17 03 16

Une fratrie unie

téléchargement.jpg " (...) la maison d'Orléans joua un rôle clé dans les principaux événements qui marquèrent la France pendant près de deux siècles. D'abord la guerre entre Armagnacs et Bourguignons, qui ensanglanta le pays durant vingt-huit ans. Puis le relèvement du royaume face à l'Angleterre, dans laquelle  Dunois, le bâtard d'Orléans, prit une part glorieuse. Enfin les guerres d'Italie lancées par Louis XII et François Ier pour récupérer l'héritage de leur grand-mère, Valentine Visconti." 
 

On ne peut mieux résumer le propos.

Lorsque Louis, duc d'Orléans, frère du roi Charles VI est sauvagement assassiné le soir du 23 novembre 1407, il laisse quatre fils, Charles, 13 ans, Philippe, 11 ans, Jean, 7 ans et un bâtard âgé de 5 ans, nommé Jean lui aussi. Sa veuve, Valentine Visconti, ne survit que d'un an à ce terrible deuil.

Point de départ du récit, le meurtre entraîne une période troublée, sanglante et ...complexe pour la France qui voit se succéder querelles intestines - celles des Orléans contre les Bourguignons - mariages et alliances éphémères et résurgences régulières du conflit contre l'Angleterre.

Epopée d'une fratrie unie, le récit reconstitue avec ferveur et précision le devenir de chacun des protagonistes: capturé à la bataille d'Azincourt, Charles consacrera ses vingt-cinq années de captivité en Angleterre à l'écriture de poèmes; Philippe, meurt à 24 ans, d'une épidémie tandis qu'il combat à la fois Bourguignons et Anglais; Jean connaît lui aussi une longue captivité en Angleterre - 32 ans - tandis que son homonyme bâtard libère vaillamment la France du joug anglais. Il est aidé dans cette entreprise par Jeanne d'Arc, libératrice d'Orléans.

Les quatre frères d'Orléans. Violences et passions au temps de la Guerre de Cent Ans, Gérard de Senneville, essai historique, Ed. de Fallois, 15 mars 2016, 384 pp

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15 03 16

Un plaisant procès

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 Depuis quelques années, le célèbre académicien opère , non des Mémoires - il ne veut pas encore les évoquer -  mais de réguliers bilans de sa vie et des questions métaphysiques qui le hantent.  Pour la troisième fois, il emprunte au poème d'Aragon, "Que la vie en vaut la peine " ( Les yeux et la mémoire (1954)), le titre de ses amènes réflexions:

 "C'est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

(...)

Je dirai malgré tout que la vie fut belle."

L'essai prend , pour le coup, la forme d'un procès. Celui d'une vie longue, riche et belle, revue de rencontres, anecdotes et de références livresques,  qui confronte un spirituel "petit Moi" au magistral Sur-Moi, juge sévère et impartial, garde-fou de toute vanité. 

  " MOI: Mesurez-vous, misérable petit Moi, l'étendue de votre chance?  L'amour de vos parents. Une vie lisse et facile. Des décors qui changent aussi vite qu'au théâtre. Dans les douze ou treize premières années de votre existence parmi les tumultes du temps, bordée et protégée de toute atteinte par le hasard ou par la Providence, tout vous est donné à foison.(...)

Moi: Je n'ai pas tout. Ma santé est fragile. (...) il a fallu m'élever comme une petite chose en péril et au jus de carotte. Vous devriez me voir, distingué Sur-Moi, sous les traits d'un lapin."

  La facture est astucieuse.

Le dialogue, élégant, alerte et drôle - grave par moments- fait de ce texte, un bijou de lecture.  Sans doute l'essai le plus réussi... Celui d'un "incorrigible optimiste" qui s'aime suffisamment pour se permettre l'autodérision.

 Apolline Elter

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, Jean d'Ormesson, de l'Académie française, témoignage, éd. Gallimard, janvier 2016, 490 pp

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12 03 16

Inch' Allah - volet 3

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 "Il en allait autrement depuis ce fameux 11 septembre 2001. De semaine en semaine, le poids de l'événement s'alourdissait dans les consciences. Pareil à des éclats de métal en fusion, il s'enfonçait dans les mémoires, y suscitant des terreurs paranoïaques, et des haines bestiales. La perspective en révélait à la fois la nature monstrueuse et la portée. Certes, une vaste part de la planète mesurait l'infamie de la mise à mort de milliers d'innocents qui n'avaient même pas connaissance de la fureur de l'islam radical contre l'Occident, cependant qu'une autre se félicitait plus ou moins secrètement de l'humiliation de cette entité quasi fantastique: América."

S'il est un écheveau impossible à démêler, pour le quidam occidental,  c'est celui du Moyen-Orient. Découpés artificiellement lors des accords de Sykes-Picot - le 16 mai 1916 - les territoires s'enflamment, les communautés musulmanes, juives, chrétiennes, .. se déchirent régulièrement, depuis des décennies,  guidées par des leaders extrêmistes, quand elles ne sont désinformées par des puissances occultes externes.

S'il est un écrivain  qui maîtrise la compréhension du sujet, ses enjeux, c'est bien le romancier franco-égyptien,  Gilbert Sinoué. Il nous offre, en ce début d'année, le troisième volet de la saga Inch Allah (Ed. Flammarion) qui de 1916 à nos jours, décrit la poudrière qu’érigèrent les accords conclus entre l'Anglais Mark Sykes et le Français François Georges-Picot. Je vous invite à retrouver les billets consacrés aux deux premiers tomes (Le Souffle du jasmin et Le Cri des pierres) en cliquant sur les couvertures en vitrine du blog.

Pour l'heure, le troisième volet s'ouvre sur la tragédie du 11 septembre 2001, l'effondrement des tours new yorkaises du World Trade Center.

Romancier à succès,  Gilbert Sinoué traduit  l'Histoire  et ses enjeux par le biais des destins individuels, il l'habille  de chair et émotions.  Un art qui parle au lecteur et le marque plus sûrement que chiffres, dates et statistiques. 

Et d'ainsi le promèner à la rencontre de l'Israëlienne Joumana, la Palestinienne Majda,  l'Egyptienne Samia, l'Irakienne sunnite Solheil,   le chiite Chérif,le Français Thierry, ....de septembre 2001 à février 2011 en un voyage d'Israël à Gaza, d'Egypte en Irak, Syrie et même Paris, confrontant en une simultanéité spatiale,  événements,  sensations, sentiments . Amours et morts se greffent qui réunissent des couples imprévus, une sunnite et un chiite, une Egyptienne chrétienne et un Français, donnent naissance aux enfants de l'espoir.

Et de tracer sans concession la fumisterie américaine qui déclencha l'opération "Choc et stupeur" et la  guerre d'Irak, le 20 mars 2003.

Une fresque magistrale

Apolline Elter 

 Les cinq quartiers de la Lune, Gilbert Sinoué, roman, Ed Flammarion (3e tome d'Inch Allah), février 2016, 398 p

Billet de faveur

AE : Gilbert Sinoué, alors que les autorités se déchirent, figent les dissensions dans des grilles d’interprétation obsolètes, certains de vos protagonistes transgressent les clivages : Majda, palestinienne a été adoptée par des Israëliens puis elle retourne auprès des siens, Solheil, la sunnite, découvre l’humanité de sa belle-famille chiite, … L’harmonie est donc possible, elle est sagesse populaire.  C’est un message d’espoir que vous entendez délivrer ?

Gilbert Sinoué :

Je ne sais plus qui disait : « Quand je veux envoyer un message, je passe par la poste ». Non, aucun message. D’autant que je suis convaincu que dans l’état actuel des choses, les protagonistes sont aveugles et sourds. En revanche je crois en l’humain à titre individuel. Récemment un roman (Geder Haya) a fait scandale en Israël car il décrit l’amour entre une Israélienne et un Palestinienne. Il est devenu un des livres les plus vendus après avoir été écarté des programmes scolaires par le gouvernement conservateur de Benyamin Netanyahou. Qu’est ce que ça prouve ? Sinon que, Dieu merci, il existe des êtres qui, dans leur coin, se battent à leur façon pour un monde meilleur. C’est un combat que (en toute modestie) je revendique à travers cette saga.

 

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09 03 16

L'humour est la courtoisie de la maladie

9782226321824m.jpg"  Les infirmières portent des armoires à glace émotionnelles sur leur dos en souriant. Ce sont les grandes déménageuses de l'espoir. A elles la lourde charge de diffuser quelques bribes de lumière aux quatre coins de l'enfer, là où les anges perdus font du stop à main nue. (...) Elles gagnent à être (re)connues."

Mathias Malzieu est le fondateur du groupe rock Dionysos. Il est doté d'une créativité à tout crin, écrit -très bien - compose, scénarise des films, bref, il  vit à 200 à l'heure. Une fatigue le saisit, fin novembre 2013, qui rapidement révèle une aplasie médullaire, entendez une maladie rare, auto-immune, qui stoppe net le fonctionnement de la moelle osseuse, fait chuter drastiquement globules et plaquettes. Le risque d'hémorragie est grand qui peut le conduire à se transformer "en arrosage automatique d'hémoglobine".

De sévère, l'aplasie médullaire se développe réfractaire...

 Du long (et victorieux) combat contre la maladie, ses embûches, ses attentes, les confrontations de son corps malade avec celui du monde médical, Mathias Malzieu décide de rédiger le journal. Chapitres courts et vifs, plume alerte, nourrie d'humour, d'autodérision et de formules inventives se succèdent, qui sont hommage au personnel soignant, aux proches qui l'ont soutenu, à la nouvelle "mère biologique" qui a cédé le cordon ombilical salvateur.

On dit que l'humour est la politesse du désespoir; il est aussi courtoisie face à la maladie, magnifique clin d'oeil à la vie.

Un témoignage pudique, sobre, éminemment attachant.

"Je suis rescapé d'un crash en moi-même. Les papilles gustatives de mes émotions sont en alerte maximum. Le normal correspond à l'extraordinaire."

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter 

 Journal d'un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, témoignage, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 236 pp

  

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03 03 16

Bon sang ne peut mentir

Le9782738133557 (2).jpg ton est donné d'entrée de titre: la biographe Claudine Monteil sort du strict carcan scientifique formé par Pierre, Marie Curie et à leur suite, Irène, leur fille aînée et Frédéric Joliot, son mari,  pour brosser le portrait d'un électron plus libre, leur seconde fille, Eve, née en 1904 ...un an et demi avant le décès accidentel de Pierre. C'est dire comme l'enfant n'a pas connu son père.

C'est dire aussi comme la Grande Guerre - Eve a dix ans en 1914 - va la priver de sa mère: Marie Curie installe des appareils radiologiques dans  les hôpitaux, veillant de près à la formation du personnel.

Elève douée - bon sang ne peut mentir - pianiste avertie, Eve compense par l'humour, l'écriture et la coquetterie - elle était belle, de surcroît - l'absence par trop ressentie de sa mère.

Amie - amante d'Henry Bernstein - de 26 ans son aîné - de Philippe Barrès, avec qui elle fonde- et dirigera le Paris- Presse, Eve s'illustre par une remarquable biographie sur sa mère, décédée en 1934: paru d'abord aux USA, en 1937, Madame Curie est publié chez Gallimard, l'année suivante. Le succès en sera mondial et durable puisqu'on édite encore la biographie, de nos jours, en collection Folio.

Grand Reporter, Correspondante de guerre, elle n'aura de cesse dès le début de la Seconde guerre mondiale d'exhorter les Américains, ses amis, à rallier les Français dans le conflit. Quitte à être parfois prise en sandwich entre Roosevelt,  de Gaulle et leurs rapports difficiles...

Durant la Guerre froide, elle travaille pour l'OTAN et puis, quinze ans durant,  de  juin 1965 à décembre 1979, elle épaule Henri Labouisse, devenu son mari et directeur général de l'UNICEF dans les actions de cette dernière.

Très médiatique aux Etats-Unis, sa deuxième patrie (si l'on excepte la Pologne), Eve mourra digne, élégante et plus que centenaire, le 22 octobre 2007, entourée de la descendance d'Henri qu'elle a faite sienne.

Ecrite de plume sobre, factuelle et précise, cette biographie est tout simplement passionnante

Je vous la recommande

Apolline Elter

 

Eve Curie. L'autre fille de Pierre et Marie Curie, Claudine Monteil, biographie, Ed. Odile Jacob, janvier 2016, 348 pp

 

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27 02 16

L'égérie de Proust

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 Une femme remarquable.

Une biographie qui ne l'est pas moins.  

Je vous l'affirme d'emblée, je suis saisie d'admiration pour Elisabeth Greffulhe et le travail colossal qu'a accompli l'historienne Laure Hillerin,  triant à bout de bras une montagne d'archives, traçant, à pointe de plume, un récit sobre, fluide, captivant ...

Femme riche, cultivée et splendide,  la comtesse Greffuhle (1860-1952), née Princesse (belge)  de Caraman-Chimay règne en souveraine sur le Paris de la Belle Epoque.  Si elle doit sa fortune à son mariage avec le comte Henry Greffulhe, elle ne lui doit pas son bonheur conjugal. Sitôt marié, ce fils unique, pourri - gâté par sa Félicité de Maman, révèle le "pervers narcissique " qui sévit en lui; le jaloux possessif aussi: s'il est fier de la beauté, de l'élégance de son épouse - délicieux trophée de sa réussite - il ne supporte à ses côtés qu'hommes d'âge très mûr. C'est plus sûr. 

La comtesse est fidèle pourtant et endurera le feu d'un amour platonique (avec le Prince Roffredo Caetani) et ceux des courroux maritaux, déployant une immense énergie créatrice à la peinture - elle a du talent -  à la culture - le salon Greffuhle est très prisé -aux mécénats scientifiques et musicaux. Elle soutiendra de la sorte Edouard Branly, Pierre et Marie Curie. En 1891, elle fonde la "Société des grandes auditions musicales de France" qui vise la promotion de musiciens méconnus.  La Société sera dissoute en 1913, à la veille de la Grande Guerre.

Une Grande Guerre qui la voit déployer ardeur diplomatique - aux côtés du Gouvernement en exil à Bordeaux - mais aussi couturière puisqu'elle crée de nouveaux uniformes adaptés à l'usage des Poilus.  Elle se rend dans les hôpitaux, à l'instar de la Reine Elisabeth de Belgique dont sa soeur, Ghislaine de Caraman-Chimay est dame d'honneur. Et puis, elle transforme Bois-Boudran, la propriété de chasse de sa belle-famille,  en centre de convalescence pour les blessés.

Passent la guerre... et la gloire

Les Années folles auront raison de sa suprématie. Elisabeth Greffulhe serait - injustement - passée aux oubliettes de la postérité si Marcel Proust, admirateur de la première heure - " Je n'ai jamais vu une femme aussi belle" déclare -t-il en 1893 -n'avait fait de la comtesse, la clef de voûte de ll'édification de La Recherche.  Déclinée sous les traits de la duchesse de Guermantes mais aussi de sa cousine, princesse et -  déduction intéressante de Laure Hillerin-  d'Odette de Crécy, la comtesse sera quelque peu vexée de cette notoriété développée à son insu.  Vexée aussi  de ne pas avoir mesuré le génie de Marcel Proust, de son vivant.  En réaction, elle affirmera l'avoir "très peu connu"- les preuves du contraire pullulent - et guère lu : "(...) je m'embarrasse les pieds dans ses phrases."

A ce double rendez-vous raté - l'homme et l'oeuvre - Laure Hillerin consacre des pages extraordinaires

D'une biographie qui ne l'est pas moins.

Elle offre sur la genèse de la Recherche, un éclairage fabuleux.

Gageons que nous y reviendrons.

Apolline Elter

La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, Laure Hillerin, biographie, Ed. Flammarion, oct. 2014, 572 pp

  Billet de ferveur

AE : la famille de la comtesse vous a donné large accès à ses archives et donc à sa correspondance. Vous en publiez des extraits magnifiques dans l’ouvrage. La publierez-vous un jour  à part entière ?

Laure Hillerin :

Cette correspondance, quasi quotidienne durant les sept années qui se sont écoulées entre le mariage d’Elisabeth et la mort de sa mère, est en effet très émouvante et mériterait d’être publiée. Elle témoigne d’une relation d’une intensité et d’une qualité rares entre la mère et sa fille.  Toutes les deux étaient des épistolières pleines d’esprit, d’humour et de spontanéité, ce qui rend ces lettres extaordinairement vivantes. Chose exceptionnelle, nous avons les deux côtées de la correspondance, car chacune d’entre elles conservait soigneusement les lettres reçues ; Elisabeth récupéra donc à la mort de sa mère les missives qu’elle lui avait envoyées. Les archives recèlent également la correspondance entre Marie de Montesquiou et sa propre mère, également très intéressantes.

Peut-être m’attellerai-je un jour au travail de bénédictin que serait la publication de ces lettres — si Dieu me prête vie..

 

 

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23 02 16

Miséricorde

1540-1.jpgOn l'attendait comme un événement, la publication de l'entretien que Sa Sainteté, Le Pape François accordait au journaliste vaticaniste, Andrea Tornielli.

Traduit en quelque quatre-vingts langues, l'ouvrage est disponible dans 86 pays. C'est dire l'ampleur médiatique de la publication.

D'emblée, de titre, le propos est campé: le message majeur de Dieu et de son fils, Jésus, procède du pardon, et plus précisément de la miséricorde, forme d'indulgence  divine, innée,  constituée de bonté.  

Considérant l'Eglise comme "un hôpital de campagne où l'on soigne en priorité les blessures les plus graves" , le souverain pontifical inaugurait le 8 décembre dernier, une Année sainte extraordinaire - hommage au cinquantenaire de conclusion du Concile Vatican II- spécialement dévouée à la miséricorde.  Il édictait à l'occasion de ce "Jubilé de la Miséricorde"  une bulle, ,Misericordiae Vultus, dont le texte est intégralement reproduit en annexe de l'entretien.

Divisé en neuf parties et tant de chapitres, le propos de l'entretien accordé au journaliste évoque le thème dans toutes ses déclinaisons, l'étaie de nombreuses anecdotes vécues  et passages bibliques, ce qui lui donne un tour, certes vivant mais aussi ..redondant.

Corollaire au pardon est la nécessité de la confession, démarche qui exprime par elle-même un début de repentir. Le Pape entend en réactiver la pratique, insistant conjointement sur l'impérieuse indulgence que doit manifester le confesseur.

Un propos donc éminemment consensuel, rassembleur, bienveillant, empreint d'humilité ... mais qui, mal interprété,  pourrait induire une certaine banalisation de la faute...

C'est ce qui nous pose question, toute pharisienne que nous ne sommes pas... espérons-le..

 

AE

 Pape François : Le nom de Dieu est Miséricorde- Conversation avec Andrea Tornielli,  traduite de l''italien par  Marguerite Pozzoli,, suivie de Misericordiae Vultus, , bulle d'indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, Co-éd. Robert Laffont- Presses de la Renaissance, 174 pp

 

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20 02 16

Promesse d'outre-tombe

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 D'emblée,  de couverture... - le propos est campé: le nouvel Armel Job traite d'amour et de mort. 

Oui mais …

Fraîchement veuve, la très belle, polonaise et profondément catholique, Teresa Broncart offre l'hospitalité fortuite à Branko Hrastov, un émigré croate, en panne de voiture...L'amour saisit d'autant plus rapidement ces deux êtres que Teresa reconnaît en Branko, catholique  tout aussi pratiquant,  une multitude de signes envoyés par son défunt mari. A commencer par le sifflotement du choeur des pélerins de Tannhäuser (Wagner), air qui accompagnait, en boucle, les derniers jours de celui-ci.

Branko/Broncart.... simple coïncidence? Récit d'amour ou d'imposture ? 

Armel Job aime les ambiances en clair-obscur..

L'intervention de meurtre(s) qui brouillent les pistes de lecture...

Et, en effet, on découvre bientôt le cadavre de Suzanne Bocols, serveuse dans un bar...

Les soupçons se portent rapido sur Branko, dont le comportement sanguinaire en ex-Yougoslavie nourrit bien des rumeurs:

" Un homme qui avait assassiné des femmes et des enfants n'était pas à un meurtre près."

Les faits se passent en l'automne 1995, dans le  village ardennais de Wermont, en présence des deux fils de Teresa : Tadeusz, l'aîné, le préféré et André, l"intellectuel",  le cadet.  Amenés à consigner leurs versions  respectives des événements, Tadeusz et André alternent les chapitres de leur narration, offrant au roman un tour choral et  le rythme d'une procession, progressant de pas arrière et bonds avant. Déconcertant a priori, le procédé saisit  peu à peu le lecteur aux rets d'une intrigue palpitante, de révélations savamment distillées et d'une mécanique narrative parfaitement huilée.

Conteur devant l'Eternel - on ne s'en lasse pas - Armel Job traduit, d'un style vif, incisif,  prodigieusement introspectif les états d'âme de ses protagonistes.  Le thème de L'Eros/Thanatos se voit subtilement étoffé de ceux de la victoire de la vie, de la vérité et surtout du pardon.

L'effet en est poignant.

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter

Et je serai toujours avec toi, Armel Job, roman, Ed. Robert Laffont, février 2016, 306 pp

Billet de faveur

AE : Une nouvelle fois, Armel Job,  vous mettez en scène tous les éléments d’un procès : victime, faits, témoins, suspects, enquête…..Ne manquent, apparemment, que  le juge, le jugement. Vous laissez ce dernier aux bons soins du lecteur ? A la vie ?

Armel Job : Il n’y a pas que les institutions judiciaires qui rendent des jugements. On peut même dire que la justice en tant qu’institution ne s’occupe que d’une frange parfois anecdotique de la justice en tant que principe moral. Au terme de guerres civiles, comme celles qu’ont connues les anciennes républiques yougoslaves, quand des crimes de guerre ont été commis dans tous les camps, au terme d’un génocide comme celui des khmers rouges  ou celui du Rwanda,  il est évidemment impossible de condamner tous les coupables. Au mieux, on pourra faire quelques exemples avec les leaders. Mais les assassins ordinaires restent dans la nature. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de justice. La justice peut intervenir par d’autres voies que les voies officielles. Car l’assassin doit vivre avec son crime. C’est parfois plus insupportable que de purger une peine. Je vous renvoie à un certain Dostoïevski, auteur d’un roman appelé  « Crime et châtiment ». Le pire jugement dans mon roman, c’est celui de la vie. Le criminel ne peut reprendre le cours de sa vie. L’amour auquel il voudrait se donner sincèrement lui est refusé.

 

AE :  La couverture du roman est ..glaçante pour un roman qui résonne avant tout d’amour et de vie. Est-ce un choix délibéré ?

Armel Job:  La couverture est toujours un choix de la maison d’édition. Je veux bien qu’une pierre tombale soit a priori glaçante, mais elle n’est que dalle ! Ce qui compte c’est l’épitaphe. Tout le roman est mû par un personnage mort, mais singulièrement présent, selon la promesse qu’il a fait graver sur sa tombe, à savoir le mari défunt de l’héroïne. C’est lui, en fait, qui est à l’origine de toute l’histoire. Derrière le visiteur inconnu qui s’installe dans la famille et séduit la mère, il est là, en permanence. Je crois profondément que la vie n’appartient pas qu’aux vivants. Les morts continuent à vivre parmi nous. Leur influence souterraine est permanente. Certaines civilisations en tiennent compte, la culture occidentale n’ose pas y penser. Il y a même des gens qui frissonnent à la vue d’une simple pierre tombale en papier.  Les morts sont parmi nous, de façon invisible. Un père aimé, une mère aimée, disparaissent-ils vraiment de nos vies ? Moi, je pense à mes parents morts tous les jours. Comme l’a dit Faulkner, le passé n’est jamais mort, ce n’est qu’une illusion.  Nous vivons avec lui.

 

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18 02 16

A déguster

les-delices-de-tokyo-709509.jpg" Nous sommes nés pour regarder ce monde, pour l'écouter."


 Libéré de prison , Sentarô, écrivain au destin avorté, purge une  peine d'une autre facture pour le remboursement de ses dettes: il passe ses journées derrière une plaque chauffante, à cuire et vendre des dorayakis industriels, sortes de pancakes japonais farcis d' 'an 'une pâte d'haricots confits. 

Notre homme affiche triste mine, vous l'aurez compris.

Surgit alors, derrière le cerisier en fleurs, Tokue Yoshii, une septuagénaire aux doigts curieusement noués, abîmés.  Elle implore Sentarô de l'engager pour un salaire de misère, ce qu'il consent, épuisé d'arguments...

Experte en l'art pâtissier, la délicieuse vieille dame va non seulement transformer l'enseigne de l'aubette, faire exploser son chiffre d'affaires mais aussi changer le rapport de Sentarô à la vie.

Le sauver d'un naufrage inexorable.

Une métamorphose progressive et heureuse, qui passe, cependant par la découverte tragique du passé de Tokue....

Sorte de conte urbain, contemporain, largement basé sur des principes culinaires - c'est dans l'air du temps  - et un sympathique rapprochement intergénérationnel -  Wakana une jeune lycéenne un peu perdue se joint au duo - le roman offre une délicieuse bouffée d'air frais à cette rentrée littéraire.

Il se déguste, tout simplement, et fait du bien.

Faut pas chercher plus loin.

Porté à l'écran par Naomi Kawase, le film qui s'en inspire est sorti conjointement en salle, en ce début février.

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, roman, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, Ed. Albin Michel, février  2016, 240 pp

 

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17 02 16

A room of One's own

 product_9782207123676_195x320.jpg " Traduire est la plus amoureuse des lectures" prévient d'entrée de prologue Marie Darrieussecq, la romancière, nouvelle traductrice de l'essai de Virginia Woolf (1882-1941) A room of One's own (Hogarth Press, 1929).

Et de nous offrir - c'est de l'ordre du cadeau - une lecture liftée, traduction engagée, justifiée, actualisée des textes de conférences que la célèbre romancière londonienne prononça à l'Université des femmes de Cambridge, en 1928, sur le thème imposé des "femmes et de la fiction"

Campant comme postulat qu '"une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle, si elle veut écrire de la fiction.", Virginia Woolf, promène à travers l'histoire de la littérature anglaise et les diktats du travail d'écriture,  son analyse de la condition féminine et de l'accès à l'écriture,  fustigeant d'un humour caustique, les contradictions masculines et théories scabreuses.

Et c'est une grande qualité de la traduction "darrieussecquienne" que de faire apparaître, fraîche et fracassante, la verve woolvienne.

Opérant une distance sur son propre cheminement de pensée - très moderne, tout cela - Virginia Woolf conclut ses discours d'une exhortation à ses auditrices de  réveiller, partant de révéler la  part soeur (disparue)   de Shakespeare qui sommeille en elles.

Une traduction, rencontre de deux "autrices" , qui réveille et révèle à coup sûr toute la tonicité du propos

AE

Un lieu à soi,  Virginia Woolf, essai - nouvelle  traduction de Marie Darrieussecq, Empreintes Denoël, janvier 2016, 174 pp

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