02 11 16

L'électrochoc entre la chanson française et le rock !

 

bigot je t'aime.jpgYves Bigot dans « Je t'aime moi non plus », le premier des deux volumes d'une histoire de la chanson française et du rock, nous propose un livre magistral. Tout y est : l'analyse de plus d'un demi-siècle de musique chez nous, les exemples, les interviews, les références. L'introduction seule mérite d'être lue par tous, mais surtout sans doute par ceux qui aiment et le rock et la chanson ! En voici quelques extraits :

« Ce generation gap, le premier connu de l'histoire de l'humanité, prise de pouvoir de la culture par la jeunesse du monde, forte d'une éducation sans pareille, d'une rare période de paix et de plein-emploi, de croissance euphorique, de mobilité sociale inédite, ne s'exprimera nulle part plus fortement que dans sa musique et va engendrer un schisme et une frustration. »

Bien sûr, tout ce qui concerne l'utilisation de la langue française et les raisons des difficultés à la chanter en rythme y est évoqué !

« Je mesure mieux encore à quel point le français, si riche, si précis, si précieux, si complet si parfait, si exigeant, si sexy dit-on, doit impérieusement être défendu, protégé, revendiqué, mais aussi parfois dé ringardisé. »

ou

« Les fréquences du français sont réduites, concentrées entre 1000 et 2000 hertz (soit le nombre de vibrations par seconde qui confèrent au son sa hauteur, du grave à l'aigu), ce qui noie facilement dans celles des instruments, alors que celles de l'anglais notamment lui permettent de passer plus facilement par-dessus celles des guitares électriques... »

Ou encore

« On ne saurait donc s('étonner de la sacralisation des auteurs-compositeurs-interprètes des années 50/60 qui prolongent la tradition poétique de la lignée Villon-Ronsard-Hugo-Rimbaud à peine retouchée music-hall fantaisiste et jazz par Trenet (puis Bécaud, Salvador et Nougaro)... »

Pour tomber sur cette si belle phrase :

« Le française, une langue qui raisonne plus qu'elle ne résonne. »

 

Je pourrais multiplier à l'infini les extraits, souvent drôles avec ce clin d’œil qui caractérise la personnalité brillante de l'auteur :

 

« Chaque groupe en tournée, tout au long des années 70, 80 et 90, parfois encore aujourd'hui, saura immédiatement qu'il est en France en entendant le public taper dans les mains à contretemps, quand ça n'est pas carrément à côté. »

Comme l'indique le titre, le premier des artistes analysé en détails est Serge Gainsbourg : « Pour les Britanniques, Gainsbourg est un Dylan français (pour sa virtuosité avec les mots), avec la personnalité d'un Miles Davis (pour sa distance cynique, narquoise, et son attitude cool suprême), vieux et déglingué à la Tom Waits. »

Vient ensuite Claude Nougaro :

« Nous n'avons pas toujours été si complices. Que du contraire, comme on dit à Bruxelles... »

Suivent Hugues Aufray, Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Salvatore Adamo (On s'aperçoit combien l'auteur a saisi l'essence même de la Belgique, dans ses différences et ses qualités), Arno, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Ronnie Bird, Claude François, Michel Berger (auquel Yves Bigot a déjà consacré un livre), Christophe, Joe Dassin, Mort Shuman, Antoine, etc.

 

Yves Bigot a vécu cette histoire en direct. Sa carrière est complète : radio, presse, télévision, maison de disques.

 

Jacques MERCIER


« Je t'aime moi non plus » (les amours de la chanson française et du rock), Yves Bigot, essai, (volume 1 – de Gainsbourg à Goldman) Ed Don Quichotte 2016, 436 pp, format 22,5X14 cm, Broché : 19,90 euros ; Kindle : 13,99 euros.

 

26 10 16

Un quart de quarteron…

Salan Qui suis-je.jpgLe journaliste français d’extrême droite Jean-Paul Angelelli [1] est né à Alger en 1934 et il a fait son service militaire de 1960 à 1962 dans l'ouest constantinois, au 3e escadron du 6e régiment de Spahis, et il fut à cette époque décoré de la croix de la Valeur militaire avec citation. Il a été professeur certifié d'histoire-géographie aux lycées de Pithiviers (de 1962 à 1969) et de Beauvais (de 1969 à 1994) avant de décrocher le titre de docteur en histoire (titre de sa thèse : L'Algérie et l'opinion française en 1930, Nanterre, 1972) et de poursuivre sa carrière d’enseignant. Il est actuellement vice-président de l'association des Amis de Raoul Salan.

Fils du général André Zeller, Bernard Zeller est né en 1946. Polytechnicien (X66), docteur-ingénieur, ingénieur en chef de l'armement, il a fait carrière dans les industries spatiale et de défense où il a tenu des postes de direction. Il fut président de l'association des Amis de Raoul Salan de 2004 à 2015.

Ils sont les auteurs de Salan, Qui suis-je ? aux Éditions Pardès à Grez-sur-Loing, une biographie remarquable – et nos lecteurs connaissent nos convictions, très éloignées de celles des auteurs et du sujet de leur ouvrage – du général d’armées Raoul Salan (1899-1984) qui fut commandant en chef des forces terrestres, aériennes et navales en Indochine (1953-54) puis commandant supérieur interarmées en Algérie (1956-1959) et gouverneur militaire de Paris (1959-1960) avant de prendre part à une tentative de coup d’État militaire contre Charles de Gaulle et de diriger l’OAS, une sanglante organisation terroriste et colonialiste.

Admis à Saint-Cyr en 1917, Salan est affecté au 5e Régiment d’infanterie coloniale (RIC) à Lyon le 14 août 1918. Chef de section à la 11e compagnie, il participe aux combats de novembre 1918 dans la région de Verdun (Saint-Mihiel, Les Éparges, Fort de Bois-Bourru, Côte de l’Oie, Cumières-le-Mort-Homme) et est cité à l’ordre de la brigade en date du 29 décembre 1918. Ces combats ont marqué le jeune officier pour la vie.

Détaché dans l’administration coloniale en Extrême-Orient (1924-1937), il sort de la tourmente de 1940 avec trois citations. En 1944-1945, du débarquement en Provence à l’Allemagne, il mène ses troupes jusqu’à la victoire et est cité deux fois à l’ordre de l’Armée, les 29 avril et 2 décembre 1945, pour son action à la tête du 6e régiment d’infanterie coloniale et à la tête de l’infanterie de la 9e division d’infanterie coloniale.

En Indochine, aux côtés du général Philippe Leclerc, en 1945, puis du général Jean de Lattre de Tassigny, en 1951, il défend cette colonie qu’il a bien connue dans l’entre-deux-guerres. Il y affronte un ennemi implacable : le Viêt-minh, après avoir négocié sans succès avec Hô Chi Minh en 1946 à Đà Lạt et à Fontainebleau.

En 1958, après avoir échappé à un attentat au bazooka commis le 16 janvier 1957 par des ultras qui lui reprochaient, outre d’avoir « bradé l’empire » en Indochine, une addiction à l’opium, des opinions socialistes et une appartenance à la franc-maçonnerie, Raoul Salan avait soutenu Charles de Gaulle, revenu aux affaires publiques après une traversée du désert longue de 12 années, avant de participer en avril 1961 au putsch d’Alger contre de Gaulle qu’il accusait de trahison [2] et de prendre la tête de l’Organisation de l’armée secrète (1961-1962), une organisation politico-militaire clandestine française, créée le 11 février 1961 pour la défense de la présence française en Algérie par tous les moyens, y compris le terrorisme à grande échelle.

On se souvient de la fameuse bourde de langage commise le 23 avril 1961 par Charles de Gaulle qui, dénonçant la tentative de putsch dirigée par Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller et Raoul Salan, commença son intervention radio-télévisée par : « Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire. (…) Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite… » [3]

Arrêté le 20 avril 1958 et condamné à la détention criminelle à perpétuité, Raoul Salan fut libéré le 15 juin 1968 et rétabli dans l’intégralité de ses droits le 3 décembre 1982 (sous la présidence de François Mitterrand).

En dépit de son parti-pris très laudateur, l’essai de Jean-Paul Angelelli et de Bernard Zeller présente, à nos yeux, deux avantages essentiels : d’une part, la remise en perspective factuelle de l’embrouillamini politico-militaire qui entraîna la chute de l’empire colonial français et dont les militaires firent les frais, et, d’autre part, le récit de la vie entière de Raoul Salan (et pas seulement de l’époque des événements en Algérie), le tout permettant de mieux comprendre comment il et comment on en était arrivé là…

Bernard DELCORD

Salan Qui suis-je ? par Jean-Paul Angelelli et Bernard Zeller, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », juin 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

 

Sommaire :

 

ENFANCE ET JEUNESSE

Une enfance heureuse

La Grande Guerre et la campagne de Syrie (1918-1921)

 

PASSION INDOCHINOISE

 

LA GUERRE DE 1939-45 ET SES PRÉMICES

Le Service de renseignement intercolonial

La campagne de France

Vichy (août 1940-février 1942)

Dakar (février 1942-août 1943)

Alger (septembre 1943-mai 1944)

Le débarquement de Provence

Vers la victoire (hiver 1944-printemps 1945)

 

LA GUERRE D'INDOCHINE (1945-1954)

Salan diplomate (1945-1946)

Négociations entre la France et le Viêt-minh

Les débuts de l'affrontement avec le Viêt-minh

Avec de Lattre (1951)

Commandant en chef en Indochine

Diên Biên Phu et la fin de la présence de la France en Indochine

 

RESPONSABILITÉS SUPRÊMES EN ALGÉRIE

Le chef de guerre

L'affaire du bazooka

Les batailles d'Alger

Le 13 mai 1958

Délégué général en Algérie

Bilan algérien

Vers le passage dans la réserve

 

LE PASSAGE DANS L'ILLÉGALITÉ, LE PUTSCH ET L'OAS

Intermède espagnol

Le putsch

À la tête de l'OAS

Arrestation du général Salan

 

PROCÈS

Ouverture et déclaration du général Salan

Témoignages

Réquisitoire, plaidoiries et verdict

Les suites du procès

 

DÉTENTION, LIBERTÉ, FIN

À Tulle

Liberté recouvrée

La fin

 

[1] Jeune étudiant à l'université, il milita au Cercle Henri Quatre (Lycéens et Étudiants d'Action française) et, durant toute sa carrière jusqu’aujourd’hui, il a collaboré ou collabore encore à La Nation française, à Rivarol (quitté en 2010) et aux revues Est-Ouest, Écrits de Paris, L’Algérianiste, Nous les Africains, Mémoire Vive. Il fut candidat sur les listes u Front national en 1988.

[2] Le 13 mai 1958 à Alger, Raoul Salan avait participé à la formation d’un « comité de salut public » appelant le général de Gaulle au pouvoir pour sauver l’Algérie française. À cet égard, le « Vive le général de Gaulle ! » lancé le 15 mai 1958 par Salan à l’issue de son discours prononcé au balcon du gouvernement général fut décisif et Charles de Gaulle devint président du Conseil le 1er juin suivant. Dans des discours prononcés successivement les 4 et 6 juin 1958 à Alger puis à Mostaganem, de Gaulle, s’adressant à ceux qui l’avaient ramené au pouvoir, s’écria : « Je vous ai compris » et « Vive l’Algérie française ! » avant de proposer l’autodétermination pour l’Algérie le 16 septembre 1959…

[3] Pour « un quatuor ». Quarteron, quarteronne (de l’espagnol cuarterón, de cuarto, quart) est un nom qui désigne un métis ayant un quart d'ascendance noire et trois quarts d'ascendance blanche… (Dictionnaire Larousse)

25 10 16

Un humoriste décapant…

Courteline Qui suis-je.jpgJacqueline Blancart-Cassou, agrégée de lettres classiques et docteur d’État, est professeure honoraire à l’université Paris XIII-Nord. S’intéressant à la littérature dramatique et, en particulier, au comique, elle a consacré sa thèse au Rire de Michel de Ghelderode. Elle est l’auteur d’ouvrages sur les œuvres de ce dernier, de Jean Anouilh, de Georges Feydeau, d’Eugène Labiche, et de nombreux articles concernant divers dramaturges des XIXe et XXe siècles. Elle a reçu en 2004 la première édition du prix triennal attribué par la Fondation internationale Michel de Ghelderode.

On lui doit aussi, paru chez Pardès à Grez-sur-Loing, un passionnant Courteline Qui suis-je ?, petit essai biographique et critique très documenté et abondamment illustré dans lequel elle se penche sur la destinée personnelle et littéraire d’un des orfèvres de l’humour théâtral français de la Belle Époque

Voici la présentation qu’elle nous en donne :

« Georges Moineau est né à Tours, fils d’un auteur connu de chroniques judiciaires, qui signe Jules Moinaux. Élevé d’abord dans cette ville chez ses grands-parents, il vit ensuite à Paris, puis sera interne durant six années au collège de Meaux. Réformé après un bref service militaire, il devient employé de bureau [1], mais peu assidu à ce travail.

Sous le nom de Courteline, il écrit des chroniques dans des journaux, et les développe sous forme de contes ou de romans ; il fonde la revue Paris-Moderne [2] ; il fait la satire de la vie militaire, dans Les Gaîtés de l’escadron (1886) et Le Train de 8 h 47 (1891), et de l’administration dans Messieurs les ronds-de-cuir (1893).

En 1892, il rencontre sa première compagne, qui lui donnera deux enfants, et se tourne vers le théâtre. Dans de courtes comédies, il évoque des relations de couples (Boubouroche, La Peur des coups) et se moque de la police et de la Loi (Le commissaire est bon enfant, Les Balances).

Georges Courteline circa 1890.jpg

 Georges Courteline (vers 1890)

Devenu veuf, il se remarie. Il fait jouer une comédie, La Paix chez soi, puis un pastiche de Molière, La Conversion d’Alceste, écrit un roman, Les Linottes (1912), enfin La Philosophie de Georges Courteline (1917).

Il est promu commandeur de la Légion d’honneur [3] et élu à l’Académie Goncourt [4]. Mais sa santé est atteinte : il doit subir l’amputation d’une jambe [5] et, quatre ans plus tard, de l’autre ; il ne survivra pas à la seconde opération. Il meurt le 25 juin 1929.

Son œuvre abondante, précise et vivace dans la raillerie, en fait l’égal d’un Feydeau ou d’un Labiche. »

On ajoutera que Courteline, tout commandeur de la Légion d’honneur qu’il fut, était un grand amateur de canulars – on lui doit, par exemple, l’invention du déconomètre – ainsi qu’un académicien Goncourt fort peu conformiste, comme en témoignent ses armoiries et sa devise reproduites dans l’ouvrage de Madame Blancart-Cassou, et que nous nous faisons un plaisir de livrer à l’admiration de nos lecteurs :

Courteline (armoiries et devise).jpg

Un bien vaste programme, comme l’a dit un jour Charles de Gaulle en découvrant l’inscription « Mort aux cons ! » sur une Jeep de la 2e division blindée du général Leclerc, qui fut la première à entrer dans Paris, le 24 août 1944, lors de la bataille pour la libération de la capitale française…

Bernard DELCORD

Courteline Qui suis-je ? par Jacqueline Blancard-Cassou, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », août 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

Quelques citations de Georges Courteline :

« Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. »

« L’administration est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l'escalier ceux qui partent en avance. »

« Obliger les hommes à se laver et ne point leur donner de serviettes, toute l’ânerie militaire est là. »

« Il y a deux sortes de femmes : celles qu'on compromet et celles qui vous compromettent. »

« Un des plus clairs effets de la présence d'un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves gens qui sans lui n'auraient été que de simples imbéciles. »

« Neuf fois sur dix, la loi, cette bonne fille, sourit à celui qui la viole. »

« Il n ' y a pas de milieu dans la vie : dès qu'on n'est plus jeune, on est vieux, et au-dessus de quarante ans, on est tous du même âge. »

« Il est étrange qu'un seul terme exprime la Peur de la mort, la Peur de la souffrance, la Peur du ridicule, la Peur d'être cocu et la Peur des souris, ces divers sentiments de l'âme n'ayant aucun rapport entre eux. »

« Je veux être enterré avec une brosse à habits pour quand je tomberai en poussière. »

 

[1] En 1880, comme expéditionnaire au ministère de l'Intérieur, à la Direction générale des cultes, où, ça ne s’invente pas, il a pour directeur Charles Dumay, un anticlérical convaincu…

[2] En 1881.

[3] En 1921.

[4] Le 24 novembre 1926.

[5] La droite, le 5 janvier 1925, en raison d’une gangrène sèche consécutive d’une inflammation de l'orteil compliquée par le diabète.

19 10 16

Traître, et fier de l’être…

Degrelle 1906-1994.jpgPhilosophe de formation, ancien éditeur [1] et enseignant [2], Arnaud de la Croix qui est déjà l'auteur, aux Éditions Racine à Bruxelles, d'Hitler et la franc-maçonnerie, des Illuminati et de La Religion d'Hitler, vient de faire paraître dans la même maison et sous un titre laconique, Degrelle 1906-1994, la première biographie politique d’importance du « beau Léon », l’archétype en Belgique de la trahison sous toutes ses formes (idéologique, militaire, raciste, opportuniste et crapuleuse) durant la Seconde Guerre mondiale.

Voici la présentation de l’ouvrage fournie par les Éditions Racine :

« Cette première biographie complète explique comment un jeune catholique, doué pour l'écriture comme pour la parole, finit dans la peau du dernier grand chef nazi.

Arnaud de la Croix a mené une enquête approfondie sur l'attirance précoce de Léon Degrelle pour la poésie et son intérêt, dès l'adolescence, pour l'autoritarisme (D'Annunzio, Mussolini) comme pour le nationalisme (Maurras), et sur sa véritable fascination pour le Führer jusqu'à son exil en Espagne.

Il met également au jour nombre de détails inédits, fait la part des choses et décrit avec précision les relations de Degrelle avec des personnages hors du commun comme monseigneur Picard, Hergé, l'abbé Wallez, le cardinal Van Roey, le roi Léopold III, Paul Van Zeeland ou Paul-Henri Spaak. Mais aussi Goebbels, Himmler et Hitler. »

On pourrait y ajouter le nom du publiciste et romancier Robert Poulet, homme du roi cité à diverses reprises, sans qu’il soit fait mention de leur clash fameux consécutif du discours de Degrelle sur la germanité des Wallons (Liège, 17 janvier 1943), ouvrant la voie à l’éclatement de la Belgique en deux Gaue, États satellites du Reich, Degrelle se voyant ipso facto futur Gauleiter de Wallonie, mais le cas de l’écrivain liégeois est une autre histoire à écrire…

La science d’Arnaud de la Croix est grande, et son exposé ne manque ni d’intelligence, ni de perspicacité, ni de mesure, une jolie performance intellectuelle s’agissant de voir clair dans le jeu brouillé d’un criminel mythomane, roublard et sans vergogne.

Cet essai passionnant , qui se penche aussi longuement sur les magouilles politiques de l'establishment d'avant-guerre, se complète d’un avant-propos de l’historien belge Alain Colignon [3], d’une postface du Français Jean-Louis Vullierme [4], d’un index détaillé et d’une vaste bibliographie – on y regrettera néanmoins l’absence de trois ouvrages de l’historien Eddy De Bruyne, spécialiste s’il en est de la collaboration rexiste, à savoir Léon Degrelle et la Légion Wallonie : la fin d’une légende (Luc Pire, 2013), Les commandos wallons d’Hitler (Luc Pire, 2014), tous deux édités par votre serviteur, ainsi que son Encyclopédie de l’Occupation, de la Collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (Cercle Segnia, La Roche, 2016) –, le tout constituant désormais la référence incontournable sur le bouillant Bouillonnais.

Chapeau !

Bernard DELCORD

Degrelle 1906-1994 par Arnaud de la Croix, avant-propos d’Alain Colignon, postface de Jean-Louis Vullierme, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2016, 224 pp. en noir et blanc + 1 cahier photos de 8 pp.  en quadrichromie au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

 

[1] Aux éditions Le Cri, Duculot, Casterman et Le Lombard.

[2] À l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.

[3] Attaché au Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines (Cegesoma) à Bruxelles.

[4] Agrégé de philosophie, docteur d'État en droit et docteur en philosophie politique, ancien professeur à la Sorbonne.

06 10 16

Une rentrée littéraire très pop

RL DERNIER PECHEUR.jpgDepuis trois semaines, la presse nous abreuve du nombre de livres qui sort à la rentrée littéraire.

Stop ! On s’en fout qu’il y ait plus ou moins 600 nouveaux romans français en librairie cet automne. Ce qui nous intéresse, c'est : "est-ce qu’il y a des livres qui valent la peine de mettre un billet de vingt balles sur le comptoir ?"

La suite en podcast :


podcast

Dans cette séquence : Bronson (Arnaud Sagnard), Le dernier des nôtres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre), Les pêcheurs d'étoiles (Jean-Paul Delfino) et Jim Morrison et le diable boîteux (Michel Embareck).

17 08 16

Déesse du stade...

Riefenstahl Qui suis-je.jpgSculpteur et photographe, écrivain et formateur dans les arts du dessin, fervent pratiquant de danse, d'arts martiaux et de sports de montagne, Gérard Leroy a, de son propre aveu, subi l’influence artistique de Leni Riefenstahl (1902-2003) et d’Arno Breker (1900-1991) [1], deux artistes aujourd’hui traités en pestiférés pour avoir été associés aux menées et à la propagande du nazisme.

Il a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing un essai fort intéressant et très documenté intitulé Riefenstahl – Qui suis-je ? dont nous ne saurions trop conseiller la lecture en cette période de Jeux olympiques.

Écoutons-le :

« Leni Riefenstahl demeure la cinéaste la plus controversée de l'histoire du cinéma parce qu'elle côtoya en amie Adolf Hitler et que ses monuments filmiques furent bâtis au temps du IIIe Reich.

Née au sein d'une famille bourgeoise, jeune fille sportive, elle devient une danseuse expressionniste célèbre avant de devoir renoncer à une brillante carrière à la suite d'un accident au genou. En 1926, Arnold Fanck lui confie son premier rôle d'actrice (dans La Montagne sacrée), faisant rapidement d’elle une égérie du cinéma muet [2].

En 1932, elle réalise son premier film : La Lumière bleue, appel à la tolérance et au respect d'autrui (Lion d'argent à la Mostra de Venise). Sous le régime national-socialiste, elle connaît une immense renommée en tournant l'un des plus grands films de propagande, Le Triomphe de la volonté (1935) [3], sur le congrès du Parti à Nuremberg en 1934 – il sera récompensé par la médaille d'or du cinéma, à Paris, en 1937 –, ainsi que Les Dieux du stade (Olympia, 1938) [4], sur les Olympiades de Berlin, certainement le plus grand film sportif jamais réalisé [5].

Après la guerre, poursuivant toujours sa quête du Beau, elle devient la photographe émerveillée du peuple africain des Nouba et la cinéaste des fonds sous-marins (elle passe son brevet de plongée sous-marine en 1973, à 71 ans). Femme pionnière, elle a suscité admiration, haine et jalousie. Son dernier film, Impressions sous-marines, date de 2002, quelques mois avant son décès à 101 ans. »

Ajoutons que l’ouvrage de Gérard Leroy contient de nombreuses illustrations inédites (dont quelques dessins de l’auteur) tout en fournissant une bibliographie et une filmographie très complètes.

Bernard DELCORD

Riefenstahl Qui suis-je ? par Gérard Leroy, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », novembre 2015, 127 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

 

[1] Auquel il a consacré un essai biographique chez le même éditeur, dans la même collection.

[2] C’est le début d’une carrière relativement prolifique d’actrice de films de montagne. Elle acquiert une grande popularité auprès du public en jouant les personnages principaux de films comme Le Grand Saut, L'Enfer blanc du Piz Palü, Tempête sur le mont Blanc et L'Ivresse blanche, pour lesquels elle doit apprendre l’alpinisme et le ski. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Leni_Riefenstahl)

[3] Après La Victoire de la Foi (Sieg des Glaubens, 1933). Pour Le Triomphe de la volonté, elle mobilise 16 équipes de tournage (plus de 100 personnes) et récolte plus de 60 heures de documents.

[4] Pour le réaliser, elle met en œuvre une pratique jusqu’alors inédite, puisqu’elle filme les différentes épreuves. L'équipe du film comprend plus de 300 personnes, dont 40 cameramen. Ces derniers travaillent plusieurs mois avant les débuts des compétitions afin de mettre au point des techniques inédites, comme l’utilisation de la caméra catapulte pour les épreuves de saut et de caméras sous-marines pour celles de natation, ou la mise en place de rails de travelling le long des pistes d'athlétisme. Le budget du film est de 1,8 million de Reichsmarks, entièrement couvert par le régime nazi. Le travail de montage, qui durera 18 mois, donnera naissance à deux parties distinctes du film Olympia : Fête des peuples (Fest der Völker) et Fête de la beauté (Fest der Schönheit). Les images sportives y exaltent la virilité et la force martiale, notamment à travers l'esthétique du corps masculin athlétique et par le recours à différentes techniques de cadrage innovantes. La première projection du film (les deux parties durant en tout près de quatre heures) aura lieu le 20 avril 1938, en hommage à l’anniversaire du Führer.

[5] Le film a reçu le Deutschen Filmpreis 1937-38, le prix suédois Polar-Preis 1938, une médaille d'Or olympique du Comité international olympique en 1938 et un diplôme olympique en 1948 au Festival de Lausanne. Après la Seconde Guerre mondiale, Olympia est avant tout considéré comme une œuvre de propagande du IIIe Reich. Plus tard, dans les trois dernières décennies du XXe siècle, les qualités techniques et esthétiques du film trouvent davantage d'écho, marquant la réhabilitation de Leni Riefenstahl en tant que cinéaste. La revue Les Cahiers du cinéma lui accorde une interview dès septembre 1965. Plusieurs auteurs soutiennent cette évolution, notamment Jonas Mekas, qui écrit en 1974 : « Et voici ma dernière déclaration à propos des films de Riefenstahl : si vous êtes un idéaliste, vous y verrez de l'idéalisme ; si vous êtes un classique, vous verrez dans ses films une ode au classicisme ; si vous êtes un nazi, vous y verrez du nazisme ». Les droits du film ont été rachetés en 2003 par le Comité international olympique et en 2005 Time.com a classé Olympia parmi les 100 meilleurs films de tous les temps. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Dieux_du_stade_(film)...

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16 08 16

La cantatrice du peuple…

Oum Kalsoum – L’étoile de l’Orient.jpgOum Kalthoum ou Oum Kalsoum, de son nom complet Oum Kalthoum Ibrahim al-Sayyid al-Beltagui, est une chanteuse, musicienne et actrice égyptienne, née à Tmaïe El Zahayira (Égypte) le 30 décembre 1898 et morte le 3 février 1975 au Caire.

Surnommée l' « étoile de l'Orient », elle est encore considérée de nos jours comme la plus grande chanteuse du monde arabe.

Son engagement dans des œuvres caritatives lui valut le surnom de « cantatrice du peuple » [1].

Les Éditions du Rocher à Monaco font paraître une nouvelle édition [2] d’Oum Kalsoum, la biographie que lui a consacrée la journaliste et auteure Ysabel Saïah Baudis, un texte nourri de témoignages des proches et d’admirateurs de l’artiste.

Oum Kalsoum, que Charles de Gaulle l'appelait « La Dame » et Maria Callas « La Voix Incomparable », reste aujourd'hui la seule star mythique orientale, la voix de contralto que l'on entend et que l'on reprend partout dans le monde arabe, l'exemple du féminisme, l'héroïne du patriotisme, l'initiatrice de l'extase artistique.

Voici ce que nous en dit Ysabel Saïah Baudis :

« Sa vie est digne des plus beaux contes orientaux. Née pauvre, paysanne, fille d'un religieux, elle possède un don qu'elle cultivera grâce à sa farouche volonté de s'instruire. La chance aidant, elle rencontrera les plus grands poètes et musiciens arabes qui lui voueront leur vie.

Elle traverse le XXe siècle, s'imprègne et milite pour les innombrables changements que traverse l'Égypte en intégrant toutes les nouvelles techniques, du cinéma à la radio, pour devenir « la voix des Arabes ».

Adulée de son vivant par le président Nasser comme par l'homme de la rue, elle reste aujourd'hui une référence pour tous les musiciens et les artistes.

Seul mythe de femme sacrée en terre d'Orient, elle est devenue une icône. »

L’ouvrage se clôt par la traduction française du texte de dix chansons, ainsi que par une discographie et une filmographie très complètes.

Bernard DELCORD

Oum Kalsoum – L’étoile de l’Orient par Ysabel Saïah-Baudis, préface d’Omar Sharif, Monaco, Éditions du Rocher, septembre 2016, 350 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Oum_Kalthoum

[2] La première est sortie en 2004.

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14 08 16

« Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. » (Alberto Giacometti)

Giacometti – La figure au défi (cover).jpgVéronique Wiesinger, conservatrice en chef du patrimoine, est directrice de la Fondation Alberto et Annette Giacometti depuis sa création en 2003. Elle a assuré le commissariat de l'exposition « L'atelier d'Alberto Giacometti, collection de la Fondation Alberto et Annette Giacometti », présentée à l'automne 2007 au Centre Pompidou.

À cette occasion, les Éditions Gallimard à Paris avaient édité sous sa plume, dans la fameuse collection « Découvertes », un petit essai abondamment illustré intitulé Giacometti – La figure au défi qui n’a pas pris une ride et est ressorti cette année, 50 ans après la mort de l’artiste suisse, en prévision de l’exposition « Picasso-Giacometti » au Musée Picasso de Paris (du 4 octobre 2016 au 5 février 2017), en collaboration avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti.

Voici le pitch de l’ouvrage :

« Peintre, sculpteur, dessinateur, graveur, créateur d'objets d'art décoratif, écrivain, Alberto Giacometti (1901-1966) n'a cessé d'explorer de nouvelles voies.

Depuis ses débuts dans l'atelier de son père jusqu'à sa consécration internationale dans les années 1960, son parcours démontre une détermination farouche à inventer de nouveaux modes de représentation avec les moyens les plus réduits et à partir des motifs les plus traditionnels : le portrait, la nature morte, la figure humaine, le paysage.

Sa brève incursion dans le surréalisme conforte sa croyance en une réalité au-delà des apparences, et c'est cette réalité en perpétuelle mutation qu'il cherche sans relâche à restituer.

Ses œuvres en s'accumulant avec le temps façonnent un monde inquiétant et merveilleux, mettant en évidence la cohérence de sa démarche.

Dépassant l'imagerie réductrice de l'artiste solitaire et angoissé de l'époque existentialiste, Véronique Wiesinger montre la complexité contradictoire et la qualité expérimentale de l'œuvre de Giacometti, à jamais contemporaine. »

Une plongée dans la création sous toutes ses formes !

Bernard DELCORD

Giacometti – La figure au défi par Véronique Wiesinger, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes » n°513, mars 2016, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,80 € (prix France)

Giacometti – La figure au défi (affiche).jpg

Exposition « Picasso-Giacometti » : 4 octobre 2016 – 5 février 2017

L’exposition « Picasso-Giacometti », organisée en partenariat avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti à Paris, mettra en lumière les relations formelles, amicales ou iconographiques qu’ont pu entretenir ces deux artistes majeurs du XXe siècle.

Ce dialogue, envisagé à partir des collections du Musée Picasso et de la Fondation Giacometti, confrontera l’approche qu’ont pu avoir Picasso et Giacometti dans des domaines de création pluridisciplinaires : peinture, sculpture, art graphique, mais aussi à l’appui des fonds d’archives privées des deux artistes.

INFORMATIONS PRATIQUES :

Adresse :

Musée Picasso

5 rue de Thorigny F-75003 Paris.

Téléphone : 33 1 85 56 00 36, de 9h30 à 18h00, du lundi au dimanche.

Courriel : contact@museepicassoparis.fr

Horaires :

Tous les jours sauf les lundis, le 25 décembre et le 1er janvier.

Du mardi au dimanche : 9h30 – 18h

Jours fériés (sauf les lundis) : 9h30 -18h00.

Dernier accès à 17h15.

La fermeture des salles commence à 17h40.

Les 24 et 31 décembre, le musée fermera ses portes à 17h00 (fermeture des salles à 16h40).

Tarifs :

Tarif plein : 12,50 €

Tarif réduit : 11 € (applicable selon ouverture des espaces d’exposition).

Billet d’entrée + location de l’audioguide

Tarif plein : 16,50 €

Tarif réduit : 15 €

Tarif « Gratuités » : 3 €

Entrée gratuite pour tous le 1er dimanche de chaque mois.

Entrée gratuite sur présentation d’un justificatif en cours de validité aux :

  • adhérents du musée ;
  • personnes en situation de handicap et un accompagnateur ;
  • demandeurs d’emploi ;
  • allocataires de minima sociaux ;
  • moins de 18 ans ;
  • moins de 26 ans résidents et ressortissants de l’Union européenne ;
  • enseignants sur présentation du pass éducation ;
  • artistes affiliés à la maison des artistes sur présentation d’un justificatif ;
  • journalistes sur présentation de la carte de presse ;
  • détenteurs d’un Paris Museum Pass

En raison de l’application du Plan Vigipirate, les bagages (valises de tout format et sacs de grande contenance) sont interdits.

Le Musée national Picasso-Paris remercie par avance ses visiteurs de faire preuve de compréhension quant au ralentissement induit par les contrôles de sécurité aux entrées.

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21 07 16

Belgitude à l’italienne…

C'est mon histoire par Frédéric François.jpgSortie l’année du 70e anniversaire de l’immigration italienne en Belgique, l’autobiographie de Frédéric François, l’un des trois chanteurs italo-belges emblématiques et à la carrière internationale pérenne – les deux autres étant Salvatore Adamo et Frank Michaël – s’intitule C’est mon histoire (Waterloo, La Renaissance du livre) et elle va bien au-delà du simple récit anecdotique.

Car si Frédéric François, c'est plus de 350 chansons, 35 millions de disques vendus, 85 disques d'or et près de 50 ans de carrière, c'est aussi, et surtout, un homme qui, en dépit des difficultés, a plongé ses racines dans son histoire familiale et personnelle ainsi que dans son milieu social et culturel pour s'accrocher à ses rêves, à ses ambitions, et s'imposer comme un des plus célèbres chanteurs francophones de ces quatre dernières décennies.

Car son destin était loin d'être tracé. Fils de mineur de charbon, le jeune Francesco Barracato – c’est son vrai nom – a dû très tôt quitter sa Sicile natale pour s'installer en région liégeoise.

L'adaptation est rude, la situation financière précaire, mais les airs napolitains fredonnés par son père Giuseppe égayent la maison familiale et cet amour de la musique est contagieux.

À 10 ans, Francesco découvre le plaisir de chanter devant un public en interprétant 'O Sole Mio dans un café liégeois.

Une vocation est née, celle d'un artiste de variétés au parcours exceptionnel.

Il le mènera jusqu’à l’Olympia, en fera un chanteur à mi(di)nettes, un latin lover, un millionnaire du disque, une vedette adulée de la radio, de la télévision et des magazines, l’idole des mères italiennes de Belgique, de France et d’ailleurs, puis de leurs filles, il connaîtra des hauts et des bas, il chutera dans un scandale et il se relèvera pour être aujourd’hui, plus que jamais, le symbole éclatant d’une intégration réussie.

Une excellente raison de lui lever notre Borsalino !

Bernard DELCORD

C'est mon histoire par Frédéric François avec la collaboration de Christophe Corthouts et Brice Depasse, Waterloo, La Renaissance du Livre, avril 2016, 223 pp. en noir et blanc + un cahier photo de 32 pp. en quadrichromie au format 15 x 23,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 €

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27 06 16

« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures. » (Antoine Blondin)

Blondin.jpg« L'homme descend du songe », a assuré le romancier et journaliste Antoine Blondin (1922-1991), un Hussard [1] à la plume acérée et au talent incontestable.

Personnage étonnant, déroutant et fantasque, il est l'auteur d’ouvrages divers parmi lesquels 5 romans dont le plus célèbre, Un singe en hiver (1959, Prix Interallié), l’aura fait passer à la postérité via l'adaptation cinématographique qu’en fit Henri Verneuil, avec un Jean Gabin particulièrement touchant et un Jean-Paul Belmondo à l'aube de sa carrière [2].

Antoine Blondin s'est également taillé sa réputation d'écrivain génial sur les routes du Tour de France, qu'il a couvert 27 fois pour L'Équipe de 1954 à 1982, en ouvrant la voie à la littérature sportive du XXe siècle.

Prince du calembour, il reste pour beaucoup de « maîtres et maîtresses d'école » un exemple à montrer aux élèves.

Car le style Blondin est unique.

Vingt-cinq ans après sa mort, ses proches, sa famille, ses amis et ses admirateurs se sont réunis sous la houlette de Jean Cormier et du petit-fils de l’auteur, Symbad de Lassus, pour lui rendre, dans Blondin paru à Monaco aux Éditions du Rocher, un puissant et émouvant hommage.

Parmi eux : ses filles Laurence et Anne, Michel Déon, Bernard Pivot, Pierre Albaladejo, André Boniface, Jean Gachassin, Jean-Pierre Rives, Raymond Poulidor, Jean Hatzfeld, Juliette Gréco et Jean-Paul Belmondo...

Du bien beau linge…

Bernard DELCORD

Blondin par Jean Cormier et Symbad de Lassus, Monaco, Éditions du Rocher, collection « Les dessous du succès », mai 2016, 200 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,90 € (prix France

[1] L'expression les Hussards désigne un courant littéraire français qui, dans les années 1950 et 1960, s'opposa aux existentialistes et à la figure de l'intellectuel engagé qu'incarnait Jean-Paul Sartre. Le roman de Roger Nimier Le Hussard bleu a donné son nom au mouvement.

Si ce mouvement apparaissait comme assez hétéroclite, les Hussards se distinguaient notamment par leur opposition à Sartre et leur antigaullisme de droite. L'écrivain François Dufay leur reconnaissait surtout « l'amour du style ; un style bref, cinglant, ductile », un anticonformisme rafraîchissant, le refus des modes, le goût des causes perdues. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hussards_(mouvement_lit...

Les principaux autres membres étaient Michel Déon et Jacques Laurent. D'autres auteurs ont pu été rattachés au groupe : Geneviève Dormann, Kléber Haedens, Stephen Hecquet, Roland Laudenbach, Félicien Marceau, François Nourissier, Jacques Perret, Pol Vandromme André Fraigneau, Willy de Spens ou encore Guy Dupré.

[2] On doit aussi à Antoine Blondin, entre autres, L'Europe buissonnière (1949), Les Enfants du bon Dieu (1952), L'Humeur vagabonde (1955), Monsieur Jadis ou L'École du soir (1970), Quat'saisons (1975), Certificats d'études (1977), Ma vie entre des lignes (1982) et L'Ironie du sport (1988).

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