11 08 15

Une exposition d’envergure

Heartbreak Hotel (affiche).jpg

C’est avec fierté que la Vanhaerents Art Collection annonce sa première grande exposition en dehors des frontières belges, intitulée Heartbreak Hotel.

Cet événement, qui s’inscrit dans le cadre de la 56e Biennale de Venise, se déroulera du 6 mai au 15 septembre 2015 au Zuecca Project Space, une des institutions culturelles de premier plan à Venise.

Le fondateur de la collection, Walter Vanhaerents, qui fêtera cette année ses 70 ans, est le commissaire de cette prestigieuse exposition.

Comme c’était le cas des précédentes expositions de la Vanhaerents Art Collection, Heartbreak Hotel emprunte son titre directement à la musique pop.

Inspiré par les émouvantes paroles de la célèbre chanson d’Elvis Presley sortie en 1956, Walter Vanhaerents a sélectionné une quinzaine d’œuvres monumentales de la collection. Il a volontairement opté pour des œuvres évoquant l’ambiance ou l’esprit de cet incontournable classique du rock’ n-roll, possédant par ailleurs un attrait visuel, une présence physique et une stratification conceptuelle particuliers.

Conçu comme un dialogue entre des œuvres d’artistes de différentes générations et aux approches variées, Heartbreak Hotel traite de thèmes tels que la mélancolie, la souffrance physique et le martyre. L’exposition évoque des scènes de guerre historiques et des pratiques religieuses actuelles, qu’elle met en contraste avec un monde idyllique plein de palmiers ondulants, de clowns amusants et de dames du « beau monde ».

L’exposition aborde également le thème de la collection, lorsque celle-ci place le collectionneur impatient face à son rival, un imprévisible marchand à la silhouette diabolique,  et soulève la question suivante : lequel des deux finira par gagner ?

Heartbreak Hotel comprend des œuvres de Sam Falls, Katharina Fritsch, Matthew Day Jackson, Bruce Nauman, Ugo Rondinone, Markus Schinwald, Cindy Sherman, Yinka Shonibare, Lucien Smith, Nick van Woert, Joana Vasconcelos, Bill Viola et Andy Warhol.

Gerrie SOETAERT

 

Informations pratiques :

Heartbreak Hotel

Du 6 mai au 15 septembre 2015

Ouvert tous les jours de 10 à 18 heures ; fermé le mardi

Entrée gratuite

Zuecca Project Space, Giudecca

Fondamenta delle Zitelle 32 Venise (Italie)

www.zueccaprojectspace.com

Vaporetto stop ‘Zitelle’ (lines 2 and 4)

Vanhaerents Art Collection

Anneessensstraat 29, 1000 Brussels, Belgium

www.vanhaerentsartcollection.com

vincent@vanhaerentsartcollection.com

+32 2 511 50 77

 

Voici la photographie de quelques-unes des œuvres présentées :

 

Katharina FRITSCH

Née en 1956 à Essen (DE)

Vit et travaille à Düsseldorf (DE) 

Katharina Fritsch.jpg

Händler (marchand), 2001, polyester, peinture, 192 x 59 x 41 cm

© Katharina Fritsch / 2014 SABAM Belgium / Courtesy Matthew Marks Gallery

Photo © Nic Terwiggenhorn / Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Matthew Day JACKSON

Né en 1974 à Los Angeles (USA)

Vit et travaille à New York 

Matthew Day Jackson - August 9, 1945 (2011).jpg

August 9, 1945, 2011, bois roussi sur panneau,

243,8 x 472,4 x 35,6 cm / Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Bruce NAUMAN

Né en 1941 à Fort Wayne (USA)

Vit et travaille à Galisteo (USA)

Bruce Nauman.jpg

Quatre parties de grands animaux, 1989, aluminium, fil de fer, métal tubé, 142 x 376 x 368 cm

Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Ugo RONDINONE

Né en 1964 à Brunnen, (Suisse)

Vit et travaille à New York

Ugo Rondinone.jpg

If there were anywhere but desert 2, 2000 fibre de verre, peinture, vêtements, paillettes, couverture,

43 x 200 x 110 cm / Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Cindy SHERMAN

Née en 1954 à Glen Ridge (USA)

Vit et travaille à New York 

Cindy Sherman..jpg

Untitled #475, 2008, impression chromogénique, 219,4 x 181,16 cm, ed.6/6

Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Lucien SMITH

Né en 1989 à Los Angeles (USA)

Vit et travaille à New York 

Lucien Smith.jpg

Stuck in a ditch under the pale moonlight. A dream I remember too well, 2014,

Huile sur canevas, 244 x 198 cm / Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Joana VASCONSELOS

Née en 1971 à Paris (France)

Vit et travaille à Lisbonne (Portugal)

Vasconcelos.jpg

Diane, 2013, statue, peinture acrylique, coton fait à la main,

210 x 50 x 60 cm / Courtesy Vanhaerents Art Collection.

 

Bill VIOLA

Né en 1951 à New York (USA)

Vit et travaille à New York 

Bill Viola.jpg

Martyrs (terre), 2014, écran plasma couleur, 119,4 cm,

Courtesy Vanhaerents Art Collection.

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11 08 15

« Si le rap excelle, le jazz en est l'étincelle. » (MC Solaar)

La Discothèque idéale du jazz.jpgMembre de l'Académie du jazz, Jean-Pierre Jackson est né en 1947. Ex-instituteur et autodidacte, éditeur, batteur de jazz, cinéaste, cinéphile, il a aussi écrit des livres sur le serial américain (Jayne Mansfield, Mizoguchi, Russ Meyer) et traduit des philosophes (Spinoza, Hume, Locke, Schopenhauer). Il collabore au magazine Classica et il a publié, chez Actes Sud, Charlie Parker (2005), Miles Davis (2007), Benny Goodman (2010) et Oscar Peterson (2012).

Il a aussi fait paraître chez le même éditeur La Discothèque idéale du jazz, dans laquelle il présente une sélection commentée d’extraits de l’œuvre des plus grands (Miles Davis, John Coltrane, Thelonious Monk, Louis Armstrong, Bud Powell, Charlie Parker, Bill Evans, Duke Ellington, Ornette Coleman, Dizzy Gillespie ou encore Lester Young), mais aussi de « disques qui ont subi avec succès l'épreuve du temps, dont la fréquentation assidue, même récente, révèle à chaque écoute de nouvelles beautés » à l’instar de diverses productions de Keith Jarrett, Gerry Mulligan, Oscar Peterson, Erroll Garner, Wes Montgomery, Jelly Roll Morton, voire d’Enrico Pieranunzi ou Martial Solal, sans oublier les Belges Django Reinhardt et Toots Thielemans, tout en s'adressant plus particulièrement aux mélomanes attachés à la musique classique à qui il veut montrer les similitudes entre le répertoire qu’ils affectionnent et le jazz qu’il connaît sur le bout des doigts...

Un livre qui swingue !

Bernard DELCORD

La Discothèque idéale du jazzpar Jean-Pierre Jackson, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2015, 214 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19 € (prix France)

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08 08 15

Un « temple de l’écriture »…

Le songe d’Empédocle.jpgPublié pour la première fois en 2003 aux Éditions L’Âge d’Homme à Lausanne, Le songe d’Empédocle de Christopher Gérard vient de reparaître chez le même éditeur, et c’est un pur bonheur de lecture !

D’abord parce que le style de l’auteur est magnifique, et que la qualité de la langue dont il use s’avère d’une immense perfection.

Ensuite, parce que le thème et la trame de l’ouvrage sont époustouflants de culture et de profondeur.

En voici un résumé, que nous avons élaboré en piochant dans un texte rédigé par l’un des meilleurs connaisseurs de l’ouvrage, texte mis en ligne sur un site dont nous ne partageons toutefois pas l’orientation politique [1], ce qui n’a en l’occurrence aucune importance :

« Le Songe d’Empédocle désigne un tableau, quadriptyque “éparpillé” dans différents centres sacrés des civilisations indo-européennes où vivent les membres d’une confrérie polythéiste, la phratrie des Hellènes.

Padraig, le héros du roman, suit tout au long du livre une initiation en quatre étapes dont chaque volet du tableau est en quelque sorte le vecteur. Chaque étape de l’initiation lui permet de découvrir les facettes du sage grec Empédocle, figure emblématique de la confrérie, mais aussi et surtout de dépasser ses contradictions internes et d’assumer la mission que lui a assignée le Destin : œuvrer au retour des Dieux. […]

Seul polythéisme encore apparent depuis l’Antiquité, l’Hindouisme est expérimenté par le héros à la fin de son initiation. […]

Le pèlerinage indien révèle aussi à Padraig (devenu Oribase) l’extraordinaire harmonie de la civilisation traditionnelle hindoue, fruit d’un polythéisme intégrateur. […]

En Bretagne, Italie et Grèce, Oribase aura “expérimenté” plus intellectuellement que physiquement ce même polythéisme qui n’est plus vécu qu’au sein de la Phratrie. Mais la conception de l’homme et du vivant est la même : “L’Hellène n’a rien du serf écrasé par le péché, prosterné devant un dieu infiniment bon qui cause son malheur. Nous sommes autonomes, même si nous respectons le destin imparti par les Puissances. Là est notre grandeur, dans la quête perpétuelle d’un équilibre instable, comme l’exprima jadis l’immense Sophocle” (p. 123).

Dans sa retraite bretonne, Oribase avance dans sa compréhension d’Empédocle en suivant les leçons quotidiennes du maître Ollathir. Le sage voit à l’origine du mouvement cosmique quatre racines – feu rouge, air blanc, terre noire, eau ocre – dont le mélange et la dissociation, la transformation inlassable sous l’action de deux puissances motrices – Philotès (l’Amour) et Neikos (la Discorde) produit toutes choses. Cet antagonisme nourrit le mouvement cosmique. L’éternel devenir est constitué schématiquement de quatre phases allant de l’harmonie parfaite au chaos tout aussi parfait, qui provoque le retour de l’Amour, du Tout, du Sphairos. Les triomphes de l’Amour et de la Haine sont temporaires. Le processus est cyclique.

À travers la figure de Ganesha, le dieu indien au corps d’homme et à la tête d’éléphant, Oribase retrouve cette notion d’union des contraires, l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’humain et le divin. Cette créature en apparence absurde démontre que la vérité est au-delà des apparences. Autre enseignement : l’homme est l’image du cosmos. Il y a identité entre microcosme (l’homme) et macrocosme (l’éléphant). […]

 Empédocle, chez qui pensée mythique et pensée scientifique avancent côte à côte, mais aussi l’Empereur Julien, dernière digue du Destin contre le monothéisme, imprègnent le roman comme autant de “vigiles de pierre” animés par une force et une volonté sereines et que rien ne semble pouvoir dévier de leur grande œuvre. […]

Le roman de Christopher Gérard fait immanquablement penser au réalisme magique, ce courant notamment cinématographique et littéraire typiquement belge, illustré parfaitement par André Delvaux. »

Le fameux roman Ulysse de James Joyce fut qualifié jadis de « cathédrale de prose » par ses admirateurs aussi ébahis qu’enthousiastes.

Nul doute que Le songe d’Empédocle sera, quant à lui, érigé en « temple de l’écriture » !

Bernard DELCORD

Le songe d’Empédocle par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, collection « Contemporains », mars 2015, 240 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

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05 08 15

Pour fêter en beauté 25 ans de beautés !

Foire du verre de Lasne 2015 (affiche).jpgLe plus grand rassemblement européen des passionnés de la verrerie, la Foire du Verre de Lasne, fête cette année son quart de siècle en mettant à l’honneur un métier d'art et de savoir-faire qui se transmet de maître en maître, celui de souffleur de verre.

Un rendez-vous à ne pas manquer les 3 & 4 octobre 2015 au centre sportif de Lasne !

25 ans et tout un passé

En 1991, la première Foire du Verre de Belgique voit le jour dans le cadre de la première foire en plein air de Lasne, dans le Brabant wallon.

En 1992, elle accueille déjà quelques grands spécialistes du verre et du cristal.

À partir de 1993, elle commence à devenir une référence dans le domaine. Son succès va croissant, les exposants se bousculent, les visiteurs affluent.

25 ans et une superbe reconnaissance

Elle est désormais le rendez-vous incontournable des spécialistes, collectionneurs, chineurs, antiquaires, designers, décorateurs… en un mot, de tous les passionnés du verre ancien et moderne, du cristal, mais aussi de l'argenterie.

Provenant de toute l’Europe, les pièces foisonnent, du Val Saint-Lambert au Saint-Louis, du Vonêche au Baccarat, du Chênée au Murano, du Bohème au Daum.

Touchées avec délicatesse, les pièces s'exposent, se vendent, s'achètent, s'admirent. Certaines sont uniques, d'autres qu'on pensait introuvables se dénichent comme par enchantement. Il y en a pour tout le monde et pour tous les porte-monnaie.

Foire du verre Lasne 2015 (verres).jpg

25 ans et des souffleurs de verre

Artisans, artistes et maîtres en la matière feront partager leur art et leur maîtrise du verre et du cristal lors de démonstrations spectaculaires.

La Foire du Verre soutient les Amis des aveugles

Attachée aux valeurs humaines, la Foire remettra, le dimanche matin, un chèque de 3 000 euros aux Amis des Aveugles, somme ayant contribué à l’éducation et à l'achat du chien d’aveugle que la personne malvoyante recevra ce jour-là.

Informations

Rassemblement européen des passionnés de la verrerie

Centre Sportif de Lasne

Samedi 3 et dimanche 4 octobre 2015

10h00-18h00

Entrée : 6€ – gratuit pour les moins de 16 ans

Site : www.foireduverre.be

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04 08 15

La Merveille de l’Occident…

Mont Saint-Michel – Une île mythique et une baie d'exception (cover).jpgGéologue, titulaire d’un DESS en environnement, photographe professionnel, auteur de nombreux livres et expositions, Arnaud Guérin parcourt le monde au gré des éruptions volcaniques, des reportages et des voyages thématiques qu’il crée et encadre pour les amateurs de découvertes de la nature.

Son camp de base est en Normandie, qu’il parcourt sans cesse pour capter sa lumière unique et où il guide régulièrement des voyageurs venus découvrir autrement le mont Saint-Michel, dont il est fin connaisseur.

Le Mont-Saint-Michel est une commune française située dans le département de la Manche, qui tire son nom d’un îlot rocheux consacré à saint Michel où s’élève aujourd’hui l’abbaye du Mont Saint-Michel.

L’architecture du Mont-Saint-Michel et sa baie en font le site touristique le plus fréquenté de Normandie et l'un des dix plus fréquentés en France avec près de deux millions et demi de visiteurs chaque année. Une statue de saint Michel placée au sommet de l’église abbatiale culmine à 170 mètres au-dessus du rivage.

L'abbaye et ses dépendances sont classées au titre des monuments historiques dans la liste de 1862 [1] tandis que la commune et la baie figurent depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO [2].

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Le Mont Saint-Michel en 2004. © Jakob Voss.

Depuis l’année 2015, les visiteurs peuvent se rendre au Mont par les nouveaux ouvrages d'accès créés par l'architecte Dietmar Feichtinger. Une nouvelle digue et une passerelle sur pilotis laissant passer l'eau par dessous desservent désormais l'île.

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Le Mont Saint-Michel en 2014 avec la nouvelle jetée à marée haute. © Mathias Neveling.

À l'occasion du rétablissement du caractère maritime du Mont Saint-Michel, Arnaud Guérin a fait paraître, chez Glénat à Grenoble, un beau livre abondamment illustré intitulé Mont Saint-Michel – Une île mythique et une baie d'exception dans lequel il mène le lecteur à la rencontre d'un joyau architectural et d’une merveille naturelle façonnée par les troisièmes plus grandes marées au monde.

Car la baie du Mont Saint-Michel est le théâtre des plus grandes marées d’Europe continentale, jusqu’à 15 mètres de marnage [3]. La mer se retire ensuite à grande vitesse sur une dizaine de kilomètres, mais revient aussi vite. L’expression consacrée est « qu’elle revient à la vitesse d’un cheval au galop ».

 

Le Mont Saint-Michel n’est entouré d'eau et ne redevient une île qu’aux grandes marées d'équinoxe, cinquante-trois jours par an, pendant quelques heures. Mais c’est un spectacle impressionnant qui attire de nombreux touristes ces jours-là. 

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Bas-relief représentant les quatre évangélistes (XVIe siècle). © Arnaud Guérin.

Depuis la vision de l'archange saint Michel reçue par saint Aubert, il y a plus de mille trois cents ans, jusqu'à aujourd'hui, l’auteur dévoile l'histoire et les richesses du mont, de son abbaye, de son village… et il fait découvrir la baie dans tous ses aspects (faune, flore, géologie…), en mettant en lumière leurs liens indissociables.

Une vision… paradisiaque !

Bernard DELCORD

Mont Saint-Michel – Une île mythique et une baie d'exception par Arnaud Guérin, Grenoble, Éditions Glénat, collection « Patrimoine », mai 2015, 192 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 19,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,99 € (prix France)


[2] Source : Wikipédia.

[3] Différence entre basse et haute mers.

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04 08 15

Un texte éblouissant !

La Shoah de Monsieur Durand.jpgNée en 1973 à Bruxelles, Nathalie Skowronek a raconté dans Max, en apparence (Éditions Arléa, 2013) le parcours de son grand-père rescapé du camp de Jawischowitz, à dix kilomètres d’Auschwitz.

Elle élargit sa quête autour du dramatique passé familial avec la publication de La Shoah de Monsieur Durand paru chez Gallimard, une courte compilation – remarquablement rédigée – de réflexions personnelles sur les séquelles psychologiques ayant marqué et frappant encore les victimes de l’Holocauste jusqu’à la quatrième génération, une tentative de mise au point d’une intelligence insigne assortie d’une très grande sensibilité.

C’est que, comme le souligne l’auteure, si « la première génération s'est refermée sur ses horribles secrets, la deuxième a vécu dans le silence obligé (on ne devait pas “en parler”), la troisième génération a tenté de façon parfois maladroite et excessive de déterrer ces secrets en mettant la Shoah au centre de tout. La quatrième génération est en train de tenter une rupture avec ces attitudes. Après le temps de l'oubli, puis le temps du souvenir obsessionnel, désormais il faut vivre : bientôt les derniers rescapés des camps auront disparu ».

Le temps passant et les témoins directs disparaissant, la Shoah se « désacralise », entraînant le risque – de plus en plus perceptible en Europe occidentale – d’une résurgence de l’antisémitisme et de son cortège d’horreurs et de crimes.

L’immense intérêt de La Shoah de Monsieur Durand réside dans l’intériorisation par l’auteure des séquelles du plus grand crime de l’humanité jamais commis en raison des moyens mis en œuvre pour le perpétrer et du nombre de victimes qu’il a entraîné.

On attend avec intérêt une suite de l’ouvrage dans laquelle Nathalie Skowronek livrerait ses idées sur des thèmes absents ou à peine abordés dans son texte : l’identité et la religion juives, les réparations de l’Holocauste, le sionisme, l’État d’Israël – voire la question palestinienne et des territoires, prétexte commode à la résurgence de l’antisémitisme, mais aussi du racisme anti-arabe un peu partout sur la planète.

Nul doute qu’elle aurait des choses passionnantes à en dire !

Bernard DELCORD

La Shoah de Monsieur Durand par Nathalie Skowronek, Paris, Éditions Gallimard, avril 2015, 56 pp. en noir et blanc au format 20,5 x 1 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 € (Prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes éclairant sur le titre du livre :

L'oubli puis la mémoire. La mémoire puis l'oubli. Or, qu'est-ce oublier, si ce n'est éviter le « je me souviens » ? Et qu'est-ce se souvenir, si la nécessité de vivre demande l'oubli ? On enlève la couche de surface, peut­ être même se défait-elle toute seule, et voilà que réapparaît, juste dessous, ce qu'on pensait recouvert. Les marques sont toujours là. Rien ne s'est effacé. Il n'y aurait pas d'issue, alors ? À moins que ? Sauf si ?

C'est l'histoire de Maurice Dupont qui se rend aux services d'administration de sa ville pour demander à changer de nom. Il voudrait qu'on l'appelle désormais Maurice Durand. Le fonctionnaire consulte le dossier puis l'interroge : « Monsieur Dupont, je ne comprends pas, vous avez fait la même démarche l'année dernière, vous vous appeliez alors Maurice Shmulewicz et vous vouliez transformer votre nom en Maurice Dupont. Pourquoi, maintenant que vous vous appelez Maurice Dupont, voulez-vous vous faire appeler Maurice Durand ? »

Alors, Maurice Shmulewicz, qui se nomme à présent Maurice Dupont comme l'attestent ses papiers d'état civil, répond avec l'accent yiddish qui caractérise les Juifs de l'Est : « Monsieur de l'Administration, c'est très simple. Quand on me demande mon nom et que je réponds que je m'appelle Maurice Dupont, la personne en face de moi me dit : D'accord, monsieur Dupont, mais avant, monsieur Dupont, comment vous appeliez-vous avant ? C'est très gênant. Alors, comme ça, monsieur de l'Administration, comme ça, la prochaine fois, je pourrai répondre : Cher monsieur, je m'appelle Maurice Durand, et avant ? Avant, monsieur, je m'appelais Maurice Dupont ».

03 08 15

Belgitude pur jus !

La Constellation du chien.jpgÉpoux à la ville de la célèbre écrivaine belge Jacqueline Harpman (1929-2012), l’architecte et poète post-surréaliste Pierre Puttemans (1933-2013) a participé au mouvement d’avant-garde bruxellois Phantomas (lui-même issu de Cobra) et on lui doit notamment les recueils Le Monomotapa (2010), Basse-cour (2011) et Facéties (2013). En architecture, il a construit ou restauré des bibliothèques (notamment celles de Nivelles et des Riches-Claires), des théâtres (le Poche et le Théâtre- Poème), un opéra (La Monnaie), ou encore le Centre de Traumatologie et de Réadaptation de l’hôpital Brugmann.

Les Éditions Espace Nord ont sorti récemment un recueil à l’humour subversif intitulé La Constellation du chien qui rassemble des textes, des poèmes et des fragments de son œuvre débridée, dont certains font penser à Chavée, à Scutenaire ou à Verheggen :

– Une larme à double tranchant.

– Il n’est pire sourd que celui qui n’entend rien.

– On coupa le cou du soleil avant de lui dire adieu.

– Le calembour est la viande de l’esprit.

– Il n’y a pas de fumeux sans fée.

– Peste, dit l’étranger.

– L’ennui naquit un jour d’un uniforme mité.

Un carnaval drolatique !

Bernard DELCORD

La Constellation du chien et autres textes par Pierre Puttemans, postface de Laurent Demoulin, notice biographique par Marianne Puttemans, Bruxelles, Éditions Espace Nord, juin 2015, 176 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 €. Existe en format électronique ePub (6,99 €)

03 08 15

Un lanceur de vitriol…

Souvenirs et polémiques par Léon Daudet.jpgLéon Daudet, résume Wikipédia, est un écrivain, journaliste et homme politique français, né le 16 novembre 1867 à Paris 4e et mort le 30 juin 1942 (à 74 ans) à Saint-Rémy-de-Provence.

Républicain converti au monarchisme, antidreyfusard et nationaliste clérical, député de Paris de 1919 à 1924, il fut l'une des principales figures politiques de l'Action française et l'un des collaborateurs les plus connus du journal de ce mouvement.

La bibliographie des œuvres de cet écrivain engagé et prolifique est énorme : plus de 300 notices sur le catalogue de la BNF. Il reste aujourd'hui son œuvre de mémorialiste, six volumes de « choses vues » de 1880 à 1921, « prodigieux Souvenirs », comme disait Marcel Proust qui ajoutait : « Les ressemblances entre Saint-Simon et Léon Daudet sont nombreuses : la plus profonde me semble l'alternance, et l'égale réussite, des portraits magnifiquement atroces et des portraits doux, vénérants, nobles [1] ».

Établie par l’historien Bernard Oudin, préfacée par le professeur au Collège de France Antoine Compagnon et parue chez Robert Laffont dans la fameuse collection « Bouquins », la nouvelle édition des Souvenirs et polémiques du fils aîné d’Alphonse rassemble ses réminiscences endiablées à propos des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux [2]Fantômes et Vivants, 1914, Devant la douleur (1915), L’Entre-Deux-Guerres (1915), Salons et Journaux (1917), Au temps de Judas (1920), Vers le roi (1921) –, celles de son expérience de Député de Paris (1919-1924) parues en 1933, de son « Paris vécu » (Rive droite, 1929, Rive gauche, 1930) écrit en exil à Bruxelles ainsi que Le Stupide XIXe siècle (1922), période qu’il vouait aux gémonies.

Époux un temps de la petite-fille de Victor Hugo, antisémite virulent, ami de Maurras, romancier, journaliste, éditorialiste de l’Action française, essayiste, critique, mémorialiste, membre du jury Goncourt [3], il fut avant tout un extraordinaire polémiste usant d'une violence verbale aujourd'hui inimaginable.

« S’il mit son talent au service de causes extrêmes, écrit l’éditeur, lançant des affirmations à l'emporte-pièce, tenant des propos injustes et calomnieux, nul n'aura su comme lui faire le portrait au vitriol de ses contemporains, esquisser une silhouette en quelques traits mordants, trouver la formule assassine contre l'adversaire, décrire avec une verve jubilatoire les ridicules d'un salon, d'une académie, d'une assemblée parlementaire, d'un tribunal, évoquer l'ambiance hallucinante des hôpitaux de sa jeunesse ».

Et, un exemple valant mieux que tous les discours, voici un extrait de Fantômes et Vivants qui parle d’un dîner chez la princesse Mathilde vers 1890 :

La princesse, à laquelle chacun s’accordait – je ne sais pourquoi – à trouver grand air, était une vieille et lourde dame, au visage impérieux plus qu’impérial, qui avait le tort de se décolleter. (…)

En dépit de Taine, Renan et Sainte-Beuve, elle était demeurée épaisse et sommaire. Je l’ai vue ne parlant plus guère, fixant sur ses invités à la ronde des yeux bovins et méfiants. (…)

L’ennui immense pleuvait du plafond sur la table chargée d’aigles, de verreries et de fleurs, sur les convives, qui peinaient pour animer ce cimetière d’une société jadis brillante, sur la maîtresse de maison déjà lointaine, sur les mollets rebondis des larbins.

On sortit de la table mortuaire, où la nourriture, je dois l’ajouter, était à la fois exécrable et parée, le poisson, sans goût ni sauce, prenant la forme d’une côtelette, et le rôti baignant sur une eau saumâtre, comme si le bœuf était demeuré toute la nuit assis dans une mare.

N’en jetez plus !

Bernard DELCORD

Souvenirs et polémiques par Léon Daudet, édition établie par Bernard Oudin, préface d’Antoine Compagnon, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mars 2015, 1 504 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)



[1] Cité par Kléber Haedens dans la préface des Souvenirs Littéraires de Léon Daudet, Grasset, coll. Poche, 1968, pp. 9 et 16.

[2] Il fut un temps étudiant en médecine.

[3] Il a fait obtenir en 1919 le Prix Goncourt à Marcel Proust (pourtant de mère juive et surtout dreyfusard) qui le lisait et est resté son ami (Proust lui a dédié Le côté de Guermantes).

30 07 15

Démons intérieurs...

Le journal d'un fou (lu par Jean Desailly).jpgConsidéré comme l'un des écrivains classiques de la littérature russe, Nicolas Gogol, à qui on doit les Nouvelles de Pétersbourg [1] (1835-1836), Le Revizor (1836), Tarass Boulba (1839) ou encore Les Âmes mortes (1842), est un prosateur, dramaturge, poète, critique littéraire et publiciste russe d'origine ukrainienne, né à Sorotchintsy (Empire russe) en 1809 et mort à Moscou en 1852.

Il a, entre autres expériences, occupé un modeste emploi dans un ministère et la fin de sa vie le vit sombrer dans une dépression profonde, aux frontières de la démence.

Dans leur excellente collection « Écoutez lire », les Éditions Gallimard ont sorti Le Journal d'un fou en CD audio, dans la version lue en 1987 par le comédien français à la grande carrière Jean Desailly [2] (1920-2008) et qui n’a pas pris une ride.

Jean Desailly.jpg

L’ouvrage de Gogol traite de la frontière incertaine entre folie et raison.

Le héros, Poprichtchine, est un misérable fonctionnaire pétersbourgeois appartenant au petit prolétariat de la bureaucratie russe, qui lutte contre la perte de son privilège d'homme et de son identité même.

Écrasé, banni de la « vraie vie », puni d'avoir rêvé, puni d'avoir aimé la fille de son supérieur, puni de n'avoir pas accepté sa case sur l'échiquier social et de s'être révolté, Poprichtchine s'enfuit par la porte du délire psychotique.

Avec le talent qu’on lui connaissait, Jean Desailly restitue d'une manière profondément intense les errances de Poprichtchine, ses délires puis son basculement dans la folie et il nous fait pénétrer dans le monde étrangement inquiétant de Gogol.

Un joli tour de force !

L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

Bernard DELCORD

Le journal d'un fou de Nicolas Gogol lu par Jean Desailly, traduit du russe par Sylvie Luneau, musique d'Isabelle Aboulker, Paris, Éditions Gallimard, collection « Écoutez lire », mai 2015, 1 CD audio sous boîtier plastifié et couverture cartonnée en couleurs au format 13,5 x 18,5 cm, durée d'écoute environ 1 heure, 8,99 € (prix France)


[1] Composées de 1. « Arabesques » : La Perspective NevskiLe Journal d'un fouLe NezLa CalècheLe Manteau. 2. « L'Apport de Rome » : Le Portrait (première version) – RomeLes Nuits de la villa.

[2] À la Comédie-Française (1942-1946), à la Compagnie Renaud-Barrault (1946-1968), au Théâtre Hébertot (1972-1975), au Théâtre Édouard VII (1976-1977), au Théâtre Marigny (1978), au Théâtre de la Madeleine (1980-2002), ainsi que dans de nombreux films et à la télévision.

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30 07 15

Au pays des cigognes...

La cuisine alsacienne .jpgConnue pour son patrimoine architectural et ses spécialités culinaires, l'Alsace est une région hautement touristique dont il est aussi possible de découvrir chez soi les incomparables saveurs par l’entremise des créations gastronomiques de Marc Haeberlin, le chef 3 étoiles de l'Auberge de l'III à Illhaeusern (département du Haut-Rhin), qui a compilé le nec plus ultra de son savoir-faire dans un recueil de 86 préparations intitulé La cuisine alsacienne – Les recettes de l’Auberge de l’Ill paru chez Flammarion à Paris.

En y partageant sur son savoir-faire familial, il décrit la meilleure façon de préparer un millefeuille à la strasbourgeoise, du bortsch, un Baeckeofe de volaille, du coq au riesling, de l’oie farcie aux fruits, du brochet au four, des noisettes d’agneau « Metternich », de la choucroute garnie, des Knepfla au fromage blanc, des Spätzle ou encore un kouglof, un diplomate au kirsch, une charlotte au pain d’épices, des pommes au tokay, un soufflé glacé au marc de gewurztraminer...

Quelle bonne région !

Bernard DELCORD

La cuisine alsacienne – Les recettes de l’Auberge de l’Ill par Marc Haeberlin, Paris, Éditions Flammarion, collection « L’échappée gourmande », octobre 2014, 158 pp. en quadrichromie au format 19,8 x 25 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,90 € (prix France)

Voici une savoureuse recette honnie, paraît-il, des Anglais qui seraient alors bien à plaindre :

Grenouilles au riesling

Pour 4 personnes

Préparation : 10 minutes

Cuisson : 15 minutes

Ingrédients :

48 cuisses de grenouilles

2 échalotes

25 cl de riesling

25 cl de bouillon de volaille

25 cl de crème liquide

Le jus d'un ½ citron

100 g de beurre

1 cuillerée à soupe de persil

1 cuillerée à soupe de ciboulette

1 cuillerée à soupe de beurre manié (10 g de beurre + 10 g de farine)

1 pointe d'ail

Sel, poivre

Recette :

Faire fondre 20 g de beurre dans une casserole et faire suer les échalotes hachées.

Ajouter les cuisses de grenouilles et mouiller avec le bouillon de volaille et le riesling.

Saler, poivrer et ajouter la pointe d'ail écrasée.

Laisser cuire à petit feu couvert durant 6 minutes.

Sortir les cuisses de grenouilles et les dresser sur un plat.

Les tenir au chaud.

Préparer le beurre manié en mélangeant rapidement beurre et farine.

Dans le fond de cuisson, ajouter 1 cuillerée à soupe de beurre manié et laisser réduire de moitié.

Ajouter ensuite la crème et le restant de beurre coupé en petits morceaux.

Remettre les grenouilles dans cette sauce.

Ajouter le jus de citron.

Rectifier l'assaisonnement.

Parsemer de la ciboulette ciselée et du persil haché.

Servir aussitôt.

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