25 03 13

Beaux et/ou noirs dess(e)ins...

Dictionnaire illustré de la bande dessinée belge sous l'Occupation.jpgL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 23/03/2013 de l'édition belge de l'hebdomadaire Marianne :

Les Éditions André Versaille à Bruxelles viennent de faire paraître sous la plume de Frans Lambeau, grand spécialiste de la question, un magnifique et passionnant Dictionnaire illustré de la bande dessinée belge sous l'Occupation traitant pour la première fois le sujet de façon exhaustive.

On y découvre non sans stupeur que les heures noires de notre pays furent aussi un âge d'or de son 9e art, voyant notamment l'éclosion ou l'affirmation du talent d'E. P. Jacobs (qui lance Le Rayon U en 1943), d'Hergé (qui illustra à l'époque cinq albums de Tintin et, en 1941, Les deux Juifs et leur pari, une fable « d'un antisémitisme primaire »), d'André-Paul Duchâteau, de Jam (le dessinateur rexiste, futur Alidor de feu l'hebdomadaire satirique Pan dont ce qu'il reste roule désormais pour le PP de Modrikamen, hélas...), de Jijé (qui crée en 1941 le personnage de Jean Valhardi), de Mitacq, de Sirius (qui donne L'Épervier bleu en 1942), de Jean-Michel Charlier, de Maurice Tillieux, de Jan Waterschoot ou de Willy Vandersteen, de grosses pointures, on en conviendra, qu'ils fussent des traîtres ou des résistants des deux côtés de ce qui n'était pas encore la frontière linguistique...

Les supports ne sont pas oubliés (le Journal de Spirou, Voilà, le Soir volé et le « faux Soir », Bravo !, Franc Jeu, Het Mannekensblad...) ni les auteurs mineurs, ni le rôle des hommes politiques de tout poil ou de la Propaganda Abteilung.

Un essai joyeusement transformé qui restera dans les annales... et sur l'estomac de certains !

Bernard DELCORD

Dictionnaire illustré de la bande dessinée belge sous l'Occupation par Frans Lambeau, préface de Philippe Goddin, Bruxelles, André Versaille éditeur, mars 2013, 334 pp. en quadrichromie au format à l'italienne 30 x 21 cm sous couverture brochée en couleur et à rabats, 34,50 €

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21 03 13

Des recettes gratinées !

 

Petits gratins et soufflés.gifLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter de février 2013 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mise en ligne sur leur site (www.deltaweb.be).

Par ces temps de froidure hivernale prolongée, quoi de plus agréable que de mettre en pratique l'une ou l'autre des 70 recettes proposées par Emmanuelle Naddeo et Christine Serbource dans leur ouvrage Petits gratins et soufflés paru à Issy-les-Moulineaux aux Éditions Atlas, une compilation de saveurs diverses destinées à être servies en entrées, allant du classique à l'original et dont chaque recette est illustrée de photographies pas-à-pas pour son exécution ?

Que l'on soit partisan des indémodables tomates farcies, du hachis Parmentier, des lasagnes de saumon à l'oseille, de la tartiflette, des oignons farcis à la viande, de la moussaka ou encore des soufflés au fromage, sans oublier les petits gratins de légumes ou de poissons, à moins que l'on ne préfère se lancer dans l'aventure d'un Parmentier aux patates douces, d'un clafoutis au poulet et au parmesan, d'un bavarois de poivrons, de flans au jambon blanc, d'un gratin dauphinois au roquefort voire d'un crumble de poires au safran ou de mini soufflés au chocolat, ce recueil de savoureuses petites préparations a tout pour réchauffer le cœur !

Bernard DELCORD

Petits gratins et soufflés par Emmanuelle Naddeo et Christine Serbource, Issy-les-Moulineaux, Éditions Atlas, collection « Les Bonnes Saveurs », septembre 2012, 159 pp. en quadrichromie au format 29 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,99 € (prix France)

Pour vous, nous avons extrait de cet ouvrage fort appétissant la recette suivante :

CRUMBLE CITRONNÉ AU MERLAN ET AUX ARTICHAUTS

Une entrée cuisinée qui peut se transformer en plat de poisson froid à la vinaigrette. Cette présentation en verrine avec le crumble citronné apporte une saveur fraîche et attrayante.

Pour 4 grandes verrines ou 8 petites.

Ingrédients :

2 filets de merlan

4 fonds d'artichauts surgelés

2 citrons verts non traités

1 cuiller à soupe de basilic haché

30 g de chapelure

40 g de beurre

3 cuillers à soupe d'huile d'olive

1 cuiller à soupe de sésame

Sel, poivre

Recette :

Lavez et essuyez les citrons verts.

Râpez- en les zestes.

Dans un bol. mélangez la chapelure, les zestes et les graines de sésame.

Faites chauffer une casserole d'eau salée et faites-y cuire les fonds d'artichauts 10 minutes. Dans une poêle, faites cuire les filets de poisson avec un peu d'huile pendant 5 minutes de chaque côté.

Salez et poivrez.

Égouttez les fonds d'artichauts et rafraîchissez-les.

Coupez-les en petits dés.

Lorsque les filets de poisson sont froids, émiettez-les grossièrement.

Répartissez les miettes de poisson et d'artichaut dans des verrines.

Faites une sauce avec l'huile d'olive, le jus d'un citron, le basilic haché, une pincée de sel et de poivre.

Émulsionnez et répartissez la sauce dans les verrines.

Faites fondre le beurre dans une poêle antiadhésive.

Versez-y le mélange de chapelure, de zeste et de sésame.

Faites dorer légèrement ce mélange en remuant avec une spatule, 1 à 2 minutes.

Salez et poivrez.

Répartissez la chapelure dans les verrines.

Coupez le second citron en rondelles, puis recoupez les rondelles en deux.

Décorez les verrines avec ces tranches de citron.

J'achète :

Vous pouvez choisir d'autres filets de poisson blanc, comme le flétan ou la sole.

Le poisson doit pouvoir s'émietter facilement.

Vous pouvez aussi utiliser des filets de poisson surgelés.

Dans ce cas, faites-les décongeler au préalable.

Pour gagner du temps, vous pouvez remplacer les fonds d'artichauts surgelés par des fonds en boîte, mais ils sont généralement moins bons.

Les citrons verts ont une saveur typique, très rafraîchissante, mais vous pouvez préférer les citrons jaunes, qui sont plus doux.

Variante :

Pour simplifier, vous pouvez supprimer le basilic et les graines de sésame.

Pour des verrines de poisson froid, sans cuisson, vous pouvez remplacer les filets par du thon au naturel (ou encore du crabe, ce qui ferait une entrée beaucoup plus onéreuse).

Mélangez-le avec une cuillerée de crème fraîche ou de mayonnaise afin qu'il soit plus moelleux et arrosez-le de vinaigrette au citron comme dans notre recette.

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13 03 13

Leçons de vie...

 

De la providence.jpgPhilosophe romain, homme d'État et écrivain, Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca) est né dans l'actuelle Cordoue, en Espagne, vers 4 avant Jésus-Christ et est mort le 12 avril 65.

Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron, Sénèque fut pour un temps précepteur et mentor de ce dernier avant d'être discrédité et acculé au suicide. Ses traités philosophiques comme De la colère, Sur la vie heureuse (en latin, De Vita beata) ou De la brièveté de la vie (De Brevitate vitæ), et surtout ses Lettres à Lucilius exposent ses conceptions philosophiques stoïciennes : « Le souverain bien, c'est une âme qui méprise les événements extérieurs et se réjouit par la vertu ».

Dans De la providence dont l'excellente traduction française du professeur en Sorbonne Émile Bréhier (1876-1952) vient d'être rééditée chez Gallimard dans la collection « Folio 2 € sagesse », il s'adresse à son ami Lucilius en adoptant le point de vue divin pour expliquer « pourquoi, si le monde est régi par une providence, les gens de bien éprouvent tant de maux ».

En voici la conclusion :

« Bravez la mort : elle est pour vous le néant ou une nouvelle vie. Avant tout j’ai voulu qu’on ne pût vous retenir malgré vous : la retraite est ouverte. Renoncez-vous à combattre ?

Fuyez, vous êtes libres ; de toutes les nécessités que je vous ai imposées, il n’en est point que j’aie rendue plus facile que la mort. Votre âme est sur une pente rapide, entraînante. Ouvrez les yeux, et voyez combien est court et dégagé le chemin qui mène à la liberté. Je n’ai pas mis d’aussi longs obstacles à la sortie qu’à l’entrée de cette vie. Le sort aurait eu sur vous trop d’empire, si l’homme avait autant de peine à mourir qu’à naître. Pas d’instant, pas de lieu qui ne vous enseigne combien il est aisé le rompre avec la nature et de lui renvoyer son présent. (...) Ce qu’on appelle mourir, cet instant où l’âme se sépare du corps passe trop vite pour être saisi dans sa rapidité. Que les étreintes d’un lacet vous suffoquent, que l’eau vous intercepte la respiration ; que la dureté du sol où se fait votre chute vous fracasse la tête ; que des charbons ardents avalés ferment passage à l’air que vos poumons exhalent, quel que soit le moyen, l’effet est prompt. Ne rougissez-vous pas de craindre si longtemps ce qui dure si peu ? »

Vu comme ça, évidemment…

Bernard DELCORD

De la providence suivi de Lettres à Lucilius (lettres 71 à 74) par Sénèque, traduction d'Émile Bréhier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio 2 € sagesses », janvier 2013, 96 pp. en noir et blanc au format 10,8x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 2 €

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12 03 13

Pour cuisiner sur un rythme endiablé !

Pudding Rock se met à table.jpgFemme à la personnalité intéressante et affirmée, autodidacte passionnée de cuisine et chef inspirée, Danièle Zaif a ouvert trois restaurants dans la capitale de l'Europe : Eat & love, Cooking et Pudding Rock, dans lesquels elle s'est attelée à revisiter le lunch du midi, en faisant une découverte quotidienne, en multipliant verrines et petits plats, en faisant s’entrechoquer les saveurs et les épices, en passant avec bonheur d’un bon pain de veau maison aux brochettes de poulet à l’indienne, à un velouté de panais ou à une tagliata de bœuf grillé aux framboises...

Elle a aussi fait paraître , aux Éditions Racine à Bruxelles, un recueil de recettes fort justement intitulé Pudding Rock se met à table dans lequel elle partager avec ses nombreux aficionados les grands et les petits secrets de ses nombreuses trouvailles culinaires.

C’est frais, c’est bon, c’est inventif, que demander de plus ?

Bernard DELCORD

Pudding Rock se met à table par Danièle Zaif, photographies de Mireille Roobaert, Bruxelles, Éditions Racine, mai 2012, 184 pp. en quadrichromie au format 20 x 25 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,95 €

Pour vous, nous avons extrait de cet ouvrage sans chichis la recette suivante :

CARBONNADES PAS SI FLAMANDES QUE ÇA !

Pour 4 personnes

Préparation : 25 minutes

Cuisson : 2 heures

Ingrédients :

l poignée de mélange de dattes, mangues, écorces d'oranges confites

l kg de carbonnades de bœuf

2 oignons coupés en petits morceaux

10 g de moutarde de Dijon

30 g de cassonade

l bouquet garni (thym, laurier, vert de poireau, persil plat)

4 tranches de pain d'épices

20 g de beurre

l grande bouteille de bière brune de Chimay

l cuillère à café de vinaigre blanc

Sel et poivre du moulin

Recette :

Faire revenir la viande dans une poêle avec un peu de beurre.

Réserver la viande.

Faire suer les oignons dans la même poêle.

Ajouter la cassonade et faire caraméliser.

Répartir la viande égouttée sur les oignons, couvrir de bière.

Verser une cuillère à soupe de vinaigre et déposer le bouquet garni.

Déposer les tranches de pain d'épices tartinées de moutarde, sel, poivre, une poignée de figues, dattes et écorces d'orange (mélangées).

Couvrir et enfourner à l00°C ou sur un feu très doux pendant 2 heures.

Astuce :

Si la sauce est trop liquide, réchauffer en enlevant le couvercle pendant une dizaine de minutes.

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11 03 13

Peintures sonores...

Watteau (La Leçon de musique).gifCoédité par les Éditions Skira à Milan et Flammarion à Paris, le splendide catalogue de l'exposition « Antoine Watteau. La Leçon de musique » qui se tient au Palais des Beaux Arts de Bruxelles jusqu'au 12 mai 2013 et a été organisée en collaboration avec le Palais des Beaux-Arts de Lille, après un entretien entre William Christie (chef d’orchestre, claveciniste, directeur musical des Arts Florissants et membre de l'Académie des Beaux-Arts à Paris) et Pierre Rosenberg (de l'Académie française, président-directeur honoraire du musée du Louvre et auteur du catalogue raisonné des dessins de Watteau), expose avec brio la part de l'œuvre (un bon tiers de sa production) du peintre français – il est né à Valenciennes le 10 octobre 1684 et mort à Nogent-sur-Marne le 18 juillet 1721 – consacrée à la représentation de musiciens, d'instruments, de bals ou de scènes théâtrales, mais aussi de fantaisies galantes et de tableaux champêtres.

Publié sous la direction de Florence Raymond (attachée de conservation en charge du département XVIIIe siècle au Palais des Beaux-Arts de Lille) presque trente ans après la rétrospective qui lui avait été consacrée au Grand Palais en 1984 et présentant de manière inédite des peintures, des dessins et des gravures de Watteau mais aussi des instruments de musique, des partitions et des traités musicaux du début du XVIIIe siècle, cet ouvrage en tout point admirable comprend à la fois des essais dont les rapports entre la peinture et la musique constituent le fil conducteur et des notices rédigées par des spécialistes de disciplines aussi variées que l’art, la musique ou la neurobiologie.

Un beau – très beau– modèle de synesthésie [1]...

Bernard DELCORD

Antoine Watteau (1684-1721) La Leçon de musique, ouvrage collectif sous la direction de Florence Raymond, Milan, Éditions Skira et Paris, Éditions Flammarion, février 2013, 272 pp. en quadrichromie au format 24 ,6x 32,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 45 € (prix France)



[1] Que le Petit Larousse définit comme « une expérience subjective dans laquelle des perceptions relevant d'une modalité sensorielle sont régulièrement accompagnées de sensations relevant d'une autre modalité, en l'absence de stimulation de cette dernière (par exemple : audition colorée) ».

11 03 13

Le Sardanapale byronien des lettres françaises…

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly.jpgRassemblant Une vieille maîtresse (1851), L'Ensorcelée (1855), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874), Une page d'histoire (1886), Troisième Mémorandum (1883, rédigé en 1856) et Cinquième Mémorandum (1966, posthume, rédigé entre 1864 et 1886), la compilation des Romans de Jules Barbey d'Aurevilly parue récemment aux Éditions Gallimard dans la collection « Quarto » constitue, à n'en pas douter, un must pour tous les amateurs de littérature puissante et baroque, « interpellante » (comme on dit aujourd'hui en moldo-valaque) et loin de tout politiquement correct, ce qui, on en conviendra, est tout à la fois alléchant et réjouissant.

C'est que ce dandy des lettres, découvreur de Stendhal et réhabilitateur de Balzac, brillant polémiste contempteur de la modernité, du positivisme, du Parnasse et des hypocrisies du parti catholique, réactionnaire en diable (Hugo, Flaubert et Zola ne prisèrent guère ses assauts qui au contraire plurent, par la suite, à Charles Baudelaire, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Paul Morand, Georges Bernanos et Marcel Proust) et à qui ses amis catholiques n'eussent jamais donné le bon Dieu sans confession, n'avait pas sa plume en poche et n'hésitait pas – horresco referens pour les béni-oui-oui de tous bords – à appeler un chat un chat et, le cas échéant, une chatte une chatte.

Écoutons son éditrice scientifique, Judith Lyon-Caen :

« Passionnément attaché à Dieu et au Roi, par haine de la tiédeur, exécration de toute recherche de consensus, goût de la radicalité, Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) peuple de fantômes le vide du présent dans ce lieu ouvert à toutes les résurgences du passé qu'est le Cotentin – un Ouest où le temps ne passe pas comme ailleurs, et dont il enveloppe les petites villes, jadis aristocratiques et bretteuses, d'un regard nostalgique.

Ce faisant, les romans de Barbey disent ce qu'aucune philosophie politique, ni aucune historiographie ne théorise ni ne figure : ils parlent du passé, comme ce qui hante, ce qui trouble, ce qui revient. Dissimulé derrière le stéréotype du vieux dandy catholique, monarchiste et scandaleux de la décadence fin de siècle, le romancier déborde d'une énergie littéraire qui parle à la fois de sexe, de politique, et des paysans de brumes – forgeant ainsi un singulier rapport à la mélancolie.

Il faut saisir la force de l'histoire dans ses romans, non seulement quand ils racontent des épisodes de la Chouannerie, mais jusque dans la peinture des enfers de la passion et du désir. Dans l'univers aurevillien, le mouvement de l'histoire et le rapport au temps s'incarnent, à proprement parler, et le sexe y est d'autant plus brutal, tourmenté, scandaleux, qu'il est historique et politique : les passions racontent la violence de l'histoire, qui marque les corps. »

Une lecture ô combien revigorante !

Bernard DELCORD

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly, édition établie et présentée par  Judith Lyon-Caen, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », février 2013, 1216 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

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09 03 13

Histoire d'une catastrophe politico-militaire

La guerre de Viêt Nam.jpgDirecteur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et toujours disponible en librairie.

Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le « général » Vo Nguyên Giap (né en 1911 et aujourd'hui âgé de 101 ans), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose…

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, octobre 2011, 833 pp. en quadrichromie au format 15,6 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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23 02 13

Le tour du monde en un seul livre…

Le Petit Larousse illustré 2013.gifComplété d'un « anti-fautes de conjugaison » et plus riche que jamais, Le Petit Larousse illustré 2013 rassemble 150 000 définitions (de 62 000 mots et de 28 000 noms propres complétées des fameuses citations latines, grecques et étrangères, d'une chronologie universelle illustrée de 1 250 événements, de 400 encadrés et de 4 000 éclaircissements encyclopédiques sur les sujets-clés du savoir) ainsi que 5 000 images (des dessins, des schémas, des photographies, 350 cartes et plus de 120 planches)…

On y trouve bien entendu des mots nouveaux, relevant par exemple du domaine des sciences et de la médecine (biofilm, comorbidité, cryptozoologie, polymérase...) ou de la technologie (informatique en nuage, fadette, morphose, streaming, twitter...), de la vie quotidienne (bientraitance, bobologie, chibani, taper l'incruste...), des arts et spectacles (caméo, contre-ténor, feuilletonnesque, gnawa, goncourable...), de l'environnement (décarboner, éolien, gaz de schiste...), de la vie sociale, économique et politique (brigadiste, dette souveraine, gouvernance...), des régions (cagole, carasson, chabin, kéké...) et de la francophonie (bissab, Bob, bas-culotte, botsard, bracaillon...)

Ainsi que des personnalités nouvelles, à l'instar de Julian Barnes, écrivain britannique, Pierre Bergounioux, écrivain français, Andrea Bocelli, ténor italien, Rachid Boudjedra, écrivain algérien, Michel Bras, cuisinier français, Madame Carven, couturière française, Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre et psychanalyste français, Elio Di Rupo, homme politique belge, Jean Dujardin, acteur français , Pierre Gagnaire, cuisinier français, Michel Galabru, acteur français, Justine Hénin, joueuse de tennis belge, Jules Hoffmann, biologiste français d’origine luxembourgeoise, René Jacobs, haute-contre et chef d’orchestre belge, Agota Kristof, écrivaine suisse d’origine hongroise, Jacques Lacoursière, historien canadien, Michael Lonsdale, acteur français, Sidney Lumet, cinéaste américain, Lionel Messi, footballeur argentin et espagnol, Jean Piat, acteur français, Jean-Claude Pirotte, écrivain belge, Teddy Riner, judoka français, Sonia Rykiel, couturière française, les Simpson, série d’animation télévisée américaine, Jean Van Hamme, scénariste belge de bandes dessinées, Fred Vargas, écrivaine française...

Il y en a vraiment pour tous les goûts !

Bernard DELCORD

Le Petit Larousse illustré 2013, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, juin 2012, 1934 pp. en quadrichromie au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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21 02 13

Un sésame universel

Passeport pour le monde.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter des guides gastronomiques DELTA puis mise en ligne sur leur site Internet (www.deltaweb.be) :

Sous-titré Manuel de savoir-vivre à l'usage des jeunes, le sympathique Passeport pour le monde de Patricia de Prelle et Eleonora Balsano paru aux Éditions Soliflor à Bruxelles devrait figurer non seulement dans la bibliothèque des grands adolescents (et de leurs parents), mais aussi dans celle de toutes les écoles secondaires ou supérieures et de toutes les universités de la francophonie !

Sans oublier celle des hommes d'affaires et des touristes qui sillonnent la planète, bien entendu...

Car si ce livre traite son sujet avec humour et légèreté (en recourant aux notions de top et de flop, par exemple), il n'en décrit pas moins par le menu les bons usages et la politesse d'ici et d'ailleurs, permettant ainsi au lecteur d'évoluer correctement dans un monde où le savoir-vivre, parce qu'il est de plus en plus galvaudé, constitue une valeur appréciée ouvrant toutes grandes les portes de l'ensemble des sociétés humaines.

Pour ce faire, les auteures se sont inscrites, en l'actualisant, dans le droit fil du De civilitate morum puerilium, un traité sur la civilité des mœurs destiné à la jeunesse qu'Érasme rédigea en 1529.

Composé en cinq parties reposant sur les cinq sens (la vue, le goût, l'odorat, l'ouïe et le tact), ce vade-mecum explique donc quel look adopter en fonction des circonstances, la façon de se présenter, les salutations, les attitudes positives, les manières à table selon que l'on partage un repas entre copains, que l'on est invité à un dîner plus formel ou que l'on mange au restaurant, le contrôle des effluves corporels, des parfums d'ambiance et des odeurs de tabac, la façon d'écouter, de parler (au téléphone ou en public) et d'être entendu, les règles de courtoisie linguistique, la façon de faire montre de tact au sein de la famille, envers la personne que l'on aime, avec ses hôtes, ses amis (y compris sportifs ou artistes), ses voisins, ses colocataires, ses professeurs et ses condisciples, ses collègues ou ses supérieurs, envers les usagers de la route, le médecin (ou le patient), les personnes qui vous servent... et même la famille royale !

À l'heure où l'on dénonce les incivilités dans tous les azimuts, nous ne saurions quant à nous trop recommander l'acquisition, la lecture et l'application des préceptes de cet ouvrage ô combien destiné aux citoyens du monde !

Bernard DELCORD

Passeport pour le monde par Patricia de Prelle et Eleonora Balsano, Bruxelles, Éditions Soliflor, novembre 2012, 167 pp. en quadrichromie au format 15 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 15 €

Pour vous, nous avons extrait de cet ouvrage bien utile les quelques conseils suivants :

À table à l'étranger

De par le monde, reste discret lorsque tu reconnais quelqu'un au restaurant. Un signe de la main fera l'affaire. Pas de présentations ni d'effusions.

Invite tes copains étrangers dans des restos en accord avec leurs convictions alimentaires.

En Espagne, dans les bars à tapas, tu « tapes » tout par terre.

Aux Pays-Bas, la tartine se déguste comme un plat cuisiné, avec couteau et fourchette.

En Russie, jeune femme, tu ne paies jamais l'addition, même dans un contexte professionnel. Si tu le fais, cela peut être interprété comme une avance.

Flop : de retour d'un voyage aux États-Unis, demander son doggy bag dans un restaurant étoilé.

Aux États-Unis, même dans un troquet, ne te précipite pas sur la première table libre, mais attends que le préposé aux places te mène à la table qu'il t'a choisie.

Aux États-Unis ou au Moyen-Orient, laisse toujours un pourboire au serveur. Il n'y a qu'au Japon et en Chine que tu feras des économies sur le pourboire, car il ne s'y pratique absolument pas.

Dans les pays musulmans, assure-toi que tes convives ne voient pas d'inconvénient à ce que tu boives de l'alcool.

Au Maghreb, tu dînes sur un pouf et tu peux te servir avec les doigts de la main droite, mais uniquement les trois premiers, dont le pouce pour faire pince.

En Inde, tu peux, en tant que femme, payer l'addition seulement s'il s'agit d'un rendez-vous professionnel.

En Chine, l'invité principal est toujours assis à la droite de l'hôte et, si tel était ton cas, c'est à toi qu'incomberait le choix du menu. Suivant la place qui te sera attribuée, tu comprendras aisément où tu te situes dans la hiérarchie. Si tu as la chance d'être placé face à la porte d'entrée, c'est de très bon augure.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Guides | Commentaires (1) |  Facebook | |