24 06 10

La faute à pas de chance…

Une chance sur un millionUne chance sur un million... C’est peut-être la probabilité que l’enfant auquel vous donnerez la vie soit handicapé. Très tôt après la naissance de Laia, le diagnostic de la déficience cérébrale tombe. Une chance sur un million, c’est aussi la probabilité que la petite fille s’en sorte...
Ses parents, Cris et Migue, entourés de leur famille et de leurs amis, doivent trouver la force d’affronter cette lourde réalité.
C’est donc un thème délicat qu’aborde de manière autobiographique le couple de bédéistes espagnols Cristina Durán et Miguel Giner Bou dans leur ouvrage sensible justement intitulé Une chance sur un million récemment traduit en français chez Dargaud à Bruxelles. Entre les innombrables examens médicaux, l’allaitement difficile, les séances de massage et de rééducation, les soins pénibles et les pesantes contraintes quotidiennes ; entre l’espoir intense et le désespoir accablant, la tristesse face au sort et la joie infinie à chaque progrès de l’enfant, les auteurs témoignent simplement et en toute pudeur d’un cheminement qu’ils ont vécu au plus profond d’eux-mêmes. Le récit, nuancé et subtil, est élaboré selon une double narration, celle d’un couple soudé face à son drame et à son bonheur, accroché à cette fameuse chance sur un million que leur fille vive et grandisse... L’image, dans son pouvoir créatif et métaphorique, est maîtrisée d’un excellent coup de crayon, participant pleinement à l’émotion et à l’art du ressenti qui fait de cet ouvrage une talentueuse et touchante réussite.
Maryse DELCORD

Une chance sur un million par Cristina Durán et Miguel A. Giner Bou, traduit de l’espagnol par Geneviève Maubille, Bruxelles, Dargaud, mars 2010, 128 pp. en quadrichromie au format 24 x 18 cm sous couverture cartonnée en couleur, 14,50 €

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07 06 10

Le livre noir de Léopold II

Africa Dreams, L’ombre du roiParu récemment chez Casterman à Bruxelles, le tome 1, intitulé L’ombre du roi, de la série BD Africa Dreams (dont le scénario a été rédigé par Maryse & Jean-François Charles et les dessins –remarquables– ont été exécutés par Frédéric Bihel), fera sans doute grincer quelques dents… On y voit en effet le jeune Paul, un prêtre novice, se lancer à la recherche de son père, le docteur Delisle, qui a fui la Belgique pour des raisons graves et obscures en y abandonnant sa famille avant de faire fortune et de refaire sa vie au Congo, à l’époque où Henry Morton Stanley (1841-1904) raffermissait l’œuvre de son commanditaire, le roi Léopold II (1835-1909). Sur son chemin de Damas, ce Paul affrontera la nature et croisera la cruauté des hommes, en particulier de ceux qui n’hésitaient pas à couper des mains noires par bêtise, méchanceté et cupidité… Si le portrait n’est guère flatteur pour le souverain de l’État indépendant du Congo, une postface de Colette Braeckman remet les pendules à l’heure en rappelant que si le deuxième souverain des Belges a, de nos jours, une belle quantité de détracteurs, en particulier dans le monde anglo-saxon où il est devenu l’archétype de la cruauté et de l’appât du gain, et que s’il suscite incontestablement en Belgique, et ce depuis plus de 110 ans, une certaine gêne à la suite des révélations du consul britannique à Boma Roger Casement (1864-1916), il est tout simplement, pour les Congolais d’aujourd’hui, le fondateur de leur pays auquel il a donné ses frontières, qu’ils défendent en « combattant, au nom du rêve fondateur de Léopold II, toutes les tentatives de balkanisation de leur vaste territoire… » Un comble… ou un hommage ?
Bernard DELCORD

Africa Dreams, tome 1 : L’ombre du roi, scénario de Maryse & Jean-François Charles, dessins de Frédéric Bihel, postfaces d’Arnaud de la Croix et Colette Braeckman, Bruxelles, Éditions Casterman, mars 2010, 60 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 12,50 €

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01 06 10

Les chemins de la liberté

Liberty Le récit de Liberty, un album BD de Warnauts & Raives paru chez Casterman à Bruxelles, débute à Kinshasa en 1974, à l’époque du fameux match de boxe qui opposa Mohamed Ali à George Foreman, et de l’African Woodstock qui eut lieu à cette occasion dans la capitale zaïroise, avec le chanteur américain James Brown pour vedette principale. La jeune Tshilanda, 16 ans et fille du chef de la sécurité d’un grand hôtel international façon Memling ou Intercontinental, forcée par le manager blanc du groupe de James Brown, se retrouve enceinte. Pour éviter le scandale, il faut qu’elle quitte le Zaïre. Deux hommes au grand cœur, un jeune diplomate français et un musicien noir américain de Harlem, ancien G.I. du Vietnam devenu le batteur de James Brown, lui permettront d’obtenir une green card et d’entrer légalement aux USA, où elle accouchera d’une petite Liberty, la narratrice de sa propre histoire. Entre présent et passé (l’ouvrage se clôt avec l’élection de Barack Obama), récit direct et flash-back, Afrique et Amérique, recherche des origines et métissage, une belle histoire personnelle, un récit de vie réaliste et optimiste rappelant, si besoin était, que la femme demeure, de génération en génération, l’avenir de l’homme…
Bernard DELCORD

Liberty par Warnauts & Raives, Bruxelles, Éditions Casterman, collection « Univers d’auteurs », janvier 2010, 64 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 15 €

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26 04 10

19 septembre 1969 : les Soviétiques sont sur la Lune !

JOUR JEt si le 21 juillet 1969, Apollo XI avait explosé à cause d'une météorite ? Les Russes auraient aluni les premiers changeant le cours de l'Histoire. Et que se passerait-il à partir de là ? On appelle cela une uchronie, à laquelle nous invitent Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud dans cette BD (géniale) où les blocs est et ouest se font la guerre froide sur notre satellite. Car pour reprendre la main, le président Nixon a décrété que la victoire se jouerait dans l'occupation de la Lune.
Cela nous vaut un passé-présent très différent de celui que nous avons connu-connaissons, passé-présent qui est le cadre d'une aventure en un tome. Génial, je vous dis.
Et ce n'est pas fini : écoutez Fred Duval, le co-scénariste de cette série sur un même thème qui s'annonce. Bien des surprises et du plaisir nous attendent.

  FRED DUVAL - Brice Depasse 1
  FRED DUVAL - Brice Depasse 2

Jour J : les Russes sur la Lune, Duval, Pécau & Buchet, Delcourt, avril 2010, 56p., 13€95.

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31 03 10

Léonard, 40° génie

LEONARD35 ans et 40 tomes de génie, de bête journée qui commence en réveillant le disciple dès potron-minet, de miauleries de Raoul et de citations du crâne. ais qu'est-ce qu'il va encore inventer ? Nous n'allons évidemment pas casser les chutes des gags de ce volume qui débute par une aventure stevensonienne (mot que nous inventons sous l'égide léonardienne) en plusieurs pages et dans laquelle Léonard, découvrant que son disciple a revendu ses inventions géniales à des brocanteurs se retrouve par inadvertance en possession d'une carte au trésor.
On retrouve toujours avec autant de plaisir ce quartier imaginaire de Florence ou de Milan (allez savoir !) où l'humour absurde et potache au second degré de Bob De Groot se marie avec tant de bonheur au trait de Turk.
35 ans : quel bail, quelle emphytéose !

Bob De Groot interviewé par Jean Evrard dans des décors de Turk.

Léonard, tome 40, Un trésor de génie
, Turk & De Groot, Le Lombard, mars 2010, 48p., 9€95 env.

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20 03 10

De kat is Geluckig

GELUCK KAT"Après Le Chat est content et De Kat is tevreden, voilà que les Éditions Casterman à Bruxelles font paraître De Kat ès véés kontènt, une version en patois bruxellois de l’album désopilant de Philippe Geluck, dans laquelle la gouaille et l’insolence mâtinées de réflexions paradoxales se déploient avec un naturel et une suavité dignes de l’antique."
Et nous abondons dans le sens de ce qu'écrivait notre excellent confrère Bernard Delcord il y a quelques semaines dans ces colonnes. Depuis Le mariage de mademoiselle Beulemans et Bossemans et Coppenolle, nous savions que le parler bruxellois est le parfait idiome de la zwanze. Si pour le comprendre, il faut être un echte Brusseleer ou à tout le moins manier un minimum la langue flamande, Nicky a posé ses micros dans 'staminet du centre de Bruxelles pour y recueillir les confidences de Flup'ke Geluck et de son traducteur, Joseph Justens.

  JOSEPH JUSTENS - Nicky Depasse
  PHILIPPE GELUCK - Nicky Depasse

De Kat ès véés kontènt par Flup’ke Geluck, traduction en bruxellois par Joseph Justens, Bruxelles, Éditions Casterman, février 2010, 48pp. en quadrichromie au format22,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleur, 10,40 €

GELUCK JUSTENSPhoto : Charles- Louis Detournay

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17 02 10

Drôleries au carré

De Kat ès véés kontèntAprès Le Chat est content et De Kat is tevreden, voilà que les Éditions Casterman à Bruxelles font paraître De Kat ès véés kontènt, une version en patois bruxellois de l’album désopilant de Philippe Geluck, dans laquelle la gouaille et l’insolence mâtinées de réflexions paradoxales se déploient avec un naturel et une suavité dignes de l’antique.
Car s’il est une chose dont on peut être certain en ce bas monde, c’est que la langue de Quick et Flupke, de Jef Kazak, de Virgile et du Manneken-Pis est intrinsèquement
– et carrément – drôle !
Et que par conséquent la rencontre du parler brusseleir et des cogitations du Chat ne pouvait que déboucher sur le titre de notre article…

Bernard DELCORD




De Kat ès véés kontènt par Flup’ke Geluck, traduction en bruxellois par Joseph Justens, Bruxelles, Éditions Casterman, février 2010, 48pp. en quadrichromie au format
22,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleur, 10,40 €

De Kat ès véés kontènt (dessin)

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09 02 10

Le dessin comme dessein

Filiation SchuitenParu aux Éditions Versant Sud à Bruxelles, l'ouvrage de Philippe Marion intitulé Filiation Schuiten analyse la culture familiale du visuel et du dessin transmise par Robert Schuiten (le célèbre architecte bruxellois, décédé en 1997) à ses enfants et petits-enfants, Luc, François, Christine, Marie Van Hasselt et son fils Thierry, Maïté et Alban...
Une filiation durablement marquée par le sceau de l'architecture, lequel souligne l'importance du dessin préliminaire aux plans : « Chez les Schuiten, le dessin nourrit l'intention créatrice, le dessein de construire ».
Veuf d'un premier mariage – Simone Louwers mourra d'une hémorragie à la naissance de leur sixième enfant – Robert Schuiten épousera Mady De Maeyer dont il aura deux enfants, François et Bernadette.
Patriarche d'une famille nombreuse bourgeoise et catholique, despote éclairé, Robert Schuiten établira une véritable sélection affective de la famille par le biais du dessin et des dispositions manifestées. Des séances collectives de dessin sont organisées en famille qu'il considère comme l'activité la plus gratifiante. Abondamment illustré des projets et réalisations du célèbre architecte, l'ouvrage de Philippe Marion s'emploie aussi à démontrer l'inscription de l'art de Luc et de François, BD, affiches et travaux de scénographie, dans cette culture familiale basée sur la passion visuelle.
Apolline ELTER

Filiation Schuiten par Philippe Marion, Bruxelles, Éditions Versant Sud, 2009, 176 pp. en quadrichromie au format 23 x 30,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 39,50€

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30 01 10

BD X

EpoxyL'article ci-dessous a paru dans la livraison du
27 janvier 2010 de l'hebdomadaire satirique
PAN à Bruxelles :

En 1966, Jean Van Hamme, cadre d’une multinationale, rencontre Paul Cuvelier, le dessinateur de Corentin, qui lui demande un scénario exaltant l’érotisme du nu féminin… Deux ans plus tard, en plein bouzouf soixante-huitard, Epoxy (que Le Lombard à Bruxelles vient de rééditer dans une version de luxe) voyait le jour, une jeune fille du XXe siècle qu’un accident maritime en Grèce a expédiée dans une sorte de coma antique. Elle y abordera à l’île des Amazones, et fera ensuite la rencontre (bien souvent amoureuse) d’Hypolite – qui est une femme –, d’un centaure, d’Héraklès, de Thésée, d’Hermès, d’Aphrodite, de Zeus, d’Héra, de Priape, de Psyché, de Dionysos, de Silène, d’Éros, d’Hadès, de Mégère, de Perséphone… L’occasion pour les auteurs d’une belle débauche de dessins en noir et blanc explicites, allusifs ou suggestifs (mais toujours en deçà des limites de la décence) et pour le lecteur… de revoir ses classiques anciens d’un œil (soixante-) neuf !
PANTHOTAL

Epoxy par Paul Cuvelier et Jean Van Hamme, Bruxelles, Le Lombard, décembre 2009,
70 pp. en noir et blanc au format 24 x 30,5 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, reliure toile, 20,00 €

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10 01 10

Une grossesse multiple

Naissances de la bande dessinéeDans un fort album intitulé Naissances de la bande dessinée paru aux Impressions Nouvelles, catalogue de l’exposition éponyme présentée à la Maison Autrique (Bruxelles) jusqu’au 28 avril 2010, le scénariste, professeur et théoricien Thierry Smolderen montre que « l'origine de cette forme est liée à une autre naissance : celle du roman moderne, qui émerge en Angleterre au cours du XVIIIe siècle. L'œuvre satirique du peintre et graveur William Hogarth a ouvert la voie, menant à des échanges d'un genre nouveau entre l'image et les médias de l'âge moderne. Au XIXe siècle, le courant impulsé par Hogarth est resté l'affaire exclusive d'un groupe particulier de dessinateurs, les illustrateurs humoristiques, qui mettent leur culture de l'image au service de la parodie, en cultivant l'art de l'hybridation stylistique. Fascinés par le graffiti, le dessin d'enfant et les images marginales, ils sont les premiers à s'emparer des médias émergents, qu'ils schématisent et combinent dans une perspective ironique. Depuis Rodolphe Töpffer, ils prennent aussi un malin plaisir à interroger les idiomes séquentiels du monde industriel à partir du passé naïf des histoires en images populaires. La bande dessinée moderne s'est forgée dans ce creuset résolument polygraphique qui n'a manqué aucune des révolutions majeures menant à l'âge audiovisuel. » Cet ouvrage – qui constitue aussi une véritable anthologie intelligemment illustrée – « éclaire donc les pièces d'un puzzle que nous croyions pourtant si bien connaître : loin d'être orpheline, la bande dessinée y apparaît comme la principale héritière d'une culture de l'image lisible aussi ancienne que l'image imprimée. La bulle, la ligne claire, l'action progressive, la mise en abîme ironique et jusqu'à la physique délirante des toons l'inscrivent dans une généalogie beaucoup plus riche que ne le soupçonnent les auteurs eux-mêmes. Son dialogue initial avec le roman d'avant-garde du XVIIIe siècle et le livre romantique, sa longue cohabitation avec les rythmes de la presse illustrée, sa symbiose avec le cinéma en font même l'ouvroir potentiel de l'image contemporaine par excellence. » Une belle et bonne leçon contre les contempteurs du IXe art !
Bernard DELCORD
Naissances de la bande dessinée de William Hogarth à Winsor McCay par Thierry Smolderen, Bruxelles, Les impressions Nouvelles, novembre 2009, 144 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 34,5 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, 29,50 €

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