25 11 09

Spirou et les keekefretters

Kastar des MarollesOn sait tout le bien que nous pensons de la bande dessinée de Schwartz et Yann intitulée Le Groom vert-de-gris narrant avec beaucoup d’humour et d’à-propos les aventures de Spirou et Fantasio à Bruxelles sous l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Or voilà que cet album est devenu Le Kastar des Marolles, par la grâce de ses géniteurs à qui s’est adjoint l’éminent savant ès lettres bruxelloises Georges Lebouc, ci-devant auteur d’une multitude d’ouvrages traitant de la langue française telle que la parlaient les keekefretters (« mangeurs de poulets », surnom populaire des habitants de la capitale de l’Europe) de bonne extraction comme le célébrissime Manneken-pis ou l’accorte Madame Chapeau, la si désirable pin-up des « strotjes » dans Bossemans et Coppenolle, une pièce de théâtre de fort joyeuse mémoire. Très compréhensible par les non-initiés et enrichie d’un lexique bruxello-français, d’un dossier historico-anecdotique et d’un portfolio à la manière des making off du cinéma, la bande dessinée de nos trois compères s’avère encore plus hilarante et décapante, saveur du terroir langagier oblige, que sa version parue naguère en français de France, et prouve ainsi, si besoin en était encore, que la belgitude constitue un espace comique illimité…
Bernard DELCORD

Le Kastar des Marolles, par Schwartz et Yann, traduction bruxelloise de Georges Lebouc, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 72 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur à dos toilé, 29 €

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12 11 09

Une BD à déguster avec ferveur et sans modération !

OrvalJean-Claude Servais, le dessinateur gaumais bien connu, a relevé un challenge de taille : créer une bande dessinée dont l’héroïne principale est la tout aussi gaumaise abbaye d’Orval. Le premier tome, très réussi, vient de sortir chez Dupuis à Marcinelle, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce bel opus sobrement intitulé Orval ne laisse pas le lecteur sur sa faim ! Revenant sur la légende qui valut son nom au Val d'Or, découvert en 1070 par des moines bénédictins à la recherche d’un endroit pour édifier leur abbaye, Jean-Claude Servais mêle les personnages et les époques dans un récit tout en allusions subtiles qui aboutit à la destruction au canon de l’abbaye par les sans-culottes en décembre 1793. Les planches sont littéralement époustouflantes, en particulier celles représentant les bâtiments splendides de ce qui fut l’un des palais les plus mirifiques de la chrétienté occidentale. Le scénario, elliptique, ouvre à la rêverie historique et à la méditation philosophique, tandis que les êtres de chair et de sang (les femmes, en particulier) qui jalonnent le récit mêlent beauté physique et évanescence délicate dans un brassin d’images fort hautes en couleur. Si bien qu’on a fameusement soif de connaître la suite !

Dans le cadre de la sortie de cet album, toutes les planches originales en sont exposées dans les caves du Musée de l'Abbaye d’Orval jusqu’au 15 janvier 2010, accessibles tous les jours de 10h30 à 17h30 (entrée 5,00 €).
Bernard DELCORD

Entretien : Benoît Dumont avec Jean-Claude Servais :

  Orval par Jean-Claude Servais

Orval, Première partie, par Jean-Claude Servais, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 56 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 14,50 €

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06 11 09

For adults only !

Happy sexIl y a 35 ans tout juste, Gérard Lauzier (1932-2008, par ailleurs réalisateur des films Mon père, ce héros en 1991 et du Plus beau métier du monde en 1996) avait révolutionné la BD française en faisant paraître dans le magazine “Lui” Les Sextraordinaires aventures de Zizi et Peter Panpan, un opus dans lequel ses deux héros découvrent l’orgasme total au cours d’une expérience scientifique ; considérés comme anormaux, ils sont alors mis en cabane par le pouvoir avant d’être libérés à la suite d’un vaste mouvement copulatif populaire. On vit à l’époque dans cet album hilarant une moquerie du rapport Masters & Johnson et de son chantre Ménie Grégoire ainsi que la satire des excès post-soixante-huitards en matière de mœurs. Le succès fut immense et la rigolade générale. Gageons que le nouvel album du dessinateur (suisse et pour enfants : le Zizi sexuel, c’est lui !) Zep, qui vient de sortir chez Delcourt à Paris sous le titre de Happy sex, est appelé à connaître le triomphe pour des raisons similaires : il moque, avec un humour truculent, direct et décomplexé, les travers de notre temps en matière de sexualité « branchée ». Car avec Zep, les confidences entre copines, les conversations de vestiaires, les façons diverses de faire la bête à deux dos – comme disait Rabelais –, les fantasmes de toutes sortes, les masturbations adolescentes, la curiosité enfantine, le recours au Viagra, à la lingerie, au latex sous ses différentes formes, aux sex-toys, au téléphone portable et à Internet prennent un tour surprenant, décapant, réjouissant et inouï. Âmes pudiques ou pudibondes s’abstenir, bien entendu. Pour les autres, foncez chez votre libraire ! Une pinte de bon sang, à l’ère du sida, ça n’a pas de prix !
Bernard DELCORD

Happy sex par Zep, Paris, Éditions Delcourt, octobre 2009, 64 pp. en quadrichromie au format 23 x 31 cm sous couverture brochée en couleur, 14,95 €

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13 10 09

De merveilleux fous volants et leurs drôles de machines…

L'histoire de l'aviation au fil de la BDParue en 2006 aux Éditions Versant Sud, L'Histoire de l'aviation au fil de la BD, un bel ouvrage cartonné, reprend l'envol d'une actualité planante puisque s'ouvre, ces jours-ci, au Musée Royal Militaire (Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles) une exposition ludique, magique, centrée sur l'aviation, au coeur de la BD. Le commissaire de l'exposition n'est autre qu'Étienne Réunis, auteur du livre et conseiller scientifique auprès du Musée royal de l’Armée.
"Quand il ne peignait pas le portrait d'une jeune personne accorte au sourire énigmatique, Léonard de Vinci passait son temps à inventer des inepties : le parachute, l'hélicoptère, la navette spatiale..."
Du vol plané d'Icare aux perspectives planifiées pour 2015, l'auteur retrace, d'une plume alerte, l'histoire des vols de tout bord. Les chapitres se succèdent selon un découpage chronologique clair, ponctués d'anecdotes rocambolesques (délicieux encadrés), de repères chronologiques didactiques (pages à fond beige) et de magnifiques extraits de BD.
Un ouvrage qui se lit, se parcourt, à plusieurs niveaux d'intérêt ou d'âge, témoin d'une aventure humaine fabuleuse. Une édition de haut vol, à mettre en toutes les mains…et pourquoi pas, très bientôt, sous le sapin !
Apolline ELTER

L'Histoire de l'aviation au fil de la BD par Étienne Reunis, Bruxelles, Éditions Versant Sud, collection « Au fil de la BD », 2006, 160 pp. en quadrichromie au format 17 x 24 cm sous couverture cartonnée, 25 €

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22 09 09

Un fameux coup de tromblon !

Trombone illustréCornaqué par Franquin et Yvan Delporte en 1977 dans les pages centrales de 30 numéros du magazine Spirou, le supplément intitulé Le trombone illustré demeure l’une des publications les plus originales, les plus inventives, les plus décapantes et, pour tout dire, les plus incongrues de toute l’histoire, pourtant richissime, de la bande dessinée belge. Les Éditions Dupuis à Marcinelle ont eu l’excellente idée de les ressortir tout récemment en fac-similé (plus un numéro inédit réalisé en 1978 pour l’anniversaire de Delporte et un dossier de 7 pages), l’occasion pour les aficionados de savourer un grand bol de nostalgie et pour les non-initiés de découvrir un pur espace de liberté créative n’ayant, qui plus est, pas pris une ride. On y trouve quantité de grandes signatures de la rédaction carolorégienne (Roba, Degotte, Deliège, Hausman, Peyo, Jijé, Sirius, Will… en plus de celle des deux animateurs, bien entendu) mais aussi de la concurrence : Comès, Dani, Gotlib, Bretécher, Alexis, F’murr, Moebius, Bilal, Tardi, excusez du peu ! Plus quelques petits nouveaux, dont certains ne manqueront pas d’aller loin, comme Frédéric Jannin… Pour un total de 150 récits issus de la plume, des crayons et des pinceaux de 53 auteurs venus des horizons les plus divers. Tous ont pu y exercer leurs talents dans la plus complète liberté et dans une saine émulation du rire provocateur, pour un résultat à décoiffer tous les chauves de la planète. Tant et si bien, soit dit en passant, que l’on ne tarda pas à leur proposer de rentrer dans le rang ou d’aller exercer ces talents ailleurs… Lisez donc les hallucinantes « idées noires » de Franquin qui y figurent : vous comprendrez pourquoi ! En vous tordant de rire…
Bernard DELCORD

Le trombone illustré sous la direction d’André Franquin et d’Yvan Delporte, Marcinelle, Éditions Dupuis, septembre 2009, 272 pp en quadrichromie au format 24 x 34 cm sous couverture de carton épais, 70 €

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22 07 09

Pour qu’il ne vous manque aucune case…

Le petit catalogue du musée de la bande dessinéeLe petit catalogue du musée de la bande dessinée, rédigé par une équipe d’auteurs placés sous la direction du grand spécialiste du Neuvième Art Thierry Groensteen et qui vient de paraître, rassemble et reproduit une centaine de planches originales émanant des collections du musée parisien, en les abordant par le biais de thématiques diverses (images pour l’enfance, zoomorphisme, figures du héros, aventures et jeux dangereux, figures féminines, visée satirique, romanesque, imagination, comiques et délirants, pantomime, postmodernisme, du quotidien à l’intime…). L’occasion pour le lecteur de (re)découvrir, en plus des Schtroumpfs, d’Astérix, de Gaston Lagaffe ou du Concombre masqué, les personnages de Zig et Puce tels qu’ils étaient en 1935 sous le crayon d’Alain Saint-Ogan (1895-1974), Chaminou croqué en 1964 par Raymond Macherot (1924-2008), Tintin et les Dupond(t) vus en 1939 par Hergé dans Le sceptre d’Ottokar, Dick Tracy représenté en 1949 par Chester Gould (1900-1985) et Nestor Burma en 1981 par Jacques Tardi (né en 1946), Barbarella fantasmée en 1974 par Jean-Claude Forest (1930-1998) ou la vie d’un orphelinat imaginée en 1980 par Jean-Marc Reiser (1941-1983), sans oublier, tel qu’il était en 1941, le génial Mandrake de Phil Davis (1906-1964) ou telle qu’elle se présentait en 1971, la si hilarante Rubrique-à-brac du si talentueux Marcel Gotlib (né en 1934) !. Un ouvrage passionnant, d’une case à l’autre…
Bernard DELCORD

Le petit catalogue du musée de la bande dessinée sous la direction de Thierry Groensteen, Paris, coédition Skira/Flammarion et La cité internationale de la bande dessinée et de l’image, juillet 2009, 120 pp. en quadrichromie au format 26,5 x 28 cm sous couverture souple à rabats, 18 €

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05 07 09

Aussi bien que Tintin !

TILLIEUXEn 1956, Maurice Tillieux crée pour le journal Spirou, dans la foulée de son héros Félix des Héroïc-albums, un trio qui conquiert immédiatement les jeunes lecteurs : le repris de justice Libellule, amateur de gros calembours mais plein de bon sens, l’ineffable autant que caricatural inspecteur de police Hannibal Crouton et le jeune détective privé intrépide Gil Jourdan, très smart avec son nœud papillon rouge. Comme les trois mousquetaires, ils sont appuyés dans leurs enquêtes où les jeux de mots abondent et les rebondissements pullulent par un quatrième comparse, la piquante Queue-de-Cerise, secrétaire de son état. Maurice Tillieux était non seulement un grand maître de la ligne claire, mais aussi un spécialiste de l’intrigue et un artiste du découpage, si bien que le succès de ses œuvres demeure intact auprès de ses aficionados d’alors, dont nous sommes.
Dans le but d’éveiller la nostalgie qui sommeille en eux, mais aussi de faire connaître à de plus jeunes lecteurs les plaisirs pas du tout démodés de la découverte, les Éditions Dupuis ont entrepris de republier, sous le titre de Gil Jourdan L’intégrale, l’ensemble des albums de notre héros. Le premier tome, remarquablement façonné et précédé d’un dossier passionnant, vient de paraître. Il regroupe les quatre premières aventures de Gil Jourdan, à savoir : Libellule s'évade, Popaïne et vieux tableaux, La Voiture immergée et Les Cargos du crépuscule. Un must pour les vacances, et pour votre bibliothèque !
Bernard DELCORD

Gil Jourdan L’intégrale 1 par Maurice Tillieux, Marcinelle, Éditions Dupuis, juin 2009, collection « Les intégrales Dupuis », 240 pp. en quadrichromie au format 22 x 31 cm sous couverture cartonnée, 24 €

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21 06 09

Spirou et les nazis

SPIROU2Avec Le groom vert-de-gris (par Schwartz et Yann) paru récemment chez Dupuis à Marcinelle, Spirou et Fantasio replongent dans des aventures à la Franquin, cette fois durant la Seconde Guerre mondiale, à Bruxelles sous la botte allemande. Groom au Moustic Hôtel réquisitionné par la Gestapo, le maître de Spip est poursuivi par une blonde Ursula quelque peu nymphomane et informe la Résistance sur les intentions du colonel von Knochen mais il se fait doubler par celui-ci, tandis que Fantasio, zazou en diable, cache dans sa garçonnière des aviateurs alliés tombés du ciel. Ajoutez à cela un savant fou qui a dressé des chauves-souris pour abattre les bombardiers nazis, un robot particulièrement autonome et efficace, un pittoresque boxeur des Marolles, des collabos sans scrupules ainsi que des clins d’œil à toutes les pages, y compris en « brusseleir », et vous aurez la recette d’un agréable divertissement, joliment troussé et habilement dessiné. On signalera au passage une petite erreur de documentation, à corriger lors de la réimpression (car l’ouvrage est appelé, de toute évidence, à connaître le succès) : les « bollewinkels » ne sont pas des bonbons mais des magasins de confiserie… Maar alleï, da’s nix, c’est qua mêm un tof boekske !
Bernard DELCORD

  YANN & SCHWARZ - Michel Geyer

Le groom vert-de-gris par Schwartz et Yann, Marcinelle, Éditions Dupuis, collection « Une aventure de Spirou et Fantasio par… », mai 2009, 64 pp. en quadrichromie sous couverture cartonnée et pages de garde, 13,50 €

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28 05 09

Il est arrivé près de chez vous !

tintinLes aventures du plus célèbre des globe-trotters belges sont désormais traduites en wallon, après l’avoir été dans d’autres langues régionales comme le catalan, le basque, le breton ou l’occitan, mais aussi le frison, le bernois, le féroïen, l’asturien, l’alsacien, le corse, le gallo, le picard et le vosgien. C’est ainsi que l’on peut aujourd’hui se procurer certains albums en wallon de Charleroi, du Borinage, de Gaume ou de Namur, à l’instar du dernier paru chez Casterman, Lès Ôrerîyes dè l’Castafiore (Les Bijoux de la Castafiore), savoureuse transmutation en dialecte de la capitale wallonne des ravages causés par la plantureuse diva milanaise dans la vie castello-sentimentale du capitaine Haddock. Un régal pour les amateurs !
Bernard DELCORD

Lès Ôrerîyes dè l’Castafiore par Hergé, Bruxelles, Éditions Casterman, 64 pp. en quadrichromie au format 16,7 x 22,5 cm, 11,50 €

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15 03 09

Un chouette « Tintin au Congo » d’aujourd’hui

decorationLes nouvelles aventures de Jimmy Tousseul, petit Belge du Congo ex-belge, continuent en bandes dessinées, cette fois sur un « ville-boat » de la ligne maritime Anvers-Matadi. Habilement scénarisée par Benoît Despas et joliment dessinée par Daniel Desorgher, La croisière assassine récemment parue chez Glénat conduit notre jeune héros (et son lion de compagnie Hermann) à affronter un tueur à gages sur le
« Philippeville » et à découvrir les premiers tourments de la jalousie amoureuse. Remarquablement restituée, l’ambiance qui régnait dans les années 1960 sur les paquebots de la Compagnie Maritime Belge, en ce compris le fameux « baptême de l’Équateur », rappellera bien des choses à ceux qui ont jadis fait la traversée, et suscitera à coup sûr bien des regrets chez ceux qui n’ont pas eu cette chance, d’autant que la magie africaine, dans les différents sens du terme, opère avec une efficacité redoutable, tant sur le lecteur que sur les protagonistes de l’histoire. Quant aux amateurs de beaux dessins en ligne claire, basés sur une documentation nickel-chrome, ils seront bien évidemment ravis !
Bernard DELCORD

La croisière assassine par Benoît Despas et Daniel Desorgher, Paris, Éditions Glénat, septembre 2008, collection « Paris-Bruxelles », 48 pp. au format 29,3 x 21,5 cm, 9,50 €

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