12 01 13

L'Ibérie gourmande...

Le Livre de la cuisine espagnole.gifAprès avoir fait paraître de la même auteure Le Livre de la cuisine juive, les Éditions Flammarion à Paris ont publié récemment Le Livre de la cuisine espagnole par Claudia Roden, un ouvrage qui, dans sa version originale américaine, a été couronné du Prix du meilleur livre de cuisine étrangère au Cookbook Awards 2012.

Ainsi que l'atteste l'ouvrage, la cuisine espagnole est à elle seule un livre d'histoire. On y retrouve les racines celtes et wisigothes, les invasions romaines, les influences mauresques et juives et l'attrait pour les produits du Nouveau Monde ou la gastronomie française qui ont façonné le pays et enrichi de mille saveurs les recettes du terroir ibérique.

Et Claudia Roden transmet avec enthousiasme dans sa compilation savoureuse, au travers des 250 recettes qu'elle y a rassemblées, des petits trésors amassés pendant près de cinq ans au fil de ses voyages dans toute la péninsule, en goûtant, observant et recueillant l'histoire de chacune des préparations.

Qui constituent 250 rayons de soleil éclatant dans les assiettes !

Bernard DELCORD

Le livre de la cuisine espagnole  par Claudia Roden, traduction française d'Aurélie Tronchet, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2012, 511 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 25,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 35,00 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage de caractère la recette suivante :

Ragout d'agneau au lait à la mode des bergers

(Cordero a la pastora)

Dans Don Quichotte, Cervantès décrit Andrés, un jeune homme de quinze ans qui garde les moutons de Juan Haldudo, el rico (le riche). Son maître le bat et lui retient son salaire parce que, comme il l'explique à Don Quichotte, les moutons disparaissent et il est certain que c'est le garçon qui les vend ou les mange. Don Quichotte croit Andrés innocent et intervient en sa faveur, ce qui ne fait qu'empirer sa situation

Les bergers se nourrissaient en effet d'agneau quand ils passaient de longs mois loin de chez eux avec leurs troupeaux. Ils cuisaient la viande dans le lait de brebis, mais auraient-ils ajouté du vin, comme dans cette recette ? Ils auraient pu échanger quelques fromages pour s'en procurer J'ai cuisiné ce plat avec du filet de collet d'agneau. Il est devenu très tendre, et le vin, le lait et les herbes ont apporté un délicieux goût aux pommes de terre.

Pour 4 à 6 personnes

Ingrédients :

750 g de collet d'agneau, découpé en gros morceaux (environ 6-7 cm)

3 cuillerées à soupe d'huile d'olive

4 gousses d'ail hachées

250 ml de vin blanc sec

7 clous de girofle

2 brindilles de thym

2 feuilles de laurier

500 g de pommes de terre nouvelles de taille moyenne, épluchées et coupées en deux

1 cuillerée à café de sucre (optionnel)

250 ml de lait entier

Sel et poivre

Recette :

Faites chauffer l'huile dans une grande cocotte.

Mettez les morceaux d'agneau et faites-les dorer légèrement sur toute leur surface sur feu vif.

Baissez le feu, ajoutez l'ail en remuant et laissez-le tout juste colorer.

Ajoutez le vin, les clous de girofle, le thym et les feuilles de laurier.

Portez à ébullition puis ajoutez les pommes de terre, salez et poivrez.

Laissez mijoter, en couvrant. sur feu doux pendant environ 1 h 15 jusqu'à ce que la viande soit tendre et que le liquide ait été absorbé.

Ajoutez un peu de sucre si le vin est trop sec et s'il est nécessaire d'adoucir la sauce.

Incorporez le lait.

Salez encore si nécessaire, et laissez cuire pendant 5 minutes pour réchauffer.

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09 01 13

« Dessert : une pêche si on est seul, un péché si on est deux » (Aurélien Scholl)

Encyclopédie des desserts.gifDécrivant 300 gestes et tours de mains expliqués pas à pas ainsi que toutes les techniques indispensables (feuilletage, glaçage, pochage, cuisson en papillote, marbrage, découpes...) en sus de 150 recettes (dont certaines de grands pâtissiers et de Meilleurs Ouvriers de France), l'Encyclopédie des desserts parue récemment chez Flammarion à Paris sous la plume de Vincent Boué, Hubert Delorme &Didier Stéphan se complète d'un cours de pâtisserie de 1h30 en vidéo pour expliquer les techniques les plus délicates.

Parmi les préparations proposées, on retrouve les grands classiques : tarte au citron, Paris-brest, clafoutis, pêche Melba, poire Belle-Hélène, Pithiviers, bûche de Noël, profiteroles, crème brûlée... ; les plus sophistiquées : croquembouche, omelette norvégienne, miroir au chocolat, ruban, macaron, croissant... ; les plus ludiques : guimauve, berlingot, sucette glacée...

Une montagne de douceurs !

Bernard DELCORD

Encyclopédie des desserts par Vincent Boué, Hubert Delorme &Didier Stéphan, préface de Christophe Michalak, photographies de Clay McLachlan, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 480 pp. en quadrichromie au format 25 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 35,00 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage délicieusement sucré la recette suivante :

Blanc-manger au nougat et à la poire

Pour 8 personnes

Temps de préparation : 15 minutes

Temps de cuisson : 30 minutes

Ingrédients :

Pour la base :

18g de gélatine en feuilles

1 litre de lait entier

180g de sucre

80g de pâte de nougat blanc

1 gousse de vanille

Pour le coulis de poire :

300g de poires

15g de jus de citron

25g de sucre

Du coulis de fruits (fraise, mangue, cassis...)

Des chips de fruits (poires, oranges...)

Recette :

Réalisez la base.

Mettez à ramollir les feuilles de gélatine dans l'eau froide.

Faites chauffer le lait, le sucre, la pâte de nougat et la gousse de vanille fendue en deux et grattée.

Hors du feu, ajoutez la gélatine pressée et coulez aussitôt en moules.

Préparez le coulis.

Épluchez les poires puis citronnez-les.

Coupez-les en deux et retirez les pépins et les parties filandreuses.

Ensuite, coupez les demi-poires en petits dés.

Dans une casserole, portez sur feu doux avec le sucre et laissez compoter.

Une fois cuite, mixez jusqu'à obtention d'un coulis.

Procédez au montage.

Laissez refroidir, démoulez et décorez selon votre goût avec des chips de poire et du coulis de poire.

Bon à savoir :

L'origine du blanc-manger remonte au Moyen Âge, où il était confectionné avec du blanc de volaille.

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07 01 13

Pour semer la petite graine...

Graines & fruits.gifSous-titré Une histoire botanique, poétique et gourmande, le très intéressant ouvrage de la journaliste scientifique Emmanuelle Grundmann paru en Arles aux Éditions du Rouergue sous le titre Graines et fruits recèle une belle quantité d'informations et d'anecdotes – ainsi que de magnifiques photographies prises par Muriel Hazan, une grande spécialiste des clichés de plantes – sur les graines-aliments et les graines-épices qui constituent la base de notre nourriture.

Elles sont un trésor si précieux que l'homme s'est lancé à leur recherche tout autour de la planète et qu'elles ont, pour certaines (le poivre, la noix muscade...), suscité des guerres et fait vaciller des empires.

Depuis l'aube de l'humanité, elles sont également connues pour leurs vertus médicales et cosmétiques.

Par le biais d'un texte très riche, l'auteure fait partager sa connaissance à la fois biologique, historique et ethnologique des graines (d'amour en cage, d'arbre cornichon, de bambou, de cacaoyer, de caféier, de griffe du diable, de lotus, de mangoustan, de perle de Zanzibar, de piment, de pissenlit, de pivoine officinale, de pois, de quinoa, de riz, de roucou, de soja, de tamarinier, de vanille, de vigne vierge...) et des fruits (du bananier, du coco-fesse, du dattier, du figuier, du jacquier, du manguier, du noisetier, du noyer, de l'olivier, du palmier, du pistachier...), tandis que les images font état de leur multiplicité : bardées d'écailles ou de pics, charnues, rugueuses ou dentelées, parfois effarantes de beauté.

Seize recettes clôturent le livre pour (re)découvrir certaines plantes oubliées ou méconnues.

Bernard DELCORD

Graines & fruits. Une histoire botanique, poétique et gourmande par Emmanuelle Grundmann, photographies de Muriel Hazan, Arles, Éditions du Rouergue, octobre 2012, 252 pp. en quadrichromie au format 28,5 x 26,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 35 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage aux multiples senteurs la recette suivante :

Le poisson à la vanille de Madagascar

Pour 4 personnes

Ingrédients :

4 morceaux de dos de cabillaud

40 g de beurre

Quelques brins de coriandre

1 cuiller à café de sucre

4 cuillers à soupe rases de farine

1 gousse de vanille de Madagascar

25 cl de crème fraîche épaisse

Sel et poivre du moulin

Recette :

Salez, poivrez et farinez légèrement les morceaux de poisson.

Puis faites- les revenir sur chaque face dans une poêle avec le beurre, de sorte qu'ils croustillent à l'extérieur tout en cachant un cœur moelleux.

Incisez la gousse de vanille dans le sens de la longueur puis incorporez l'enveloppe et les graines récupérées à l'aide de la pointe d'un couteau dans une petite casserole avec la crème, le sucre, du poivre et une pincée de sel.

Laissez cuire à feu doux pendant 10 minutes et rectifiez l'assaisonnement si besoin.

Avant de servir, parsemez de coriandre ciselée le poisson surmonté de la demi-gousse de vanille et accompagnez-le d'un riz safrané cuit dans du lait de coco ou d'un gratin de patates douces.

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05 01 13

L’as des as du volant…

Michael Schumacher.gifNé le 3 janvier 1969 à Hürth-Hermülheim, près de Cologne, le célèbre pilote automobile allemand Michael Schumacher est l'un des coureurs les plus capés de la compétition internationale : avec ses 7 titres de champion du monde et ses 91  victoires en Grand Prix, il détient la plupart des records de Formule 1

Les Éditions Graton/Dupuis lui ont consacré un bel album biographique dans la collection « Les Dossiers Michel Vaillant », rédigé par le journaliste Xavier Chimits (bien connu des lecteurs de Grand Prix international, Auto-Plus, Le Sport ou encore L'Automobile) et illustré de dessins, d'images de presse et de photos personnelles ainsi que de 20 pages de BD et de la galerie dessinée de ses voitures emblématiques.

On y découvre donc la vie, la carrière et la personnalité de cette figure mythique des circuits, qui fit les grandes heures des marques Jordan, Benetton, Ferrari et Mercedes – et prit sa retraite à la fin de la saison 2012, tout en poursuivant son engagement dans d'autres combats : celui de la recherche médicale avec l'ICM (Institut du Cerveau et de la Moelle épinière à Paris) et celui de la sécurité routière avec l'ONU et la FIA (Fédération internationale de l'Automobile à Paris également).

Un grand Monsieur !

Bernard DELCORD

Michael Schumacher par Xavier Chimits, Éditions Graton/Dupuis, collection « Les Dossiers Michel Vaillant », novembre 2011, 100 pp. en quadrichromie au format 22 x 29,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 20,50 €

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04 01 13

« Le rugbyman est talonneur… » (Jean-Paul Grousset)

Anthologie mondiale du rugby.gif« Le rugby est un monde », assure Jean Lacouture, tandis que Pierre Mac Orlan s'est exclamé : « Il fallait être Anglais pour inventer le rugby. Qui d'autre aurait pu penser à un ballon ovale ? »

Il n'en demeure pas moins que ce sport viril compte d'innombrables inconditionnels, et que l'Ovalie ne se limite pas, loin s'en faut, aux territoires relevant de la Perfide Albion et de la France du Sud-Ouest, puisqu'elle s'étend aussi à des pays comme l'Italie, la Roumanie, la Géorgie, la Russie, les États-Unis, le Canada, l'Argentine, les îles Fidji, les Samoa, les Tonga et le Japon – - sans oublier l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou l'Afrique du Sud, bien entendu.

Cette réalité est patente à la lecture de l'Anthologie mondiale du rugby que Pierre Verdier a fait paraître ces temps-ci chez Flammarion à Paris, un ouvrage monumental illustré de plus de 700 photographies qui aborde son sujet sous toutes ses facettes :

« J'ai choisi de composer ce livre en cinq parties : l'histoire, pour tenter de comprendre d'où vient le rugby et quel fut son cheminement de sa naissance à nos jours ; la philosophie, pour mettre en exergue les valeurs et les singularités d'un sport résolument frondeur ; les grandes nations pour cerner les influences les plus remarquables de ce jeu, de sa technique, de ses écoles, de son évolution à travers les âges ; les grands joueurs, ceux d'hier et d'aujourd'hui, ces héros modernes auxquels va toute mon admiration ; les grands matchs enfin, ceux qui restent dans la mémoire des aficionados et donnent du crédit à ce sport de "voyous pratiqué par des gentlemen" », assure l'auteur.

Un jeu costaud pratiqué par de robustes gaillards (façon Serge Blanco, Sean Fitzpatrick, Jonah Lomu, Walther Spanghero ou Jonny Wilkinson...) qui, à l'inverse de bien des footballeurs, ne se roulent pas au sol en grimaçant pour le moindre bobo – réel ou imaginaire...

Bernard DELCORD

Anthologie mondiale du rugby par Jacques Verdier, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2012, 490 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 35 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 49,90 € (prix France)

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30 12 12

Rideau !

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962.jpgLe dixième (et dernier) tome de la monumentale Correspondance de Michel de Ghelderode établie et annotée par le professeur honoraire de la KUL Roland Beyen, par ailleurs membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, vient de paraître à Bruxelles, édité par les Archives & Musée de la Littérature dans la collection « Archives du Futur » dirigée par Marc Quaghebeur et diffusée par La Renaissance du Livre à Waterloo.

Voici ce qu'en dit Roland Beyen :

« L'ouvrage couvre la période entre 1961 et 1962, c'est-à-dire les quinze derniers mois de la vie du dramaturge, qui écrit sa dernière lettre le 5 mars 1962 et meurt le 1er avril.

Pendant cette période, entouré de troublants mannequins et de choses qui l'aident à vivre, Ghelderode ne quitte plus sa "chambre à songes". Il n'est presque plus joué en Belgique, ce qui lui inspire une série de diatribes paranoïdes contre les théâtres de son pays.

En revanche, il commence à avoir quelque succès aux États-Unis depuis la fondation en 1960 de l'association The American Friends of Michel de Ghelderode, la publication à New York d'un volume de Seven Plays et la représentation contestée d'Escurial au Gate Theatre. En 1961 s'y ajoutent quelques représentations, dans de petits théâtres, des Femmes au Tombeau, de Christophe Colomb et de deux versions différentes de Barabbas.

Ces demi-succès causent au dramaturge plus de soucis que de satisfactions. Il perd beaucoup de temps à essayer de réconcilier son ami anglais Georges Hauger, désigné en 1959 comme son "unique traducteur en langue anglaise", avec son ami Samuel Draper, le président-fondateur des American Friends qui fait tout pour obtenir l'autorisation de publier et de représenter aux États-Unis ses propres traductions et celles de ses compatriotes.

Correspondance de Michel de Ghelderode Index.jpgCes disputes sont d'autant plus pénibles que la santé de Ghelderode décline rapidement, malgré le dévouement de ses trois médecins et de sa femme, et malgré l'affection de l'Américaine Renée Claire Fox, dont "la rayonnante amitié éclaire [ses] dernières années"

Le dramaturge rédige encore quelques articles et une vingtaine de chroniques destinées au Courrier du Littoral d'Ostende, la ville mythique où il fut "toujours heureux", mais ne trouve plus la force de s'occuper des tomes VI et VII de son Théâtre chez Gallimard.

Sa plus grande joie pendant cette dernière période est l'édition en janvier 1962, aux Éditions "Marabout", de Sortilèges et autres contes crépusculaires, grâce à son ami Jean Ray, qu'il considère comme un des meilleurs conteurs du monde. »

Avec cet essai complété d'un bel Index illustré des tomes I à X paru chez le même éditeur et dans la même collection, s'achève l'une des entreprises les plus remarquables de l'historiographie des lettres françaises de Belgique du XXe siècle, un travail de bénédictin mené avec patience et intelligence dans lequel on croise, sous le regard illuminé de Ghelderode, l'œuvre et le nom de bien des artistes et écrivains ayant brillé sur la scène intellectuelle. [1]

Une contribution essentielle à l'histoire de la littérature contemporaine !

Bernard DELCORD

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962 établie et annotée par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 623 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 40 € (prix Belgique)

Index illustré des tomes I à X de la Correspondance de Michel de Ghelderode établi et annoté par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 344 pp. dont 224 en noir et blanc et 120 en couleurs au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 45 € (prix Belgique)



[1] Parmi lesquels nous avons pioché ceux de Marcel Achard, Arthur Adamov, Pierre Alechinsky, Jean Anouilh, Louis Aragon, Antonin Artaud, Albert Ayguesparse, Jacques Audiberti, André Baillon, René Barjavel, Jean-Baptiste Baronian, Jean-Louis Barrault, Samuel Beckett, Maurice Béjart, Maurice Carême, Marc Chagall, Paul Claudel, Jean Cocteau, Jacques Copeau, Fernand Crommelynck, Paul Delvaux, Pierre-Louis Flouquet, Marie Gevers, Frans Hellens, José-André Lacour, Jean Le Poulain, René Magritte, Félicien Marceau, Paul Neuhuys, Robert Poulet, Marcel Thiry, Henri Vernes, Paul Willems... et même ceux de comiques plus ou moins volontaires comme Fernandel, le mime Marceau et Jean-Paul Sartre !

30 12 12

Actes de foi...

Port-Royal.gifSpécialiste du XVIIsiècle, Laurence Plazenet est maître de conférences en littérature française à l'université Paris-Sorbonne. Elle a fait paraître récemment aux Éditions Flammarion une anthologie en tout point remarquable intitulée Port-Royal, dans laquelle sont rassemblés de nombreux textes emblématiques de ce que fut l'une des plus grandes entreprises de la pensée en Occident.

Écoutons l'auteure :

« Port-Royal est un biais privilégié pour comprendre l'histoire politique, religieuse et intellectuelle du Grand Siècle. Comment un petit couvent sans éclat, perdu dans la vallée de Chevreuse, a-t-il pu s'imposer, en quelques années, comme le centre spirituel, culturel et moral de la France ? Fleuron de la réforme catholique, au cœur de la plus importante querelle théologique d'alors – celle du jansénisme –, le monastère de Port-Royal, auquel furent liés, de près ou de loin, les plus grands écrivains (Pascal, La Rochefoucauld, Racine, Mme de Sévigné...), irradia la société de son temps.

C'est en 1608, sous l'impulsion de la mère Angélique, que commence la réforme de Port-Royal : la jeune femme décide de mettre en œuvre au monastère la "règle de stricte observance". S'imposant dès lors comme un modèle de rigueur et d'austérité, Port-Royal commence son irrésistible ascension. L'abbé de Saint-Cyran y prêche, diffusant la doctrine de son ami Jansénius, imprégnée d'augustinisme. Il y fonde les Petites Écoles, qui révolutionnent l'enseignement – alors monopole des jésuites.

Port-Royal attire de nouvelles vocations, mais aussi des femmes du monde, qui viennent s'y retirer, ou encore les "Solitaires" – ces hommes désireux de mener une vie tournée vers Dieu sans pour autant entrer dans les ordres et qui, pour ne pas déroger à l'exigence de labeur, s'illustreront par des travaux remarquables, parmi lesquels la première traduction en français moderne de la Bible. Promouvant l'exigence spirituelle contre le faste et l'ostentation des biens de ce monde, Port-Royal ne pouvait que s'attirer les foudres de Louis XIV, dont le règne était marqué par le culte du moi et du divertissement : après avoir brillé au milieu des persécutions, l'abbaye fut finalement rasée en 1712, sur ordre du roi, qui souhaitait qu'il n'en demeurât pas un seul vestige.

Comprendre à quoi tient la puissance singulière de cette poignée de femmes et d'hommes dévoués à Dieu, scruter les plis de leurs vies, traquer leurs voix au plus juste de ce qu'elles furent... Voilà ce que propose cette anthologie, qui rassemble des textes d'auteurs célèbres (Pascal, Racine, Saint-Cyran, Lemaistre de Sacy, etc.) comme de religieuses anonymes. On y découvrira l'histoire de l'abbaye, de sa fondation à sa destruction ; la description des lieux et des activités quotidiennes ; les Vies des principales personnalités de Port-Royal ; des écrits spirituels ; des récits de captivité de religieuses...

Formant un fabuleux gisement narratif, cet ensemble de textes d'époque, d'une qualité littéraire remarquable, fait renaître tout un pan de l'âge classique. »

Une référence absolue sur un sujet véritablement passionnant à propos duquel le grand philosophe marxiste Lucien Goldmann (1913-1970) écrivit dans Le Dieu caché (1955) que « la révolution, c'est l’engagement des individus dans une action qui comporte le risque, le danger d’échec, l’espoir de réussite, mais dans laquelle on joue sa vie ».

Bernard DELCORD

Port-Royal, anthologie présentée par Laurence Plazenet, Éditions Flammarion, collection « Mille et une pages », octobre 2012, 1323 pp. en noir et blanc au format 14 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

30 12 12

Valeurs vintage…

La Patrouille des Castors, l’intégrale 3.gifAvec La Patrouille des Castors, l’intégrale 3 (un fort album paru aux Éditions Dupuis à Marcinelle) se poursuit la réédition en fac-similé des aventures des boys scouts qui enthousiasmèrent jadis les lecteurs du Journal de Spirou, avec cette fois « Le Traître sans visage » (publié en 1962), « Le signe indien » (1963), « Les loups écarlates » (1964) et « Menace en Camargue » (1965), quatre aventures palpitantes où l'héroïsme côtoie le partage, l'altruisme, l'ingéniosité et les bons sentiments – ce qui, par les temps qui courent de pleutrerie, de compétition, d'individualisme, de grégarisme et d'égoïsme, dans les bandes dessinées comme dans le monde réel, ne manque vraiment pas de fraîcheur, fût-elle quelque peu naïve...

Scénarisée par Jean-Michel Charlier et dessinée par MiTacq, cette série mythique a tenu en haleine, entre 1954 et 1994, des générations de jeunes lecteurs avides de connaître, chaque mercredi, la suite des périls et des péripéties affrontés par Mouche, Poulain, Faucon, Chat et Tapir, de braves petits gars qui n'avaient pas froid aux yeux et savaient se comporter en « chics types »...

Ô tempora, ô mores !

Bernard DELCORD

La Patrouille des Castors, l’intégrale 3 par MiTacq et Charlier, Marcinelle, Éditions Dupuis, juillet 2012, 254 pp. en quadrichromie au format 22 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 28 €

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27 12 12

Plus clair et complet que ça, tu meurs !

Le marketing.jpgS'adressant non seulement aux étudiants de licence et de master en marketing et en management, aux étudiants en dernière année de lycée à orientation gestion, mais aussi aux professionnels du secteur (entreprises, consultants, formateurs), l'imposante somme des spécialistes britanniques Paul Baines, Chris Fill & Kelly Page parue dans sa traduction française aux Éditions De Boeck à Louvain-la-Neuve sous le titre Le marketing. Des fondamentaux à la pratique contemporaine constitue sans conteste le nec plus ultra en la matière, tout en demeurant parfaitement accessible à tout amateur intéressé.

C'est que l'ouvrage, à l'édition duquel votre serviteur a apporté sa modeste contribution, est construit autour de sept points forts :

1. Son approche est à la fois pédagogique, pragmatique et managériale : chaque chapitre se termine par un résumé, des questions de révision, des thèmes à débattre, des références bibliographiques et des renvois au site Web.

2. Son propos est international car il intègre des exemples de pays francophones (France, Belgique, Québec et Suisse).

3. Ses auteurs sont à la fois professeurs d'université et actifs dans la vie professionnelle.

4. Son positionnement est très ouvert et son approche actuelle et dynamique amène le lecteur à réfléchir pour mieux mémoriser ensuite.

5. Tout en couleur, il est illustré de nombreux encadrés, études de cas, photos et figures.

6. Il se termine par un glossaire de plus de 500 entrées avec les termes en français et en anglais, un index des notions et un index des noms propres.

7. Il est doté sur Internet d'un site compagnon (www.lemarketing.deboeck.com) proposant de nombreuses ressources complémentaires.

Les auteurs vont à la rencontre des lecteurs, en s’intéressant d’abord à leurs propres comportements face à des situations marketing réelles et concrètes, et ils invitent les lecteurs à y réfléchir. L’ouvrage adopte ainsi une démarche innovante et chaque chapitre est rédigé selon un même fil conducteur :

– présentation d’un aperçu illustratif ;

– des questions sur le problème que soulève cet aperçu ;

– des réflexions, explications, citations de chercheurs de référence, ainsi que des propositions  de compléments illustratifs sur le site ;

– en fin de chapitre, une synthèse qui relie les points clés dans un ordre rationnel, des questions de révision et des questions de discussion, ainsi qu’une bibliographie.

Un manuel limpide et précis qui met le marketing à la portée de tous...

Bernard DELCORD

Le marketing. Des fondamentaux à la pratique contemporaine par Paul Baines, Chris Fill & Kelly Page, adaptation française et avant-propos par Jacques Dioux, traduction française de Nathalie Tramonte, préface de Jean-Watin-Augouard, postfaces de Patrick Gabriel & Emmanuelle Le Nagard, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, juillet 2012, 775 pp. en quadrichromie au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 59,50 €

26 12 12

« Quid novi sub sole ? Nihil... » (Quoi de neuf sous le soleil ? Rien...)

Lettre à mon frère pour réussir en politique.jpgNé à Arpinum, à 100 km au sud-est de Rome, Quintus Tullius Cicero (103/2-43 av. J.-C.) est le frère cadet de Marcus, le fameux avocat Cicéron. Ayant reçu à l'instar de aîné une solide formation intellectuelle en droit, rhétorique et philosophie, il gravit le cursus honorum (questure, édilité) et devient légat de Pompée en Sardaigne (57) puis de César en Gaule (54).

En 64, il avait rédigé une Lettre à mon frère pour réussir en politique (parue dans sa traduction française aux Éditions Les Belles Lettres à Paris), un petit manuel de campagne électorale (Commentariolum petitionis) dans lequel il expose 58 astuces pour être élu à Marcus qui prépare alors sa candidature au consulat (Cicéron sera d'ailleurs brillamment élu l'année suivante à la magistrature suprême).

Les conseils qu'il y dispense demeurent d'une actualité brûlante et l'on ne peut qu'être grandement admiratif à leur lecture tant l'auteur a fait preuve de clairvoyance, d'intelligence, de subtilité – et de pérennité.

Qu'on en juge par ces mots : « ... il faut parler de cette autre part de l'activité d'un candidat qui consiste à s'assurer la faveur du peuple. Cela exige que l'on connaisse les électeurs par leur nom, qu'on sache les flatter, qu'on soit assidu, qu'on soit généreux, qu'on excite l'opinion, qu'on éveille des espérances politiques. D'abord, le soin que tu prends de bien connaître les citoyens, fais-le paraître à tous les yeux, et perfectionne cette connaissance chaque jour. Je crois qu'il n'y a rien qui rende plus populaire et dont on vous sache plus gré. Ensuite, dis-toi bien que ce qui n'est pas dans ta nature, tu dois savoir feindre assez pour avoir l'air de le faire naturellement. Par exemple, l'aménité, celle qui convient à un homme bon et aimable, ne te fait pas défaut, mais cela ne suffit pas, la flatterie s'impose : elle a beau être mauvaise et avilissante dans la vie ordinaire, elle n'en est pas moins, quand on est candidat, une nécessité. Elle est coupable, en effet, quand elle corrompt l'homme à qui elle s'adresse ; quand elle le rend plus bienveillant, elle est moins à blâmer, et elle constitue vraiment une nécessité pour le candidat dont l'air, la physionomie, le langage doivent être changeants et s'adapter aux façons de penser et de sentir de tous ceux qu'il aborde ».

Cela ne vous fait penser à personne ?

À la mort de César, le triumvirat (Lépide, Marc-Antoine et Octavien) décide la proscription des deux frères et Quintus est assassiné sur la route qui le mène de Tusculum à Arpinum, à la fin novembre ou au début décembre 43.

Ce qui n'arrive plus guère, convenons-en, à nos élus.

Vous avez dit : « Dommage... » ?

Bernard DELCORD

Lettre à mon frère pour réussir en politique par Quintus Cicéron, traduction de L. A. Constans, Paris, Éditions Les Belles Lettres, janvier 2012, 101 pp. en noir et blanc au format 8 x 11 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 2,80 € (prix France)