05 06 11

Un livre qui rend intelligent !

 

L’art contemporain depuis 1945.gifDans L’art contemporain depuis 1945, le grand spécialiste Jean-Louis Pradel (il est historien, critique et chroniqueur d’art tout en enseignant l’art contemporain à l’École nationale des arts décoratifs à Paris) fait le point avec beaucoup de clarté sur la question de l’art actuel et il replace chaque courant, groupe ou mouvement ainsi que les artistes dans leur contexte politique, social et culturel, aidant ainsi à orienter lecteur dans le labyrinthe multiforme des créations de Jean Dubuffet, Victor Vasarely, Francis Bacon, Pierre Soulages, Andy Warhol, Jackson Pollock, Ernest Pignon-Ernest, Mark Rothko, Robert Ryman, Marcel Broodthaers, Pol Bury ou Jean-Michel Basquiat ainsi que parmi les néons de Dan Flavin, les peintures de Barcelo, les installations en acier de Richard Serra, les installations vidéo de Nam June Paik, les compressions de César, les empaquetages de Christo, les vêtements d'Issey Miyake, les productions du Land Art, les personnages en fibre de verre de Duane Hanson ou les architectures de Tadao Ando et de Jean Nouvel.

 

Le pop art, l’art cinétique, l’op art, l’art conceptuel, les happenings, le Nouveau Réalisme, l’hyperréalisme, le Minimal Art, Cobra, le néo-expressionnisme allemand ou la trans-avant-garde italienne sont notamment passés en revue dans l’ouvrage et joliment illustrés, avec un grand sens didactique qui permet de cerner rapidement les enjeux et de comprendre les œuvres qui en résultent.

 

Une fameuse gageure et une belle réussite !

 

Bernard DELCORD

 

L’art contemporain depuis 1945 par Jean-Louis Pradel, Paris, Éditions Larousse, collection « Comprendre & reconnaître », mai 2011, 160 pp. en quadrichromie au format 14,5 x 25 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 € (prix France)

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10 04 11

L'art pour tous

 

Art déco 1910-1939.gifL'Art déco, nom donné au style « moderne » du XXsiècle, connut un rayonnement mondial pendant l'entre-deux-guerres, et l’ouvrage intitulé Art déco 1910-1939 paru récemment à Bruxelles, aux Éditions de La Renaissance du Livre sous la direction de Charlotte Benton, Tim Benton & Ghislaine Wood, montre combien il laissa son empreinte dans presque tous les domaines visuels, des beaux-arts à l'architecture, de la décoration à la mode et au textile, du cinéma à la photographie.

 

C’est d’ailleurs ce caractère éclectique qui fut la clé de son succès et qui contribua à le faire connaître du grand public.

 

Représenté par des artistes aussi différents que Le Corbusier, René Lalique, Man Ray, Tamara de Lempicka, Raoul Dufy, Cartier, Elsa Schiaparelli, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Victor Margueritte, Sonia et Robert Delaunay, l'Art déco réussit à créer un style, une attitude, une approche ou un contexte autant que des traits distinctifs.

 

Sa capacité à exprimer les différentes identités nationales et son association au glamour et au chic métropolitains firent de lui un style global au-dessus des frontières régionales et nationales, tout en réconciliant l'artiste avec les méthodes de production en série afin de réaliser des objets fonctionnels, bien conçus et possédant des qualités propres, individuelles.

 

Tombé en disgrâce jusqu'aux années 1960, il fut redécouvert en Occident, grâce notamment à l'émergence d'un nouveau marché ouvert au design individualiste, et il fait aujourd’hui l’objet d’un véritable culte auprès des amateurs d’art.

 

Comme on les comprend !

 

Bernard DELCORD

 

Art déco 1910-1939 sous la direction de Charlotte Benton, Tim Benton & Ghislaine Wood, Bruxelles, La Renaissance du Livre, février 2011, 460 pp. en quadrichromie au format 24,6 x 28,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,50 €

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10 04 11

Le Bescherelle des arts

 

Tout sur l’art.gifLes Éditions Flammarion à Paris ont publié récemment sous le titre Tout sur l’art la traduction française des textes que quarante et un historiens d’art, critiques, experts, artistes ou enseignants ont rédigés sous la houlette de Stephen Farthing pour faire comprendre l'évolution de l'art à travers les âges et les continents.

 

Le résultat ? Plus de 1600 œuvres commentées, 85 époques et mouvements clés de l'histoire de l'art présentés en détail, 160 chefs-d' œuvre incontournables décryptés, 563 reproductions photographiques en couleurs et tous les outils indispensables fournis (glossaire, repères chronologiques, biographies d'artistes, détails agrandis, index détaillé…) dans un ouvrage somptueux, clair, original, captivant….

 

On y va de l’art rupestre (vers 15 000 avant J.-C.) aux installations du Collectif RAQS (2009) en passant par les Lignes de Nasca au Pérou, la Mésopotamie, la Perse, l’Égée, l’Égypte, la Chine ancienne, l’art grec, l’art bouddhiste, l’art romain, l’art médiéval en Afrique occidentale, l’art byzantin, l’art hindou, l’art insulaire, l’art primitif islamique, l’art chinois des dynasties Tang, Song et Yuan, l’art coréen de la dynastie Goryeo, l’art roman, l’art précolombien, l’art primitif italien, l’art chinois de la dynastie Ming, l’art gothique international, l’art coréen de la dynastie Joseon, l’art des primitifs flamands, la première Renaissance, l’art zen du Japon, la Renaissance à Venise, la haute Renaissance, la Renaissance en Europe du Nord, l’art islamique, l’art africain de la première période moderne, le maniérisme, l’art baroque, l’âge d’or de l’art hollandais, la peinture rajput, l’art japonais de la période Edo, l’art chinois de la dynastie Qing, l’art indigène d’Océanie, le rococo, les artistes du Grand Tour, le néoclassicisme, le romantisme, l’art académique français, l’art indigène d’Amérique du Nord, l’orientalisme, l’art japonais du XIXsiècle, le préraphaélisme, le réalisme, l’esthétisme, l’impressionnisme, le postimpressionnisme, le symbolisme, le synthétisme, le primitivisme, l’Art nouveau, la Sécession, l’essor de la photographie, les réalisme, précisionnisme & régionalisme, le fauvisme, l’École de paris, l’expressionnisme allemand, le cubisme, les futurisme, orphisme & rayonnisme, les suprématisme & constructivisme, De Stijl, Dada, le Bauhaus, la Nouvelle Objectivité, le surréalisme, l’art mexicain, la sculpture moderniste, l’expressionnisme abstrait, la peinture figurative européenne, l’abstraction lyrique, l’art africain contemporain, l’art d’Extrême-Orient, le pop art, la photographie d’art, le nouveau réalisme, l’art conceptuel, l’installation, l’art d’Amérique latine, la performance, l’Arte povera, le minimalisme, l’op art, l’art vidéo, le land art, l’hyperréalisme, l’art aborigène d’Australie, le néo-expressionnisme, l’art numérique et l’art urbain, les Young British Artists et l’art indien…

 

Wonderful!

 

Bernard DELCORD

 

Tout sur l’art. Panorama des mouvements et des chefs-d’œuvre sous la direction de Stephen Farthing, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2010, 576 pp. en quadrichromie au format 18 x 25 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,90 € (prix France)

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09 04 11

Une compilation de l’étrange

 

Trésors insolites des musées de France.gifLes Éditions Flammarion à Paris viennent de faire paraître, sous le titre Trésors insolites des musées de France, un ouvrage extraordinaire signé Jean-Jacques Breton et Dominique Williatte, dans lequel les auteurs recensent et décrivent des chefs-d’œuvre picturaux, mais aussi architecturaux ou sculptés, dessinés, gravés, montés en vitrail ou issus des arts premiers, conservés dans près de 150 musées français et qui tous relèvent du surprenant et de l’étonnant, voire du bizarre.

On y découvre des marrons sculptés par une religieuse, Geneviève Gallois, un paysage fantastique aux roches anthropomorphes de Gustave Courbet, une statue en bronze représentant « Le fou et la Mort » fondue par Sarah Bernhardt, l’appartement de Léonor Fini, la palette de Delacroix, une tapisserie bruxelloise du XVIsiècle narrant l’adultère de David et Bethsabée, la carapace ouvragée qui servit de berceau au roi Henri IV, une statue-menhir d’il y a 5000 ans, une statue d’après le Bernin représentant « la Bienheureuse Ludovica Albertoni » dans une extase mystique qui a toutes les apparences d’un orgasme, une sanguine effrayante de Jean-Baptiste Greuze intitulée « Portrait mortuaire de Denis Diderot sur son lit de mort », un tableau de Francisco de Zurbarán représentant Sainte-Agathe tenant ses seins coupés sur un plateau, le reliquaire de Dominique Vivant-Denon contenant, entre autres, les restes du Cid et de Chimène, une dent de Voltaire, des poils de la barbe de Henri IV – encore lui –, un morceau du linceul de Turenne, des cheveux d’Agnès Sorel et des os d’Héloïse, d’Abélard, de La Fontaine et de Molière…

Un livre mirifique, dans tous les sens du terme !

 

Bernard DELCORD

 

Trésors insolites des musées de France par Jean-Jacques Breton et Dominique Williatte, Paris, Éditions Flammarion, avril 2011, 320 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 35 € (prix France)


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05 04 11

Splendeurs de l’Art nègre

 

Africanisme et modernisme.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison de mars 2011 de la revue des Belges d'Afrique centrale EBENE :


Dans Africanisme et modernisme paru à Bruxelles chez P.I.E. Peter Lang dans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies » dirigée par Marc Quaghebeur, le conservateur du Musée des Beaux-Arts de Tournai Jean-Pierre De Rycke se penche sur la peinture et la photographie d’inspiration coloniale en Afrique centrale entre 1920 et 1940.

Il s’agit en réalité du texte remanié de sa thèse de doctorat soutenue en 2000 à l’UCL, un ouvrage certes savant mais parfaitement accessible, qui introduit brillamment à la redécouverte de l’œuvre plus ou moins Art déco des peintres belges (Alexandre Iacovleff, Gaston-Denys Périer, Auguste Mambour, Pierre de Vaucleroy, Paul Colin, Fernand Allard l’Olivier…) que fascina la culture des peuples colonisés, mais aussi à la remembrance de l’épique « Croisière noire » lancée en 1924-25 par André Citroën à travers le Sahara puis la forêt tropicale (elle alla de Colomb-Béchar à Tombouctou…) pour prouver la qualité de ses véhicules, et peut-être surtout à la découverte du grand talent des premiers « imagiers » congolais, Djilatendo et Lubaki, ainsi que du premier peintre véritable du pays, Albert Mongita, un touche-à-tout de génie.

Bien entendu, l’auteur examine aussi à la loupe les rapports entretenus par les artistes et les photographes avec la propagande coloniale et il montre à quel point les maladresses (et il y en eut beaucoup) ne s’inscrivent pas tout-à-fait, dans leur chef, comme une entreprise mue par l’exploitation économique ou la notion de supériorité de leur race ou de leur religion.

On ne peut, hélas, pas en dire autant de certains autres de nos compatriotes qui s’expatrièrent aux colonies…

 

Bernard DELCORD

 

Africanisme et modernisme, la peinture et la photographie d’inspiration coloniale en Afrique centrale (1920-1940) par Jean-Pierre De Rycke, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies » dirigée par Marc Quaghebeur, décembre 2010, 321 pp. en noir et blanc + 2 cahiers de 16 et 8 pp. en couleurs au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 50,80 €

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05 04 11

Au cœur des mystères…

 

Mayombe.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison de mars 2011 de la revue des Belges d'Afrique centrale EBENE :


"Leo Bittremieux, missionnaire de Scheut, vécut et travailla aux alentours de 1910 au Mayombe, une région boisée au nord de l'embouchure du fleuve Congo.

Il y mena non seulement un travail de missionnaire, niais y collectionna également des centaines de statuettes et d'objets confectionnés par la population locale, les Bayombe. Ces pièces furent expédiées par bateau à l'Université de Louvain. Elles arrivèrent au musée d'ethnographie, où étaient formés notamment les fonctionnaires coloniaux. Une fois en Belgique, elles déménagèrent encore à maintes reprises.

Lors de la scission de l'Université de Louvain dans les années 1960, la précieuse collection fut divisée entre les deux parties. Les statuettes uniques et fascinantes disparurent ensuite pendant des années dans les dépôts universitaires. Elles ne furent que rarement exposées au public. À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, le musée M de Leuven a décidé de les remettre sous les projecteurs d’octobre à janvier 2011, et au Musée de Louvain-la-Neuve du 8 avril au 5 juillet 2011.

La collection est complétée par quelques pièces d'exception issues du Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren.

Un magnifique ouvrage collectif rédigé sous la direction de Jo Tollebeek accompagne l'exposition. Il s’intitule Mayombe, statuettes rituelles du Congo, et a paru à Tielt, aux Éditions Lannoo. Outre une partie catalogue détaillée, il contient une série d'essais brefs qui permettent de mieux saisir l'origine et la signification de ces objets ethnographiques. Les auteurs mettent en lumière le contexte anthropologique et historique, brossent le portrait de Bittremieux et du travail de missionnaire colonial de ses frères d'ordre, montrent comment et pourquoi de telles statuettes étaient collectionnées et exposées par le passé.

Les essais sont illustrés par des photographies inédites. Voilà pourquoi cet ouvrage offre un regard exceptionnel, non seulement sur la tradition de collection occidentale, mais également sur le Mayombe lui-même au début du vingtième siècle, au moment où cette société connut un changement profond sous l'influence de la colonisation."

 

(N.B. : Le prière d'insérer de cet ouvrage était si bien rédigé et si conforme à ma perception de son contenu que je me suis contenté de l'aménager très légèrement : rendons à César ce qui est à César...)

 

Bernard DELCORD

 

Mayombe, statuettes rituelles du Congo ouvrage collectif sous la direction de Jo Tollebeek, Tielt, Éditions Lannoo, décembre 2010, 175 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39,95 €

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28 01 11

Le soleil levant de l’impressionnisme

Claude Monet par Michel de Decker.gif« Il est robuste, Claude Monet, taillé d'une pièce ; capable d'être aussi généreux qu'égoïste, mais aussi faible que fort»

 

C’est une remarquable biographie que Michel de Decker consacre chez Pygmalion à Claude Monet, le père de l'impressionnisme : un portrait haut en couleurs et en contrastes d'un artiste au tempérament déterminé, un rien cyclothymique, sachant entretenir ses amitiés et se faire... entretenir quand le besoin –fréquent dans les premières décennies– s'en fait sentir.

 

Génie du regard et d'une lumière qu'il saisit dans ses infinies nuances, capable de travailler de concert sur une dizaine d’œuvres, Claude Monet laissera plus de 2000 toiles à la postérité, n'hésitant à crever d'un geste rageur celles qui n'ont plus sa faveur...

 

Né à Paris, le 14 novembre 1840, Oscar-Claude Monet perd sa mère à l'âge de 16 ans. Sa tante Marie-Jeanne Lecadre –un nom prémonitoire– le prend en charge et affection, le soustrayant aux relations tendues qu’il entretient avec son Adolphe de père. Pris sous l'aile d'Eugène Boudin, le jeune artiste commencera à faire parler de lui en 1873, lorsque son fameux Impression, soleil levant deviendra, sous la plume de Louis Leroy, l'emblème du mouvement décrié de l'impressionnisme.

 

Sa rencontre avec Ernest Hoschedé, acquéreur du tableau et mécène de la première heure, signe son destin puisque, marié avec Camille Doncieux et père de Jean, Monet s'éprend peu à peu d'Alice (Hoschedé), entretenant ainsi une liaison (conclue par un mariage) de 35 ans et une famille recomposée de 8 enfants. Les années-galère seront nombreuses qui verront la famille crouler sous les dettes, remise à flots tant bien que mal par Paul Durand-Ruel, marchand d'art avisé. La maison rose aux volets verts de Giverny et son célèbre jardin scelleront le début d'une prospérité enfin avérée.

 

Claude Monet meurt à 86 ans (en 1926), atteint d'une quasi-cécité (en raison d’une cataracte) qui a empoisonné les dernières années de sa vie.

 

Avec son style alerte, présent, précis, aux allures d'amène conversation, Michel de Decker nous trace une fresque vivante de l'époque, des événements marquants et des personnalités qui côtoyèrent Claude Monet : Renoir, Sisley, Pissarro, Sacha Guitry et Clemenceau, l'ami à vie...

 

Une lecture hautement recommandée.

 

Apolline ELTER

 

Claude Monet par Michel de Decker, Paris, Éditions Pygmalion (Flammarion), juin 2009, 336 pp. en quadrichromie au format 15 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,90 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Michel de Decker, c'est en « voisin » que vous vous êtes penché, au début des années '70, sur la longue vie de Claude Monet. Votre maison de l'époque faisait face à celle de l'artiste, séparée par cette Seine qui lui fut si chère. Elle devait cependant être passablement délabrée à l'époque, puisqu'il fallut attendre la fin de la décennie et la nomination de Gérald Van der Kemp en tant que conservateur pour la magistrale restauration qu'on lui connaît.

 

Michel de Decker : Quand je suis entré pour la première fois, dans la maison de Monet, je suis resté stupéfait. J'ai compris alors pourquoi l'Institut de France, qui en était légataire, avait si longtemps hésité à me donner l'autorisation de visite. Les verrières du grand atelier aux nymphéas étaient éclatées, la maison baignait dans l'humidité et il aurait fallu une machette pour accéder à certaines allées du jardin. Et que dire de l'étang aux nymphéas... sans l'ombre d'un nénuphar car tout avait été boulotté par les ragondins qui squattaient le domaine. Il est vrai que le pauvre jardinier –un seul, quand Monet en faisait travailler sept à temps plein !– ne pouvait être sur tous les fronts. J'ai publié alors une série d'articles pour dénoncer cette misère, à la suite de quoi, Gérald Van der Kemp a décidé de prendre les choses en mains. Quand je lui ai offert la première édition de mon livre –qui lui était d'ailleurs dédié–  il m'a dit : "C'est en partie grâce à vous que cette maison rose aux volets verts a ressuscité. Vous avez précipité le mouvement..."

 

AE : vous avez écrit une première biographie de l'artiste en 1992 (chez Perrin). La réécrire, 17 ans plus tard, vous a-t-il permis d’affiner son portrait psychologique ?

 

Michel de Decker : J'ai, en effet, publié une nouvelle version de mon Monet, dix-sept ans après, mais je ne pense pas avoir changé le fond. Quelques détails nouveaux, quelques nouveaux documents débusqués ici ou là, m'ont permis de l'enrichir mais non de le bouleverser. Monet, c'est Monet. Il reste un bloc de granit aux yeux de laser !

 

AE : Qu’avez-vous pensé de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais ?

 

Michel de Decker : Je manque rarement une grande exposition Monet. J'ai "vécu" avec lui pendant une dizaine d'années avant d'essayer de le raconter, si bien que, quand je vois telle ou telle toile de lui, je sais immédiatement où il l'a peinte et dans quel état d'esprit il était ce jour-là. Je me suis même rendu jusqu'à l'Hermitage, à Saint-Pétersbourg, pour voir des toiles qui, à mes yeux, étaient inédites. L'exposition du Grand Palais, c'est une apothéose ! C'est la plus complète qu’il m'a été donné de visiter... Et j'ai, une fois de plus, découvert de nouvelles toiles... Bon, sur les 2000 à 2500 qu'il a peintes... il en reste que j'ignore, ça me rassure...

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23 11 10

Une femme de belles lettres

A la vie à l'amor.gifConnaissez-vous Miss-Tic ? Cette jeune femme est une authentique poétesse des rues parisiennes, dont elle orne les murs de jolis graffitis au pochoir (rien à voir avec les horreurs produites un peu partout dans le monde par des bandes de jeunes puceaux de l’intelligence qui marquent, à la manière des chiens et des chats, leur territoire au moyen de déjections diverses). Elle les complète de petits mots ciselés comme « Peaux cassées », « La terreur est humaine », « Je n’ai de maternelle que la langue », « L’avenir a une excellente mémoire », « Une vie bien fête », « Est-ce que l’homme descend du songe ? » ou « Je joue, oui »…

Autant de traces de son passage dans la Ville Lumière que, Petit Poucet pas sage (elle a collaboré aussi, et excellemment, à « Siné-Hebdo »), elle égrène depuis 1985 comme des petits diamants blancs. Elle expose à partir du 1er décembre prochain à paris XVIIIe, à la Galerie W (44 rue Lepic) et c’est à ne pas rater. Car sa démarche mélodie rappelle parfaitement celle de la « dark girl » qui séduisait Léopold Sedar Senghor : comme lui, elle (dé)montre noir sur blanc que « L’Art nuit à la bêtise »…

Bernard DELCORD

 

À la vie à l’amor par Miss-Tic, Paris, Éditions Critères, collection « Opus délits », novembre 2010, 58 pp. en quadrichromie au format 15 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,90 € (prix France)


A la vie à l'amor (invitation).jpg


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04 10 10

Un artiste inimitable

Paul Delvaux Aux sources de l'œuvre.jpgLes Éditions Racine à Bruxelles ont fait paraître, sous le titre Paul Delvaux. Aux sources de l'œuvre et sous la plume de l’historienne d’art Laura Neve, le (splendide) catalogue de la magnifique exposition éponyme qui se tient du 2 octobre 2010 au 16 janvier 2011 au Musée communal d’Ixelles joliment remis à neuf pour cette brillante manifestation invitant à une nouvelle approche de l’œuvre du célèbre peintre surréaliste belge (1897-1994), par le dialogue de ses productions avec celles des artistes qui l’ont influencé.

« Car, explique l’auteure, l’univers pictural de Paul Delvaux, à l’instar de celui de tout artiste, s’est constitué au gré d’influences diverses durant toute sa carrière. Auprès de ses premiers maîtres ou en développant différentes affinités esthétiques, Paul Delvaux s’est nourri de ces contacts pour construire un style original.

De 1920 à 1924, Delvaux peint des paysages dans l’esprit des réalistes belges comme Hippolyte Boulenger, Jean-Baptiste Degreef et Alfred Bastien. Son art se détache ensuite de leur enseignement et, passant par une période qui évoque Renoir et Cézanne, il délaisse le réalisme pour subir l’influence de Modigliani. Progressivement, dès 1930, Delvaux s’autorise à laisser parler son imaginaire, notamment au contact de l’expressionnisme de James Ensor, Gustave De Smet, Constant Permeke et Gustave Van de Woestijne. C’est au cours de cette période que la figure humaine acquiert une importance capitale : elle sera désormais omniprésente dans son œuvre.

Enfin, la découverte de Giorgio De Chirico constitue une révélation qui oriente, dès 1934, le reste de sa carrière dans un univers surréel, conforté par le surréalisme de Magritte. Alors que l’artiste trouvait la voie qui fera sa renommée, la référence au néoclassicisme d’Ingres – avec lequel il partage une grande fascination pour l’Antiquité et le nu féminin idéalisé –demeure présente dans une approche devenue pleinement personnelle. »

 

À travers cette exposition qui rassemble de très nombreuses toiles, dont certaines sont montrées au public pour la toute première fois, l’œuvre de Delvaux se découvre dès lors sous un jour nouveau, au rythme de sa propre découverte des artistes ou des courants qui ont touché sa sensibilité et l’ont amené à élaborer un univers pictural original.

 

L’occasion, aussi, de découvrir les collections de l’un des plus beaux musées belges, trop largement méconnu du grand public…

 

Bernard DELCORD

 

Paul Delvaux. Aux sources de l'œuvre par Laura Neve, Bruxelles, Éditions Racine, 128 pp. en quadrichromie au format 17 x 24 cm sous couverture cartonnée, 29,95 € (disponible en français et néerlandais)

 

Exposition :


Musée communal d’Ixelles

71 rue Jean Van Volsem à 1050 Bruxelles

Tél. + 32 2 515 64 21

www.museedixelles.be

 

Heures d’ouverture : du mardi au dimanche de 11.30h à 17.00h

Fermé le lundi et les jours fériés

Fermé les dimanches 26-12-2010 et 02-01-2011

 

Tarifs : 7 €

5 € pour les étudiants, seniors, groupes (10 personnes ou plus).

Gratuit pour les allocataires sociaux et les enfants de moins de 12 ans

 

Contact : musee@ixelles.be Tél. + 32 2 515 64 21


 

Paul Delvaux La fenêtre.jpg

 

Paul Delvaux, La fenêtre, 1936,

Collection Musée d'Ixelles,

© Paul Delvaux Foundation, St-Idesbald/Koksijde, Belgium,

info@delvauxmuseum.com, photo Mixed Media.

 

 

 


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05 09 10

Le roi du Pop Art n’est pas mort !

Warhol Vies multiples.jpgSi, conquis par la fabuleuse exposition « Le Grand monde d'Andy Warhol » qui s’est tenue dans la Ville-lumière en 2009 au Grand Palais (cf. notre billet du 24 mars 2009 : http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2009/03...), vous souhaitez parfaire votre connaissance d'Andrew Warhola, je vous recommande l'ouvrage de Pierre-Paul Puljiz et de Jean Michel Vecchiet intitulé Warhol Vies multiples, qui vient de paraître aux Éditions du CNRS à Paris.

En marge de documentaires effectués pour France Télévision, les réalisateurs ont consigné et rassemblé thématiquement des extraits de vingt-quatre entretiens menés auprès d'intimes de l'artiste : ses frères, Paul et John, son neveu James, ses assistants, des artistes et journalistes de son entourage.

De L'enfance de l'art au Crépuscule new-yorkais et à la mort, en passant par la Factory et l'attentat de 1968 qui faillit lui coûter la vie, les témoignages s'enchaînent qui parfois divergent. Et c'est ce qui en rend l'approche –et l'ouvrage– particulièrement intéressante.

 

« Il était voyeur, il laissait tourner la caméra et les gens faisaient ce qu'ils voulaient. (...) Il savait flatter les gens pour les faire sortir d'eux-mêmes et donner quelque chose qu'à froid ils n'auraient peut-être pas donné. » (Karl Lagerfeld)

 

« Warhol, c'était la colle cosmique de la Factory et tout le monde convergeait vers lui » (Ultra Violet)

 

« Ce qui a tout tué, c'est le traumatisme de la blessure infligée à Andy. » (Billy Name)

 

Une orchestration polyphonique, agréablement illustrée, des voies d'accès à une figure énigmatique, géniale et éminemment  provocatrice du XXsiècle.

Apolline ELTER

 

Warhol Vies multiples par Pierre-Paul Puljiz et Jean Michel Vecchiet, Paris, CNRS éditions, septembre 2010, 224 pp. en quadrichromie au format 19,6 x 22 cm sous couverture brochée en couleur, 29 €

 

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