en écrivant cette histoire, celle de ma mère, la mienne, que je vois aujourd'hui à quel point elle était prisonnière de cette implacable  mécanique, de ces rouages que la rouille n'avait jamais atteints."

Erigeant une sévère anorexie en rempart contre l'abandon maternel, Nathalie Rheims va, au fil des ans,  gagner une liberté, couronnée par l'écriture de ce roman autobiographique majestueusement incendiaire

Apolline Elter

Laisser les cendres s'envoler, Nathalie Rheims, roman, Ed. Léo Scheer, août 2012, 256 pp, 19 €

Billet de faveur

AE : Nathalie Rheims,  c’est , au fond , la résurgence d’une lettre, infecte, que vous adresse  l’amant de votre mère,  qui met le feu aux poudres et signe le départ de ce roman.  Destructrice au possible, cette missive aura finalement eu un effet cathartique.

Nathalie Rheims : La lettre est un élément parmi tant d’autres. Oui, j’aime beaucoup l’idée d’un meurtre littéraire. Et que l’idée de la lettre était une bonne façon d’y parvenir mais que depuis la sortie du livre j’ai appris que d’autres lettres arrivaient ça et là, ce qui veut dire que le « cadavre » bouge encore !

 AE : La métaphore du feu embrase ce roman beau et courageux.  Jusqu’en son titre qui évoque le phénix,  oiseau légendaire qui renaît de ses cendres.   Est-cela le bénéfice de l’écriture ?

Nathalie Rheims : Le phénix, c’est beaucoup dire ! Le poussin éventuellement ! L’écriture m’a donnée la reconnaissance qui me manquait.

 AE : Avez-vous  des réactions de membres de votre famille,  devant cette dénonciation, à peine voilée, d’un système  uniquement basé sur la conservation d’un patrimoine.

Nathalie Rheims : Oui. Ils savent  ce qu’est la littérature. J’ai l’impression d’avoir préservé ce qui réellement ne peut pas être dit. Ma famille a trop de respect pour la « création », quelle qu’elle soit pour ne pas porter sur ce livre un regard bienveillant.

 AE : Découvrir le secret (inconscient) de votre mère, réaliser que c’était  à ce carcan qu’elle tentait de se soustraire plutôt qu’à vous, vous  rapproche-t-il d’elle ?

Nathalie Rheims : C’est uniquement une hypothèse littéraire. Et la frontière entre l’imaginaire et le réel est bien mince. Seule l’émotion que me rendent les lecteurs peuvent me restituer une image d’elle qui est pourtant assez floue.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 09 12

Bilan quadra-généré

images.jpgFort d'un nouvel éditeur et d'un roman de 454 pages , Oliver Adam crée la surprise de la rentrée .., porté absent  de la sélection initiale du Prix Goncourt.

Ce n'est pas une raison pour en bouder la lecture , nier ses indéniables qualités: tension dramatique, écriture claire, précise, maîtrisée, introspection des âmes et sentiments menée avec brio....

"Paris m'aiguisait, jouait avec des nerfs que je n'avais pas assez solides. J'étais inflammable et rien n'était plus dangereux pour moi que d'aller au-devant des étincelles"

Fraîchement séparé d'une épouse - Sarah - qu'il aime encore et de ses enfants, Manon et Clément, dont il peut difficilement se passer, Paul Steiner, écrivain à succès ... tente un bilan des années écoulées, d'une vie de quadra et d'une santé déjà bien entamée. Il se rend chez ses parents, retrouve son père, revêche, tandis que sa maman achève un séjour en clinique et semble perdre quelque peu la tête. L'espace de quelques jours - et de la majeure partie du roman- il revoit sa banlieue d'enfance, d'anciens amis et mêle au regard qu'il avait alors, celui de la maturité lentement acquise , d'un lourd secret percé à jour et du désenchantement qui est le fil conducteur du récit.

Un roman qui sonne juste, autobio et fataliste et qui aurait... juste gagné d'être plus condensé.

AE

Les Lisières, Olivier Adam, roman, Flammarion, août 2012, 454 pp, 21 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 09 12

Le choix de Mary

url (19).jpg"Entre Hélène et Ginda, il y avait ce silence autour de cette absente, Salomé. Ni images ni paroles échangées."

Dotant sa fille du gracieux prénom de Salomé, Colombe Schneck réveille, à son insu, la mémoire de Salomé Bernstein, une cousine de sa mère, exterminée fin 1943, à la suite d'une rafle dans le ghetto de Kovno (Lituanie).

Le silence familial qui pèse sur la période de guerre est à ce point plombé que la narratrice réalise la malédiction diffuse qui pèse désormais sur la tête de son enfant. Elle entreprend dès lors de remonter le cours de l'histoire familiale, celle du ghetto de Kovno et de l’immédiate après-guerre,  interrogeant méthodiquement les survivants, témoins des événements, et leurs enfants.

Une enquête qui la mène à New York,  Jérusalem,  Kovno et Poniwej ... au coeur de son ascendance maternelle et de son appartenance à la communauté juive - et  à s'interroger, clef de voûte de ce somptueux témoignage, sur l'essence de la maternité.

" Pourtant, dix ans après, le jour où enfin j'apprendrai, j'écouterai, je ne jugerai pas, j'approuverai, je serai heureuse de savoir, je serai rassurée, je n'aurai plus peur, j'aurai le droit de me plaindre, d'être de mauvaise foi, d'écouter la peine de ma mère, ma grand-mère, de leur rétorquer, Raya et Macha ont choisi la vie, elles ont bien fait, soyez comme elles, oubliez la honte et la culpabilité."

La vie est à ce prix.

Apolline Elter

La réparation, Colombe Schneck, témoignage, Grasset, août 2012, 220 pp

Billet de faveur 

AE : Bien plus que le dédommagement symbolique que vous offre la « Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation » la vraie réparation, est celle que vous avez opérée, par l’enquête et l’écriture de ce témoignage, restituant à Salomé Bernstein son statut d’absente, expurgeant du prénom de votre fille, la malédiction qui lui était associée ?

Colombe Schneck : C’est d’avoir trouvé, le mois et l’année de naissance, le mois et l’année de la mort de Salomé Bernstein, que j’ai eu le sentiment qu’elle devenait enfin une absente. Cette  tentative de réparation est valable pour moi, j’espère mes enfants, neveux et nièces. Elle ne l’est pas pour Raya et Macha, pour lesquelles, il n’y a pas de réparation possible.

AE : C’est l’écriture – épistolaire – qui permet à votre grand-tante Raya de renaître quelque peu à la vie, à la sortie de la guerre.  Il semble, qu’en parallèle, votre propre travail d’écriture, vous a permis de vaincre une sourde menace. La réparation, c’est une ode à la vie ? 

Colombe Schneck : Je ne suis pas certaine que le retour à la vie a été possible pour Raya et Macha. Elles ont eu à nouveau des enfants, écrivaient des poèmes et des lettres, ne se plaignaient jamais, elles pensaient, il me semble,  à la vie future, celle de leurs enfants et petits-enfants. Pour moi, je reprends à mon compte les mots de David Grosman, On n’est plus victime de rien, même de l’arbitraire, quand on le décrit avec ses mots propres. L’écriture de ce livre m’a permis d’entrer plus entièrement dans la vie présente. En ce sens, oui, ce livre est une ode à la vie.

 AE : Le choix qu’a posé Mary, pour ses filles..et petits-enfants est terrible. Nous ne le dévoilons pas car il est le cœur et la clef  du récit : il ne peut se comprendre ex abrupto. Les réactions des lecteurs sont-elles virulentes, à ce sujet ou plutôt compréhensives, bienveillantes ?

Colombe Schneck : Elles sont bienveillantes. Chacun comprend qu’il est impossible de savoir ce que l’on aurait fait à leur place.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 09 12

La genèse d'une dictature

 9782021059540.jpg" La Révolution kamchéenne, sous la direction éminente de Park Jung-wan, poursuit sa marche énergique sur la voie du Muju, et elle remportera indubitablement la victoire finale en dépit de toutes les épreuves et difficultés, tandis que le Kamcha rayonnera dans le monde en tant que patrie du Muju, où toute la nation kamchéenne forte de soixante-douze millions d'âmes jouira d'authentiques libertés et connaîtra une grand prospérité sur son territoire national réunifié"

Le crédo est celui de Park Jung-wan, né, d'une première naissance soviétique, Dmitri Nablovski, tandis qu'il succède à son père, Park Min-hun, "Grand meneur" de  Kamcha du Nord.

Profilant, sous le couvert d'un roman et d'une nation imaginaire, la dictature de Kim-Jong-il, "Dirigeant bien aimé" de Corée du Nord, décédé en décembre 2011, Charly Delwart réalise une gigantesque mise en scène cinématographique, faisant des citoyens d'un pays devenu studio, les figurants d'un film aux allures étranges. La caméra se focalise sur la délirante ascension d'un dictateur, volontairement fondu - de dévotion - en l'image de son père.

"Il avait fallu une mesure, un lien avec la réalité dans le travail de constitution du héros, il ne le fallait plus, dépassé."

 Troisième roman de notre concitoyen Charly Delwart, Citoyen Park, explore, sans concession, les tréfonds d'une certaine âme asiatique et d'une dictature pour le moins ..saisissante.

Apolline Elter

Citoyen Park, Charly Delwart, roman, Le Seuil, août 2012, 490 pp, 21 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 09 12

Bel anniversaire, Madame

coverpaola.jpgEn ce jour anniversaire de notre souveraine , il est bon d'évoquer le portrait que publie Vincent Leroy aux Editions Imprimages.  Sans doute n'est-il meilleur hommage que cette relation respectueuse d'une vie active, largement dévouée au service de son pays d'adoption.

D'aucuns se rappelleront l'ouvrage que publiait Vincent Leroy en 2008, Les 70 ans de  [SM ] la Reine Paola (lien sur ce blog: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/08...) Les cinq années (é)coulées auront permis à la sixième Reine des Belges de confrmer ses engagements sociaux, artistiques et culturels:

" Première reine à avoir des ancêtres belges, Paola est épanouie dans son rôle de Première Dame de Belgique. A l'exception de sa connaissance imparfaite du néerlandais, elle n'a commis aucun faux pas depuis 1993. Mais elle n'a pas assez de charisme et de sens du contact pour être réellement populaire. La Reine se partage entre les cérémonies officielles, ses visites culturelles et ses engagements sociaux. Elle a tenu la promesse qu'elle avait faite en 1996 aux parents des enfants disparus de s'investir dans une lutte contre la maltraitance des enfants et s'est révélée une active et dynamique  présidente d'honneur de Child Focus."

Sobre, sincère et dénué de vaines flatteries, l'ouvrage de Vincent Leroy offre une approche patriote, bienveillante d'une Reine qui ne l'est pas moins.

Bon anniversaire, Madame.

AE

Les 75 ans de la Reine Paola, Vincent Leroy, portrait, éditions Imprimages, 192 pp, 10 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (1) |  Facebook | |

08 09 12

Une lecture...de rêve

 51-VP+c+jyL._SL500_AA300_.jpg

Il n'est jamais aisé de rejoindre la scène littéraire après le succès considérable d'un premier roman... Cette dernière vous guette, vous attend au tournant.

Ce défi, Jean-Michel Guenassia le relève brillamment, prouvant que l'encre du conteur nourrit son sang.

L’argument de cette nouvelle fiction :

Né en 1910, à Prague, Joseph Kaplan est issu d'une lignée de médecins. Brillant élément, il débarque à Paris, afin d'y compléter sa formation, d'une spécialisation en biologie. "Avec ses traits fins, sa cambrure fière, sa mèche au vent, Joseph ressemblait à un de ces jeunes seigneurs florentins au sourire limpide de Ghirlandaio"  Un  seigneur qui danse comme un dieu, accumule les conquêtes féminines,  rejoint, à 28 ans,  l'Institut Pasteur d'Alger, pour effectuer des recherches sur les maladies infectieuses. L'occasion - fortuite -  pour ce Tchèque d'origine juive d'échapper aux persécutions nazies et aux débuts d'une guerre dont les Algérois ne réalisent pas l'ampleur.

De retour à Prague avec Christine, la femme de sa vie, Joseph fonde famille. Helena naît en 1948, suivie, en 1950, de Martin, qui scellent le naufrage du couple. Naufrage aussi de ses convictions politiques, de  l'adhésion sans faille que Joseph voue au parti communiste: " Il ne voulait plus dissimuler ses opinions et soutenir qu'ils vivaient dans une démocratie parfaite, que tous les problèmes étaient en passe d'être résolus quand la situation n'avait jamais été pire. Il ne supportait plus l'optimisme gluant de ce catéchisme socialiste qui les ensevelissait dans une tombe collective. Intolérables aussi la foi obligatoire en un avenir radieux, l'interdiction d'émettre le moindre doute pour ne pas passer pour un traître et le devoir de s'extasier sur les réussites d'un régime dont il ne voyait que les échecs.

Mars 1966 voit confier au docteur Kaplan, une mission capitale: le salut d'un mystérieux malade, camarade uruguayen très mal en point,  Ernesto G(uevara),  pour ne pas le nommer. Le Ministère de l'Intérieur entoure ce service commandé d'un luxe de précautions inouï, confinant Joseph et sa proche famille au seul chevet du mourant.

Une cohabitation forcée qui imprime un angle neuf et ...palpitant à la fiction, introduisant le mythique Che dont on sait qu'il séjourna à Prague, cette année-là:

" Je viens d'avoir trente-huit ans, j'ai consacré ma vie à me battre pour ces idées, à essayer de les faire triompher, j'espère sincèrement que ça se fera mais je ne prendrai plus un fusil pour ça, il y a d'autres chemins. Je ne suis pas certain d'avoir pris les bons."

Et scelle le destin d'Helena et  le bilan d'une vie que Joseph Kaplan poursuivra, centenaire, spectateur attentif du "Printemps de Prague",  de sa répression et de la chute du régime communiste.

Une lecture... de rêve.

Je vous la recommande.

Apolline Elter

La vie rêvée d'Ernesto G., Jean-Michel Guenassia, roman, Albin Michel, août 2012, 538 pp, 22,9 €

Billet de faveur

AE : Jean-Michel Guenassia, vous avez l’âme d’un conteur. Un souffle chaud parcourt le récit  qui donne envie de le dévorer d’une traite. La rédaction en a-t-elle, elle aussi, coulé de source ?  

Jean-Michel Guenassia : Oh que non. La rédaction a été longue, et très laborieuse. Pas un paragraphe qui n’ait été réécrit dix fois (au moins). Surtout que mon objectif est la fluidité de la lecture et c’est difficile à obtenir.

AE : vous introduisez le personnage de Che Guevara, lui prêtant pensées, propos, quelques missives et  revirements … Tel ce moment où le Che se compare à Joseph Kaplan : «  Il ressemble à l’homme que j’aurais aimé être . Je crois que j’aurais fait un bon médecin aussi. J’aimais ça. J’étais proche des gens. J’aurais pu être utile. Et puis, le destin en a voulu autrement »

Ces propos sont-ils extraits de documents ou pure fiction ?

Jean-Michel Guenassia : Les propos de Guevara sont inventés. On ne connait aucun texte de lui équivalent. Par contre, je me suis inspiré de l’extraordinaire biographie de Pierre Kalfon (Points) et des différents textes que Régis Debray a écrit sur lui pour saisir ce personnage si complexe et intéressant

AE «  Quand un révolutionnaire n’a pas la chance de mourir jeune, il finit obligatoirement dictateur et bourreau (…) A un moment, le courage consiste à s’arrêter et à passer à autre chose » affirme Ernesto G. N’est-ce pas précisément le revirement que Joseph Kaplan a réalisé ?

Jean-Michel Guenassia : L’idée surtout était d’opposer un héros anonyme (Joseph) et un héros malgré lui (Guevara) mais surtout Guevara va découvrir en Joseph l’homme qu’il aurait voulu être.

AE : Carlos Gardel [NDLR : « la voix du tango »]  c’est votre madeleine de Proust musicale ?  

 Jean-Michel Guenassia : Pas vraiment mais pour ce roman j’ai beaucoup écouté Gardel et Piazolla (et beaucoup d’autres aussi j’écris en musique)

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |