22 10 11

France la belle, la rebelle

40c8978e1c1e601622e17326fd81ab29-300x300.gifOrphelins du décès de Jean Ferrat,  de sa voix belle,  chaude et grave, lisez, contemplez, compulsez  ce bel album, il vous apaisera...

 

Pouvait-on en effet rendre meilleur hommage au chantre d'Antraigues que de tracer sa vie en ses lignes essentielles  d'en illustrer le parcours d'aquarelles et de fusains...sobres et expressifs.

 

" Il faisait revivre la France généreuse, la France courageuse. France la belle, la rebelle..."

 

Journaliste sportif, Nelson Monfort, parcourt la vie de Jean né Tenenbaum depuis la disparition déchirante de son père au camp d'Auschwitz , sa rencontre avec Christine Sèvres, sa première épouse', Isabelle Aubret, son "alter ego" féminine,  Colette Laffont, sa seconde et dernière compagne et tous les amis, les vrais, qui ont compté pour lui. Du voyage à Cuba, accompli au printemps 1967, il reviendra gonflé d'espoir en une société nouvelle et..de cette moustache qui fait  désormais partie intégrale de son look. Souvent malmené par les media, il suscitera, dans son public, un attachement qui transcende la mort. Intégrité, fidélité d'amour et d'amitié...sont les maîtres-mot d'une vie et d'un portrait dont Jean Ferrat aurait sûrement fait son bagage pour l'Au-Delà. La présentation aérée du texte est modulée d'aquarelles paysagères et de nombreux portraits, signés de la main de Philippe Lorin,peintre, illustrateur et dessinateur.

 

Est-il meilleure invitation à écouter, en boucle et émotion, les inoubliables " Aimer à perdre la raison", "Ma France", "Nul ne guérit de son enfance", "Potemkine", "Nuit et Brouillard"...et tout simple "C'est beau la vie"...

 

Apolline Elter

 

Jean Ferrat. Aimer à perdre la raison, Nelson Monfort (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Editions du Rocher, septembre 2011, 112 pp, 24 €

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20 10 11

Réconcilier la science et Dieu ?

Le Lotus et le Cosmos.jpgLongtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !

Jacques MERCIER

"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.

17 10 11

Portrait d’un salaud talentueux

 

Pierre Drieu La Rochelle par Jacques Cantier.gifFort belle biographie de Pierre Drieu La Rochelle que celle parue récemment chez Perrin sous la plume de l’historien Jacques Cantier. Basée sur une riche documentation maniée avec érudition, elle s’attache à démonter et reconstruire les mécanismes complexes de la vie d’un écrivain qu’il est heureux de découvrir ou de mieux appréhender. Car Drieu, comme Céline ou Aragon (avec qui il se lia d’amitié avant que l’un et l’autre se vouent une haine farouche), fut autant un salaud par ses idées qu’un génie par son talent.

Soulignant bien la marque indélébile des atrocités de la Grande Guerre dans l’âme et les lettres de l’auteur de La comédie de Charleroi, Cantier nous redessine, à travers le récit sa vie, tout le décor du Paris littéraire et artistique des années folles d’abord, et de l’Occupation ensuite.

On y retrouve, à l’instar de tous les « paumés » de la guerre,  un Drieu archétype du jeune intellectuel issu d’une famille bourgeoise (famille et classe qu’il fustigera plus tard dans sa Rêveuse bourgeoisie), revenu des combats dans un monde qui n’est plus le sien, et dont l’engagement vers le fascisme semble être l’évolution naturelle. Appartenant un temps au cercle des surréalistes, il céda petit à petit à la séduction des sirènes d’un Ordre Nouveau qui balaierait ce monde qu’il haïssait. C’est sur cette progression intellectuelle que Cantier revient fort à propos dans les premiers développements de son ouvrage, s’appuyant sur les textes de Drieu où il se met lui-même en scène avec ses proches, amis et ennemis (notamment dans son très fameux Gilles), pour brosser le portrait d’une génération de jeunes gens déçus par leurs contemporains et pour qui cette « révolution à droite » semblait être la seule planche de salut face au danger du bolchévisme.

L’évolution de ses engagements politiques des années trente à l’Occupation trouve bien entendu une place de choix dans cette biographie, au même titre que ses rapports confus avec le monde de l’édition (en particulier avec Gallimard) et les revues auxquelles il collabora, sans jamais pourtant tomber dans la facilité du jugement ou dans le récit trop fastidieux. Son accession à la tête de la NRF et sa direction de la revue sont ainsi, par exemple, fort bien évoquées.

Au final, du Don Juan de Paris durant les années vingt à celui du Drieu collaborationniste des années grises, c’est le portrait d’un homme qui nous apparaît tantôt bien fragile et triste (dans une époque qui le fut tout autant), tantôt cruel et ambitieux. Un homme pétri d’idées horribles, et pourtant doté d’un immense talent dont on fait la connaissance intime durant les quelques heures où l’on dévore cet ouvrage passionnant.

 

EUTROPE

 

Pierre Drieu La Rochelle par Jacques Cantier, Paris, Éditions Perrin, avril 2011, 315 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée monochrome, 22 € (prix France)

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08 10 11

Le Rastignac d'Oléron

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" C'est ainsi que dans une chambre d'hôpital naît ce qui deviendra l'une des plus belles histoires de la couture française. Qui aurait pu imaginer que le jeune affranchi de La Rochelle et un créateur de génie à la santé fragile formeraient un couple devenu légendaire."


"Jeune affranchi de La Rochelle", "Rastignac d'Oléron, d'Yves Saint Laurent, le célèbre compagnon,  Pierre Bergé cultive un certain hermétisme. Pour preuve, il n'a pas cautionné la publication de cette biographie  - brillante - que lui consacre  la journaliste Béatrice Peyrani.

 

 Qu'à cela ne tienne, la vie de l'autodidacte de génie se révèle en tous points passionnante: "Monté" à Paris, sans bac, le natif d'Oléron rencontre, à l'aube des ses vingt ans, le peintre, Bernard Buffet.  Epris, les jeunes gens s'en iront vivre huit années en Provence qui verront l'art de Bernard Buffet et sa montée en cotation, décuplée par l'énergie d'une relation fusionnelle. Car c'est le trait majeur qui jaillit du portrait de Pierre Bergé: pygmalion inspiré, il offre le tapis rouge de la notoriété et... de la fortune, à ceux dont il "manage"' le destin.  La rencontre avec Yves Saint Laurent scellera la constitution d'un empire majeur de la mode.

 

" Si Yves, tel un général, se lance dans la grande bataille de la mode, Pierre, en Mazarin de l'ombre, entend déjà hisser la maison Yves Saint Laurent au firmament des étoiles de la haute couture."

 

Une relation qui durera quarante années, ponctuées de bonheur, de crises et de ruptures jusqu'à la séparation fatale que constitueront le décès d'Yves Saint Laurent et la vente, en 2009, de la collection Bergé- Saint Laurent.

 

Ami de Giono, de Jean Cocteau, de François Mitterand, Pierre Bergé se serait volontiers vu écrivain; la vie le guidera en d'autres sphères qui le propulsera  à l'inauguration et aux commandes de l'Opéra Bastille, du Globe et du journal Le Monde, dont il est le récent copropriétaire.

 

Rarement homme de l'ombre aura été si solaire.

 

Apolline Elter

Pierre Bergé. Le faiseur d'étoiles. Béatrice Peyrani, essai, éd. Pygmalion, sept.2011382 pp, 22 €

 

Billet de faveur

AE: Béatrice Peyrani, c'était un exercice particulièrement périlleux d'écrire la biographie d'un personnage vivant, sans sa caution. Cela incite ceux qui l'ont approché à une prudente réserve lorsque vous les interrogez. Pensez-vous que dans le chef de Pierre Bergé, cette mise à distance est indifférence, faute de temps ou coquetterie?

 

Béatrice Peyrani: Pierre Bergé n’est pas homme à se retourner sur son passé. Cette enquête qui m’a permis pendant plus de deux ans d’interroger prés d’une centaine de personnes- jusqu’à d’anciens camarades de lycée à La Rochelle - me l’a démontré, rien ne compte plus pour Bergé que le présent et le futur. A bientôt 81ans, le faiseur d’étoiles n’est pas prêt à gaspiller une minute de son temps pour la nostalgie. Comme à l’aube de ses 18 ans, il semble toujours impatient de se lancer dans de nouvelles entreprises et a visiblement fait sien le conseil de son ami Cocteau, "Il ne s’agit pas d’être admiré, mais d’être incontournable". Incontournable, le coactionnaire du journal Le Monde l’est évidemment dans une France de nouveau en pleine campagne électorale.

 

AE: Avez-vous eu un écho, une réaction de  Pierre Bergé depuis la parution de l'ouvrage?

 

Béatrice Peyrani: A ce jour pas encore. Mais je sais que plusieurs de ses proches sont en train de le lire.

 

AE : Pouviez-vous trouver meilleure enseigne pour publier la biographie de Pierre Bergé qu’un éditeur répondant au nom de .. « Pygmalion » ?

 

Béatrice Peyrani: « Pygmalion », un nom rêvé bien sûr et idéal pour la biographie d’un faiseur d’étoiles !

 


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06 09 11

Portes ouvertes

686903-charles-aznavour-d-une-porte-l-autre-637x0-2.jpg" Je ne prétends pas faire partie  des petits rigolos légers et inconstants, qui sautillent sur toute chose, mais je suis d'un naturel optimiste. Mieux encore, ce naturel, je le cultive. Ainsi je réserve la légèreté aux moments graves et délicats, ce qui me permet de prendre, quand c'est nécessaire, les choses avec insouciance et humour."

 

Prenant le lecteur à sympathique parti d'un monologue vif et direct, le célèbre chanteur évoque ses origines - arméniennes -  sa vie, riche de portes ouvertes et d'expériences, ses partis-pris,vigoureux, assénant au passage quelques griffes d'humeur aux comportements qui n'ont pas sa faveur. ..

 

Par cette publication qui coïncide avec sa rentrée des classes à l'Olympia - il s'y produira du 7 septembre au 6 octobre prochains - le fringant octogénaire livre le  mode d'emploi de ses spectacles: " Vous pourrez battre le rappel sans cesse, je ne réapparaîtrai pas, (...) Je ne calcule pas, je donne tout et je pars", le mode d'approche de sa personne.

 

Un autoportrait lucide, simple et direct, agréablement  truffé d'autodérision.

 

" De l'ombre à la lumière, il n'y avait qu'un pas, mais ce pas-là, il a été l'affaire de toute mon existence."


Apolline Elter

 

Charles Aznavour. D'une porte l'autre. autobiographie, Ed. Don Quichotte, septembre 2011, 164 pp, 14,9 €

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04 08 11

Bachi-Bouzouks & Co

 

Le vrai capitaine Haddock.jpgArchibald Haddock peut avaler pipe et jurons – mille sabords ! – et remercier Louis Francken pour le travail accompli à la recherche de ses ancêtres Le vrai Capitaine Haddock - Herbert James paru aux Éditions Avant-Propos à Bruxelles.

 

« Entre Haddock et l'Olympic, Smith et le Titanic, La grande histoire n'a retenu que le tandem perdant ! ...Et au fond, cela ne rejoint-il pas, pour la postérité, la volonté de discrétion qu'Herbert James Haddock a affichée durant toute sa vie ? »

 

Capitaine de la marine sous Louis XIV, le chevalier François de Hadoque cèdera rapidement la vedette à Herbert James Haddock (1861-1915), figure emblématique du recueil. Un héritage que revendique – sacrebleu ! – le bouillant capitaine d'Hergé, qui apparaissait pour la première fois – voici tout juste 70 ans – dans le Crabe aux Pinces d'Or (1941).

 

Tintinophile averti, grand reporter pour le coup, Louis Francken nous invite à plonger, sans calembredaines, cataplasmes ni catachrèse, en ce début de grand 20e. Les chantiers de la White Star, la Royal Navy, les mythiques Olympic et Titanic, la Grande Guerre et les exploits du Commodore Haddock révèlent une personnalité d'envergure qui aurait sombré dans l'anonymat le plus complet sans l'intervention de son tonitruant « frère de la côte » et du bien inspiré Louis Francken.

 

Apolline ELTER

 

Le vrai Capitaine Haddock - Herbert James par Louis Francken, Bruxelles, Éditions Avant-Propos, juillet 2011, 186 pp. (+/- 50 illustrations), 19,95 €

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03 08 11

« Rien n'est trop difficile pour la jeunesse. » (Socrate)

 

Colette à 20 ans.gif« Pour qu'ils deviennent des classiques, il fallait d'abord qu'ils soient des originaux. »

 

Cinquième volume d'une sympathique collection qui saisit les écrivains marquants de la littérature française « à l'âge crucial » de vingt ans, aube de leur vocation et d'une œuvre parfois entamée, l'opus consacré à Colette Marie Céline Lachaud est… un délice.

 

« Que fait une jeune femme de 20 ans nouvellement mariée ?  Elle dépend de son mari. Et quand celui-ci est un critique mondain, invité à toutes les pièces de théâtre, concerts, et fréquentant les salons, eh bien elle le suit. »

 

Échappant à sa vie de province et aux difficultés financières de ses parents, Sidonie-Gabrielle Colette vient en effet d'épouser en 1893, le 15 mai de ses vingt ans, le prestigieux Henri Gauthier-Villars, alias Willy. Le mariage s'est fait à la sauvette et constitue une mésalliance aux yeux de la famille Gauthier-Villars. La montée à Paris de la petite provinciale qui roule les « r » à la façon bourguignonne ne se fera pas sans heurts ni humiliations. Willy la traite comme une petite fille et n'hésite pas à la tromper. La griserie de la vie mondaine a pour corolaire une souffrance que la jeune mariée s’efforce de cacher à sa maman, l'ambitieuse Sidonie. Colette sombrera dans la maladie dès janvier 1894, pour en sortir plus forte, insolente et... Parisienne, à la fin de l'été d’une année « chrysalide » qui voit Colette se dégrossir de son enveloppe provinciale pour affronter la vie de la Capitale.

 

La focalisation sur une période d'un (bon) an, s'assortit d'une mise en perspective sur la vie entière de l'écrivain, depuis sa tendre enfance jusqu'à son décès, relatant ses trois mariages, ses succès littéraires, ses écrins d'écriture, la naissance de Bel-Gazou et les aventures scandaleuses qui émaillèrent son parcours ; les portraits de Sidonie, sa mère, de Jules, son père et de Willy, son premier mari, éclairent la personnalité d'une artiste passionnée par la vie et les expériences qu'elle pouvait lui procurer.

 

Un récit alerte et vivant, qui se lit comme un roman.

 

Apolline ELTER

 

Colette à 20 ans Une apprentie pas sage par Marie Céline Lachaud, Paris, Au Diable Vauvert, collection « À 20 ans », septembre 2010, 154 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 12 € (prix France)

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03 08 11

Excellente question !

 

Hergé Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 03/08/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

La dernière biographie en date du père de Tintin, Hergé Qui suis-je ?, publiée aux Éditions Pardès à Grez-sur-Loing sous la plume droitière – donc inscrite dans une perspective juste – de Francis Bergeron, outre qu’elle paraît fort opportunément, cinéma oblige, s’avère particulièrement perspicace sur de nombreux points : l’influence permanente de la morale boy-scout dans la vie fort banale de ce Bruxellois bien tranquille (une morale « aristocratique » de la parole donnée qui présidera à ses rapports avec Léon Degrelle, Jam-Alidor, Robert Poulet… et Tchang), la pérennité de son œuvre, après 1944, en raison de sa réception par la génération contestataire des Roger Nimier et des Pol Vandromme, et, surtout, le côté proprement révolutionnaire du dessinateur ouvert sur le monde entier.

 

« Jusqu’à Tintin, écrit Francis Bergeron, les bandes dessinées s’adressaient aux enfants, et uniquement sur un mode comique. Elles ne faisaient pratiquement jamais allusion à la politique, à l’actualité, aux faits divers contemporains. Jusqu’à Tintin, aucune histoire dessinée n’avait jamais donné lieu à un vrai scénario. Jusqu’à Tintin, aucune BD ne pouvait se lire “comme un roman”. Jusqu’à Tintin, aucun adulte ne pouvait trouver un intérêt soutenu et renouvelé à ce genre de lecture. »

 

Ajoutez à cela une bonne connaissance de l’histoire de la Belgique de l’entre-deux-guerres – l’auteur est français, ce n’était donc pas gagné d’avance… –, une iconographie très riche et plutôt originale, une bibliographie qui ne l’est pas moins et des annexes diverses comme la cote bibliophilique d’Hergé ou ses réponses au questionnaire de Proust, et vous aurez de bonnes raisons de vous précipiter chez votre libraire, avant que la Fondation Hergé, qui n’aime pas que l’on rappelle les origines politiques du maître, ne fasse interdire ce livre à la vente en Belgique…

 

PÉTRONE

 

Hergé Qui suis-je ? par Francis Bergeron, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, juin 2011, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 12 € (prix France)

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27 06 11

Fata viam inveniunt (« Les destins inventent leur voie », Horace)

 

Casanova.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 27/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Vie extraordinaire que celle du « Chevalier (auto-adoubé) Jacques Casanova de Seingalt », dont le philosophe Maxime Rovere nous livre chez Gallimard une biographie passionnante de bout en bout. Ce remarquable travail d’édition de L’Histoire de ma vie, que le libertin avait écrite entre 1789 et 1798 et dont le manuscrit fut acquis l’année dernière par la BNF, mène par la main le lecteur dans les sphères hautes et basses de l’Europe du XVIIIsiècle, au milieu des salles de jeu, des endroits de débauche, des boudoirs coquets, des châteaux, des couvents, des auberges et des prisons visitées par le Chevalier.

 

Car Casanova vécut bel et bien une vie en forme de feu d’artifice ; une vie dirigée vers la recherche du plaisir des sens, mais aussi dévouée à l’ambition immense de ce Rastignac, né dans une famille de comédiens vénitiens. S’attirant les faveurs des grands de la Sérénissime (et de leurs filles ou de leurs femmes) et bientôt du continent, le jeune homme connut succès et défaites dans son ascension. Son parcours émaillé de rencontres et de débauches abjectes, de hasards et de fortunes, de jeu et de sexe, d’arnaques et de finesse, ne peut que fasciner l’esprit des hommes d’aujourd’hui.

 

Voyageur cosmopolite, homme de science et de lettres, escroc et cabaliste à ses heures, Casanova fut aussi un observateur avisé des mœurs de l’Europe de son temps, lui qui n’avait de leçon à ne recevoir de personne, que L’Histoire livre en mêlant mythes et réalités démêlés pour nous par Rovere. On y apprend les us et coutumes politico-sexuels des faibles et puissants d’alors, leurs intrigues et histoires de fesse, leurs fantasmes et de leurs croyances, leur bêtise et de leur génie.

 

Une véritable jouissance !

 

EUTROPE

 

Casanova par Maxime Rovere, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », février 2011, 297 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 7,30 € (prix France)

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25 06 11

L’horloger des moteurs…

 

Louis Chevrolet.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 15/06/2011 sur le site des guides gastronomiques DELTA (www.deltaweb.be) et le 25/06/2011 sur celui du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be). Il a paru également dans la livraison de juin 2011 de la revue des Belges d’Afrique EBENE :

 

Fondateur, en 1911, de la marque d’automobiles à son nom, le Suisse Louis Chevrolet (1878-1941), issu d’une famille modeste pratiquant l'horlogerie, s’engagea dans sa jeunesse en tant que mécanicien chez un marchand de cycles de Beaune (Côte-d'Or, France) où il pratiqua la course cycliste.

 

En 1899, il monta à Paris pour y devenir coureur cycliste sur piste tout en se mettant au service de la firme automobile Darracq, avant de traverser l'Atlantique et de s'installer à New York en 1900.

 

Là, il est engagé comme mécanicien chez De Dion-Bouton puis chez Buick. Parallèlement, il entame une carrière de pilote de course et bat le record du mile en 1905. On le surnomme à cette époque « le coureur le plus casse-cou du monde ».

 

Entre 1905 et 1920, en raison de graves accidents, il passera d’ailleurs au total 3 années sur un lit d'hôpital

 

Chez Buick, marque dont il est devenu l'un des pilotes officiels, il rencontre l'entrepreneur William Crapo Durant (le fondateur de la General Motors en 1908), avec lequel il s'associe en 1911 pour monter une nouvelle marque automobile. Afin de profiter de la notoriété de pilote de Louis, la marque prend le nom de « Chevrolet ». Mais suite à d'incessants désaccords sur la direction à donner à la marque, l’Helvète revend en 1913 ses parts de l'entreprise (ainsi que l'usage exclusif du nom Chevrolet) à Durant.

 

Louis Chevrolet décide alors de reprendre sa carrière de pilote automobile : avec ses jeunes frères Arthur et Gaston (également pilotes et mécaniciens), il établit la marque Frontenac, qu'il destine à la compétition et notamment aux 500 miles d'Indianapolis, l'épreuve reine du sport automobile américain.

 

En 1920, qualifié en première ligne, Louis Chevrolet est rapidement contraint à l'abandon mais se console largement avec la victoire de son frère Gaston, qui fait triompher la Frontenac familiale. Mais en fin d'année, Gaston se tue dans une épreuve en Californie, ce qui incite Louis à mettre un terme à sa carrière.

 

Dans les années 1920, il lance avec Arthur une entreprise de construction de moteurs d'avion, mais une dispute avec son frère, puis la crise de 1929 le ruinent.

 

Frappé par la récession, il perdit tout et ne trouva plus, pour survivre, qu'une place de mécanicien... chez Chevrolet !

 

Les Éditions Graton/Dupuis lui consacrent, dans la collection « Les Dossiers Michel Vaillant » et sous la plume de Pierre Van Vliet et Philippe Graton, un remarquable album intitulé Louis Chevrolet retraçant de manière passionnante la biographie de cet homme ingénieux, tenace et audacieux, à qui il ne manquait que le sens des affaires.

 

Le texte est pétaradant, les photographies d’époque pleines d’allant, les planches de Michel Vaillant vrombissantes et les illustrations présentant les différents modèles de la marque véritablement époustouflantes.

 

Et dire qu’on prétend que les Suisses sont lents !

 

PÉTRONE

 

Louis Chevrolet par Pierre Van Vliet et Philippe Graton, Éditions Graton/Dupuis, collection « Les Dossiers Michel Vaillant », mars 2011, 96 pp. en quadrichromie au format 22 x 29,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 €

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