28 12 14

Mort, où est ta victoire ?

On est encore aujourd'hui.jpgUne femme. Un homme. Une rencontre. La complicité autour de l’amour du cinéma. Les films. L’amitié. Le partage des idées. La compréhension de l’autre. La découverte de l’âme. La mort de l’homme. Les rituels. La tristesse. L’espoir ?

Un roman formidable !

Bernard DELCORD

On est encore aujourd'hui par Véronique Janzyk, Bruxelles, Onlit Éditions, octobre 2014, 115 pp. en noir et blanc au format 11,8 x 19,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

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28 12 14

In the mood of Maigret…

6 enquêtes de Maigret.JPGArtiste prolifique, l’illustrateur et bédéiste français Loustal excelle à reproduire graphiquement la fameuse « atmosphère Simenon » si caractéristique de l’œuvre du romancier liégeois.

Une preuve en est donnée dans 6 enquêtes de Maigret, un recueil de nouvelles publié aux Éditions Omnibus à Paris, qui regroupe des textes ponctués de dessins en noir et blanc où se retrouvent les fameuses ambiances plombées au cœur des investigations menées par l’enquêteur à la pipe.

En voici les résumés [1] :

Le client le plus obstiné du monde (1947) : Joseph, garçon au Café des Ministères, voit débarquer à huit heures dix du matin un client d'allure quelconque, mais qui va se révéler obstiné : en effet, il va rester pendant des heures assis dans le café, se contentant de consommer des cafés au lait. À trois heures de l'après-midi, il est toujours installé à la même place, et Joseph décide de faire appel à l'inspecteur Janvier.

On ne tue pas les pauvres types (1947) : L'intrigue se déroule en France, à Paris. Un jour d'été, Maigret est appelé dans un logement banal de la rue des Dames : un homme à l'allure tout ce qu'il y a de plus quelconque était en train de se déshabiller devant la fenêtre ouverte quand il a été abattu d'un coup de carabine. Pour quelle raison a-t-on bien pu tuer ce « pauvre type » qui menait une petite vie tranquille et médiocre ?

Menaces de mort (1942) : Un certain Émile Grosbois, un millionnaire enrichi dans le commerce de ferraille, a reçu des lettres de menaces de mort. Il vient demander l'aide de la PJ, et il invite Maigret à passer le week-end dans sa maison de campagne. Maigret accepte de s'occuper de l'affaire, et découvre une étrange famille : le frère jumeau de Grosbois, et ses neveux et nièces. Tous semblent bien intéressés à l'héritage de la fortune Grosbois…

6 enquêtes de Maigret (dessin).jpg 

Maigret et l'inspecteur Malgracieux (1947) : Un soir, au standard de Police-Secours, Maigret, qui attend un coup de téléphone, est venu tenir compagnie à son neveu. Une pastille s'allume sur le grand plan de Paris qui couvre tout un mur de la salle : quelqu'un vient de briser la vitre de l'appareil de secours placé à l'angle de la rue Caulaincourt et de la rue Lamarck. Or, on entend une détonation, puis une voix qui lance une injure contre la police. Maigret se souvient alors qu'un même fait s'était produit six mois plus tôt, et le commissaire, frappé de la coïncidence, se rend sur les lieux.

Le témoignage de l'enfant de chœur (1947) : L'action se déroule entièrement dans une petite ville de province. Le commissaire Maigret a été enfant de chœur. Cette expérience va lui permettre de comprendre pourquoi Justin, un jeune garçon, enfant de chœur lui aussi, s'est permis de révéler à la police l'existence d'un crime sans dire toute la vérité.

Ceux du Grand Café (1938) : Maigret, à la retraite dans sa maison de Meung-sur-Loire, est un peu désœuvré. Pour occuper ses journées, il prend l'habitude de jouer aux cartes avec les habitués du Grand-Café. L'ex-commissaire s'enlise dans sa vie de rentier, jusqu'au jour où un drame bouleverse la petite ville : un des partenaires de jeu est retrouvé au volant de sa camionnette, une balle dans la poitrine.

De la belle ouvrage dans un bien bel ouvrage !

Bernard DELCORD

6 enquêtes de Maigret illustrées par Loustal par Georges Simenon, Paris, Éditions Omnibus, août 2014, 623 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 26 € (prix France)


[1] Source : Wukipédia.

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28 12 14

A Wonderful Story!

Légendes par Brice Depasse.jpgRéalisateur et narrateur de La Story (depuis 2001) et de Pop Culture (depuis 2010), les chroniques phares qui font un tabac auprès des auditeurs de Nostalgie, Brice Depasse a, dans ce cadre, eu l’occasion de faire d’innombrables rencontres marquantes autant que passionnantes.

Désireux de les partager avec son public, il a fait paraître récemment aux Éditions Lamiroy à Bruxelles un fort sympathique ouvrage intitulé Légendes – 50 ans de Story dans lequel il mêle, de 1962 à 2014, annales d’histoire musicale et récit de vie personnelle…

Un patchwork tissé autour des Rolling Stones, des Beatles, de Walt Disney, de La Grande Vadrouille, de Jerry Lewis, des Wallace Collection, de la pochette d’Abbey Road, de David Bowie, Michel Polnareff, 10cc, Maurane, Plastic Bertrand, Lou Deprijk, Le Seigneur des Anneaux, de l’assassinat de John Lennon, des radios libres, de Michel Sardou, des Clash, d’Elton John, Gilbert Montagné, du Grand Jojo, de U2, Mylène Farmer, La Danse des Canards, Benny B, des Scorpions, de Michael Jackson, Quentin Tarentino, Patrick Bruel, Frédéric François, Eddy Mitchell, Antoine de Caunes, Jean-Pierre Castaldi, Henri Salvador, Ozark Henry, Michel Fugain, des Simple Minds, de Bob Marley, Larry Schiller, Daniel Auteuil, Sttellla, des frères Jackson, des Blues Brothers…

Brice “The Nice”, en quelque sorte !

Bernard DELCORD

Légendes – 50 ans de Story par Brice Depasse, préface de Marc Vossen, postface de Joël Habay, Bruxelles, Éditions Lamiroy, décembre 2014, 179 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 20 €

28 12 14

« Les gloires du passé ne sont vivantes que pour les pays vivants. » (Jean Jaurès)

Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains.jpgPour rédiger son Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains paru aux Éditions Favre à Lausanne qui retrace et l'étymologie et l'évolution des noms des pays africains au cours de l'histoire, le jeune chercheur Camerounais Arol Ketchiemen – il est né en 1990 – s’est livré à un travail des plus complexes, en raison de la rareté des sources fiables, de l'absence de documents anciens ou encore de la nécessité de maîtriser les différentes langues locales.

Et parce que les noms ont souvent été corrompus lors du passage de l'oral à l'écrit, il lui a fallu effectuer un retour aux sources. Pour ce faire, il a notamment consulté les carnets de bord et les récits de voyage des premiers explorateurs ayant visité l'Afrique, afin de retrouver les formes originelles sous lesquelles sont apparus certains toponymes et les premières significations qui leur ont été attribuées.

« Le nom d'un pays est comme son ADN historique, il renferme un ensemble d'informations relatif à son évolution dans l'espace et dans le temps », assure l’auteur.

De fait, on découvre avec lui qu'il y a de tout dans les étymologies des noms et surnoms de pays : mythes et mythologies, petites histoires et anecdotes, récits des unions avortées entre pays et velléités séparatistes, idéologies nationalistes, typologie des habitants qui y vivent ou y ont vécu, topographie, etc.

On y trouve donc des toponymes issus de langues locales, mais d'autres ont une origine latine, grecque, romaine, berbère ou punique.

 

Un passionnant voyage de l’Afrique du Sud au Zimbabwe en passant par l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, le Cap-Vert, la Centrafrique, les Comores, le Congo, la Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Gabon, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, le Liberia, la Libye, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Maroc, l’Île Maurice, la Mauritanie, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Rwanda, São Tomé et Príncipe, le Sénégal, les Seychelles, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, le Swaziland, la Tanzanie, le Tchad, le Togo, la Tunisie et la Zambie !

Bernard DELCORD

Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains par Arol Ketchiemen, Lausanne, Éditions Favre, septembre 2014, 315 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage remarquablement savant ces quelques lignes relatives à un pays cher à notre cœur :

Congo

L’ancien royaume du Kongo a donné son nom à deux pays d’Afrique : la République du Congo et la République démocratique du Congo. Pour distinguer ces deux pays, le nom de leur capitale est souvent mis en exergue dans leur appellation. C’est ainsi que, dans l’usage courant, on évite la confusion en les appelant « Congo-Brazzaville » et « Congo-Kinshasa ».

Le Congo a été nommé d’après le royaume du Kongo, qui a par ailleurs donné son nom au peuple bakongo.

L'étymologie de « Kongo » demeure incertaine et donne lieu à plusieurs interprétations.

Une première hypothèse rattache le mot « Kongo » à l'expression ko-ngo qui signifie « allié de la panthère ». Chez les Bantous d'Afrique centrale, un rapport associait cet animal à toute chefferie. Un mythe raconte que le roi du Kongo s'identifiait au léopard ou à la panthère [1]. Lorsque les populations étaient confrontées aux dangers à l'intérieur du royaume, elles venaient trouver refuge auprès du roi en disant : « Nous allons chez le léopard », en langue koongo « Tuele ku Ngo ». C'est la forme brève de cette phrase raccourcie en « Ku Ngo » qui aurait donné Kungo ou Kongo.

Une autre hypothèse voudrait que ce nom eût été celui d'un chasseur émérite du royaume, Nkongo. Par extension, une interprétation voisine rattache ce nom au terme réservé à une arme de jet, le kongo ou kong.

Selon une autre hypothèse, Kongo dériverait du verbe kónga - kúnga, « réunir, joindre », employé dans l'expression Kongo dia Ntotila signifiant « union indivisible des États régis par un souverain élu démocratiquement » [2].

Une autre hypothèse qui nous semble fantaisiste et infondée suggère que le Congo a emprunté son nom au mot bantou kongo signifiant « la montagne » [3]. En effet, on a beau chercher, on ne trouve pas une langue bantoue de l'Afrique centrale en laquelle kongo signifie « montagne », de plus il n'y a que quelques petits monts dans cette zone et aucune montagne d'après laquelle ce pays pourrait avoir été nommé.

Les différentes hypothèses formulées ont pour point commun la référence au pouvoir, soit par l'allusion faite aux organes de celui-ci (chefferie, royaume...) soit par les symboles du pouvoir (panthère, souverain...) soit par des termes figurant dans les traditions ou les mythes évoquant le héros fondateur du royaume.

L'existence du royaume du Kongo situé en aval d'un immense fleuve poussa les Portugais à donner au fleuve le nom du royaume. Dans les documents les plus anciens, le cours d'eau était appelé Rio de padrao, ce qui signifie « fleuve du pilier ». Il avait reçu ce nom car le navigateur portugais Diogo Cao, qui aborda l'embouchure du fleuve en 1482, dressa sur la rive un pilier de pierres pour marquer sa découverte (en effet, le roi du Portugal prescrivait à ses officiers d'ériger une colonne en pierre gravée d'inscriptions convenables et surmontée d'un crucifix en plomb pour marquer leur souveraineté entière sur les terres qu'ils découvriraient). Puis le nom « Congo » s'étendit progressivement au fleuve entier. Henry Morton Stanley, qui en explora le cours en 1874-1877, l'appelait toujours Livingstone River.

Les populations habitant ce royaume désignaient le fleuve sous le nom Nzadi ou Nzai. C'est cette appellation qui, par emprunt, est devenue en portugais Zaïre.


[1] Ce mythe et cette hypothèse m'ont été rapportés par l'abbé Paul Nzinga (www. nenzinga.info).

[2] Ibid.

[3] ASKHARI Hodari. The African Book of Names: 5,000+ Common and Uncommon Names from the African Continent. HCI, 2009.

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27 12 14

Pérégrinations gourmandes...

Voyage d'un gourmet à Paris .jpgArchitecte de formation, Jean-Claude Ribaut a signé chaque semaine dans Le Monde, de 1989 à 2009, une chronique consacrée à la table et au vin.

Il a fait paraître chez Calmann-Lévy, sous le titre Voyage d’un gourmet à Paris, un récit pérégrin dans lequel il raconte l’histoire de la Ville lumière à travers ses restaurants, ses bistrots, ses lieux de délice et de convivialité, dans un esprit littéraire et flâneur, entre la nostalgie et le renouveau gastronomiques.

« Depuis deux siècles, restaurants et bistrots ont fait l'esprit et la réputation de Paris. Pour le promeneur, ils font partie du décor. Ils naissent et meurent selon l'humeur du temps ou la fortune de l'époque. Quelques-uns de ceux qui disparaissent laissent comme une trace dans la mémoire de toute une génération, une impression de membre fantôme et de fuite du temps.

Ils ont d'ailleurs, sauf exception, moins de cent ans, car la plupart des lieux de sociabilité et de plaisir sont renouvelés environ tous les demi-siècles. Les restaurants, endroits fragiles et périssables, sont des lieux de mémoire. La quête d’une bonne table est le prétexte à musarder, à aller de quartier en quartier à la recherche d’une bouffée de vie, d’une cuisine aimable, familière ou raffinée. »

De Drouant au Fouquet’s, du Carré des Feuillants au Grand Véfour, de l’Hôtel Meurice à L’Alcazar, du Harry’s Bar au Lapérouse, de chez Lasserre au Maxim’s, du Lucas Carton-Senderens à l’Atelier de Joël Robuchon, de La Rotonde à Ledoyen, du Plaza Athénée-Alain Ducasse à la Closerie des Lilas, de La Tour d’Argent à la Brasserie Lipp, du Jules Verne de la tour Eiffel au Pierre Gagnaire, du Pré Catelan au Guy Savoy, du Coq Rico au Moulin de la Galette, du Wauthier by Cagna à la Grande Cascade du bois de Boulogne en passant par quantité d’autres adresses moins en vue, mais tout aussi goûteuses, l’auteur recense l'art culinaire des principaux quartiers de la capitale française, leurs principales ressources, leurs traditions et leurs réussites, ainsi que leur histoire et leurs anecdotes savoureuses.

Un cicérone du meilleur goût !

Bernard DELCORD

Voyage d'un gourmet à Paris par Jean-Claude Ribaut, Paris, Éditions Calmann-Lévy, octobre 2014, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 € (prix France)

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26 12 14

Avant qu’on dévalue la Monnaie !

Carnets d'Opéra.jpg

Portraitiste et aquarelliste amateur, Pierre Battard est l’auteur d’un fort beau livre de dessins commentés intitulé Carnets d'Opéra – Regards amoureux dans la Monnaie,paru à Ville-Pommerœul aux Éditions Sovilyx, qui emmène le lecteur à la découverte des métiers qui, dans les coulisses, font du Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles l’une des plus prestigieuses maisons lyriques d’Europe.

On y découvre combien la préparation d’un spectacle – en l’occurrence, Manon Lescaut –est redevable au travail de menuisiers, de ferronniers, de peintres et décorateurs, d’éclairagistes, de costumiers, de chausseurs, de couturières, de décorateurs d’accessoires, de modistes, d’habilleuses, de maquilleuses, de coiffeurs, de preneurs de son et d’image, de musicologues, de dramaturges, de dessinateurs, mais aussi de la direction des publics, de la promotion et du marketing, de la responsable de production, du chef d’orchestre et de ses coordinateurs, du personnel de salle, des musiciens, du chef des chœurs, des choristes, de la direction financière, du directeur général…

On suit les premières répétitions, puis celles avec piano, celles avec orchestre, l’italienne, la pré-générale, la générale et la représentation…

Paraissant à l’heure d’une annonce des coupes sombres dans les budgets de la Monnaie, cet ouvrage risque hélas, d’avoir un côté vintage bien involontaire.

Une raison de plus pour intéresser les amateurs de bel canto !

Bernard DELCORD

Carnets d'Opéra – Regards amoureux dans la Monnaie par Pierre Battard, Ville-Pommerœul, Éditions Sovilyx, novembre 2014, 94 pp. en quadrichromie au format 21 x 29,7 cm à l’italienne sous couverture cartonnée en couleurs, 45 €

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26 12 14

Traditions et modernité…

L'Inno au cœur des Belges.jpg

L'Inno au cœur des Belges paru aux Éditions Soliflor à Bruxelles sous la plume de la journaliste Pénélope Lebeau et de l’historien Pierre Danel retrace depuis sa fondation en octobre 1897 l'aventure mouvementée, heureuse et parfois dramatique – le tragique incendie du 22 mai 1967 est demeuré dans toutes les mémoires – du grand magasin bruxellois L'Innovation, ainsi que celle de ses fondateurs (les Alsaciens Paul, Salomon et Mathieu Meyer et leur associé Julien Bernheim), de ses dirigeants successifs et de ses travailleurs.

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 Affiche pour l’ouverture des nouveaux locaux de la rue Neuve en 1903.

Émaillé de témoignages d'anciens membres du personnel et de personnalités comme Marc Eyskens, Jacqueline Bir ou le Grand Jojo et de bien jolis dessins de Solène Debiès, ce fort beau livre est riche d’une iconographie exceptionnelle rappelant combien l’entreprise de la rue Neuve (qui essaima très rapidement sur tout le territoire belge et a donné naissance à l’actuelle chaîne des Galeria Inno) fut une place-to-be de la capitale.

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    On y voit par exemple la Reine Élisabeth inaugurant les « Journées du Livre belge » en 1958 (douze ans avant la naissance de la Foire du Livre en 1970), Dario Moreno, Henri Salvador, Petula Clark ou Salvatore Adamo venus présenter leur dernier disque, Dalida saluant ses fans avant un concert donné à l'Ancienne Belgique toute proche, ou encore Lady Diana lors de son unique voyage officiel en Belgique… voisinant avec des gravures de mode de la Belle Époque, des affiches colorées des années folles, des annonces imaginées par Hergé, Philippe Geluck ou François Schuiten, ou encore les premiers comics du dessinateur de Bob et Bobette, Willy Vandersteen, mettant en scène Kitty Inno, une jeune héroïne née dans le journal de l'entreprise durant les années 1940.

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Et, bien entendu, les auteurs ouvrent aussi leur propos sur les développements au XXIe siècle de cette maison pérenne toujours à la pointe de… l’innovation !

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Bernard DELCORD

L'Inno au cœur des Belges par Pénélope Lebeau et Pierre Danel, illustrations de Solène Debiès, Bruxelles, Éditions Soliflor, décembre 2014, 202 pp. en quadrichromie au format 22 x 22 cm sous couverture cartonnée en couleur, 30 € (existe aussi en néerlandais, sous le titre Inno in het hart van de Belgen)

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16 12 14

Un livre iconoclaste et totalement original…

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre.jpgShani Boianjiu est née en 1987 à Jérusalem et elle a grandi en Galilée, dans le village de Kfar Vradim, proche des frontières syrienne et libanaise. Après deux ans dans l’armée israélienne, elle a étudié à Harvard dont elle est sortie diplômée en 2011.

Son premier roman, paru en langue anglaise et dont la traduction française est sortie à Paris sous le titre Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre chez Robert Laffont, dans la collection « Pavillons » codirigée par Jean-Claude Zylberstein – qui, une fois de plus, aura eu le nez creux –, constitue un véritable coup de poing littéraire et sociologique, propre à remettre quelques pendules à l’heure, s’agissant de la nature même de Tsahal et de ses jeunes recrues, et à stupéfier les amateurs de formes d’expression littéraire novatrices.

En voici le pitch :

« Camarades de classe depuis l’école primaire, Yaël, Avishag et Léa sont de jeunes Israéliennes fantasques qui se réfugient souvent dans leurs mondes imaginaires pour tenter d’oublier qu’elles s’ennuient à mourir dans le village isolé où elles habitent. Une adolescence ordinaire, mais dans un lieu et à une époque qui sont loin de l’être. À la fin de leurs études secondaires, elles sont incorporées dans l’armée et effectuent pendant deux ans leur service militaire.

Sarcastique et autoritaire, Léa se retrouve postée à un checkpoint en Cisjordanie, tandis que la sombre Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et que Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Leur insouciance, leur soif de vivre, leurs corps désirants contrastent de façon saisissante avec le monde confiné, monotone, répétitif et brutal de l’armée où elles sont confrontées à toute la violence d’un pays en guerre et en état d’alerte permanent.

Léa, Avishag et Yaël racontent avec désinvolture et détachement les expériences parfois épouvantables qu’elles traversent et se distraient en s’adonnant à des jeux puérils, mais dangereux, ou en créant des mondes oniriques qui virent parfois au cauchemar. Et, lors de leur retour à la vie civile, on comprend l’impact délétère que cette parenthèse a eu sur leur vie d’adulte : dépressives, inadaptées ou sans perspective d’avenir dans leur travail, elles se retrouvent à vendre des sandwichs ou à faire le vigile dans un aéroport, quand elles n’infligent pas des sévices à des hommes qu’elles séquestrent… Portrait implacable d’une génération perturbée par cet univers troublé où la violence et la peur sont omniprésentes, ce roman initiatique met en lumière toute la difficulté d’être jeune et de forger son identité en Israël. »

Nous insisterons pour notre part sur la grande qualité littéraire de l’ouvrage, dont la forme novatrice dans l’expression du détachement et de la déréliction fait montre d’un talent aussi indiscutable que surprenant…

Une auteure à suivre, donc !

Bernard DELCORD

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre par Shani Boianjiu, traduit de l’anglais par Annick Le Goyat, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Pavillons » dirigée par Maggie Doyle et Jean-Claude Zylberstein, août 2014, 321 pp. en noir et blanc au format 13,9 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)

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16 12 14

Simenon sans Maigret…

Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) par Georges Simenon.jpgGeorges Simenon (1903-1989) est l’écrivain belge et le quatrième auteur francophone le plus traduit dans le monde. Né à Liège, il débuta très jeune dans le journalisme (à La Gazette de Liége, comme on l’orthographiait à l’époque) et, sous divers pseudonymes, il fit ses armes en publiant un nombre incroyable de romans « populaires ».

Dès 1931, il crée sous son nom le personnage du commissaire Maigret, devenu mondialement célèbre, et toujours au premier rang de la mythologie du roman policier.

Simenon rencontre immédiatement le succès, et le cinéma s'intéresse dès le début à son œuvre. Ses romans ont été adaptés à travers le monde en plus de 70 films, pour le cinéma, et plus de 350 films de télévision. Il écrivit sous son propre nom 192 romans, dont 75 Maigret et 117 autres qu'il appelait ses « romans durs », d'innombrables nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages.

Insatiable voyageur, il fut membre de l'Académie royale de Belgique du 10 novembre 1951 au 4 septembre 1989, au siège 26 où lui succéda le grand sinologue belge Simon Leys.

Les Éditions Omnibus à Paris ont publié ces jours-ci, sous la houlette de Jean-Baptiste Baronian [1], ancien éditeur chez Marabout à la grande époque, critique littéraire, écrivain, biographe remarqué (de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, entre autres), président des Amis de Georges Simenon, deux volumes intitulés Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) et Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) regroupant, classées par ordre d'écriture, l'ensemble des 137 nouvelles sans Maigret – elles ne sont d’ailleurs pas toutes policières –publiées sous son nom par Georges Simenon et qui parurent dans la presse, avant d’être reprises dans des recueils – ou pas.

Chaque nouvelle est accompagnée d'une notice bibliographique et d’un coup de projecteur biographique qui éclaire, année après année, la vie et la production de Simenon, offrant ainsi une perspective intéressante sur les sources de son inspiration.

Insistons sur l’importance de cette publication, dans la mesure où les talents de nouvelliste de Georges Simenon sont aujourd’hui largement méconnus, y compris par bien des spécialistes de son œuvre.

Quant aux dilettantes comme nous, ils se régaleront de la diversité des thèmes abordés dans ces short stories et de la manière passionnante dont ils y sont traités.

Avec un génie certain du récit…

Bernard DELCORD

Nouvelles secrètes et policières (1929-1938) et Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) par Georges Simenon, présentation de Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Omnibus, août 2014, 1216 pp. et 1312 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € chacun (prix France)

Nouvelles secrètes et policières (1938-1953) par Georges Simenon.jpg


[1] Que nous tenons à remercier pour avoir fourni la matière constitutive de la présente recension.

14 12 14

Un Bescherelle indispensable…

Bescherelle -L'art de briller en société.jpgEn 1842, avec son frère Henri (1804-1887), Louis-Nicolas Bescherelle, dit « Bescherelle l'aîné » (1802-1883) publia Le Véritable Manuel des conjugaisons ou la science des conjugaisons mise à la portée de tout le monde, devenu l’immense best-seller qui fit la fortune et la pérennité des Éditions Hatier à Paris sous le titre La conjugaison pour tous – et L’art de conjuguer au Canada –, un ouvrage pédagogique que tout le monde francophone ou presque a eu entre les mains et conserve précieusement dans sa bibliothèque.

Le succès engendrant le succès, une collection naquit par la suite, riche de titres variés (La grammaire pour tous, L’orthographe pour tous, Le vocabulaire pour tous, L’anglais pour tous, L’allemand pour tous, L’espagnol pour tous, L’italien pour tous, Le chinois pour tous, Les verbes portugais, Les verbes arabes, La grammaire du latin, Le néerlandais pratique ainsi qu’un dictionnaire des synonymes français pour PC et même une Chronologie de l’histoire de France et une Chronologie de la littérature française…) complétés de cahiers d’exercices en tout genre.

Ce que l’on sait moins – et c’est un euphémisme –, c’est que Louis-Nicolas Bescherelle est aussi l’auteur d’un vade-mecum intitulé L'art de briller en société et de se conduire dans toutes les circonstances de la vie, un « manuel de bienséance axé sur la maîtrise de la conversation » n’ayant guère pris de rides qui vient de reparaître chez Flammarion, excellemment présenté par Pierre Assouline.

Considérant que « la nature, qui nous a faits sociables, a donné à tous les hommes la possibilité d’être agréables en société, si elle n’a pas donné à tous le talent de briller », l’auteur y fait, sous la forme d’un abécédaire qui court d’abandon à yeux, le point sur le contenu et la forme de tous les types de conversation possibles.

Un point qu’il accompagne, selon le cas, de conseils sagaces, de considérations savantes ou de remarques frappées au coin du bon sens (notamment sur les absents, les affaires, les banalités, la beauté, les blasphèmes, les citations, les comparaisons, l’usage des cure-dents, la curiosité, les égards, l’exagération, les expressions basses et indécentes, les inconvenances, les infirmités, la lecture, l’emploi des mains, le maintien, la pédanterie, le persiflage, la politesse, la plaisanterie, le recours aux proverbes, la pruderie, les railleries, le rire, le silence, les subtilités, les sujets frivoles, le tête-à-tête, l’art de porter un toast, la vanité, la volubilité voire la façon de consommer le vin de Champagne…)

Un texte hautement civilisé dont nos contemporains feraient bien de prendre de la graine au vu de la déréliction de leurs mœurs oratoires, que ce soit dans les débats politiques, journalistiques, artistiques ou domestiques – sans parler de la bouillie servie par les radios et les télévisions, dans les émissions de télé-réalité notamment, si prisées par la jeunesse actuelle et où les borborygmes font la loi…

Non, mais allo, quoi…

Bernard DELCORD

L'art de briller en société et de se conduire dans toutes les circonstances de la vie par Louis-Nicolas Bescherelle, présentation de Pierre Assouline, Paris, Éditions Flammarion, collection « GF littérature », novembre 2014, 431 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 8 € (prix France)

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