10 11 16

Au royaume des nombres

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" Tout est parti de Charles le Gros. Il s'agit d'un Carolingien, c'est-à-dire un descendant de Charlemagne, et les

généalogies des rois de France nous apprennent qu'il arégné entre 884 et 888. Parmi les rois qui l'ont précédé

on trouve Charles II le Chauve, et parmi ceux qui l'ont suivi Charles III le Simple. Charles le Gros n'est pas

numéroté, il semble avoir été oublié. Pourquoi? "

 Il est des questions que nous ne nous posons, tant paraît couler de source la numérotation des rois de France...

Qu'à Louis XIV succède Louis XV, quoi de plus attendu, même si ce dernier n'est que  l'arrière-petit-fils du Roi Soleil...

Oui mais .... si l'on y réfléchit: 

- Quand est apparue la numérotation des Rois de France? 

- Est-ce leur seule homonymie - que de Louis - qui a enjoint leur qualification numérique? 

- Le Roi Soleil se savait-il déjà quatorzième du prénom? 

 Curiosité avivée par le constat d'oubli de Charles Le Gros - il ne devait cependant pas passer inaperçu - dans la séquence numérique de l'Histoire et du peu de cas que représente le sujet auprès des sommités historiques, le polytechnicien Michel-André Lévy s'est livré à une vaste,  rigoureuse, minutieuse enquête sur le sujet, augmentant au long de son cheminement le nombre des questions que suscite le canevas des royales successions, base de l'enseignement de l'Histoire.

Car rien n'est simple au royaume des nombres.

Surtout, ne l'oublions pas, que la France n'a pas toujours représenté un territoire unique, unifié.

C'est là que la question se corse, si j'ose dire.

Si Charlemagne, mon digne ancêtre - 42e degré de l'échelle - je vous livre un scoop et le sais- fut tout naturellement Charles premier, force est de constater que sa dynastie préférait les surnoms, celle des Elter, pompon, qui descendons pareillement des des Rois fainéants... Mais nous nous égarons.. On pourrait dater des règnes capétiens les premières numérotations durables

Reprenons le fil des questions, des observations:

-  Bien qu'il n'ait pas régné, le fils de Louis XVI se verra attribuer le numéro XVII. Par décision de qui, de Louis XVIII, pardi!

-Même s'il laisse des zones d'ombres, des questions non résolues, le système de la numérotation a l'avantage d'apporter une cohérence toute pédagogique à la continuité historique et l'essai de Michel-André Lévy de nous offrir une généalogie précise et structurée des règnes qui se sont succédé.

Louis I, II, III....XIV... L'étonnante histoire de la numérotation des rois de France, Michel-André Lévy, essai, Ed

 Jourdan, avril 2016, 328 pp

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09 11 16

Sens de l'amour

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Dévasté par la mort de Lou, Jo, son époux se voit confier, par disposition testamentaire, une mission complexe: pourvoir au bonheur de leurs enfants, Cyrian et Sarah, tous deux empêtrés dans des schémas de vie difficiles.

Ecorché vif, Cyrian partage maladroitement sa paternité, entre Pomme, fille de sa première compagne et Charlotte, enfant sur- couvée de son union avec Albane; quant à Sarah, sclérosée par une maladie évolutive, elle éclate sa vie affective en aventures sans lendemain....

"Tu avais le sens de l'amour mais un sens de l'humour pire que le mien"

Récit polyphonique, le roman bat en son coeur d'un tendre, drôle, poignant dialogue posthume entre Jo et Lou, sur fond de cette île bretonne de Groix où le couple comptait vivre une retraite paisible.

" Avec Jo, j'ai appris la joyeuse stupeur de vivre. Je vous souhaite la même aventure." 

La lecture audiolivresque,  interprétée par quatre acteurs de talent, atteint, avec le comédien Patrick Descamps - as Jo - un sommet émotionnel désarmant.

Je vous la recommande instamment

Apolline Elter

Entre ciel et Lou, Lorraine Fouchet, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2016 - Audiolib, 2016 - texte intégral lu par Maia Baran, Patrick Descamps, Frédéric Meaux et Colette Sodoyez, CD MP3- durée: 9h09

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05 11 16

N'attendez plus pour l'écouter

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 " Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel" 

 J'avais raté, je le confesse, ce petit bijou de lecture, événement-surprise de la rentrée de janvier. Son édition audiolivresque me permet de rattraper le tir, pour mon plus grand plaisir.

Le vôtre aussi, je l'espère.

Récit à deux voix, celle du père, celle du fils, ce premier roman trace le portrait d'une douce folie, une déraison aimable, drôle, poignante, irréversible, dangereuse et pathétique, qui habite Louise, épouse et mère des narrateurs. 

Et le lecteur de virevolter au rythme sautillant de chapitres envolés, des changements de prénoms incessants de Louise, ses comportements extravagants, ceux de mademoiselle Superfétatoire, l'oiseau exotique - forcément - qui complète cette famille hors normes. De danser  sur l'air de Mr Bojangles, interprété par Nina Simone, de goûter à pleins yeux, pleines oreilles,  cette atmosphère décalée, voussoyante, purement délicieuse...

" Elle perdait complètement la tête. Bien sûr,  la partie visible restait sur ses épaules mais le reste, on ne savait pas où il allait."

Une lecture flamboyante - une audition hautement recommandée.

Apolline Elter

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, roman, Ed Finitude, janvier 2016 -  Gallimard / Ecoutez/Lire, texte intégral lu par Louis Arenne, sept. 2016, 1 CD MP3, durée 4h30 min

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02 11 16

Une lecture sublime

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 Certains romans sont essentiels

Tel L'élégance des veuves ,  chef-d'oeuvre d'Alice Ferney, dont l'écriture m'avait saisie d'empathie, voici quelques années. Je n'ai pas changé d'avis et vous en restitue  chronique : 

 [NDLR: billet paru en 2009 sur votre blog préféré) 

Sublime.

Un roman d'une beauté saisissante qui trace le destin de trois femmes: Valentine, Mathilde et Gabrielle.

Elégance conjugale empreinte d'estime et d'indulgence, élégance maternelle déclinée de progénitures infinies et de la mutilation de leur perte. L'élégance des veuves à travers qui la vie passe et trépasse.  

"Le premier goût du malheur, elle l'eut trois années avant la fin de son mariage: le septième enfant ne vécut qu'une journée,le temps de sourire aux anges et de partir les rejoindre" (p 18)

Le récit, court, est mené selon un tempo alerte, un rythme, soutenu, réveillé de formules lapidaires, coupé de descriptions d'une beauté douloureuse et rare. L'introspection des émotions féminines y est précise, le langage, choisi.

" A côté d'elle Clotilde qui avait dix-sept ans, mais déjà des rondeurs et des timidités de très jeune femme, répétait les gestes de sa mère. A son insu, elle était à l'instant parfait du corps, celui de l'efflorescence aboutie, quand les délicats chemin de la croissance ont mené à une vénusté épanouie" (p 109)

Sublime.

D'une beauté apaisante.

Un roman dont je vous recommande la lecture de toute instance.

Apolline Elter

L'élégance des veuves, Alice Ferney, Actes Sud, 1995. Rééditions : Babel 1997-2008, 7, 1images.jpg8 €

 

Curieuse, vaguement anxieuse de confronter mon impression originelle à celle d'une lecture audiolivresque, j'écoutai la lecture intégrale du texte opérée par l'actrice Dominique Reymond. (Audiolib 2016) Bercée par sa voix grave, subtilement monocorde, je retrouvai d'emblée cette impression.. de grâce infinie, de beauté et d'éternité.

Partant, je vous en recommande l'essai.

L'élégance des veuves, Alice Ferney, roman, texte intégral lu par Dominique Reymond, Ed.Audiolib, sept 2016, CD MP3  2h54 d'écoute

 

Et en version-ciné

 

Moins convaincue,  je suis et vous l'avoue, par le rendu cinématographique du texte, sous le label "Eternité"  (Tran Anh Hung) 

Figé par trop de scènes d'exposition, le film, certes très (trop)  beau, manque de tension, de vie, d'action.

Je réserve mon impression...

 

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27 10 16

Ouvrez vos écoutilles

téléchargement (6).jpg" A six ans,  je ne parlais toujours pas. Mon cerveau était différent. (...) 

Alors j'ai réorganisé mon cerveau comme s'il était un grand grenier vide. Pendant la journée, j'y entassais les connaissances et, le soir, je les rangeais dans les bonnes cellules. J'ai divisé cette pièce en trois parties: le travail, la mémoire et le jeu."

Lire Hugo Horiot, l'observer parler, c'est faire fi de bien des a priori en matière d'autisme.

Et cela fait grand bien.

Sauvé de l'internement en hôpital psychiatrique par l'amour d'une mère, sa confiance dans les possibilités de son enfant, Julien Horiot se fait Hugo: il enterre, à six ans, prénom et prime enfance, émerge d'un mutisme forcené et endosse avec une surprenante maturité le rôle que la société attend de lui. De là à devenir comédien , il n'y a qu'un pas que le jeune adulte franchit avec allégresse, frotté à l'enseignement d'un "vieux fou aux paroles sages" ,  dans lequel nous pensons bien reconnaître Pierre Debauche.

S'il ne prétend pas faire un traité d'autisme, Hugo Horiot nous enseigne de mots justes et choisis, son rapport à la vie,  à chacun des concepts qui régissent les têtes de chapitres - Julien - Hugo - L'école -  être père, ....la nécessaire distance qu'il lui faut maintenir , sur laquelle repose son adaptation sociale.

D'aucuns se perdent dans le miroir d'un masque si réussi, qui crient à l'imposture  - " Ce type est un complot financé par la psychanalyse! -  D'autres ouvrent leurs écoutilles et prennent espoir

Le témoignage est d'or, qui rend hommage - aussi - à la force de conviction d'une mère, la sienne, Françoise Lefèvre, militante ardente d'un combat solitaire. Elle le consigne , en 1990,  dans Le Petit Prince cannibale (Actes Sud) , récit qui lui vaut le Goncourt des Lycéens.

A conseiller,  en complément de la lecture de l'essai : la vision de la rencontre mère - fils organisée le 28 mai 2013, par les éditons Iconoclaste ( Daily Motion et le site d'Hugo Horiot : www.hugohoriot.com )

Carnet d'un imposteur, Autoportrait de l'autiste en comédien, Hugo Horiot, essai, Ed. Iconoclaste, août 2016, 158 pp

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26 10 16

Centenaire présidentiel

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 En ce jour centenaire de la naissance de François Mitterand (1916 -1996),  découvrons l'ouvrage superbement illustré que lui consacrent les éditions du Rocher . Il est signé Florence Pavaux- Drory, qui tôt gravita dans son entourage - et Fabien Lecoeuvre.  Largement consensuel, il fut édité une première fois, en 2011. Maquette remaniée, de nombreuses et inédites photos ajoutées, il propose aussi, en cette nouvelle édition,  de scanner les liens vers 12 discours de l'ancien président.

"Je ne promets rien d'autre que le courage"

Si de nombreuses pages et documents sont consacrés aux carrière, chantiers bâtisseurs et double septennat présidentiel - il ne pourrait en être autrement, quatorze années, cela marque énormément - d'autres nous permettent d'approcher l'enfance (heureuse et choyée ) de l'homme, le combat entrepris contre la timidité pathologique dont ce cadet de famille nombreuse était affublé.  Le courage ressort comme un trait indéniable de sa personnalité.

Choc de la guerre, jardins secrets, écriture, goûts de lectures,  paternité tard révélée, diagnostic fatal longtemps caché...sont tant d'accès à cette "force tranquille" et ... mystérieuse, que le "Tonton" si bien incarnait.

Une découverte intéressante

Apolline Elter

François Mitterand - Le livre officiel du centenaire 1916-2016, Florence Pavaux-Drory et Fabien Lecoeuvre, biographie illustrée, éd. du Rocher, sept. 2016, 192 pp

 

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22 10 16

Sacré Auguste

 rodin_amoureux_01.j_1-1.jpeg  " Adieu Rose! Adieu Camille! Au revoir mes jolies! Claire, Gwendolen, Isadora,Hilda, Nuala, Jelka, Kathleen, Jeanne ou Georgette et toutes les autres, les éphémères, les oubliées, les diablesses, les folles, les mystiques - la liste est longue! Elles ont beau avoir été là, de bon cœur, elles n'ont su qu'habiter un coin de son lit,  accroître l'ombre de ses nuits, épaissir sa solitude, Une à une, elles se sont envolées comme des notes."  

 Tout est dit.

De toutes ces femmes que le célèbre sculpteur a approchées, convoitées, aimées, pétries,... pétrifiées, Frédéric Ferney trace le portrait. Ce faisant il nous révèle la singulière complexité de la vie affective de ce "queutif" invétéré, prédateur d'une chair qu'il transforme en pierre.

S'il n'épouse Rose Beuret, la compagne de ses jours, qu'à l'extrême fin d'une vie conjugale chahutée, il fera couler beaucoup d'encre et de larmes engrangeant avec la jeune Camille Claudel (1864-1943) une liaison passionnelle mal conclue. A son corps ..défendant,  rappelons ce "monstre frais, rafraichissant, tyrannique.." qu'est la jeune fille de 1882 - elle n'a pas 18 ans - toute imbue d'une assurance, d'une supériorité héritée en droite ligne du clan Claudel.  Nous reviendrons sur le sujet.

D'une plume raffinée, magique, magistrale, Frédéric Ferney nous enchante, une nouvelle fois, d'un essai fabuleux, richement illustré, menant à riche port son art de l'introspection

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Rodin amoureux, Frédéric Ferney, essai illustré, Ed.Rabelais, oct.2016, 150 pp

Billet de ferveur

AE :  Vous dévoilez, Frédéric Ferney, en Rodin « affamé de spasmes et de caresses », « un enfant que sa mère n’osait pas toucher » . Voyez-vous en cette frustration de la prime enfance la source – compensatoire – de son art ?

Frédéric Ferney :

Je n'en sais rien du tout! 

Dans Rodin amoureux, je me pose une question: par quels détours, par quelle instigation de l'âme et des choses devient-on soi, par exemple Rodin?

J'explore son enfance parce que l'enfance est "la mère des secrets" (Aragon) mais je ne crois pas qu'il y ait, ni là ni ailleurs, un mécanisme secret qui régisse l'existence de Rodin. Je m'attache plutôt dans ce livre à vérifier un pressentiment, à déceler moins des indices que des sensations - Rodin lui-même préférait de loin les sensations aux idées. Ou peut-être des présages, des petits cailloux que je ramasse sur le chemin, comme les pièces manquantes d'un puzzle, forcément inachevé et lacunaire. 

Ce n'est ni une biographie - je suis bien trop paresseux! -, ni une étude clinique du cas Rodin.

Il y a dans une vie, à côté de ce qu'on sait (événements, dates) et de ce qu'on voit (les oeuvres), des heures oubliées, des jours que le temps efface et que les biographes ignorent, des zones intouchées, fugitives, où je m'oriente et où Rodin surgit dans sa lumière intime, entre chien et loup.

C'est une vie rêvée. 

Je marche à côté de lui, je m'invite dans ses silences, je m'aventure dans ses nuits, et je lui prête ma voix. Je remplis les blancs (ou les trous noirs) de son existence, avec le pinceau le plus fin possible et avec le souci de ce que les peintres italiens appellent: le fa presto. Car je le veux vivant...

Rodin avait des doigts dans les yeux et des yeux au bout des doigts. Quelqu'un peut-il me prouver le contraire?

 

 

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20 10 16

Sortie de route

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Il ne va guère nous éclairer sur le sens du roman, Luc Lang, avec un titre tient de la Genèse et un contenu, de l'ordre du bilan. Qu'importe, c'est un très beau roman...

Terrassé par la nouvelle de l'accident automobile de Camille, son épouse, Thomas tente de faire front, pour lui, pour ses jeunes enfants, Elsa et Anton.  Il veut comprendre les circonstances d'une sortie de route par trop surprenante.. Camille a-t-elle été victime d'un sabotage? 

Scrutant avec minutie les moindres détails des événements, pensées  et états d'âme de Thomas, Luc Lang livre un récit d'introspection : Thomas va revoir non seulement le film de sa vie conjugale et d'une relation avec Camille qui se délitait mais aussi celui de son enfance et du tabou qui a entravé la relation familiale. Pour ce faire, l'écrivain alterne avec brio le langage soigné des descriptions - justes et belles - et la vivacité dépouillée, crue des dialogues.  Il donne au lecteur le sentiment d'épouser la respiration même du protagoniste, sa  quête existentielle.

 Une puissance, une tension narratives  qui relèvent de l'exploit pour un texte si long.

Une lecture recommandée

Apolline Elter

 

Au commencement du septième jour, Luc Lang, roman, Ed. Stock, août 3016, 540 pp

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19 10 16

Si ce n'est lui

product_9782070793655_195x320.jpg" Bien des années ont passé et je ne sais pas ce qu'Anton est devenu. Mais c'est bien la dernière personne pour laquelle il y a à s'inquiéter: Dieu ne l'abandonnera pas et, chose plus rare, les hommes non plus."

Anton, c'est "Un homme qu'on oublie pas", brève relation que l'écrivain viennois présente comme une "histoire vécue", rencontre d'avec un homme pétri de bonté désintéressée.

Etait-ce lui?  seconde nouvelle de ce Folio 2 €, profile un drame effroyable, de ceux dont Stefan Zweig a le secret, dont il fait monter la tension narrative, infaillible, implacable, saisissant le lecteur d'une oppression croissante et dérangeante.

Nanti de nouveaux voisins, le couple de la narratrice - d'aimables retraités - observe avec sidération la personnalité plutôt envahissante de Limpley. 

 " Jamais, avant de connaître Limpley, jamais nous autres vieilles gens n'avions imaginé que des qualités aussi positives que la générosité, la gentillesse, la franchise et la chaleur des sentiments puissent vous pousser au désespoir par leur démesure intempestive."

C'est dire..

On croit lire Les Catilinaires (Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, 1995) 

Sidéré à son tour, le lecteur sent poindre le drame - il ne va pas tarder à se manifester, conséquence de la double irruption dans le jeune couple d'un chien, Ponto et d'un bébé..

Betsy,la narratrice, prend le lecteur à témoin de son soupçon: "Personnellement, je suis quasiment certaine que c'est lui l'assassin, mais il me manque la preuve ultime, la preuve inébranlable."

Etait-ce lui ? précédé d'Un homme qu'on n'oublie pas, Stefan Zweig, nouvelles traduites de l'allemand (Autriche) par Laure Bernardi et Isabelle Kalinowski, extraites de Roman, nouvelles et récits, tome II, Ed. de la Pléiade, Folio 2 €, n° 6184,  juillet 2016, 96 pp

 

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16 10 16

Pèlerinage

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 " Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pèlerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d'Aincourt, il ne reste rien."

D'emblée, tout est dit: Mathilde Blanc revient sur les traces de son enfance et des séjours de ses parents dans un sanatorium du Val-d'Oise, aujourd'hui désaffecté.

" (...) et tandis qu'elle s'éloigne, rejoint à petits pas le pavillon (...), je voudrais dire son histoire d'amour déchirante, singulière, aux confins de la maladie et du plus grand amour."

 Amour filial - la petite Mathilde est subjuguée par le charisme de son père, Paul, frustrée par son manque d'attention   - amour conjugal qui unit le couple de ses parents jusqu'en  sa maladie conjointe, le roman est hommage du temps. Du temps  qui passe mais n'efface les blessures enfantines: l'annonce de la maladie paternelle, ses noms barbares, "pleurésie", "bacille de Koch",... la mise en quarantaine de la famille et sa paupérisation corollaire, le placement en famille d'accueil, ... sont tant d'obstacles au bonheur simple et joyeux que Mathilde a connu dans sa prime enfance, du temps où "Paulot"ravissait les clients de son café, "Le Balto" du jeu de son harmonica Honhner.

Les  souvenirs, les scènes s'enchaînent soutenus d'une écriture de belle et musicale facture.

Une lecture d'atmosphère recommandée

Apolline Elter

 Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, roman, Actes Sud, août 2016, 268 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |