05 12 14

L’art de flanquer la frousse

Histoires singulières.jpgL’écrivain Jean Muno, de son vrai nom Robert Burniaux – il était le fils d’un autre homme de lettres de grand talent, injustement oublié : Constant Burniaux [1] –, est né en 1924 et mort en 1988 à Bruxelles. Romancier, nouvelliste et essayiste, il fut également enseignant à l'Athénée royal de Gand puis à l'École normale Charles Buls à Bruxelles où il fit toute sa carrière.

Son remarquable recueil de dix nouvelles, intitulé Histoires singulières et que les Éditions Espace Nord à Bruxelles ont eu l’excellente idée de faire reparaître ces jours-ci, a obtenu le prix Rossel en 1979.

Jouant sur les différentes facettes du fantastique, Jean Muno y aborde successivement des thèmes classiques (les revenants, la peur, la dépossession de soi, la folie, l’altérité, le vampirisme, la mort…) avec une maestria formidable dans des récits faisant éclore l'insolite au sein du quotidien le plus convenu et où l’on trouve une goule qui se noie, un gant vivant érotisé, une digue qui s'efface, un historien buveur de sang, un ancien condisciple rondouillard revenu de la mort pour dénoncer son propre assassinat, un majordome qui singe à outrance le défunt maître de maison, une gélatine inconnue où se baigne nu le voisinage...

Car, pour l’auteur, « le monde est peuplé de crimes inaccomplis, infiniment recommencés, fantômes sans repos qui errent dans les replis de la solitude, dans la mémoire aigrie des vieilles gens, parmi les ruines, les criaillements livides des corneilles, au fond des gouffres que survolent silencieusement les rapaces. Histoires crochues, histoires vampires. »

Ajoutons que la technique du récit est parfaitement maîtrisée, que l’humour et l’ironie sont omniprésents, que la langue française est bellement exploitée et que l’on frissonne délicieusement à chacune des pages de cette anthologie du genre si cher aux grands écrivains belges.

Un maître ouvrage !

Bernard DELCORD

Histoires singulières par Jean Muno, postface de Thomas Vandormael, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2014, 233 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €


[1] 1892-1975. Il rédigea notamment plus de trente romans qui témoignent de sa maîtrise dans le court récit comme dans la narration de longue haleine. Certains d'entre eux ont pour thème son expérience d'instituteur dans une école du quartier populaire de la rue Haute à Bruxelles, où lui fut confiée, entre 1912 et 1924 avec interruption durant la Grande Guerre où il fut au cœur des combats, la charge d'une classe d'enfants handicapés mentaux, aux tendances caractérielles : La Bêtise, édité en 1925 chez Rieder à Paris, Crânes tondus (1930), et les récits de L'Aquarium (1933). Ils relatent sa vie quotidienne auprès d'enfants en difficulté, dont il brosse des portraits à la fois sensibles et tragiques. (Source : Académie royale de Belgique dont Constant Burniaux fut membre belge littéraire du 22 décembre 1945 au 9 février 1975.)

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01 12 14

L’origine du monde…

La chair interdite.jpgAuteure de films documentaires culturels et animatrice d’émissions dédiées à l’histoire, Diane Ducret est écrivain et essayiste. En 2011, elle publie son premier livre, Femmes de dictateur (aux Éditions Perrin), best-seller en France, en Russie, en Pologne, en Turquie… et traduit dans dix-huit langues.

Elle revient en ce moment sur le devant de la scène éditoriale, chez Albin Michel cette fois, avec La chair interdite, un brillant et pétillant essai racontant le sexe féminin dans tous ses états.

« Chair interdite depuis la naissance de la civilisation, le sexe des femmes nourrit les peurs des hommes, leur fournit plaisir et naissance, attise le désir autant que la haine. Tantôt exilé, maudit, conspué ou consacré, mutilé autant qu’embrassé, il aura toujours quelque chose à se reprocher. Il a dicté ses lois et ses désirs à l’histoire de l’humanité. Quand bien même certains hommes, certaines politiques ou religions tentaient de lui prescrire leurs volontés, leurs fantasmes, leurs interdits. »

Des sulfureuses déesses antiques à la découverte du point G sous la menace des nazis, des malheurs de Voltaire face aux ceintures de chasteté à la création de Playboy en passant par l'identification du plaisir clitoridien à Crémone en 1516 et les clitoridectomies qui s'ensuivront, le sexe imberbe de Kiki de Montparnasse, la tonte des femmes à la Libération ou les « maux de gorge » de Linda Lovelace, l’auteure, sur un ton parfois cru mais toujours passionnant, chante la saga troublante de cette « énigme physique », source de séduction et d’effroi.

Le sommaire du livre fait entendre le ton très personnel d’une jeune femme « venue au monde tandis que Simone de Beauvoir s’éteignait […] persuadée que toutes les représentantes de ce sexe naissaient, comme moi, libres et égales en droits ou presque » :

Première partie

DIVIN ABYSSE

1. Deux siècles moins le quart avant Jésus-Christ

2. La pucelle à l’oreille

3. Colomb n’a pas découvert que l’Amérique

4. La révolution sans culottes

 

Deuxième partie

INDOMPTABLE ORGANE

5. La guerre des boutons de rose

6. Kâma-Sûtra royal pour Victoria

7. Des poilus aux poilues

8. Les suffragettes s’en tamponnent

9. Le petit caporal de Marie Bonaparte

10. Les aiguilles de Cherbourg

11. Demain on rase gratis

12. Les jolies décolonisations de vacances

 

Troisième partie

DIFFICILE LIBERTÉ

13. Le point de non-retour

14. Belles plantes carnivores

15. Gorges chaudes pour guerre froide

16. Guerres pubiennes en Occident

17. Les tribulations d’un sexe chinois en Chine

18. Saigneurs de guerre

19. Chair et paix

 

Un livre à mettre entre les mains de tous les hommes !

Bernard DELCORD

La chair interdite par Diane Ducret, Paris, Éditions Albin Michel, octobre 2014, 365 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)

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01 12 14

Caricoles, bloempanch et Cie

Sociologie de la bruxellitude.jpgInventoriant les « chochetés » [1] si chères au folklore de la capitale belge, l’ouvrage de l’historienne Louise-Marie Libert paru chez 180° éditions sous le titre Sociologie de la bruxellitude est tout bonnement réjouissant, parce qu’il ranime la flamme d’institutions aussi vénérables que

– L’Ordre du Faro

– La Confrérie des Compagnons du Witloof

– La Confrérie des Kuulkappers de Saint-Gilles

– Les Confrères d’Eggevoort-en-Etterbeek

– L’Ordre de la Caricole de Bruxelles

– La Confrérie des Chevaliers de Saint-Michel

– La Confrérie de la Gaufre de Bruxelles

– L’Ordre du Bloempanch

– La Confrérie des Kiekefretters

– La Confrérie des Hommes-Oiseaux

– L’Ordre de la Griotte de Schaerbeek

– L’Ordre du Pavé du Comté de Jette

– Ettekeisfretters B.O.E.F

– Les Amis de Manneken-Pis

– Les Communes libres

– Le Meyboom

– L’Ommegang

– Les Arbalétriers

– Les Neuf Nations 1421

– La Confrérie des Compagnons de Saint-Guidon et de Notre-Dame de Grâce

– Les Volontaires de 1830

– Orde van de Brusselse Moestaje

– Les Joyeux adeptes de la Mijole

– Les Chasseurs de Prinkères d’Uccle

– Le Conservatoire Africain

– Le Théâtre Royal de Toone.

« Modestement, écrit l’auteure, notre but est de tenter de cerner la “bruxellitude”, la spécificité de la ville, par le biais et l’approche de la vie des “chochetés”, ces sociétés, associations et confréries qui font vivre Bruxelles.

Les unes, gastronomiques, tentent de remettre au goût du jour des produits du terroir en passe d’être oubliés ; les autres, folkloriques, rappellent à nos mémoires des coutumes et des traditions que le monde moderne menace d’obsolescence. Il y a aussi celles, héritières de faits historiques ou légendaires, dont le but est d’animer les rues de Bruxelles par des manifestations ressuscitant les fastes d’une ville riche de petites histoires et de grande Histoire. »

Chacune d’entre elles est décrite avec science, précision, enthousiasme…

Et un zeste de « zwanze », bien entendu !

Bernard DELCORD

Sociologie de la bruxellitude par Louise-Marie Libert, Bruxelles, 180° éditions, novembre 2014, 236 pp. en noir et blanc au format 13 x 22 cm sous couverture brochée en bichromie, 17 €


[1] Prononciation populaire bruxelloise du mot « sociétés »…

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30 11 14

À consulter en permanence…

Le Petit Larousse des vins.jpgLa nouvelle édition (la première date de 2007) du Petit Larousse des vins s’est donné la triple mission de faire connaître l’univers du vin à ses lecteurs, de leur en apprendre l’art de la dégustation et de les mener à la découverte de tous les vignobles de France et du monde.

Un vaste objectif qu’il atteint pleinement au moyen d’une partie pratique (comment choisir, reconnaître et servir le vin ; le vin sous différents angles : les styles, l'accord avec les mets, l'achat, la constitution d'une cave, mais aussi l'élaboration de ce breuvage, ses cépages, le travail dans la vigne, sans oublier l'art de la dégustation et son vocabulaire particulier) et d’une partie encyclopédique (toutes les grandes régions viticoles d'Europe et du monde classées par pays et présentant, pour chaque vignoble, un trait d'histoire, les caractéristiques, les cépages, les styles de vin, les facteurs de qualité, les classifications et les producteurs les plus significatifs), le tout accompagné d’un hors-texte en couleur fournissant les cartes viticoles, d’un tableau des millésimes, d’un glossaire, d’un index général et d’un index des cépages.

Un outil indispensable pour œnologues amateurs ou avertis !

Bernard DELCORD

Le Petit Larousse des vins, Paris, Éditions Larousse, août 2014, 944 pp. en bichromie et un cahier de 32 pp. en quadrichromie au format 13 x 19 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,90 € (prix France)

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30 11 14

Les havres du bonheur…

Les jardins préférés des Français jpg.jpgIllustré de photographies somptueuses, le splendide album de Stéphane Bern intitulé Les jardins préférés des Français paru chez Flammarion à Paris emmène le lecteur, région par région, à la découverte des plus beaux jardins privés de l’Hexagone, dans une merveilleuse débauche de roseraies luxuriantes, d’arbres vénérables, de jardins de buis taillés à la française, d’allées gazonnées, de pergolas fleuries, de portes végétales aux accents romantiques, de kiosques au soleil, de massifs colorés, d’escaliers de verdure, de jardins zen, de plantations aromatiques et tinctoriales, de ruisseaux pétillants, de fontaines vivaces, de bassins exubérants et d’herbes en folie...

Fruits de l'imagination de propriétaires passionnés, ces édens patiemment composés au fil des ans sont accessibles au public et ils constituent pour les amateurs de clématites, de seringats, de glycines, de nymphéas, de pavots d’Orient et autres inflorescences multicolores une magnifique source d'inspiration pour aménager son propre écrin de verdure.

L’ouvrage se clôt par un carnet d'adresses qui permettra à chacun d'organiser à la belle saison la visite de ses jardins préférés.

Un pur ravissement !

Bernard DELCORD

Les jardins préférés des Français par Stéphane Bern, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2014, 256 pp. en quadrichromie au format 25,3 x 31,7 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 29,90 € (prix France)

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30 11 14

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » (Charles Baudelaire)

Le Larousse des poissons, coquillages et crustacés.jpgAncien chef étoilé du restaurant qui portait son nom, Jacques Le Divellec est maintenant consultant dans le milieu de la gastronomie. Son credo : une cuisine simple et savoureuse où le poisson et les fruits de mer sont à l'honneur.

Dans son Larousse des poissons, coquillages et crustacés, il propose plus de 400 recettes pour cuisiner tous les poissons de mer ou d'eau douce, les coquillages, les crustacés, les mollusques, et même les algues et les plantes marines.

Avec lui, on apprendra à les choisir, à les préparer, à maîtriser tous les modes de cuisson : pochage, braisage, à la vapeur, en papillote, en marinade, au wok, et, au moyen de pas-à-pas photographiques, on acquerra les gestes indispensables pour ébarber, écailler, vider, découper, lever des filets, habiller ou farcir un poisson et pour ouvrir et nettoyer des coquilles, une palourde, une praire, une huître, un oursin, une seiche, un calmar, un crabe ou un homard cuit….

Les préparations de base nécessaires aux recettes de l'ouvrage (fumets, courts-bouillons, nages, panures, beurres composés et autres sauces froides ou chaudes) sont également expliquées.

De plus, un dictionnaire des 110 produits de la mer utilisés dans les recettes précise les caractéristiques nutritionnelles et diététiques de chacun d’entre eux. Les types et techniques de pêche sont aussi présentés, ainsi qu'un tableau portant sur la saisonnalité des poissons et des fruits de mer.

Tout le bon des océans et des rivières !

Bernard DELCORD

Le Larousse des poissons, coquillages et crustacés par Jacques Le Divellec, Paris, Éditions Larousse, octobre 2014, 384 pp. en quadrichromie au format 20 x 26,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil maritime la recette festive suivante :

Coquilles Saint-Jacques en verdure

Pour 4 personnes

Préparation : 20 minutes

Cuisson : 10 à 15 minutes

Ingrédients :

16 coquilles Saint-Jacques

500 g de jeunes pousses d'épinard

1 bouquet d'estragon

1 bouquet de coriandre fraîche

1 bouquet de cerfeuil

1 bouquet de persil plat

80 g de beurre

Sel, poivre du moulin

Recette :

Demandez au poissonnier de décoquiller les coquilles Saint-Jacques.

Préchauffez le four à 210 °C (thermostat 7).

Rincez les noix de Saint-Jacques à l'eau fraîche et épongez-les avec du papier absorbant.

Rincez les pousses d'épinard et équeutez-les.

Rincez les herbes et égouttez-les.

Découpez 4 grands carrés dans une feuille de papier d'aluminium ou sulfurisé.

Beurrez-les légèrement.

Répartissez les herbes mélangées en une couche épaisse et ajoutez dessus 4 Saint-Jacques par carré.

Parsemez de noisettes de beurre (20 g par carré), salez, poivrez, fermez les papillotes hermétiquement et déposez-les sur une plaque de four.

Enfournez et faites cuire pendant 10 à 15 min selon la grosseur des noix.

Ouvrez les papillotes, et servez aussitôt, avec des pois gourmands par exemple.

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30 11 14

That’s the question!

Combien reste-t-il de nuits avant Noël jpg.jpgDans Combien reste-t-il de nuits avant Noël ? paru chez Casterman et destiné aux enfants à partir de 3 ans, le scénariste britannique Mark Sperring et l’illustrateur français établi à Londres Sébastien Braun abordent de façon charmante un thème des plus classiques et néanmoins fort actuel.

En voici le pitch, aimablement fourni par l’éditeur :

« Réveille-toi, c'est Noël ! »

Petit Ours est surexcité en secouant l'épaule de Papa Grizzly encore endormi, mais une fois encore il s'est précipité trop tôt : il reste encore quatre nuits à attendre avant Noël ! Ils ont encore beaucoup de choses à faire avant le fameux jour, comme trouver un sapin, le décorer, envoyer des cartes de Noël, envelopper les cadeaux et confectionner deux bonhommes de neige devant la maison...

Évidemment, Petit Ours réveille Papa Grizzly dès le lendemain matin aux aurores. Et de même le lendemain, et le jour suivant...

Papa Grizzly tient bon, jusqu’à ce que finalement, trois, deux, un, enfin, enfin, ce soit le matin du fameux jour ! Cette fois, celui des deux qui se lève le premier n'est pas celui qu'on croit : « Pssst, pssst, réveille-toi, Petit Ours, car sais-tu quel jour on est aujourd'hui ? »

Une historiette pleine de tendresse qui ravira tous ses lecteurs, petits et grands !

Bernard DELCORD

Combien reste-t-il de nuits avant Noël ? par Mark Sperring & Sébastien Braun, traduction de Rémy Stefani, Bruxelles, Éditions Casterman, novembre 2014, 32 pp. en quadrichromie au format 27,5 x 25 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 13,95 €

30 11 14

Le nectar pour pirates…

Atlas du rhum.jpgPhotographe, collectionneur (il possède la plus grande collection de bouteilles de la planète) et amateur éclairé, l’Italien Luca Gargano est un spécialiste mondial de la boisson préférée des marins à voile.

Il est donc tout naturel qu’il ait rédigé et illustré un magnifique Atlas mondial du rhum dont la version française a paru chez Flammarion à Paris, un ouvrage dans lequel il partage ses connaissances avec enthousiasme.

Écoutons-le :

« Fruit des Caraïbes, le rhum est inévitablement lié à l'histoire et aux cultures de ces îles. Aujourd'hui associé à la fête, ce spiritueux ne saurait exister sans les hommes qui ont participé à l'émergence de ces nouvelles terres. Il n'est point de rhum sans grands découvreurs, sans esclaves, sans corsaires et flibustiers, sans prohibition, sans entrepreneurs, sans héritiers, sans passionnés. Tout comme pour les plus grands alcools, le soin apporté aux matières premières, le temps de fermentation, la distillation et le vieillissement sont indispensables pour faire naître des rhums aux arômes incomparables. »

L’auteur se livre dans son ouvrage à une présentation détaillée de toutes les distilleries des Caraïbes encore en activité (à Antigua, à la Martinique, en Guadeloupe, à Marie-Galante, à Saint-Vincent, à Sainte-Lucie, à Sainte-Croix, à la Dominique, à la Barbade, à Cuba, à Grenade, en République dominicaine, en Haïti, à la Jamaïque, à Porto Rico, à Tortola, à Trinidad…) et il fournit les clés pour apprendre à mieux connaître les différentes variantes de leurs productions.

Un beau livre qui transporte sous les alizés !

Bernard DELCORD

Atlas du rhum par Luca Gargano, traduction et adaptation d’Éric Chenebier, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2014, 224 pp. en quadrichromie au format 23,6 x 28,7 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 29,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié les quelques lignes suivantes, traitant d’un excellent rhum produit en Haïti :

Barbancourt

Originaire de Bordeaux, la famille Barbancourt s'installe en 1736 à l'Archaie, une propriété de 133 hectares. En 1862, la famille se déplace à Damien et se découvre une vocation pour la distillation. Elle procède alors selon la méthode charentaise traditionnelle.

Les deux frères, Dupré et Labbé, se séparent en 1906, le premier conservant la distillerie jusqu'à son décès, date à laquelle la société est héritée par sa femme, Nathalie Gardère, et gérée par son neveu, Paul Gardère.

C'est Jean Gardère, le fils de ce dernier, qui, en tant que Président directeur général de 1946 à 1990, se charge de développer Barbancourt dans l'immédiat après-guerre.

La renommée de la distillerie devient internationale. En 1949, la nouvelle distillerie est construite dans la plaine du Cul-de-Sac. Dans les années 1960, la Réserve du Domaine, affichant 15 ans d'âge et traditionnellement réservée à la famille, est mise sur le marché et devient instantanément une référence mondiale en termes de qualité. Parmi les bouteilles mythiques, on signale notamment le Barbancourt Réserve Veronelli, à 25 ans d'âge. En 1990, la société est reprise par le fils de Jean, Thierry Gardère. La même année, les alambics sont remplacés par un système de colonne continue.

Barbancourt est un rhum fait à partir du sirop et du jus de la canne à sucre cultivée à la plaine du Cul­de-Sac et récoltée de novembre à juin sur 600 hectares dont 120 appartiennent à la distillerie. La fermentation dure 3 jours, ce qui reste long relativement aux normes en vigueur en Martinique et en Guadeloupe. La distillation s'effectue dans des colonnes continues, dont le distillat sort à 90°.

La société produit plus de 3 millions de bouteilles par an en quatre versions : blanc, 3 étoiles, 4 ans d'âge, 5 étoiles, 8 ans d'âge et le rare Réserve du Domaine à 15 ans d'âge. Courant 2011, la société a modernisé ses étiquettes, ce qui lui a valu la colère des plus fidèles, particulièrement attachés à sa présentation traditionnelle.

Coordonnées :

16 rue Bonne Foi, boîte postale 33, Port-au-Prince

www.barbancourt.net

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29 11 14

Dans l’enfer de la rébellion muléliste

L'année du dragon.jpgDans L’année du dragon – Congo 1964 paru aux Éditions Masoin à Bruxelles, l’historien militaire flamand Eddy Hoedt –qui fut para-commando et participa aux combats– décrit, cinquante ans après les faits et heure par heure « la plus spectaculaire opération militaire belge de tous les temps » qui vit l’écrasement de la rébellion sanglante fomentée par Pierre Mulele, Christophe Gbenye et Gaston Soumialot, entre autres.

Voici ce qu’il nous en dit :

« En 1964, la crise congolaise, qui débuta en 1961, après l'assassinat du Premier ministre Patrice Lumumba, va culminer. Les rebelles, qui se nomment eux-mêmes « Simbas » (lion), occupent, sans trouver une quelconque sérieuse opposition, pratiquement un tiers du nord-est du pays. Ils tiennent également sous leur coupe à Stanleyville et à Paulis plus de 5 000 hommes, femmes et enfants, Européens, Asiatiques et Africains. Des exécutions publiques de nombreux Congolais ont lieu régulièrement.

Après que tous les efforts de négociation pour trouver une solution échouent, les puissances occidentales décident, sous la gouverne des États-Unis et de la Belgique, d'assurer une aide militaire au Congo. Cela s'élabore en faisant appel au colonel belge Vandewalle en tant que conseiller personnel du Premier ministre Tshombé.

Petit à petit, au Congo, la 5e Brigade mécanisée est sortie de terre et Vandewalle la nommera rapidement « Ommegang » par allusion au cortège médiéval et folklorique de Bruxelles en raison du caractère hétéroclite de sa composition à la fois en hommes et en matériel.

Le 1er novembre 1964, les colonnes de l'Ommegang se mettent en branle en direction de Stanleyville, où environ 1 600 Belges et non-indigènes, tout comme un nombre important d'autochtones, sont pris en otage par les Simbas. Étant donné la gravité de la situation sur place, les Américains et les Belges décident d'intervenir ensemble militairement en montant une coalition armée.

Dans la nuit du 17 novembre 1964, renforcé par des unités d'appui, le 1er Bataillon de parachutistes de Diest s'envole dans des transports de troupes américains, des C-310 Hercules, pour la base de l'île de l'Ascension. Le 21 novembre, tout le corps armé s'élance vers la base de Kamina au Congo.

De grand matin, le 24 novembre, l'opération « Dragon rouge » prend cours et le 1er Bataillon est parachuté à Stanleyville, créant la joie, mais aussi le drame auprès des otages. De fait, les Simbas rassemblent ceux-ci pour les fusiller avant leur libération et une course contre la mort se joue. Pendant ce temps, les colonnes de l'Ommegang, renforcées par des groupements de mercenaires et de gendarmes katangais, s'approchent de Stanleyville qu'ils atteindront vers midi et ils occuperont les places libérées par les parachutistes. De leur côté, ces derniers se regroupent à l'aéroport pour une nouvelle opération.

Le 26 novembre 1964 est déclenchée l'opération « Dragon noir » parachutant les hommes du 1er Bataillon sur Paulis pour libérer le plus possible de populations menacées. Ensuite, ce fut le retour en Belgique où les troupes furent accueillies en « libérateurs » par une population conquise du fait de leurs actes de bravoure.

Ce livre nous conduit d'heure en heure à travers l'évolution à la fois héroïque, complexe et tragique des événements vécus en République Démocratique du Congo, détaille les engagements et analyse les opérations militaires, grâce de nombreux témoignages recueillis auprès de soldats et d’expatriés ayant échappé à la fournaise de l'est du Congo. »

La préface de l’ouvrage a été rédigée par le baron Patrick Nothomb, qui fut consul de Belgique à Stanleyville en 1964.

Écoutons-le :

« Il ne fait aucun doute que l'opération combinée des parachutistes belges et de la colonne Vandewalle en vue de libérer les milliers d'otages européens, américains, asiatiques et africains prisonniers des Simbas fut menée de façon remarquable. D'une part, les très jeunes paras belges –membres du contingent faisant à ce moment leur service militaire– dirigés par le colonel Laurent, encadrés par une poignée de gradés d'active et largués d'avions pilotés par des militaires américains, exécutèrent parfaitement leur mission à Stanleyville, le 24 novembre 1964 (Dragon rouge), y libérant la toute grande majorité des otages dont, au moment du saut, ils ignoraient les lieux de détention dans une ville inconnue ; et qui accomplirent un exploit plus extraordinaire encore le 26 novembre à Paulis (Dragon noir) y sauvant les otages d'une mort certaine : les Simbas locaux y venaient d'apprendre ce qui s'était passé deux jours auparavant à Stanleyville et ils avaient déjà entamé le massacre systématique des étrangers qu'ils tenaient entre leurs mains.

Tout aussi remarquable fut l'action de la colonne dirigée par le colonel Vandewalle, colonne composée de militaires belges et congolais et de mercenaires de diverses nationalités, qui effectua par voie de terre une percée de 700 kilomètres en trois semaines, libérant au passage de très nombreux otages, pour atteindre Stanleyville le 24 novembre au matin, quelques heures après les parachutistes, à temps pour occuper la capitale rebelle et permettre aux otages de rejoindre l'aéroport en vue de leur évacuation. Les membres de cette colonne restèrent plusieurs mois dans l'Est et le nord-est du Congo, assurant la pacification et sauvant des centaines d'otages retenus dans des petites villes et villages isolés, et dont le cauchemar fut beaucoup plus long que celui de leurs compagnons de misère de Stanleyville et de Paulis.

L'Année du Dragon relate avec un grand luxe de détails les nombreux contacts diplomatiques entrepris par le gouvernement belge avec les dirigeants américains, et ce, dès le mois d'août 1964, en vue d'obtenir le salut des otages.

Enfermés dans la zone rebelle dont les Simbas avaient quasi complètement coupé les moyens de communication avec le reste du monde –ce qui les mit, autant que nous, dans l'ignorance presque totale de la situation prévalant hors des territoires qu'ils avaient conquis (jusqu'à 64% du gigantesque Congo !)–, nous, les otages, n'avions aucune connaissance de ces contacts. C'est ainsi que la lecture de L'Année du Dragon m'a personnellement appris à propos de ceux-ci d'innombrables éléments dont, cinquante ans après, j'ignorais encore l'existence... Il est vrai que l'histoire des événements de 1964 au Congo n'avait pas encore fait l'objet d'une étude historique en profondeur. Eddy Hoedt a donc contribué largement à combler une étonnante lacune !

La lecture de son livre m'a permis de réaliser tout le détail des efforts et démarches entrepris, dès août 1964, par Paul-Henri Spaak, alors ministre des Affaires étrangères, pour venir à notre secours. Ceux qui n'ont pas connu les événements congolais de 1960 et les condamnations internationales dont fut victime notre pays cette année-là ne peuvent mesure l'étendue du courage politique qu'il fallait à un ministre belge pour entreprendre au Congo une opération incontestablement humanitaire quatre ans plus tard seulement...

Merci donc à Paul-Henri Spaak, à son chef de cabinet Étienne Davignon, aux ambassadeurs belge Charles de Kerchove de Denterghem et américain Godley à Léopoldville, à notre conseiller politique au Congo Alfred Cahen et à tous ceux qui ne ménagèrent aucun effort pour assurer notre salut !

Merci également au Premier ministre Théo Lefèvre, qui partagea avec Paul-Henri Spaak la responsabilité politique des opérations de sauvetage des otages et à qui l'on doit (et c'est là un élément capital que m'a fait connaître le livre d'Eddy Hoedt !), grâce à son inébranlable volonté, le maintien de la superbe opération parachutiste « Dragon noir » qui sauva tant d'otages d'une exécution certaine !

Merci aussi aux paras et aux membres de la colonne Vandewalle, avec une pensée émue pour ceux d'entre eux qui perdirent la vie au cours de leurs opérations.

Je ne voudrais pas terminer cette préface sans rendre hommage au courage des milliers d'otages belges et étrangers, civils et religieux, qui vécurent dignement ces événements tragiques, et aux centaines d'entre eux qui y perdirent la vie.

Je voudrais enfin souligner que le calvaire incontestable vécu par les otages s'avéra sans le moindre doute moins atroce que celui auquel durent faire face les populations congolaises des territoires occupés hostiles aux rebelles, et qui furent tout au long de ces mois tragiques, victimes de massacres perpétrés sans la moindre discrimination. Je tiens à saluer leur courage et leur mémoire. »

Le récit d’une épopée guerrière… et humanitaire !

Bernard DELCORD

L’année du dragon – Congo 1964par Eddy Hoedt, préface de Patrick Nothomb, adaptation et traduction française par Baudouin Peeters, Bruxelles, Éditions Masoin, novembre 2014, 256 pp. en noir et blanc (+ 4 pp. de cartes en bichromie) au format 21,5 x 31,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 €

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23 11 14

Pintes de bon sang...

Les Éditions Omnibus à Paris ont inauguré par la publication simultanée de cinq livres une collection de textes humoristiques bienvenue en ces temps de morosité généralisée.

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Le premier d’entre eux, intitulé Le boudin sacré, est l’œuvre de Pierre Dac et Francis Blanche. On leur doit notamment, outre un sketch désopilant archi célèbre (Le Sâr Rabindranath Duval, 1957), un feuilleton radiophonique de légende, Signé Furax, diffusé sur les ondes d'Europe 1 à partir d'octobre 1956 et qui comprendra quatre « saisons » jusqu'en 1960. Le boudin sacré rassemble les premiers épisodes de la première saison.

En voici la trame :

On a volé l'obélisque de la Concorde, remplacé par une contrefaçon en staff. Puis c'est au tour du bronze du Lion de Belfort et des grilles de la place Stanislas, à Nancy. Et c'est signé... Furax ! La police est sur les dents et confie l'enquête aux deux détectives Black and White, qui ont déjà triomphé de l'abominable (et génial) malfaiteur dans l'affaire des Barbus.

Un sommet de jeux de mots navrants, de situations absurdes et de loufoquerie en tout genre !

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Le deuxième, sous le titre Un loufoque à Radio Londres, reproduit 49 chroniques illustrées de dessins et de caricatures rédigées par Pierre Dac qui, entre le 29 octobre 1943 et le 9 août 1945, engagé dans la Résistance gaulliste, allait fustiger avec un humour décapant, sur les ondes de la BBC et dans les pages de l’hebdomadaire France, en textes et en chansons, l’occupant nazi et ses collaborateurs français.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son humour se montrait aussi dévastateur que les V2…

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Le troisième, D’Alphonse à Allais, est une anthologie des hauts faits de l’auteur de Poil de carotte (un humoriste de choc qui vécut de 1854 à 1905) concoctée par Jean-Pierre Delaune, secrétaire général de l’Académie Alphonse Allais. Ce dernier a composé, écrit-il, « une manière de biographie sous l’angle des facéties et mystifications, racontée par lui-même et par ses contemporains » qui suit le fil chronologique, de son enfance dans la pharmacie paternelle à Honfleur jusqu’aux œuvres de la maturité, alors qu'il est un auteur reconnu et respecté.

En voici le sommaire : Premières farces – Étudiant en pharmacie – Militaire – Du Quartier Latin à Montmartre – Facéties – Cabarets et brasseries – Chez Salis et le Chat Noir – Journalisme espiègle – Jeux avec les mots – Surréalisme – Paresse – Ses contemporains – Mystifications – Inventions – Avec les politiques.

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Le quatrième, Nouvelles du Mississipi et d’ailleurs, reprend 22 histoires fantaisistes de Mark Twain (1835-1910), bien connu pour son roman Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et sa suite, Les Aventures de Huckleberry Finn (1885).

Dans ces 22 contes et nouvelles, on fera connaissance avec une grenouille de compétition, une montre hystérique, un fantôme maladroit et encombrant, une dinde facétieuse, une foule de personnages pittoresques, des situations absurdes nées de l'imagination fantaisiste de l'auteur qui prouve qu'il est, bien plus qu'un écrivain pour la jeunesse, un humoriste d'une étonnante modernité.

Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même).jpg

 Le dernier, rédigé par Olivier Talon et Gilles Vervisch et coédité avec le magazine L’Express, constitue « l’édition 2015 remastérisée » (la première version de l’ouvrage date de 2013) du Dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) rassemblant 200 vocables absents des dictionnaires et qu’on entend presque tous les jours, comme aplusse, bankable, bravitude, checker, combientième, googliser, overbooké, procrastiner, ou spoiler.

D’abracadabrantesque à zlataner, cet abécédaire aidera le lecteur à démêler le vrai du faux tout en lui offrant l'occasion d'appréhender la langue en train d'évoluer... et de comprendre le dialecte de ses propres enfants.

Cette nouvelle édition 2015 mise à jour voit disparaître les mots qui depuis 2013 ont intégré les dictionnaires et surgir d'autres mots qui ont émergé depuis, par exemple aquabiking, bashing, déjeunatoire, panthéonisable, webinaire et selfie.

Des livres qui font du bien !

Bernard DELCORD

Le boudin sacré par Pierre Dac et Francis Blanche, présentation de Jacques Pessis, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 199 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Un loufoque à Radio Londres par Pierre Dac, présentation de Jacques Pessis, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 175 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

D’Alphonse à Allais, présentation de Jean-Pierre Delaune, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 201 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Nouvelles du Mississipi et d’ailleurs par Mark Twain, traductions nouvelles ou révisées, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 197 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) par Olivier Talon et Gilles Vervisch, , Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 197 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |