05 10 16

Une voix, une conscience

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Figure mythique d'Egypte -   Piaf et Callas réunies ; bien qu'elle s'en défendit- la célèbre cantatrice Oum Kalsoum (1898-1975)  était adulée tant des grands que du peuple.

Fille cadette de l'imam Ibrahim et de sa femme Fatima, " Thuma"  doit son instruction au pouvoir de conviction maternel. Fatima croit en elle, économise les piastres nécessaires à son éducation et entraînement d'une voix tôt remarquée dans les cercles alentour.  C'est ainsi que vêtue en garçon, Oum se voit proposer des leçons par Aboul Ala Mohammed, "le cheikh le plus célèbre de l'époque". L'occasion pour la jeune fille - elle a près de 19 ans - de quitter son village de Tmaë pour découvrir Le Caire, ses fastes et revers, se lier d'une amitié à vie avec le poète Rami.

La voix d'Oum est aussi une conscience. Ambassadrice de cette Egypte qu'elle aime, elle en épouse le destin,  les turbulences et régimes successifs.  Partout où elle se produit, les foules se déchaînent, l'adulation s'exprime, la légende s'impose pour l'éternité.

Rééditée après une première parution en 1985, dix ans après le décès de la cantatrice, la biographie s'assortit du texte traduit de célèbres chansons et du relevé de sa discographie.

Oum Kalsoum, l'étoile de l'Orient, Ysabel Saïah- Baudis, biographie, Ed. du Rocher, sept. 2016 (réédition) 350 pp

 

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01 10 16

Que me chantait ma nounou...

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Avec un titre qui ne laisse rien présager de son contenu - ne vous laissez bercer, berner, par son velouté - Leïla Slimani signe un roman fort, très fort, ...décapant, de la rentrée littéraire.

 Un deuxième roman, du reste, après la parution remarquée en 2014 du Jardin de L'Ogre (Ed. Gallimard) qui avait valu à l'auteur franco-marocaine l'attribution convoitée du Prix littéraire de la Mamounia 2015.

Venons-en au fait, au portrait sidérant de Louise, nounou hors pair, engagée par Myriam et Paul pour garder Mila et Adam leurs tout jeunes enfants. Sa candidature est appuyée de solides références:

" Louise? Quelle chance vous avez d'être tombée sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ca a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l'époque, j'ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder."

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes - parisiens - Myriam va pouvoir revêtir sa robe d'avocat, Paul se consacrer intensément à son job. Chaque soir, à leur retour, ils trouvent l'appartement frais et rangé, les enfants baignés, apaisés, souriants, le repas, prêt.. Louise est un vrai cordon bleu.

Au point que très rapidement, ils ne peuvent plus se passer de sa compagnie, de ses initiatives bienvenues..

"L'appartement silencieux est tout entier sous son joug comme un ennemi qui aurait demandé grâce."

Envoûté par le tableau idyllique d'une organisation domestique sans faille, le lecteur se fait Myriam, se fait Paul, s'englue dans l'oppression larvée d'une menace croissante, indicible, insoutenable..

Il y a du Delphine de Vigan dans l'air ....

Un air dont l'oxygène se fait rare, la gêne, grandissante.

Dotée d'une plume-scalpel, précise, magistrale, Leïla Slimani dresse le portrait clinique d'une pathologie de la solitude, de la pauvreté, abandon, d'un complexe social qui ne parvient à s'exprimer,  d'une névrose de la perfection qui va virer au drame, au rythme de chapitre courts, si bien conduits que le lecteur se laisse prendre aux rêts d'une lecture addictive .. dont il ne sortira indemne

 Apolline Elter

Chanson douce, Leïla Slimani, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 228 pp

 

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29 09 16

Radioscopie d'une rupture

9782709650526-001-X.jpeg" J'aimais assez Adrian pour accepter de tomber avec lui s'il avait dû un jour tomber. Je n'ai jamais pensé qu'il puisse être à l'origine de ma noyade."

Etre quitté (e)  pour un/une autre relève, hélas, de la banalité. La narratrice en fait la douloureuse constatation lorsque Adrian met fin à une relation de huit ans, qu'elle réalise que tous les êtres quittés, hommes, femmes, traversent une même séquence  d'états, de sentiments: abattement, colère, haine, envie de meurtre (symbolique) , de reconquête...

Encore Adrian rompt-il  finement - croit-il - avec franchise et tact ...il promet de rester soutien, ami. Ce qui n'est pas le cas de sa nouvelle amie, cette Autre qui, jubile de son statut, l'étale sans vergogne sur les réseaux sociaux. 

" L'amour est ce qu'il y a de plus incertain, sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir."

Fascinée par sa rivale, son ennemie, la narratrice s'englue dans un processus destructif, qu'elle ne peut s'empêcher de relier aux attentats qui ont endeuillé Paris, en ce début de janvier 2015.

Et cette main qu'elle ne peut renoncer à tendre à Adrian, elle la tend pareillement à ses semblables, offrant à leur désarroi , la solidarité d'une solitude .. partagée.

AE

Beaux rivages, Nina Bouraoui, roman, Ed. JC Lattès, août 2016,  252 pp

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28 09 16

David Foenkinos, côté planches

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Nous connaissons - et apprécions ô combien - David Foenkinos sous son jour de romancier et même de biographe, rappelons-nous le poignant récit de vie, de mort de Charlotte Salomon (Ed. Gallimard , 2014) , nous le découvrons sous celui de dramaturge. La surprise en est savoureuse...

La pièce a pour décor une chambre de maternité, son anti-chambre et le couloir attenant. Nathalie vient d'accoucher de Jason, premier garçon du couple qui compte deux fillettes.  Pierre, le père, est aussi fou de joie que d'angoisse, à l'idée de la compétition qui ne manquera pas de s'installer,  plus tard, sur terrain de tennis.

Débarquent Michel et Sophie, sa petite amie, qui agitent leurs pieds dans le plat d'un couple qui se fissure inexorablement.... Vérités assénées, moral assommé, Pierre voit s'effriter le bonheur bourgeois que sa maigre imagination avait construit: la possession d'un pavillon, d'une belle famille et d'un tuyau d'arrosage des plus fonctionnel, "apothéose d'une vie réussie"

L'enchaînement des scènes et des révélations se réalise sur le rythme tonique, cocasse du vaudeville, abritant, sous un humour décapant - du Foenkinos à 100 % - des questions existentielles qui méritent réflexion....

Mise en scène par Anne Bourgeois, la pièce a été créée,  au Théâtre Hébertot, le 14 mai, jouée en première partie de la cérémonie des Molières 2016, aux Folies Bergères, l e16 mai  et diffusée en direct sur les ondes de Culture Box. Je vous invite à podcaster le lien: http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/theatre/coups-de...,  valide jusqu'au 24 novembre et à savourer 1h19 de représentation délirante

Excellente interprétation de Constance Dollé (Nathalie), Davy Sardou (Pierre) , Arié Elmaleh (Michel), Marie-Julie Baup (Sophie) et de Dounia Coesens qui campe Juliette, infirmière pédiatrique des plus sexy.

La scénographie est mûrement étudiée qui,  d'un jeu de transparence, permet de visualiser un jeu continu en chambre,  quand le couloir devient la scène principale. 

Le plus beau jour, David Foenkinos, théâtre, éditions Flammarion, mai 2016

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24 09 16

Mathilde et Pierre

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"S'intéresser à Marthe, c'est entrer dans la peinture, se soûler de peinture"

 Quand le jeune peintre Pierre Bonnard pénètre la boutique du fleuriste Trousselier,  il ignore - et l'ignorera quelque trente ans encore - que la jeune fille qui obsède son regard , assiège son coeur, ne s'appelle pas Marthe de Méligny. Elle n'a pas seize ans -  en compte huit de plus -  n'est ni orpheline ni dépourvue de famille.

 Pierre Bonnard a 26 ans. Solitaire et réservé, il a trouvé en Marthe - as Maria Boursin - et son corps de rêve,  la nue de son oeuvre, la compagne de sa vie. Peu importe qu'il ne la présente à sa famille, qu'il ignore tout de son passé, qu'il prenne pour monnaie comptante son identité fantaisiste.

 Interpellée par cette saisissante imposture, Françosie Cloarec, écrivain, psychanalyste et peintre met à profit sa triple compétence et  tente de percer le "Mystère Marthe Bonnard" : " Je cherche la Maria qu'elle a voulu taire dans les toiles, dans sa famille, dans les livres, dans les articles. "

 Pour ce faire, Françoise Cloarec opère un travail de dépouillement d'archives, d'articles, ... et de rencontres colossal, une enquête des plus minutieuse, qu'elle nous livre avec intégrité. Elle nous convie au coeur de sa démarche, proposant pistes et déductions pour ce qu'elles sont, sans céder à la tentation romanesque de combler les zones d'ombre par des assertions non vérifiées. Un travail d'introspection également, empreint de bienveillance, qui plutôt que confondre Marthe s'est donné  pour mission de la comprendre, de mesurer son impact dans la vie et l'oeuvre du "peintre du bonheur".

 L'anti-conformisme de leur idylle libère d'emblée Pierre des pressions de son milieu. Grâce à Marthe, il peut oser cette liberté à laquelle il aspire de son être, de son art.  "Nabi",  membre de la Revue blanche,  proche de mouvances liées à l'anarchisme, il ose aussi afficher l'érotisme de leur vie privée. Avec, en 1899, l'exposition chez Durand-Ruel d'un nu très audacieux de Marthe,  Femme assoupie sur un lit  également titré ... L'Indolence  Pierre Bonnard inaugure une riche série,  exhibe la contribution majeure que sa compagne apportera à son art.

Un artiste qui est rarement satisfait de son travail et qui sans cesse le remet sur le métier, retouchant çà et là, détails, couleurs et perspectives.

 Subtile et délicate radioscopie de l'intimité d'un couple et de son impact sur l'histoire de l'art, l'essai nous fait vivre, avec une remarquable acuité, le milieu dans lequel il gravite, l'atmosphère de l'époque, du marché de l'art et du procès-fleuve que valut la succession du  grand peintre, décédé en 1947.

 A découvrir de toute urgence.

De toute évidence

 Apolline Elter

  "L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

 

Billet de ferveur

AE : Marthe offre à Pierre Bonnard cette liberté que son milieu ne lui permet pas. Elle lui offre son corps, sa nudité.   Ce sont là éléments essentiels  pour Bonnard, pour l’évolution de son art.  Pouvons-nous en déduire  que l’imposture  d’âge, d’identité, qu’elle commet …relève plutôt du détail, de l’accessoire ?

Françoise Cloarec :  Oui, vous avez bien vu, ces non-dits, ces vérités déguisées, très déguisées sont accessoires. 

L’essentiel est ailleurs, je ne sais pas trop où, mais comme pour n’importe quel couple, ce qui lie deux personnes entre elles a des ressorts inconscients. Marthe et Pierre ont trouvé une entente, ils ne savent même peut-être pas eux même de quoi elle est faite. Mais ce qui nous réjouit c’est qu’elle s’exprime dans l’oeuvre.

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 Françoise Cloarec est invitée du Salon Ecrire L'Histoire  (à Bruxelles) , samedi 19 novembre (PM)  et d'un café littéraire que j'aurai grande joie d'animer. (horaire encore à préciser)  Plus d'informations sur le site du salon :www.ecrirelhistoire.com et, bientôt, sur votre blog préféré

 

 

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21 09 16

Une fresque révolutionnaire

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"Le saccage de la folie Titon fut considéré comme un désastre. On compta le moindre bouton de porte disparu, chaque pelle à feu, chaque pincette, le plus petit morceau de tapisserie arraché, les nappes déchirées, les oreillers crevés, les tasses de porcelaine ébréchées, les vestes de soie en lambeaux, le satin en confetti, les innombrables gilets de toile, les déshabillés de madame, les morceaux de mouchoirs brûlés, tout cela fit l'objet d'un compte précis, inventaire méticuleux où les chiffres s'empilent, neuf mille livres par-ci, sept mille par-là, dix-neuf mille livres par-ci, deux mille cinq cents par là. Mais le nombre des morts parmi les habitants du Faubourg, en revanche, resté vague, indécis. "

 Prémices de la célèbre prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la mise à sac, le 28 avril précédent,  de la Folie Titon, siège de la manufacture royale de papier peint,  signe le mécontentement des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine. Jean-Baptiste Réveillon,  propriétaire de la  manufacture, leur a,  en effet "proposé" une diminution de salaire aux fins de lutter contre la concurrence étrangère.

 " La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. "

 Cette nuit, la journée qui suit, l'écrivain-cinéaste a décidé de nous les faire vivre depuis la foule des anonymes, de "raconter ce qui n'est pas écrit. "Il rend ainsi noms, faits, gestes, distribue les rôles  parmi les acteurs du peuple, les agence en un fondu enchaîné saisissant, bruyant, presque odorant, ..restituant, d'un lyrisme jubilatoire, la marche exaspérée, inexorable de la masse vers la conquête de ses droits. 

 Une fresque puissante, pétrie de verve et d'éloquence.

 Apolline Elter

 14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

 

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17 09 16

Le drame de Loudun

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" J'ai compris vite, monsieur le bailli, que les tout premiers événements étaient une préparation, et que cette fois, vraiment, le couvent des Ursulines est la proie d'une possession maléfique tout à fait redoutable."

Il est des premiers romans qui ne sont pas des coups d'…essai tant le style s'affirme fluide, élégant, maîtrisé.

Essayiste, marcheur, philosophe, professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris, Frédéric Gros s'est emparé d'un fait historique, le drame  des "possédées de Loudun" qui, déclaré en 1632, assorti d'une cabale contre le curé Urbain Grandier,  mènera ce dernier au bûcher.

Cloîtrées en leur couvent des Ursulines de Loudun, la supérieure Jeanne des Anges et quelques autres soeurs sont victimes d'hallucinations, frappées d'obsessions, saisies de convulsions, convaincues de possession. Le coupable est habilement suggéré, tôt désigné, le suppôt de Satan est Grandier.

Beau, brillant,  séduisant, un tantinet arrogant, le jeune curé de la bourgade engrosse Estelle Trincant, l'élève à laquelle il enseigne le latin. Il enclenche de la sorte une persécution implacable qui fera de lui la victime expiatoire, emblématique,  de l'avènement de la Contre-Réforme. 

Certes, il n'est pas un enfant de choeur: tandis qu'il rédige un traité contre le célibat des prêtres,  il succombe aux charmes de Maddalena et lui conçoit pareillement un enfant - qu'il ne connaîtra pas.  

Jusqu'à son dernier souffle, il nie le pacte satanique qui lui est attribué, croit pouvoir déjouer l'implacable machination ourdie contre lui.

Fresque saisissante, le roman de Frédéric Gros nous fait vivre les faits et vibrer de l'effroyable résurgence de l'Inquisition.

Un événement de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

 

Billet de ferveur

 

AE : Parmi les  pièces à charge contre Urbain Grandier, figure la « Lettre de la cordonnière », pamphlet contre Richelieu, attribué (faussement) au Curé Grandier. En avez-vous eu lecture ?

Frédéric Gros : Oui, et du reste il existe en fait au moins versions de cette lettre (avec le même titre Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Baradas) : une première version donne une vision sombre de la situation nationale, propose des réformes, dénonce des abus et met en garde le Roi contre « ce vautour affamé qui ronge les entrailles de ses sujets » : chacun reconnaît là une mise en cause violente de Richelieu. La police ne parviendra à mettre la main que sur l’imprimeur (Jacques Rondin) qui sera durement châtié, mais pas sur l’auteur.

   Une autre lettre, plus acide et méchante, commencera à circuler après la première (il est possible que d’autres encore aient été écrites).

Urbain Grandier, qui connaissait personnellement la « cordonnière » (Catherine Hammon, de Loudun) a été soupçonné d’avoir écrit  la première lettre, pleine de finesse et rédigée dans un style élégant, mais sans preuve. Au moment de son arrestation, le commissaire Laubardement trouve un exemplaire dans sa bibliothèque.

   Pour certains historiens, Richelieu aurait été persuadé de l’implication de Grandier dans cette affaire au point où sa mort pourrait être considérée comme un effet direct de sa vengeance. Je pense pour ma part que cette affaire n’a été qu’un élément à charge parmi d’autres, une manière pour « inviter » Richelieu à une sévérité sans concession.

 

AE : Son sacerdoce n’a pas empêché Urbain Grandier de concevoir deux enfants. Reste-t-il des traces de sa descendance ?

Frédéric Gros : Il se pourrait que le premier enfant de la fille du procureur du roi, Philippe Trincant, (je la nomme Estelle dans le roman), soit de Grandier. Après « l’affaire » de l’engrossement par Grandier de la fille de Philippe (si on admet la véracité de cette affaire), il y a sans doute eu un mariage  « arrangé » avec Louis Moussaut (juin 1629), alors que la fille Trincant est encore enceinte, lui « acceptant » l’enfant à naître comme le sien. L’historien Robert Rapley constate avec surprise sur les registres de baptême du petit Louis, les registres portent la demande que l’enfant ne s’appelle pas Moussaut, mais Trincant-Moussaut, comme pour marquer une particularité.

J’évoque dans le livre, à la fin du roman, la grossesse de Maddalena (Madeleine de Brou dans la réalité), mais là c’est pure invention. Aucun témoignage ne va dans ce sens, il est même probable qu’elle ait fini sa vie dans un couvent après la mort de Grandier.

 

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15 09 16

Sacré René

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  " Tous ces mots parfaitement calligraphiés me toisent avec dédain."

 C'est ma consoeur Nicky Depasse - grâce lui soit rendue - qui m'a fait découvrir cette fiction à vocation historique, premier roman de Guinevere Glasfurd.

Placé sous la plume d' Helena Jans van der Storm, une jeune servante hollandaise fascinée par l'écriture et les mots - fait  incongru pour une femme de sa condition en ce début de Grand siècle- le récit dévoile la liaison tenue secrète qu'elle entretient avec le célèbre penseur René Descartes (1596-1650) en séjour à Amsterdam, en 1634, chez Monsieur Sergeant, libraire et patron d'Helena.

Contrainte à quitter Amsterdam, Helena met au monde Francine (Descartes), le 19 juillet 1635; la fillette meurt à cinq ans de la scarlatine, alors même que son père - qui se fait passer pour son oncle - a formé le projet de l'envoyer s'instruire en France 

Nous découvrons une facette méconnue et encore mystérieuse de Descartes en une époque cruciale de sa vie puisqu'il travaille alors le célébrissime Discours de la méthode, publié en 1637.

Apolline Elter

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

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10 09 16

Grand roman

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Retenez ce nom, retenez ce titre: ce roman fabuleux, de large inspiration autobiographique, va faire couler beaucoup d'encre d'émotion,  de larmes de tendresse. Il imprégnera votre esprit de ce vécu si bien rendu, par le prisme de Gaby, un enfant d'onze ans, soudain projeté dans une séquence d'effroyables événements.

Vous songez aux Cerfs-volants de Kaboul? [NDLR: Khaled Hosseini, 2003)

Vous n'avez pas tort

C'est encore plus fort.

Mais encore:

«  Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur »

 L'implosion du couple des ses parents - Yvonne est Rwandaise tutsi, Michel, Français, dirige des chantiers, au Burundi  - introduit une première brèche dans l'enfance dorée de Gaby et de sa jeune soeur Ana. L'assassinat, en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, président burundais, le génocide rwandais, l'embrasement de la région des Grands Lacs, préludes à quinze années de guerre civile, vont faire exploser le paradis que constitue l'impasse où il vit, sur fond de violence inouïe.

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire."

Le récit est tragique. Certes. Mais il est surtout lumineux, avivé de fraîcheur par ce regard d'enfant, qui s'accroche au cocon de ses relations familiales  - joyeuses et colorées -  amicales-  de ce club des cinq, formé avec Armand, Gino, les jumeaux, voisins de l'impasse- , avec Innocent, Donatien, les boys, Madame Economopoulos, vieille et généreuse Grecque qui laisse dévaliser ses manguiers et les livres innombrables d'une riche bibliothèque ...

En filigranes, le passage initiatique de l'enfance à un monde adulte particulièrement bousculé...

Un premier roman fort. Très fort.

Apolline Elter 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

 

 

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08 09 16

Vincent

téléchargement (19).jpg" Ce fut ma première rencontre avec la peinture de Vincent, et je revois sans cesse cette scène, je me souviens de chaque détail. Ce n'était pas vraiment beau au sens où l'on entendait la beauté alors, mais ça allait le devenir. J'ignore où se trouve ce tableau aujourd'hui, en Amérique probablement, peu importe, il est dans ma tête et éclaire chaque jour de ma vie, je ferme les yeux, je le vois, et il brille avec autant d'éclat. Il est à moi, comme les autres. "

 Nous l'avions déjà constaté  avec  La vie rêvée d'Ernesto G. (Ed. Albin Michel, 2013 ) focalisé sur Che Guevara, Jean-Mikchel Guenassia aime approcher les personnages mythiques , offrir à ses lecteurs un éclairage ... innovant.

  Il s'attaque, en ce nouveau roman, aux dernières semaines de la vie de Vincent Van Gogh, son séjour fatal d'Auvers-sur-Oise, de mai à juillet 1890 - et  à l'idylle qui le lie à Marguerite Gachet, une jeune fille de 19 ans, fille du célèbre médecin, ami des impressionnistes, dont il est le patient.

 Sorte de journal rédigé de la plume de Marguerite, quelque  soixante ans après les faits, le récit met à mal la réputation du docteur Gachet : ce dernier apparaît sous un jour vil et incompétent. Peintre lui-même, il se fait offrir nombre toiles par ses patients artistes, en échange de ses prestations médicales. Il se constitue ainsi une collection importante ... dont il a peut-être fait copie lui-même ou par le biais de sa fille... Le soupçon d'imposture est posé , le scandale a déjà fait couler bien de l'encre.

 Étayé de coupures de presse d'époque et d'extraits de lettres des frères Van Gogh  - nous découvrons que Vincent Van Gogh était un prolixe épistolier  - le roman offre un regard très engageant sur la production picturale effrénée du célèbre peintre, en son dernier séjour:   75 toiles en 70 jours

 La thèse du suicide  de l'artiste est réfutée avec  force conviction…..

 L'approche est, pour le moins, séduisante

 Apolline Elter

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

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