03 03 12

Conteur d'histoires

 secrets-d-histoire-tome-2-de-stephane-bern-893168120_ML.jpgS'il se définit comme un simple "raconteur d'histoires", Stéphane Bern peut admettre qu'il est un conteur hors pair. En témoigne le succès de son émission télévisuelle Secrets d'Histoire (France 2) et sa version livresque qui en est au deuxième tome. Nourrissant son propos des découvertes d'Alain Décaux, André Castelot, Michel de Decker, Jean-Christian Petitfils, Simone Bertière, .....le célèbre chroniqueur revisite une petite centaine d'énigmes historiques, les éclairant du feu de sa passion, les restituant avec brio, d'une plume légère, rythmée et maîtrisée.

34 questions font le sommaire de ce nouvel opus qui font la part honnête - ,ous jubilons.. - au Grand siècle: Nicolas Fouquet a-t-il été victime d'un complot manigancé par un Colbert désireux de détourner l'attention de ses propres malversations? La Montespan était-elle,  finalement, une empoisonneuse? Anne d'Autriche a-t-elle soudain trahi la France au profit de l'Espagne? Henriette d'Angleterre a-t-elle été empoisonnée par le Chevalier de Lorraine, mignon - si l'on peut dire - de son mari, Philippe d'Orléans? Et René Descartes? Empoisonné, lui aussi?

Au portrait attachant de Liselotte, la (rustique, rugueuse et attachante) Palatine, seconde épouse de Monsieur et d'une Marie-Antoinette, injustement incriminée dans le "scandale du collier", succède celui d'un François Ier, monarque charmeur et charmant, "incarnation d'une certaine douceur de vivre à la française" et d'un Claude Monet, épris de femmes lui aussi.

Les vraies raisons de l'abdication d'Edouard d'Angleterre tiennent moins  à la personne de Wallis Simpson qu'à de douteuses fréquentations. Les vraies relations qui unissent Joséphine de Beauharnais à Napoléon Bonaparte sont moins ....roses que prévu tandis que l'identité de la vraie Joconde est celle d'une simple bourgeoise florentine, ni spécialement riche, ni particulièrement belle."

"Passeport pour un voyage dans le passé" ce deuxième recueil signe, espérons-le, le visa d'un troisième tome.

On en redemande!

Apolline Elter

Secrets d'histoire 2, Stéphane Bern, recueil, Albin Michel, oct.2011, 352 pp, 24 €

Billet de faveur:

AE: Stéphane Bern, ces Secrets d'Histoire que vous nous révélez avec un enjouement..passionnant résonnent comme des "rétro-scoops" . Le premier tome s'est vendu à plus de 60.000 exemplaires et a atteint un public varié, parfois très jeune, heureux de (re)découvrir une Histoire, offerte à la manière d'un polar. Vos séances de dédicaces sont affables et chaleureuses, à votre image. Quel public rencontrez-vous lorsque vous venez en Belgique?

 Stéphane Bern: Chaque fois que je viens en Belgique - comme c'est le cas cette année encore pour la Foire du Livre - je suis impressionné par la qualité d'écoute, l'intérêt réel manifesté par le public pour l'Histoire et j'ajouterais l'expression d'un sentiment chaleureux, une sorte de complicité avec moi car je défends depuis longtemps le rôle unificateur et pacificateur de la monarchie belge.

Tout cela réuni, et le fait de mes origines luxembourgeoises, plaide sans doute en ma faveur auprès d'un public belge fidèle et attentif autant que sincèrement gentil à mon égard.

Je les remercie du fond du coeur.

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 Foire du Livre de Bruxelles: Stéphane Bern dédicacera ses ouvrages, ce samedi 3 mars, de 14h à 16 heures, auprès du stand Dilibel (115)

 Ajoutons à ce billet l'information  qui nous est communiquée par les Editions Albin Michel:

"Stéphane Bern, pour son livre Secrets d’histoire 2, a reçu le Prix Roland Dorgelès, distinction littéraire délivrée pour les professionnels de la radio et de la télévision qui se distinguent dans la défense de la langue française. La remise du prix a eu lieu le 7 février 2012 au ministère de la culture."

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01 03 12

Victor Hugo, pas à pas...

9782873867751.jpgPointons pour ce premier jour de la Foire du Livre de Bruxelles , la rencontre qui aura lieu à 18 heures, dans le Forum, avec Kris Clerckx, autour de Victor Hugo et de l'ouvrage tout frais sorti des presses des éditions  Racine: Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris.

Balisant un circuit littéraire et touristique de 8 étapes, au départ de la Grand-Place de Bruxelles vers Paris,  le journaliste Kris Clerckx (De Standaard) décrit avec précision les lieux qui conservent, à des degrés divers, l'empreinte de l'illustre écrivain ou de Juliette Drouet, sa maîtresse... C'est bougrement intéressant.

Exilé en notre Capitale, en décembre 1851, le poète s'en institue observateur bienveillant et ..exigeant. Rétif à l'idée de parcourir le champ de bataille de Waterloo et les souvenirs cuisants d'une défaite, Victor Hugo attendra l'été 1861 pour opérer enfin les repérages utiles à l'écriture - en cours - des Misérables.   Le premier tome de l'oeuvre sera publié un an plus tard auprès de l'éditeur bruxellois,  Lacroix.

Villers-la-Ville, Namur, Dinant, Beaumont, Binche, Mons, Beloeil, Antoing, Tournai....ponctuent à leur tour le périple wallon, adresses de logement à l'appui,  avant le passage de la frontière française via le Nord-Pas de Calais. Un plongeon en Normandie nous rappelle la tragédie de Villequier: mariée à Charles Vacquérie, fils d'amis des Hugo, Léopoldine, la fille chérie du poète est happée, lors d'une excursion en bateau,  par une vague gigantesque et se noie dans les eaux de la Seine.

Huitième  - mais non des moindres-   étape de ce périple, le Paris de Victor Hugo nous mène du Panthéon, sa dernière demeure à la Place des Vosges  où il résida quelques années avec sa famille grâce au succès de Notre -Dame de Paris. La Maison de Victor Hugo se visite (gratuité)  - nous y reviendrons un de ces jours - 7 pièces  sont consacrées à une exposition permanente de meubles, écrits et objets lui ayant appartenu.

Clairement présenté, richement illustré, l'ouvrage de Kris Clerckx offre un magnifique éclairage sur le parcours d'un homme hors du commun

AE

Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris - Kris Clerckx, beau livre, éd. Racine, mars 2011, 176 oo, 22,95 €

A l'issue de la conférence, l'auteur se prêtera à une séance de dédicaces et de rencontre avec les lecteurs, de 19h à 20 h, au stand des Editions Racine (222)

25 02 12

Rosa...Sand

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" (...) fut-elle seulement un peintre animalier ou un peintre de paysages mettant en scène des animaux? Le problème est plus complexe  qu'il n'y paraît au premier regard, comme toujours chez cette femme qui ne ressemble à aucune autre ou presque."

Biographie magistrale de Rosa Bonheur (1822- 1899) peintre des Labourage nivernais et  Marché aux chevaux,  l'ouvrage de Gonzague Saint Bris trace l'extraordinaire force rebelle et tranquille qui permit à cette femme  hors normes d'acquérir et de conserver une indépendance à tout crin, une totale émancipation et de se distinguer de la plupart de ses contemporaines.

Mondialement connue de son vivant, particulièrement appréciée des milieux anglo-saxons, cette  adepte de la pensée saint-simonienne, acharnée du travail,  frénétique de la Nature, chimiste des couleurs - qu'elle fabriquait elle-même, "toujours très perspicace dans la gestion de sa carrière"  adopta, à l'instar de George Sand, l'allure vestimentaire masculine et vécut de longues années de discrète idylle avec son amie Nathalie Micas, puis, à la mort de celle-ci, avec l'Américaine, Anna Klumpke, qu'elle institua légataire universelle.

Spécialiste de la célèbre épistolière de Nohant (chère à notre blog...) Gonzague Saint-Bris traque les multiples traits qui rapprochent Rosa Bonheur d'une George Sand, de dix-huit ans son aînée, dans la fraternité d'un génie paysagiste commun. Une George  dont Rosa lira avec..bonheur les œuvres et qu'elle qualifiera de "sœur de plume'

"Et pourtant, à aucun moment, ne semble-t-il, ces deux femmes ne vont se rencontrer"

Mais telle la demeure de Nohant, le château de By garde intacte l'âme de son occupante:

"Si Rosa Bonheur - tous ses contemporains en témoignent - passe pour une femme exceptionnelle, exceptionnelle est aussi la conservation, pratiquement intacte, de son atelier de By, qui nous permet, plus d'un siècle après sa mort, de pénétrer dans son intimité, comme les privilégiés, admis à son époque, dans ce véritable sanctuaire de la nature et qu'elle recevait avec une hauteur courtoise, à la manière de ces princesses habituées dès l'enfance, à recevoir les hommages publics, même si, dans son cas, ceux-ci étaient dus à son génie et non à sa naissance."

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Rosa Bonheur - Liberté est son nom, Gonzague Saint-Bris, biographie, Robert Laffont, février 2012, 250 pp + 8 pages de reproductions, 20 €

 Billet de faveur

AE – Gonzague Saint-Bris, vous déplorez le « rendez-vous manqué » de George Sand et de Rosa Bonheur. Devriez-vous  organiser une rencontre entre les deux châtelaines, choisiriez-vous le cadre de Nohant ou de By ?

Gonzague Saint-Bris :  Evidemment Rosa aurait certainement trouvé son bonheur à Nohant. De même Sand, qui partageait les mêmes passions, aurait sans doute trouvé son compte au château de By.

 Mais il est des rendez-vous manqués du passé que l'avenir peut réparer ou  que le présent peut même mettre en scène. Ayant écrit d'abord sur George Sand, la dame de Nohant et ensuite sur Rosa Bonheur, la dame de Thomery, je suis en mesure de vous inviter à assister à leurs retrouvailles virtuelles dans un lieu merveilleux, inspirant, enthousiasmant et exotique à Paris où l'on grignotte au bar avec bonheur : LE ROSA BONHEUR, une guinguette de tradition au 2 allée de la Cascade au bord du parc des Buttes Chaumont.

 agenda.jpgLe soir de la Journée de la Femme, le 8 mars 2012 à partir de 18h00, sera donné au ROSA BONHEUR (01 42 00 00 45) une LECTURE-SIGNATURE-DEDICACE en l'honneur de la sortie de mon livre : Rosa Bonheur, Liberté est son nom (éd. Robert Laffont) . Venez tous à cette fête de l'esprit où vous pourrez assouvir toutes vos gourmandises et fêter à la fois la Femme, George, Rosa et les autres...

 

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23 02 12

Parmentières

preview.jpgVous parler pommes de terre

Sur un blog littéraire?

Va falloir argumenter.

Je l'avoue, je n'ai pu résister:

- à l'historique qui vit apparaître les premiers tubercules, il y a de cela quelque 8000 années, aux "papas" incas, à la parmentière de d'Antoine-Augustin jusqu'à cette "frite" qui colle à notre belgitude comme un chewing-gum sur le revers d'une chaise

- à la nomenclature délicieuse, féminine (et parfois inconnue) de nos céciles, francelines, gourmandines, charlottes, nicolas, annabelles, plate de Florenville, victorias, milvas, marabels, exemplas, bintjes, ukamas...et prodigieuses vitelottes.

- à l'énoncé de leurs qualités nutritives et d'un label "Terra Nostra" dûment protégé,  si clairement exposé , judicieusement illustré, par l'auteur de l'ouvrage, Michel Boreux, ardent défenseur de la gastronomie ardennaise, propriétaire du complexe hôtelier, l'Auberge de la Ferme (à Rochehaut-sur-Semois), animateur de l'émission Table & Terroir, diffusée sur les ondes hertziennes de la région.

- à celui des recettes, fondantes, séduisantes, incontournables, provocantes...dans leur présentation photographiques.

A nous, à vous, les potiquet de moules, croustillants, tortillas,dauphines  et javanais de bintjes, rattes en sucettes, cannelloni, millefeuilles, velouté de vitelottes, madeleines, boulettes, brioches craquettes de victorias ou leurs samosas farcis aux ris-de-veau, sushis de cécile - elle en sera consolée - francelines soufflées -il me semblait bien -  et tarte tatin de foie gras.

Il ne fait pas de doute, la pomme de terre a recouvré ses lettres de noblesse

Apolline Elter

Pommes de terre - 100 délicieuses recettes par Michel Boreux - éditions Weyrich, février 2012 -  livre cartonné 226 pp - 29 €

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22 02 12

A Sylvie

9782234070899FS.jpg" Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds , en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant"

A son épouse dont il a partagé la vie durant 40 ans, Jean-Louis Fournier rend l'hommage d'une longue, très longue lettre, rythmée de courtes apostrophes. Tendre, percutant, lapidaire mais surtout très affligé par le départ de Sylvie, l'auteur évoque les situations inévitables, ironiques ou absurdes, auquel un veuf est confronté mais aussi la nostalgie des bons moments passés ensemble.

 " J'ai des moments de répit dans mon chagrin quand j'écris. J'ai l'impression de t'écrire et que tu lis par-dessus mon épaule.

 J'espère que mon livre va te plaire. Je voudrais que ce soit un livre en couleurs. J'ai l'impression de raviver nos souvenirs.

  Avec le temps, les couleurs avaient un peu pâli."

Veuf,  Jean-Louis Fournier, récit, Ed Stock, octobre 2011, 160 pp, 15, 5 €

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16 02 12

Les lendemains de la Saint-Valentin

La guerre des Rose frappe à la porte 9782226240125FS.jpgdes couples de légende, unis pour le meilleur et pour le rire - grinçant - de la déconvenue.

Traquant les anecdotes, les bons mots, les règlements de compte incisifs, Marc Pasteger publie en ce temps valentin une "petite anthologie irrésistible de l'amour vache."

Savourons:

"Lady Astor, première femme à avoir siégé au Parlement britannique,  n'aimait pas Churchill qui le lui rendait bien. Elle lui lança un jour:

- Si vous étiez mon mari, je mettrais du poison dans votre thé.

Ce à quoi le grand homme répliqua du tac au tac:

- Si vous étiez ma femme, je le boirais certainement."

AE

Je t'aime...toi non plus! Petite anthologie irrésistible de l'amour vache, Marc Pasteger, Albin Michel, février 2012, 178 pp, 10 €

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11 02 12

Espèce de savon à culotte

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 … et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps.

 Et à vous, estimés visiteurs…

 Le roman de Sophie Arnould ( JC Lattès, mai 2010 - cfr chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/07/15/le-roman-de-sophie-arnould.html) nous avait déjà ouvert l’appétit de métaphores et d’expressions du Siècle des Lumières.  Passionnée par un XVIIIe siècle, effronté et plutôt… libéré,  Catherine Guennec nous revient avec un recueil étoffé et exquis de noms d’oiseaux de l’époque : Les ahuris de Chaillot, bigresses, bougresses, claudes, croquefredouilles, arpenteurs de guinguette, Marie Jacasse, Jean-fesse.. disputent la vedette aux lessivés (ondulés) de la toiture, cuisinières d’archanges, pisse-verglas et autres auteurs..mal reliés, hérités d’une certaine « littérature poissarde ».

 « Crus, osés, grossiers, imaginatifs, drôles, indélicats, ..ces « gros mots » appartiennent bien sûr à la langue populaire et sont essentiellement portés par l'oral. Difficile dès lors de les retrouver. Difficile mais pas impossible. Surtout que le cœur du XVIIIe siècle nous offre avec Vadé, "le Corneille des ruisseaux", et ses imitateurs (le plus souvent anonymes), son incroyable littérature poissarde. Un genre méconnu qui a largement nourri cet ouvrage et mérite à plus d'un titre qu'on s'y attarde."

 Un recueil trrrrrrrrrès savoureux.

 Qui coiffera, sapristi, plus d’un anthropopithèque !

 Pas de doute, on en redemande.

 Apolline Elter

 Espèce de savon à culotte !… et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps., Catherine Guennec, recueil, Editions First, fév.2012, 272 pp, 13,5 €

 

 Billet de ..saveur

 AE: Préfaçant votre ouvrage, Philippe Delerm vante l'insolence et la liberté  qui souffle sur le français du XVIIIe siècle: " Au XVIIIe, sûre de ses fondamentaux, la langue française prend un grand coup de frais" . Voilà qui fait du bien après un XVIIe siècle plutôt classique.  Ce vent de fraîcheur va-t-il s'essouffler ou s'amplifier au XIXe siècle?

 Catherine Guennec:Le XIXe siècle, c’est le français moderne. Avec l’apparition de nouveaux termes (politiques, sociaux, scientifiques…) Les dictionnaires se font de plus en plus gros. La langue populaire et l’argot s’immiscent en littérature. Soit. Et la langue fait preuve comme toujours d’une capacité de création et de renouvellement mais moi, je n’y retrouve pas cette petite « musique », ces petites folies… qui me font préférer le siècle des Lumières où à côté des préciosités mondaines des salons apparait une prose incisive, mordante qui s’affirme avec les philosophes. Le Français devient une grande langue diplomatique internationale, parlé dans toutes les cours des rois et les ambassades quand parallèlement il se fait drôle, imaginatif, débridé, provocateur… avec notamment le genre poissard qui reprend sans fausse pudeur les mots de la rue et des halles. Pour exploser de bonne humeur, d’insolence, d’incongruités «  qui sonnent dru, qui sonnent vrai, qui disent l’amour de la vie » comme l’écrit si justement Philippe Delerm.

 AE: Certains mots  ont évolué et semblent avoir changé de connotation au cours du temps. Je songe à "astrologue", qui n'est plus une injure aujourd'hui ou à "arsouille" dont la connotation est plus tendre désormais que celle de "mauvais sujet, fêtard, voyou". Ce doit être passionnant d'étudier, aussi, l'évolution sémantique des vocables:

 Catherine Guennec: Oui, le sens de beaucoup de mots glisse au fil des ans. Et c’est très amusant de voir les changements de signification pour un même mot : c’est vrai pour astrologue, artichaut, bestiole, cupidon, cœur, charrue, arbalétrier…

  L’intérêt de cette recherche est triple en fait, indépendamment du plaisir  de croiser de succulentes expressions :

  -         Elle fait découvrir des mots et des expressions anciennes qui ont su traverser les années et rester en usage

  -         Elle met en avant leur changement - ou pas-  de sens

  -         Elle remet enfin en lumière des mots complètement oubliés.

  Mon travail peut aussi se résumer par un «  à la recherche des mots perdus »… Qui se souvient encore de gogurlu, béjaune, rigri, coquefredouille, ramasse-ton-bras, Nicolas tac tac, Roger bon temps, Perrette à l’oignon…

 AE: Vos recherches sur les injures - étayées par une impressionnante bibliographie - ont dû vous mettre sur la voie de délicieux mots doux... Pourriez-vous en évoquer certains, en cette période de Saint-Valentin?

 Catherine GuennecMes recherches m’amènent effectivement à faire de jolies rencontres. Des trésors de vocabulaire oublié qui m’ont  d’abord séduite pour leur musique, leur joliesse et qui m’ont aussi fortement intriguée. Parce que leur sens m’échappait. Que voulait dire par exemple : un endormeur de mulot, un soupir du Danemark, un cataplasme de Venise ? Que voulait dire encore faire un trou à la lune ou la prendre avec ses dents ? s’amuser à la moutarde ? avoir le soleil qui luit dans le ventre ? voir des anges violets ?  rêver à la Suisse ?...  Je traque  tous ces mots, ces expressions. J’en ai une collection impressionnante ! Les gros mots et les insultes d’autrefois qui paraissent aujourd’hui ne sont qu’un volet de mes recherches qui comportent, aussi,  bien entendu, l’incontournable thématique de la douce chose…

 Pour la Saint Valentin, soyons donc « tournés à la friandise » et préparons-nous, heureux pélerins de Cythère,  à  faire la carpe pâmée, à jouer de la harpe…  et recevoir en pluie nourrie  tous les cachets de l’amour (des baisers) Refusons de  mourir comme les citrouilles  (disparaitre sans avoir connu l’amour). Ne faisons pas trois queues d’une cerise  (se refuser sous de futiles prétextes). Préférons mourir tout debout ! (avoir fortement le béguin)

 Autres jolis petits mots encore :

 Voici l’entendourinette (une petite curieuse qui écoute aux portes les secrets des amoureux au risque de se mettre le feu aux oreilles), les bagatelles de la porte (les préliminaires)…

 Finissons par de plus « salés »  comme : passer du B dur au Bémol (perdre de sa vigueur…), folichonner l’as de trèfle, saigner une femme entre les orteils (lui faire l’amour), trinquer du nombril, faire du potage à quatre genoux, faire zon…

 Les expressions sont nombreuses et croustillantes. Une petite dernière encore et pas des plus laides : faire les yeux en coulisses (faire les yeux doux). Joli, non ?

 

09 02 12

Je suis la femme la plus heureuse du monde

9782268072708FS.jpgSacrée Soeur Emmanuelle. Voici trois ans que vous nous avez quittés, à l'aube de votre (premier) centenaire...et nous avons dans l'oreille cette voix haut perchée, convaincue, convaincante qui ajoutait  un timbre mémorable au charme irrésistible de votre grand âge et de votre - fameuse- personnalité.

"Quelle grâce de n'avoir rien d'autre à faire que d'être la "soeur universelle" de tous ceux que je rencontre chaque jour: je n'ai rien d'autre à faire que de les écouter, les regarder, leur souhaiter tout le bien possible, comme une soeur attentionnée et affectueuse. Je n'ai rien d'autre à faire que d'aspirer l'amour du coeur de Dieu pour le respirer et l'expirer autour de moi! Quelle chance d'être vieille!"

Transcrivant de manière thématique et structurée une série d'entretiens qu'elle eut, entre 2004 et 2006 avec Soeur Emmanuelle, Angela Silvestrini, membre de la communauté laïque et romaine de Sant'Egidio,  réactive le témoignage vital de la célèbre chiffonnière du Caire.

Vieillesse, pauvreté, mort, éternité, prière, dialogue oecuménique..arborent vigueur et lettres de noblesse dans les propos d'une femme qu'une vie d'amour universel  et  22 ans passés au sein des bidonvilles du Caire on rendue " la femme la plus heureuse du monde".

Consacrée à l'héritage de Soeur Emmanuelle, la dernière partie de l'ouvrage fait le point sur les projets en cours en France et en Egypte. Pour chaque livre acheté, 1 € sera versé à Asmae, association des amis de Soeur Emmanuelle.

Puissiez-vous, chère Soeur Emmanuelle, désormais tutoyer Dieu avec l'entrain que nous vous connaissons.

Apolline Elter

Soeur Emmanuelle. Entretiens avec Angela Silvestrini. Je suis la femme la plus heureuse du monde.Document. Editions du Rocher, janvier 2012 (traduit de l'italien par Sylvie Garoche), 236 pp, 17 €

 

 

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07 02 12

Le balai libéré

9782709636841-G.jpg"Je pense,  donc j'essuie"

Balayées les images poussiéreuses de la ménagère du siècle écoulé, l'entretien du nid familial devient une activité branchée, bénéfique pour la santé physique, mentale, le moral, le bien-être perso et, pourquoi pas, celui de son entourage.

Du "win-win" en quelque sorte.

Promu instrument de pouvoir, de domination,  d'abdominaux et de fessiers, le balai remplit à l'envi la mission qui lui est confiée: faire place nette, se promouvoir berceau de créativité.  Vermeer l'a bien compris qui place  l'instrument au premier plan de sa célèbre Lettre d'amour. (+/- 1669-1670)

Moyen idoine pour ancrer la vie et ses dérives virtuelles dans une activité terre-à-terre, gratifiante et sensorielle, le ménage est devenu l'apanage des stars, des écrivains, des conjoints et des familles.

Que demander de plus?

Un petit nid propre et cosy.

Aspirons-y!

Pardi.

Apolline Elter

Apologie des petites corvées- Les plaisirs secrets du ménage , Anne de Chalvron, essai, JC Lattès, janvier 2012, 228 pp, 12,5€

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05 02 12

Vita Sackeville-West

une_annee_amoureuse_dans_la_vie_de_virginia_woolf_01.jpg"Je ne veux plus quitter le monde du vrai pour celui du faux. J'aimerais oser la première personne, ne plus me perdre, ni me tromper. Je crois aux histoires inventées mais je crains le roman et les héros de papier. Au-delà du point final, le roman continue d'exister "  écrit Virginia (Woolf) dans son Journal.

De la relation amoureuse, complexe et nourrie de jalousie qui la lie à Vita Sackeville-West, aristocrate fantasque, écrivain elle aussi, Virginia Woolf façonne son célèbre Orlando.

"(...) Orlando existait par sa faute, et ce héros bâti sur des indiscrétions et des commérages était le fruit de sa faiblesse."

Et celui de sa rédemption.

C'est un voyage au coeur de la création littéraire que nous propose Christine Orban, rééditant, en ce début d'année, le texte d'Une année amoureuse de Virginia Woolf (1990). Décortiquant le processus d'écriture jusque dans sa composante graphologique et celui d'un d'amour  en trio -  Léonard, mari et éditeur de Virginia, aura la bienveillance suprême de laisser la relation des deux femmes suivre son cours - la romancière scrute les mouvements de l'âme woolfienne, les blocages de sa vie sexuelle et sociale, leur résolution virtuelle.

Et puis, il arrive que les héros se rebiffent,  s'affranchissent de l'autorité de la plume, entamant ainsi un dialogue aussi surréaliste que fondamental avec l'auteur:

" - Je m'appelle Orlando..J'ai trente ans et j'aimerais vivre la vie normale d'un garçon de mon âge.

Virginia étendait sa couleur sans attention ni précaution particulière. Orlando l'exaspérait. Comment répondre au caprice d'un héros de papier quand il demande l'impossible? Depuis quelque temps, les raisonnements et les comportements étaient ceux d'une femme. Il n'a plus envie de cravacher son cheval, ni de chevaucher à cru sa monture, il veut être obéissante, parfumée, revêtue de délicieux atours, fatale pour conquérir."

AE

Virginia et Vita, Christine Orban, roman, Albin Michel, janvier 2012, 234 pp, 17 €

 Billet de faveur

AE : Christine Orban , thème et écriture de l’ouvrage sont d’une actualité singulière. Avez-vous retravaillé le texte d’Une année  amoureuse de Virginia Woolf ?

Christine Orban :  Cela peut être une épreuve de se relire… On peut se décevoir, Zelda Fitzgerald écrivait à Scott «  Tantôt je me sens un Titan, tantôt je me sens un avorton de trois moi », je l’ai échappée belle, j’ai été « l’écrivain confirmé qui relit la jeune romancière » et j’ai corrigé les trois premiers chapitres, à vrai dire j’étais heureuse de  redécouvrir des détails concernant la vie de VW que j’avais oublié , d’apprendre  de la « jeune romancière », de constater avec plus de recul que le sujet tenait la route et me passionnait toujours…

 

 «  Vita n’était pas l’inspiratrice d’Orlando : la détonatrice seulement. »

AE : La relation de Vita et de Virginia est-elle, au fond,  libératrice ?

Christine Orban: Un écrivain est toujours porteur du sujet, la rencontre agit comme un détonateur . Vita a joué ce rôle. Mais Orlando est un homme qui se transforme en femme, qui va vivre quatre siècles…on est loin de la réalité et en même temps grâce à cette distance romanesque, Virginia va se permettre d’en dire plus que dans une biographie classique, tout en l’utilisant, tout en la vampirisant, tout en la couchant  sur une feuille de papier …

AE : un héros qui change de sexe, au cours du récit, ce n’est pas courant.  Quelle place revêt Orlando dans le parcours de la célèbre romancière. ?

Christine Orban :   C’est un livre révolutionnaire pour l’époque, on pourrait dire une biographie imaginaire dont le héros androgyne est réfractaire à la société patriarcale, Virginia Woolf, parlait de «  Livret », c’est un roman d’aventure à la manière de VW, c’est à dire  que c’est aussi un roman psychologique grâce à la capacité extraordinaire de Virginia de peindre les sentiments et les relations entre les êtres humains.

Ne pas oublier que Vita s’est reconnue…

 

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