08 05 12

Huis clos

9782742799527.jpg" Mon nom est Arezki et, d'ordinaire, on ne m'appelle pas. J'ai trente ans et vis au sommet d'une tour claire noyée dans le ciel (...) La tête penchée dans le vide, les yeux fermés, je tente de comprendre le pourquoi d'une existence dénuée de sens, sans plaisir, menée à huis clos comme si le monde autour de moi avait disparu."

Issue du viol collectif de sa mère, la belle Nour, Arezki ignore tout des circonstances de sa naissance. Elles lui seront révélées de façon brutale via  son entourage et des chapitres "off" centrés sur quelques protagonistes de ce crime odieux:

"Nous vivions au coeur d'un système arabe où l'érotisme et la violence étaient les deux alibis d'une époque fondamentalement privée d'amour et qui trouvait dans l'échauffement sexuel une forme de compensation à son incurable sécheresse."

Tout est dit.

Finement ciselé d'une écriture choisie, travaillée, raffinée et dure à la fois,  le roman aborde le thème de la répression sexuelle, du  point de vue des hommes et d'une culpabilité traînée pendant plus de trente ans.

De Paris à l'Algérie, le destin maudit les auteurs d'un tel saccage.

Le plus surprenant est que ce  - court- roman ait été écrit par une femme et qu'il ait échappé à ma vigilance lors de la rentrée littéraire...

AE

L'ampleur du saccage, roman, Kaoutar Harchi, Actes Sud, août 2011, 120 pp, 15 €

Repository.jpgLe livre est repris à la sélection du prix du 2e roman  (Marche-en-Famenne) qui sera attribué ce dimanche 13 mai; Il avait été invité aussi à être de la sélection du prix IIe titre,  octroyé par la Maison Colophon, à Grignan..

 

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28 04 12

" Un monde de passion peuplé de bien étranges oiseauxé

9791090175037FS.jpg" Ce n'est pas croyable! C'est le genre de choses qui ne se passe que dans les romans... Seize ans pour exhumer trois lettres d'un tiroir, ce n'est pas terrible pour un archéologue, tu l'avoueras!"

Surgissant dans la vie de Margaux après un silence inexpliqué de seize ans, Howard Lejeune, éminent archéologue, l'arrache à sa routine parisienne pour l'emmener en Syrie, sur un chantier de fouilles, majeur pour l'Histoire de l'Humanité: il s'agit d'expliquer le "destin ultime de Lugalzagezi", roi de Sumer et de dater sa mort avec précision.

Cédant à la double résurgence de sa passion amoureuse et scientifique, Margaux intègre l'équipe de la mission. Elle en observe les personnalités avec un regard empreint d'humour et d'acuité:

" Puis il y avait Clémence, la doyenne du groupe, qui exerçait la profession de paléoanthropologue. A plus de quatre-vingts ans, l'essentiel de ce qui différenciait cette antique demoiselle de son sujet d’étude était une couche de peau ridée recouvrant son ossature et le fait qu'elle avait l'usage de la parole. Clémence parlait plus que Cévé, ce qui n'était pas difficile, usant d'un vocabulaire suranné qui ne lui servait qu'à exprimer des idées positives et un émerveillement immarcescible pour tout ce qui l'entourait"

Oscillant entre complicité et ...frustrations, le couple  formé par Margaux et Howard s'engage dans le chemin ardu des fouilles  - on doit à Marie-Eve Sténuit une relation vivante et précise du mode opératoire de celles-ci - et de l'éthique scientifique.

"Les ruines n'ont pas de seconde chance"

L’ amour l'aura-t-il?

Le cinquième roman de Marie-Eve Sténuit confirme une plume très belle, subtile,  finement ciselée d'humour, d'(auto)-dérision et de rigueur philosophique.

Je vous le recommande.

AE

Le tombeau du guerrier, Marie-Eve Sténuit, roman, Ed. Serge Safran, avril 2012, 192 pp, 17 €

 Billet de faveur

AE : Marie-Eve Sténuit, vous êtes archéologue, vous dédiez le roman à un archéologue décédé, quelle est la part de vécu dans cette expédition en Syrie :

Marie-Eve Sténuit : Elle est importante bien sûr, certains passages du « Tombeau du guerrier » ont été écrits sur le terrain et les héros de ce livre sont des personnages mosaïques qui doivent chacun un petit quelque chose à l’un ou l’autre de mes collègues. Mais il s’agit tout de même d’une pure fiction. Il y a longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire se déroulant dans milieu de l’archéologie, un monde de passions, peuplé de bien étranges oiseaux. Je crois pouvoir me permettre de le dire, puisque j’en fais partie...

AE :  « Avec  le recul, je réalise que c’est là que se joua mon destin, entre deux bouchées de magret et trois gorgées de graves. » déclare Margaux, émoustillée par ses retrouvailles avec Howard et un charmant dîner en tête-à-tête… On retrouve souvent des propos de table dans vos écrits,  des descriptions ..délicieuses,  rédigées avec un plaisir manifeste. La table a-t-elle une vocation destinale ?

Marie-Eve Sténuit : C’est vrai qu’en y repensant, il y a trois scènes de repas dans ce roman qui n’est pas tellement long. Trois tables différentes, trois atmosphères différentes. Ces scènes ne sont pas gratuites, des choses importantes s’y passent ou y sont dites. Un repas en tête-à-tête ou en famille n’est jamais quelque chose d’anodin. C’est un moment d’intimité et de partage, très révélateur, qui peut déboucher sur le meilleur ou sur le pire. Il y a des scènes de table dans chacun de mes romans, même dans « La veuve du gouverneur » où elles apparaissent plutôt « en creux » puisque je décris une situation de famine sur un navire en perdition et même dans « Le bataillon des bronzes » où les personnages sont des statues qui, en principe, ne mangent pas... Sans doute est-ce parce que je considère la gastronomie comme une des grandes réussites de l’Humanité et le signe d’un degré élevé de culture. (Ou plus prosaïquement parce que j’aime bien manger ?)

AE :  « L’Histoire aujourd’hui devenait mon histoire. Une histoire où la terre était aride, couverte de la poussière des siècles, de millénaires de naissances, d’amours, de destins et de morts. L’aventure que j’étais en train de vivre me parut soudain un grain de sable dans l’immensité de ce désert de civilisations enfouies. »

Est-il meilleure, plus sublime définition de votre métier, de votre passion :

Marie-Eve Sténuit : Il y a certainement beaucoup d’autres définitions possibles, mais l’archéologie est un certainement un métier qui vous donne une perspective particulière sur le monde d’aujourd’hui. A l’échelle de l’Humanité, le destin de nos petites personnes représente encore beaucoup moins qu’un grain de sable. Nous sommes des entités infimes sur la ligne du Temps et parmi les milliards d’êtres qui nous ont précédés et qui nous succèderont. Mais les efforts que nous faisons pour exister et pour faire quelque chose de nos vies ridiculement courtes est précisément ce qui fait notre grandeur et la valeur inestimable de chaque jour vécu, dont il ne faut surtout gaspiller aucune seconde. Jongler avec les millénaires vous apprend vite à remettre les événements à leur juste place.

 

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24 04 12

Apocalypse 2011

9782021058895.jpg" Nous y voilà, me suis-je dit. L'océan dans la rizière de grand-mère Kiku..." Pourtant,  là où nous nous trouvions, nous étions certainement à l'abri, si loin de la pleine mer. J'essayais de me rassurer mais mon estomac s'est mis à gargouiller. Enfin, au bout d'un temps qui a paru durer une éternité, le grondement s'est atténué, le frisson de la terre s'est apaisé et un silence impressionnant est tombé, seulement perturbé par le grincement des structures du lycée, celui des pylônes qui ont continué à dodeliner mollement et, au loin, les sirènes des voitures de pompiers, de police et des ambulances. Nous nous sommes relevés, hébétés."

Revivant l'apocalypse du 11 mars 2011, en ce Japon où il vit depuis plus de trente ans, Richard Collasse se glisse dans la peau de Sakai Sosuke, un jeune homme de 17 ans, de son amie Aoi, tragiquement emportée par l'assaut des flots et nous livre un cahier chronologique détaillé de ce mi-mars maudit.

Parti à la recherche des siens, aidé par des services de secours qui tentent tant bien que mal de s'organiser, dans un territoire désormais dévasté par le tsunami, Sosuke fait la connaissance d'Eita, un sien cousin, promu narrateur de la seconde partie du roman. Le ton de la narration se fait alors autre, incisif et tonique,  à la mesure de la différence de mentalité qui sépare les cousins.

Le récit se fait alors (très belle) quête de vie.

Apolline Elter

L'océan dans la rizière, Richard Collasse, roman,Seuil, mars 2012, 336 pp, 20 €

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22 04 12

Un Monde à la Page !

10003243SriLnka©R.Dominique_unesco_01.jpgCe lundi 23 avril, sous l’égide de l’UNESCO, il sera temps de fête la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur. 24 heures entièrement consacrée à la célébration de notre objet fétiche à travers la planète entière ! On sait à quel point la lecture, l’écriture et l’éducation sont des clés essentielles pour assurer le développement social des jeunes... et des moins jeunes. L’UNESCO a donc décidé de fêter le livre, à travers le monde, depuis 1995. Vous pourrez trouver tous les détails de cette grande journée ICI, mais en attendant, l’équipe de Lire est Un Plaisir vous propose un véritable tour du monde littéraire avec un coup de projecteur sur leurs auteurs... venus d’ailleurs !

Entre un avion, un bateau et deux lectures de bio rock’n’roll, Brice Depasse nous confie : « Mes auteurs étrangers favoris : Philip Roth (Un homme, J’ai épousé un communiste), Umberto Eco (Le nom de la rose), Paul Auster (Brooklyn follies), Russell Banks (Trailer park, La réserve).Je sais, ce n’est pas original. ». Gwendoline Fusillier, qui passe une partie de ses journées à rattraper nos boulettes de mise en ligne prend tout de même le temps de lire « international ». La preuve : « Le premier qui me vient à l'esprit est sans doute: « Jamais sans ma Fille » de Betty Mahmoody, publié en 1987. Sinon dans un style plus léger j'aime beaucoup: Anna Sam: « Les tribulations d'une caissière » et « Conseil d'une amie à la clientèle » ou encore Sophie Kinsella avec sa série « Accro du shopping » et enfin Katarina Mazetti: « Le mec de la tombe d'à côté » et « Le caveau de la famille ». Quant à Jacques Mercier, lui qui a si bien incarné les quatre coins de notre Belgique dans Forts en Tête, il n’hésite pas à voyager entre les lignes : « J’adore Lawrence Durrell, surtout dans le "Quatuor d'Alexandrie", une tétralogie qui comporte : "Justine", "Mountolive", "Balthazar" et "Cléa". Il s'agit de la ville d'Alexandrie et de la même histoire vue par les protagonistes. J'ai peu rencontré d'atmosphère aussi fortes : peut-être chez F. S. Fitzgerald ? C'est dans "Justine" que l'auteur écrit : "Une ville devient un univers lorsqu'on aime un seul de ses habitants »... ». Quand à votre serviteur, c’est à travers les romans de Stephen King que, tout jeune, il a baigné dans la culture américaine... Avant de se forger un amour immodéré pour les thrillers au feu des brûlots incendiés par James Elroy, Ernest Hemingway ou encore Graham Masterton... Sans parler de Dona Leone et son oeuvre vénitienne !

Le monde entier célèbre le livre, durant toute une journée... Pour les 364 autres ? Lire est un Plaisir s’en charge !  

Chris Corthouts

21 04 12

Tourments, tourmentes, crises et tempêtes

9782246790105.jpg" Au bout du compte, les Français auront apprécié chez lui l'énergie, le mouvement, l'imagination, l'authenticité. Mais ils auront appris à se défier, voire à exécrer son impulsivité, sa logique de défi permanent, sa véhémence, et son inaptitude à maîtriser toujours cette majesté du verbe et du comportement qui sied à un monarque républicain."

Magnifique, remarquable  Catherine Nay, qui de sa plume journalistique, précise et percutante, trace le bilan fouillé d'un quinquennat présidentiel haut en couleurs, riche en actions et ...réactions. Et le portrait, tout en finesse et contrastes, d'une personnalité fougueuse à qui rien ne fut, n'est et ne sera jamais pardonné.

De la soirée au Fouquet's malencontreusement orchestrée par Cécilia à l'homme nouveau, quelque peu apaisé apparu à l'aube de 2010 et au candidat à l'élection présidentielle 2012, Catherine Nay analyse, avec force détails,  la sarkologie d'un règne à l'aube d'un possible renouvellement. Une entrée en scène ratée avec fracas - le prêt du yacht de son ami Bolloré, les vacances américaines tentées pour sauver son couple d'une dérive inéluctable alimenteront à l'envi les indignations les plus ancrées - un deuil conjugal supporté avec panache, un remariage aussi fulgurant ...qu'apaisant, le tandem  paradoxal et fonctionnel formé avec François Fillon, l'influence de la nouvelle Première Dame sur son rythme de vie, l'admirable présidence de l'Union  de  " celui qui a offert à la diplomatie européenne "une visibilité inégalée"", le couple forcé formé avec Angela Merkel,  le travail "herculéen" de la Réforme des Retraites.. sont tant de jalons d'une hyper-présidence pratiquée tel un "judo politique" par un être plus à l'aise en temps de crise que dans les circonstances de la vie ordinaire.

Doté d'une hypersensibilité, d'une force de travail , de compassion et d'un courage avéré, "Nicolas Sarkozy est toujours écartelé entre son statut de chef d'Etat, qui requiert hauteur et retenue, et son tempérament qui le porte à l'action et à l'engagement partisan."

Les prochaines semaines démontreront si, dans le chef des électeurs, la reconnaissance pour le travail accompli l'emportera sur l'agacement né d'une certaine...impétuosité.

Une lecture hautement recommandée.

Apolline Elter

L'Impétueux. Tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Catherine Nay, essai, Grasset, mars 2012, 684 pp, 22 €

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19 04 12

Le père interrompu

9782350871882.jpg" Oui, je n'avais pas fini de me faire du mauvais sang.

Et Dieu merci."

De sang, de dieux, bénis, haïs, aborés, il est question dans ce nouveau roman d'Harold Cobert, dévoué à l'amour - conjugal -et à la paternité - un moment avortée...

"Cet été-là, je sortais d'une liaison qui m'avait laissé exsangue de sentiments et de désirs."

C'est alors que le narrateur rencontre, à Biarritz, celle qui devient d'emblée la femme de sa vie, celle avec qui lui prend l'envie de concevoir un enfant. Las, saluée dans  l'allégresse,   la grossesse se voit bientôt interrompue, d'un filet de sang pernicieux, implacable, grossissant...

Rythmés d'extraits - poignants -  des "Contemplations" (Victor Hugo) , les chapitres s'égrènent qui, à travers un regard de père et de mari aimant, nous font vivre les affres ... de la maternité et les épreuves dont elle est parfois jalonnée.

"- Vous êtes jeunes, tous les deux. Et puis, je vous l'ai dit hier, deux femmes sur trois font au moins une fausse couche dans leur vie. C'est dur pour vous, je le sais, mais ça reste néanmoins...banal

J'ai eu une soudaine envie de lui sauter à la gorge et de lui éclater la tête  contre le mur. Je n'en ai évidemment rien fait. D'un point de vue médical et statistique, elle avait raison. Je le savais. C'était la logique comptable qui était  impersonnelle et inhumaine, pas elle."

Apolline Elter

Dieu surfe au Pays basque, Le père interrompu, Harold Cobert, roman, éd. Héloïse d'Ormesson, février 2012, 160 pp, 15 €

  

Billet de faveur

 

AE: Harold Cobert, la veine de ce récit autobiographique est nourrie de sang, sang de vie, sang d’amour et de mort. C’est important pour vous, cette pluralité de… sens ?

 

Harold Cobert : Oui, bien sûr, la littérature joue sur la polysémie. C’est sa manière d’être poétique, travailler dans les zones d’ombre du langage. Cette multitude de sens est le sang de l’écriture.

 

AE: Le titre du roman laisse un peu perplexe. Pourquoi Dieu  surfe-t-il au Pays basque; Cela paraît un peu …vague, n’est-il pas?

 

Harold Cobert : En effet ! Vague comme le vague à l’âme du narrateur, confronté à l’épreuve douloureuse de la fausse couche de sa femme. Ce drame est envisagé de son point de vue, celui de l’homme, l’angle mort silencieux de ce genre d’événement, auquel on ne s’intéresse généralement pas et auquel on ne donne que très peu la parole. Comme il est surfeur, Basque, qu’il a rencontré sa femme au Pays basque, lorsqu’il prend de plein fouet cette terrible nouvelle de la perte de leur enfant à naître, il a la désagréable impression que Dieu les a laissé tomber et qu’il s’est tiré surfer au Pays basque avec ses potes ! D’où le titre, aux accents à la fois drôles, légers, absurdes et grinçants.

 

AE: Est-ce une frustration pour un homme que de vivre une grossesse par procuration?

 

Harold Cobert : Non ! Comment éprouver de la frustration face à la loi de la nature et de la vie ? En revanche, l’interruption brutale d’une paternité en construction comme c’est le cas avec ce qu’on appelle les fausses couches précoces, elle, oui, est extraordinairement frustrante. Pire : elle laisse un goût amer, un goût d’injustice et de révolte. Et pourtant, il faut faire face. Pour celle que l’on aime et qui souffre dans sa chair.

 

 

 

agenda.jpgHarold Cobert sera présent en Belgique, ce week-end des 20 et 21 avril.

Vous pourrez, notamment,  le rencontrer, demain, vendredi 20 avril, à 20h (!changement horaire) à la Librairie Papyrus (Namur) et samedi 21, de 15h30 à 17h, chez Cook & Book, à Bruxelles (près du shopping  de Woluwe)

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06 04 12

Lothringen

9782702142974FS.jpg

 " Je croyais en la puissance de notre Führer. Je le trouvais piètre écrivain, je n'approuvais pas toutes ses idées mais je lui faisais confiance. Qui mieux que lui pouvait nous protéger? Or l'idée que les Amis viennent de si loin pour aider les Français et les Anglais à nous voler notre chère Lothringen m'angoissait"

Réfugiée, seule, dans la cave d'une maison lorraine détruite en 1944, par les bombardements alliés, Rosy, 14 ans, tente de survivre, resassant les souvenirs d'une très courte enfance ....

Peu à peu, elle s'affranchit de l'estime inconditionnelle que Mutti, sa mère, voue au Führer.

"J'ai fabriqué d'autres torches avec les pages de Mein Kampf, mais j'ai gardé celles où M. Hitler parle de la mort de sa mère. C'est la seule douleur que nous partagerons jamais. Mutti aurait soulevé la maison pierre après pierre pour me retrouver, ne serait-ce que pour s'assurer que je deviendrais la secrétaire de notre Fûhrer..."

Exercice subtil que de sonder la délicate position des Lorrains et des Alsaciens vis-à-vis de l'Occupant, de la France et d'un passé fait de revirements incessants. Nathalie Hug s"y emploie avec talent.

AE

La demoiselle des tic-tac, Nathalie Hug, roman, Calmann-Lévy, mars 2012, 200 pp, 15 €

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05 04 12

Quand JJR tient tête à Voltaire

9782705805074FS.jpgFacétie des agendas ..les sympathiques éditions Horay publiaient,  ce 28 mars , d'un conjoint mouvement,  les mots, propos et aphorismes de personnalités aussi peu amies que Voltaire - voir notre chronique d'hier - et Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)....

C'est qu'il  n'y a pas meilleure façon de célébrer le tricentenaire de la naissance d'un   "..matricide, dévoreur précoce de livres, adepte de la fessée, exhibitionniste, inventeur d'un nouveau code musical, auteur d'opéra, tarentule morale , père dénaturé, pédagogue, relaps, malade imaginaire incontinent, copiste de musique,rêveur solitaire, amoureux transi, misogyne, paranoïaque adepte de la théorie du complot, herboriste, citoyen, voyageur, exilé, pourfendeur du théâtre, Arménien de pacotille, ..."  mais aussi et surtout du génial "inventeur du Moi-je" , "philosophe et antiphilosophe immense et révolutionnaire".

Complexes, prolixes, provocantes.. nourries à la devise de la vérité ( le fameux Vitam impendere vito), les sentences recueillies et classées par Grégoire Prat sont terrains de réflexion, enjeux d'oppositions musclées. Rien de meilleur pour la santé!

Et à travers elles, se dégage le portrait d'un être incandescent:

"Le repos et la liberté me paraissent incompatibles: il faut opter"

" Je ne puis méditer qu'en marchant; sitôt que je m'arrête, je ne pense plus, et ma tête ne va qu'avec mes pieds"

"Les femmes ne sont pas faites pour courir; quand elles fuient, c'est pour être atteintes"

" Je ne redirai jamais assez que la bonne éducation doit être négative.Empêchez les vices de naître, vous aurez assez fait pour la vertu."

« Je hais les livres ;  ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas »

"Je ne suis ni assez fou, ni assez sage pour avoir raison"

A méditer (et rétorquer), vous certifié-je..

AE

Jean-Jacques Rousseau en verve - Mots, propos, aphorismes, réunis par Grégoire Prat, Ed. Horay, 28 mars 2012, 120 pp, 7,7 €

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04 04 12

La faute à Voltaire?

9782705805067.jpg" Depuis plus de deux siècles, ses combats restent d'une actualité brûlante. Aujourd'hui -plus que jamais - il faut lire et relire Voltaire. Un ouvrage de Voltaire dans une bibliothèque est une arme contre la bêtise, un rempart contre l'ignorance. Plus que jamais, l'oeuvre de Voltaire est un phare, un signe de reconnaissance, une petite lueur de Raison dans un océan d'obscurantisme. C'est à nous à veiller à ce qu'elle ne s'éteigne pas."

Rassemblant les propos, bons mots et aphorismes d'un François-Marie Arouët (1694-1778) dit Voltaire, décidément très en verve, David Alliot nous offre, en guise de mise-en-bouche, un florilège de réflexions  de l'écrivain, philosophe éclairé du Siècle des Lumières. Classées thématiquement, elles alimenteront, outre nos conversations, notre carnet de citations et les sujets de quelques dissertations...

A savoir:

"Protégez-moi de mes amis, les ennemis, je m'en charge" (à Ferney)

" La vertu s'avilit à se justifier"

" Les calomniateurs sont comme  le vieux qui noircit le  bois vert, ne pouvant le brûler.""Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer"

 Sans oublier, ces "vérités" (?) criantes d'actualité:

"Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux"

"Gouverne qui peut; et quand on est parvenu à être le maître, on gouverne comme on peut."

" Le grand homme d'Etat est celui dont il reste de grands monuments utiles à la patrie"

"Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'Etat, c'est leur caractère."

Pas de doute, en cet avril d'électoral, l'ami Voltaire aurait eu grand mal à se taire:

"Les Français ne sont pas faits pour la liberté: ils en abuseraient."

Voltaire en verve - Mots, propos, aphorismes - Présentation et choix, David Alliot, éd. Horay, mars 2012, 130 pp, 7,7 €

AE

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04 04 12

En collier...

Les éditions Horay ont frappé fort, en cette fin du mois de mars, égrénant quatre publications, au collier de collections décidément bien sympathiques.....Nous vous les dévoilerons,perle par perle,  au menu de cette semaine (pré-) pascale:

En guise de mise en bouche, quelques savoureuses  Perles de librairies, rassemblées par David Alliot, au départ des demandes des clients, lapsus et  approximations incongrues et des réponses des libraires, qui ne le sont pas moins ...

Les mémoires d'une jeune fille rangée se font "Souvenirs d'une jeune fille oubliée' "Les Trois contes de Flaubert", le Journal d'Anne Franck, "La métamorphose de Carcasse"  ... manquent de mention d'auteur, tandis que les" Lésions dangereuses"(Choderlos de Laclos) "Sadique" (Voltaire) "Bécassine" (Racine) se disputent la vedette avec un Le Rouge et le Noir, stendhalien souhaité en achat différé:

"Je voudrais Le Rouge et le Noir de Stendhal, mais aujourd'hui, je ne vais prendre que le rouge.."

Les libraires ne sont pas en reste qui rétorquent à qui cherche Madame de Sévigné, qui "le dernier prix Nobel", que la première "ne travaille pas ici" et que, pour le second "il y a très peu de chances que je le reçoive un jour"

Quand les libraires rient...

AE

Perles de librairies, David Alliot, recueil, éd. Horay, 28 mars 2012, 142 pp, 5,99 €

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