30 07 13

La vie nous appelle, oui !


41Z4daUGrOL__.jpgDans ce livre superbe et tellement explicite de la démarche de Boris Cyrulnik, éclairée par sa propre vie, je vous propose quelques extraits qui vous en donneront le ton.

 

Même quand tout va bien, un indice suffit pour réveiller une trace du passé. La vie quotidienne, les rencontres, les projets enfouissent le drame dans la mémoire, mais à la moindre évocation, une herbe entre les pavés, un perron mal construit, un souvenir peut surgir. Rien ne s'efface, on croit avoir oublié, c'est tout. 

 

La vie est folle, n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'elle est passionnante...

Les êtres humains sont passionnants parce que leur existence est folle.

 

Voilà ce qui se passe quand on pense au passé. Le sel de nos larmes nous transforme en statue et la vie s'arrête.

 

On ne provoque pas l'attachement d'un enfant en le gavant, on l'écoeure, c'est tout. C'est en le sécurisant et en jouant avec lui qu'on tisse le lien.

 

Les souvenirs ne font pas revenir le réel, ils agencent des morceaux de vérité pour en faire une représentation dans notre théâtre intime.

 

Aucune histoire n'est innocente. Raconter, c'est se mettre en danger. Se taire, c'est s'isoler.

 

On ne peut pas opposer une fiction où tout serait inventé au témoignage qui dirait la vérité. Je pense même que l'imagination est proche du souvenir.

 

Les "swingers" étaient les plus nombreux, au point que le simple fait de s'habiller en "zazou", avec des vestes longues et des chaussures bicolores devenait une manifestation de sympathie pour les Juifs, ce qui provoquait l'intervention de la police.

 

La lauréate expliquait que lorsqu'on invente un personnage de roman, dès la deuxième ligne, c'est lui qui nous entraîne. Il suffit de le suivre et de commenter ce qu'il fait.

 

Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l'autre.

 

Mais quand on a été blessé dans son enfance, la crypte qui s'est installée dans notre âme est difficile à déverrouiller.

 

« Sauve-toi, la vie t'appelle » de Boris Cyrulnik, Odile Jacob 2012, 291 pp. 22X14,4X2,6 cm. 22 euros, Kindle 19,99 euros.

 

27 07 13

Une adolescente d'aujourd'hui...

Amy Winehouse.jpgPersonnage baltringue doté d'une voix hors normes, Amy Winehouse la bien nommée – elle picolait dur...– voit sa courte (1983-2011) vie habilement retracée dans une BD aux tons sombres qui met en exergue ses addictions diverses et sa révolte permanente mais sans objet.

Car qu'importe que cette adolescente attardée se sentait mal dans sa peau, qu'elle couchaillait avec le premier venu, qu'elle avait – paradoxe – une mentalité de midinette, qu'elle se griffait, se piquait (et pas seulement le nez...), se croyait nulle, usait d'un langage de charretier, vivait dans la crasse et avala son bulletin de naissance à 27 ans comme quelques-uns de ses semblables ?

La voix demeurera, avec ses intonations graves, son phrasé jazzy, son côté Sinatra et ses accents de sincérité musicale...

C'est bien ce qui compte !

Bernard DELCORD

Amy Winehouse par Patrick Eudeline, Christophe Goffette & Javi Fernandez, Bruxelles, Éditions Jungle, collection « Thriller », octobre 2012, 46 pp. en quadrichromie au format 24,3 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12,95 €

26 06 13

« Il n’y a pas que l’argent ! Le bonheur compte aussi. » (Somerset Maugham)

Villa Mauresque.jpgSous sa couverture un peu provocatrice, Villa Mauresque, la biographie en forme de graphic novel de l'écrivain anglais Somerset Maugham parue aux Éditions La Table Ronde à Paris sous la plume de François Rivière et agrémentée de (beaux) dessins de Jean-Louis Floc'h constitue une grande réussite tant sur le plan littéraire que technique, en particulier par l'usage habile de la multiplication des points de vue.

Écoutons les auteurs :

« Somerset Maugham, personnage extravagant, dramaturge, romancier et nouvelliste à succès (citons entre autres Un Homme d'Honneur, Le Fil du Rasoir, Servitude humaine, Mr Ashenden, agent secret, Le Sortilège malais, Catalina, L'Humeur passagère et des dizaines de "short stories"...) a vécu du milieu des années trente à la fin de sa vie sur la Riviera française dans une magnifique demeure baptisée "Villa Mauresque" [1] où défila tout ce qui comptait alors dans le monde des arts et des lettres. Ses amis se nommaient Churchill, Cocteau, H.G. Wells et Ian Fleming. C'est à l'écrivain, mauvaise langue et toujours lucide, que nous avons donné la parole, ainsi qu'à un cercle de familiers qui ne se privent pas de dire ce qu'ils pensent du "grand homme", de ses hauts-faits comme de ses servitudes : son propre frère, son neveu Robin, le chroniqueur Beverly Nichols, son rival malheureux Hugh Walpole, sa partenaire au bridge Barbara Bach et sa cuisinière, Annette. »

Si on ajoute que Maugham, qui vivait exclusivement de ses écrits, était fabuleusement riche (il employait treize personnes à la Villa Mauresque) et homosexuel sans complexes, qu'il fut espion en Russie durant la Première Guerre mondiale, qu'il était médecin et que son œuvre, inspirée par la manière d'Oscar Wilde et des naturalistes français, fait de lui le Maupassant britannique, on a réuni tous les ingrédients pour une plongée passionnante dans ce récit de vie épatant, qui se lit d'une traite et que l'on reprend ensuite pour en savourer les finesses so British.

Bravo, les artistes !

Bernard DELCORD

Villa Mauresque par Floc'h & Rivière, Paris, Éditions La Table Ronde, juin 2013, 150 pp. en noir et blanc au format 18,5 x 26 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 20 € (prix France)



[1] Construite à l'instigation du roi Léopold II pour... son confesseur.

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03 06 13

Un aristocrate des lettres

Jean Lartéguy.jpgLozérien aux pieds dans la glèbe, ancien officier de commandos qui combattit dans l’Armée française de libération durant la Seconde Guerre mondiale et en Corée avant de devenir correspondant de guerre du Paris Match de la grande époque, Prix Albert Londres 1955, Jean Lartéguy, le dernier centurion, à qui Hubert Le Roux a consacré sous ce titre une biographie publiée chez Tallandier à Paris, couvrit, de la Palestine à l’Indochine et au Viêt Nam, de l’Algérie aux différentes révolutions d'Amérique latine en passant par les soubresauts de la décolonisation en Afrique noire, la plupart des conflits qui secouèrent la planète et forgèrent ses opinions désenchantées sur l'âme humaine et l'avenir de l'Occident.

Remarquable narrateur, il connut la célébrité mondiale en 1966 quand Mark Robson adapta – fort librement – son roman Les Centurions (1960) dans un film à la distribution prestigieuse : Anthony Quinn, Alain Delon, George Segal, Michèle Morgan, Maurice Ronet, Claudia Cardinale, Maurice Sarfati, Grégoire Aslan, une œuvre cinématographique à succès qui connut une pérennité inattendue puisqu’elle est encore décortiquée aujourd’hui dans la plupart des académies militaires de la planète…

On lui doit aussi Les Mercenaires (1960), Les Prétoriens (1961) et Le Mal jaune (1962) faisant suite aux Centurions, ainsi qu'un grand nombre d'ouvrages passionnants parmi lesquels on épinglera notamment Les Chimères noires (1963), Enquête sur un crucifié (1973), L'Adieu à Saigon (1975), La Guerre nue (1976), Marco Polo espion de Venise (1984) ou encore Mourir pour Jérusalem (1995).

En 1972, sa Lettre ouverte aux bonnes femmes, dans laquelle il s'en prenait aux féministes, lui valut une solide réputation de machiste, tandis que sa profonde réserve cachée sous une grande faconde et son esprit véritablement aristocratique, celui de l'honneur, du courage et de l'aventure des armes, le firent traiter de hautain voire de mégalomane, quand ce n'était pas de fasciste, injure alors à la mode pour qualifier ceux qui n'étaient pas des « idiots utiles », comme disait Lénine s'agissant des alliés objectifs (pacifistes, libéraux de gauche, centristes, gauchistes...) du parti communiste.

C'est que notre homme, qui avait tout vu des maux du XXe siècle qu'il décrivit si bien... ne s'en laissait pas conter !

Bernard DELCORD

Jean Lartéguy, le dernier centurion par Hubert Le Roux, préface de Jacques Chancel, Paris, Éditions Tallandier, collection « Biographies », mars 2013, 347 pp. en noir et blanc (+ un cahier photo de 8 pp. en quadrichromie) au format 14,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23,50 € (prix France)

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05 05 13

Théorie explosive...

Le prêtre et le Big Bang.jpgNé à Charleroi en 1894 et mort à Leuven en 1966, le chanoine Georges Lemaître, physicien, astronome et mathématicien de très haut vol formé à Louvain, à Harvard et au MIT de Boston fut l'un des plus grands savants du XXe siècle, dont la critique des travaux de son ami Einstein (qui croyait au caractère statique de l'univers) déboucha en 1927 sur la théorie – belge donc – du Big Bang, c'est-à-dire d'expansion de l'univers à partir d'un atome primitif [1].

Ce catholique à la foi solidement ancrée avait aussi été un volontaire héroïque de la Première Guerre mondiale et il fut décoré de la croix de guerre pour son action pleine de panache durant la bataille de l'Yser, où il avait eu Joris Van Severen comme compagnon d'armes.

Entré au séminaire de Malines en 1920 et dans les ordres en 1923, il concilia ses pratiques religieuses et ses connaissances scientifiques, en prônant par exemple une lecture symbolique et non pas littérale de la Genèse.

Soutenu par Pie XII (qui n'était donc pas aussi coincé qu'on le croit en matière doctrinale...), professeur à l'Université catholique de Louvain de 1926 jusqu'à sa mort, Georges Lemaître fut aussi nommé en 1960 par le pape Jean XXIII à la tête de l'Académie pontificale des sciences à Rome, institution qu'il maintint à l'abri des assauts conservateurs de la Curie.

Ardemment opposé à la partition de l'Université de Louvain (qui intervint pourtant en 1968 à l'instigation des flamingants menés, entre autres, par l'aujourd'hui très belgicain Wilfried Martens), Georges Lemaître a reçu de brillants honneurs posthumes puisque l'astéroïde 565 porte son nom, de même que le cinquième et dernier ATV, véhicule automatique de transfert européen, ravitailleur de la Station spatiale internationale (ISS).

Une rumeur persistante chez ses anciens élèves assure que le chanoine Lemaître ne pouvait donner de cours que dans le chahut et qu'il réclamait celui-ci de ses étudiants, en leur demandant s'ils étaient malades lorsque le calme régnait dans l'auditoire.

Professeur, lui aussi, à l'UCL, le romaniste Vincent Engel lui a consacré tout récemment chez JC Lattès à Paris une remarquable biographie intitulée Le prêtre et le Big Bang qui se lit à la vitesse de la lumière tant elle est passionnante.

Une contribution essentielle à l'histoire mondiale des sciences... et au rayonnement de Charleroi !

Bernard DELCORD

Le prêtre et le Big Bang par Vincent Engel, Paris, Éditions JC Lattès, avril 2013, 218 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 € (prix France)



[1]  Il est vrai que dès 1922, le Russe Alexandre Friedman avait abordé la question dans la revue Zeitschrift für Physik, mais il s'agissait d'une simple ébauche, dont Lemaître ignorait tout. Or, pour que la théorie tienne, il fallait y intégrer une autre découverte, de Lemaître également, l'estimation stable de la fameuse constante de Hubble (qui était également l'un de ses maîtres et amis).

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18 04 13

Philippe Bouvard, journalist, est. 1953

Philippe Bouvard, souvenirSoixante ans de journalisme, ça se fête. Dans un livre bien sûr.

Quarante ans après Un oursin dans le caviar, son premier livre (de souvenirs, tiens déjà), Philippe Bouvard met en perspective plus d'un demi-siècle d'une profession qui a, au cours de cette période, explosé et implosé. Si vous ajoutez au recul et à l'expérience, l'humour caustique du premier interviewer culoté de l'histoire de la télévision, vous obtenez un ouvrage jouissif.


podcast

Philippe Bouvard, Nicky depasse, 2013Entretien diffusé dans le Café de Flore de Nicky Depasse, le lundi et le jeudi à 13 heures sur Radio Judaïca, 90.2 FM.

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16 04 13

L'effacement de Dieu !

 

ringlet.jpgAlors qu'on ne parle que de richesse et de finances, quelle excellente idée que de mettre en avant ceux qui s'effacent du monde : les moines et mieux encore, puisque la poésie est gratuite, les moines-poètes ! C'est ce que nous propose Gabriel Ringlet dans "Effacement de Dieu". En refermant le livre, on se rend compte à quel point le moine est actuel. Mais nous trouvons bien des choses dans ce livre, comme toujours dans l’œuvre remarquable de cet auteur, théologien, écrivain, ancien vice-recteur de l'Université de Louvain et prêtre. Par exemple, comme il est écrit sur la quatrième de couverture : "Que Dieu est sensuel et caché, inachevé et toujours en quête de l'homme." Gabriel Ringlet nous offre d'abord une petite histoire de poésie monastique et mystique. Je relève : "Être de chez soi pour être du monde" ! Quelle belle formule de la tradition des moines irlandais. En nous évoquant François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé, on découvre cette réflexion superbe sur Dieu : "Dieu n'aime pas que l'on parle officiellement de lui : il préfère qu'on le suggère, qu'on l'évoque, qu'on l'éveille dans les choses et les êtres où il se cache, "sous le pommier où il dort" ! Superbe ! Et ces deux vers : "Un ange passe entre les pages / son aile te sert de signet." Et plus loin encore, une phrase que j'aimerai mettre un matin sur mes pages Net : "Donner à chaque jour son prix". Pour présenter un autre moine, Gilles Baudry, de Landévennec, Gabriel Ringlet commence ainsi son chapitre, et vous comprenez pourquoi c'est un grand écrivain, qui nous accroche, nous intéresse, nous interpelle : "Quand on voit le jour en Loire-Atlantique dans une petite localité appelée Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, je me dis que les mots d'une géographie natale invitent déjà à sauter dans la barque de l'écriture." De ce moine, ces vers : "Les mouettes, une à une, volent en éclats de rire." et "La mort, tu la croyais nocturne : elle t'éblouit." et encore "Faut-il / que les temps soient / si incertains / que les anges aient recours / à des échafaudages?" Encore un détour par Catherine-Marie de la Trinité, une moniale cette fois, qui écrit : "L'ornière est sans beauté ? / Elle reflète le ciel." Je vous invite à découvrir tous ces moines-poètes, vraiment ! Mais la fin du livre nous donne une autre surprise. Cette fois, c'est un lieu et un architecte que l'auteur nous offre. Pierre Thibault, architecte de l'abbaye Val Notre-Dame à Saint-Jean-de-Matha, au Québec, où l'auteur a passé quelques jours lors d'un colloque. De cet architecte inspiré, tout est magnifique, mais je retiens cette déclaration : "Une grande partie de ma vie, c'est d'amener les gens à ralentir ! Je commence parfois certains projets que je dois arrêter parce que les gens veulent aller trop vite." Si nous ne devions retenir que cette idée, ce serait déjà fabuleux ! Un livre attachant, étonnant, poétique et rassurant, comme on peut être rassuré par un poème, un sourire ou un reflet du ciel.

 

"L'effacement de Dieu" (La voie des moines-poètes" par Gabriel Ringlet, édition Albin Michel 2013. 300 pages. 19 euros.

14 02 13

Les chercheurs d'éternité !

 

120928 Chercheurs d'éternité  - communiqué de presse - Copie.pdf - Adobe Reader.JPGUne incroyable épopée d'aujourd'hui nous est racontée de l'intérieur et nous ne pouvons qu'être enthousiasmés par ce livre. Il s'agit dans "Les chercheurs d'éternité" de Johan-Frédérik Hel Guedj de nous livrer de A à Z la construction et l'installation de la première station polaire zéro Émission en Antarctique. L'auteur nous donne le récit de cette incroyable aventure menée sous la direction d'Alain Hubert. Nous vivons les premiers survols en biplan du lieu jusqu'à l'inauguration rocambolesque de la station. Alain Hubert écrit dans la sa préface à propos de "Princess Élisabeth" : "Son existence est celle d'un éclaireur : elle ouvre des voies nouvelles, elle déchiffre un territoire encore largement vierge et, en auscultant l"Inlandsis, le continent antarctique, elle décrypte l'avenir de la planète, ses chances et ses dangers." La présentation personnelle de l'auteur, au début du récit, donne tout de suite le ton de l'ouvrage passionnant et qui ne manque pas d'humour : "Je fuis le froid. J'étudie à l'air stable des bibliothèques. Je gagne ma croûte à la chaleur des fourneaux." C'est comme une énigme du sphinx ! L'auteur va s'insérer dans l'histoire comme cuisinier et comme un descendant du baron Gaston de Gerlache de Gomery, qui conduisit l'expédition de la base Roi Baudouin en 1957 ! Cela nous vaut la découverte d'un testament et de ses codicilles, dignes d'une histoire de Tintin. Il y a bien sûr une énigme, une histoire de chiens retrouvés morts... L'auteur tient une sorte de journal de bord et lit parfois en parallèle, précisément, les archives de 1957. On découvre des personnalités pittoresques à bord du cargo, tel le "Révérend" qui aime philosopher et dit : "La connaissance vient à celui qui ne cherche pas à comprendre." On est à l'intérieur de l'aventure, réellement. Nous vibrons à la lecture de "66 degrés 33 minutes 44 secondes : Nous avons franchi le cercle polaire" ! On est émus par le discours de bienvenue d'Alain Hubert, couvert d'un bonnet vert à pompon et qui rappelle les règles sur place : "Ici, c'est le socle du monde. Je vous invite à respecter trois règles : veillez sur vous-même, veillez sur les autres et ne faites jamais rien seul" ! On vit donc le voyage, la construction, l'installation. Avec tout ce qu'on peut imaginer, et bien plus ! "Quand le vent souffle, c'est le vacarme. Le vent est un boxeur aux mille poings qui frappe sur la toile tendue et possède un jeu de jambes et une allonge d'enfer." Bien sûr on découvre au détour d'une des merveilleuses pages la signification du titre : "Quand le soleil est à la même hauteur sur l'horizon, on ne sait plus s'il est midi ou minuit. Dès lors, il n'y a plus d'heure. Dès lors, au Pôle, on ne cherche plus l'éternité, on l'a trouvée !" Enfin, après tant de péripéties, prosaïques parfois, en février 2008 : "La carène s'habille. Le ventre voûté se pare de reflets. Les courbes s'allongent et s'affinent" et en mars : "L'échafaudage démonté, elle étire ses jambes blanches. un jeu de miroir entre le ventre en inox, la neige et les montagnes. Un vaisseau spatial en sustentation quelques mètres au-dessus des rochers d'une planète"... Et puis aussi une escalade magnifique, un retour à Bruxelles, un coup de théâtre dans le testament... J'aime cette description de notre grand aventurier maître d’œuvre : "Mister Alain Hubert n'est pas puritain, il est réservé. Il n'est pas contre la fête, il est contre l'excès. Le seul qu'il connaisse, c'est l'excès d'effort". Suivez ce récit extra-ordinaire de ces chercheurs d'éternité, vous y trouverez ce supplément d'âme qui manque tellement au quotidien de nos vies enfouies dans le bruit et la vitesse !

 

Jacques MERCIER

 

"Les chercheurs d'éternité" par Johan-Frédérik Hel Guedj, Genèse Édition, 288 pp, Format 15X23 cm, 24,50 euros.

 

 

05 01 13

« Vivre, c'est naître lentement. » (Pilote de guerre)

Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie.gifUniversitaire reconnu, docteur en lettres et en histoire de l'art et spécialiste de la littérature du XVIIe et du XXe siècle, Alain Vircondelet a bâti sa renommée sur son œuvre biographique, principalement construite autour de grandes figures littéraires (Marguerite Duras, Arthur Rimbaud, Françoise Sagan, etc.), dont celle d'Antoine de Saint-Exupéry.

S'appuyant sur le fonds d'archives largement inédites de la Succession Consuelo de Saint-Exupéry (qui fut la veuve de l'écrivain), il a fait paraître aux Éditions Flammarion à Paris un remarquable ouvrage intitulé Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie qui se présente à la manière d'un album de famille racontant les rêves et les amours, mais aussi les craintes et les doutes de celui qui fut un intrépide pionnier de l'aviation aux côtés de Jean Mermoz et dévoilant la personnalité réelle de l'un des plus grands aventuriers de la première moitié du siècle passé, qui pourtant ne rêvait que d'être simple jardinier et s'avéra, en définitive, un philosophe humaniste de la plus haute extrace.

La belle histoire d'un homme, un vrai...

Bernard DELCORD

Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie par Alain Vircondelet, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 191 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 28,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

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19 12 12

« Il n'y a rien d'immoral dans mes livres, seulement des meurtres… » (Agatha Christie)

Agatha Christie. La romance du crime.gifLe texte ci-joint a été expédié dans la newsletter de décembre 2012 des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) puis mis en ligne sur leur site (http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Il-n-y-a-rien-d...).

Grand spécialiste d'Agatha Christie, romancier de talent et journaliste littéraire avisé, François Rivière est le concepteur prolixe et habile de scénarios de bandes dessinées (Le Privé d'Hollywood, Victor Sackville, Maître Berger), notamment avec Jean-Claude Floc'h ou Edgar P Jacobs. Il est aussi l'auteur de récits policiers très enlevés et de biographies fort averties de Patricia Highsmith, d'Edgar P Jacobs ou d'Enid Blyton.

Il a fait paraître récemment à Paris aux Éditions de La Martinière, sous le titre Agatha Christie. La romance du crime, un passionnant ouvrage fort bellement illustré dans lequel il évoque la vie de la célèbre créatrice d'Hercule Poirot et de Miss Marple, une romancière anglaise adorée par le public français qui la découvrit en 1927 et universellement connue par le biais de ses novels – avec ses 2,5 milliards de livres écoulés à travers le monde, Agatha Christie (1890-1976), dont les écrits ont été maintes fois adaptés au cinéma et à la télévision, est l'écrivain le plus lu après Shakespeare, et seule la Bible dépasse son œuvre en nombre d'exemplaires vendus ! –, mais dans le privé une femme secrète, pétrie de morale et experte en poisons (elle en connaissait tous les secrets, un savoir acquis durant la Première Guerre mondiale quand elle fut infirmière volontaire au White Cliff Hospital de Torquay dans le Devon, une station balnéaire où vinrent se réfugier de nombreux Belges – ce fait étant à l'origine de l'invention du détective venu du Plat Pays).

Car son public ignore généralement que, née Agatha Miller, elle tomba follement amoureuse en 1912 d'Archibald Christie, un pilote de la Royal Air Force qu'elle épousa le 25 décembre 1914 et avec qui elle parcourut le monde, qu'en décembre 1926 elle mit en émoi toute l'Angleterre en disparaissant lorsque son mariage battit de l'aile, et qu'en 1930 elle épousa en secondes noces un archéologue, Sir Max Mallowan, qu'elle suivit sur ses chantiers de fouilles, en Syrie et en Irak notamment.

Et beaucoup de ses lecteurs se demandent « où elle allait chercher tout ça », s'agissant des solutions de ses histoires policières.

Nous ne saurions trop leur conseiller la lecture de l'excellent ouvrage de François Rivière : il y donne la clé de l'énigme...

Bernard DELCORD

Agatha Christie. La romance du crime par François Rivière, Paris, Éditions de La Martinière, octobre 2012, 216 pp. en quadrichromie au format 20 x 26,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 32 € (prix France)

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