04 06 12

Une Histoire cors(et)ée

51o9Cd07aDL._SS500_.jpgEn feront-elles gorges chaudes ces Cléopâtre, Agnès (Sorel), Isabeau (de Bavière) , Ninon (de Lenclos), Françoise (de Maintenon),Marie-Antoinette (de France Joséphine (de Beauharnais) Eugénie (de Napoléon III),  Mata Hari...qui des cordons- serrés ou non - de leurs corsages ont quelque peu impacté le cours de l'Histoire...

Répondant au principe duodécimal de la collection (Ed. Pygmalion), Michel de Decker nous promène à travers les siècles de notre ère, et les atours de femmes célèbres qui surent en jouer en des temps où l'autorité féminine relevait  (presque) du seul charme.

Et le lecteur de succomber au ton allègre et vif de cet imparable conteur qu'est l'historien, conférencier normand, Michel de Decker, de remonter le cours de l'Histoire par celui de certaines baleines. En filigranes, une vraie biographie du corset, instrument de torture et de pâmoison:

" Une femme corsetée ne pouvait que se tenir droite mais , en contrepartie, il n'était pas rare qu'elle souffrît de nausées. Le laçage étroit était en effet susceptible de déformer le squelette et de léser les organes internes. Nombre de médecins dénonçaient alors [Ndlr: XIXe siècle] ce vêtement qui meurtrissait les femmes, particulièrement les femmes enceintes."

Quoi d'étonnant que Joseph II,  le visionnaire frère de Marie-Antoinette, en interdît le port "dans les orphelinats, les couvents et toutes les institutions des Etats sur lesquels il régnait, et que, pour le rendre odieux aux femmes honnêtes, il en infligeait le port à toutes les reprises de justice qui croupissaient dans les prisons de son empire."

C'est  quand le bât blesse que les choses se corsent...

Apolline Elter

12 corsets qui ont changé l'Histoire, Michel de Decker, essai, éd. Pygmalion, oct 2011, 384 pp, 15,9 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 06 12

La fête des (grands-) mères

51UaGrudZIL._SL500_AA300_.jpgEn ce jour dédié aux mamans, de France et de Navarre - soyez dûment fêtées -  il nous paraît logique et ....tellement agréable de nous pencher sur L'Art d'être grand-mère.

Réédité début mai auprès des éditions Horay, le bel ouvrage de Claude Aubry et de Claire Laroche paraît tout droit sorti d'une vitrine du Comptoir de famille.. tant ses illustrations - scrutez la couverture -nous ramènent aux bonheurs d'antan, à ces moments familiaux où l'on prenait le temps de vivre en contigü, tuant le temps de mille passe-temps qui ne demandaient qu'à nous faire grandir, forgeant,  à coups de souvenirs, des trésors pour toute la vie...

Nostalgie d'un bonheur révolu?

Que non! proclament Claude  (Aubry) et Claire (Laroche). Ce n'est pas parce que les grands-mères n'ont plus de chignon, et surfent sur Internet qu'elles n'ont plus de créativité. Plus que jamais, dégagées des contraintes de l'éducation et d'une vie professionnelle accaparante, elles se réjouissent de puiser dans la manne de leur propre enfance, les secrets de ces activités, sources de merveilleuses complicités.

Les oranges se piquent de clous de girofle, les patates se font tampons encreurs,  les pompons pomponnent joyeusement , tandis que la cuisine se fait antre de recettes par trop délicieuses,... à déguster en toute impunité.

Un art - d'être grand-mère -qui a surtout des allures de fête!

AE

L'Art d'être grand-mère, Claude Aubry et Claire Laroche, beau livre, Ed. Horay, mai 2012,  152 pp, 23 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 06 12

Rayon de soleil portatif

Le petit livre à offrir à un amoureux de la Provence parce qu'il [Ndlr: le livre]sent bon la lavande, la bouillabaisse et les vacances.9782845677661.jpg

Le mieux à faire avec les poncifs liés à la Provence - olives, lavande, acceng du midi, pastis, pétanque, Pagnol et compagnie..- est de les prendre à bras-le-corps et de les ...célébrer  sans arrière-pensée.

Rédigé par la pétillante Raphaële Vidaling, ce nouveau P.L.A.O est un vrai "rayon de soleil portatif" qui vous entraîne de Marseille à l'Isle-sur-la-Sorgue, à la découverte d'us locaux et de bons plans délicieusement farfelus.

Soufflant la douceur de vivre de trente-deux vents aux noms charmants - Mistral, Mountagnierao, Vent dou doulèu, Labech...- la Provence chante le français,  d'expressions radieuses et ..approximatives.  Planté, le capitaine Haddock, qui voit son répertoire se décupler de jurons à la Babouatte, broque d'incapable, chiapacan,  pessuguet, rascous et galapias,  fondus de service... Un lexique d'injures au volant vous est fourni qui permet d'estomper l'allure septentrionale de votre véhicule.

Palette d'huiles d'olive, secrets de composition des pastagas (pastis additionnés de sirops) et des vrais Noëls provençaux, recette commentée de la vraie bouillabaisse ...feront battre vos coeurs à l'unisson d'une région tellement attachante qu'on arrive pas à lui tracer de frontières.

Parce qu'on a tous un coin de Provence en notre coeur,  qui brille de cette lumière si particulière à la contrée, si nécessaire à notre ..félicité.

Un petit livre à (se faire) offrir, tout simplement, radieux

Apolline Elter

Le petit livre à offrir à un amoureux de la Provence parce qu'il sent bon le lavande, la bouillabaisse et les vacances, Raphaële Vidaling  Editions Tana, mai 2012, 130 pp, 15,10 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

30 05 12

Hommage à Jacqueline Harpman

" Je mourus par un bel après-midi d'automne, m'épargnant ainsi l'hiver que j'ai toujours détesté. Les feuilles mortes tombaient avec grâce, je fis de mon mieux pour les imiter"

Dieu et moi, (Ed. Mille et une nuits, 2001)

C'est une radieuse journée de printemps qui vous emporta, Jacqueline Harpman, ce 24 mai, entraînant, en un mouvement ascensionnel cette plume que vous avez si bien maîtrisée. Ecrivain majeur de notre paysage littéraire - qui ne connaît, La plage d'Ostende, La dormition des amants, L'orage rompu, Orlanda, En toute impunité, Du côté d'Ostende, Ce que Dominique n'a jamais su... - vous vous assîtes, vous aussi à la table des  Madeleines de nos auteurs. (Ed Racine, 2008) Ce fut un grand honneur...un bonheur à l'avenant.

Et cette joie fébrile de recevoir, par courrier postal, le texte d'une madeleine - la vôtre - si joliment concocté.

Je me permets de le reproduire, ce jour, hommage à votre magnifique participation, aux Madeleines, à la vie.

dyn009_original_640_427_pjpeg_2616294_02a2130d86499b9b463a4c62c3f42b9d.jpg

« Les petits gâteaux.

            J’étais  une petite fille sans appétit. Je ne dis pas anorexique car je pense que ce ne serait cliniquement pas correct, simplement la nourriture ne m’intéressait pas, sauf sous la forme des petits gâteaux et j’ai un souvenir radieux des fiançailles manquées de ma sœur.

            C’était à Casablanca et ma sœur n’était pas encore rentrée à Bruxelles. Je ne ferai pas le récit détaillé des raisons qui lui firent accepter la demande en mariage de son patron car ce récit lui appartient, mais je sais que lorsque, cet après-midi-là, je revins de l’école, la famille était en ébullition : toutes les deux minutes la sonnette retentissait  et un livreur apparaissait, chargé de flacons de parfum, de superbes sacs à main, de foulards de soie et de je ne sais quels autres cadeaux qu’un fiancé peut faire à sa bien-aimée. Tout cela me paraissait évidemment très plaisant, mais ne me concernait pas. Puis ce fut le pâtissier.

            Ah ! le pâtissier !

            Nous étions en 1942. Le rationnement sévissait déjà. J’ai raconté ailleurs que mes parents avaient emporté au Maroc l’argent dont ils disposaient, et que ce serait à qui durerait le plus longtemps, l’argent ou la guerre : il n’était donc pas question de dépenses inconsidérées. Nous nous nourrissions, mais nous ne sacrifions pas àla gourmandise. Lepâtissier apportait deux cartons qui contenaient bien vingt-quatre gâteaux chacun et nous n’étions, dans cette petite salle-à-manger, que six ou huit personnes. On ne faisait pas attention à moi. J’ai commencé à manger les petits gâteaux ; Autant que j’en voulais, et il s’avéra que j’en voulais beaucoup. J’étais une fille raisonnable et je fis attention à bien répartir ce que je laissais, de façon à dissimuler ma gloutonnerie : je suis sûre d’en avoir bien mangé la moitié, chose qui me serait impossible aujourd’hui où un éclair au chocolat me paraît trop et je le partage avec un de mes petits-enfants. Ce fut l’orgie. Le délice. L’extase. Et la meilleure digestion possible. Le fiancé de ma sœur me sembla l’homme le plus séduisant du monde, il m’avait prise par les sentiments et je fus profondément désolée lorsque le lendemain matin ma sœur rompit un si aimable nœud.

            Jamais plus, dans ma vie, il n’arriva qu’un homme mît devant moi quarante-huit petits gâteaux, et pourtant, je découvre que c’était le chemin le plus direct vers mon cœur… »

Jacqueline Harpman in Les madeleines de nos auteurs, A. Elter, Ed Racine, nov 2008

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 05 12

Le frère chéri de Madame de Pompadour

9782709638272.jpg" Vingt-deux années aux Bâtiments, malgré toutes les vicissitudes, n'avaient pas été vaines, elles laissaient un patrimoine dont il pouvait être fier. Paris s'était transformé. Avec la disparition de Soufflot un temps se terminait mais ils avaient ensemble préparé les temps du futur. Les Parisiens des siècles à venir marcheraient dans les pas de Marigny et dans ceux de Soufflot."

Est-il meilleur bilan de vie que celui que trace Monique Demagny,  au terme d’un très beau roman historique, centré sur le marquis de Marigny (1727-1781).

Né  Abel Poisson de Vandières, le marquis  de Marigny, puis de Menars, était le frère chéri de Madame de Pompadour, célèbre favorite de Louis XV. Envoyé en Italie pour un voyage d'initiation aux arts de 25 mois, en compagnie de Charles-Nicolas Cochin et de Jacques-Germain Soufflot,  Abel en revient marqué à vie par l'influence italienne et le sceau d'amitiés indéfectibles.

Nommé Directeur général des Bâtiments - nous sommes en 1751 - le jeune homme assurera pendant 22 ans l'entretien des demeures royales - les locataires de Versailles lui donneront du  fil à retordre... - ainsi que la réalisation d'"ouvrages d'intérêt général". On lui doit notamment l'aménagement de la place Louis XV - actuelle Place de la Concorde - autour de la statue du monarque, le chantier de l'église Sainte-Geneviève, celui de la Madeleine, ....fruits d'une passion et d'une probité jamais démenties.

(Mal) marié, il essuiera d'un deuil cruel son rêve de paternité.

Alliant à l'élégance de plume, un sens de la formule et de la  narration savamment dosée , Monique Marigny nous "offre le rêve d ['un] Marigny  [qui] "rêvait haut, rêvait grand."

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

Le rêve de Marigny, Monique Demagny, roman, JC Lattès, avril 2012, 342 pp, 19 €

Billet de faveur

 «   Ces gens-là me regarderont toujours du haut de leur arbre généalogique avec une condescendance que je ne suis pas près de tolérer »

AE : Monique Demagny, l’origine roturière d’Abel Poisson et l’orgueil dont il faisait montre, ont-ils été le moteur des réalisations grandioses qu’on lui doit. Avait-il quelque chose à (se) prouver, sans droit à l’erreur ?

Monique Demagny : Il ne fait aucun doute que le jeune Abel Poisson avait une revanche à prendre. C’était dans son jeune âge un écorché vif, cruellement blessé par les railleries de mauvais goût dont il était l’objet. Quand il prend sa charge il n’a pas plus de peur que de fausse modestie. Il sait qu’il peut assumer. Il s’y est préparé par le voyage d’Italie sous la conduite de deux mentors remarquables. Il a les clés, et une solide ambition, mais il a tout autant conscience qu’il n’a aucun droit à l’erreur. Toute la cour attend sa chute, il n’a pas d’autre choix que de s’imposer. Il doit frapper fort et haut. Le défi s’impose, vis-à-vis des autres et, effectivement de lui-même. Si vous ajoutez à cela l’enthousiasme d’un jeune homme impétueux décidé à bousculer un peu les vieilles gloires et à initier un art « moderne »….

AE : Pour rédiger cette biographie, vous vous basez,  entre autres, sur la correspondance de Madame de Pompadour et de son frère. Comment se présente-t-elle ? Révèle-t-elle la tendresse de leurs relations ? J’imagine qu’elle a été une précieuse voie de compréhension.

Monique Demagny : Effectivement la correspondance de la marquise de Pompadour et de son frère a été une source précieuse pour mon travail. Cette correspondance est une correspondance privée. Et c’est ce qui fait toute sa valeur. Abel raconte son voyage à Jeanne, ses découvertes, ses enthousiasmes, son bonheur, et Jeanne, fidèle à son rôle, avec le sens du devoir qui ne la quitte jamais, distille ses conseils, rappelle inlassablement les règles du jeu. Les détails du périple italien, Jeanne les connaît  déjà. Les ambassadeurs du roi de France dans toutes les principautés d’Italie ont déjà fait leur rapport. Parfois, fière du « cher bonhomme » elle se laisse aller à un compliment, vite tempéré par une recommandation, une mise en garde. C’est intime, c’est vivant, la tendresse inonde les lettres.

AE :  Demagny / Marigny…vos patronymes se ressemblent…..D’où vous est venue l’envie de rédiger la biographie de Marigny ?

Monique Demagny : Il ne s’agit là que d’un hasard de consonances ! Ce livre a son origine dans une conversation avec une amie libraire, ancienne élève de l’Ecole du Louvre, qui admire Marigny et se désolait que personne ne lui ait consacré un ouvrage depuis l’excellent opuscule d’Alfred Marquiset qui date de 1918. Lancée sur la piste, je me suis passionnée.

  

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 05 12

Une mise de vendredi 13

laclavetine-paris-mutuels.jpgHuitième ouvrage de la collection "Vendredi 13" (Editions la Branche) dont nous avons évoqué le lancement ,  Paris mutuels est un petit régal de lecture, d'imbroglios,  et d'humour savamment distillés.

Antihéros, proie désignée de prédateurs sans scrupules, Vincent - qui n'a de victorieux que le prénom - se vautre, avec une naïveté confondante, dans le piège amoureux que lui tend Léa, femme aussi impitoyable que fatale:

" J'imaginais mon avenir avec elle. Non pas sous forme d'images claires, mais comme une brume qui m'enveloppait, me berçait. Je l'admirais. Sa beauté m'apparaissait confusément comme une preuve de supériorité indiscutable, elle pulvérisait les doutes, les mécontentements, les craintes, et nimbait de perfection tous les gestes, toutes les paroles, tous les actes de Léa. Que celui qui n'a jamais été amoureux, je veux dire vraiment amoureux, me jette la première pierre."

Dépouillé de tous ses biens, en même temps que de  ses illusions, Vincent verse à son tour dans la racaille, prenant le lecteur à témoin d'un cynisme   tout frais, déconcertant et ..jubilatoire.

Nourrissant une écriture élégante,  rythmée et maîtrisée d'images et d'expressions  bien ficelées, l'auteur prend un plaisir visible à conter.

Et à nous le faire partager.

" Le terme de secrétaire a de quoi faire rire s'agissant de Pepito Gestaide, bien connu dans notre cénacle, un être qui ressemblait moins à un homme qu'à un frigidaire américain, avec le quotient intellectuel d'un freezer et une voix qui évoquait un distributeur de glace pilée."

Une belle surprise de lecture

AE

Paris mutuels, Jean-Marie Clavetine, roman, Editions  la Branche, coll. vendredi 13, avril 2012, 150 pp, 15 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

23 05 12

De Sol et de Sel

images.jpg" Valentin Sol était l'un des plus célèbres raseteurs de Camargue. En véritable artiste, il n'avait pas son pareil pour exciter le taureau, le rendre furieux et, muni d'un crochet aux griffes tranchantes, lui arracher d'un geste vif et précis la cocarde rouge, les glands ou la ficelle placés entre ses cornes et qui constituaient le butin de la course."

Saunier de son métier, raseteur ..de passion, Valentin Sol (Sel..? ) pressent que le raset annuel des fêtes votives d'Aigues-Mortes revêtira pour lui, une dimension destinale....

Fou amoureux d'Isoline Fontanès, le jeune homme se voit refuser le mariage pour une raison obscure. La jeune fille cèdera à un mariage arrangé par son père.

Relation  d'un amour tragique et impossible, le nouveau roman de Maxence Fermine (Neige, L'Apiculteur, Opium, Amazone, le Papillon de Siam, Rhum Caraïbes,...)  revisite le mythe de Tristan et Iseult, la fiole se fait sel, qui scelle des noces éternelles.

" Le sel est l'or blanc de la Camargue. En été, sous le feu du soleil et le souffle du vent, la concentration en chlorure de sodium est décuplée. la teinte rose si particulière aux cristallisoirs n'est pas due au sel mais à la présence dans les eaux d'une algue microscopique en suspension, la Dunaliella salina."

AE

Noces de sel, Maxence Fermine, roman, Albin Michel, mai 2012, 120 pp, 12,5 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 05 12

Un Teatro sous hangar

41COp1ARdOL._SL500_AA300_.jpg" Paris se terrait. Paris, ville fermée. Ma ville, mon seul passé, respirait comme une enfant. J'arrivais des grognements de Corrientes, des ronflements de camions, du capharnaüm brûlé. J'arrivais de la terre atlantique imaginaire, du Teatro sous hangar, de cet homme aux mille services qu'était Jorgé. Je renaissais des Menger."

Parti de Paris sur un  de coup de tête, Simon Koëtels débarque à Buenos Aires. Il y rencontre  un certain Estaban Menger, un homme riche et un peu étrange,  propriétaire d'un hôtel... hors normes, qui entreprend d'insuffler un sens à sa vie.

Un  voyage initiatique qui permettra à Koëtels  de repenser sa vie, de compenser ses hésitations.

D'une écriture élégante et maîtrisée, ce deuxième roman de Pierre Stasse est une belle découverte, de la sélection opérée par le... jury du deuxième roman

AE

Hôtel Argentina, Pierre Stasse, roman, Flammarion, janvier 2011, 242 pp, 18 e

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 05 12

Une monographie..monumentale

horta.jpg

Notre blog est en liesse de célébrer, en ce week-end ascensionnel, la naissance - attendue - de la monographie magistrale que Michèle Goslar consacre à l'architecte - belge -  de génie, Victor Horta.

Publication conjointe du célèbre Fonds Mercator et de la Fondation Pierre Lahaut, l'ouvrage, prestigieux, magnifiquement illustré des plans et réalisations de Victor Horta révèle, d'un texte dense, alerte et vivant, le curriculum vitae exhaustif du "père spirituel de la nouvelle architecture",  fruit de treize années d'un travail  rigoureux, courageux, passionné, signé Michèle Goslar.

Nous  sommes tout simplement ...abasourdis, émus d'une telle œuvre.

" Il fallait le génie de Horta pour créer le Palais de tous les arts dont la Belgique rêvait depuis des lustres. Il fallait son génie pour le réaliser sur un terrain ingrat, tout en tenant compte des servitudes  imposées par l'urbanisme et la Ville. Il le fallait encore pour y intégrer les rêves de tous et créer, sur un seul étage apparent, les 8000 m² et les quarante salles d'exposition souhaitées. Il le fallait enfin pour accepter que la monumentalité, qui ne pouvait s'exprimer à l'extérieur, soit cantonnée à l'intérieur, sans en souffrir"

Quintessence d'un art mis au service de ses commanditaires, le Palais des Beaux-Arts  (Rue Ravenstein - Bruxelles) consacre la reconnaissance publique d'un artiste souvent décrié de ses contemporains, injustement traité par les arcanes du pouvoir. Il est l'une des quelque 160 œuvres que Victor Horta compte à son actif,  maisons, villas  et hôtels privés, galeries marchandes et grands magasins, musées,  socles et monuments funéraires, pavillons, ....consciencieusement répertoriées par Michèle Goslar et remis dans la perspective de leur édification.  Car, et c'est un atout majeur de l'ouvrage, l'auteur présente chaque réalisation, dans le contexte de la vie de Victor Horta, et développe sa dévolution, de sa construction à nos jours.

Perfectionniste à outrance, bourreau du travail et de journées actives de 18 à 20 heures..., l'"Archi-Sec", doit à son entrée en Loge quelques-unes de ses plus prestigieuses commandes: les hôtels Hallet (voir sur ce blog  nos chronique et visite récentes ), Autrique, Tassel....témoignent du souci qu'avait Horta de s'adapter au style de vie de ses commanditaires pourvu qu'on lui laissât carte blanche de temps - il était lent, refaisant jusqu'à 10 fois ses plans - et d'argent...

Trahisons, deuils, triomphes de sa vie privée et de son parcours professionnel revêtent sous la plume de Michèle Goslar un tour ..passionnant. Et l'on vient à bout de ce volume riche  - de quatre kilos  - d'illustrations et d'un texte serré, magnifiquement couché sur du papier glacé, plus pénétré que jamais par une juste admiration.

Les têtes de chapitres sont synthétiques et éloquentes, qui permettent une sélection de lecture et un retour régulier aux textes qu'elles chapeautent.

Un ouvrage....monumental.

AE

Victor Horta. 1861-1947. L'Homme- l'Architecte - L'Art nouveau, Michèle Goslar, monographie, Fondation Pierre Lahaut, Fonds Mercator, beau-livre,  mai 2012,  566 pp, 150 €

Billet de ferveur

AE: Michèle Goslar, vous dédiez l'ouvrage à Michel Gilbert, propriétaire de plusieurs maisons Horta (les Hôtels Vincq, Winssinger et Hallet et jusqu'il y a peu, la Villa Carpentier) et célébrez l'authenticité de son souci de restauration. Il accomplit là un travail inestimable:

Michèle Goslar: Au départ, je comptais dédier le livre à Jean Delhaye, architecte lui-même et disciple de Horta, qui a œuvré toute sa vie pour sauver des réalisations de l’architecte gantois. Mais, j’ai douloureusement constaté, durant mon enquête, que plusieurs immeubles acquis pour les sauver avaient été complètement saccagés à l’intérieur car Jean Delhaye était persuadé qu’ils ne pourraient résister au temps qu’en les transformant en immeubles de bureaux ou d’appartements. Ce fut le cas notamment des hôtels Dubois (avenue Brugmann) et Deprez (rue Boduognat)… A l’inverse, Michel Gilbert, qui a aussi acquis quatre hôtels de Horta, les a restaurés, parfois seul (hôtel Vinck), parfois avec l’aide de l’IRPA, mais toujours en restituant l’état le plus proche de l’origine. Ce travail et cette dépense méritaient que je les honore.

AE: avez-vous eu des contacts avec les petits-enfants Laruelle ou tout autre membre de la famille Horta pour rédiger sa biographie?

Michèle Goslar: J’ai, en effet, contacté Christian Laruelle, arrière-petit-fils de Victor Horta, pour obtenir des renseignements sur sa grand-mère, Simone Horta, et la famille. Mais il m’a dit ne pouvoir m’aider d’aucune sorte…

AE: La correspondance de Victor Horta, dont vous citez des bribes, a-t-elle été un moyen commode de cerner sa vérité?

Michèle Goslar: Mes sources essentielles ont été les Mémoires de Horta, mais aussi et surtout les archives (Travaux publics, archives juridiques, archives institutionnelles (CPAS, Cedom (Loge), Musée Horta…etc) et, bien sûr, la visite des immeubles construits par Horta et les discussions avec leurs propriétaires. Je n’ai, malheureusement pas eu accès aux archives Wittamer… La correspondance avec Ilse Conrat Twardowski est la seule où Horta, considérant un peu sa correspondante comme une confidente, confie ses sentiments et dévoile son amertume, notamment à l’égard de son pays. Je l’ai retranscrite et elle est désormais consultable au Musée Horta.

AE: De son origine sociale - il est issu d'un milieu d'artisans - à sa mort assez solitaire, bien des points  et sans doute un génie commun rapprochent Victor Horta d'Antoni Gaudi, le célèbre architecte barcelonais, de 9 ans son aîné. Seriez-vous tentée de creuser un jour la comparaison?

Michèle Goslar: J’ai beaucoup d’admiration pour l’œuvre de Gaudi. J’ai eu l’occasion de voir la Sagrada Famillia que la ville de Barcelone continue à édifier et je rends hommage à un pays, l’Espagne, qui n’a rien détruit de ses architectes Art Nouveau. Mais le génie de Gaudi, baroque à souhait, me parle moins que celui de Horta : ses œuvres présentent un côté « organique » très dérangeant là où Horta est rationnel et élégant, léger et tout en harmonie et finesse. Comme le style de Hankar peut être lourd ou  celui de Van de Velde mièvre… Seul le style de Horta me touche dans toutes ses manières et jusqu’à sa dernière réalisation.

AE: Passer treize années aux côtés d'un génie, à scruter sa vie, ses réalisations, les atteintes bonnes ou pernicieuses qu'on lui a portées,  ce n'est pas anodin, cela vous forge une vie. Victor Horta fait partie de votre vie, désormais:

Michèle Goslar: Tout comme Marguerite Yourcenar, à qui j’ai consacré ma première biographie, Horta fait désormais partie de moi. C’est après coup que j’ai pu constater leurs nombreux points communs : même acharnement dans le travail, même mépris des modes, mêmes déceptions dans le domaine affectif… Horta me touche encore plus car il n’a pas joui, comme Yourcenar, de la reconnaissance unanime de son talent et a connu le saccage de son œuvre de son vivant. Le doute qu’il exprimait sur la valeur de son architecture et sa certitude qu’elle disparaîtrait complètement un jour ont motivé le ton de mon livre, comme si je pouvais le convaincre de la réussite totale de son labeur. Qui sait si l’âme existe ?

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 05 12

Un cahier numéro 11

Marmet-_-a-la-folie5.jpg"L'expérience avait eu pour objectif de récréer une vie résistant à tous les virus et porteuse des remèdes contre les fléaux de l'humanité. Une sorte d'humain médicament, de bébé instrument, une dérive eugéniste en totale transgression avec  la loi , mais autorisée par dérogation exceptionnelle, comme le précisaient les parlementaires"

Convoqué chez le notaire, Pascal Langle se voit remettre un cahier - numéroté 11 - le dernier d'une série rédigée par Ludmilla, sa compagne décédée dix années plus tôt.

 Sa vie prendra dès lors un tour imprévu qui le mettra sur le chemin de trois jeunes filles, Joanna, Marie-Ange et Clémence, programmées à leur insu pour un projet eugéniste, victimes d'une machination démente....

Aux confins des genres du polar,  thriller,  science-fiction, du roman d'amour et même épistolaire - il est question de lettres et de carnets intimes, ces lettres qu'on s'adresse à soi-même - le roman de Pascal Marmet allie une construction bien agencée au rythme judicieusment soutenu d'une plume maîtrisée

AE

A la folie, Pascal Marmet, thriller, Ed. France Empire, février 2012, 180 pp, 19 e

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Romans | Commentaires (2) |  Facebook | |