17 01 11

Un chevalier des temps modernes

Jerry Spring, l’intégrale en noir et blanc, tome 1.gifLe 3 mars 1954, les aventures d’un nouveau personnage faisaient leur apparition dans le magazine carolorégien Spirou, celles du cow-boy Jerry Spring, imaginées et dessinées par Joseph Gillain alias Jijé (1914-1980), dans le prolongement des cartoons de Red Ryder réalisés par l’Américain Fred Harman et publiés dans l’hebdomadaire des jeunes depuis 1939.

 

Le succès fut immédiat, tant en raison de la force du scénario que de la qualité des dessins, qui firent littéralement un tabac, et les récits s’enchaînèrent à un rythme effréné : Jerry Spring (1954, publié en album en 1955 sous le titre Golden Creek, le secret de la mine abandonnée), Le splendide cavalier (1954, scénario de Maurice Rosy, publié en album en 1955 sous le titre Yucca Ranch), Le visage pâle (1955, paru en album en 1956 sous le titre Lune d’argent), La révolution mexicaine (1955, paru en album en 1957 sous le titre Trafic d’armes), La passe des Indiens (1955-1956), La piste du grand nord (1956, scénario en collaboration avec René Goscinny), L'or du vieux Lender (1956, scénario en collaboration avec René Goscinny), Le ranch de la malchance (1956-1957), Enquête à San Juan (1957), Le testament de l'oncle Tom (1957), Les trois barbus de Sonoyta (1957-1958, scénario en collaboration avec Jean Acquaviva), Fort Red Stone (1958, scénario en collaboration avec Philippe Gillain), Le maître de la Sierra (1960 scénario en collaboration avec Philippe Gillain), pour s’en tenir à la seule décennie 1950 –douze récits suivront entre 1961 et 1977.

 

On mesurera le côté titanesque de Jijé en rappelant qu’il fit aussi paraître dans le même laps de temps cinq aventures de Jean Valhardi (Valhardi contre le soleil noir, 1956 ; Le gang du diamant, 1957 ; L'affaire Barnes, 1957-1958 ; Le mauvais œil –scénario en collaboration avec Philippe Gillain– 1958, Le secret de Neptune, 1959-1960), cinq albums de Blondin et Cirage (Blondin et Cirage au Mexique, 1951, Le nègre blanc, 1951, Kamiliola, 1952, Silence, on tourne !, 1953, Blondin et Cirage découvrent les Soucoupes volantes, 1954-1955) et deux biographies monumentales en bandes dessinées (Baden Powell, en deux tomes, 1957, Charles de Foucauld, 1959), qui furent autant de réussites.

 

Saluons donc d’une chiquenaude sur notre Stetson les Éditions Dupuis à Marcinelle qui ont entrepris récemment de rééditer, sous le titre Jerry Spring, l’intégrale en noir et blanc, les aventures de ce personnage qui donna naissance, par la suite et toujours sous les pinceaux de Jijé, à Blueberry (Le cavalier perdu, 1965, en collaboration avec Jean Giraud et Jean-Michel Charlier). On y trouve dans le tome 1 les quatre premiers récits consacrés au maître de Ruby (c’est le nom du cheval de Jerry Spring), une belle façon de (re)découvrir les vertus de ce héros et le talent de son créateur !

 

Bernard DELCORD

 

Jerry Spring, l’intégrale en noir et blanc, tome 1 (rassemblant Golden Creek, Yucca Ranch, Lune d’argent et Trafic d’armes) par Jijé, Marcinelle, Éditions Dupuis, août 2010, 238 pp. en quadrichromie et en noir et blanc au format 30,1 x 22,9 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,00 €

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30 12 10

Une fresque dessinée pour Napoléon !

napoleon.jpgC'est le premier ouvrage édité pour Nicolas Dandois, carolorégien issu de l'atelier de BD de Saint-Luc à Bruxelles, et c'est excellent ! Voici le premier tome d'une saga consacrée à Napoléon, intitulé "Eté 1815". Un si beau travail de dessinateur que les planches ont été exposées au Musée Wellington à Waterloo ! On raconte dans ce volume la mort de Napoléon, l'autopsie, etc. ensuite on remonte dans l'Histoire jusqu'à la fin politique de l'empereur après sa défaite. Dans sa demeure de Malmaison, hanté par le souvenir de Joséphine, il ne maîtrise plus son destin... Pierre d'Harville dans la préface écrit : "Oui, Nicolas a de l'audace, c'est bien le rôle d'un auteur de bande dessinée. J'ai aimé les intrigues, les scènes de guerre, les scènes de lit. Napoléon tonne, grogne, sourit parfois, commande souvent." En noir et blanc, les dessins s'inscrivent totalement dans la sensibilité actuelle, même réflexion pour le format. Une formidable façon de redécouvrir ce personnage fascinant et contesté. On attend donc les autres tomes !

Jacques MERCIER

 

Ete 1815, Napoléon - Tome 1, écrit et dessiné par Nicolas Dandois. Editions Des ronds dans l'O. Sept 2010. 160 pp. Format 16,5 cm/24 cm. 16,50 euros.

15 12 10

Faites un beau geste, adoptez un zombie !

Zombillénium 1 Gretchen.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 15/12/2010 sur le site du magazine satirique belge on-line Satiricon.be (www.satiricon.be:

 

La mode est aux vampires, sorciers et autres morts-vivants. Et quand l'artiste numérique dans le vent, Arthur de Pins, s'empare du genre, il en résulte une réussite graphique et scénaristique. Le premier tome de la série Zombillénium Gretchen, paru chez Dupuis, nous raconte l'histoire d'Aurélien, fraîchement décédé et transformé en monstre par les gérants d'un parc d'attraction à thème. Et quel thème ! Zombillénium se veut le parc le plus effrayant de tout l'hexagone. Zombies, momies, vampires et loups-garous sont les employés de cette entreprise pas comme les autres, où l'on n’engage qu'à durée indéterminée.

À partir d'un thème traité mille fois, Arthur de Pins crée une histoire originale et légère. Il réussit à rendre attachants les petits employés de Zombillénium, leurs luttes syndicales, leurs crises de confiance et leurs problèmes relationnels. Mêlant dans son dessin le manga japonais aux comics américains, Arthur de Pins crée des personnages de bande dessinée de tradition européenne.

Zombillénium et son auteur font partie du nouveau souffle de la bande dessinée française, rompus aux nouvelles technologies et reconnue par l'école belge. En effet, cet album est d'abord paru en feuilleton hebdomadaire dans le magazine carolorégien Spirou. Et on se félicite que la bande dessinée jeunesse ne considère plus ses lecteurs comme des simples d'esprits. Une série prometteuse qui plaira aux ados et aux amateurs du style graphique de l'auteur.

 

ÉLIOGABALE

 

Zombillénium1, Gretchen par Arthur de Pins, Marcinelle, Éditions Dupuis, août 2010, 48 pp. en quadrichromie au format 24 x »é cm sous couverture cartonnée en couleurs, 13,50 €

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14 12 10

Un album déridant...

Gil Jourdan L’intégrale 4.jpgAu tournant des années 1970, Maurice Tillieux, qui en rédigea les scénarios avec l’immense talent qu’on lui connaît, confia le dessin de Gil Jourdan à son confrère Gos pour la réalisation de quatre derniers albums, que les Éditions Dupuis ont réunis récemment dans un fort bel album paru récemment sous le titre Gil Jourdan L’intégrale 4 (il s’agit de Carats en vrac, de Gil Jourdan et les fantômes, de Sur la piste d'un 33 tours et d’Entre deux eaux), une compilation qui clôture la réédition de toutes les aventures du jeune détective impassible, de son adjoint hilare et de l’inénarrable commissaire Hannibal Crouton.

Malheureusement interrompue par la disparition accidentelle de Maurice Tillieux en 1978, la série connut donc ses derniers moments sous le pinceau de Gos, bien connu des habitués du Journal de Spirou de l'époque. Ancien du studio Peyo, il collabora entre autres avec André Franquin sur les planches de Panade à Champignac et avec François Walthéry sur celles du Cirque Bodoni, avant de créer son propre personnage, le "Scrameustache".

Si la patte de Gos s’avère, et c’est bien normal, quelque peu différente de celle du créateur de Gil Jourdan et de Libellule, il n’en est pas moins vrai que le résultat est à la hauteur du talent du maître, et que la lecture des aventures du Rouletabille parisien n’a pas pris une ride…

 

Bernard DELCORD

 

Gil Jourdan L’intégrale 4 par Maurice Tillieux, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2010, collection « Les intégrales Dupuis », 256 pp. en quadrichromie au format 22 x 31 cm sous couverture cartonnée, 24 €

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17 11 10

Pro magna imperii gloria

Pour l'Empire (1, L'Honneur).gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 17/11/2010 sur le site du magazine satirique belge Satiricon.be (www.satiricon.be) :

 

Depuis le printemps dernier, Bastien Vivès et Merwan Chabane publient une trilogie héroïco-fantastique dans l'excellente collection « Poisson Pilote » des Éditions Dargaud à Paris. Dessinant et scénarisant à quatre mains, ils invitent à suivre les péripéties de militaires chargés de repousser les frontières d'un empire fabuleux. Glorim Cortis, meneur d'hommes né, dirige une compagnie qui compte dans ses rangs l'élite des troupes impériales : Virgil, éclaireur à l’œil aussi acéré que sa libido ; Geriatuccino, archer lunatique, mais mortel ; Angox, jeune recrue prometteuse ; Calma, bras droit du général Glorim ; Statum, terreur des armées adverses et Victari, mage qui parle avec les dieux.

En trois tomes (L’Honneur, Les Femmes, La Fortune), ces héros affronteront des adversaires aussi divers qu’allégoriques, parmi lesquels la morosité du désert, des hommes aux coutumes barbares, des femmes mantes religieuses.

C’est un tour de force que réussissent les auteurs : ils racontent, au travers de dessins entre fauvisme et impressionnisme et en dépit d’une grande économie de phylactères, une aventure polysémique tout en créant un univers original, passionnant et haut en couleurs. C’est d’ailleurs à un rythme haletant que l’on tourne les pages de ces deux opus qui forment d’ores et déjà les premiers volets réussis de cette œuvre.

Pour l'Empire (2, Les Femmes).gifNul doute que les amateurs du genre apprécieront le cadeau que leur fait « Poisson Pilote » pour ses 10 ans !

 

ÉLIOGABALE

 

Pour l’Empire par Merwan Chabane & Bastien Vivès, Paris, Éditions Dargaud (collection « Poisson Pilote »), 2 tomes parus, mars et août 2010, 55 et 56 pp. en quadrichromie au format 22 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 10,95 € chacun

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20 10 10

Des BD à déguster avec ferveur et sans modération !

Orval 1.gifJean-Claude Servais, le dessinateur gaumais bien connu, a relevé un challenge de taille : créer en deux tomes sobrement intitulés Orval une bande dessinée dont l’héroïne principale est la tout aussi gaumaise abbaye brassicole. Revenant sur la légende qui valut son nom au Val d'Or, découvert en 1070 par des moines bénédictins à la recherche d’un endroit pour édifier leur abbaye, le dessinateur mêle les personnages et les époques dans un récit tout en allusions subtiles qui relate les causes de la destruction au canon de l’abbaye par les sans-culottes en décembre 1793, puis la naissance d’une autre légende relative au trésor que les moines y auraient dissimulé dans ses souterrains.

En évoquant, à travers des épisodes marquants, la fondation, le rayonnement et la décadence de l'abbaye d'Orval, l’auteur brosse le portrait d'un ordre religieux animé d'un idéal de pureté, rattrapé par les turpitudes de ce monde.

Il raconte aussi l'histoire de deux hommes que tout sépare, mais dont la destinée se retrouve liée par l'abbaye. L'un y est moine et reste dans ses parages alors même qu'elle n'existe plus, tandis que l'autre en convoite les richesses supposées. Le drame, noué avant même la Révolution, éclate lorsque le fils illégitime du second surgit, et essaie d'arracher au moine reclus dans la forêt le secret de ce fameux trésor.

Les planches de cette fresque sont littéralement époustouflantes, en particulier celles représentant les bâtiments splendides de ce qui fut l’un des palais les plus mirifiques de la chrétienté occidentale. Le scénario, elliptique, ouvre à la rêverie historique et à la méditation philosophique, tandis que les êtres de chair et de sang (les femmes, en particulier) qui jalonnent le récit mêlent beauté physique et évanescence délicate dans un brassin d’images hautes en couleur.

 

Orval 2.jpgBernard DELCORD

 

Orval 1 et Orval 2 par Jean-Claude Servais, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009 et octobre 2010, chacun 56 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 14,50 €

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11 09 10

„Ein Volk, ein Reich, zwei Führer!“

Le fils d'Hitler.gifLes aventures en bandes dessinées muettes de Dickie, Le fils d’Hitler (par Pieter De Poortere aux Éditions Glénat) laissent le lecteur pantois ! Ainsi donc, il est possible de faire sourire et même rire en prenant pour « héros » un personnage comme Hitler, en lui inventant une progéniture secrète conçue en Flandre, sans jamais verser dans la banalisation de l’ignominie totalitaire ni dans la connivence du clin d’œil…

L’auteur, un jeune (il est né en 1976) dessinateur flamand de très grand talent, conjugue à un graphisme faussement naïf cet humour décapant et décalé qui sied si bien au surréalisme belge pour camper l’essentiel en quelques planches : la guerre de 14-18, le monorchisme d’Hitler, la nature intrinsèquement vulgaire du nazisme, la monstruosité de l’antisémitisme, les combats de 1944-45, la Shoah, la Résistance, la débâcle du régime hitlérien et la fuite de ses chefs en Amérique latine…

On croise Goebbels, Goering, le docteur Mengele, Eva Braun, mais aussi Churchill, Staline, un pilote américain ou Claus Schenk von Stauffenberg, l’artisan de l’attentat du 20 juillet 1944 contre le Führer. On décode des fresques (la guerre des tranchées, le Berghof –la résidence d'Hitler en Bavière– la côte normande avant le débarquement, l’entrée et les abords d’Auschwitz, la chute de Berlin ou encore le palais présidentiel de Juan Peron à Buenos-Aires) composées sur le thème des célèbres « Où est Charlie ? »…

Et on se gondole des inventions de l’auteur : la façon dont le caporal apprenti artiste peintre a perdu son testicule, la manière dont il engrosse une infirmière militaire, les tentatives pour exaucer les velléités de maternité d’Eva Braun (y compris en recourant au Viagra, dont les effets surprennent : ils ne font lever que le bras droit d’Adolf…), la vie du fils inconnu du tyran, les méprises qui font déporter comme juif et classer comme homosexuel ce gros garçon pataud, pas « Übermensch » pour un Reichsmark… La mégalomanie fasciste est décrite dans tous les coins : haies taillées en svastikas, monuments funéraires itou, et même le jeu de l’oie personnel du dictateur.

Une réussite totale, puisqu’on retrouve l’âme de Charlie Chaplin dans cet album, et aussi celles de Roberto Benigni (le cinéaste de La vita è bella) et de Dani Lévy (le réalisateur du très déjanté Mein Führer), mais mâtinées de l’esprit flandrien des compères Nix et Johan De Moor, ces grands maîtres de l’absurde hilarant !

Bernard DELCORD

 

Le fils d’Hitler par Pieter De Poortere, Grenoble, Éditions Glénat, collection « 1000feuilles », juin 2010, 59 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 15 € (prix France)

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14 08 10

Un héros en or de l’âge d’or…

Gil Jourdan L’intégrale 3.gifPoursuivant la réédition en forts volumes des aventures du personnage-fétiche du bédéiste belge Maurice Tillieux (1921-1978), les Éditions Dupuis ont fait paraître récemment un savoureux album intitulé Gil Jourdan L’intégrale 3 rassemblant les albums du maître parus dans Le Journal de Spirou entre 1964 et 1970, à savoir Le Gant à trois doigts, Le Chinois à deux roues, Chaud et froid et Pâtée explosive, de petites merveilles d’humour et d’inventivité, agrémentées ici de quelques histoires courtes et de l’un ou l’autre inédit de la même période.

On sait combien le scénariste d’alors des aventures de Tif et Tondu et de Jess Long, par ailleurs auteur des jours de l’inénarrable César, excellait dans la ligne claire à la Hergé, la restitution des ambiances à la Simenon, les dialogues à la Michel Audiard et les jeux de mots à la Raymond Devos lorsqu’il se mettait devant sa planche à dessin pour créer ces chefs-d’œuvre (il n’y a pas d’autre mot) que sont les aventures de l’enquêteur Gil Jourdan, du commissaire Hannibal Crouton et de leur inénarrable comparse Libellule, un ci-devant tôlard amateur de calembours.

Et si on l’ignore, il faut se précipiter chez son libraire, toutes affaires cessantes ! À moins d’avoir choisi de mourir idiot, bien entendu…

Bernard DELCORD

 

Gil Jourdan L’intégrale 3 par Maurice Tillieux, Marcinelle, Éditions Dupuis, juin 2010, collection « Les intégrales Dupuis », 237 pp. en quadrichromie au format 22 x 31 cm sous couverture cartonnée, 24 €

 

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08 08 10

Chouette, revoilà Coluche !

Chez Francisque, tome IV, Tout fout le camp.gif

Le bistrot « Chez Francisque » est un repaire cradingue de poivrots sales et méchants dont la vie est dépeinte de manière décapante par Yan Lindingre et Manu Larcenet dans une série BD éponyme qui paraît chez Dargaud. Son tome IV, intitulé Tout fout le camp, vient de sortir et il n’est vraiment pas triste ! Car les ivrognes, les prostituées de bas étage et les demeurés qui s’y rincent la dalle à grands coups de jaja ne manquent ni de salacité ni de sagacité pour exposer plus clairement que bien des penseurs patentés les ressorts de la condition humaine…

Des exemples ? Un buveur : « Le bac, tu parles ! Maintenant tout le monde peut l’avoir… Aujourd’hui, tu peux aussi bien passer ton bac de client ou de serveur ! » Son copain : « Et alors ? Toi, tu serais foutu de rater ton bac de client ! » ; Le dragueur : « Excusez-moi, mais votre tête me dit quelque chose… » La morue : « Elle te dit merde ! » ; « L’épouse : « Maintenant, tu choisis : c’est moi ou le Ricard ! » Le mari : « Laisse-moi réfléchir… devant un Ricard ! » ; Un petit bonhomme au bar : « Le travail des enfants, je ne suis pas forcément contre… Il y a même certains avantages, par exemple on n’est pas obligé de les payer ! » ; L’amoureux : « Je t’aime plus qu’hier, mais bien moins que demain ! » Sa dulcinée avinée : « Ah ouais ? Ben, repasse plutôt demain, alors… » ; Un mec balèze : « Les gosses, faut leur cogner sur la gueule, sinon y a rien à en tirer ! » Son pote de comptoir : « Allons bon… Et de quoi tu parles ? T’as même pas d’enfant… » Le costaud : « Figure-toi que j’ai moi-même été fils ! »

De beaux spécimens d’humanité, en vérité ! Des self-made men comme on en voit tant, qui se sont fait tout seuls mais, comme disent les auteurs, sans avoir été trop regardants sur les finitions…

Bernard DELCORD

 

Chez Francisque, tome IV, Tout fout le camp par Yan Lindingre & Manu Larcenet, Paris, Éditions Dargaud, juin 2010, 47 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 13,50 €

 

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04 08 10

Talents au cube !

Saint-Exupéry, le dernier vol.gif

Quand deux auteurs talentueux d’origine italienne traitent de la fin tragique d’un auteur français talentueux, cela donne chez Casterman à Bruxelles une bande dessinée intitulée Saint-Exupéry, le dernier vol réalisée par Hugo Pratt et préfacée par Umberto Eco, excusez du peu ! On se souvient que le pilote lyonnais engagé en 1926 par la société Latécoère (future Aéropostale, elle-même futur Air France), par ailleurs auteur de Courrier Sud (1929), de Vol de nuit (1931, Prix Femina) et de Terre des hommes, (1939, Grand prix du roman de l'Académie française & National Book Award, USA), né en 1900, est mort pour son pays aux commandes d’un Lightning P-38 qui fut abattu par la chasse allemande le 31 juillet 1944. L’introduction de cet album d’hommage est épatante, le récit habilement (dé)construit, les dessins allusifs et propices à la méditation, les références littéraires subtiles, le « making of » intéressant, la biographie esquissée et le père du Petit Prince (paru en France à titre posthume en 1945) définitivement ressuscité, l’air de rien… Celui des cimes, bien entendu !

Bernard DELCORD

 

 

Saint-Exupéry, le dernier vol par Hugo Pratt, préface d’Umberto Eco, Bruxelles, Éditions Casterman, janvier 2010, 80 pp. en quadrichromie au format 21,7 x 29 cm sous couverture cartonnée en couleur, 19,00 €

 

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