27 06 11

Fata viam inveniunt (« Les destins inventent leur voie », Horace)

 

Casanova.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 27/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Vie extraordinaire que celle du « Chevalier (auto-adoubé) Jacques Casanova de Seingalt », dont le philosophe Maxime Rovere nous livre chez Gallimard une biographie passionnante de bout en bout. Ce remarquable travail d’édition de L’Histoire de ma vie, que le libertin avait écrite entre 1789 et 1798 et dont le manuscrit fut acquis l’année dernière par la BNF, mène par la main le lecteur dans les sphères hautes et basses de l’Europe du XVIIIsiècle, au milieu des salles de jeu, des endroits de débauche, des boudoirs coquets, des châteaux, des couvents, des auberges et des prisons visitées par le Chevalier.

 

Car Casanova vécut bel et bien une vie en forme de feu d’artifice ; une vie dirigée vers la recherche du plaisir des sens, mais aussi dévouée à l’ambition immense de ce Rastignac, né dans une famille de comédiens vénitiens. S’attirant les faveurs des grands de la Sérénissime (et de leurs filles ou de leurs femmes) et bientôt du continent, le jeune homme connut succès et défaites dans son ascension. Son parcours émaillé de rencontres et de débauches abjectes, de hasards et de fortunes, de jeu et de sexe, d’arnaques et de finesse, ne peut que fasciner l’esprit des hommes d’aujourd’hui.

 

Voyageur cosmopolite, homme de science et de lettres, escroc et cabaliste à ses heures, Casanova fut aussi un observateur avisé des mœurs de l’Europe de son temps, lui qui n’avait de leçon à ne recevoir de personne, que L’Histoire livre en mêlant mythes et réalités démêlés pour nous par Rovere. On y apprend les us et coutumes politico-sexuels des faibles et puissants d’alors, leurs intrigues et histoires de fesse, leurs fantasmes et de leurs croyances, leur bêtise et de leur génie.

 

Une véritable jouissance !

 

EUTROPE

 

Casanova par Maxime Rovere, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », février 2011, 297 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 7,30 € (prix France)

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25 06 11

L’horloger des moteurs…

 

Louis Chevrolet.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 15/06/2011 sur le site des guides gastronomiques DELTA (www.deltaweb.be) et le 25/06/2011 sur celui du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be). Il a paru également dans la livraison de juin 2011 de la revue des Belges d’Afrique EBENE :

 

Fondateur, en 1911, de la marque d’automobiles à son nom, le Suisse Louis Chevrolet (1878-1941), issu d’une famille modeste pratiquant l'horlogerie, s’engagea dans sa jeunesse en tant que mécanicien chez un marchand de cycles de Beaune (Côte-d'Or, France) où il pratiqua la course cycliste.

 

En 1899, il monta à Paris pour y devenir coureur cycliste sur piste tout en se mettant au service de la firme automobile Darracq, avant de traverser l'Atlantique et de s'installer à New York en 1900.

 

Là, il est engagé comme mécanicien chez De Dion-Bouton puis chez Buick. Parallèlement, il entame une carrière de pilote de course et bat le record du mile en 1905. On le surnomme à cette époque « le coureur le plus casse-cou du monde ».

 

Entre 1905 et 1920, en raison de graves accidents, il passera d’ailleurs au total 3 années sur un lit d'hôpital

 

Chez Buick, marque dont il est devenu l'un des pilotes officiels, il rencontre l'entrepreneur William Crapo Durant (le fondateur de la General Motors en 1908), avec lequel il s'associe en 1911 pour monter une nouvelle marque automobile. Afin de profiter de la notoriété de pilote de Louis, la marque prend le nom de « Chevrolet ». Mais suite à d'incessants désaccords sur la direction à donner à la marque, l’Helvète revend en 1913 ses parts de l'entreprise (ainsi que l'usage exclusif du nom Chevrolet) à Durant.

 

Louis Chevrolet décide alors de reprendre sa carrière de pilote automobile : avec ses jeunes frères Arthur et Gaston (également pilotes et mécaniciens), il établit la marque Frontenac, qu'il destine à la compétition et notamment aux 500 miles d'Indianapolis, l'épreuve reine du sport automobile américain.

 

En 1920, qualifié en première ligne, Louis Chevrolet est rapidement contraint à l'abandon mais se console largement avec la victoire de son frère Gaston, qui fait triompher la Frontenac familiale. Mais en fin d'année, Gaston se tue dans une épreuve en Californie, ce qui incite Louis à mettre un terme à sa carrière.

 

Dans les années 1920, il lance avec Arthur une entreprise de construction de moteurs d'avion, mais une dispute avec son frère, puis la crise de 1929 le ruinent.

 

Frappé par la récession, il perdit tout et ne trouva plus, pour survivre, qu'une place de mécanicien... chez Chevrolet !

 

Les Éditions Graton/Dupuis lui consacrent, dans la collection « Les Dossiers Michel Vaillant » et sous la plume de Pierre Van Vliet et Philippe Graton, un remarquable album intitulé Louis Chevrolet retraçant de manière passionnante la biographie de cet homme ingénieux, tenace et audacieux, à qui il ne manquait que le sens des affaires.

 

Le texte est pétaradant, les photographies d’époque pleines d’allant, les planches de Michel Vaillant vrombissantes et les illustrations présentant les différents modèles de la marque véritablement époustouflantes.

 

Et dire qu’on prétend que les Suisses sont lents !

 

PÉTRONE

 

Louis Chevrolet par Pierre Van Vliet et Philippe Graton, Éditions Graton/Dupuis, collection « Les Dossiers Michel Vaillant », mars 2011, 96 pp. en quadrichromie au format 22 x 29,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 €

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07 06 11

L’Humanité en marche…

 

12 femmes d'Orient qui ont changé l'Histoire.gif« Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »

 

La sentence pascalienne est connue de tous. Rien d'étonnant que Gilbert Sinoué fît de la reine d'Égypte une invitée-phare de son nouveau recueil. Un recueil qui fleure bon l'Orient et le destin de femmes d'exception.

 

« En vérité, Cléopâtre a effectivement changé César. Mais en le poussant à revendiquer l'héritage d'Alexandre le Grand, et en lui révélant le prestige des monarchies de droit divin. Elle l'a rendu trop grand pour la République. »

 

D'Hatshepsout l'énigmatique et fascinante pharaonne, morte... diabétique et obèse, Aïcha, la préférée des onze épouses du Prophète Mohammad, à Aimée Dubuc de Rivery, « la sultane martiniquaise », cousine de Joséphine de Beauharnais, Oum Kalsoum, « la quatrième pyramide », célèbre cantatrice, adulée des Égyptiens, Leila Khaled, combattante palestinienne et Hoda Shaarawi, féministe de la première heure, l'écrivain part à la rencontre de l'Histoire, via le destin de douze femmes, séparant finement les faits avérés des nombreuses légendes qui ont entouré ces êtres hors du commun.

 

Leurs biographie et action sont situées dans le contexte historique précis de l'époque. C'est un des attraits de cet opus en tous points passionnants : sous le souffle chaud, coloré et mélodieux de la plume de Gilbert Sinoué, se déploient, parfois, à la manière d'un conte, des hauts faits féminins qui, de la nuit des temps à nos jours, ont marqué leurs époques respectives.

 

Apolline ELTER

 

12 femmes d'Orient qui ont changé l'Histoire par Gilbert Sinoué, Paris, Éditions Pygmalion, avril 2011, 342 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 20 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Gilbert Sinoué, la collection dont fait partie votre ouvrage vous a prescrit le nombre de douze. La sélection de ces femmes s’est-elle imposée comme une évidence ?

 

Gilbert Sinoué : La sélection s’est imposée par manque de femmes ! Dans cet Orient machiste, il n’en existe pas beaucoup, hélas, qui ont pu se hisser vers les étoiles. Par conséquent, le choix s’est révélé tristement limité.

 

AE : Vos portraits sont empreints d’admiration et de sympathie. Le fait que cet ouvrage soit écrit par un homme donne-t-il plus de crédit à ces récits que s’il avait été écrit par une femme ? Elle aurait pu être taxée de féministe…

 

Gilbert Sinoué : Impossible de vous répondre. Je sais seulement que ceux qui, de nos jours encore, viendraient à taxer une femme de « féministe », devraient être placés dans un zoo, derrière une cage.

 

AE : Avez-vous rencontré – ou été tenté de le faire – Leila Khaled, la seule de ces femmes encore vivante aujourd’hui ?

 

Gilbert Sinoué : Je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer, mais j’y pense fortement. Cela étant, je tiens à préciser que je n’aurais jamais écrit une ligne sur elle si des innocents avaient trouvé la mort par sa faute ; ce qui aurait pu évidemment se produire étant donné les circonstances...

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05 06 11

Publié pour la première fois à 96 ans

Harry Bernstein
L'auteur Harry Bernstein, dont les mémoires sur son enfance hantée par l'anti-sémitisme, publiés alors qu'il avait 96 ans, ont été encensés de toutes parts, est mort à l'âge de 101 ans.

M. Bernstein est décédé vendredi dans la résidence de sa fille, selon ce qu'a rapporté à l'Associated Press Bruce Frankel, un ami et auteur.

Les critiques avaient comparé The Invisible Wall de M. Bernstein au monde de douleur et de préjugés retrouvé dans les romans de D.H. Lawrence et d'Isaac Bashevis Singer.

M. Bernstein a écrit environ 40 autres livres mais il a détruit la plupart des manuscrits après qu'ils aient été refusés par des maisons d'édition. Sa persévérance — qui a mené à son succès tardif — ayant inspiré beaucoup d'autres écrivains, il a reçu, en 2008, un Guggenheim Fellowship.

Les livres de l'auteur ont particulièrement été appréciés des lecteurs italiens, dont certains s'étaient rendus aux États-Unis pour le rencontrer dans les dernières années, a relaté M. Frankel.

Les ouvrages de M. Bernstein ont aussi été traduits et publiés en Angleterre, en Suède, en Allemagne, en Finlande, en Norvège, au Danemark et au Brésil mais pas encore en France.

Source : The canadian press

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28 05 11

Restons amants…

 

Né quelque part.gifTandis que Sophie Delassein s'apprête à s'envoler – c'est jour d'Ascension – vers San Francisco pour y repeindre en bleu une certaine maison adossée à la colline... et que Maxime Le Forestier se promet d’y célébrer les quarante ans de son séjour et de l'album éponyme, penchons-nous sur la biographie qui lui est consacrée.

Remaniant, de concert avec l'artiste, les entretiens publiés en 2005 (Né quelque part, Éditions Hachette), Sophie Delassein nous propose une édition actualisée et augmentée en proportion de l'estime qui lie la journaliste à Maxime Le Forestier.

« Brassens aura été présent à trois moments clefs de ma carrière : à quatorze ans, quand j'ai découvert la chanson, à vingt-trois ans quand j'ai connu le succès en assurant sa première partie, et enfin en 1997-1998, à l'abord de la cinquantaine, lorsque j'ai fait le tour du monde avec ses chansons. »

Hommage à ses maîtres spirituels, à sa famille – en particulier, sa sœur Catherine, complice de ses premiers duos et du séjour à San Francisco – l'autoportrait auquel se livre Maxime Le Forestier semble avant tout empreint de simplicité et d'honnêteté L'artiste trace les composantes biographiques de ses textes, la genèse de ses premiers succès, la crise identitaire qui s'ensuivit, la traversée du désert et le retour de la faveur du public, à la sortie de Né quelque part, avec une lucidité chirurgicale. Homme d'affaires piètre mais heureusement entouré, philosophe farouchement extrait de tout mouvement collectif, souvent déconcerté par la tournure des interviews, enfoiré convaincu, l'artiste s'offre au lecteur tel qu'il est, enrobant quelques mises au point nécessaires d'une reconnaissance marquée envers les membres de sa profession.

Une série d’entretiens avec les proches de Maxime Le Forestier, ses sœurs, amis et collaborateurs intimes concluent d’éclairages favorables un portrait déjà très attachant.

On ne peut que souhaiter le plus grand succès à la maison redevenue bleue et à l'événement dont elle sera le cadre...

 

Apolline ELTER

 

Né quelque part par Maxime Le Forestier & Sophie Delassein, Paris, Éditions Don Quichotte, mai 2011, 344 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)

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09 05 11

Un personnage énigmatique...

 

Le Masque de fer.gif« Si l'on parle aujourd'hui encore du mystère de l'homme au masque de fer, ce n'est évidemment pas à cause de l'obscur secret du valet Danger; le siècle sans doute en connut d'autres. C'est parce qu'il a donné naissance à une légende, mieux, à un extraordinaire mythe aux nombreuses ramifications qui a traversé les siècles. »

 

Arrivé le 21 août 1669 au donjon de Pignerol – la prison des Alpes italiennes où est enfermé NicolasFouquet, l'ancien Surintendant des Finances de Louis XIV – Eustache Danger sera tenu au secret le plus total et affublé d'un masque dans le moindre de ses déplacements. Il s'agissait d'éviter à tout prix qu'on ne le reconnaisse....

 

Il n'en faut pas plus pour mettre une légende en route, l'alimenter des rumeurs les plus construites et cristalliser les passions sur ce qui deviendra bientôt l'une des grandes énigmes de l'Histoire.

 

Passant au crible d'une logique méthodique, irréfutable – c'est un atout majeur de l'ouvrage – les documents et faits relatifs au sujet, Jean-Christian Petitfils invite le lecteur à une enquête historique construite de façon progressive, limpide et alerte, à la manière d'une vaste partie de Cluedo.

 

Réfutées les théories extravagantes qui voient en l'homme au masque de fer un frère aîné, adultérin de Louis XIV – c'est la thèse de Voltaire –, un frère jumeau, cadet de quelques heures du même monarque – c'est la conviction de Marcel Pagnol –, l'enfant adultérin noir de la Reine Marie-Thérèse et de son page, nommé Nabo – pas de chance, il n'y pas plus sérieuse, chaste et fidèle que la pieuse Reine.

 

Exit la version qui ressuscite, en la personne du prisonnier masqué, le comte de Vermandois (fils bâtard de Louis XIV et de Louise de La Vallière), NicolasFouquet et celle qui en fait... une femme.

 

S'il s'avère donc que l'homme au masque de fer se nommait Eustache Danger, personnalité subalterne et banale, et qu'il avait été consigné au silence parce que mêlé, involontairement (?) et selon toute vraisemblance à des tractations secrètes entre la France et l'Angleterre, on peut se demander pourquoi l'on fit tant de foin autour de sa personne.

 

Une des explications est à trouver dans la personnalité même de son geôlier, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars : dévolu à sa garde, en même temps que de celle de Fouquet et Lauzun, il avait tout intérêt à augmenter son propre prestige de celui conféré à son prisonnier...

 

« (...) les légendes sont coriaces ! Elles plient rarement devant les évidences de la réalité ! »

 

Démasqué, ...à son corps défendant, Eustache Danger aura fait couler beaucoup d'encre ; par son sérieux, l'opus de Jean-Christian Petitfils fournit un éclairage magistral sur les mentalités du Grand Siècle et l'engouement des siècles postérieurs pour tous les genres de rumeurs.

 

ApollineELTER

 

Le masque de fer, Entre histoire et légende par Jean-Christian Petitfils, Paris, Perrin, 2003, édition revue et augmentée, mars 2011, 324 pp. en noir et blanc au format 15,7 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

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08 05 11

Enfin un philosophe optimiste !

Ferry autobio.jpgUne fois n'est pas coutume, je vous propose ici le texte de mon billet écrit dans mon propre blog (http//jacquesmercier.wordpress.com) à propos de l'autobiographie de Luc Ferry, publiée sous forme d'entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine.

Hier soir, ai terminé la lecture de l'autobiographie de Luc Ferry, enfin une sorte d'autobiographie écrite sous forme de dialogue et sous-titrée : "L'anticonformiste". Ce que j'en retiens avant tout, c'est une vision de l'avenir et qui n'est pas pessimiste ! Comme cela fait du bien ! Sa vision était déjà exposée dans son brillant et récent ouvrage : "La révolution de l'amour", mais il s'en explique longuement ici, avec son propre cheminement, ses origines, ses expériences, sa confrontation (d'où l'anticonformisme) avec les autres penseurs et/ou philosophes français. Je relève, par exemple sur mai 68 : "C'était aussi une période de grande liberté et d'aventures multiples, une période tumultueuse où l'on croyait que tout était permis du moment que l'on s'aime. J'en suis moins convaincu aujourd'hui, sans doute parce que je suis devenu plus soucieux des autres." Cela me touche d'autant plus que cette semaine je serai interviewé par Elodie de Sélys à propos d'un numéro de "Ce jour-là", excellente émission, consacré aux années 60. J'aime chez Ferry la clarté des choses. Ainsi à propos de notre civilisation : "Pour les Européens, trois grands principes éducatifs servent globalement de guide : l'amour, la loi et les oeuvres. Autrement dit : l'élément chrétien, l'élément juif et l'élément grec." Mais c'est surtout dans l'état actuel et les années qui viennent que Luc Ferry m'intéresse le plus. "Si la mondialisation s'est progressivement mise en place depuis le XVIII° siècle avec l'essor du capitalisme, la révolution numérique des années 90 nous a fait basculer dans autre chose." Et d'expliquer que le cours du monde semble nous échapper, soumis à la seule logique adaptative de la nécessité et de l'urgence. Mais il voit au-delà : "Deux mouvements - le désenchantement (mondialisation et déconstruction) et le réenchantement (sacralisation de l'humain à travers l'invention de la famille moderne - traversent la modernité démocratique." Et ceci encore : "Le seul lien social qui se soit approfondi, enrichi et intensifié depuis deux siècles est celui qui unit les générations à partir de l'expérience familiale. Je suis convaincu que c'est en elle, mais surtout à partir d'elle, qu'apparaissent de nouvelles formes de solidarité dans le reste de la société." ... Il y a encore beaucoup à dire et à commenter. Mais je vous renvoie au livre (Denoël) si voulez en savoir plus ! Pour ma part, je souris en refermant le livre, un peu plus confiant dans l'évolution du monde ! Avouez que c'est plutôt rare de pouvoir être aussi optimiste, car on entend surtout des appels à l'indignation, au désespoir,etc

 

Jacques MERCIER

 

Luc Ferry, l'anticonformiste (une autobiographie intellectuelle), entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine, Edition Denoël 2011, 390 pp. Photo Miguel Medina. 22 euros.

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25 04 11

La farce tranquille…

 

Brassens ou la liberté.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 22/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Reproduisant, au fil d’un récit dessiné par Joann Sfar et de commentaires rédigés par Clémentine Deroudille, des photographies, des manuscrits, des textes inédits, des extraits du « carnet de bord » personnel et même une recette de cuisine du maître, le catalogue de l’exposition Brassens ou la liberté qui se tient à la Cité de la musique à Paris[1] jusqu’au 21 août 2011 constitue une biographie pour le moins originale de l’auteur du « Gorille » et de l’« Auvergnat », foisonnante, conviviale et riche de vie.

Libertaire sans chichis et ami sans façons, Georges Brassens y apparaît en tout cas pour ce qu’il était : un géant de la poésie, fin lettré, musicien habile, artiste inspiré, révolutionnaire débonnaire, « compaing » fidèle, amant timide et Ravachol souriant, bouffant tantôt de la vache enragée sans maugréer et tantôt savourant avec délectation les beaux livres, les vins fins et le bon tabac offerts par le succès.

Moustachu dans l’âme, c’est-à-dire revêtu du masque de l’autorité virile, il cachait derrière ce masque un fin sourire bonhomme pour débiter tranquillement des propos dévastateurs de l’ordre établi, préludes à de sobres élans de fraternité réelle et d’amour profond de son prochain…

Un homme, un vrai ! Et de lettres, en plus…

 

PÉTRONE

 

Brassens ou la liberté par Clémentine Deroudille & Joann Sfar, Paris, coédition Dargaud/Cité de la Musique, mars 2011, 335 pp. en quadrichromie au format 23 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 € (prix France)



[1] Cité de la musique, 221, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris. L’exposition « Brassens ou la liberté » est ouverte du mardi au samedi de 12h à 18h, le dimanche de 10h à 18h, et jusqu'à 22h tous les vendredis jusqu'au 24 juin 2011. Fermeture le lundi.

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16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

10 04 11

Une plume française…

 

Françoise.gif« Françoise eut plusieurs vies et sut brouiller les pistes. Elle s'échappait toujours et n'aimait pas parler d'elle. Elle préférait parler des autres, écrire sur les autres, comprendre les autres. »

 

Ceux qui ont lu de Christine Ockrent le magistral Françoise Giroud. Une ambition française, publié peu de temps après le décès de celle-ci(2003), s'interrogent peut-être sur le bien-fondé d'une nouvelle biographie. La démarche de Laure Adler dans Françoise paru chez Grasset à Paris est autre et, du coup, légitime : basée sur la découverte d'archives inédites et sur des journées passées à l’IMEC (Institut des mémoires de l'édition contemporaine), la biographie se fait plus intime – en témoigne le titre réduit au prénom seul – et trace un portrait de Françoise Giroud, visité sous l'angle de sa fragilité et de ses rapports parfois complexes avec la vérité.

 

« Françoise Giroud a toujours eu des rapports compliqués avec la vérité. Elle savait ne pas se souvenir de ses erreurs, niait, s'obstinait, comme dans l'épisode des lettres anonymes, détestait qu'on la prenne en défaut, comme dans sa querelle avec Mendès France, et feignait de ne pas être blessée quand elle était attaquée par ses ennemis, ainsi que le montre son attitude lors de la contestation de son titre de médaillée de la Résistance. Depuis longtemps, elle a décidé qu'elle ne se regardait pas dans l'image que les autres se faisaient d'elle-même mais qu'elle obéissait à ses propres instincts. »

 

Figure de proue du journalisme engagé, Françoise Giroud a porté Elle et L'Express sur les fonts baptismaux, entamant, avec la naissance de ce dernier magazine, la grande histoire d'amour qui l'unira à Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ce dernier était alors marié à Madeleine Chapsal.

 

Retraçant chaque étape de la vie de la panthère –ainsi que la surnomme JJSSLaure Adler en analyse les marques laissées sur son tempérament : née France Gourdji, elle essaiera de pallier la déception paternelle de n'avoir eu un fils. La mort de son père, émigré de Turquie pour s'être opposé au rapprochement de son pays avec l'Allemagne, précipitera progressivement la famille dans la dégringolade financière. Françoise Giroud commencera sa vie active en tant que scripte pour le cinéma. Après la guerre 40-45 qui la verra entrer en résistance, elle fondera, aux côtés d'Hélène Gordon-Lazareff, revenue des États-Unis la tête farcie d'idées de modernité, le magazine Elle. Quelque temps plus tard, elle lance L'Express – la grande aventure journalistique de sa vie – aux côtés de JJSS, avec pour but avoué de faire entrer Pierre Mendès France au gouvernement.

 

La mort de ses proches, sa mère, Douce, sa sœur et surtout celle d'Alain son fils, disparu au cours d'une expédition à ski, seront des épreuves particulièrement marquantes de son existence, ainsi que la séparation d'avec JJSS qui lui vaudra une tentative de suicide, ratée, à son grand dépit. Battante et pudique, Françoise rechignera viscéralement à se plaindre, trouvant auprès de Jacques Lacan, le célèbre psychiatre, suivi et réconfort. Reste la question juive que l'intéressée avait toujours occultée, sur foi d'un serment fait à sa Maman. Elle éclaire, elle aussi, le portrait d'une personnalité extrêmement attachante dont nombre de journalistes contemporains aiment à se revendiquer.

 

« Est-ce la manière si particulière qu'a Françoise Giroud de mêler le sentimental au politique, de percer les êtres à l'aide de peu de mots, de faire des phrases de plus en plus courtes, percutantes, au risque de bousculer, parfois, la syntaxe ? »

 

La future secrétaire d'État à la Condition féminine – sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing – avait, innée, le sens de la formule. Une formule ponctuée d'ironie, d’émotion ou... assassine. Elle avait le courage de ses options et d'une vie qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux.

 

L'éclairage que nous offre Laure Adler est un vivant hommage à une figure marquante du XXsiècle et à sa vérité.

 

Apolline ELTER

 

Françoisepar Laure Adler, Paris, Éditions Grasset, collection « Biographie », janvier 2011, 494 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

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