11 03 13

Le Sardanapale byronien des lettres françaises…

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly.jpgRassemblant Une vieille maîtresse (1851), L'Ensorcelée (1855), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874), Une page d'histoire (1886), Troisième Mémorandum (1883, rédigé en 1856) et Cinquième Mémorandum (1966, posthume, rédigé entre 1864 et 1886), la compilation des Romans de Jules Barbey d'Aurevilly parue récemment aux Éditions Gallimard dans la collection « Quarto » constitue, à n'en pas douter, un must pour tous les amateurs de littérature puissante et baroque, « interpellante » (comme on dit aujourd'hui en moldo-valaque) et loin de tout politiquement correct, ce qui, on en conviendra, est tout à la fois alléchant et réjouissant.

C'est que ce dandy des lettres, découvreur de Stendhal et réhabilitateur de Balzac, brillant polémiste contempteur de la modernité, du positivisme, du Parnasse et des hypocrisies du parti catholique, réactionnaire en diable (Hugo, Flaubert et Zola ne prisèrent guère ses assauts qui au contraire plurent, par la suite, à Charles Baudelaire, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Paul Morand, Georges Bernanos et Marcel Proust) et à qui ses amis catholiques n'eussent jamais donné le bon Dieu sans confession, n'avait pas sa plume en poche et n'hésitait pas – horresco referens pour les béni-oui-oui de tous bords – à appeler un chat un chat et, le cas échéant, une chatte une chatte.

Écoutons son éditrice scientifique, Judith Lyon-Caen :

« Passionnément attaché à Dieu et au Roi, par haine de la tiédeur, exécration de toute recherche de consensus, goût de la radicalité, Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) peuple de fantômes le vide du présent dans ce lieu ouvert à toutes les résurgences du passé qu'est le Cotentin – un Ouest où le temps ne passe pas comme ailleurs, et dont il enveloppe les petites villes, jadis aristocratiques et bretteuses, d'un regard nostalgique.

Ce faisant, les romans de Barbey disent ce qu'aucune philosophie politique, ni aucune historiographie ne théorise ni ne figure : ils parlent du passé, comme ce qui hante, ce qui trouble, ce qui revient. Dissimulé derrière le stéréotype du vieux dandy catholique, monarchiste et scandaleux de la décadence fin de siècle, le romancier déborde d'une énergie littéraire qui parle à la fois de sexe, de politique, et des paysans de brumes – forgeant ainsi un singulier rapport à la mélancolie.

Il faut saisir la force de l'histoire dans ses romans, non seulement quand ils racontent des épisodes de la Chouannerie, mais jusque dans la peinture des enfers de la passion et du désir. Dans l'univers aurevillien, le mouvement de l'histoire et le rapport au temps s'incarnent, à proprement parler, et le sexe y est d'autant plus brutal, tourmenté, scandaleux, qu'il est historique et politique : les passions racontent la violence de l'histoire, qui marque les corps. »

Une lecture ô combien revigorante !

Bernard DELCORD

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly, édition établie et présentée par  Judith Lyon-Caen, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », février 2013, 1216 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

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09 03 13

Histoire d'une catastrophe politico-militaire

La guerre de Viêt Nam.jpgDirecteur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et toujours disponible en librairie.

Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le « général » Vo Nguyên Giap (né en 1911 et aujourd'hui âgé de 101 ans), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose…

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, octobre 2011, 833 pp. en quadrichromie au format 15,6 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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23 02 13

Le tour du monde en un seul livre…

Le Petit Larousse illustré 2013.gifComplété d'un « anti-fautes de conjugaison » et plus riche que jamais, Le Petit Larousse illustré 2013 rassemble 150 000 définitions (de 62 000 mots et de 28 000 noms propres complétées des fameuses citations latines, grecques et étrangères, d'une chronologie universelle illustrée de 1 250 événements, de 400 encadrés et de 4 000 éclaircissements encyclopédiques sur les sujets-clés du savoir) ainsi que 5 000 images (des dessins, des schémas, des photographies, 350 cartes et plus de 120 planches)…

On y trouve bien entendu des mots nouveaux, relevant par exemple du domaine des sciences et de la médecine (biofilm, comorbidité, cryptozoologie, polymérase...) ou de la technologie (informatique en nuage, fadette, morphose, streaming, twitter...), de la vie quotidienne (bientraitance, bobologie, chibani, taper l'incruste...), des arts et spectacles (caméo, contre-ténor, feuilletonnesque, gnawa, goncourable...), de l'environnement (décarboner, éolien, gaz de schiste...), de la vie sociale, économique et politique (brigadiste, dette souveraine, gouvernance...), des régions (cagole, carasson, chabin, kéké...) et de la francophonie (bissab, Bob, bas-culotte, botsard, bracaillon...)

Ainsi que des personnalités nouvelles, à l'instar de Julian Barnes, écrivain britannique, Pierre Bergounioux, écrivain français, Andrea Bocelli, ténor italien, Rachid Boudjedra, écrivain algérien, Michel Bras, cuisinier français, Madame Carven, couturière française, Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre et psychanalyste français, Elio Di Rupo, homme politique belge, Jean Dujardin, acteur français , Pierre Gagnaire, cuisinier français, Michel Galabru, acteur français, Justine Hénin, joueuse de tennis belge, Jules Hoffmann, biologiste français d’origine luxembourgeoise, René Jacobs, haute-contre et chef d’orchestre belge, Agota Kristof, écrivaine suisse d’origine hongroise, Jacques Lacoursière, historien canadien, Michael Lonsdale, acteur français, Sidney Lumet, cinéaste américain, Lionel Messi, footballeur argentin et espagnol, Jean Piat, acteur français, Jean-Claude Pirotte, écrivain belge, Teddy Riner, judoka français, Sonia Rykiel, couturière française, les Simpson, série d’animation télévisée américaine, Jean Van Hamme, scénariste belge de bandes dessinées, Fred Vargas, écrivaine française...

Il y en a vraiment pour tous les goûts !

Bernard DELCORD

Le Petit Larousse illustré 2013, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, juin 2012, 1934 pp. en quadrichromie au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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21 02 13

Un sésame universel

Passeport pour le monde.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter des guides gastronomiques DELTA puis mise en ligne sur leur site Internet (www.deltaweb.be) :

Sous-titré Manuel de savoir-vivre à l'usage des jeunes, le sympathique Passeport pour le monde de Patricia de Prelle et Eleonora Balsano paru aux Éditions Soliflor à Bruxelles devrait figurer non seulement dans la bibliothèque des grands adolescents (et de leurs parents), mais aussi dans celle de toutes les écoles secondaires ou supérieures et de toutes les universités de la francophonie !

Sans oublier celle des hommes d'affaires et des touristes qui sillonnent la planète, bien entendu...

Car si ce livre traite son sujet avec humour et légèreté (en recourant aux notions de top et de flop, par exemple), il n'en décrit pas moins par le menu les bons usages et la politesse d'ici et d'ailleurs, permettant ainsi au lecteur d'évoluer correctement dans un monde où le savoir-vivre, parce qu'il est de plus en plus galvaudé, constitue une valeur appréciée ouvrant toutes grandes les portes de l'ensemble des sociétés humaines.

Pour ce faire, les auteures se sont inscrites, en l'actualisant, dans le droit fil du De civilitate morum puerilium, un traité sur la civilité des mœurs destiné à la jeunesse qu'Érasme rédigea en 1529.

Composé en cinq parties reposant sur les cinq sens (la vue, le goût, l'odorat, l'ouïe et le tact), ce vade-mecum explique donc quel look adopter en fonction des circonstances, la façon de se présenter, les salutations, les attitudes positives, les manières à table selon que l'on partage un repas entre copains, que l'on est invité à un dîner plus formel ou que l'on mange au restaurant, le contrôle des effluves corporels, des parfums d'ambiance et des odeurs de tabac, la façon d'écouter, de parler (au téléphone ou en public) et d'être entendu, les règles de courtoisie linguistique, la façon de faire montre de tact au sein de la famille, envers la personne que l'on aime, avec ses hôtes, ses amis (y compris sportifs ou artistes), ses voisins, ses colocataires, ses professeurs et ses condisciples, ses collègues ou ses supérieurs, envers les usagers de la route, le médecin (ou le patient), les personnes qui vous servent... et même la famille royale !

À l'heure où l'on dénonce les incivilités dans tous les azimuts, nous ne saurions quant à nous trop recommander l'acquisition, la lecture et l'application des préceptes de cet ouvrage ô combien destiné aux citoyens du monde !

Bernard DELCORD

Passeport pour le monde par Patricia de Prelle et Eleonora Balsano, Bruxelles, Éditions Soliflor, novembre 2012, 167 pp. en quadrichromie au format 15 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 15 €

Pour vous, nous avons extrait de cet ouvrage bien utile les quelques conseils suivants :

À table à l'étranger

De par le monde, reste discret lorsque tu reconnais quelqu'un au restaurant. Un signe de la main fera l'affaire. Pas de présentations ni d'effusions.

Invite tes copains étrangers dans des restos en accord avec leurs convictions alimentaires.

En Espagne, dans les bars à tapas, tu « tapes » tout par terre.

Aux Pays-Bas, la tartine se déguste comme un plat cuisiné, avec couteau et fourchette.

En Russie, jeune femme, tu ne paies jamais l'addition, même dans un contexte professionnel. Si tu le fais, cela peut être interprété comme une avance.

Flop : de retour d'un voyage aux États-Unis, demander son doggy bag dans un restaurant étoilé.

Aux États-Unis, même dans un troquet, ne te précipite pas sur la première table libre, mais attends que le préposé aux places te mène à la table qu'il t'a choisie.

Aux États-Unis ou au Moyen-Orient, laisse toujours un pourboire au serveur. Il n'y a qu'au Japon et en Chine que tu feras des économies sur le pourboire, car il ne s'y pratique absolument pas.

Dans les pays musulmans, assure-toi que tes convives ne voient pas d'inconvénient à ce que tu boives de l'alcool.

Au Maghreb, tu dînes sur un pouf et tu peux te servir avec les doigts de la main droite, mais uniquement les trois premiers, dont le pouce pour faire pince.

En Inde, tu peux, en tant que femme, payer l'addition seulement s'il s'agit d'un rendez-vous professionnel.

En Chine, l'invité principal est toujours assis à la droite de l'hôte et, si tel était ton cas, c'est à toi qu'incomberait le choix du menu. Suivant la place qui te sera attribuée, tu comprendras aisément où tu te situes dans la hiérarchie. Si tu as la chance d'être placé face à la porte d'entrée, c'est de très bon augure.

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13 02 13

À la guerre comme à la guerre...

 

Penser la guerre Clausewitz, volume 1.gifAprès avoir participé à la campagne de Waterloo en tant que chef d'état-major du 3e corps d'armée prussien du général Thielmann, le stratège prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), dans son essai De la guerre rédigé entre 1816 et 1830 (un texte fortement inspiré par les idées hégéliennes compilé puis publié par son épouse en 1832 après sa mort), a donné une définition novatrice des conflits armés, qu'il compare à un duel : « La guerre est un acte de violence dont l'objectif est de contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté ». Cette thèse une fois posée, il analyse son antithèse selon la méthode dialectique, en écrivant : « La guerre n'est qu'un prolongement de la politique par d'autres moyens ».

L'interprétation qui a été faite en France de cet ouvrage, notamment par Ferdinand Foch, a conduit à la stratégie de l'offensive à outrance en 1914, mais d'autres guerriers du XXe siècle s'en sont inspirés, notamment le général nord-vietnamien Giap qui n'était pas militaire mais historien et infligea aux États-Unis –et de quelle manière – la seule défaite de leur histoire...

Le texte de Clausewitz fit l'objet d'une étude monumentale par Raymond Aron (1905-1983) parue en 1976 sous le titre Penser la guerre, Clausewitz, dont les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti en 2009, dans la fameuse collection « Tel », les deux volumes magistraux (L'âge européen et L'âge planétaire) toujours disponibles en librairie.

Disciple (à l'École normale supérieure) de Jean-Paul Sartre dont il fut l'exégète très averti et très critique, Raymond Aron qui était philosophe, sociologue, politologue et journaliste français (dans les colonnes du Figaro pendant trente ans, puis à L'Express), fut autant un chantre du libéralisme qu'un spécialiste incontesté de l'œuvre de Karl Marx et d'Alexandre Kojève, et ses cours au Collège de France attiraient les foules autant qu'elles déchaînaient les passions.

Penser la guerre Clausewitz, volume 2.gifSous la plume de Raymond Aron, la pensée de Clausewitz retrouve sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive. Dans le premier volume, l'auteur reconstruit, avec une rigueur exemplaire, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre. Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapports à Montesquieu, à Kant ou à Hegel – sur tous ces sujets, Aron formule des analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands.

Le second volume prend l'exacte mesure de la place de Clausewitz dans le monde contemporain. Les grandes écoles d'état-major l'enseignent, Moltke comme Foch, Lénine comme Mao Tsé Toung l'ont lu, étudié ou appliqué. Qui d'entre tous s'y montre le plus fidèle ? Clausewitz peut-il lui-même être tenu pour responsable des massacres militaires et civils de la Première Guerre mondiale ou bien pour le plus farouche procureur contre la guerre d'anéantissement menée par Hitler ? Grâce à son échec dans l'action (il est mort du choléra et n'a pas pu appliquer ses théories), Clausewitz, tel Machiavel, a trouvé le loisir et la résolution d'achever au niveau de la conscience claire la théorie d'un art qu'il a imparfaitement pratiqué. Son héritage consiste en deux idées maîtresses : le principe d'anéantissement et la suprématie de l'intelligence politique sur l'instrument militaire. Pour Aron, l'arme nucléaire confirme la deuxième et modifie le sens de la première.

Du concentré d'intelligence, applicable aujourd'hui à la compréhension de la guerre d'Afghanistan et peut-être demain de celle du Mali...

Bernard DELCORD

Penser la guerre, Clausewitz (L'âge européen et L'âge planétaire) par Raymond Aron, Paris, Éditions Gallimard, collection « Tel », novembre 2009, 472 + 365 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,15 € et 8,15 € (prix France)

12 02 13

Liste des gagnants du concours des guides Delta

Guide Delta Belgique 2013.jpgVoici la liste de nos lecteurs qui ont gagné un Guide Delta des hôtels et des restaurants de Belgique 2013 :

Anne-Marie HENNUY

Vinod ARGUESO

Gaëtan VEEVAETE

Éric MERKEN

Auriane GOFFAUX

Christel MASSART

Stéphane DIMITRIOU

Alain SCHOOVAERTS

Jeremy DUBART

Natacha MORDANG

Ils recevront prochainement leur exemplaire par courrier postal.

Toutes nos félicitations !

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06 02 13

La nouvelle guerre de Cent Ans...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien.gifPréfacé par Pascal Boniface (qui dirige dans la capitale française le célèbre Institut de Relations Internationales et Stratégiques – IRIS), l'excellent petit essai de Paul Gerbaud intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels » aborde, par un texte limpide richement illustré, ce qui constitue désormais la plus longue foire d'empoigne de l'histoire contemporaine.

L'exposé remonte à la gestion de la Palestine sous l'empire ottoman pour arriver aux problématiques contemporaines du partage de Jérusalem et de l'accès à l'eau en passant par la naissance du sionisme, les conséquences de l'antisémitisme en Europe au XIXe siècle, le concept d'aliyah, les premières exploitations agricoles juives en Terre Sainte, l'émergence du nationalisme arabe, les suites de la déclaration Balfour durant la Première Guerre mondiale, l'exercice du mandat britannique sur la Palestine, la naissance de la Haganah et de l'Agence juive, les massacres de Juifs à Hébron et à Safed par les Arabes en 1929, le génocide juif de 1941-1945, les attentats criminels des terroristes juifs de l'Irgoun et du Groupe Stern, la création de la Ligue arabe, l'épisode de l'Exodus, la naissance de l'État d'Israël et de Tsahal, l'exode des Palestiniens (la Nakba de 1948 et après), leur entassement dans des camps, leurs actes de résistance armée, la crise de Suez en 1956, la fondation du Fatah par Yasser Arafat, de l'OLP par la Ligue arabe, la guerre des Six jours en 1967, l'attentat palestinien aux Jeux olympiques de Munich en 1972, la guerre du Yom Kippour en 1973, la guerre civile au Liban en 1975, l'intervention israélienne dans ce pays en 1982, les massacres de Sabra et de Chatila, les Intifada de 1987 et de 2000, la création du Hamas, les accords d'Oslo de 1993, la création de l'Autorité palestinienne, la naissance du Jihad islamique, la prise de contrôle du Hamas dans la bande de Gaza en 2006, l'érection du Mur de sécurité autour d'Israël, son expansion coloniale et la régression des conditions de vie des Palestiniens en Cisjordanie occupée...

On y croise des personnalités aussi diverses que Theodor Herzl, Edmond-James de Rotschild, Lawrence d'Arabie, Chaïm Weizmann, Zeev Jabotinsky, Fayçal ibn Hussein, Amin al-Husseini, David Ben Gourion, Moshe Dayan, le roi Hussein de Jordanie, Anouar el-Sadate, Golda Meir, Menahem Begin, Bachir Gemayel, Ariel Sharon, Itzhak Rabin, Ehaud Barak, ou Mahmud Abbas, autant d'acteurs (bons ou mauvais) d'un drame qui n'en finit pas de faire souffrir deux peuples tout en attisant les haines et les passions dans la région et aux quatre coins de la planète.

Un ouvrage que chacun se devrait de  lire, que ses sympathies politiques aillent vers l'une ou l'autre des parties en guerre...

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par Paul Gerbaud, préface de Pascal Boniface, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,90 € (prix France)

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04 02 13

Des artistes hors pairs...

Les Magnifiques.jpgLe journaliste belge Nicolas Crousse (il officie désormais dans les colonnes du Soir) a fait paraître aux Éditions Flammarion à Paris un fort intelligent essai intitulé Les Magnifiques Une autre histoire de la chanson française, consacré aux géants de la chanson à texte et aux grands interprètes que furent, après la Seconde Guerre mondiale, Georges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel, Boris Vian, Jean Ferrat, Barbara, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Yves Montand, Serge Reggiani, Charles Aznavour, Claude Nougaro et Serge Gainsbourg...

Écoutons l'auteur :

« Rien ne les rassemble, sinon la musique. Une formidable envie de chanter. Et la nécessité de s'épancher dans des cabarets de fortune, qui, dès la Libération, sortent de terre comme des champignons. Ils se croisent alors. Apprennent à se connaître. S'aiment, se fâchent, mesurent leurs talents. Et ne caressent qu'un rêve : faire entendre leur voix. Ils ne sont pas à la mode. Ne font ni dans la chanson de crooner, ni dans les numéros de distraction. Non : ils racontent le mal de vivre. Chantent les poètes maudits. Fraient avec l'existentialisme. Libèrent les mœurs. Se mêlent de politique. Surtout, ont de drôles de gueules. Tout en leur défaveur ! Et pourtant, ce sont les mêmes qui vont devenir beaux, puissants de charisme, atteints par le panache. Ovationnés par des salles debout. Et bientôt intronisés de leur vivant "monstres sacrés"... ».

L'ouvrage jette un regard original, très perspicace et parfois fort inattendu sur les liens que tissèrent dans la vie et sur les planches ces orfèvres des mots, de la musique et de la voix qui ont bercé l'imagination et les révoltes de trois générations.

Et gageons que la quatrième pourrait suivre...

Bernard DELCORD

Les Magnifiques Une autre histoire de la chanson française par Nicolas Crousse, Paris, Éditions Flammarion, collection « Pop culture », mai 2012, 267 pp. en noir et blanc au format 15 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)

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01 02 13

So British!

L'amour, toujours l'amour.gifAuteure d'essais décapants (J'ai épousé un Français, Snobismes et voyages), de biographies remarquées (Le Roi Soleil, Madame de Pompadour, Voltaire amoureux) et traductrice dans la langue de Shakespeare de La Princesse de Clèves, la très francophile, très noble et très Honorable romancière britannique Nancy Mitford (Londres, 1904–Versailles, 1973) – elle était l'aînée des six filles du baron Redesdale et exerça un rôle prépondérant dans la vie mondaine des deux côtés du Channel – évoque avec humour le milieu aristocratique de l'Angleterre de l'entre-deux-guerres dans ses romans, dont À la poursuite de l'amour, qui obtint un succès colossal à sa parution en 1945.

Les Éditions Omnibus à Paris ont eu l'excellente idée de faire reparaître la version française ce best-seller, accompagnée de trois autres textes (L'amour dans un climat froid, Le Cher Ange et Pas un mot à l'ambassadeur), dans une belle compilation au titre très Frenchy, L'amour, toujours l'amour, véritable condensé de drôlerie, de finesse et d'esprit, plein de fantaisie et de gaieté, dont le thème central est l'amour : celui dont rêvent les fillettes exaltées, celui que plus tard elles espèrent et recherchent, celui qu'elles manigancent ou encore celui qu'elles croient trouver dans le mariage.

Un bijou d'humour, serti dans ce mélange de tradition et d'excentricité propre à la haute société anglaise et qui fait le charme indémodable de la parfois perfide Albion...

Bernard DELCORD

L'amour, toujours l'amour par Nancy Mitford, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 928 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 27 € (prix France)

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