28 08 12

En mode veille...

1ère de couverture.JPGVoilà un livre qui change le lecteur et c'est bien la définition d'un bon livre. Martine Garnier vit aux portes des Fagnes, en Belgique, a enseigné durant une vingtaines d'années, avant de se retrouver confrontée à la maladie et aux traitements du CHU de Liège. C'est écrit avec une incroyable maîtrise de la langue, comme celle de placer entre deux paragraphes de courtes incises qui sont les réflexions de l'auteure : "Je n'ai rien dit à personne" ou "N'oublie pas que tu as évité le pire", etc. Il y a des descriptions superbes des choses de la vie et évidemment du quotidien de la maladie. "Je croise d'autres patients, une race à part qui porte bien son nom" écrit-elle. "En mode veille" est un titre magnifique, car c'est ainsi que se présente pour chacun de nous, à des degrés divers, la maladie, l'hospitalisation, notre rapport à la vie réelle dans laquelle on n'est plus vraiment ! On a le récit, la réflexion profonde sur la vie, l'annonce, le traitement, la famille, les amis, les visites, l'espoir... Des échanges de méls qui nous indiquent de plus que c'est là, que c'est vécu, autant que la vision du mariage du prince William à la télévision ! Et puis soudain, ce projet qui surgit, celui d'écrire et qui amène au livre. On comprend toute l'importance de la lecture aussi : "Lire pour m'évader, lire pour oublier, lire la vie des autres", dit-elle. J'aime les citations en exergue des chapitres courts et que les poètes en soient souvent des auteurs, comme René Char : "L'impossible, nous ne l'atteignons pas, mais il nous sert de lanterne." Cette citation de Francis Picabia aussi : "L'optimiste pense qu'une nuit est entourée de deux jours; le pessimiste pense qu'un jour est entouré de deux nuits." J'en ferai bien ma devise ! Et puis, après cette vue vraiment incroyable de l'intérieur de la maladie et de sa compréhension, de ses conséquences, du changement radical que cela apporte, il y a la fin inattendue pour le livre... On sort bouleversé de cette lecture, croyez-moi !

Jacques MERCIER

 

"En mode veille", récit, Martine Garnier, Edilivre, 2012, www.edilivre.com 214 pp. 21,50 euros.

27 08 12

Bravo, l'artiste !

Pablo Casals.gifNé en Catalogne le 29 décembre 1876 et mort le 22 octobre 1973 à San Juan (Porto-Rico), proposé –sans succès –pour le prix Nobel de la paix en 1958, le grand violoncelliste Pablo Casals a vécu près d'un siècle.

En 1905, il fonde avec Jacques Thibaud et Alfred Cortot un trio mythique de la première moitié du XXe siècle et il deviendra bientôt un musicien adulé, réclamé clans le monde entier.

Tout au long de sa longue vie, Casals fut un défenseur acharné et enthousiaste du violoncelle, mais aussi de la musique dans une inébranlable foi dans les valeurs qu'elle peut transmettre. Ses enregistrements sont habités de cet enthousiasme et de son énergie.

Il essaye de favoriser l'accès à la musique pour le plus grand nombre, que ce soit avec des associations de concerts, la création de ses divers orchestres ; il jouera même dans des conditions mouvementées lors de la guerre d'Espagne.

Dans la période difficile des années d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, il restera inflexible sur ses idéaux, quelles qu'en soient les conséquences pour sa carrière : lors de la guerre civile, il soutiendra les républicains espagnols et s'exilera en 1939. Apôtre de la paix, il était également un défenseur acharné de la Catalogne. Dès 1933, il refuse de jouer en Allemagne et, après guerre, il ne donne plus de concerts pour marquer sa désapprobation du laxisme de la communauté internationale envers le régime politique du caudillo Franco. Il participe néanmoins à plusieurs galas de soutien au mouvement pacifiste et antifasciste de son ami Louis Lecoin et n'aura de cesse de venir en aide à ses compatriotes réfugiés.

Refusant également de se produire en Union soviétique et effrayé par la prolifération des armes nucléaires, il milite en tant que pacifiste et donne le 24 octobre 1958 un concert au siège de l'ONU à New York au cours duquel il délivre un message en faveur de la dignité et de la paix, retransmis à la télévision et à la radio dans quarante pays, qui aura un retentissement considérable.

Son village d'adoption est Prades, dans les Pyrénées-Orientales : après une longue période de silence, il y crée un Festival Pablo-Casals en 1950 pour le bicentenaire de la mort de Bach ; il y invite les plus grands interprètes de son temps pour en faire un haut-lieu de ferveur musicale et il y participera encore à l'âge de 90 ans.

Il se fixe enfin à San Juan de Porto Rico, y crée l'orchestre symphonique en 1957, compose et, inlassablement, transmet son art lors de nombreuses « master classes ». Casals était un ami personnel de la reine Elisabeth de Belgique, veuve du roi Albert Ier et passionnée par la musique.

Il aura donc eu plusieurs vies. La vie d'un enfant fier et précoce, qui très tôt subjugue par sa virtuosité. La vie d'un musicien acclamé aux quatre coins de la planète. Celle d'un chef d'orchestre « engagé » honoré dans son pays. Celle, après la prise du pouvoir de Franco en Espagne, d'un exilé au cœur brisé. Celle d'un protestataire inflexible qui crie haut et fort son désaveu de toute forme de dictature en faisant taire son violoncelle. Celle d'un « créateur » de festival auprès de qui les musiciens les plus prestigieux accourent. La vie enfin d'un presque centenaire respecté œuvrant inlassablement pour la paix dans le monde.

Dans Pablo Casals. Un musicien, une conscience, paru chez Gallimard dans la belle collection « Découvertes », Jean-Jacques Bedu, vice-président du Centre méditerranéen de littérature et délégué général des Prix Méditerranée, met le lecteur au diapason de ce musicien humaniste qui a fait du violoncelle l'égal du piano ou du violon, et de la musique un moyen d'expression de la liberté.

Bernard DELCORD (avec Wikipedia)

Pablo Casals. Un musicien, une conscience par Jean-Jacques Bedu, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », mai 2012, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,60 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié de ce livre passionnant la photo suivante et la légende qui l'accompagne :

Pablo Casals (2).jpg

 En 1955, Pablo Casals accueillit à Prades des hôtes de marque, la reine Élisabeth de Belgique et sa fille, Marie-Josée, ex-reine d'Italie. Élisabeth de Belgique était une excellente violoniste (ci-contre, en 1955), qui suivit les enseignements d'Eugène Ysaye. En 1942, elle s'opposa aux rafles dans les quartiers juifs, intervint personnellement pour obtenir des libérations, et l'un de ses châteaux fut transformé en orphelinat, où des enfants juifs purent être sauvés. Casals avait un profond respect pour « cette grande dame qui, aussi bien aux heures sombres qu'aux jours de triomphe, est parvenue à incarner l'âme de son peuple par sa bonté agissante, et, par toutes les nobles vertus qui font d'Elle l'une des personnalités les plus attachantes, les plus dignes d'admiration ». La reine de Belgique reviendra à Prades en 1961 et en 1965.

12 07 12

L'effet de l'amour sur les femmes intelligentes

url (4).jpg" Voilà l'effet de l'amour sur les femmes intellligentes. Elles ne savent plus écrire de lettres" déclare Anaïs Nin à son cher Henry Miller (juin 1932)

Que du contraire.

Sont-elles amoureuses, amantes, amies, soeurs, mères, filles, femmes d'engagement, de combat, d'influence, libres, voyageuses ou incarcérées, ... ces femmes dont Laure Adler* et Stefan Bollmann nous tracent les portraits, partagent à de degrés de conscience divers,  une conception commune de l'épistolaire : " ... la lettre est un apprentissage qui devient, imperceptiblement, un agrandissement de soi-même, une croyance en ses propres possibilités."

Les  lettres d'amour "revisitées" de George Sand  à Alfred de Musset , de  Sido à sa fille, Colette, la correspondance passionnée de Juliette Drouet à son amant poète Victor Hugo, le ton direct et cru des lettres de La Palatine, seconde épouse de Monsieur (frère de Louis XIV), l'argumentaire que la grande Mademoiselle adresse à son cousin Louis XIV pour qu'il lui accorde la main de Lauzun,  la tendresse lucide de la Dame de Nohant pour son jeune ami Flaubert, celle de Françoise Dolto pour son père,  l'admiration de Colette de Jouvenel pour Marcel Proust, l'amertume de Camille Claudel envers sa mère...traversent les pages d'un bel ouvrage, joliment illustré  et qui a le mérite majeur de situer chaque trait  de plume dans son contexte biographique précis.

Une mine !

Apolline Elter

Les plus belles lettres de femmes, Laure Adler & Stefan Bollmann, Ed. Flammarion, beau livre, mars 2012, 176 pp - 150 illustrations en couleur - 29,9 €

Journaliste, écrivain et historienne du féminisme aux XIXe et XXe siècle, Laure Adler nous a  déjà ravis d'une somptueuse biographie de Françoise Giroud (2011 - voir chronique sur ce blog). Elle a publié, chez Flammarion, Les femmes qui lisent sonr dangereuses et Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.

 Elle était présente, vendredi 6 juillet passé au Festival de la correspondance de Grignan, pour tracer un portrait des femmes philosophes, Hannah Arendt et Simone Weil, en particulier.

AE

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09 07 12

« Je veux être Chateaubriand ou rien ! » (Victor Hugo)

Chateaubriand.gifMonument historique sur un monument littéraire, le Chateaubriand de Jean-Claude Berchet paru chez Gallimard à Paris dans la collection « Biographies » fera date dans l'histoire des lettres romantiques en général, et du père d'Atala (1801), de René (1802) et des Mémoires d'outre-tombe (1849-50, posthume) en particulier.

C'est que l'ouvrage, véritablement magistral et remarquablement informé, mais aussi écrit d'une plume alerte qui n'est pas sans rappeler – sur un ton différent – celle de L'Homme des Mémoires d'outre-tombe du très contestataire et très enflammé Henri Guillemin, oscille sans cesse entre la production livresque foisonnante, la vie sentimentale à rebondissements et les engagements politiques tumultueux du grand écrivain légitimiste pour brosser un portrait moral contrasté : « le "bon garçon" de la famille et des intimes, ou le pair de France qui interpelle les rois ; le séducteur irrésistible et le fidèle adorateur de Juliette Récamier ; le poète de la mélancolie ou de la tendresse et le polémiste incisif de la Légitimité ».

Écoutons à nouveau ce que nous en dit l'auteur :

« François-René, vicomte de Chateaubriand, est né à Saint-Malo en 1768, sous Louis XV, dans une Bretagne encore féodale, et il est mort en pleine révolution de 1848. Au cours de cette longue existence ont passé les régimes et les constitutions. Il a beaucoup vécu et beaucoup vu depuis Combourg : le Paris révolutionnaire, les Indiens de Niagara, les taudis de Londres, Rome par deux fois, les corneilles de l'Acropole, les murs de Jérusalem. Et au milieu de ces tribulations, il a eu le temps de devenir le plus grand écrivain de sa génération.

C'est aussi le premier "enfant du siècle" à être entré en politique sous la Restauration pour ne plus en sortir. Il en a épousé les vicissitudes sans jamais renoncer à son idéal de liberté aristocratique, qui conjugue la tradition et le progrès, la légitimité royale et la citoyenneté, le double héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution. C'est dire que pour ses contemporains, Chateaubriand fut souvent une énigme. »

Et pour les lecteurs d'aujourd'hui, l'ouvrage passionnant de Jean-Claude Berchet est incontestablement un « must » pour les amateurs de belle(s) et bonne(s) histoire(s) !

Bernard DELCORD

Chateaubriand par Jean-Claude Berchet, Paris, Éditions Gallimard, collection « Biographies », mars 2012, 1050 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,50 € (prix France)

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27 06 12

Les pompes de Ricardo Jesus

Patrick Chauvel, Ricardo, JesusLe célèbre photographe de guerre Patrick Chauvel fait en 1980 une rencontre impossible à Kingston, le prétexte en fait pour que le rédac chef de Sigma le laisse partir en Amérique latine pour photographier les maquis et les guerilleros.

Un séjour truffé d'anecdotes qu'il raconte dans son nouveau livre de souvenirs, Les pompes de Ricardo Jesus, et pour notre plus grand plaisir sur Nostalgie. Ecoutez l'interview intégrale et brute, telle qu'elle a été enregistrée à Flagey :


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23 06 12

Un portrait lumineux

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«  Son destin fut scellé le 11 septembre 1941, le jour où elle épousa l’homme de sa vie, mon père. Le sort en était jeté. Ma mère fut qualifiée d’intrigante, d’ambitieuse. On la surnomma l’ « ange noir ». Elle ne parviendrait jamais à apprivoiser la légende, à modifier son image. Bien plus que les épreuves de la vie, les jugements et les mensonges l’avaient meurtrie, l’amenant petit à petit à se forger une carapace. Et pourtant, au-delà de celle-ci, ma mère était animée de générosité, d’humour, d’intelligence, de passion et d’enthousiasme. »  Esmeralda

Voici dix ans, le 7 juin 2002 précisément, Lilian, célèbre Princesse de Réthy, quittait la vie, en ce  domaine d'Argenteuil (Waterloo), indissociablement lié à sa mémoire.

Hommage à une femme de tête, d'élégance et de lumière, une maman animée de principes nobles, une princesse secrète et largement incomprise, l'ouvrage  que publient les éditions Racine est tout simplement magnifique.

Rassemblant ses souvenirs d'enfance, d'adolescente un rien rebelle, une  multitude d'archives familiales et de photos superbes et inédites, la Princesse Esmeralda, fille cadette de la Princesse et du Roi Léopold III, s'est assuré  la collaboration rédactionnelle de Patrick Weber, historien, journaliste, spécialiste renommé des têtes couronnées.

Ce dernier brosse de Lilian Baels, un portrait  vivant, vrai, plein de tact qui lève quelques parts d'ombre sur des traits d'une personnalité à qui ne furent pardonnés ni éclat, ni beauté, moins encore son mariage d'amour avec Léopold III,  aux temps sinistres de la Captivité.

De là à brosser d'elle l'image d'une marâtre, noire réplique d'une angélique et défunte  Reine Astrid,  il n'y avait qu'un pas, que la rumeur populaire, aigrie par des années de guerre,  largement relaya...On la dit gouvernante des enfants royaux. Faux. Intrigante, arriviste... Faux. Elle était simplement amoureuse. D'un amour jamais démenti. Le souverain le lui rendit bien qui partagea la flamme sportive - La Princesse excellait dans la pratique du golf- le goût pour  la nature, les voyages, les belles voitures, les rencontres vraies, l'harmonie familiale... de son épouse, cavalière, skieuse, ...fumeuse, passionnée d'Autriche, de chasse et de cerfs.

Icône d'élégance, servie par une ligne et un physique de star, cette princesse fascinante et attentive fut  proche des ses beaux-enfants, jusqu'à la rupture, avec Laeken ...,en 1960.

Trop discrète - elle aurait dû faire meilleure confiance aux atouts de la communication - Lilian de Belgique s'investit massivement dans le domaine de la cardiologie, prêtant soutien et domaine d'Argenteuil à des colloques, conférences, rencontres scientifiques de tous niveaux. La lourde opération cardiaque que subit  en 1957, son fils,  le regretté Prince Alexandre de Belgique a évidemment été l'élément déclencheur de son action.

Cadette d'une fratrie recomposée, la Princesse Esmeralda est  celle qui a le mieux connu ses parents, privilège d'une époque qui octroya plus de temps aux activités familiales.

Un portrait ..royal, assorti d'une galerie de photos fabuleuses.

Un vrai et bel hommage.

Apolline Elter

Lilian, Une princesse entre ombre et lumière.  Esmeralda de Belgique, Patrick Weber, Portrait – ouvrage cartonné. Ed. Racine, mai 2012, 180 pp, 24,95 €

Billet de faveur

AE, Madame, certaines photos révèlent une ressemblance physique patente avec votre Maman, rendue encore plus flagrante par la multiplication des clichés. En étiez-vous totalement consciente, avant ce travail de sélection? 

S.A.R . La Princesse Esmeralda : Je dois vous avouer que je l’ai souvent entendu dire et lorsque j’étais adolescente, cela me gênait plutôt. Par la suite,j’ai compris que c’était un compliment ! Aujourd’hui, mes enfants, en regardant les photos, s’amusent à relever ces ressemblances familiales.

 

AE : Dans son bel ouvrage, Lettres d’amour en héritage, l’écrivain belge (et psychanalyste) Lydia Flem s’interroge longuement sur la responsabilité qui échoit au dépositaire d’une correspondance amoureuse. Peut-on ou non en publier des extraits au seul motif de lui rendre vie ? Les quelques bribes de lettres, tracées des belles écritures de vos parents,  publiées dans ce livre, attisent notre intérêt.  Songeriez-vous, à en publier davantage, au nom de la vérité historique ?

S.A.R . La Princesse Esmeralda : C’est exact, c’est une responsabilité importante. J’ai à cœur la vérité historique mais je ressens également de la pudeur et de la réserve en lisant les lettres intimes que mes parents se sont adressées et qui font partie de leur domaine secret. 

AE: Patrick Weber, au terme de ce bel ouvrage, avez-vous le sentiment d’avoir fait œuvre de justice ? Restauré dans sa dignité l’image d’une grande dame, méconnue, incomprise ?

Patrick Weber : Cela serait présomptueux. J’espère seulement que ce livre offrira un portrait différent de la princesse Lilian. Une femme au tempérament volontaire mais aussi une femme généreuse, drôle et surtout, amoureuse. Elle a choisi le silence face aux attaques. D’une certaine manière, nous avons répondu à certaines rumeurs infondées et trop longtemps colportées.

AE : Si elle présente un avantage indéniable de collecte des sources, la collaboration rédactionnelle avec la famille d’un personnage historique peut aussi de grever d’obstacles affectifs, de censure latente. Comment s’est passé votre travail de ce point de vue ? 

Patrick Weber : Nous ne voulions pas écrire une biographie. Il s’agit d’un portrait et pas n’importe lequel… Un portrait vu à travers les yeux de la fille de la princesse. Personnellement, j’assume tout à fait l’aspect affectif d’une telle entreprise. Pour autant, j’ai eu la plus entière liberté par rapport aux questions posées.

AE : Aviez-vous rencontré la Princesse de Réthy ?

Patrick Weber : Non… mais d’une certaine manière, j’étais heureux d’être dans la situation du Candide pour aborder ce travail. J’étais l’égal de tous ceux qui avaient une certaine image de la princesse de Réthy sans l’avoir jamais rencontrée. Et ma perception a beaucoup évolué au fil de l’écriture et des entretiens avec la princesse.

 

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16 06 12

Le nouveau Dominique Bona

 "9782246798101.jpgYvonne et Christine Lerolle au piano, avec sa facture classique, sa maîtrise de la composition, et de la couleur, est non seulement un des chefs-d'oeuvre de Renoir, mais un de ceux qui souligne le mieux sa tendresse pour ses modèles. Si Renoir reste le peintre des baigneuses aux chairs nacrées, sensuelles et appétissantes, il est tout autant le peintre de ces jeunes filles  à la beauté tranquille et douce qu'il vient de surprendre dans l'attente de leur destin de femmes. Et que chacun, sous ce pinceau caressant et jovial, peut croire destinées au bonheur."

Tout est dit.

Intriguée par le tableau du célèbre peintre, exposé au Musée de l'Orangerie (Paris), Dominique Bona découvre rapidement que l'expression de bonheur affichée par  Yvonne et Christine,  filles du peintre Henry Lerolle, soeurs complices,  protégées par la vie, un milieu d'artistes  exubérant et une famille aimante, ne résistera pas au drame de leurs mariages respectifs avec Eugène et Louis Rouart, fils du collectionneur d'art, Henri Rouart.

Retraçant leur jeunesse dorée et les prémisses d'un mariage prometteur arrangé par Edgar Degas, la biographe nous propulse au sein d'un salon de rencontres merveilleuses, celui de Madeleine et Henry Lerolle, sis au 20 de l'avenue Duquesne (Paris).  Passionné de musique, nanti d'une ouverture d'esprit et d'une amène tolérance, le peintre fera table ouverte, recevant chez lui Renoir, Degas, Debussy, Albéniz, Paul Valery, Francis James, Paul et Camille Claudel, instillant une joyeuse  convivialité dénuée de tout académisme.

L'étau de mariages mal assortis rendra Yvonne esclave d'un mari tourmenté - Eugène Rouart - homosexuel et tiraillé d'aspirations contradictoires , l'isolera du monde par une vie retirée  à la campagne , tandis que Christine fracassera son solide tempérament de nombreux orages matrimoniaux.

Une fresque magistrale que Dominique Bona décrit avec la rigueur historique  le rythme et le brio qu'on lui connaît.

Une lecture hautement conseillée

Apolline Elter

Deux  soeurs. Yvonne et Christine Rouart. Les muses de l'Impressionisme, Dominique Bona, biographie, Grasset, avril 2012, 384 pp, 20,9 €

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14 06 12

Jacques a dit

C'est à la lecture de l'excellente chronique, sur ce blog, de Jacques Mercier, que j'ai eu envie de découvrir l'ouvrage. Je vous en livre donc ma recommandation de lecture. Merci Jacques ...au pluriel.!

blog5095.jpg Animateur-vedette, avec André Rémy, de  Feu vert, l'émission-culte des têtes blondes (années '70), Jacques Careuil nous revient, de sa voix juvénile à l'accent bien trempé,  par le biais d'une autobiographie rédigée avec Claude Rappé.

Un récit attachant autant qu'intéressant.

"Je n'ai pas eu le père dont on peut rêver, mais il n'a pas eu non plus le fils qu'il espérait"

De  de sa prime enfance, marquée par le départ de son père, Henri Neulinger et les années de guerre, le jeune et solitaire Guido  - futur Jacques Careuil -  retiendra surtout la solide affection qui le lie à sa mère.

Années de scène, genèse de l'émission Feu vert, Liaison de trois ans avec le comédien Serge Michel et début de l'amitié vitale  qui le lie à Jacqueline Bir, ...sont l'objet de la deuxième étape de sa biographie.

L'animateur nous livre alors sans tabou, ni quelconque nostalgie, la vérité d'une homosexualité assumée et de diverses relations plus ou moins heureuses, mais aussi les coulisses de la grande RTB (F), les cabales menées et obstacles de carrière que son étiquette de gentil animateur lui valurent et qui le décidèrent à quitter délibérément la télévision publique belge.

Le "petit Careuil" était catalogué. On ne me prenait pas au sérieux. Lorsque je négociais une nouvelle saison, souvent, je n'obtenais pas une augmentation de cachets.

C'est une leçon pour beaucoup d'artistes médiatisés: quand vous tenez un succès, gardez-le! Il vous apparaîtra un jour que vous n'êtes pas assez payés, que vous êtes exploités, que votre nom vaut de l'argent, que vous aimeriez faire autre chose de plus valorisant.. Mais le jour où vous claquerez la porte, ou même si vous partez sans faire de bruit, personne, personne non, ne vous tiendra la main et on ne fera plus jamais  aucun bruit autour de vous. (...) Nous ne sommes rien dans la grande machine des médias (...) nous sommes jetables comme des mouchoirs en papier. Après, longtemps après, il vous restera des souvenirs à consigner dans un livre. J'insiste: il n'y a aucune aigreur dans ce que je viens de dire."

De cette Thaïlande où il réside aujourd'hui - Jacques Careuil partage sa vie entre Pattaya et Ibiza (Espagne) - ce "solitaire bien entouré" entend faire le point sur les idées reçues en matlère de prostitution thaïe.

Une façon de rendre hommage à la vie, à un "destin qui [lui] a régulièrement tendu la main " à un pays qui l'a accueilli, avec ce ton de simplicité et d'amène sincérité qui est la grande qualité de cet ouvrage.

Apolline Elter

 

Jacques Careuil, invité de Nathan Skweres et Brice Depasse dans le Grand Zapping de Nostalgie Pop Culture, écoutez :


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Feu vert à Jacques Careuil. Rencontre avec Claude Rappé, biographie, éd. Jourdan, mai 2012, 234 pp, 15,9 €

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29 05 12

Un parcours exemplaire...

L'esprit et la molécule.gifMohand Sidi Saïd, qui livre son histoire surprenante dans L'esprit et la molécule paru aux Éditions Genèse à Paris et à Bruxelles, est né dans un village reculé de Kabylie. À dix ans, il sait à peine lire. La rencontre fortuite d'un oncle alors qu'il vendait des pastèques sur un marché le met sur le chemin de l'école qu'il ne quittera plus jusqu'à son diplôme de l'Institut d'Administration et des Gestion des Entreprises d'Aix-Marseille et son MBA à l'Université Carnagie Mellon de Pittsburgh aux États-Unis.

D'Alger à Manhattan en passant notamment par la Belgique, en vivant et en voyageant dans d'innombrables pays, il grimpera tous les échelons de la société Pfizer, leader mondial de l'industrie pharmaceutique, jusqu'à en devenir l'un des trois présidents opérationnels. Le groupe réalise alors 50 milliards de dollars de chiffres d'affaires pour un effectif mondial d'environ 150 000 employés...

À travers le passionnant récit de sa vie professionnelle, Mohand Sidi Saïd convie le lecteur à une double expérience : d'une part, celle d'un manager humaniste qui a puisé à l'aune de ses racines les valeurs d'ouverture, de tolérance et un goût inné pour la diversité culturelle ; d'autre part, celle d'une saisissante radioscopie de l'industrie pharmaceutique mondiale si souvent décriée.

Il en ressort notamment que Mohand Sidi Saïd a été un acteur pugnace et tenace dans la lutte contre des fléaux planétaires comme le sida, les trachome et les MST, entre autres.

Pour cela, il a rencontré nombre de dirigeants politiques, avec lesquels il a souvent dû batailler et dont il fournit un portrait original et sans concession.

Poursuivant son existence palpitante, il consacre désormais son temps à des causes humanitaires visant à rendre espoir aux personnes qui souffrent, aux « accidentés de la vie » comme il les appelle.

Chapeau !

Bernard DELCORD

L'esprit et la molécule par Mohand Sidi Saïd, Paris-Bruxelles, Genèse Éditions, mars 2012, 159 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,50 €

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19 05 12

Feu vert à Jacques Careuil

Careuil bio.jpgC'est une biographie remarquable - et on le doit aussi au talent et à la plume de Claude Rappé ! - que celle de Jacques Careuil, qui enchanta des générations d'enfants (dont Frédéric Jannin ou Franco Dragone cités) dans son émission télé "Feu vert", en duo avec André Rémy. Parce que tout y est (sans la lourdeur ni la longueur habituellement dévolues au genre) : l'émotion, les informations, les détails de cette vie partagée en sept ! L'amour, son homosexualité, y est évoquée sans détours; le métier et ses aléas (il a cette liberté de pointer du doigt ceux qui l'ont trahi); mais aussi ses souvenirs - et il est temps de garder tout cela en mémoire avant que le bonheur ne s'évapore dans les brumes du temps. Le théâtre, les premières émissions de télévision en noir et blanc, la voix de Tintin et les rencontres avec Hergé... Existent, vous le découvrirez, des passages en italiques qui sont d'une grande émotion personnelle et le partage avec l'autre auteur même : une belle façon de rendre cette autobiographie émouvante. Je dois à Jacques Careuil mes premières émissions radio, dont "Entrée Libre" et ses conseils, son amitié me restent précieux et m'ont aidé de façon évidente dans mon propre parcours ; je lui dois aussi le partenariat avec Stéphane Steeman dans "Dimanche Musique" (il ne voulait pas assumer ce duo en même temps que le lancement de "Feu vert" en télé - et me proposa à la direction qui ne songeait bien sûr pas à moi, assistant jeune et débutant). Dans la préface, Jacqueline Bir dit, avec raison, qu'il est le précurseur des animateurs d'aujourd'hui et que c'est la raison de sa présence dans notre mémoire. Je pense aussi que c'est quelqu'un qui a pu gérer sa vie : sentimentale, personnelle, publique. J'aime aussi cette réflexion juste et belle : "qu'il a rendu au public tout l'amour reçu de sa mère !"

Jacques MERCIER

 

Feu vert à Jacques Careuil - avec Claude Rappé. Edition Jourdan. 240 pp. Deux cahiers de photos. 15,90 euros.

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