11 08 16

Agapes à la Buster Keaton…

Manger, quelle aventure (cover).jpgOn connaît surtout Quino pour le personnage de Mafalda, célèbre à travers le monde. Mais le talent du génial auteur argentin ne s'arrête pas là.

Illustrateur pour la presse internationale, il a également mis sa plume et son pinceau à contribution pour croquer l'absurdité du monde et dresser le portrait acide de notre quotidien.

Paru chez Glénat à Grenoble, Manger, quelle aventure ! est un recueil inédit centré autour de la table et du repas, et on y trouve de fins gourmets, des repas somptueux, des tables dressées avec raffinement, mais aussi des serveurs maladroits, des clients exigeants, des chefs presque étoilés, des manifestants affamés…

En strips ou en illustrations pleine-page comme celle que nous reproduisons ci-dessous, on retrouve dans cet album toute la sensibilité, la poésie et la tendre insolence de ce maître du dessin d'humour, pour un thème on ne peut plus universel.

Bernard DELCORD

Manger, quelle aventure ! par Quino, Grenoble, Éditions Glénat, juin 2016, 104 pp. en noir et blanc au format 18,5 x 26 cm sous couverture Intégra en couleurs, 12,75 € (prix France)

Manger, quelle aventure (dessin).jpg

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04 08 16

« Il arrive beaucoup de choses entre la bouche et le verre. » (Antoine Furetière)

Je n'en ferai qu'une bouchée (cover).jpgEn véritable gastronome passionné, Bernard Laurance parcourt le globe à la recherche des meilleures recettes glanées au fil de ses voyages en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, dans les Amériques et dans toute l'Asie.

Animateur d’un blog [1] à grand succès – 58 millions de visiteurs, excusez du peu ! – et auteur reconnu [2], il a fait paraître récemment chez Flammarion un recueil de 111 recettes pour l’apéritif intitulé Je n'en ferai qu'une bouchée ! –Tour du monde de recettes à picorer rassemblant des préparations chaudes et froides de bouchées, de mini cakes, de makis, de tapas, de mezzés, de petits chaussons, de buschettas, de mini bouchées à la reine, de feuilletés grecs, de mini muffins, de samoussas, de piquillos farcis, de mini blinis, de petits choux salés, de sfiha, de scotch eggs… mais aussi de pesto maison, de tapenade noire, ou encore de sauce satay, au tamarin ou yakitori.

De quoi passer l’été de la manière la plus festive qui soit !

Bernard DELCORD

Je n'en ferai qu'une bouchée ! – Tour du monde de recettes à picorer par Bernard Laurance, Paris, Éditions Flammarion, mai 2016, 176 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 24,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil exotique la recette suivante : 

Chao tom 

Chao tom.jpg 

Les chao tom sont des petites brochettes vietnamiennes de pâte de crevette où un bâton de canne à sucre sert de support. Bien évidemment, celui-ci ne se mange pas, mais donnera un délicieux arôme et une saveur délicieusement sucrée. Parfait pour l'apéritif ou en entrée, les principaux avantages de cette recette sont la facilité d'exécution et l'originalité, qui donneront l'eau à la bouche à tous les amoureux des crevettes.

Pour cette recette, vous trouverez les bâtons de canne à sucre en magasins asiatiques. Ils se vendent en sachets surgelés, très pratiques.

Temps de préparation : 10 minutes

Temps de cuisson : jusqu’à 15 minutes

Pour 12 chao tom

Ingrédients :

500 g de crevettes crues déveinées et décortiquées

1 gousse d’ail

2 cuillerées à soupe d’huile

2 cuillerées à café de nuoc-mâm

2 cuillerées à café de sucre de canne

12 bâtons de canne à sucre

Sauce sucrée pimentée

Sel, poivre blanc

Recette :

Mixez les crevettes crues avec la gousse d'ail, l'huile, le sucre et le nuoc-mâm jusqu'à obtenir une pâte assez lisse.

Salez et poivrez à votre goût.

Vous pouvez vous passer du mixeur et réaliser la pâte au couteau sur une planche à découper. Il faudra plusieurs minutes de travail, mais vous collerez un peu plus à la tradition. La pâte doit être assez collante.

Prélevez une boule de pâte de 4 centimètres de diamètre.

Aidez-vous d'un peu d'eau ou d'huile si la pâte colle trop.

Posez un bâton de canne à sucre sur la boule et enfoncez-le.

Refermez la boule sur le bâton puis donnez une forme allongée à la pâte.

Vous pouvez aussi étaler la pâte entre deux feuilles de film étirable. Enlevez le film du dessus, puis posez un bâton de canne à sucre.

Enroulez la farce étalée autour du bâton en coupant l'excédent.

Faites de même pour toute la farce.

Pour la cuisson, vous avez plusieurs options.

La première est de passer les bâtons à la friture. Les chao tom seront prêts en 1 ou 2 minutes ! La deuxième est de les cuire à la vapeur une dizaine de minutes, puis de les passer à la poêle avec un peu d'huile ou même sur le barbecue.

Si vous choisissez le barbecue, faites-les vraiment cuire à la vapeur auparavant pour fixer la farce, sinon elle risque de coller sur les grilles.

Dégustez les chao tom bien chauds avec une sauce pimentée sucrée et un peu de coriandre.

 

[1] www.lacuisinedebernard.com

[2] Des Desserts de Bernard (Flammarion, 2014) et du Grain de sel de Bernard (Flammarion, 2015), 30 000 exemplaires vendus.

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03 08 16

Chaud devant !

Les hommes préfèrent le barbecue.jpgLe barbecue, on le sait, est souvent une affaire d’hommes, exerçant par son utilisation leurs talents culinaires associés à leur maîtrise du feu.

C’est à partir de ce constat que Jamie Purviance, en association avec la société Weber-Stephen Products bien connue, a rédigé un guide d’utilisation et un recueil de recettes intitulé Les hommes préfèrent le barbecue paru aux Éditions Larousse à Paris.

Après deux introductions détaillées répondant à toutes les questions techniques sur l’utilisation du barbecue, l’auteur y fournit 140 recettes diverses, ainsi que des conseils sur les mélanges d’épices, les marinades, les sauces et les condiments, complétés d’astuces de cuisson, d’accompagnement et de propositions de variantes…

La cuisine au soleil !

Bernard DELCORD

Les hommes préfèrent le barbecue par Jamie Purviance et Weber-Stephen Products Co, Paris, Éditions Larousse, avril 2016, 272 pp. en quadrichromie au format 22,5 x 28,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 € (prix France)

Table des matières :

Tout le monde l’aime chaud ! (Introduction)

Cuire et laisser rôtir (deuxième introduction)

Bouchées sur canapé (pour l’apéro)

L’homme au poulet d’or

Le bœuf était presque parfait

Dix petits ribs

Le veau ne cuit jamais deux fois

Pour quelques burgers de plus (burgers et recettes US)

Goldfisher vs Octopussy (poissons, coquillages, crustacés)

West Side Spicy! (Recettes épicées)

Légumes à l’italienne (salades, légumes grillés…)

Un dessert nommé Désir (douceurs)

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27 07 16

« De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise. » (Guy de Maupassant)

LLes gourmands mémorables.jpge quatrième numéro de la revue « Folle Histoire » dirigée par Bruno Fuligni aux Éditions Prisma à Gennevilliers est consacré aux Gourmands mémorables, 60 personnages historiques qui, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, se sont distingués par leur appétit démesuré ou inattendu, leur raffinement ou, au contraire, leurs aberrations alimentaires. Certains se sont même tués, ou ont tué, à coups de bons petits plats.

L’ouvrage est construit en quatre chapitres : Les fins becs, Les expérimentateurs culinaires, Les criminels de la table et Quelques repas inoubliables.

S’y ajoutent les présentations d’un document (« Une invitation chez Grimod »), d’un objet « La trembleuse à chocolat »), d’un mythe « Le miracle des bulles »), d’une caricature (« La Vache qui rit à la conquête du Tonkin ») et d’un film (« Le festin de Babette »).

Le ton est léger, les anecdotes sont passionnantes et éclairantes, le résultat s’avère savoureux en diable…

Une revue qui se dévore des yeux !

Bernard DELCORD

Les gourmands mémorables, ouvrage collectif sous la direction de Bruno Fuligni, illustrations de Daniel Casanave, Gennevilliers, Éditions Prisma, octobre 2015, 183 pp. en noir et blanc au format 15,4 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes écrites par Philippe Di Folco :

Le festin d’Ermolao Barbaro (1488) – Un repas de mariage italien

En 1552, le bon Michel Nostradamus, occupé à rédiger ses fameuses prophéties, fait surtout commerce de toute sorte d'ouvrages pratiques, le livre de cuisine en tête. C'est là un gagne-pain considérable, ce genre d'ouvrages ne restant pas longtemps sur l'étal des librairies. Parmi ses bonnes ventes, Nostradamus compte Un Banquet de mariage italien, qu'il a traduit du latin : une œuvre du Vénitien Ermolao Barbaro, brillant humaniste qui vécut à Bruges, à la cour de Charles le Téméraire, ainsi qu'à Rome auprès du pape Innocent VIII, deux princes réputés pour leur appétit.

Le repas de mariage dont il est question semble irréel tant il accumule les services, pas moins de quinze, tous aussi hauts en couleurs que riches en calories. La scène se déroule le 6 juin 1488 à Rome, dans le jardin d'un certain Trivulce, un Romain « vaillant homme en fait de guerre » qui, en temps de paix, choisit d'épouser une dame napolitaine d'une très noble et honorable famille.

Barbaro raconte qu'il est invité non pas au déjeuner, réservé aux proches, mais au souper qui se déroule toute une partie de la nuit et rassemble les amis. Il constate que les convives sont déjà saouls dès après le quatrième service, celui du premier rôti, et que lui-même commence à sentir grandement les effets de l'ébriété : « Aussi, dit Barbaro, je me retire et fais état plus de spectateur que de convive si je veux décrire les mets et les viandes ». La liste des plats se déroule ainsi : premièrement, on donne à chacun de l'eau de rose pour se rafraîchir, accompagnée de « pignolats » et autres tartes de massepain et de pignons très sucrés appelés « pains martiens ». Ensuite sont servies des asperges nouvelles.

En troisième, une salade mélangée de cœurs, foies, gésiers de divers oiseaux. En quatrième, de la chair de daim rôtie. En cinquième, les têtes de génisse et de veau bouillies avec leur peau. En sixième, une montagne de chapons, poulardes, pigeons, accompagnés de langues de bœuf et de jambon de truie, le tout bouilli et servi avec de la sauce citronnée. En septième, des che­vreaux rôtis accompagnés d'un jus de cerise amère [amaretto]. En huitième, des tourterelles, perdrix, faisans, cailles, grives et autres becfigues « studieusement » rôtis, avec des olives comme condiments. En neuvième, un coq cuit dans le sucre et l'eau de rose à chacun des convives. En dixième, pour chaque invité, un « petit porcelet » entier, cuit dans de la liqueur. En onzième, des paons rôtis à partager entre convives avec leur sauce blanche aux pistaches, fort aromatisée. En douzième, pour chacun, une tourte « un peu recroquevillée » faite d'œufs, de lait, de sauge, de farine et de sucre. En treizième, des quartiers de coing confits dans du sucre, des clous de girofle et de la cannelle. En quatorzième, un mélange de cardons, de pignons et d'artichauts poi­vrade en salade. Au quinzième service, on se lave les mains, puis sont portées toutes sortes de dragées au fenouil, à la muscade, à l'orange ... Le souper se termine avec des danses, des joueurs de farces, des bateleurs, des acrobaties, des musiciens conteurs. Chacun dispose bientôt d'un candélabre surmonté d'une bougie parfumée et tous les convives vont et viennent dans le jardin, au milieu d'une bruyante basse-cour et de quelques quadrupèdes rescapés du souper. Barbaro termine son récit en notant que, durant toute la farandole du banquet, un « silence admiratif et quasi religieux régna, comme jamais l'on en observa ».

21 07 16

Belgitude à l’italienne…

C'est mon histoire par Frédéric François.jpgSortie l’année du 70e anniversaire de l’immigration italienne en Belgique, l’autobiographie de Frédéric François, l’un des trois chanteurs italo-belges emblématiques et à la carrière internationale pérenne – les deux autres étant Salvatore Adamo et Frank Michaël – s’intitule C’est mon histoire (Waterloo, La Renaissance du livre) et elle va bien au-delà du simple récit anecdotique.

Car si Frédéric François, c'est plus de 350 chansons, 35 millions de disques vendus, 85 disques d'or et près de 50 ans de carrière, c'est aussi, et surtout, un homme qui, en dépit des difficultés, a plongé ses racines dans son histoire familiale et personnelle ainsi que dans son milieu social et culturel pour s'accrocher à ses rêves, à ses ambitions, et s'imposer comme un des plus célèbres chanteurs francophones de ces quatre dernières décennies.

Car son destin était loin d'être tracé. Fils de mineur de charbon, le jeune Francesco Barracato – c’est son vrai nom – a dû très tôt quitter sa Sicile natale pour s'installer en région liégeoise.

L'adaptation est rude, la situation financière précaire, mais les airs napolitains fredonnés par son père Giuseppe égayent la maison familiale et cet amour de la musique est contagieux.

À 10 ans, Francesco découvre le plaisir de chanter devant un public en interprétant 'O Sole Mio dans un café liégeois.

Une vocation est née, celle d'un artiste de variétés au parcours exceptionnel.

Il le mènera jusqu’à l’Olympia, en fera un chanteur à mi(di)nettes, un latin lover, un millionnaire du disque, une vedette adulée de la radio, de la télévision et des magazines, l’idole des mères italiennes de Belgique, de France et d’ailleurs, puis de leurs filles, il connaîtra des hauts et des bas, il chutera dans un scandale et il se relèvera pour être aujourd’hui, plus que jamais, le symbole éclatant d’une intégration réussie.

Une excellente raison de lui lever notre Borsalino !

Bernard DELCORD

C'est mon histoire par Frédéric François avec la collaboration de Christophe Corthouts et Brice Depasse, Waterloo, La Renaissance du Livre, avril 2016, 223 pp. en noir et blanc + un cahier photo de 32 pp. en quadrichromie au format 15 x 23,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 €

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21 07 16

« Je regarde la grammaire comme la première partie de l'art de penser. » (Étienne Bonnot de Condillac)

Le bon Usage (16e édition).jpgOffrant 3 mois d’accès gratuit à la version électronique de l’ouvrage, la 16e édition du Bon Usage de Maurice Grevisse et André Goosse parue chez De Boeck supérieur à Louvain-la-Neuve constitue, on le sait, la grammaire française de référence qui apporte une réponse nuancée [1] à toutes les difficultés que l’on peut rencontrer.

C’est aussi la grammaire de l’usage, à travers l’observation constante de l’évolution du français actuel, dont témoignent 40 000 citations de 2 500 auteurs (mentionnés en couleur dans le texte et repris dans un index, ce sont deux nouveautés), issues d’œuvres littéraires et de la presse écrite.

C’est enfin l’outil de travail incontournable des écrivains, correcteurs, traducteurs, journalistes, rédacteurs, professeurs de français… ainsi que des étudiants et des amoureux de notre langue.

Rappelons au passage que les auteurs de cette somme monumentale sont belges.

En effet, né à Rulles près de Habay en 1895, Maurice Grevisse fut successivement instituteur, professeur de français puis docteur en philosophie et lettres à l’Université de Liège (1925). À partir de 1927, il enseigne à l’École royale des Cadets à Namur. Ayant accepté de refondre une grammaire scolaire existante, il rédigea une œuvre originale, Le Bon Usage, qui parut en 1936 et devint la préoccupation de toute sa vie. Les plus grands grammairiens et écrivains de l’époque, dont André Gide, ont salué ce travail minutieux. Plusieurs distinctions ont ponctué sa carrière admirable, comme le prix De Keyn de l’Académie royale de Belgique en 1939 et la médaille d’or de l’Académie française en 1946. Il a été nommé officier de la Légion d'honneur en 1971 et est décédé à La Louvière en 1980 après avoir confié les rênes à son gendre, André Goosse.

Celui-ci, né à Liège en 1926, a fait des études de philologie romane à l’Université catholique de Louvain où il a rencontré Marie-Thérèse Grevisse, fille de l’illustre grammairien. Ils se marieront en 1950. Professeur dans l’enseignement secondaire puis dans son université, il est entré à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1976. Il en deviendra le secrétaire perpétuel de 1996 à 2001. Très vite associé à son beau-père, il a pris la succession afin d’assurer la pérennité du Bon Usage. Depuis, il continue à actualiser et enrichir ce gigantesque tableau de la langue française.

En son temps, la renommée de Maurice Grevisse était immense, et nous en voulons pour preuve une anecdote amusante que nous confia Marcel Jullian (1922-2004), qui devint directeur littéraire de la maison Plon en 1967 et fut l’éditeur des Mémoires d’espoir de Charles de Gaulle.

Jullian avait engagé dans son équipe de relecteurs l’écrivain belge Robert Poulet (1893-1989), fort tatillon en matière de style et qui n’hésitait pas à intervenir dans le texte du général. Celui-ci, estomaqué, demanda qui se permettait pareille audace…

N’osant expliquer qu’il s’agissait d’un ancien (injustement à notre sens, mais c’est une autre histoire…) condamné à mort pour collaboration avec les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, Jullian expliqua qu’il s’agissait d’un Liégeois.

« Et alors ? », demanda de Gaulle.

« Maurice Grevisse est liégeois », répliqua l’éditeur.

« Dans ce cas… », répondit de Gaulle.

Comme quoi…

Bernard DELCORD

Le Bon Usage (16e édition) par Maurice Grevisse & André Goosse, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck supérieur, juillet 2016, 1750 pp. en bichromie au format 13,5 x 19,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 89 €

 

[1] Car jamais elle n’impose, mais suggère, en donnant les différents usages suffisamment courants pour être pris en considération.

20 07 16

« La guerre civile est le règne du crime. » (Pierre Corneille)

Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone 1940 - 1945) par Eddy De Bruyne.jpgPréfacée par le professeur Francis Balace de l’Université de Liège et publiée à La-Roche-en-Ardenne par le Cercle d’histoire et d’archéologie  Segnia [1], l’Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone (1940-1945) de l’historien belge Eddy De Bruyne est tout à la fois un monument d’érudition et une gigantesque mine d’informations relatives à l’une des périodes les plus putrides de l’histoire moderne de nos régions, ainsi qu’un who’s who très complet de ceux et celles qui lui conférèrent son odeur pestilentielle.

Il est vrai que cet ouvrage formidable est le fruit de recherches menées durant des décennies par l’un des meilleurs spécialistes non seulement de l’histoire du rexisme – ses nombreuses et volumineuses publications en font foi –, mais aussi de l’organisation et du fonctionnement de l’appareil d’État instauré dans toute la Belgique durant la Seconde Guerre mondiale par l’occupant nazi, de ses sbires, de ses stipendiés et de ses compagnons de route.

D’Abbeville à Wilhelm Zweibäumer en passant par l’administration allemande des Affaires juives, par celle de Bruxelles (avec le nom des dirigeants de tous les services et l’adresse de ceux-ci), Paul Colin, le Comité Belgo-Russe de l’Exposition Antibolcheviste de Bruxelles, Fernand Daumerie, Pierre Daye, Léon Degrelle, bien entendu, le comte Édouard du Val de Beaulieu, la Deutsch-Vlämische Arbeitsgemeinschaft (mieux connue sous le nom de De Vlag si cher aux flamingants), Alexander von Falkenhausen, la Feldkommandantur, la liste des Fusillés pour faits de collaboration 1940-45 (partie francophone du pays), le socialiste et demaniste Paul Garain, la Garde Rurale, Henri Gillemon, Frans Hellebaut, Paul Herten, la Hilfsgendarmerie, les Gouverneurs en fonction pendant la guerre, Max Hodeige, Pierre Hubermont, Léon Jacobs, le Journal de Charleroi, Suzanne Lagneaux, Victor Matthys, le Pays Réel, Joseph Pévenasse, Radio Bruxelles, Rex, Philipp Schmitt de la Sipo-SD de Charleroi, Christian Simenon (frère de Georges), la SS-Brigade d’Assaut Wallonie, Dante Vannuchi, Fritz Wohlher, on en saute beaucoup, et même des pires, les innombrables entrées de cette encyclopédie du crime, du racisme, de la dictature, de l’intimidation et de la spoliation constituent un extraordinaire kaléidoscope sociologique et politique de la trahison en temps de guerre.

Et elles viennent opportunément mettre en lumière un mécanisme que Joseph Staline, l’alter ego d’Adolf Hitler, avait décrit avec le cynisme qui ne faisait pas son charme : « Cette guerre ne ressemble pas à celles du passé : quiconque occupe un territoire lui impose aussi son système social. Tout le monde impose son propre système aussi loin que son armée peut avancer. Il ne saurait en être autrement ».

Ajoutons que cette bible reprend aussi, notamment, l’organisation administrative de nombreuses communes wallonnes (et bruxelloises) ainsi que de quantité d’organisations, celles de la jeunesse, par exemple.

Vivement la publication du pendant de cet ouvrage consacré à la Flandre, dont nous savons qu’Eddy De Bruyne a rassemblé la matière !

Bernard DELCORD

Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone (1940-1945) par Eddy De Bruyne, préface de Francis Balace, La-Roche-en-Ardenne, Édition du Cercle Segnia, juin 2016, 574 pp. en noir et blanc au format 21,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 70 €

 

[1] Siège social : 25, route de La Roche à 6660 Houffalize (asblsegnia@gmail.com)

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28 06 16

« Un crime peut être une œuvre d'art, et un détective un artiste. » (Agatha Christie)

Jean Valhardi, l’intégrale 2.jpgLe volumineux album intitulé Jean Valhardi, l’intégrale 2, 1946-1950 sorti aux Éditions Dupuis à Marcinelle rassemble dans leur intégralité les 199 planches des aventures du détective pour les compagnies d’assurance Jean Valhardi qu'Eddy Paape dessina entre 1946 et 1950, après que Jijé lui eut confié la série.

Alors débutant, Eddy Paape (1920-2012, connu aussi pour les séries Marc Dacier et Luc Orient) réussit pourtant à fédérer autour de lui les fans du personnage qui, depuis sa création en 1941, l'avaient élevé au rang de vedette du Journal de Spirou, et le scénariste Jean Doisy (1900-1955) continua de lui imaginer des histoires pleines de rebondissements, avant de passer le relais au très jeune Yvan Delporte (1928-2007), futur rédacteur en chef du journal et scénariste pour Peyo, Franquin, Will, Roba, Jannin ou encore Carine De Brab.

Ce deuxième volume réunit Sur le rail (1946, inédit en album), Jean Valhardi et les Rubens (1946-1947), Diamants artificiels (1947), Valhardi détective (1947-1949), Le roc du diable (1949) et À la poursuite de Max Clair (1949-1950).

Ces pages sont introduites par un dossier remarquablement documenté réalisé par Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, auteurs de La véritable histoire de Spirou.

Bernard DELCORD

Jean Valhardi, l’intégrale 2, 1946-1950 par Jean Doisy, Eddy Paape et Yvan Delporte, Marcinelle, Éditions Dupuis, juin 2016, 288 pp. en quadrichromie, au format 22 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 35 €

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27 06 16

« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures. » (Antoine Blondin)

Blondin.jpg« L'homme descend du songe », a assuré le romancier et journaliste Antoine Blondin (1922-1991), un Hussard [1] à la plume acérée et au talent incontestable.

Personnage étonnant, déroutant et fantasque, il est l'auteur d’ouvrages divers parmi lesquels 5 romans dont le plus célèbre, Un singe en hiver (1959, Prix Interallié), l’aura fait passer à la postérité via l'adaptation cinématographique qu’en fit Henri Verneuil, avec un Jean Gabin particulièrement touchant et un Jean-Paul Belmondo à l'aube de sa carrière [2].

Antoine Blondin s'est également taillé sa réputation d'écrivain génial sur les routes du Tour de France, qu'il a couvert 27 fois pour L'Équipe de 1954 à 1982, en ouvrant la voie à la littérature sportive du XXe siècle.

Prince du calembour, il reste pour beaucoup de « maîtres et maîtresses d'école » un exemple à montrer aux élèves.

Car le style Blondin est unique.

Vingt-cinq ans après sa mort, ses proches, sa famille, ses amis et ses admirateurs se sont réunis sous la houlette de Jean Cormier et du petit-fils de l’auteur, Symbad de Lassus, pour lui rendre, dans Blondin paru à Monaco aux Éditions du Rocher, un puissant et émouvant hommage.

Parmi eux : ses filles Laurence et Anne, Michel Déon, Bernard Pivot, Pierre Albaladejo, André Boniface, Jean Gachassin, Jean-Pierre Rives, Raymond Poulidor, Jean Hatzfeld, Juliette Gréco et Jean-Paul Belmondo...

Du bien beau linge…

Bernard DELCORD

Blondin par Jean Cormier et Symbad de Lassus, Monaco, Éditions du Rocher, collection « Les dessous du succès », mai 2016, 200 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,90 € (prix France

[1] L'expression les Hussards désigne un courant littéraire français qui, dans les années 1950 et 1960, s'opposa aux existentialistes et à la figure de l'intellectuel engagé qu'incarnait Jean-Paul Sartre. Le roman de Roger Nimier Le Hussard bleu a donné son nom au mouvement.

Si ce mouvement apparaissait comme assez hétéroclite, les Hussards se distinguaient notamment par leur opposition à Sartre et leur antigaullisme de droite. L'écrivain François Dufay leur reconnaissait surtout « l'amour du style ; un style bref, cinglant, ductile », un anticonformisme rafraîchissant, le refus des modes, le goût des causes perdues. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hussards_(mouvement_lit...

Les principaux autres membres étaient Michel Déon et Jacques Laurent. D'autres auteurs ont pu été rattachés au groupe : Geneviève Dormann, Kléber Haedens, Stephen Hecquet, Roland Laudenbach, Félicien Marceau, François Nourissier, Jacques Perret, Pol Vandromme André Fraigneau, Willy de Spens ou encore Guy Dupré.

[2] On doit aussi à Antoine Blondin, entre autres, L'Europe buissonnière (1949), Les Enfants du bon Dieu (1952), L'Humeur vagabonde (1955), Monsieur Jadis ou L'École du soir (1970), Quat'saisons (1975), Certificats d'études (1977), Ma vie entre des lignes (1982) et L'Ironie du sport (1988).

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27 06 16

On the road again!

La Beat Generation – La révolution hallucinée jpg.jpgSpécialiste de la « contre-culture » du XXe siècle, Alain Dister, né à Lyon le 25 décembre 1941 et mort le 2 juillet 2008, était un journaliste et photographe français.

Dès 1967, il a travaillé pour le magazine spécialisé Rock & Folk.

Son célèbre ouvrage Oh hippie, days! Carnets américains 1966-1969 paru en 2006 et qui rend compte de l'Amérique de la fin des années 1960 (la libération sexuelle, les drogues, la musique psychédélique, etc.), qu'il a lui-même vécue, tout comme son Ezy Rider : en voyage avec Jimi Hendrix (1995), resté fameux.

Il est aussi l’auteur de La Beat Generation – La révolution hallucinée, un essai remarquablement documenté et illustré paru en 1997 chez Gallimard dans la collection « Découvertes » et qui ressort ces jours-ci à l’occasion de l’exposition éponyme présentée au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 15 octobre 2016.

En voici le pitch :

« La Beat Generation, mouvement symbolique de l'Amérique des années 1950 et 1960, est née de l'amitié entre quatre hommes : Jack Kerouac (1922-1969), Allen Ginsberg (1926-1997), Neal Cassady (1926-1968) et William S. Burroughs (1914-1997). Cette amitié tourne au manifeste.

En 1952, John Clellon Holmes officialise, dans un article du New York Times Magazine, et d'après une définition de Jack Kerouac, le terme beat : « Cela signifie être, d'une façon non dramatique, au pied de son propre mur ».

En 1957, Sur la route de Jack Kerouac devient le symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Un mouvement est né qui revendique ses engagements politiques et son refus de la course à l'argent.

 a Beat Generation sera à l'origine de la vague protestataire qui atteindra son apogée en 1968 lors du rassemblement de Woodstock, et elle posera les bases de la culture moderne des années 1970.

Alain Dister, qui a rencontré les protagonistes du mouvement, en retrace ici l'histoire. »

Et quelle histoire !

Bernard DELCORD

La Beat Generation – La révolution hallucinée par Alain Dister, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Littérature », juin 2016, 112 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

Informations pratiques :

Centre Pompidou

Galerie 1

Place Georges Pompidou

F-75004 Paris

Téléphone : +33 (0)1 44 78 12 33

Prix : 14 €

Horaires d'ouverture :

– De 11 h à 21 h tous les jours sauf le mardi (fermeture des caisses à 20h, sortie des espaces d’exposition à partir de 20h45)

– Nocturnes les jeudis jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h, sortie des espaces d’exposition à partir de 22h45)

Réservation de visites de groupe par téléphone au + 33 (0)1 44 78 12 57, de 9h30 à 13h du lundi au vendredi