11 09 10

„Ein Volk, ein Reich, zwei Führer!“

Le fils d'Hitler.gifLes aventures en bandes dessinées muettes de Dickie, Le fils d’Hitler (par Pieter De Poortere aux Éditions Glénat) laissent le lecteur pantois ! Ainsi donc, il est possible de faire sourire et même rire en prenant pour « héros » un personnage comme Hitler, en lui inventant une progéniture secrète conçue en Flandre, sans jamais verser dans la banalisation de l’ignominie totalitaire ni dans la connivence du clin d’œil…

L’auteur, un jeune (il est né en 1976) dessinateur flamand de très grand talent, conjugue à un graphisme faussement naïf cet humour décapant et décalé qui sied si bien au surréalisme belge pour camper l’essentiel en quelques planches : la guerre de 14-18, le monorchisme d’Hitler, la nature intrinsèquement vulgaire du nazisme, la monstruosité de l’antisémitisme, les combats de 1944-45, la Shoah, la Résistance, la débâcle du régime hitlérien et la fuite de ses chefs en Amérique latine…

On croise Goebbels, Goering, le docteur Mengele, Eva Braun, mais aussi Churchill, Staline, un pilote américain ou Claus Schenk von Stauffenberg, l’artisan de l’attentat du 20 juillet 1944 contre le Führer. On décode des fresques (la guerre des tranchées, le Berghof –la résidence d'Hitler en Bavière– la côte normande avant le débarquement, l’entrée et les abords d’Auschwitz, la chute de Berlin ou encore le palais présidentiel de Juan Peron à Buenos-Aires) composées sur le thème des célèbres « Où est Charlie ? »…

Et on se gondole des inventions de l’auteur : la façon dont le caporal apprenti artiste peintre a perdu son testicule, la manière dont il engrosse une infirmière militaire, les tentatives pour exaucer les velléités de maternité d’Eva Braun (y compris en recourant au Viagra, dont les effets surprennent : ils ne font lever que le bras droit d’Adolf…), la vie du fils inconnu du tyran, les méprises qui font déporter comme juif et classer comme homosexuel ce gros garçon pataud, pas « Übermensch » pour un Reichsmark… La mégalomanie fasciste est décrite dans tous les coins : haies taillées en svastikas, monuments funéraires itou, et même le jeu de l’oie personnel du dictateur.

Une réussite totale, puisqu’on retrouve l’âme de Charlie Chaplin dans cet album, et aussi celles de Roberto Benigni (le cinéaste de La vita è bella) et de Dani Lévy (le réalisateur du très déjanté Mein Führer), mais mâtinées de l’esprit flandrien des compères Nix et Johan De Moor, ces grands maîtres de l’absurde hilarant !

Bernard DELCORD

 

Le fils d’Hitler par Pieter De Poortere, Grenoble, Éditions Glénat, collection « 1000feuilles », juin 2010, 59 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 15 € (prix France)

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14 08 10

Un héros en or de l’âge d’or…

Gil Jourdan L’intégrale 3.gifPoursuivant la réédition en forts volumes des aventures du personnage-fétiche du bédéiste belge Maurice Tillieux (1921-1978), les Éditions Dupuis ont fait paraître récemment un savoureux album intitulé Gil Jourdan L’intégrale 3 rassemblant les albums du maître parus dans Le Journal de Spirou entre 1964 et 1970, à savoir Le Gant à trois doigts, Le Chinois à deux roues, Chaud et froid et Pâtée explosive, de petites merveilles d’humour et d’inventivité, agrémentées ici de quelques histoires courtes et de l’un ou l’autre inédit de la même période.

On sait combien le scénariste d’alors des aventures de Tif et Tondu et de Jess Long, par ailleurs auteur des jours de l’inénarrable César, excellait dans la ligne claire à la Hergé, la restitution des ambiances à la Simenon, les dialogues à la Michel Audiard et les jeux de mots à la Raymond Devos lorsqu’il se mettait devant sa planche à dessin pour créer ces chefs-d’œuvre (il n’y a pas d’autre mot) que sont les aventures de l’enquêteur Gil Jourdan, du commissaire Hannibal Crouton et de leur inénarrable comparse Libellule, un ci-devant tôlard amateur de calembours.

Et si on l’ignore, il faut se précipiter chez son libraire, toutes affaires cessantes ! À moins d’avoir choisi de mourir idiot, bien entendu…

Bernard DELCORD

 

Gil Jourdan L’intégrale 3 par Maurice Tillieux, Marcinelle, Éditions Dupuis, juin 2010, collection « Les intégrales Dupuis », 237 pp. en quadrichromie au format 22 x 31 cm sous couverture cartonnée, 24 €

 

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08 08 10

Chouette, revoilà Coluche !

Chez Francisque, tome IV, Tout fout le camp.gif

Le bistrot « Chez Francisque » est un repaire cradingue de poivrots sales et méchants dont la vie est dépeinte de manière décapante par Yan Lindingre et Manu Larcenet dans une série BD éponyme qui paraît chez Dargaud. Son tome IV, intitulé Tout fout le camp, vient de sortir et il n’est vraiment pas triste ! Car les ivrognes, les prostituées de bas étage et les demeurés qui s’y rincent la dalle à grands coups de jaja ne manquent ni de salacité ni de sagacité pour exposer plus clairement que bien des penseurs patentés les ressorts de la condition humaine…

Des exemples ? Un buveur : « Le bac, tu parles ! Maintenant tout le monde peut l’avoir… Aujourd’hui, tu peux aussi bien passer ton bac de client ou de serveur ! » Son copain : « Et alors ? Toi, tu serais foutu de rater ton bac de client ! » ; Le dragueur : « Excusez-moi, mais votre tête me dit quelque chose… » La morue : « Elle te dit merde ! » ; « L’épouse : « Maintenant, tu choisis : c’est moi ou le Ricard ! » Le mari : « Laisse-moi réfléchir… devant un Ricard ! » ; Un petit bonhomme au bar : « Le travail des enfants, je ne suis pas forcément contre… Il y a même certains avantages, par exemple on n’est pas obligé de les payer ! » ; L’amoureux : « Je t’aime plus qu’hier, mais bien moins que demain ! » Sa dulcinée avinée : « Ah ouais ? Ben, repasse plutôt demain, alors… » ; Un mec balèze : « Les gosses, faut leur cogner sur la gueule, sinon y a rien à en tirer ! » Son pote de comptoir : « Allons bon… Et de quoi tu parles ? T’as même pas d’enfant… » Le costaud : « Figure-toi que j’ai moi-même été fils ! »

De beaux spécimens d’humanité, en vérité ! Des self-made men comme on en voit tant, qui se sont fait tout seuls mais, comme disent les auteurs, sans avoir été trop regardants sur les finitions…

Bernard DELCORD

 

Chez Francisque, tome IV, Tout fout le camp par Yan Lindingre & Manu Larcenet, Paris, Éditions Dargaud, juin 2010, 47 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 13,50 €

 

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04 08 10

Talents au cube !

Saint-Exupéry, le dernier vol.gif

Quand deux auteurs talentueux d’origine italienne traitent de la fin tragique d’un auteur français talentueux, cela donne chez Casterman à Bruxelles une bande dessinée intitulée Saint-Exupéry, le dernier vol réalisée par Hugo Pratt et préfacée par Umberto Eco, excusez du peu ! On se souvient que le pilote lyonnais engagé en 1926 par la société Latécoère (future Aéropostale, elle-même futur Air France), par ailleurs auteur de Courrier Sud (1929), de Vol de nuit (1931, Prix Femina) et de Terre des hommes, (1939, Grand prix du roman de l'Académie française & National Book Award, USA), né en 1900, est mort pour son pays aux commandes d’un Lightning P-38 qui fut abattu par la chasse allemande le 31 juillet 1944. L’introduction de cet album d’hommage est épatante, le récit habilement (dé)construit, les dessins allusifs et propices à la méditation, les références littéraires subtiles, le « making of » intéressant, la biographie esquissée et le père du Petit Prince (paru en France à titre posthume en 1945) définitivement ressuscité, l’air de rien… Celui des cimes, bien entendu !

Bernard DELCORD

 

 

Saint-Exupéry, le dernier vol par Hugo Pratt, préface d’Umberto Eco, Bruxelles, Éditions Casterman, janvier 2010, 80 pp. en quadrichromie au format 21,7 x 29 cm sous couverture cartonnée en couleur, 19,00 €

 

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24 06 10

La faute à pas de chance…

Une chance sur un millionUne chance sur un million... C’est peut-être la probabilité que l’enfant auquel vous donnerez la vie soit handicapé. Très tôt après la naissance de Laia, le diagnostic de la déficience cérébrale tombe. Une chance sur un million, c’est aussi la probabilité que la petite fille s’en sorte...
Ses parents, Cris et Migue, entourés de leur famille et de leurs amis, doivent trouver la force d’affronter cette lourde réalité.
C’est donc un thème délicat qu’aborde de manière autobiographique le couple de bédéistes espagnols Cristina Durán et Miguel Giner Bou dans leur ouvrage sensible justement intitulé Une chance sur un million récemment traduit en français chez Dargaud à Bruxelles. Entre les innombrables examens médicaux, l’allaitement difficile, les séances de massage et de rééducation, les soins pénibles et les pesantes contraintes quotidiennes ; entre l’espoir intense et le désespoir accablant, la tristesse face au sort et la joie infinie à chaque progrès de l’enfant, les auteurs témoignent simplement et en toute pudeur d’un cheminement qu’ils ont vécu au plus profond d’eux-mêmes. Le récit, nuancé et subtil, est élaboré selon une double narration, celle d’un couple soudé face à son drame et à son bonheur, accroché à cette fameuse chance sur un million que leur fille vive et grandisse... L’image, dans son pouvoir créatif et métaphorique, est maîtrisée d’un excellent coup de crayon, participant pleinement à l’émotion et à l’art du ressenti qui fait de cet ouvrage une talentueuse et touchante réussite.
Maryse DELCORD

Une chance sur un million par Cristina Durán et Miguel A. Giner Bou, traduit de l’espagnol par Geneviève Maubille, Bruxelles, Dargaud, mars 2010, 128 pp. en quadrichromie au format 24 x 18 cm sous couverture cartonnée en couleur, 14,50 €

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07 06 10

Le livre noir de Léopold II

Africa Dreams, L’ombre du roiParu récemment chez Casterman à Bruxelles, le tome 1, intitulé L’ombre du roi, de la série BD Africa Dreams (dont le scénario a été rédigé par Maryse & Jean-François Charles et les dessins –remarquables– ont été exécutés par Frédéric Bihel), fera sans doute grincer quelques dents… On y voit en effet le jeune Paul, un prêtre novice, se lancer à la recherche de son père, le docteur Delisle, qui a fui la Belgique pour des raisons graves et obscures en y abandonnant sa famille avant de faire fortune et de refaire sa vie au Congo, à l’époque où Henry Morton Stanley (1841-1904) raffermissait l’œuvre de son commanditaire, le roi Léopold II (1835-1909). Sur son chemin de Damas, ce Paul affrontera la nature et croisera la cruauté des hommes, en particulier de ceux qui n’hésitaient pas à couper des mains noires par bêtise, méchanceté et cupidité… Si le portrait n’est guère flatteur pour le souverain de l’État indépendant du Congo, une postface de Colette Braeckman remet les pendules à l’heure en rappelant que si le deuxième souverain des Belges a, de nos jours, une belle quantité de détracteurs, en particulier dans le monde anglo-saxon où il est devenu l’archétype de la cruauté et de l’appât du gain, et que s’il suscite incontestablement en Belgique, et ce depuis plus de 110 ans, une certaine gêne à la suite des révélations du consul britannique à Boma Roger Casement (1864-1916), il est tout simplement, pour les Congolais d’aujourd’hui, le fondateur de leur pays auquel il a donné ses frontières, qu’ils défendent en « combattant, au nom du rêve fondateur de Léopold II, toutes les tentatives de balkanisation de leur vaste territoire… » Un comble… ou un hommage ?
Bernard DELCORD

Africa Dreams, tome 1 : L’ombre du roi, scénario de Maryse & Jean-François Charles, dessins de Frédéric Bihel, postfaces d’Arnaud de la Croix et Colette Braeckman, Bruxelles, Éditions Casterman, mars 2010, 60 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 12,50 €

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01 06 10

Les chemins de la liberté

Liberty Le récit de Liberty, un album BD de Warnauts & Raives paru chez Casterman à Bruxelles, débute à Kinshasa en 1974, à l’époque du fameux match de boxe qui opposa Mohamed Ali à George Foreman, et de l’African Woodstock qui eut lieu à cette occasion dans la capitale zaïroise, avec le chanteur américain James Brown pour vedette principale. La jeune Tshilanda, 16 ans et fille du chef de la sécurité d’un grand hôtel international façon Memling ou Intercontinental, forcée par le manager blanc du groupe de James Brown, se retrouve enceinte. Pour éviter le scandale, il faut qu’elle quitte le Zaïre. Deux hommes au grand cœur, un jeune diplomate français et un musicien noir américain de Harlem, ancien G.I. du Vietnam devenu le batteur de James Brown, lui permettront d’obtenir une green card et d’entrer légalement aux USA, où elle accouchera d’une petite Liberty, la narratrice de sa propre histoire. Entre présent et passé (l’ouvrage se clôt avec l’élection de Barack Obama), récit direct et flash-back, Afrique et Amérique, recherche des origines et métissage, une belle histoire personnelle, un récit de vie réaliste et optimiste rappelant, si besoin était, que la femme demeure, de génération en génération, l’avenir de l’homme…
Bernard DELCORD

Liberty par Warnauts & Raives, Bruxelles, Éditions Casterman, collection « Univers d’auteurs », janvier 2010, 64 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 15 €

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26 04 10

19 septembre 1969 : les Soviétiques sont sur la Lune !

JOUR JEt si le 21 juillet 1969, Apollo XI avait explosé à cause d'une météorite ? Les Russes auraient aluni les premiers changeant le cours de l'Histoire. Et que se passerait-il à partir de là ? On appelle cela une uchronie, à laquelle nous invitent Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud dans cette BD (géniale) où les blocs est et ouest se font la guerre froide sur notre satellite. Car pour reprendre la main, le président Nixon a décrété que la victoire se jouerait dans l'occupation de la Lune.
Cela nous vaut un passé-présent très différent de celui que nous avons connu-connaissons, passé-présent qui est le cadre d'une aventure en un tome. Génial, je vous dis.
Et ce n'est pas fini : écoutez Fred Duval, le co-scénariste de cette série sur un même thème qui s'annonce. Bien des surprises et du plaisir nous attendent.

  FRED DUVAL - Brice Depasse 1
  FRED DUVAL - Brice Depasse 2

Jour J : les Russes sur la Lune, Duval, Pécau & Buchet, Delcourt, avril 2010, 56p., 13€95.

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31 03 10

Léonard, 40° génie

LEONARD35 ans et 40 tomes de génie, de bête journée qui commence en réveillant le disciple dès potron-minet, de miauleries de Raoul et de citations du crâne. ais qu'est-ce qu'il va encore inventer ? Nous n'allons évidemment pas casser les chutes des gags de ce volume qui débute par une aventure stevensonienne (mot que nous inventons sous l'égide léonardienne) en plusieurs pages et dans laquelle Léonard, découvrant que son disciple a revendu ses inventions géniales à des brocanteurs se retrouve par inadvertance en possession d'une carte au trésor.
On retrouve toujours avec autant de plaisir ce quartier imaginaire de Florence ou de Milan (allez savoir !) où l'humour absurde et potache au second degré de Bob De Groot se marie avec tant de bonheur au trait de Turk.
35 ans : quel bail, quelle emphytéose !

Bob De Groot interviewé par Jean Evrard dans des décors de Turk.

Léonard, tome 40, Un trésor de génie
, Turk & De Groot, Le Lombard, mars 2010, 48p., 9€95 env.

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20 03 10

De kat is Geluckig

GELUCK KAT"Après Le Chat est content et De Kat is tevreden, voilà que les Éditions Casterman à Bruxelles font paraître De Kat ès véés kontènt, une version en patois bruxellois de l’album désopilant de Philippe Geluck, dans laquelle la gouaille et l’insolence mâtinées de réflexions paradoxales se déploient avec un naturel et une suavité dignes de l’antique."
Et nous abondons dans le sens de ce qu'écrivait notre excellent confrère Bernard Delcord il y a quelques semaines dans ces colonnes. Depuis Le mariage de mademoiselle Beulemans et Bossemans et Coppenolle, nous savions que le parler bruxellois est le parfait idiome de la zwanze. Si pour le comprendre, il faut être un echte Brusseleer ou à tout le moins manier un minimum la langue flamande, Nicky a posé ses micros dans 'staminet du centre de Bruxelles pour y recueillir les confidences de Flup'ke Geluck et de son traducteur, Joseph Justens.

  JOSEPH JUSTENS - Nicky Depasse
  PHILIPPE GELUCK - Nicky Depasse

De Kat ès véés kontènt par Flup’ke Geluck, traduction en bruxellois par Joseph Justens, Bruxelles, Éditions Casterman, février 2010, 48pp. en quadrichromie au format22,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleur, 10,40 €

GELUCK JUSTENSPhoto : Charles- Louis Detournay

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