01 03 12

Victor Hugo, pas à pas...

9782873867751.jpgPointons pour ce premier jour de la Foire du Livre de Bruxelles , la rencontre qui aura lieu à 18 heures, dans le Forum, avec Kris Clerckx, autour de Victor Hugo et de l'ouvrage tout frais sorti des presses des éditions  Racine: Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris.

Balisant un circuit littéraire et touristique de 8 étapes, au départ de la Grand-Place de Bruxelles vers Paris,  le journaliste Kris Clerckx (De Standaard) décrit avec précision les lieux qui conservent, à des degrés divers, l'empreinte de l'illustre écrivain ou de Juliette Drouet, sa maîtresse... C'est bougrement intéressant.

Exilé en notre Capitale, en décembre 1851, le poète s'en institue observateur bienveillant et ..exigeant. Rétif à l'idée de parcourir le champ de bataille de Waterloo et les souvenirs cuisants d'une défaite, Victor Hugo attendra l'été 1861 pour opérer enfin les repérages utiles à l'écriture - en cours - des Misérables.   Le premier tome de l'oeuvre sera publié un an plus tard auprès de l'éditeur bruxellois,  Lacroix.

Villers-la-Ville, Namur, Dinant, Beaumont, Binche, Mons, Beloeil, Antoing, Tournai....ponctuent à leur tour le périple wallon, adresses de logement à l'appui,  avant le passage de la frontière française via le Nord-Pas de Calais. Un plongeon en Normandie nous rappelle la tragédie de Villequier: mariée à Charles Vacquérie, fils d'amis des Hugo, Léopoldine, la fille chérie du poète est happée, lors d'une excursion en bateau,  par une vague gigantesque et se noie dans les eaux de la Seine.

Huitième  - mais non des moindres-   étape de ce périple, le Paris de Victor Hugo nous mène du Panthéon, sa dernière demeure à la Place des Vosges  où il résida quelques années avec sa famille grâce au succès de Notre -Dame de Paris. La Maison de Victor Hugo se visite (gratuité)  - nous y reviendrons un de ces jours - 7 pièces  sont consacrées à une exposition permanente de meubles, écrits et objets lui ayant appartenu.

Clairement présenté, richement illustré, l'ouvrage de Kris Clerckx offre un magnifique éclairage sur le parcours d'un homme hors du commun

AE

Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris - Kris Clerckx, beau livre, éd. Racine, mars 2011, 176 oo, 22,95 €

A l'issue de la conférence, l'auteur se prêtera à une séance de dédicaces et de rencontre avec les lecteurs, de 19h à 20 h, au stand des Editions Racine (222)

25 02 12

Rosa...Sand

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" (...) fut-elle seulement un peintre animalier ou un peintre de paysages mettant en scène des animaux? Le problème est plus complexe  qu'il n'y paraît au premier regard, comme toujours chez cette femme qui ne ressemble à aucune autre ou presque."

Biographie magistrale de Rosa Bonheur (1822- 1899) peintre des Labourage nivernais et  Marché aux chevaux,  l'ouvrage de Gonzague Saint Bris trace l'extraordinaire force rebelle et tranquille qui permit à cette femme  hors normes d'acquérir et de conserver une indépendance à tout crin, une totale émancipation et de se distinguer de la plupart de ses contemporaines.

Mondialement connue de son vivant, particulièrement appréciée des milieux anglo-saxons, cette  adepte de la pensée saint-simonienne, acharnée du travail,  frénétique de la Nature, chimiste des couleurs - qu'elle fabriquait elle-même, "toujours très perspicace dans la gestion de sa carrière"  adopta, à l'instar de George Sand, l'allure vestimentaire masculine et vécut de longues années de discrète idylle avec son amie Nathalie Micas, puis, à la mort de celle-ci, avec l'Américaine, Anna Klumpke, qu'elle institua légataire universelle.

Spécialiste de la célèbre épistolière de Nohant (chère à notre blog...) Gonzague Saint-Bris traque les multiples traits qui rapprochent Rosa Bonheur d'une George Sand, de dix-huit ans son aînée, dans la fraternité d'un génie paysagiste commun. Une George  dont Rosa lira avec..bonheur les œuvres et qu'elle qualifiera de "sœur de plume'

"Et pourtant, à aucun moment, ne semble-t-il, ces deux femmes ne vont se rencontrer"

Mais telle la demeure de Nohant, le château de By garde intacte l'âme de son occupante:

"Si Rosa Bonheur - tous ses contemporains en témoignent - passe pour une femme exceptionnelle, exceptionnelle est aussi la conservation, pratiquement intacte, de son atelier de By, qui nous permet, plus d'un siècle après sa mort, de pénétrer dans son intimité, comme les privilégiés, admis à son époque, dans ce véritable sanctuaire de la nature et qu'elle recevait avec une hauteur courtoise, à la manière de ces princesses habituées dès l'enfance, à recevoir les hommages publics, même si, dans son cas, ceux-ci étaient dus à son génie et non à sa naissance."

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Rosa Bonheur - Liberté est son nom, Gonzague Saint-Bris, biographie, Robert Laffont, février 2012, 250 pp + 8 pages de reproductions, 20 €

 Billet de faveur

AE – Gonzague Saint-Bris, vous déplorez le « rendez-vous manqué » de George Sand et de Rosa Bonheur. Devriez-vous  organiser une rencontre entre les deux châtelaines, choisiriez-vous le cadre de Nohant ou de By ?

Gonzague Saint-Bris :  Evidemment Rosa aurait certainement trouvé son bonheur à Nohant. De même Sand, qui partageait les mêmes passions, aurait sans doute trouvé son compte au château de By.

 Mais il est des rendez-vous manqués du passé que l'avenir peut réparer ou  que le présent peut même mettre en scène. Ayant écrit d'abord sur George Sand, la dame de Nohant et ensuite sur Rosa Bonheur, la dame de Thomery, je suis en mesure de vous inviter à assister à leurs retrouvailles virtuelles dans un lieu merveilleux, inspirant, enthousiasmant et exotique à Paris où l'on grignotte au bar avec bonheur : LE ROSA BONHEUR, une guinguette de tradition au 2 allée de la Cascade au bord du parc des Buttes Chaumont.

 agenda.jpgLe soir de la Journée de la Femme, le 8 mars 2012 à partir de 18h00, sera donné au ROSA BONHEUR (01 42 00 00 45) une LECTURE-SIGNATURE-DEDICACE en l'honneur de la sortie de mon livre : Rosa Bonheur, Liberté est son nom (éd. Robert Laffont) . Venez tous à cette fête de l'esprit où vous pourrez assouvir toutes vos gourmandises et fêter à la fois la Femme, George, Rosa et les autres...

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Arts, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 02 12

A Sylvie

9782234070899FS.jpg" Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds , en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant"

A son épouse dont il a partagé la vie durant 40 ans, Jean-Louis Fournier rend l'hommage d'une longue, très longue lettre, rythmée de courtes apostrophes. Tendre, percutant, lapidaire mais surtout très affligé par le départ de Sylvie, l'auteur évoque les situations inévitables, ironiques ou absurdes, auquel un veuf est confronté mais aussi la nostalgie des bons moments passés ensemble.

 " J'ai des moments de répit dans mon chagrin quand j'écris. J'ai l'impression de t'écrire et que tu lis par-dessus mon épaule.

 J'espère que mon livre va te plaire. Je voudrais que ce soit un livre en couleurs. J'ai l'impression de raviver nos souvenirs.

  Avec le temps, les couleurs avaient un peu pâli."

Veuf,  Jean-Louis Fournier, récit, Ed Stock, octobre 2011, 160 pp, 15, 5 €

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31 01 12

A bâtons amènes et rompus

9782259201353.jpgEntrer de plain-pied dans une conversation un peu décousue peut  - un brin- agacer... Zauraient tout de même pu formater le texte avant de nous le présenter...

Cela est vrai. Mais vous oubliez vite cette petite humeur réalisant qu'il n'y a sans doute pas meilleure méthode pour aborder Patrick Bruel, le saisir, d'un ping-pong verbal, dans sa sincérité...plénière.

Une conversation saisie au moment du tournage du film "Le Prénom" (sortie en salle le 25 avril 2012 - voir billet sur ce blog) et du "martyre " de la préparation d'un prochain album

Retour sur une vie bien animée - l'artiste a roulé sa bosse avec entrain, depuis cette Algérie que le jeune Patrick Benguigui quitte à l'âge de 3 ans - la conversation menée de façon amicale et tonique par son ami, le journaliste Claude Askolovitch dévoile, dans le désordre, les facettes multiples d'un être chaleureux, doué, qui fonctionne à l'instinct, au coup de coeur, décuplant, avec les années,  le capital de sympathie qui est son carburant premier.

Jeune père attentif - il affiche l'âge des parents des amis de [ses] enfants - il partage sa vie entre Oscar, Léon, sa nouvelle compagne Céline [Bosquet], le cinéma, le théâtre,  le poker, les chansons, ..rendant un hommage appuyé à, tous ses "référents",  toutes ces personnalités - Patrick Sébastien, Alain Souchon, Jean-Jacques Goldman,  Michel Drucker,ses jeunes frères David et Fabrice, sa maman Augusta - Nathalie,  son grand-père Elie, son (beau) grand-père, René Moreau.. - qui ont balisé sa route.  Impressionnante, la liste de ses amitiés bouclerait à elle seule l'annuaire d'un fan-club. Car Bruel "invite la générosité des autres pour pouvoir exister, (...) s'offre tout entier pour recevoir ceux qu'il choisit."

Conscient de la responsabilité qu'implique son image , l'acteur-chanteur-pokériste -touche-à-tout de génie  fait le point sur ses doutes, sur certains sujets politiques et délicats ... accentuant , au fil d'une conversation et de confidences bien aiguillées,  ce sentiment de proximité qu'il sait si bien donner...

Sincère, direct, grand garçon, Gontran Bonheur du succès...bougrement sympathique, Patrick Bruel a la séduction généreuse et enthousiaste, bougrement..fondante.

Apolline Elter

Patrick Bruel - Conversation avec Claude Askolovitch - éd. Plon, novembre 2011, 286 pp, 18,9€

 

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28 01 12

Michel Galabru ne sait pas dire non

Michel GalabruEntretien réalisé au théâtre de Paris pour Ciné Clip Clap et Livre de bord
Une émission de Nicky Depasse sur Liberty TV
Janvier 2012

Michel Galabru, Je ne sais pas dire non !, Michel Lafon, novembre 2011, 18€95, 317p.


Michel Galabru ne sait pas me dire non par nickydepasse

26 01 12

Jésus a existé !

Jésus petitfils.jpgC'est un travail remarquable de synthèse historique qu'a réalisé dans "Jésus" Jean-Christian Petitfils ! Se plaçant volontairement en dehors du champ religieux, il a confronté toutes les sources fiables, celles de ses confrères archéologues, ethnologues, etc. et bien entendu celles des textes, s'appuyant en particulier sur l'Evangile de Jean, le témoin privilégié. On apprend, par exemple, que l'expression "fils de Dieu" était largement utilisée avant l'avènement du Christ : "Dans les anciens royaumes d'Israël et de Juda, les rois étaient considérés comme "fils de Dieu"... L'auteur fait la part des choses entre la symbolique, les allégories et ce qui semble la vérité. Ce qui reste est l'essentiel, de toutes façons : "Dieu est amour" écrit dans sa première épître Jean l'évangéliste qui a le mieux compris son message. Sa bonté est infinie. Elle va au-delà de toute représentation." On y apprend aussi (avant la religion) ce qu'est la morale de Jésus : "Jésus vise l'intention qui renferme déjà en elle le mal. C'est dans la haine du prochain, plus encore dans la colère, la rancune, l'animosité que réside la racine du meurtre. C'est cette racine qui doit être éradiquée. D'où la nécessité d'une réconciliation des hommes entre eux, préalables à toute prière." On parle évidemment aussi de l'expression ambigüe "le fils de l'homme", des femmes, de la vie future. Un livre passionnant que j'ai lu (est-ce un détail) avec attention en version numérique ! Cela dit, a-t-on un message, aujourd'hui plus que njamais, plus vital que "Aimons-nous les uns les autres..." ?

Jacques MERCIER

"Jésus", par Jean-Christian Petitfils, Edition Fayard, 2011, 690 pages en version brochée, 23,75 euros.- en version kindle 18,99 euros.

24 01 12

On n'a pas tous les jours 20 ans

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"En 1819,  Honoré  veut "commencer par un chef-d'oeuvre". Travailler "pour la postérité" et non "pour le goût actuel".

Difficile de prétendre qu'à 20 ans, Honoré ait déjà réalisé de grandes choses. Mais il est le modèle du jeune homme pauvre qui parcourra La (future) Comédie humaine.

En 1819, le (futur) romancier n'est encore que Balzac - son père n'adopte en effet la particule que deux ans plus tard - mais  il a en  lui, il le sent, il le sait, les germes du génie..

Pour l'heure, ses parents lui louent une pauvre mansarde à Paris tandis qu'Honoré réalise qu'il ne suivra pas la voie notariale prescrite par son père. Ce sépulcre aérien  ..et monacal sera l'assise parfaite de son inspiration: "Il faut matériellement peu à celui qui vit pour accomplir de grandes choses dans l'ordre moral"

Enfant mal aimé  - sa mère a vingt ans à sa naissance, tandis que son père en a plus de cinquante -  Honoré recherchera, sa vie durant, parmi  ses maîtresses et les  femmes de son  entourage, la tendresse maternelle qui a manqué à son enfance.  Laure de Berny, Laure d'Abrantès, Claire de Castries et Eve Hanska que le dandy  épouse en mars 1850, cinq mois avant son décès, prodigueront au romancier l'affection recherchée. Ainsi que Laure, sa soeur tant aimée et  Zulma Carraud, amie et  complice à vie.

Une expérience ratée dans le domaine de l'édition, entre 1826 et 1828 et la faillite qui s'ensuit,  obligera Honoré à rembourser ses créanciers jusqu'à la fin de sa vie.  Il le fera par l'écriture prolifique de romans.  La Comédie humaine est ainsi mise en route avec la publication en 1830 de la première série des Scènes de la vie privée  [Ndlr: dont la lecture intensive fut l'objet du mémoire de nos propres vingt ans... ] et l'introduction du principe des personnages récurrents. Trait de génie qui vaudra à Balzac la réputation d'être le plus grand romancier du XIXe siècle ....

Rédigée de la main d'Anne-Marie Baron, présidente de la Société des Amis de Balzac, cette nouvelle  publication de la collection "A vingt ans" lève, avec maîtrise  et précision, le voile sur une série d'énigmes visant la personnalité du romancier.

Apolline Elter

Honoré de Balzac à 20 ans.  L'esclave de sa volonté, Anne-Marie Baron, Ed. Au Diable vauvert, coll. " A 20 ans", janvier 2012, 168 pp, 12 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (3) |  Facebook | |

18 01 12

Vie et mort d'un scélérat

Trotski.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 18/01/2012 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Un vieil écrivain trotskiste belge à qui nous avions demandé en 1987, dans le cadre de recherches menées pour un projet de thèse doctorale, pourquoi il avait collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, nous répondit qu'il admirait les réalisations sociales du IIIe Reich et que si pour les atteindre il fallait se mettre dans le camp du national-socialisme, cela passait par pertes et profits, car « on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs »...

Cette réflexion cynique nous est revenue à la lecture du formidable Trotski publié aux Éditions Perrin à Paris, une biographie magistrale rédigée par un historien britannique (on connaît leur sérieux) enseignant à l'université d'Oxford, Robert Service, ayant eu accès à quantité de documents officiels russes (merci la chute du Mur de Berlin) et d'archives privées qui lui ont permis de remettre les pendules à l'heure une bonne fois pour toutes.

Car si l'adversaire de Staline eut longtemps – et a encore parfois – les faveurs d'intellos bobos quelque peu naïfs qui voyaient en lui le prophète de la révolution à visage humain, on est en réalité loin du compte, et sur tous les plans.

Voici le portrait synthétique qu'en donne Robert Service : « Révolutionnaire, chef de guerre, mais aussi écrivain brillant, amoureux des femmes, Juif en conflit avec ses racines, père de famille, icône puis bouc émissaire et victime traquée, Léon Trotski a vécu l'une des vies les plus extraordinaires qui soient. Fondateur de l'Armée rouge, opposant à son rival Staline qui le pourchasse à partir de 1929, en Turquie, en France puis au Mexique, sa vie s'achève dans un apogée de violence à l'image de son existence tourmentée. Théoricien “pur” d'apparence, cet homme aussi monstrueux que génial fut habité par l'obsession du pouvoir, sans jamais parvenir à le conserver ».

On ajoutera que Trotski apparaît aussi dans l'ouvrage comme un être sanguinaire, tortueux, opportuniste (dans ses rapports – façon girouette –avec Lénine, par exemple), lâche (notamment vis-à-vis de son épouse et de ses deux premiers enfants qu'il abandonna à leur sort en s'évadant de Sibérie en 1902), traître à ses origines et à ses amis (ainsi, il coucha sans vergogne avec Frida Kahlo, la femme de Diego Rivera qui l'avait accueilli en exil au Mexique en 1937 : « Faites du bien à un vilain, il vous crache dans la main », dit l'adage), tricheur (son autobiographie est un tissu de mensonges), extraordinairement imbu de sa personne, dépourvu de tout sens humain, parfaitement incapable d'empathie et, plus aberrant encore, très médiocre politique.

Bref, un beau salaud, comme aurait rugi Jean-Paul Sartre...

PÉTRONE

Trotski par Robert Service, Paris, Éditions Perrin, septembre 2011, 620 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 €  (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 12 11

Les 150 printemps de Victor Horta

12-HALLET-C1(500).jpg

Quand, en 1901, Victor Horta (1861-1947) s'attaque à la construction de l'Hôtel, pour son frère de Loge, l'avocat Max Hallet, il a déjà de belles réalisations à son actif: les hôtels Autrique, Van Eetvelde, Tassel, Solvay, ....notamment. Il peut dès lors décliner son génie en toute maturité, s'adaptant, comme chaque fois, aux besoins spécifiques de son commanditaire.

 

Député socialiste, dévoué à la cause des plus démunis, Max Hallet préfère le raffinement à toute forme d'ostentation.

 

Le marbre blanc veiné alternera dès lors avec des sols en mosaïque,  soutenant, réverbérant la luminosité remarquable des lieux. L'omniprésence de boiseries et de courbes réchauffe le coup d'oeil tandis que  l'usage des ferronneries et de métal doré allège le côté imposant des lieux.

 

De son côté, Madame Hallet, passionnée de fleurs,  se verra construire, à l'entresol, un jardin - d'hiver - ...extraordinaire: jaillies de la façade,  trois baies vitrées, lobées  offrent, sur le jardin extérieur,  une perspective en triple cul-de-four. Les radiateurs en épousent les courbes. L'eau de pluie, nécessaire à l'arrosage des plantes, est acheminée dans la pièce par un système des plus ingénieux...signé Horta.

 

Réalisation majeure de l'architecte de génie, l'Hôtel Hallet est un des rares joyaux rescapés de la destruction ou de transformations indues. Acquis en 2006, par Michel Gilbert, passionné d'Art Nouveau et propriétaire de quatre immeubles Horta, l'hôtel a bénéficié d'une restauration intégrale, dans le plus pur souci de son aspect originel. Il est désormais ouvert au public, sur rendez-vous et théâtre de réceptions privées.

 

Passionnée par l'oeuvre de Victor Horta, Michèle Goslar signe ici une monographie remarquable: elle intègre la biographie de l'Hôtel Hallet dans la perspective complète de la vie et  de l’œuvre de l’architecte mais aussi  de l'époque et de l’aménagement de la célèbre avenue Louise. L'occasion rêvée pour le lecteur de rassembler, d'organiser ses connaissances sur le sujet. Les quelque cinquante illustrations soulignent magnifiquement le propos et rendent la visite virtuelle très engageante.

 

Une lecture hautement recommandée.

 

A (s')offrir sans hésitation.

 

Apolline Elter

 

Hôtel Hallet, signé Horta, Michèle Goslar, Beau-livre,  Ed. Avant-Propos, octobre 2011, 96 pp, 24,95 €

 Billet de faveur

 

 AE : Michèle Goslar, passionnée de l’œuvre de Victor Horta, vous  l’êtes aussi de celle – littéraire – de Marguerite Yourcenar. Rappelons que vous avez créé et que vous dirigez Le Centre international de Documentation Marguerite Yourcenar, à Bruxelles.  A part le fait, comme vous le rappelez, que la célèbre écrivain est née, avenue Louise, établissez-vous un lien entre ces deux passions ?

 

Michèle Goslar : Finalement, Marguerite Yourcenar et Victor Horta ont nombre de points en commun : sens du travail acharné et lent (un livre important tout les dix ans pour Yourcenar, remise sur le chantier de ses constructions pour Horta ; recherche de l’expression la plus « exacte » pour les deux ; audace de la pensée dans les deux cas…) même si c’est le hasard d’une interview de Gérard Valley sur la biographie de Yourcenar qui m’a mise sur la voie de la continuation de l’écriture…  et la rencontre du livre sur la Maison du Peuple qui m’a conduite à écrire sur Horta. Loin de l’accident de l’avenue Louise, Yourcenar comme Horta sont, pour moi, deux passions. La seule différence entre eux, pour moi, est que l’une est écrivain et l’autre architecte.

La monographie sur l’hôtel Hallet n’est qu’une excroissance d’un gros ouvrage sur Victor Horta qui doit paraître chez Mercator d’ici peu. J’y ai travaillé pendant 12 ans et c’est Michel Gilbert qui, connaissant cet autre vaste projet, m’a demandé de rédiger un livre sur son hôtel ouvert au public et à divers événements car il n’en existait pas.

 

 AE : L’année 2011 célèbre le 150e anniversaire de la naissance de Victor Horta.  Michel Gilbert lui rend un hommage remarquable avec la restauration , parachevée, de l’Hôtel Hallet :

 

Michèle Goslar : J’ai dédicacé mon gros livre sur Horta à Michel Gilbert qui réalise un travail de restauration remarquable des hôtels qu’il a acquis, construits par l’architecte. Je suis heureuse que le livre sur l’hôtel Hallet soit sorti pour cet anniversaire. J’escomptais que le livre sur la vie et l’œuvre de Horta sortirait aussi en 2011, mais il n’est annoncé que pour mars 2012, afin de le rendre unique, notamment par les illustrations (des plans de toutes les constructions de Horta).

Écrit par Apolline Elter dans Arts, Beaux Livres, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 12 11

Quand Jean-Jacques devient Rousseau

9782846262989FS.jpg" A 30 ans passés, souvent dépressif et prompt à se croire atteint de toutes sortes de maux dont il  ne souffre pas, Jean-Jacques ne sait pas encore qui il est, sinon qu'il ressent comme un tout animé en lui, qui peut s'appeler sa personne, cette concentration vivante d'expériences faites, de savoirs accumulés, de connaissances et de talents assumés."

 

Un des atouts de cette collection  "A 20 ans" décidément chère à notre blog, est qu'elle ne force pas le propos... A 20 ans, Jean-Jacques n'est pas encore Rousseau. Il n'a, inscrit au plus profond de lui, que cet "impétueux désir de liberté", cette indépendance à tout crin qui sera sa signature existentielle. Qu'à cela ne tienne, Claude Mazauric trace, dans un essai passionnant, la genèse du "fondateur d'une anthropologie révolutionnaire", dont nous sommes clairement les héritiers.

 

Né à Genève , issu d'une lignée d'horlogers calvinistes, le jeune JJR  fuit la ville à l'âge de 16 ans.

 

Il lui faut tout d'abord renier sa foi et  rallier la religion catholique. C'est sur la bonne... foi de sa conversion  qu' il est confié à Madame de Warrens, laquelle joue un rôle majeur dans l'éducation de "Petit " (JJR), devient sa mère de substitution  ("Maman") et entreprend, quelques années plus tard, de le déniaiser.

 

 Ensuite, il lui faut ouvrir son esprit à tout ce qui se présente à lui: on voit ainsi le jeune adulte découvrir avec passion la musique , la chimie, la médecine..engranger en lui, au gré de promenades  en des lieux chers et profitables à son esprit, la matière qui nourrira sa pensée.  Telle George Sand à Nohant, " C'est aux Charmettes, en effet, que s'est formée la grande synthèse intellectuelle, faite de savoirs, de lectures, de découvertes et de réflexions, dans laquelle Jean-Jacques a par la suite puisé pour donner naissance à une oeuvre proprement gigantesque."

 

Une pensée qui nourrira, à son tout, les générations  à venir.

 

" En introduisant finalement la conscience des réalités de classe dans la philosophie des Lumières, Rousseau le roturier ouvre la voie à une démarche critique qui, trois générations plus tard, sera au fondement de la pensée théorique et politique du jeune Karl Marx."

 

Jean-Jacques Rousseau à 20 ans. Un impétueux désir de liberté, Claude Mauzaric, Ed. Au  Diable Vauvert, avril 2011, 156 pp, 12 €

Écrit par Apolline Elter dans Biographies | Commentaires (2) |  Facebook | |