27 12 14

Pérégrinations gourmandes...

Voyage d'un gourmet à Paris .jpgArchitecte de formation, Jean-Claude Ribaut a signé chaque semaine dans Le Monde, de 1989 à 2009, une chronique consacrée à la table et au vin.

Il a fait paraître chez Calmann-Lévy, sous le titre Voyage d’un gourmet à Paris, un récit pérégrin dans lequel il raconte l’histoire de la Ville lumière à travers ses restaurants, ses bistrots, ses lieux de délice et de convivialité, dans un esprit littéraire et flâneur, entre la nostalgie et le renouveau gastronomiques.

« Depuis deux siècles, restaurants et bistrots ont fait l'esprit et la réputation de Paris. Pour le promeneur, ils font partie du décor. Ils naissent et meurent selon l'humeur du temps ou la fortune de l'époque. Quelques-uns de ceux qui disparaissent laissent comme une trace dans la mémoire de toute une génération, une impression de membre fantôme et de fuite du temps.

Ils ont d'ailleurs, sauf exception, moins de cent ans, car la plupart des lieux de sociabilité et de plaisir sont renouvelés environ tous les demi-siècles. Les restaurants, endroits fragiles et périssables, sont des lieux de mémoire. La quête d’une bonne table est le prétexte à musarder, à aller de quartier en quartier à la recherche d’une bouffée de vie, d’une cuisine aimable, familière ou raffinée. »

De Drouant au Fouquet’s, du Carré des Feuillants au Grand Véfour, de l’Hôtel Meurice à L’Alcazar, du Harry’s Bar au Lapérouse, de chez Lasserre au Maxim’s, du Lucas Carton-Senderens à l’Atelier de Joël Robuchon, de La Rotonde à Ledoyen, du Plaza Athénée-Alain Ducasse à la Closerie des Lilas, de La Tour d’Argent à la Brasserie Lipp, du Jules Verne de la tour Eiffel au Pierre Gagnaire, du Pré Catelan au Guy Savoy, du Coq Rico au Moulin de la Galette, du Wauthier by Cagna à la Grande Cascade du bois de Boulogne en passant par quantité d’autres adresses moins en vue, mais tout aussi goûteuses, l’auteur recense l'art culinaire des principaux quartiers de la capitale française, leurs principales ressources, leurs traditions et leurs réussites, ainsi que leur histoire et leurs anecdotes savoureuses.

Un cicérone du meilleur goût !

Bernard DELCORD

Voyage d'un gourmet à Paris par Jean-Claude Ribaut, Paris, Éditions Calmann-Lévy, octobre 2014, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 € (prix France)

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26 12 14

Avant qu’on dévalue la Monnaie !

Carnets d'Opéra.jpg

Portraitiste et aquarelliste amateur, Pierre Battard est l’auteur d’un fort beau livre de dessins commentés intitulé Carnets d'Opéra – Regards amoureux dans la Monnaie,paru à Ville-Pommerœul aux Éditions Sovilyx, qui emmène le lecteur à la découverte des métiers qui, dans les coulisses, font du Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles l’une des plus prestigieuses maisons lyriques d’Europe.

On y découvre combien la préparation d’un spectacle – en l’occurrence, Manon Lescaut –est redevable au travail de menuisiers, de ferronniers, de peintres et décorateurs, d’éclairagistes, de costumiers, de chausseurs, de couturières, de décorateurs d’accessoires, de modistes, d’habilleuses, de maquilleuses, de coiffeurs, de preneurs de son et d’image, de musicologues, de dramaturges, de dessinateurs, mais aussi de la direction des publics, de la promotion et du marketing, de la responsable de production, du chef d’orchestre et de ses coordinateurs, du personnel de salle, des musiciens, du chef des chœurs, des choristes, de la direction financière, du directeur général…

On suit les premières répétitions, puis celles avec piano, celles avec orchestre, l’italienne, la pré-générale, la générale et la représentation…

Paraissant à l’heure d’une annonce des coupes sombres dans les budgets de la Monnaie, cet ouvrage risque hélas, d’avoir un côté vintage bien involontaire.

Une raison de plus pour intéresser les amateurs de bel canto !

Bernard DELCORD

Carnets d'Opéra – Regards amoureux dans la Monnaie par Pierre Battard, Ville-Pommerœul, Éditions Sovilyx, novembre 2014, 94 pp. en quadrichromie au format 21 x 29,7 cm à l’italienne sous couverture cartonnée en couleurs, 45 €

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26 12 14

Traditions et modernité…

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L'Inno au cœur des Belges paru aux Éditions Soliflor à Bruxelles sous la plume de la journaliste Pénélope Lebeau et de l’historien Pierre Danel retrace depuis sa fondation en octobre 1897 l'aventure mouvementée, heureuse et parfois dramatique – le tragique incendie du 22 mai 1967 est demeuré dans toutes les mémoires – du grand magasin bruxellois L'Innovation, ainsi que celle de ses fondateurs (les Alsaciens Paul, Salomon et Mathieu Meyer et leur associé Julien Bernheim), de ses dirigeants successifs et de ses travailleurs.

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 Affiche pour l’ouverture des nouveaux locaux de la rue Neuve en 1903.

Émaillé de témoignages d'anciens membres du personnel et de personnalités comme Marc Eyskens, Jacqueline Bir ou le Grand Jojo et de bien jolis dessins de Solène Debiès, ce fort beau livre est riche d’une iconographie exceptionnelle rappelant combien l’entreprise de la rue Neuve (qui essaima très rapidement sur tout le territoire belge et a donné naissance à l’actuelle chaîne des Galeria Inno) fut une place-to-be de la capitale.

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    On y voit par exemple la Reine Élisabeth inaugurant les « Journées du Livre belge » en 1958 (douze ans avant la naissance de la Foire du Livre en 1970), Dario Moreno, Henri Salvador, Petula Clark ou Salvatore Adamo venus présenter leur dernier disque, Dalida saluant ses fans avant un concert donné à l'Ancienne Belgique toute proche, ou encore Lady Diana lors de son unique voyage officiel en Belgique… voisinant avec des gravures de mode de la Belle Époque, des affiches colorées des années folles, des annonces imaginées par Hergé, Philippe Geluck ou François Schuiten, ou encore les premiers comics du dessinateur de Bob et Bobette, Willy Vandersteen, mettant en scène Kitty Inno, une jeune héroïne née dans le journal de l'entreprise durant les années 1940.

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Et, bien entendu, les auteurs ouvrent aussi leur propos sur les développements au XXIe siècle de cette maison pérenne toujours à la pointe de… l’innovation !

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Bernard DELCORD

L'Inno au cœur des Belges par Pénélope Lebeau et Pierre Danel, illustrations de Solène Debiès, Bruxelles, Éditions Soliflor, décembre 2014, 202 pp. en quadrichromie au format 22 x 22 cm sous couverture cartonnée en couleur, 30 € (existe aussi en néerlandais, sous le titre Inno in het hart van de Belgen)

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16 12 14

Un livre iconoclaste et totalement original…

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre.jpgShani Boianjiu est née en 1987 à Jérusalem et elle a grandi en Galilée, dans le village de Kfar Vradim, proche des frontières syrienne et libanaise. Après deux ans dans l’armée israélienne, elle a étudié à Harvard dont elle est sortie diplômée en 2011.

Son premier roman, paru en langue anglaise et dont la traduction française est sortie à Paris sous le titre Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre chez Robert Laffont, dans la collection « Pavillons » codirigée par Jean-Claude Zylberstein – qui, une fois de plus, aura eu le nez creux –, constitue un véritable coup de poing littéraire et sociologique, propre à remettre quelques pendules à l’heure, s’agissant de la nature même de Tsahal et de ses jeunes recrues, et à stupéfier les amateurs de formes d’expression littéraire novatrices.

En voici le pitch :

« Camarades de classe depuis l’école primaire, Yaël, Avishag et Léa sont de jeunes Israéliennes fantasques qui se réfugient souvent dans leurs mondes imaginaires pour tenter d’oublier qu’elles s’ennuient à mourir dans le village isolé où elles habitent. Une adolescence ordinaire, mais dans un lieu et à une époque qui sont loin de l’être. À la fin de leurs études secondaires, elles sont incorporées dans l’armée et effectuent pendant deux ans leur service militaire.

Sarcastique et autoritaire, Léa se retrouve postée à un checkpoint en Cisjordanie, tandis que la sombre Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et que Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Leur insouciance, leur soif de vivre, leurs corps désirants contrastent de façon saisissante avec le monde confiné, monotone, répétitif et brutal de l’armée où elles sont confrontées à toute la violence d’un pays en guerre et en état d’alerte permanent.

Léa, Avishag et Yaël racontent avec désinvolture et détachement les expériences parfois épouvantables qu’elles traversent et se distraient en s’adonnant à des jeux puérils, mais dangereux, ou en créant des mondes oniriques qui virent parfois au cauchemar. Et, lors de leur retour à la vie civile, on comprend l’impact délétère que cette parenthèse a eu sur leur vie d’adulte : dépressives, inadaptées ou sans perspective d’avenir dans leur travail, elles se retrouvent à vendre des sandwichs ou à faire le vigile dans un aéroport, quand elles n’infligent pas des sévices à des hommes qu’elles séquestrent… Portrait implacable d’une génération perturbée par cet univers troublé où la violence et la peur sont omniprésentes, ce roman initiatique met en lumière toute la difficulté d’être jeune et de forger son identité en Israël. »

Nous insisterons pour notre part sur la grande qualité littéraire de l’ouvrage, dont la forme novatrice dans l’expression du détachement et de la déréliction fait montre d’un talent aussi indiscutable que surprenant…

Une auteure à suivre, donc !

Bernard DELCORD

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre par Shani Boianjiu, traduit de l’anglais par Annick Le Goyat, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Pavillons » dirigée par Maggie Doyle et Jean-Claude Zylberstein, août 2014, 321 pp. en noir et blanc au format 13,9 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)

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16 12 14

Simenon sans Maigret…

Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) par Georges Simenon.jpgGeorges Simenon (1903-1989) est l’écrivain belge et le quatrième auteur francophone le plus traduit dans le monde. Né à Liège, il débuta très jeune dans le journalisme (à La Gazette de Liége, comme on l’orthographiait à l’époque) et, sous divers pseudonymes, il fit ses armes en publiant un nombre incroyable de romans « populaires ».

Dès 1931, il crée sous son nom le personnage du commissaire Maigret, devenu mondialement célèbre, et toujours au premier rang de la mythologie du roman policier.

Simenon rencontre immédiatement le succès, et le cinéma s'intéresse dès le début à son œuvre. Ses romans ont été adaptés à travers le monde en plus de 70 films, pour le cinéma, et plus de 350 films de télévision. Il écrivit sous son propre nom 192 romans, dont 75 Maigret et 117 autres qu'il appelait ses « romans durs », d'innombrables nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages.

Insatiable voyageur, il fut membre de l'Académie royale de Belgique du 10 novembre 1951 au 4 septembre 1989, au siège 26 où lui succéda le grand sinologue belge Simon Leys.

Les Éditions Omnibus à Paris ont publié ces jours-ci, sous la houlette de Jean-Baptiste Baronian [1], ancien éditeur chez Marabout à la grande époque, critique littéraire, écrivain, biographe remarqué (de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, entre autres), président des Amis de Georges Simenon, deux volumes intitulés Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) et Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) regroupant, classées par ordre d'écriture, l'ensemble des 137 nouvelles sans Maigret – elles ne sont d’ailleurs pas toutes policières –publiées sous son nom par Georges Simenon et qui parurent dans la presse, avant d’être reprises dans des recueils – ou pas.

Chaque nouvelle est accompagnée d'une notice bibliographique et d’un coup de projecteur biographique qui éclaire, année après année, la vie et la production de Simenon, offrant ainsi une perspective intéressante sur les sources de son inspiration.

Insistons sur l’importance de cette publication, dans la mesure où les talents de nouvelliste de Georges Simenon sont aujourd’hui largement méconnus, y compris par bien des spécialistes de son œuvre.

Quant aux dilettantes comme nous, ils se régaleront de la diversité des thèmes abordés dans ces short stories et de la manière passionnante dont ils y sont traités.

Avec un génie certain du récit…

Bernard DELCORD

Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) et Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) par Georges Simenon, présentation de Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Omnibus, août 2014, 1216 pp. et 1312 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € chacun (prix France)

Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) par Georges Simenon.jpg


[1] Que nous tenons à remercier pour avoir fourni la matière constitutive de la présente recension.

14 12 14

Un Bescherelle indispensable…

Bescherelle -L'art de briller en société.jpgEn 1842, avec son frère Henri (1804-1887), Louis-Nicolas Bescherelle, dit « Bescherelle l'aîné » (1802-1883) publia Le Véritable Manuel des conjugaisons ou la science des conjugaisons mise à la portée de tout le monde, devenu l’immense best-seller qui fit la fortune et la pérennité des Éditions Hatier à Paris sous le titre La conjugaison pour tous – et L’art de conjuguer au Canada –, un ouvrage pédagogique que tout le monde francophone ou presque a eu entre les mains et conserve précieusement dans sa bibliothèque.

Le succès engendrant le succès, une collection naquit par la suite, riche de titres variés (La grammaire pour tous, L’orthographe pour tous, Le vocabulaire pour tous, L’anglais pour tous, L’allemand pour tous, L’espagnol pour tous, L’italien pour tous, Le chinois pour tous, Les verbes portugais, Les verbes arabes, La grammaire du latin, Le néerlandais pratique ainsi qu’un dictionnaire des synonymes français pour PC et même une Chronologie de l’histoire de France et une Chronologie de la littérature française…) complétés de cahiers d’exercices en tout genre.

Ce que l’on sait moins – et c’est un euphémisme –, c’est que Louis-Nicolas Bescherelle est aussi l’auteur d’un vade-mecum intitulé L'art de briller en société et de se conduire dans toutes les circonstances de la vie, un « manuel de bienséance axé sur la maîtrise de la conversation » n’ayant guère pris de rides qui vient de reparaître chez Flammarion, excellemment présenté par Pierre Assouline.

Considérant que « la nature, qui nous a faits sociables, a donné à tous les hommes la possibilité d’être agréables en société, si elle n’a pas donné à tous le talent de briller », l’auteur y fait, sous la forme d’un abécédaire qui court d’abandon à yeux, le point sur le contenu et la forme de tous les types de conversation possibles.

Un point qu’il accompagne, selon le cas, de conseils sagaces, de considérations savantes ou de remarques frappées au coin du bon sens (notamment sur les absents, les affaires, les banalités, la beauté, les blasphèmes, les citations, les comparaisons, l’usage des cure-dents, la curiosité, les égards, l’exagération, les expressions basses et indécentes, les inconvenances, les infirmités, la lecture, l’emploi des mains, le maintien, la pédanterie, le persiflage, la politesse, la plaisanterie, le recours aux proverbes, la pruderie, les railleries, le rire, le silence, les subtilités, les sujets frivoles, le tête-à-tête, l’art de porter un toast, la vanité, la volubilité voire la façon de consommer le vin de Champagne…)

Un texte hautement civilisé dont nos contemporains feraient bien de prendre de la graine au vu de la déréliction de leurs mœurs oratoires, que ce soit dans les débats politiques, journalistiques, artistiques ou domestiques – sans parler de la bouillie servie par les radios et les télévisions, dans les émissions de télé-réalité notamment, si prisées par la jeunesse actuelle et où les borborygmes font la loi…

Non, mais allo, quoi…

Bernard DELCORD

L'art de briller en société et de se conduire dans toutes les circonstances de la vie par Louis-Nicolas Bescherelle, présentation de Pierre Assouline, Paris, Éditions Flammarion, collection « GF littérature », novembre 2014, 431 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 8 € (prix France)

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09 12 14

Nihil novi sub sole…

La Salle des profs.jpgParue chez Jacques Antoine en 1983 puis traduite et jouée en néerlandais, en italien et en espagnol, la pièce de théâtre de Liliane Wouters (née en 1930, elle est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et de l'Académie européenne de poésie) intitulée La Salle des profs reparaît fort opportunément dans la collection nationale belge « Espace Nord » en ces temps de déréliction scolaire, éducative et pédagogique.

On y suit les conversations à la salle des profs de cinq instituteurs et institutrices, jeunes et pleins d’idéal ou en bout de course et désillusionnés, dans lesquelles il est question de la pluie et du beau temps, du goût du café et des vacances, des bulletins et la discipline, du pouvoir organisateur et du directeur d’établissement, des parents et des élèves, de l’action syndicale et des voyages scolaires, des réformes pédagogiques et de l’amour ou du désamour du métier…

Mais que l’on ne s’y trompe pas : derrière le style vif et humoristique de l’auteure, la satire est forte, d’une situation générale dans les écoles qui mènera le plus enthousiaste des protagonistes (un jeune instit débutant) à remettre sa démission et, complètement dégoûté par les conditions de travail qui lui sont faites autant que par l’observation de ce que sont devenus ses collègues au fil des ans, à quitter sans retour la profession pour laquelle il avait pourtant une authentique vocation.

Rien de nouveau sous le soleil, donc. Sauf qu’en trente ans, la situation a encore empiré, la société tout entière ayant continué à se voiler la face et les politiciens ayant insidieusement transformé les parents et les élèves en consommateurs d’écoles…

Un ouvrage à faire lire impérativement dans les écoles normales et les facultés de pédagogie un peu partout en Occident !

Bernard DELCORD

La Salle des profs par Liliane Wouters, préface de Claude Javeau, postface d’Adolphe Nysenholc, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2014, 157 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 €

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08 12 14

Le « prince de la nuit et des angoisses »

Lou Reed. On the Wild Side.jpgRévélé par le Velvet Underground, groupe emblématique des années 1960 dont il a composé la majorité des titres, et après avoir également mené une brillante carrière solo, Lou Reed, né à New York le 2 mars 1942 et y décédé le 27 octobre 2013, était l'un des plus grands compositeurs de rock du XXe siècle

Laurent Rieppi lui a consacré récemment, parue à la Renaissance du livre à Waterloo, une biographie discographique intitulée Lou Reed. On the Wild Side qui retrace la genèse de chacun de ses albums, du premier opus du Velvet Underground en 1967 à la sortie de Lulu en 2011, composé avec le groupe Metallica.

L’ouvrage fourmille d’anecdotes et de témoignages exclusifs de proches collaborateurs de l’artiste (musiciens, producteurs, ingénieurs du son...) qui montrent un homme strict et exigeant avec ses musiciens, mais aussi très généreux et capable d'ouvrir son cœur.

L’auteur raconte l’histoire du « prince de la nuit et des angoisses », comme l'appelait Andy Warhol, à travers sa musique et ses textes qui lui permettent de décrire ses amours, ses joies, ses déceptions, ses blessures, ses combats, tout comme sa passion irrépressible pour la guitare et le rock'n'roll.

Un livre qui dépote !

Bernard DELCORD

Lou Reed. On the Wild Side par Laurent Rieppi, Waterloo, Éditions de la Renaissance du livre, octobre 2014, 192 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 €

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08 12 14

Un grand maître de la musique…

Musiciens d'autrefois par Romain Rolland.jpgAmi de Richard Strauss, agrégé d’histoire et Prix Nobel de littérature en 1915 pour son immense Jean-Christophe en dix volumes, connu par ailleurs pour son œuvre plus qu’abondante et ses débats avec Sigmund Freud, Herman Hesse et Stefan Zweig, l’écrivain pacifiste français Romain Rolland (1866-1944) était aussi un grand connaisseur de la musique occidentale et de ses artistes – il fut le biographe de Beethoven (en 1903), de Haendel (en 1910), entre autres.

On doit par ailleurs à cet ancien élève de l'École normale supérieure Les Origines du théâtre lyrique moderne (1895), une thèse de doctorat érudite récompensée par un prix de l'Académie française publiée ensuite sous le titre Histoire de l'opéra avant Lully et Scarlatti, ou encore Musiciens d'aujourd'hui (1908), ainsi qu’un époustouflant Musiciens d’autrefois paru en 1908 et dans une version définitive en 1924.

Par cette expression, Romain Rolland désigne la culture musicale précédant le romantisme triomphant de son temps, c'est-à-dire pour l'essentiel la musique italienne des XVIIe et XVIIIe siècles et son importation en France, plus précisément l'histoire de l'évolution des formes dramatiques sur près de deux siècles.

C’est la version de 1924 que les Éditions Actes Sud en Arles ont ressortie ces jours-ci, dans laquelle il traite de l’opéra avant l'opéra, de L'Orfeo de Luigi Rossi, de Lully, de Gluck, de Grétry et de Mozart d’après ses lettres, avec un profond souci de la précision historique et une grande acuité de jugement.

De nombreuses données y sont réunies, d'autant plus intéressantes que certaines des questions soulevées et des observations de l'auteur n'ont rien perdu de leur actualité.

Passionnant !

Bernard DELCORD

Musiciens d'autrefois par Romain Rolland, préface de Gilles Cantagrel, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Musique », novembre 2014, 286 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)

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06 12 14

« Cléopold » dans tous ses États…

Léopold II – Caricatures d'un roi.jpg

Collectionneur passionné, Éric Van den Abeele est l’arrière-arrière-petit-fils de Jules Thiriar, médecin du roi Léopold II de Belgique (1835-1909), de son épouse, la reine Marie-Henriette, et de leur fille, la princesse Clémentine. Il est également maître de conférences à l’Université de Mons-Hainaut et chargé d’enseignement à l’IHECS.

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 Carte postale signée Espinasse, ca 1902, à propos de la liaison du roi avec la danseuse Cléo de Mérode.. Les caricaturistes parisiens aimaient, en plus de se moquer ouvertement de Léopold II, railler le parler bruxellois.

Parti d’une trentaine de documents hérités de son trisaïeul, l’auteur a rassemblé dans Léopold II – Caricatures d’un roi, un fort beau livre paru aux Éditions Luc Pire à Liège, une remarquable sélection de nombreuses affiches, cartes postales, dessins de presse et photos d’objets datant de 1865 à 1909 par laquelle il aborde la vie du souverain belge en huit chapitres aux titres révélateurs.[1]

Ces nombreuses archives, rares et souvent inédites, constituent un véritable florilège représentatif de l’art de la caricature au XIXe siècle, une époque où les dessinateurs de presse, déjà, n’hésitaient pas à traiter les sujets d’actualité dans des portraits critiques, moqueurs et souvent cinglants.

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Carte postale anonyme montrant le ministre français de la Marine, Camille Pelletan, Yvette Guilbert, Léopold II et Cléo de Mérode exécutant le cake-walk, une danse populaire venue de Virginie (USA), imitant avec ironie l’attitude des Blancs se rendant au bal.

 Il est vrai que la vie quelque peu dissolue et menée sur un grand pied à Paris par le souverain fortuné de ce qui était alors, bien que minuscule, l’un des pays les plus riches du monde (à cette époque, le PIB de la Wallonie excédait celui des États-Unis – sic transit gloria mundi…) constituait un sujet en or pour les ironistes de tout poil, qui s’en sont donné à cœur joie à propos de ses maîtresses en vue (Cléo de Mérode, la baronne de Vaughan…) ou pas, de ses réparties subtiles et mordantes, de ses automobiles rutilantes, de sa table ouverte chez Maxim’s et dans les théâtres montmartrois, de sa barbe imposante, de ses chapeaux buses, de ses cigares de luxe, de son monocle, de son Congo personnel, de son héritage mirobolant disputé à son décès par ses filles...

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Un album qui, allez savoir, n’aurait peut-être pas déplu à ce grand prince ironique et joyeux qui n’en faisait qu’à sa  tête couronnée !

Bernard DELCORD

Léopold II – Caricatures d'un roi par Éric Van den Abeele, dédicace de Pierre Kroll, Liège, Éditions Luc Pire, novembre 2014, 160 pp. en quadrichromie au format 24 x 28,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29 €


[1] Portraits de Léopold II ; Léopold II dans son royaume ; Léopold II et ses pairs ; Léopold II et le Congo ; Amours et frasques royales ; Léopold II et les automobiles ; Léopold II dans la publicité ; La mort de Léopold II.

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