08 01 11

Tous mortels !

ragon.jpgLe livre "Ils se croyaient illustres et immortels..." de Michel Ragon est à la fois une vue très intéressante sur la fin de vie de quelques hommes illustres, mais aussi et surtout un livre qui fait réfléchir aux valeurs importantes. Parmi celles-ci la gloire, la fortune et le pouvoir, on le sait, n'ont qu'une place toute relative ! Et surtout ne durent que le temps d'une mode (cela revient parfois) mais dans les exemples de Ragon même pas le temps de toute une vie. Les anecdotes sont bien choisies et nous rendent proches Descartes, Pound, Clemenceau, Dumas ou Sagan. J'aime les citations en exergue. Gustave Flaubert : "On est reconnu pendant cinq ans, dix ans, quinze ans (c'est déjà beaucoup) puis tout sombre, hommes et livres". Louis-Ferdinand Céline : "On n'est plus qu'un vieux réverbère à souvenirs au coin d'une rue où il ne passe déjà presque plus personne." Petit livre sur l'illusion, sur le temps qui passe, sur l'aspect dérisoire des choses matérielles. La vie c'est ce que l'on est et pas ce que l'on a, j'ai toujours en tête cette phrase et Michel Ragon nous la remet en mémoire de bien belle façon ! Ajoutons sans être aussi pessimiste aujourd'hui ce que Charles De Gaulle écrivait : "La vieillesse est un naufrage" pour être complet.

Tant qu'il est temps, essayons de faire le tri dans les valeurs proposées et choisissons bien !

Jacques MERCIER

 

Ils se croyaient illustres et immortels... par Michel Ragon. Edition Albin Michel 2011. 162 pp. Format 13cm/18,5cm. 15 euros.

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30 12 10

Une fresque dessinée pour Napoléon !

napoleon.jpgC'est le premier ouvrage édité pour Nicolas Dandois, carolorégien issu de l'atelier de BD de Saint-Luc à Bruxelles, et c'est excellent ! Voici le premier tome d'une saga consacrée à Napoléon, intitulé "Eté 1815". Un si beau travail de dessinateur que les planches ont été exposées au Musée Wellington à Waterloo ! On raconte dans ce volume la mort de Napoléon, l'autopsie, etc. ensuite on remonte dans l'Histoire jusqu'à la fin politique de l'empereur après sa défaite. Dans sa demeure de Malmaison, hanté par le souvenir de Joséphine, il ne maîtrise plus son destin... Pierre d'Harville dans la préface écrit : "Oui, Nicolas a de l'audace, c'est bien le rôle d'un auteur de bande dessinée. J'ai aimé les intrigues, les scènes de guerre, les scènes de lit. Napoléon tonne, grogne, sourit parfois, commande souvent." En noir et blanc, les dessins s'inscrivent totalement dans la sensibilité actuelle, même réflexion pour le format. Une formidable façon de redécouvrir ce personnage fascinant et contesté. On attend donc les autres tomes !

Jacques MERCIER

 

Ete 1815, Napoléon - Tome 1, écrit et dessiné par Nicolas Dandois. Editions Des ronds dans l'O. Sept 2010. 160 pp. Format 16,5 cm/24 cm. 16,50 euros.

28 12 10

Inventer sa vie !

lavilliers.jpgQuel livre étrange ! Une biographie de Bernard Lavilliers, d'abord acceptée, puis refusée, puis poursuivie par Michel Kremer, critique musical... Etrange parce qu'on y retrouve vraiment - avec admiration - tout le parcours de Bernard Lavilliers, ses disques, ses motivations... mais aussi ses mensonges : les inventions auxquelles - moi-même dans les années 70 - tout le monde a cru ! Il ne fut pas boxeur, il n'eut pas une enfance malheureuse, il ne fut pas chauffeur de poids lourd en Amazonie... et même, oui, il a copié, plagié beaucoup de textes de poètes qu'il aimait ! Le résultat est trouble : ce n'est pas qu'on ne l'aime plus, mais comme s'il nous avait trompé, il faut qu'on tolère, accepte et pardonne... Ce serait dommage de ne retenir que ses erreurs, car le livre est surtout une excellente analyse de sa place dans la chanson française. L'auteur cite d'ailleurs cette déclaration de Blaise Cendrars à propos de son célèbre roman "Le Transsibérien" : "Qu'importe si j'ai pris ce train, puisque je l'ai fait prendre à des milliers de gens." En effet ! On comprend bien le processus de création de Lavilliers : "Lavilliers aime écrire en état d'urgence..."mais ne pas tout raconter" explique-t-il lui-même dans une interview "La chanson aime le non-dit, le non-lieu et les personnages secrets. Elle aime le flou, ce qui se passe ailleurs, de l'autre côté de la logique." Je ne connais pas beaucoup de plus juste définition de l'écriture d'un texte de chanson. On croise dans le livre Nicoletta (idées noires), Ray Barretto, Corto Maltese, Léo Ferré... et ses femmes, Lisa, Evelyne... Tout le parcours incroyable du petit Stéphanois, né Bernard Oulion, devenu Bernard Lavilliers.

Jacques MERCIER

Les vies liées de Lavilliers, par Michel Kemper. Edition Flammarion. Collection pop culture. novembre 2010. 388 pp. 20 euros.

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15 12 10

« Nous vous aimons, nous non plus… »

Madame de Pompadour, La du Barry & Marie-Antoinette (coffret).gifSe penchant, dans Madame de Pompadour, La du Barry & Marie-Antoinette, trois biographies flamboyantes réunies dans un magnifique coffret paru chez André Versaille à Bruxelles, sur la vie de Jeanne-Antoinette Poisson (1721-1764), de Jeanne Bécu (1743-1793), les deux maîtresses de Louis XV connues sous le nom de marquise de Pompadour et de comtesse du Barry ainsi que sur celle de l’épouse de Louis XVI, les frères Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt ont fait œuvre de pionniers en construisant leurs ouvrages comme des romans réalistes aux effets dramaturgiques saisissants. Il est vrai que les deux bourgeoises et l’aristocrate dont ils traitent ont « en commun une même destinée : d’abord adulées, encensées, idolâtrées, elles ont fini leurs jours dans l’opprobre des calomnies ou de la guillotine ».

 

C’est qu’en France, on le sait, la versatilité est chose courante dans tous les milieux, et on reprocha bientôt à celles que l’on portait aux nues pour leur beauté, leur intelligence ou leur (manque de) vertu d’en avoir trop et de se mêler des choses de l’État, ce pré carré des hommes… S’ensuivirent pour celles qui étaient devenues, à leur corps défendant et à leur insu parfois, de « drôles de dames », les affres de la calomnie, de la jalousie, des intrigues, de la violence et de l’ordure, ces fruits blets de la bassesse humaine.

 

Le style des Goncourt fut unanimement célébré de leur temps, même par leurs contempteurs (ils étaient royalistes), et il n’a pas pris une ride ni perdu une goutte de son alacrité, rendant la lecture de ces trois essais historiques parfaitement jubilatoire. Nous en voulons pour preuve ces quelques lignes, subtiles, sur la fin de l’« Autrichienne » :

 

Quelques-uns battent des mains sur le passage de la Reine ; d'autres crient. Le cheval marche au pas. La charrette avance lentement. Il faut que la Reine « boive longtemps la mort ».

Devant Saint-Roch, la charrette fait une station, au milieu des huées et des hurlements. Mille injures se lèvent des degrés de l'église comme une seule injure, saluant d'ordures cette Reine qui va mourir. Elle pourtant, sereine et majestueuse, pardonnait aux injures en ne les entendant pas. (…)

Il était midi. La guillotine et le peuple s'impatientaient d'attendre, quand la charrette arriva sur la place de la Révolution. La veuve de Louis XVI descendit pour mourir où était mort son mari. La mère de Louis XVII tourna un moment les yeux du côté des Tuileries, et devint plus pâle qu'elle n'avait été jusqu'alors. Puis la Reine de France monta à l'échafaud, et se précipita à la mort…

 

Comme aurait (presque) dit Bakounine : « Nom de Dieu ! Quel talent ! »…

 

Bernard DELCORD

 

Madame de Pompadour, La du Barry & Marie-Antoinette par Edmond et Jules de Goncourt, Bruxelles, André Versaille éditeur, décembre 2010, coffret de trois livres respectivement de 350, 250 et 326 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 69,90 € jusqu’au 28 février 2011 et 79,90 € ensuite.

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12 12 10

Honneur aux dames !

Femmes d'affaires mythiques.gif« Veuves de fer », »partenaires idéales », patronnes de haute couture, designers, stratèges commerciales hors pair... Dans Femmes d'affaires mythiques paru récemment dans sa version française aux Éditions Dunod à Paris, 22 femmes légendaires du XXsiècle et du XXIsiècle débutant voient leurs parcours retracés sous la plume de Claudia Lanfranconi et Antonia Meiners.

Les portraits mythiques de Marie Tussaud, Maria Bogner, Margarete Steiff, Barbe-Nicole Clicquot, Anna Sacher, Coco Chanel, Miuccia Prada, Helena Rubinstein, Aenne Burda, Estée Lauder... connues du grand public parce qu'éponymes de la marque qui leur a survécu ou leur survivra y côtoient ceux de femmes aussi visionnaires et géniales que Brownie Wise, qui développa le principe des ventes Tupperweare, Ruth Handler, maman de la célèbre poupée Barbie, Mario Donovan, instigatrice des couches-culottes, bienfaitrice des petites fesses couvertes de plaies et de l'humanité, Charlotte Perriand et ses tabourets à trois pieds,....

Dépassant la réclusion domestique qui était le lot de leur époque ou développant au sein de leur foyer une créativité de survie, ces 22 femmes sont parvenues, à force de travail et de tempéraments de lionnes, à atteindre les sommets de la réussite économique. Elles ont bénéficié, pour la plupart, d'une longue existence, imprimant au fil de leurs années de vie une force vitale jamais démentie.

Un fort bel ouvrage, intéressant et judicieusement illustré, dont on picore les portraits, au gré de ses affinités.

 

Apolline ELTER

 

Femmes d'affaires mythiques par Claudia Lanfranconi & Antonia Meiners, Paris, Éditions Dunod, octobre 2010, 154 pp. en quadrichromie au format 22 x 28,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 24,90 € (prix France)

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07 12 10

Dans la peau de John Lennon

1115355-gf.jpgJohn Lennon raconte. sur le divan du psy qui habite son immeuble, le Dakota building de Manhattan. Au fil des séances qui débute en 1975, le citoyen le plus célèbre de Liverpool se dévoile, raconte son enfance, ses errances, sa vie avec les Beatles, ses femmes, la musique, l'alcool, son père, la drogue, la politique.

La légende la plus totale de l'histoire du rock à la première personne du singulier, vaut le détour, celui de la plume d'un des (rares) talentueux auteurs de la nouvelle génération.

Brice Depasse

 

Lennon, David Foenkinos, Plon, octobre 2010, 238p., 18€00.

25 11 10

Rebelle… et imprudent

Bashung l'Imprudent.gif"Le parcours d'Alain Bashung, mort le quatorze mars deux mille neuf, demeure une énigme. Contre la loi d'airain qui voudrait qu'un musicien de rock soit inspiré dans ses vertes années avant d'être condamné à décliner ou à se répéter, lui se réalisa à la cinquantaine, après avoir débuté dans les années soixante comme un inoffensif, parfois ringard, chanteur de variétés."

 

Privilégiant l'éclairage thématique à une biographie strictement chronologique, Bruno Lesprit (rédacteur en chef adjoint du service Culture au journal Le Monde) et Olivier Nuc (journaliste musical au Figaro et chroniqueur sur France Inter) tracent dans Bashung l'Imprudent qui vient de paraître aux Éditions Don Quichotte à Paris, un portrait particulièrement étudié du chanteur rebelle, profilant son travail de création, la genèse de ses albums, analysant sans concessions posthumes les raisons de certains échecs autant que de ses plus grands succès.

Du "sacre sans joie" que constitua la cérémonie de remise des Victoires de la musique, le 28 février 2009, quatorze jours avant son décès, les auteurs plongent dans les décennies '60, 70, 80 et '90, les associations professionnelles –avec Dick Rivers, Boris Bergman, Jean Fauque...–, amicales, conjugales... qui participèrent à la lente émergence de sa notoriété.

Autodidacte, l'interprète de Gaby oh Gaby, Osez Joséphine, Ma petite entreprise... n'aura de cesse, sa vie durant, de s'exposer pour atteindre la suprême "Imprudence".

Apolline ELTER

 

Bashung l'Imprudent par Bruno Lesprit et Olivier Nuc, Paris, Éditions Don Quichotte, octobre 2010, 364 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,9 € (prix France). L’ouvrage inclut une discographie exhaustive.

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17 11 10

Juste Veber

9782221114445-1.jpgLe livre de souvenirs d'un des cinéastes français les plus célébrés.

Le papa de François Pignon a beaucoup à raconter. Sur ses films (rien que la liste de ceux qui sont devenus cultes nous ferait l'article) qu'il a écrits et/ou réalisés, sur les acteurs qu'il a dirigés ou fait parler, sur les réalisateurs pour qui il a écrit (dans l'ombre ou la lumière).

Belle surprise, Francis Veber a autant d'humour dans la vie que sur le papier ou la pellicule.

La preuve par neuf avec ce (bel) entretien avec Nicky réalisé pour Liberty TV. Jamais à court de répliques, l'auteur du Diner de cons va vous en raconter de bien belles sur Depardieu, Audiard, Besson, Carmet, Richard, Villeret, ...

 

Que cela reste entre nous, Francis Veber, Robert Laffont, septembre 2010, 324P., 21€00.




 

01 11 10

Le grand n'importe quoi

30 10 10

Le mari de Minna et de Cosima

Wagner.gifL’académicien belge Jacques De Decker vient de faire paraître chez Gallimard à Paris, dans la collection « Folio », un Wagner qui mérite toutes les attentions non seulement des musicologues (l’ouvrage fourmille de précisions diverses) mais aussi du grand public tant la vie du compositeur, surtout (mais pas seulement) vue à travers le prisme des amours avec sa première (l’actrice Minna Planner) et sa seconde épouse, Cosima Liszt (la fille du grand Franz), est une sorte de saga familiale à la « Dallas » mâtinée de « Famille Simpson ».

On y trouve en effet, relatés avec une belle clarté, d’innombrables rebondissements, des personnages inattendus comme Bakounine et Feuerbach, de plus attendus comme Nietzsche et Schopenhauer, des textes virulents sous la plume d’un musicien qu’Adolf Hitler, qui affectait d’être végétarien comme lui, portait aux nues (L’Art et la Révolution, un pamphlet gauchiste, ou encore Art et Religion dans lequel l’auteur de la Tétralogie se fait défenseur de la cause animale), sa participation à une insurrection anarchiste à Dresde, l’exil politique, ses trahisons (de Liszt notamment), son abjection (un texte antisémite visant explicitement Felix Mendelssohn et s’en prenant implicitement à Meyerbeer que Wagner « a courtisé avec tant de flagornerie », et alors que le compositeur des Huguenots ne s’était « pas fait faute de lui prêter main-forte à diverses reprises »), une maladie extatique (un érysipèle nerveux), la gêne financière, des groupies, un roi fou de lui et fou tout court (Louis II de Bavière), des intrigues de toutes sortes, l’adultère et des enfants bâtards aux prénoms héroïques, le reniement des idées, la conversion au royalisme et au nationalisme, une œuvre monumentale, géniale et absconse, la consécration et même la pérennité instaurée de son vivant avec la création du festival de Bayreuth, la mort en pleine gloire… Un récit haletant, épatant, surprenant et passionnant !

Bernard DELCORD

 

Wagner par Jacques De Decker, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », octobre 2010, 280 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,20 € (prix France)

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