19 05 12

Une monographie..monumentale

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Notre blog est en liesse de célébrer, en ce week-end ascensionnel, la naissance - attendue - de la monographie magistrale que Michèle Goslar consacre à l'architecte - belge -  de génie, Victor Horta.

Publication conjointe du célèbre Fonds Mercator et de la Fondation Pierre Lahaut, l'ouvrage, prestigieux, magnifiquement illustré des plans et réalisations de Victor Horta révèle, d'un texte dense, alerte et vivant, le curriculum vitae exhaustif du "père spirituel de la nouvelle architecture",  fruit de treize années d'un travail  rigoureux, courageux, passionné, signé Michèle Goslar.

Nous  sommes tout simplement ...abasourdis, émus d'une telle œuvre.

" Il fallait le génie de Horta pour créer le Palais de tous les arts dont la Belgique rêvait depuis des lustres. Il fallait son génie pour le réaliser sur un terrain ingrat, tout en tenant compte des servitudes  imposées par l'urbanisme et la Ville. Il le fallait encore pour y intégrer les rêves de tous et créer, sur un seul étage apparent, les 8000 m² et les quarante salles d'exposition souhaitées. Il le fallait enfin pour accepter que la monumentalité, qui ne pouvait s'exprimer à l'extérieur, soit cantonnée à l'intérieur, sans en souffrir"

Quintessence d'un art mis au service de ses commanditaires, le Palais des Beaux-Arts  (Rue Ravenstein - Bruxelles) consacre la reconnaissance publique d'un artiste souvent décrié de ses contemporains, injustement traité par les arcanes du pouvoir. Il est l'une des quelque 160 œuvres que Victor Horta compte à son actif,  maisons, villas  et hôtels privés, galeries marchandes et grands magasins, musées,  socles et monuments funéraires, pavillons, ....consciencieusement répertoriées par Michèle Goslar et remis dans la perspective de leur édification.  Car, et c'est un atout majeur de l'ouvrage, l'auteur présente chaque réalisation, dans le contexte de la vie de Victor Horta, et développe sa dévolution, de sa construction à nos jours.

Perfectionniste à outrance, bourreau du travail et de journées actives de 18 à 20 heures..., l'"Archi-Sec", doit à son entrée en Loge quelques-unes de ses plus prestigieuses commandes: les hôtels Hallet (voir sur ce blog  nos chronique et visite récentes ), Autrique, Tassel....témoignent du souci qu'avait Horta de s'adapter au style de vie de ses commanditaires pourvu qu'on lui laissât carte blanche de temps - il était lent, refaisant jusqu'à 10 fois ses plans - et d'argent...

Trahisons, deuils, triomphes de sa vie privée et de son parcours professionnel revêtent sous la plume de Michèle Goslar un tour ..passionnant. Et l'on vient à bout de ce volume riche  - de quatre kilos  - d'illustrations et d'un texte serré, magnifiquement couché sur du papier glacé, plus pénétré que jamais par une juste admiration.

Les têtes de chapitres sont synthétiques et éloquentes, qui permettent une sélection de lecture et un retour régulier aux textes qu'elles chapeautent.

Un ouvrage....monumental.

AE

Victor Horta. 1861-1947. L'Homme- l'Architecte - L'Art nouveau, Michèle Goslar, monographie, Fondation Pierre Lahaut, Fonds Mercator, beau-livre,  mai 2012,  566 pp, 150 €

Billet de ferveur

AE: Michèle Goslar, vous dédiez l'ouvrage à Michel Gilbert, propriétaire de plusieurs maisons Horta (les Hôtels Vincq, Winssinger et Hallet et jusqu'il y a peu, la Villa Carpentier) et célébrez l'authenticité de son souci de restauration. Il accomplit là un travail inestimable:

Michèle Goslar: Au départ, je comptais dédier le livre à Jean Delhaye, architecte lui-même et disciple de Horta, qui a œuvré toute sa vie pour sauver des réalisations de l’architecte gantois. Mais, j’ai douloureusement constaté, durant mon enquête, que plusieurs immeubles acquis pour les sauver avaient été complètement saccagés à l’intérieur car Jean Delhaye était persuadé qu’ils ne pourraient résister au temps qu’en les transformant en immeubles de bureaux ou d’appartements. Ce fut le cas notamment des hôtels Dubois (avenue Brugmann) et Deprez (rue Boduognat)… A l’inverse, Michel Gilbert, qui a aussi acquis quatre hôtels de Horta, les a restaurés, parfois seul (hôtel Vinck), parfois avec l’aide de l’IRPA, mais toujours en restituant l’état le plus proche de l’origine. Ce travail et cette dépense méritaient que je les honore.

AE: avez-vous eu des contacts avec les petits-enfants Laruelle ou tout autre membre de la famille Horta pour rédiger sa biographie?

Michèle Goslar: J’ai, en effet, contacté Christian Laruelle, arrière-petit-fils de Victor Horta, pour obtenir des renseignements sur sa grand-mère, Simone Horta, et la famille. Mais il m’a dit ne pouvoir m’aider d’aucune sorte…

AE: La correspondance de Victor Horta, dont vous citez des bribes, a-t-elle été un moyen commode de cerner sa vérité?

Michèle Goslar: Mes sources essentielles ont été les Mémoires de Horta, mais aussi et surtout les archives (Travaux publics, archives juridiques, archives institutionnelles (CPAS, Cedom (Loge), Musée Horta…etc) et, bien sûr, la visite des immeubles construits par Horta et les discussions avec leurs propriétaires. Je n’ai, malheureusement pas eu accès aux archives Wittamer… La correspondance avec Ilse Conrat Twardowski est la seule où Horta, considérant un peu sa correspondante comme une confidente, confie ses sentiments et dévoile son amertume, notamment à l’égard de son pays. Je l’ai retranscrite et elle est désormais consultable au Musée Horta.

AE: De son origine sociale - il est issu d'un milieu d'artisans - à sa mort assez solitaire, bien des points  et sans doute un génie commun rapprochent Victor Horta d'Antoni Gaudi, le célèbre architecte barcelonais, de 9 ans son aîné. Seriez-vous tentée de creuser un jour la comparaison?

Michèle Goslar: J’ai beaucoup d’admiration pour l’œuvre de Gaudi. J’ai eu l’occasion de voir la Sagrada Famillia que la ville de Barcelone continue à édifier et je rends hommage à un pays, l’Espagne, qui n’a rien détruit de ses architectes Art Nouveau. Mais le génie de Gaudi, baroque à souhait, me parle moins que celui de Horta : ses œuvres présentent un côté « organique » très dérangeant là où Horta est rationnel et élégant, léger et tout en harmonie et finesse. Comme le style de Hankar peut être lourd ou  celui de Van de Velde mièvre… Seul le style de Horta me touche dans toutes ses manières et jusqu’à sa dernière réalisation.

AE: Passer treize années aux côtés d'un génie, à scruter sa vie, ses réalisations, les atteintes bonnes ou pernicieuses qu'on lui a portées,  ce n'est pas anodin, cela vous forge une vie. Victor Horta fait partie de votre vie, désormais:

Michèle Goslar: Tout comme Marguerite Yourcenar, à qui j’ai consacré ma première biographie, Horta fait désormais partie de moi. C’est après coup que j’ai pu constater leurs nombreux points communs : même acharnement dans le travail, même mépris des modes, mêmes déceptions dans le domaine affectif… Horta me touche encore plus car il n’a pas joui, comme Yourcenar, de la reconnaissance unanime de son talent et a connu le saccage de son œuvre de son vivant. Le doute qu’il exprimait sur la valeur de son architecture et sa certitude qu’elle disparaîtrait complètement un jour ont motivé le ton de mon livre, comme si je pouvais le convaincre de la réussite totale de son labeur. Qui sait si l’âme existe ?

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 05 12

Un cahier numéro 11

Marmet-_-a-la-folie5.jpg"L'expérience avait eu pour objectif de récréer une vie résistant à tous les virus et porteuse des remèdes contre les fléaux de l'humanité. Une sorte d'humain médicament, de bébé instrument, une dérive eugéniste en totale transgression avec  la loi , mais autorisée par dérogation exceptionnelle, comme le précisaient les parlementaires"

Convoqué chez le notaire, Pascal Langle se voit remettre un cahier - numéroté 11 - le dernier d'une série rédigée par Ludmilla, sa compagne décédée dix années plus tôt.

 Sa vie prendra dès lors un tour imprévu qui le mettra sur le chemin de trois jeunes filles, Joanna, Marie-Ange et Clémence, programmées à leur insu pour un projet eugéniste, victimes d'une machination démente....

Aux confins des genres du polar,  thriller,  science-fiction, du roman d'amour et même épistolaire - il est question de lettres et de carnets intimes, ces lettres qu'on s'adresse à soi-même - le roman de Pascal Marmet allie une construction bien agencée au rythme judicieusment soutenu d'une plume maîtrisée

AE

A la folie, Pascal Marmet, thriller, Ed. France Empire, février 2012, 180 pp, 19 e

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15 05 12

Attribution du prix du deuxième roman

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Attributaire du très beau Prix du 2e roman de Marche-en-Famenne,  Murielle Magellan nous fait l'honneur - et la joie - d'une.... réponse de faveur. Nous vous la soumettons et reproduisons, à votre intention, la chronique parue sur ce blog.

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"...c'est pourquoi j'ai la conviction que le drame de maman n'était pas de ne pas avoir de personnalité, mais de se complaire à l'étouffer dans une parodie de normalité."

Fraîchement divorcée, Isabelle est une personnalité éteinte. Elle s'apprête à vivre un mois d'août - 1987 - solitaire, tandis que ses deux enfants Adrien et Romane sont confiés à la garde de leur père.

Son chemin croise alors le trottoir de So What, jeune musicien des rues. A ses côtés,  la vie va imperceptiblement renaître de ses cendres.

Alternant les prises de vie - Isabelle, en 1987, Romane, en 2010 et en 2057 - le roman polyphonique de Murielle Magellan est quête existentielle. "Fileur de comètes",  l'énigmatique So What - Pourquoi pas? - permet à Isabelle de (re)naître à son corps, à la vie.

Graffant la signature de So What, refrain non réfréné,  sur les murs endormis de la ville, Romane s'ouvrira à la vie, quelque vingt ans plus tard, scellant,de la sorte, à son  tour, son destin.

"Le fer

Il a l'air

Comme avant

Mais non

Différent

Même si

Le fer

A l'air

Encore

De Fer"

S'il ne démarre pas pleins feux, le roman de Murielle Magellan attise bientôt l'intérêt du lecteur au foyer bienfaisant d'une très belle histoire et d'une écriture maîtrisée.

Une heureuse découverte.

Apolline Elter

Un refrain sur les murs, Murielle Magellan, roman, février 2011, 248 pp, 18 €

  Murielle Magellan est , nous vous l'annoncions,  l'élue du prix du deuxième roman, décerné ce dimanche 13 mai 2012,  à Marche-en- Famenne, au terme d'un week-end festif, ponctué de rencontres avec ses lecteurs et d'un spectacle magistralement orchestré par Philippe Vauchel (compte rendu: cliquer sur le logo du Festival en vitrine du blog)  

Billet de faveur

AE : Murielle Magellan, votre participation en janvier 2012 à Paris de femmes  a déjà fait résonner votre nom aux…. yeux  des visiteurs de ce blog. La foule était  dense, dimanche, à Marche-en-Famenne , qui a élu Un refrain sur les murs, lauréat du premier prix du 2e roman. Que retenez-vous de l’expérience de ce week-end ?

Murielle Magellan : Une grande joie. Celle de l'échange avec les lecteurs, pointus, passionnés, enthousiastes. C'est assez rare dans la vie d'un "jeune" auteur d'avoir tant de lecteurs d'un coup! Puis, la joie de découvrir  l'ampleur de l'événement.  Nous n'en revenions pas! L'accueil si chaleureux, des organisateurs, la foule, le spectacle si drôle, l'attente inquiète des résultats... Il me semble que le premier vainqueur de ce week end  est le livre, et plus largement, la littérature.

Enfin, la joie de recevoir le prix. De voir que ce "refrain" continue sa route, fait son chemin, se fredonne.

Il y avait là un élan qui donne envie d'écrire, encore. De continuer.

Merci.

Et merci également pour ce "billet" sur votre blog, dont j'apprécie le ton, le côté elliptique,  et la poésie...

 

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10 05 12

Sagesse séculaire

les-dix-enfants-que-madame-ming-n-a-jamais-eus-cover.jpg" De la Chine de Mao, madame Ming conservait l'égalitarisme; de celle de Confucius, elle perpétuait l'humanisme."

Appréhendée en sa sagesse profonde, nourrie de proverbes séculaires, Madame Ming exerce, avec dignité, le métier de préposée aux toilettes. Elle fait ainsi la connaissance du narrateur et, la première réserve passée, lui dévoile peu à peu le portrait de ses enfants.

"L'expérience est une bougie qui n'éclaire que celui qui la tient"

Et si ce conte - philosophique - prétendait précisément le contraire?

De sa bougie empreinte de bienveillance,  d'expérience de maturité et de ..maternité,  Madame Ming emmène le narrateur, à travers sa galerie de portraits, véritable Comédie humaine, à établir les bases de la paternité.

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Scmitt, roman, Albin Michel, avril 2012, 116 pp, 12 €

Festival de la Correspondance de Grignan:  Thème de l'année: les philosophes.

Eric-Emmanuel Schmitt est attendu au Festival, le jeudi 5 juillet à 15 h30, pour un entretien avec Karine Papillaud , centré sur  la veine romanesque de la philosophie.

 

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08 05 12

Huis clos

9782742799527.jpg" Mon nom est Arezki et, d'ordinaire, on ne m'appelle pas. J'ai trente ans et vis au sommet d'une tour claire noyée dans le ciel (...) La tête penchée dans le vide, les yeux fermés, je tente de comprendre le pourquoi d'une existence dénuée de sens, sans plaisir, menée à huis clos comme si le monde autour de moi avait disparu."

Issue du viol collectif de sa mère, la belle Nour, Arezki ignore tout des circonstances de sa naissance. Elles lui seront révélées de façon brutale via  son entourage et des chapitres "off" centrés sur quelques protagonistes de ce crime odieux:

"Nous vivions au coeur d'un système arabe où l'érotisme et la violence étaient les deux alibis d'une époque fondamentalement privée d'amour et qui trouvait dans l'échauffement sexuel une forme de compensation à son incurable sécheresse."

Tout est dit.

Finement ciselé d'une écriture choisie, travaillée, raffinée et dure à la fois,  le roman aborde le thème de la répression sexuelle, du  point de vue des hommes et d'une culpabilité traînée pendant plus de trente ans.

De Paris à l'Algérie, le destin maudit les auteurs d'un tel saccage.

Le plus surprenant est que ce  - court- roman ait été écrit par une femme et qu'il ait échappé à ma vigilance lors de la rentrée littéraire...

AE

L'ampleur du saccage, roman, Kaoutar Harchi, Actes Sud, août 2011, 120 pp, 15 €

Repository.jpgLe livre est repris à la sélection du prix du 2e roman  (Marche-en-Famenne) qui sera attribué ce dimanche 13 mai; Il avait été invité aussi à être de la sélection du prix IIe titre,  octroyé par la Maison Colophon, à Grignan..

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 04 12

" Un monde de passion peuplé de bien étranges oiseauxé

9791090175037FS.jpg" Ce n'est pas croyable! C'est le genre de choses qui ne se passe que dans les romans... Seize ans pour exhumer trois lettres d'un tiroir, ce n'est pas terrible pour un archéologue, tu l'avoueras!"

Surgissant dans la vie de Margaux après un silence inexpliqué de seize ans, Howard Lejeune, éminent archéologue, l'arrache à sa routine parisienne pour l'emmener en Syrie, sur un chantier de fouilles, majeur pour l'Histoire de l'Humanité: il s'agit d'expliquer le "destin ultime de Lugalzagezi", roi de Sumer et de dater sa mort avec précision.

Cédant à la double résurgence de sa passion amoureuse et scientifique, Margaux intègre l'équipe de la mission. Elle en observe les personnalités avec un regard empreint d'humour et d'acuité:

" Puis il y avait Clémence, la doyenne du groupe, qui exerçait la profession de paléoanthropologue. A plus de quatre-vingts ans, l'essentiel de ce qui différenciait cette antique demoiselle de son sujet d’étude était une couche de peau ridée recouvrant son ossature et le fait qu'elle avait l'usage de la parole. Clémence parlait plus que Cévé, ce qui n'était pas difficile, usant d'un vocabulaire suranné qui ne lui servait qu'à exprimer des idées positives et un émerveillement immarcescible pour tout ce qui l'entourait"

Oscillant entre complicité et ...frustrations, le couple  formé par Margaux et Howard s'engage dans le chemin ardu des fouilles  - on doit à Marie-Eve Sténuit une relation vivante et précise du mode opératoire de celles-ci - et de l'éthique scientifique.

"Les ruines n'ont pas de seconde chance"

L’ amour l'aura-t-il?

Le cinquième roman de Marie-Eve Sténuit confirme une plume très belle, subtile,  finement ciselée d'humour, d'(auto)-dérision et de rigueur philosophique.

Je vous le recommande.

AE

Le tombeau du guerrier, Marie-Eve Sténuit, roman, Ed. Serge Safran, avril 2012, 192 pp, 17 €

 Billet de faveur

AE : Marie-Eve Sténuit, vous êtes archéologue, vous dédiez le roman à un archéologue décédé, quelle est la part de vécu dans cette expédition en Syrie :

Marie-Eve Sténuit : Elle est importante bien sûr, certains passages du « Tombeau du guerrier » ont été écrits sur le terrain et les héros de ce livre sont des personnages mosaïques qui doivent chacun un petit quelque chose à l’un ou l’autre de mes collègues. Mais il s’agit tout de même d’une pure fiction. Il y a longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire se déroulant dans milieu de l’archéologie, un monde de passions, peuplé de bien étranges oiseaux. Je crois pouvoir me permettre de le dire, puisque j’en fais partie...

AE :  « Avec  le recul, je réalise que c’est là que se joua mon destin, entre deux bouchées de magret et trois gorgées de graves. » déclare Margaux, émoustillée par ses retrouvailles avec Howard et un charmant dîner en tête-à-tête… On retrouve souvent des propos de table dans vos écrits,  des descriptions ..délicieuses,  rédigées avec un plaisir manifeste. La table a-t-elle une vocation destinale ?

Marie-Eve Sténuit : C’est vrai qu’en y repensant, il y a trois scènes de repas dans ce roman qui n’est pas tellement long. Trois tables différentes, trois atmosphères différentes. Ces scènes ne sont pas gratuites, des choses importantes s’y passent ou y sont dites. Un repas en tête-à-tête ou en famille n’est jamais quelque chose d’anodin. C’est un moment d’intimité et de partage, très révélateur, qui peut déboucher sur le meilleur ou sur le pire. Il y a des scènes de table dans chacun de mes romans, même dans « La veuve du gouverneur » où elles apparaissent plutôt « en creux » puisque je décris une situation de famine sur un navire en perdition et même dans « Le bataillon des bronzes » où les personnages sont des statues qui, en principe, ne mangent pas... Sans doute est-ce parce que je considère la gastronomie comme une des grandes réussites de l’Humanité et le signe d’un degré élevé de culture. (Ou plus prosaïquement parce que j’aime bien manger ?)

AE :  « L’Histoire aujourd’hui devenait mon histoire. Une histoire où la terre était aride, couverte de la poussière des siècles, de millénaires de naissances, d’amours, de destins et de morts. L’aventure que j’étais en train de vivre me parut soudain un grain de sable dans l’immensité de ce désert de civilisations enfouies. »

Est-il meilleure, plus sublime définition de votre métier, de votre passion :

Marie-Eve Sténuit : Il y a certainement beaucoup d’autres définitions possibles, mais l’archéologie est un certainement un métier qui vous donne une perspective particulière sur le monde d’aujourd’hui. A l’échelle de l’Humanité, le destin de nos petites personnes représente encore beaucoup moins qu’un grain de sable. Nous sommes des entités infimes sur la ligne du Temps et parmi les milliards d’êtres qui nous ont précédés et qui nous succèderont. Mais les efforts que nous faisons pour exister et pour faire quelque chose de nos vies ridiculement courtes est précisément ce qui fait notre grandeur et la valeur inestimable de chaque jour vécu, dont il ne faut surtout gaspiller aucune seconde. Jongler avec les millénaires vous apprend vite à remettre les événements à leur juste place.

 

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24 04 12

Apocalypse 2011

9782021058895.jpg" Nous y voilà, me suis-je dit. L'océan dans la rizière de grand-mère Kiku..." Pourtant,  là où nous nous trouvions, nous étions certainement à l'abri, si loin de la pleine mer. J'essayais de me rassurer mais mon estomac s'est mis à gargouiller. Enfin, au bout d'un temps qui a paru durer une éternité, le grondement s'est atténué, le frisson de la terre s'est apaisé et un silence impressionnant est tombé, seulement perturbé par le grincement des structures du lycée, celui des pylônes qui ont continué à dodeliner mollement et, au loin, les sirènes des voitures de pompiers, de police et des ambulances. Nous nous sommes relevés, hébétés."

Revivant l'apocalypse du 11 mars 2011, en ce Japon où il vit depuis plus de trente ans, Richard Collasse se glisse dans la peau de Sakai Sosuke, un jeune homme de 17 ans, de son amie Aoi, tragiquement emportée par l'assaut des flots et nous livre un cahier chronologique détaillé de ce mi-mars maudit.

Parti à la recherche des siens, aidé par des services de secours qui tentent tant bien que mal de s'organiser, dans un territoire désormais dévasté par le tsunami, Sosuke fait la connaissance d'Eita, un sien cousin, promu narrateur de la seconde partie du roman. Le ton de la narration se fait alors autre, incisif et tonique,  à la mesure de la différence de mentalité qui sépare les cousins.

Le récit se fait alors (très belle) quête de vie.

Apolline Elter

L'océan dans la rizière, Richard Collasse, roman,Seuil, mars 2012, 336 pp, 20 €

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22 04 12

Un Monde à la Page !

10003243SriLnka©R.Dominique_unesco_01.jpgCe lundi 23 avril, sous l’égide de l’UNESCO, il sera temps de fête la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur. 24 heures entièrement consacrée à la célébration de notre objet fétiche à travers la planète entière ! On sait à quel point la lecture, l’écriture et l’éducation sont des clés essentielles pour assurer le développement social des jeunes... et des moins jeunes. L’UNESCO a donc décidé de fêter le livre, à travers le monde, depuis 1995. Vous pourrez trouver tous les détails de cette grande journée ICI, mais en attendant, l’équipe de Lire est Un Plaisir vous propose un véritable tour du monde littéraire avec un coup de projecteur sur leurs auteurs... venus d’ailleurs !

Entre un avion, un bateau et deux lectures de bio rock’n’roll, Brice Depasse nous confie : « Mes auteurs étrangers favoris : Philip Roth (Un homme, J’ai épousé un communiste), Umberto Eco (Le nom de la rose), Paul Auster (Brooklyn follies), Russell Banks (Trailer park, La réserve).Je sais, ce n’est pas original. ». Gwendoline Fusillier, qui passe une partie de ses journées à rattraper nos boulettes de mise en ligne prend tout de même le temps de lire « international ». La preuve : « Le premier qui me vient à l'esprit est sans doute: « Jamais sans ma Fille » de Betty Mahmoody, publié en 1987. Sinon dans un style plus léger j'aime beaucoup: Anna Sam: « Les tribulations d'une caissière » et « Conseil d'une amie à la clientèle » ou encore Sophie Kinsella avec sa série « Accro du shopping » et enfin Katarina Mazetti: « Le mec de la tombe d'à côté » et « Le caveau de la famille ». Quant à Jacques Mercier, lui qui a si bien incarné les quatre coins de notre Belgique dans Forts en Tête, il n’hésite pas à voyager entre les lignes : « J’adore Lawrence Durrell, surtout dans le "Quatuor d'Alexandrie", une tétralogie qui comporte : "Justine", "Mountolive", "Balthazar" et "Cléa". Il s'agit de la ville d'Alexandrie et de la même histoire vue par les protagonistes. J'ai peu rencontré d'atmosphère aussi fortes : peut-être chez F. S. Fitzgerald ? C'est dans "Justine" que l'auteur écrit : "Une ville devient un univers lorsqu'on aime un seul de ses habitants »... ». Quand à votre serviteur, c’est à travers les romans de Stephen King que, tout jeune, il a baigné dans la culture américaine... Avant de se forger un amour immodéré pour les thrillers au feu des brûlots incendiés par James Elroy, Ernest Hemingway ou encore Graham Masterton... Sans parler de Dona Leone et son oeuvre vénitienne !

Le monde entier célèbre le livre, durant toute une journée... Pour les 364 autres ? Lire est un Plaisir s’en charge !  

Chris Corthouts

21 04 12

Tourments, tourmentes, crises et tempêtes

9782246790105.jpg" Au bout du compte, les Français auront apprécié chez lui l'énergie, le mouvement, l'imagination, l'authenticité. Mais ils auront appris à se défier, voire à exécrer son impulsivité, sa logique de défi permanent, sa véhémence, et son inaptitude à maîtriser toujours cette majesté du verbe et du comportement qui sied à un monarque républicain."

Magnifique, remarquable  Catherine Nay, qui de sa plume journalistique, précise et percutante, trace le bilan fouillé d'un quinquennat présidentiel haut en couleurs, riche en actions et ...réactions. Et le portrait, tout en finesse et contrastes, d'une personnalité fougueuse à qui rien ne fut, n'est et ne sera jamais pardonné.

De la soirée au Fouquet's malencontreusement orchestrée par Cécilia à l'homme nouveau, quelque peu apaisé apparu à l'aube de 2010 et au candidat à l'élection présidentielle 2012, Catherine Nay analyse, avec force détails,  la sarkologie d'un règne à l'aube d'un possible renouvellement. Une entrée en scène ratée avec fracas - le prêt du yacht de son ami Bolloré, les vacances américaines tentées pour sauver son couple d'une dérive inéluctable alimenteront à l'envi les indignations les plus ancrées - un deuil conjugal supporté avec panache, un remariage aussi fulgurant ...qu'apaisant, le tandem  paradoxal et fonctionnel formé avec François Fillon, l'influence de la nouvelle Première Dame sur son rythme de vie, l'admirable présidence de l'Union  de  " celui qui a offert à la diplomatie européenne "une visibilité inégalée"", le couple forcé formé avec Angela Merkel,  le travail "herculéen" de la Réforme des Retraites.. sont tant de jalons d'une hyper-présidence pratiquée tel un "judo politique" par un être plus à l'aise en temps de crise que dans les circonstances de la vie ordinaire.

Doté d'une hypersensibilité, d'une force de travail , de compassion et d'un courage avéré, "Nicolas Sarkozy est toujours écartelé entre son statut de chef d'Etat, qui requiert hauteur et retenue, et son tempérament qui le porte à l'action et à l'engagement partisan."

Les prochaines semaines démontreront si, dans le chef des électeurs, la reconnaissance pour le travail accompli l'emportera sur l'agacement né d'une certaine...impétuosité.

Une lecture hautement recommandée.

Apolline Elter

L'Impétueux. Tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Catherine Nay, essai, Grasset, mars 2012, 684 pp, 22 €

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19 04 12

Le père interrompu

9782350871882.jpg" Oui, je n'avais pas fini de me faire du mauvais sang.

Et Dieu merci."

De sang, de dieux, bénis, haïs, aborés, il est question dans ce nouveau roman d'Harold Cobert, dévoué à l'amour - conjugal -et à la paternité - un moment avortée...

"Cet été-là, je sortais d'une liaison qui m'avait laissé exsangue de sentiments et de désirs."

C'est alors que le narrateur rencontre, à Biarritz, celle qui devient d'emblée la femme de sa vie, celle avec qui lui prend l'envie de concevoir un enfant. Las, saluée dans  l'allégresse,   la grossesse se voit bientôt interrompue, d'un filet de sang pernicieux, implacable, grossissant...

Rythmés d'extraits - poignants -  des "Contemplations" (Victor Hugo) , les chapitres s'égrènent qui, à travers un regard de père et de mari aimant, nous font vivre les affres ... de la maternité et les épreuves dont elle est parfois jalonnée.

"- Vous êtes jeunes, tous les deux. Et puis, je vous l'ai dit hier, deux femmes sur trois font au moins une fausse couche dans leur vie. C'est dur pour vous, je le sais, mais ça reste néanmoins...banal

J'ai eu une soudaine envie de lui sauter à la gorge et de lui éclater la tête  contre le mur. Je n'en ai évidemment rien fait. D'un point de vue médical et statistique, elle avait raison. Je le savais. C'était la logique comptable qui était  impersonnelle et inhumaine, pas elle."

Apolline Elter

Dieu surfe au Pays basque, Le père interrompu, Harold Cobert, roman, éd. Héloïse d'Ormesson, février 2012, 160 pp, 15 €

  

Billet de faveur

 

AE: Harold Cobert, la veine de ce récit autobiographique est nourrie de sang, sang de vie, sang d’amour et de mort. C’est important pour vous, cette pluralité de… sens ?

 

Harold Cobert : Oui, bien sûr, la littérature joue sur la polysémie. C’est sa manière d’être poétique, travailler dans les zones d’ombre du langage. Cette multitude de sens est le sang de l’écriture.

 

AE: Le titre du roman laisse un peu perplexe. Pourquoi Dieu  surfe-t-il au Pays basque; Cela paraît un peu …vague, n’est-il pas?

 

Harold Cobert : En effet ! Vague comme le vague à l’âme du narrateur, confronté à l’épreuve douloureuse de la fausse couche de sa femme. Ce drame est envisagé de son point de vue, celui de l’homme, l’angle mort silencieux de ce genre d’événement, auquel on ne s’intéresse généralement pas et auquel on ne donne que très peu la parole. Comme il est surfeur, Basque, qu’il a rencontré sa femme au Pays basque, lorsqu’il prend de plein fouet cette terrible nouvelle de la perte de leur enfant à naître, il a la désagréable impression que Dieu les a laissé tomber et qu’il s’est tiré surfer au Pays basque avec ses potes ! D’où le titre, aux accents à la fois drôles, légers, absurdes et grinçants.

 

AE: Est-ce une frustration pour un homme que de vivre une grossesse par procuration?

 

Harold Cobert : Non ! Comment éprouver de la frustration face à la loi de la nature et de la vie ? En revanche, l’interruption brutale d’une paternité en construction comme c’est le cas avec ce qu’on appelle les fausses couches précoces, elle, oui, est extraordinairement frustrante. Pire : elle laisse un goût amer, un goût d’injustice et de révolte. Et pourtant, il faut faire face. Pour celle que l’on aime et qui souffre dans sa chair.

 

 

 

agenda.jpgHarold Cobert sera présent en Belgique, ce week-end des 20 et 21 avril.

Vous pourrez, notamment,  le rencontrer, demain, vendredi 20 avril, à 20h (!changement horaire) à la Librairie Papyrus (Namur) et samedi 21, de 15h30 à 17h, chez Cook & Book, à Bruxelles (près du shopping  de Woluwe)

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (1) |  Facebook | |