17 02 10

Drôleries au carré

De Kat ès véés kontèntAprès Le Chat est content et De Kat is tevreden, voilà que les Éditions Casterman à Bruxelles font paraître De Kat ès véés kontènt, une version en patois bruxellois de l’album désopilant de Philippe Geluck, dans laquelle la gouaille et l’insolence mâtinées de réflexions paradoxales se déploient avec un naturel et une suavité dignes de l’antique.
Car s’il est une chose dont on peut être certain en ce bas monde, c’est que la langue de Quick et Flupke, de Jef Kazak, de Virgile et du Manneken-Pis est intrinsèquement
– et carrément – drôle !
Et que par conséquent la rencontre du parler brusseleir et des cogitations du Chat ne pouvait que déboucher sur le titre de notre article…

Bernard DELCORD




De Kat ès véés kontènt par Flup’ke Geluck, traduction en bruxellois par Joseph Justens, Bruxelles, Éditions Casterman, février 2010, 48pp. en quadrichromie au format
22,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleur, 10,40 €

De Kat ès véés kontènt (dessin)

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09 02 10

Le dessin comme dessein

Filiation SchuitenParu aux Éditions Versant Sud à Bruxelles, l'ouvrage de Philippe Marion intitulé Filiation Schuiten analyse la culture familiale du visuel et du dessin transmise par Robert Schuiten (le célèbre architecte bruxellois, décédé en 1997) à ses enfants et petits-enfants, Luc, François, Christine, Marie Van Hasselt et son fils Thierry, Maïté et Alban...
Une filiation durablement marquée par le sceau de l'architecture, lequel souligne l'importance du dessin préliminaire aux plans : « Chez les Schuiten, le dessin nourrit l'intention créatrice, le dessein de construire ».
Veuf d'un premier mariage – Simone Louwers mourra d'une hémorragie à la naissance de leur sixième enfant – Robert Schuiten épousera Mady De Maeyer dont il aura deux enfants, François et Bernadette.
Patriarche d'une famille nombreuse bourgeoise et catholique, despote éclairé, Robert Schuiten établira une véritable sélection affective de la famille par le biais du dessin et des dispositions manifestées. Des séances collectives de dessin sont organisées en famille qu'il considère comme l'activité la plus gratifiante. Abondamment illustré des projets et réalisations du célèbre architecte, l'ouvrage de Philippe Marion s'emploie aussi à démontrer l'inscription de l'art de Luc et de François, BD, affiches et travaux de scénographie, dans cette culture familiale basée sur la passion visuelle.
Apolline ELTER

Filiation Schuiten par Philippe Marion, Bruxelles, Éditions Versant Sud, 2009, 176 pp. en quadrichromie au format 23 x 30,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 39,50€

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30 01 10

BD X

EpoxyL'article ci-dessous a paru dans la livraison du
27 janvier 2010 de l'hebdomadaire satirique
PAN à Bruxelles :

En 1966, Jean Van Hamme, cadre d’une multinationale, rencontre Paul Cuvelier, le dessinateur de Corentin, qui lui demande un scénario exaltant l’érotisme du nu féminin… Deux ans plus tard, en plein bouzouf soixante-huitard, Epoxy (que Le Lombard à Bruxelles vient de rééditer dans une version de luxe) voyait le jour, une jeune fille du XXe siècle qu’un accident maritime en Grèce a expédiée dans une sorte de coma antique. Elle y abordera à l’île des Amazones, et fera ensuite la rencontre (bien souvent amoureuse) d’Hypolite – qui est une femme –, d’un centaure, d’Héraklès, de Thésée, d’Hermès, d’Aphrodite, de Zeus, d’Héra, de Priape, de Psyché, de Dionysos, de Silène, d’Éros, d’Hadès, de Mégère, de Perséphone… L’occasion pour les auteurs d’une belle débauche de dessins en noir et blanc explicites, allusifs ou suggestifs (mais toujours en deçà des limites de la décence) et pour le lecteur… de revoir ses classiques anciens d’un œil (soixante-) neuf !
PANTHOTAL

Epoxy par Paul Cuvelier et Jean Van Hamme, Bruxelles, Le Lombard, décembre 2009,
70 pp. en noir et blanc au format 24 x 30,5 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, reliure toile, 20,00 €

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10 01 10

Une grossesse multiple

Naissances de la bande dessinéeDans un fort album intitulé Naissances de la bande dessinée paru aux Impressions Nouvelles, catalogue de l’exposition éponyme présentée à la Maison Autrique (Bruxelles) jusqu’au 28 avril 2010, le scénariste, professeur et théoricien Thierry Smolderen montre que « l'origine de cette forme est liée à une autre naissance : celle du roman moderne, qui émerge en Angleterre au cours du XVIIIe siècle. L'œuvre satirique du peintre et graveur William Hogarth a ouvert la voie, menant à des échanges d'un genre nouveau entre l'image et les médias de l'âge moderne. Au XIXe siècle, le courant impulsé par Hogarth est resté l'affaire exclusive d'un groupe particulier de dessinateurs, les illustrateurs humoristiques, qui mettent leur culture de l'image au service de la parodie, en cultivant l'art de l'hybridation stylistique. Fascinés par le graffiti, le dessin d'enfant et les images marginales, ils sont les premiers à s'emparer des médias émergents, qu'ils schématisent et combinent dans une perspective ironique. Depuis Rodolphe Töpffer, ils prennent aussi un malin plaisir à interroger les idiomes séquentiels du monde industriel à partir du passé naïf des histoires en images populaires. La bande dessinée moderne s'est forgée dans ce creuset résolument polygraphique qui n'a manqué aucune des révolutions majeures menant à l'âge audiovisuel. » Cet ouvrage – qui constitue aussi une véritable anthologie intelligemment illustrée – « éclaire donc les pièces d'un puzzle que nous croyions pourtant si bien connaître : loin d'être orpheline, la bande dessinée y apparaît comme la principale héritière d'une culture de l'image lisible aussi ancienne que l'image imprimée. La bulle, la ligne claire, l'action progressive, la mise en abîme ironique et jusqu'à la physique délirante des toons l'inscrivent dans une généalogie beaucoup plus riche que ne le soupçonnent les auteurs eux-mêmes. Son dialogue initial avec le roman d'avant-garde du XVIIIe siècle et le livre romantique, sa longue cohabitation avec les rythmes de la presse illustrée, sa symbiose avec le cinéma en font même l'ouvroir potentiel de l'image contemporaine par excellence. » Une belle et bonne leçon contre les contempteurs du IXe art !
Bernard DELCORD
Naissances de la bande dessinée de William Hogarth à Winsor McCay par Thierry Smolderen, Bruxelles, Les impressions Nouvelles, novembre 2009, 144 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 34,5 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, 29,50 €

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29 12 09

Tintin contre les fachos

Le sceptre d'OttokarC’est en 1942 que parut pour la dernière fois en noir et blanc l’album des aventures de Tintin dans lequel le célèbre reporter se frottait à des comploteurs d’extrême droite d’Europe centrale façon Corneliu Codreanu et sa légion de la Garde de Fer en Roumanie, Ferenc Szálasi et son parti des Croix fléchées en Hongrie ou Ante Pavelić et ses Oustachis en Croatie. Le sceptre d’Ottokar avait été publié en feuilleton dans le Petit Vingtième, le supplément illustré pour jeunes du quotidien bruxellois Le Vingtième Siècle, entre le 4 août 1938 et le 10 septembre 1939, c’est-à-dire au paroxysme de la montée des périls sur le Vieux Continent, avant de paraître en album la même année, avec succès (l’édition de 1942 annonce 20 000 exemplaires déjà vendus, un tabac pour l’époque). En 1947, cette bande dessinée reparaîtra en couleurs, dans une version remaniée. Les Éditions Casterman à Bruxelles ressortent aujourd’hui l’ouvrage en fac-similé strictement conforme à l’édition originale (couverture non pelliculée, dos toilé, papier épais, grandes cases en noir et blanc, 4 pleines pages en quadrichromie…), un must pour les tintinophiles… et les historiens en herbe !
Bernard DELCORD

Le sceptre d’Ottokar par Hergé, fac-similé de l’édition de 1942, Bruxelles, Éditions Casterman, octobre 2009, 107 pp. en noir et blanc au format 23,7 x 30,8 cm sous couverture cartonnée en couleur, 20 €

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22 12 09

Une résurrection !

Spirou et FantasioLes Éditions Dupuis à Marcinelle ont publié tout récemment, sous le titre de Spirou et Fantasio, un fac-similé très soigné (avec couleurs, trame, format et finition d'origine) de l’album, paru en 1948, regroupant les quatre premières aventures de ces deux héros dessinées par Franquin, aventures au cours desquelles celui-ci se démarque du style de son maître, Jijé, et affirme progressivement le sien. Il s’agit de Fantasio et son tank, de Les maisons préfabriquées, de L’héritage de Spirou et de Le savant fou (alias Radar le robot), des histoires échevelées et bon enfant, un peu naïves certes, mais dans lesquelles point ci et là une patte de maître en devenir, celle de l’inventeur, par la suite, du marsupilami, de Gaston Lagaffe et des meilleures planches du Trombone illustré de joyeuse mémoire. Avis aux collectionneurs et autres bédéphiles !
Bernard DELCORD

Spirou et Fantasio par Franquin, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 102 pp. en quadrichromie au format 22,4 x 23,7 cm sous couverture cartonnée en couleur reliée toile, 32 €

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25 11 09

Spirou et les keekefretters

Kastar des MarollesOn sait tout le bien que nous pensons de la bande dessinée de Schwartz et Yann intitulée Le Groom vert-de-gris narrant avec beaucoup d’humour et d’à-propos les aventures de Spirou et Fantasio à Bruxelles sous l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Or voilà que cet album est devenu Le Kastar des Marolles, par la grâce de ses géniteurs à qui s’est adjoint l’éminent savant ès lettres bruxelloises Georges Lebouc, ci-devant auteur d’une multitude d’ouvrages traitant de la langue française telle que la parlaient les keekefretters (« mangeurs de poulets », surnom populaire des habitants de la capitale de l’Europe) de bonne extraction comme le célébrissime Manneken-pis ou l’accorte Madame Chapeau, la si désirable pin-up des « strotjes » dans Bossemans et Coppenolle, une pièce de théâtre de fort joyeuse mémoire. Très compréhensible par les non-initiés et enrichie d’un lexique bruxello-français, d’un dossier historico-anecdotique et d’un portfolio à la manière des making off du cinéma, la bande dessinée de nos trois compères s’avère encore plus hilarante et décapante, saveur du terroir langagier oblige, que sa version parue naguère en français de France, et prouve ainsi, si besoin en était encore, que la belgitude constitue un espace comique illimité…
Bernard DELCORD

Le Kastar des Marolles, par Schwartz et Yann, traduction bruxelloise de Georges Lebouc, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 72 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur à dos toilé, 29 €

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12 11 09

Une BD à déguster avec ferveur et sans modération !

OrvalJean-Claude Servais, le dessinateur gaumais bien connu, a relevé un challenge de taille : créer une bande dessinée dont l’héroïne principale est la tout aussi gaumaise abbaye d’Orval. Le premier tome, très réussi, vient de sortir chez Dupuis à Marcinelle, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce bel opus sobrement intitulé Orval ne laisse pas le lecteur sur sa faim ! Revenant sur la légende qui valut son nom au Val d'Or, découvert en 1070 par des moines bénédictins à la recherche d’un endroit pour édifier leur abbaye, Jean-Claude Servais mêle les personnages et les époques dans un récit tout en allusions subtiles qui aboutit à la destruction au canon de l’abbaye par les sans-culottes en décembre 1793. Les planches sont littéralement époustouflantes, en particulier celles représentant les bâtiments splendides de ce qui fut l’un des palais les plus mirifiques de la chrétienté occidentale. Le scénario, elliptique, ouvre à la rêverie historique et à la méditation philosophique, tandis que les êtres de chair et de sang (les femmes, en particulier) qui jalonnent le récit mêlent beauté physique et évanescence délicate dans un brassin d’images fort hautes en couleur. Si bien qu’on a fameusement soif de connaître la suite !

Dans le cadre de la sortie de cet album, toutes les planches originales en sont exposées dans les caves du Musée de l'Abbaye d’Orval jusqu’au 15 janvier 2010, accessibles tous les jours de 10h30 à 17h30 (entrée 5,00 €).
Bernard DELCORD

Entretien : Benoît Dumont avec Jean-Claude Servais :

  Orval par Jean-Claude Servais

Orval, Première partie, par Jean-Claude Servais, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 56 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur, 14,50 €

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06 11 09

For adults only !

Happy sexIl y a 35 ans tout juste, Gérard Lauzier (1932-2008, par ailleurs réalisateur des films Mon père, ce héros en 1991 et du Plus beau métier du monde en 1996) avait révolutionné la BD française en faisant paraître dans le magazine “Lui” Les Sextraordinaires aventures de Zizi et Peter Panpan, un opus dans lequel ses deux héros découvrent l’orgasme total au cours d’une expérience scientifique ; considérés comme anormaux, ils sont alors mis en cabane par le pouvoir avant d’être libérés à la suite d’un vaste mouvement copulatif populaire. On vit à l’époque dans cet album hilarant une moquerie du rapport Masters & Johnson et de son chantre Ménie Grégoire ainsi que la satire des excès post-soixante-huitards en matière de mœurs. Le succès fut immense et la rigolade générale. Gageons que le nouvel album du dessinateur (suisse et pour enfants : le Zizi sexuel, c’est lui !) Zep, qui vient de sortir chez Delcourt à Paris sous le titre de Happy sex, est appelé à connaître le triomphe pour des raisons similaires : il moque, avec un humour truculent, direct et décomplexé, les travers de notre temps en matière de sexualité « branchée ». Car avec Zep, les confidences entre copines, les conversations de vestiaires, les façons diverses de faire la bête à deux dos – comme disait Rabelais –, les fantasmes de toutes sortes, les masturbations adolescentes, la curiosité enfantine, le recours au Viagra, à la lingerie, au latex sous ses différentes formes, aux sex-toys, au téléphone portable et à Internet prennent un tour surprenant, décapant, réjouissant et inouï. Âmes pudiques ou pudibondes s’abstenir, bien entendu. Pour les autres, foncez chez votre libraire ! Une pinte de bon sang, à l’ère du sida, ça n’a pas de prix !
Bernard DELCORD

Happy sex par Zep, Paris, Éditions Delcourt, octobre 2009, 64 pp. en quadrichromie au format 23 x 31 cm sous couverture brochée en couleur, 14,95 €

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13 10 09

De merveilleux fous volants et leurs drôles de machines…

L'histoire de l'aviation au fil de la BDParue en 2006 aux Éditions Versant Sud, L'Histoire de l'aviation au fil de la BD, un bel ouvrage cartonné, reprend l'envol d'une actualité planante puisque s'ouvre, ces jours-ci, au Musée Royal Militaire (Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles) une exposition ludique, magique, centrée sur l'aviation, au coeur de la BD. Le commissaire de l'exposition n'est autre qu'Étienne Réunis, auteur du livre et conseiller scientifique auprès du Musée royal de l’Armée.
"Quand il ne peignait pas le portrait d'une jeune personne accorte au sourire énigmatique, Léonard de Vinci passait son temps à inventer des inepties : le parachute, l'hélicoptère, la navette spatiale..."
Du vol plané d'Icare aux perspectives planifiées pour 2015, l'auteur retrace, d'une plume alerte, l'histoire des vols de tout bord. Les chapitres se succèdent selon un découpage chronologique clair, ponctués d'anecdotes rocambolesques (délicieux encadrés), de repères chronologiques didactiques (pages à fond beige) et de magnifiques extraits de BD.
Un ouvrage qui se lit, se parcourt, à plusieurs niveaux d'intérêt ou d'âge, témoin d'une aventure humaine fabuleuse. Une édition de haut vol, à mettre en toutes les mains…et pourquoi pas, très bientôt, sous le sapin !
Apolline ELTER

L'Histoire de l'aviation au fil de la BD par Étienne Reunis, Bruxelles, Éditions Versant Sud, collection « Au fil de la BD », 2006, 160 pp. en quadrichromie au format 17 x 24 cm sous couverture cartonnée, 25 €

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