02 09 12

Un homme passe sous la fenêtre....

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !

 

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30 08 12

Ile passionnelle, fusionnelle et confusionnelle

9782268074023.jpgL'âme corse existe. Elle est complexe. Riche, duelle, équivoque, ambivalente. Eprise d'ordre sinon de loi, et de justice... de clan. De reconnaissance... sous des velléités d'indépendance. Affective plus que raisonnable... 

« Allons à l'essentiel : le désamour entre les Français du Continent et la Corse est un secret de Polichinelle. A cet égard, l'affaire Yvan Colonna aura été le révélateur d'un malaise persistant. Il n'est pas besoin de faire en Corse une enquête approfondie pour sentir que cet imbroglio politico-judiciaire aura été l'occasion pour de nombreux insulaires, d'exprimer, plus que jamais, leur défiance à l'égard des institutions de la République. »

 Conjugant une science familiale, ancestrale, politique, culturelle, historique et philosophique de la Corse, deux plumes, autorisées et fraternellement concertées, Paul-François et Angèle Paoli offrent à la collection des « romans des lieux et destins magiques » dirigée par Vladimir Federovski un opus intéressant, dénué de complaisance suspecte.

 «  Ile passionnelle, île fusionnelle et confusionnelle, qui vous inclut ou qui vous rejette : il est impossible de qualifier la Corse en un trait. »

 Mythes fondateurs, historique de l'Ile de Beauté et origine de son annexion plutôt bien perçue à la France, autochtones et visiteurs célèbres, ... sont passés au crible d'une brillante analyse qui tente de faire objectivement le point sur les relations équivoques des Corses envers l'Etat. Un ressentiment finalement assez récent qui trouverait son origine dans un trauma ancré dans les années '60 : le rapatriement, par l'Etat gaulliste, de Pieds-Noirs en l'Ile, auxquels sont accordées des terres cultivables à un taux de crédit inique par rapport à celui proposé aux autochtones : « Une erreur psychologique dont on se demande comment un homme aussi intelligent et averti des ressorts profonds de la psyché humaine que de Gaulle, a pu la laisser commettre. »

Terre singulière, d'une beauté... plurielle, la Corse n'a pas fini de livrer ses romans insulaires, insolents et diantrement fascinants à qui refusera de la réduire à son simple destin estival, paradis, s'il en est, vacanciers.

Apolline Elter

 Les romans de la Corse, Angèle Paoli et Paul-François Paoli, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 232 pp, 20,20 €

    

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29 08 12

Oh que oui!

9782268074085.jpgFidèle à sa vocation de l'éloge paradoxal, la collection dirigée par François Cérésa, s'ouvre d'un nouvel opus: L'Eloge du NON, prêtant tribune à l'écrivain et journaliste,  Jean-Claude Lamy et à Fabienne Deval.

Que oui, quand il se fait résistance, indignation, audace et liberté, le non est force positive, entraînant en un sillage notoire et historique, l'Appel du 18 juin, la "non"-candidature de Julien Gracq au prix Goncourt(Le Rivage des Syrtes - 1951), celle de Jean-Paul Sartre au prix Nobel, la désobéissance de Rosa Parks aux lois ségrégationnistes, l'appel de l'Abbé Pierre, au plus froid de l'hiver '54   ... et le célèbre Cancre de Jacques Prévert.

" Le dialogue passe par le non qui permet de prendre la parole, la forme la plus parfaite du langage"

Limpide, n'est-il pas ?

 

AE

Eloge du non, Jean-Claude Lamy avec Fabienne Deval, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 120 pp, 12,90 €

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25 08 12

Behrouz

url.gifIl est de ces romans qui, d'emblée, vous sont amis. Un climat s'installe d'entrée de pages qui vous procure bien-être et bien lire. Telle s'inscrit notre première découverte de la rentrée littéraire. La découverte d'un nouvel auteur, également, Yassaman Montazami, qui fera, à coup sûr parler d'elle. 

La mort de son père, Behrouz -  " le meilleur des jours", en persan - invite la narratrice à évoquer le parcours de sa vie. De sa naissance, prématurée, dans les années '40, au sein d'une famille bourgeoise de Téhéran à son décès à Paris, en 2006,  sa fille brosse le portrait d'un homme attachant, fantasque, cocasse, altruiste et généreux ... trimbalant en son cerveau constamment bouillonnant, l'idéologie marxiste de la première heure et le travail d'une thèse de doctorat qui jamais ne verra le jour.

" Quand il aurait achevé ses travaux, la cause originaire de l'inégalité entre les hommes serait enfin révélée. Le système qui l'avait engendrée serait mis à nu et s'effondrerait. Et le fossé qui sépare les riches et les pauvres, les possédants et les dépossédés, pourrait être comblé. Le monde deviendrait meilleur."

De cette France des années '70 où il emmène sa famille, Behrouz participe, à distance, aux événements qui secouent l'Iran-  renversement de la monarchie des Pahlavi, avènement de l'ayatolah Khomeiny.. - faisant de son salon parisien, le refuge de compatriotes exilés,  la plate-forme de discussions animées.

Oscillant entre la candeur du regard de l'enfance  et la compréhension bienveillante de l'adulte qu'elle est devenue, Samanou - Yassaman Montazami -  offre de ce père aimé, un portrait fascinant, drôle et poignant,...  singulièrement attachant.

Je vous en recommande la lecture

AE

Le meilleur des jours, Yassaman Montazami, roman, Ed. Sabine Wespieser,  août 2012, 138 pp, 15 €

Billet de faveur

AE :  Yassaman Montazami, vous rendez à Behrouz, votre père, un bel, un merveilleux hommage.  Celui qui  fait entrer le lecteur en sympathie immédiate avec un être hors norme.   Je ne peux m’empêcher d’évoquer Pascal Jardin, "le Zubial", en découvrant le caractère de Behrouz.  Ce serait intéressant de confronter, avec Alexandre Jardin, les personnalités de vos pères respectifs :

 

Yassaman Montazami : J’avais lu à l’époque avec beaucoup de curiosité le livre d’Alexandre Jardin à propos de son père, car, bien évidemment, celui-ci m’évoquait le mien par sa radicalité et ses excentricités. Le Zubial comme Behrouz avaient un besoin infini de séduire et d’être aimés. Leur premier public était leur enfant : c’est un public forcément acquis.

Je partage avec le narrateur du Zubial cette fascination inquiète qu’un enfant peut avoir pour un parent qui se met volontairement à l’écart des normes sociales. Je reconnais aussi  cet amour filial sans limite qui peut se refermer comme un piège sur celui qui l’éprouve – comment affirmer sa propre singularité face à un père si original ?

AE : Quel a été l’élément déclencheur de ce récit (auto)biographique ? La découverte du carton  contenant les notes de sa thèse inachevée ?

Yassaman Montazami : L’élément déclencheur a été la maladie de mon père. J’ai eu, comme je le dis dans le prologue du livre, le pressentiment de sa mort, quelques jours avant  les premiers symptômes de son cancer. Ce sont des expériences sidérantes qui peuvent arriver aux plus rationnels d’entre nous, dont je suis.

A partir de ce moment, j’ai éprouvé  un besoin vital de maintenir mon père en vie par n’importe quel moyen. L’écriture m’était le plus immédiatement accessible.  J’étais désespérée à l’idée qu’il allait disparaître d’un monde qui sans lui  serait  moins drôle, moins bon et plus convenu.  J’ai commencé à taper les premières  pages  comme on ferait un massage cardiaque acharné sur un cœur qui ne battra plus. 

AE : Dans un passage d’anthologie, vous décrivez la complicité, la filiation littéraire qui vous unit à votre père," cette sensation grisante que mon père et moi étions les uniques et privilégiés interlocuteurs desauteurs qui m'inspiraient le plus grand respect", lui devez-vous aussi cette naissance (très réussie) à l’écriture ?

 Yassaman Montazami : Je dois tout à mon père, notamment mon intérêt pour les livres et la littérature. Chez les Montazami, l’amour de la langue fait partie du patrimoine. Mon grand-père connaissait, comme beaucoup de personnes de sa génération, des poèmes entiers par cœur. Il les citait en exergue de chaque moment de notre vie. Mon père avait également pour habitude de comparer les gens de notre entourage à des personnages de romans. J’ai donc été accoutumée à ce que la réalité trouve un prolongement fictionnel ou métaphorique qui l’amplifie. C’est une bonne base pour avoir envie d’écrire. 

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24 08 12

Un écrivain engagé

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" Je me suis battu pour préserver la qualité d'une lumière, bien plus encore que pour sauver la nourriture des corps. Je me suis battu pour le rayonnement particulier en quoi se transfigure le pain dans les maisons de chez moi" (Saint-Exupéry)

Centré sur la seconde guerre, les années d'exil d'Antoine de Saint-Exupéry à New York  et la publication conjointe et de Pilote de guerre, l'essai de François Gerber entend réhabiliter le célèbre écrivain-aviateur dans son engagement, rendre justice  à "une victime expiatoire de la vindicte gaulliste"

Restituant le contexte de la guerre, la chronologie des événements et les dissensions notoires entre les partisans du Général Giraud et ceux du Général de Gaulle - deux camps pourtant unis dans leur opposition au régime de Vichy -  François Gerber dénonce "l'ostracisme dont Saint-Exupéry, écrivain engagé, est l'objet depuis soixante-dix ans". Entendons par là qu'il n'est pas reconnu comme tel et souvent écarté du programme de l'Education nationale.  Il est vrai que le Général de Gaulle se méfiait grandement de l'écrivain, qui le lui rendait bien, voyant en son action politique la menace d'une future dictature pour la France.

Une France dont Saint-Exupéry voulait avant tout retrouver la saveur, privilégiant l'humanisme à la pensée politique.

A travers le portrait -tellement attachant - du grand homme, François Gerber nous présente aussi celui, précis, passionnant et parfois étonnant, des acteurs de la Libération.

Une lecture sur laquelle nous reviendrons, lorsque nous évoquerons la correspondance de Saint-Exupéry

AE

Saint-Exupéry, Ecrivain en guerre, François Gerber in essai, Ed. Jacob - Duvernet, juillet 2012 . 

 

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23 08 12

Champagne

9782226242969.jpgIl n'est de champagne sans bulles, d'Univers sans Saturne, de rentrée littéraire ..sans Amélie Nothomb.

Rien de plus juste, partant, que d'amorcer le plateau des chroniques de la rentrée avec le nouvel opus de notre compatriote de génie. La célèbre écrivain n'a pas ménagé sa peine, qui offre à notre dégustation une fontaine de coupes (ma)thématiques, effervescentes comme ce champagne qui inonde les chapitres: amour, couleur, confiance,  fascination, folie, lumière, or, aristocratie et grandesse espagnole, haute couture, érotisme, religion, photographie, table, sacrifice, mort,  transgression ... sans oublier le thème  - majeur- de l'oeuf et de son cloître autistique.

" Je vous vois venir. Vous me considérez comme un fou qu'il faut mettre hors d'état de nuire.

- Le penser d'un homme qui a tué huit femmes pour des motifs chromatiques serait un jugement hâtif."

Admise comme colocataire de don Elemirio Nibal y Milcar, richissime grand d'Espagne, Saturnine tente de percer le mystère de ce personnage énigmatique, fascinant, volontairement cloisonné dans son luxueux appartement parisien.  Dotée d'un solide sens de la provocation et peut-être du sacrifice, elle entend épargner aux femmes, le sort des colocataires qui l'ont précédée: " Aussi longtemps que je suis là, il ne risque pas de zigouiller une nouvelle femme"

Bâti autour du célèbre conte de Barbe bleue et de la transgression d'un interdit - en l'occurrence, une chambre noire - le roman profile les ombres de Landru,  Henri VIII, des  docteur Petiot,  Petit Prince, Adam & Eve  et de... Pretty Woman. Les thèmes défilent plus fantas(ti)ques les uns que les autres, nourris avec brio de dialogues  vifs, toniques, pétillants.

Et le lecteur, saturnin,  de pénétrer cette chambre noire dans l'euphorie d'une irrépressible fascination.

AE

Barbe Bleue, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2012, 170 pp, 16,5 €

 

 

02 08 12

De belles échappées...

 l'echappee_belle.jpgIl est des échappées qui ont la vie belle... Publié en 2001, le roman d'Anna Gavalda s'était octroyé un lifting , fin 2009, à la grande joie de ses lecteurs et d'une chronique parue sur notre blog, le 8 décembre 2009:

images.jpghttp://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2009/12/08/l-echappee-belle.html

Mais Anna Gavalda avait décidément décidé de ne pas en rester là et dote son frais roman d'un dernier (et ultime? ) chapitre.

Un chien débarque dans la vie de Garance, qui sème la pagaille et l'oblige à un grand ménage plutôt salutaire:

 "– Je t’adore, mais t’es dur quand même, hein ? T’es comme une boule de bowling… T’arrives dans ma vie et badaboum, le strike : tu fous tout par terre. Je n’ai plus envie de vivre chez moi, je suis tricarde avec ma concierge, je suis tricarde avec mes voisins, je n’ai plus de boulot, je n’ai plus de mec…Enfin, si j’en ai un autre, mais bon, il n’a pas l’air très motivé, celui-là…"

 La version complète du roman paraît conjointement (juillet 2012) aux Editions La Dilettante et J'ai lu.

L'Echappée belle, Anna Gavalda, roman, Le Dilettante & j'ai Lu, juillet 2012.

 

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31 07 12

Les secrets d'un bronzage intelligent

url (16).jpg"Quizz" littéraire idoine pour les bronzettes en bord de piscine, les apéros actifs, un mitan de vacances et de chroniques en roues libres, ce sympathique recueil de la collection  Folio 2 € chatouillera votre curiosité  d' Incipit de romans célèbres, des patronymes enfouis sous les pseudonymes de Yasmina Khadra, Stendhal, Molière... et surnoms aussi flatteurs que taureau triste, porc épique, vache bretonne de la littérature... quand vous ne cèderez au centon, procédé qui consiste à assembler des fragments littéraires célèbres pour générer un texte cohérent.

Les énigmes trouvent solutions fin du recueil, prêtes à combler les déficiences d'une mémoire au repos...

AE

Jouons avec les mots - Jeux littéraires - Edition de Julie Pujos - Gallimard - Folio 2 € - mai 2012- 144 pp

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31 07 12

Annus horribilis

url (16).jpg"L'année 1671 s'ouvre sur le départ de Mme de Grignan en Provence et se clôt sur le retour de Mme de Sévigné à Paris, après un séjour de plusieurs mois aux Rochers, en Bretagne. Le mouvement est incessant: celui des lettres lancées sur les chemins et confiées à d'inlassables postillons, celui des épistolières dont les déplacements donnent lieu à des développements géographiques mêlant connaissances livresques, souvenirs, rêveries et imaginaire des lieux"

Extraite de l'édition de la Pléiade (vol. I) établie par le regretté Roger Duchêne et son épouse Jacqueline Duchêne, la correspondance de la marquise, en cette année 1671 est conçue comme une entité cohérente.  Les annotations sont offertes en fin de volume qui éclairent le contexte de chaque missive.

Nous ne pouvons qu'approuver ce découpage - nous qui travaillons précisément sur les années 1671-1672 qui consacrent la première séparation de la marquise et de sa fille, Françoise-Marguerite,  partie  rejoindre son époux, le comte François de Grignan, nommé Lieutenant général de Provence.

Une façon vivante  d'aborder notre chère marquise, dans le quotidien d'une année cruciale  qui célèbre de concert et  début février, ses 45 printemps, les 20 ans d'un veuvage bien assumé et le départ de sa fille chérie....plutôt mal perçu.

AE

Madame de Sévigné - Lettres de l'année 1671 - Edition de Roger Duchêne - Préface de Nathalie Freidel - Gallimard - Folio classique, mai 2012 - 550 pp

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16 07 12

La plaidoirie de Galilée

url (7).jpgChoisies, traduites et adaptées par Cesare Capitani, six lettres de Galileo Galilei - le célèbre Galilée (1564-1642)  - dont une capitale adressée à Christine de Lorraine, petite-fille de Catherine de Médicis, éclairent non seulement la thèse héliocentrique de l'homme de science mais aussi sa position vis-à-vis de l'orthodoxie religieuse.

Par une plaidoirie respectueuse, construite et ..sublime, Galilée s'emploie à concilier les découvertes irréfutables de l'astronomie avec le respect des Saintes Ecritures, fustigeant élégamment l'invalidité de certaines  interprétations douteuses...

" Mon sentiment est qu'il est très pieux et très juste de soutenir que l'Ecriture ne peut jamais mentir, dès lors qu'on en a pénétré le sens vrai"

Et de renchérir que si la théologie est la reine de toutes les sciences, il ne lui incombe pas pour autant de traiter de celles qui lui sont subalternes..

"Ce serait comme si un prince absolu, avec tout son pouvoir, voulait aussi soigner les gens et bâtir les maisons. N'étant ni médecin ni architecte, il s'ensuivrait de grands dangers pour la santé des malades et la stabilité des bâtiments."

Et de conclure l' époustoufflante missive  adressée à la grande-duchesse de Toscane - Christine de Lorraine -  et ...ce merveilleux recueil des éditions Triatris,  d'un cri inouï, véritable ode à la liberté de penser:

" S'il suffisait, pour éradiquer une nouvelle théorie, de fermer la bouche à un seul homme, ce serait là chose facile. Mais en réalité, pour parvenir à cette fin, il faudrait interdire non seulement le livre de Copernic et tous les écrits des auteurs qui suivent sa doctrine, mais également la science astronomique entière. Bien plus: il faudrait interdire aux hommes de regarder le ciel!"

Une remarquable mise en perspective de l'époque, de la pensée et de l'avancée scientifique du célèbre Toscan.

AE

Galilée, le combat pour une pensée libre, Cesare Capitani, Choix, traduction et adaptation de lettres de Galilée, éd. Triartis - Scènes intempestives à Grignan, 38 pp, 4,9 €

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