21 07 13

Le monde comme il va...

Le Petit Robert 2014.jpgIntégrant plusieurs centaines de mots nouveaux [1], Le Petit Robert 2014 constitue une mine d'informations sur l'évolution de notre culture, dont le langage est tout à la fois le moteur et le reflet. Si on y ajoute les personnalités qui rejoignent Le Petit Robert des noms propres 2014 [2], on dresse un panorama extraordinaire.

Le premier volume on retrouve le français vivant, les mots et expressions d'aujourd'hui, on peut vérifie l'usage de chaque mot (l'orthographe, la prononciation, les nuances de sens, les homonymes), découvrir l'histoire des mots et leur étymologie, passer d'une idée à l'autre, aller du connu vers l'inconnu, en suivant les liens entre les mots (synonymes, analogies, contraires...), rencontrez les auteurs classiques et contemporains, par leurs citations: Olivier Adam, Emmanuel Carrère, Jean Echenoz, Annie Ernaux, Alice Ferney, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Carole Martinez, Patrick Modiano, Marie NDiaye, Amélie Nothomb, Daniel Pennac, Pascal Quignard, Michel Tournier, Michel Tremnlay, Delphine de Vigan... et voyager au cœur de la francophonie en partant à la découverte de ses richesses.

Le second ouvrage aborde tous les domaines du savoir et de la culture : histoire et politique, géographie, économie, arts et spectacles, littérature et philosophie, mythologie, religion, sciences et techniques, sport... à travers 40 000 noms propres (lieux, personnes, événements, institutions, œuvres...), 2 000 photographies et reproductions, 10 000 étymologies de noms de personnes et de lieux, 350 articles de synthèse sur les mouvements artistiques, religieux ou politiques, 240 cartes historiques, politiques et géographiques, 140 tableaux (les dernières données économiques des principaux pays, les organisations Le Petit Robert des noms propres 2014.jpginternationales, les dynasties), 200 pages de chronologie (les grandes dates et événements du monde entier dans tous les domaines.

Toute une bibliothèque à eux seuls !

Bernard DELCORD

Le Petit Robert 2014 et Le Petit Robert des noms propres 2014, ouvrages collectifs sous la direction d'Alain Rey, Paris, Éditions Le Robert, mai 2013 et juin 2013, 2 837 pp. en noir et blanc et 2 670 pp. en quadrichromie au format 17,7 x 24,9 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 60 € chacun (prix France) incluant 1 an d'accès à l'édition numérique



[1] Parmi lesquels on trouve kéké (pour désigner un frimeur), bombasse (une femme sexy), chelou (verlan de louche, étrange), choupinet (mignon), galoche (bisou avec la langue), plan cul (on vous passe la traduction), hénaurme, mais aussi le fameux boson de Higgs, microblog, triple A, fadette, retoquage, les verbes dédiaboliser, nobéliser et clasher (attaquer) ainsi que les adjectifs traçable, goncourable  ou low cost. Du côté de la Francophonie, on découvre, venus de Québec, le bas-culotte qui désigne les collants, le chialage qui consiste à se plaindre sans cesse, le patenteux (bricoleur) et le verbe bourrassier (grogner, ronchonner) tandis que la Suisse fournit agender et que la Belgique s'illustre par son brol, la kriek et la fricadelle.

[2] Philippe Djian, Jim Harrison, Jacques Tardi, Yasmina Khadra, Michel Hazanavicius (le réalisateur de The Artist) ou Jacques Audiard, mais aussi le pape François, Jean-Louis Borloo et Harlem Désir, les créateurs de mode Jean-Louis Gaultier et Louis Vuitton, les navigateurs Florence Arthaud, Isabelle Autissier et Loïc Peyron,  le parachutiste Félix Baumgartner, Xi Jinping, qui succède à Hu Jintao en Chine, le Nobel de physique Serge Haroche ou encore des équipes de rugby mythiques, All Blacks de Nouvelle-Zélande, Wallabies australiens et Springboks d'Afrique du Sud.

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20 07 13

Un magister... un vrai de vrai !

Paysages du Nord.jpgDéjà professeur émérite de l'Université catholique de Louvain où il fut l'élève du grand Joseph Hanse et où il donna des leçons restées fameuses sur les lettres belges ainsi que sur la théorie de la littérature, éditeur scientifique de l'œuvre d'Émile Verhaeren et maître à penser de plusieurs générations de chercheurs et d'enseignants, Michel Otten vient de fêter ses 80 ans.

À cette occasion et à l'initiative de ses disciples Pierre Halen (Universités de Lorraine et de Johannesburg), Ginette Michaux et Pierre Piret (UCL), Carmen Andrei (Université de Galati, Roumanie) et Nicole Verschoore (Université de Gand), les Éditions Le Cri à Bruxelles ont rassemblé sous le titre Paysages du Nord pas moins de 29 passionnantes études du magister portant sur le symbolisme belge (Lemonnier, Elskamp, Renard, Maeterlinck...), les modernismes de l'entre-deux-guerres (Hellens, Ghelderode, Nougé, Périer, Baillon...) et les horizons contemporains (Willems, Vaes, Otte, Emond, Mertens, Moreau, Compère, Weyergans...).

Des approches lumineuses de simplicité dans la formulation et de profondeur dans le contenu, soutenues par la passion du partage avec le lecteur des subtilités d'un texte et par l'humilité dans l'art d'exposer le savoir nécessaire à sa compréhension.

Des leçons époustouflantes !

Bernard DELCORD

Paysages du Nord Études de littérature belge de langue française par Michel Otten, Bruxelles, Éditions Le Cri, juin 2013, 310 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 €

14 07 13

Un modèle pour Bart et ses séides...

On ne peut pas régner innocemment.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

« On ne peut régner innocemment. Tout roi est un rebelle et un conspirateur », soutenait le révolutionnaire français Saint-Just dans un âpre discours resté fameux – sur le jugement de Louis XVI – prononcé à la Convention le 13 novembre 1792 et dont le texte intégral, toujours disponible, a paru en édition de poche aux Éditions Mille et une nuits à Paris en 2003.

Négligeant les arguments mêmes du procès, le tribun populiste ne se soucia d’aucune des accusations formulées contre Louis XVI. Ce qu’il lui reprocha, ce fut sa royauté elle-même, le crime d’usurpation, de domination et de tyrannie.

Ça ne vous rappelle rien, s'agissant des ratiocinations et des vaticinations d'un ex-gros, devenu tenant de la Terreur républicaine à Anvers, et de ses séides ?

Comme quoi, l'Histoire repasse souvent les plats.

À ce propos, rappelons que Saint-Just finit sous la guillotine le 10 Thermidor an II (10 juillet 1794)...

Et espérons que le rasoir électoral fonctionnera en 2014 !

Bernard DELCORD

On ne peut pas régner innocemment suivi d'un Essai de Constitution par Louis Antoine Léon de Saint-Just, Paris, Éditions Mille et une nuits, mars 2003, 62 pp. en noir et blanc au format 10,3 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs, 2,60 € (prix France)

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14 07 13

Ce n'est qu'un au revoir...

Le deuil du pouvoir.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

En 2013, quatre abdications souveraines se seront produites : celle de Beatrix, reine des Pays-Bas, annoncée le 28 janvier, celle du pape Benoît XVI, proclamée le 11 février, celle de l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, intervenue le 25 juin et celle du roi des Belges Albert II avec prise d'effets le 21 juillet.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ce qui pourrait n'apparaître qu'un effet de mode, d'opportunité politique ou d'imitation du père (Léopold III, le père d'Albert II, a abdiqué en 1953), on se référera à l'excellent ouvrage paru tout récemment sous le titre Le deuil du pouvoir (Paris, Les Belles Lettres), une compilation d'essais sur l'abdication publiée à l'instigation d'Alain Boureau, directeur d'études à l'École des hautes études en Sciences sociales à Paris, et de Corinne Péneau, maître de conférences à l'université de Paris-Est Créteil, dont le propos explicite vise à compléter le texte fondateur et magistral de Jacques Le Brun, Le Pouvoir d'abdiquer. Essai sur la déchéance volontaire, paru chez Gallimard en 2009, qui se penchait sur les fins de règne de l'empereur romain Dioclétien, de Charles Quint, de Richard II et de Jacques II d'Angleterre ainsi que de Philippe V d'Espagne.

Le deuil du pouvoir s'étend quant à lui aux cas de l'abdication de Christine de Suède, de la renonciation du pape Célestin V placée dans la perspective globale du XIIIe siècle, des départs de Charles de Gaulle en 1946 et 1969, mais aussi au cas doctrinal de l'abdication du supérieur des jésuites en faveur de son collatéral dans les Constitutions de l'ordre tandis qu'une étude de Jacques Le Brun s'attache à repérer les échos contemporains de l'abdication dans le film Habemus Papam de Nanni Moretti et dans Le Roi Lear de Shakespeare.

L'ouvrage débouche sur une conclusion forte : « L'abdication [volontaire], ce renoncement au pouvoir, constitue l'état pur d'un acte de volonté dans la sphère politique ou religieuse. Une instance souveraine, qui ne dépend de rien d'autre que de soi-même, décide de s'abolir. L'abdication apparaît alors non comme le simple abandon du pouvoir, mais comme un acte de pouvoir – celui de l'individu imposant son choix, se repliant sur son corps et abandonnant le corps politique – ou, du moins, comme une autre façon de le manipuler et de s'en saisir ».

Une manière de rester présent sans l'être, en somme...

Bernard DELCORD

Le deuil du pouvoir Essais sur l'abdication sous la direction d'Alain Boureau et Corinne Péneau, Paris, Les Belles Lettres, mars 2013, collection « Histoire », 196 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée monochrome, 23 € (prix France)

Un événement pas si rare...

Quelques abdications dans l'Histoire, toutes causes confondues :

Sylla, dictateur romain (-79)

Dioclétien (305)

Isaac Ier Comnène, empereur byzantin (1059)

Huizong, empereur chinois de la dynastie Song (1126)

Étienne II de Hongrie (1131)

Albert Ier de Brandebourg (1169)

Ladislas III de Pologne (1206)

Célestin V, pape (1294)

Jean d’Écosse (1296)

Jean VI Cantacuzène, empereur d’Orient (1355)

Richard II d’Angleterre (1399)

Éric VII de Danemark (1439)

Amédée VIII de Savoie (1440)

Murad II, sultan ottoman (1444-1445)

Charles Quint (1555-1556)

Marie Ire d’Écosse (1567)

Christine de Suède (1654)

Jean II de Pologne (1668)

Jacques II d’Angleterre (1688)

Auguste II de Pologne (1706)

Philippe V d’Espagne (1724)

Victor-Amédée de Sardaigne (1730)

Ahmed III, sultan ottoman (1730)

Charles de Naples (1759)

Stanislas II de Pologne (1795)

Qianlong, empereur chinois de la dynastie Qing (1796)

Charles-Emmanuel IV de Sardaigne (1802)

Charles IV d’Espagne (1808)

Joseph Bonaparte de Naples (1808)

Gustave IV de Suède (1809)

Louis Bonaparte de Hollande (1810)

Napoléon Ier (1814-1815)

Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne (1821)

Pierre IV de Portugal (1826)

Charles X de France (1830)

Pierre Ier du Brésil (1831 )

Michel Ier de Portugal (1834)

Guillaume Ier des Pays-Bas (1840)

Louis-Philippe Ier (1848)

Louis Ier de Bavière (1848)

Ferdinand Ier d’Autriche (1848)

Charles-Albert de Sardaigne (1849)

Léopold II de Toscane (1859)

Isabelle II d’Espagne (1870)

Amédée Ier d’Espagne (1873)

Alexandre Ier de Bulgarie (1886)

Milan Ier de Serbie (1889)

Puyi, dernier empereur de Chine (1912)

Nicolas II de Russie (1917)

Guillaume II d’Allemagne (1918)

Rama VII de Siam (1935)

Édouard VIII du Royaume-Uni (1936)

Charles II de Roumanie (1940)

Victor-Emmanuel III d’Italie (1946)

Wilhelmine des Pays-Bas (1948)

Léopold III de Belgique (1951)

Farouk Ier d’Égypte (1952)

Fouad II d’Égypte (1953)

Charles de Gaulle (1946 et 1969)

Juliana des Pays-Bas (1980)

Jean de Luxembourg (2000)

Norodom Sihanouk de Cambodge (2004)

Beatrix des Pays-Bas (2013)

Benoît XVI, pape (2013)

Hamad ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar (2013)

 

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdication)

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14 07 13

Meurtres poétiques...

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

La vengeance de Baudelaire.jpgEnfin publié en français (à Paris et à Québec) et prochainement en anglais (à New York), l'extraordinaire polar flamand –qui remporta en 2007 le Prix Hercule Poirot du roman à suspense décerné sous l'égide de l'hebdomadaire Knack– de Bob Van Laerhoven, le Joseph Kessel du Plat Pays (il a roulé sa bosse sur tous les champs de bataille de la planète entre 1990 et 2005) intitulé La vengeance de Baudelaire est appelé à un bel avenir, tant ses qualités sont immenses.

En voici le pitch : Paris, septembre 1870, guerre franco-prussienne. Les premiers obus tombent sur la ville assiégée. Les ouvriers meurent de faim. L’aristocratie se réfugie dans des orgies et des séances de spiritisme. Pris au piège comme des rats, les Parisiens se passionnent toutefois pour une série de meurtres horribles qui leur permet d’oublier la dure réalité : sur chaque cadavre, on retrouve des vers du recueil ô combien controversé Les Fleurs du mal du poète mort quelques années plus tôt. L’enquête conduit le commissaire Lefèvre sur la piste d’un complot ayant des ramifications jusqu’à la cour de Napoléon III. Et d’un secret au sein de la famille Baudelaire, aux lourdes conséquences...

L'intrigue, tout en dentelle, est menée dans un style brillantissime portant la marque de Flaubert et de Baudelaire à qui l'auteur voue, de son propre aveu, un véritable culte l'ayant mené à apprendre le français pour le plaisir de les lire dans le texte original.

Il a eu fameusement raison !

Bernard DELCORD

La vengeance de Baudelaire par Bob Van Laerhoven, Paris, Éditions MA, collection « Pôle Noir », 294 pp., 17,90 €

14 07 13

« Les Belges parlent aux Belges... »

Les ondes en uniforme.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

Passé inaperçu à sa sortie hélas (il faut dire que sa couverture est illisible...), l'essai passionnant de l'historienne Cécile Rase intitulé Les ondes en uniforme étudie la propagande de Radio Bruxelles en Belgique occupée entre 1940 et 1944.

Ce média, créé par la Militärverwaltung, codirigé par un personnel composé de Wallons et d'Allemands, très largement écouté par la population belge pour son côté divertissant et tout aussi largement moqué par elle pour ses bulletins d'information lèche-bottes, disparut comme de juste à la Libération.

Entre-temps, ayant réuni quelques gros calibres (Michel de Ghelderode, Félicien Marceau, Robert Poulet...) et des tenants de la « politique de présence », la station avait lancé sur les ondes des émissions d'abord plutôt badines et même de qualité puis de plus en plus radicales à mesure que s'accroissait l'influence de Kollabos durs (Pierre Hubermont, Serge Doring, Jean Denis...) et proches du rexisme ou de la SS.

Le fait que les auditeurs aient dissocié les émissions ludiques de celles qui n'étaient que pure propagande boche constitue en tout cas un bel exemple de belgitude pétrie de bon sens, surtout si l'on compare l'influence de Radio Paris en France occupée.

Car, comme l'assurait le prince de Ligne, « il est une manière d'écouter qui surpasse tous les compliments »...

Bernard DELCORD

Les ondes en uniforme par Céline Rase, Namur, Éditions des Presses universitaires de Namur, juin 2011, 276 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 €

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26 06 13

« Il n’y a pas que l’argent ! Le bonheur compte aussi. » (Somerset Maugham)

Villa Mauresque.jpgSous sa couverture un peu provocatrice, Villa Mauresque, la biographie en forme de graphic novel de l'écrivain anglais Somerset Maugham parue aux Éditions La Table Ronde à Paris sous la plume de François Rivière et agrémentée de (beaux) dessins de Jean-Louis Floc'h constitue une grande réussite tant sur le plan littéraire que technique, en particulier par l'usage habile de la multiplication des points de vue.

Écoutons les auteurs :

« Somerset Maugham, personnage extravagant, dramaturge, romancier et nouvelliste à succès (citons entre autres Un Homme d'Honneur, Le Fil du Rasoir, Servitude humaine, Mr Ashenden, agent secret, Le Sortilège malais, Catalina, L'Humeur passagère et des dizaines de "short stories"...) a vécu du milieu des années trente à la fin de sa vie sur la Riviera française dans une magnifique demeure baptisée "Villa Mauresque" [1] où défila tout ce qui comptait alors dans le monde des arts et des lettres. Ses amis se nommaient Churchill, Cocteau, H.G. Wells et Ian Fleming. C'est à l'écrivain, mauvaise langue et toujours lucide, que nous avons donné la parole, ainsi qu'à un cercle de familiers qui ne se privent pas de dire ce qu'ils pensent du "grand homme", de ses hauts-faits comme de ses servitudes : son propre frère, son neveu Robin, le chroniqueur Beverly Nichols, son rival malheureux Hugh Walpole, sa partenaire au bridge Barbara Bach et sa cuisinière, Annette. »

Si on ajoute que Maugham, qui vivait exclusivement de ses écrits, était fabuleusement riche (il employait treize personnes à la Villa Mauresque) et homosexuel sans complexes, qu'il fut espion en Russie durant la Première Guerre mondiale, qu'il était médecin et que son œuvre, inspirée par la manière d'Oscar Wilde et des naturalistes français, fait de lui le Maupassant britannique, on a réuni tous les ingrédients pour une plongée passionnante dans ce récit de vie épatant, qui se lit d'une traite et que l'on reprend ensuite pour en savourer les finesses so British.

Bravo, les artistes !

Bernard DELCORD

Villa Mauresque par Floc'h & Rivière, Paris, Éditions La Table Ronde, juin 2013, 150 pp. en noir et blanc au format 18,5 x 26 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 20 € (prix France)



[1] Construite à l'instigation du roi Léopold II pour... son confesseur.

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26 06 13

Mélancolie, quand tu nous tiens...

La tristesse du figuier.jpgMédecin et animateur infatigable des éditions du Taillis Pré depuis 1984, le poète belge Yves Namur (né en 1952), par ailleurs membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, a vu son recueil La tristesse du figuier se faire couronner du Prix Mallarmé 2012, et ce n'est que justice.

Parce que les textes qu'il recèle font montre, sous l'apparence de la simplicité, d'une grande maestria dans l'expression de sentiments subtils et d'interrogations existentielles lancinantes, paradoxalement lancées sur le ton de la douceur qui masque une douleur de vivre.

Et l'auteur de convoquer dans ses lignes le monde du quotidien, de la nature et des animaux pour en faire le miroir de son âme désenchantée et pourtant profondément ancrée dans la succession sans monotonie des heures de la vie.

Car « la poésie d’Yves Namur est [celle] d’un homme aux peines ordinaires, qui nous murmure qu’une lumière traverse la buée des jours », a écrit Éric Piette dans une recension bien sentie [1].

C'est parfaitement exact !

Bernard DELCORD

La tristesse du figuier par Yves Namur, Castellaredi-Casinca, Éditions Lettres vives, collection « Terre de poésie », avril 2012, 97 pp. en noir et blanc au format 14,8 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage sensible les deux poèmes suivants :

 

Demain, dis-tu, est un autre jour,

 

Mourir n'est pas une mince affaire

Et où vivre

Ne sera pas non plus chose facile.

 

Demain est tout simplement une autre histoire,

Où il n'y aura peut-être pas de place pour Dieu

Et ses amours,

 

Où regarder devant soi

Relèvera peut-être de l'exploit,

 

Où nous chercherons comme tous les hommes à savoir

Qui nous sommes ou qui nous devenons,

 

Où on dira peut-être

Ce que j'ai fait et comment je suis mort.

 

*********

 

Dans la tristesse du figuier

 

Vivent encore des hommes et des femmes

Qui ont l'âme ouverte et la vie

Déjà brûlée.

 

Ils sont là comme ces moutons sans berger,

Qui n'attendent plus rien, ni la vie

Ni la mort,

 

Ni même la terre qu'on leur a promise.

 

Tout au plus espèrent-ils aujourd'hui ne pas trop nous déranger.



[1] http://www.maisondelapoesie.be/chronique/chronique.php?id=372&print=1

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25 06 13

« Il ne s'agit pas de peindre la vie. Il s'agit de rendre vivante la peinture. » (Pierre Bonnard)

Van Gogh à l'œuvre.jpgVersion en langue française (l'originale, en néerlandais, a paru au Fonds Mercator à Bruxelles) du catalogue de l'exposition Van Gogh at work présentée au Van Gogh Museum d'Amsterdam, le magnifique ouvrage paru en Arles chez Actes Sud sous le titre Van Gogh à l'œuvre et sous la direction de Marije Vellekoop, conservatrice des dessins et estampes de l'institution hollandaise, constitue un événement considérable qui fournit un éclairage nouveau sur le travail du peintre.

Il s'agit en effet d'une étude approfondie des méthodes de travail de van Gogh et de la grande variété d'artistes qui l'ont influencé.

En voici la présentation de l'éditeur :

« Vincent van Gogh (1853-1890) est souvent rangé dans une classe à part, ce peintre autodidacte de génie étant considéré comme indifférent à la scène artistique de son temps. Or, en réalité, van Gogh a beaucoup appris des autres, échangé des idées avec ses contemporains et utilisé, pour affiner son savoir-faire, des méthodes et des techniques en vogue.

Point culminant d'un vaste projet de recherche entrepris par le musée Van Gogh, ce livre explore la maîtrise derrière le talent. Plusieurs essais détaillent la pratique quotidienne de van Gogh et le montrent adoptant différentes techniques de dessin et de peinture, assimilant les caractéristiques physiques des toiles, peinture, papier, craie et autres fournitures, et abordant le travail sur papier et sur toile. La comparaison de ses œuvres avec celles d'autres artistes révèle combien il était sensible aux exemples de ses contemporains. En outre, l'examen des méthodes de travail de van Gogh a conduit certains auteurs à se pencher sur le travail et les recherches des conservateurs modernes. L'ouvrage détaille les changements que les tableaux subissent avec le temps, comme la décoloration de la peinture et de l'encre, et insiste sur l'importance de l'entretien et de la restauration des œuvres d'art. »

Quant à l'exposition, qui présente l’évolution chronologique de son art, elle rassemble plus de 200 tableaux, créations sur papier, carnets à croquis et lettres de Vincent van Gogh et d’autres peintres (dont Eugène Delacroix, Paul Gauguin, Frans Hals, Jean-François Millet, Claude Monet, Pierre Puvis de Chavannes, Pierre-Paul Rubens, Georges Seurat, Paul Signac, Henri de Toulouse-Lautrec, Théo Van Rysselberghe...) – auxquels ont été ajoutés du matériel de peinture et des manuels d’artistes du XIXe siècle –et permet d'admirer une sélection d’œuvres en provenance du monde entier, rarement réunies, comme les deux versions des Tournesols et de La chambre.

Une raison supplémentaire de ne pas rater l'événement !

Bernard DELCORD

Van Gogh à l'œuvre, ouvrage collectif sous la direction de Marije Vellekoop, Arles, coéditions Actes Sud/Van Gogh Museum, juin 2013, 304 pp. en quadrichromie au format 29,5 x 24,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 55 € (prix France)

Renseignements pratiques :

Le Musée Van Gogh est situé sur la Museumplein d'Amsterdam. L’entrée se trouve au numéro 7 de la Paulus Potterstraat.

Le musée est facilement joignable par les transports en commun (lignes de tramway 2, 3, 5 et 12 ; bus 170, 171 et 172) et il est accessible aux moins valides. Un ascenseur dessert tous les étages ; des fauteuils roulants et des poussettes sont mis gratuitement à la disposition du public.

Adresse postale :

P.O Box 75366

NL 1070 AJ Amsterdam

Tél. +31 (0)20 570 52 00

Fax +31 (0)20 570 52 22

info@vangoghmuseum.nl

Heures d'ouverture :

2 mai – 1 septembre 2013 : 9-18h, vendredi 9-22h

2 septembre – 26 décembre 2013 : 9-17h, vendredi 9-22h

27 décembre 2013 – 5 janvier 2014 : 9-18h, vendredi 9-22h

À partir du 6 janvier 2014 : 9-17h, vendredi 9-22h

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25 06 13

Avec l'épice la plus chère du monde...

Recettes d'une safranière.jpgDans ses Recettes d'une safranière publiées aux Éditions du Rouergue en Arles, Véronique Eche raconte son métier de cultivatrice de crocus sativus, le crocus à safran dont la jolie fleur violette s'orne de ces stigmates rouges qui accompagnent avec brio aussi bien une paella que des confitures, un risotto qu'une omelette norvégienne, des pâtes fraîches aux crevettes qu'une pavlova...

Elle profite de ce partage concernant son travail attentif et exigeant pour fournir 35 recettes autour de cette épice légère (on compte en moyenne cinq à six cents stigmates par gramme de safran) et généreuse (un gramme de safran suffit pour cuisiner vingt repas de quatre personnes, soit quatre-vingts assiettes), d'entrées et de soupes, de plats, de desserts et de boissons.

Avis aux amateurs de coquillages ou de Saint-Jacques, de soupe de lentille corail ou de velouté de potiron, de cassolettes de fruits de mer, de petits flans saumonés, d'agneau de lait sauté au citron, de pintade à la crème, de sorbet vanille-téquila, de riz au lait à l'orange, de pain perdu, de rhum, de vin blanc ou de thé : avec du safran, c'est bien meilleur !

Bernard DELCORD

Recettes d'une safranière par Véronique Eche, Arles, Éditions du Rouergue, mai 2013, 95 pp. en quadrichromie au format 17 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage original la recette de terroir suivante :

LE MOURTAYROL

Le mourtayrol, ou mourtaïrol, est un pot-au-feu typique du Rouergue à base de bouillon de poule enrichi de bœuf, d'un talon de jambon et de légumes. La recette varie selon les localisations. On retrouve également le mourtayrol dans les régions limitrophes du Rouergue : Auvergne, Albigeois et Quercy

Pour 6 personnes

Ingrédients :

20 filaments de safran

1 poule vidée et prête à cuire

300 g de jambon sec de pays (facultatif)

500 g de viande pour pot-au-feu (facultatif)

500 g de poireaux

500 g de carottes

250 g de navets

250 g d'oignons

1 branche de céleri

1 gousse d'ail

2 clous de girofle

1 bouquet garni (1 branche de thym, 2 feuilles de laurier, 2 filaments de persil)

Pain de seigle (ou de campagne) rassis

Sel, poivre

Recette :

Faites infuser la veille les filaments de safran dans un demi-bol d'eau froide.

Dans une marmite remplie de 3 litres d'eau, ajoutez sel, poivre, oignons épluchés et piqué des clous de girofle ainsi que l'ail (entier), le bouquet garni et le céleri.

Portez à ébullition et ajoutez la poule, la viande à pot-au-feu et le fond de jambon.

Laissez frémir pendant 30 minutes.

Ajoutez les légumes lavés et épluchés entiers et prolongez la cuisson pendant 1h45 à feu doux.

Retirez et réservez la viande et les légumes au chaud, et ajoutez l'infusion de safran au bouillon filtré.

Coupez le pain rassis dans une soupière, versez progressivement une partie du bouillon et mettez au four 30 minutes en mouillant de temps en temps avec le reste du bouillon (on peut aussi faire un bouillon de vermicelles plus léger pour remplacer le pain).

Servez le bouillon en entrée puis les viandes et légumes en plat.

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