30 10 10

Le mari de Minna et de Cosima

Wagner.gifL’académicien belge Jacques De Decker vient de faire paraître chez Gallimard à Paris, dans la collection « Folio », un Wagner qui mérite toutes les attentions non seulement des musicologues (l’ouvrage fourmille de précisions diverses) mais aussi du grand public tant la vie du compositeur, surtout (mais pas seulement) vue à travers le prisme des amours avec sa première (l’actrice Minna Planner) et sa seconde épouse, Cosima Liszt (la fille du grand Franz), est une sorte de saga familiale à la « Dallas » mâtinée de « Famille Simpson ».

On y trouve en effet, relatés avec une belle clarté, d’innombrables rebondissements, des personnages inattendus comme Bakounine et Feuerbach, de plus attendus comme Nietzsche et Schopenhauer, des textes virulents sous la plume d’un musicien qu’Adolf Hitler, qui affectait d’être végétarien comme lui, portait aux nues (L’Art et la Révolution, un pamphlet gauchiste, ou encore Art et Religion dans lequel l’auteur de la Tétralogie se fait défenseur de la cause animale), sa participation à une insurrection anarchiste à Dresde, l’exil politique, ses trahisons (de Liszt notamment), son abjection (un texte antisémite visant explicitement Felix Mendelssohn et s’en prenant implicitement à Meyerbeer que Wagner « a courtisé avec tant de flagornerie », et alors que le compositeur des Huguenots ne s’était « pas fait faute de lui prêter main-forte à diverses reprises »), une maladie extatique (un érysipèle nerveux), la gêne financière, des groupies, un roi fou de lui et fou tout court (Louis II de Bavière), des intrigues de toutes sortes, l’adultère et des enfants bâtards aux prénoms héroïques, le reniement des idées, la conversion au royalisme et au nationalisme, une œuvre monumentale, géniale et absconse, la consécration et même la pérennité instaurée de son vivant avec la création du festival de Bayreuth, la mort en pleine gloire… Un récit haletant, épatant, surprenant et passionnant !

Bernard DELCORD

 

Wagner par Jacques De Decker, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », octobre 2010, 280 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,20 € (prix France)

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28 10 10

Il l’imagine bien…

Lennon.gifAvec sa couverture « jaune lemon », l'opus de David Foenkinos intitulé Lennon orchestre, en 18 séances de divan, le parcours psycho-biographique du fondateur des Beatles. Et c'est passionnant.

 

« J'avais en moi la part de souffrance nécessaire à la formation du génie. »

 

Délaissé par des parents qui ne pouvaient assumer son existence, le petit John est élevé par sa tante Mimi, dans le confort petit-bourgeois des quartiers résidentiels de Liverpool. Adepte de Lewis Caroll, John atteindra tôt le pays des merveilles, fondant avec Paul Mac Cartney, suivi de George Harrison et de Ringo Star, le célébrissime quatuor des Beatles. Une gloire aussi époustouflante qu'impossible à gérer : alcool, drogue, expériences sexuelles "Kleenex"... auront, un temps, raison de son humanité.

 

C'est la rencontre avec Yoko Ono (fin des années '60) qui consacrera la lente dissolution du groupe –au grand dam de millions de fans– et l'avènement à une vie apaisée.

 

« Je me dis juste que mon énergie pacifiste est le fruit de ma violence. Que j'ai tout fait par la suite pour canaliser ma haine. Et les drogues m'ont sûrement aidé en détruisant mon ego, en détruisant ma capacité d'action. »

 

Sondant l'âme et les innombrables paradoxes de l'icône du « Peace & Love », David Foenkinos offre, par le biais de cette magistrale confession, un portrait subtil et éclairé de John Lennon. L'artiste pourrait-il le renier, qui fut assassiné à New York, le 8 décembre 1980, par le fanatisme d'un ex-fan, Mark David Chapman ? S'il est sincère, je ne le crois pas.

 

Une lecture qui se magnifiera –si besoin est– de l'écoute des succès du groupe et de John Lennon, en particulier.

 

Apolline ELTER

 

Lennon par David Foenkinos, Paris, Plon, octobre 2010, 236 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en couleur, 18 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

Apolline Elter : David Foenkinos, si le lecteur retrouve d'emblée la qualité de votre plume –c'est une « fan » qui vous parle– sa densité et un sens avéré de la formule, il semble que votre fantaisie coutumière soit quelque peu cadenassée par le sujet. Le David Foenkinos de La Délicatesse, du Potentiel érotique de ma femme, de Nos séparations, s'est-il effacé pour laisser briller les feux de la rampe sur le seul John Lennon ?

 

David Foenkinos : Merci. Oui, forcément, c’est un livre très différent. Puisque c’est une biographie réelle et complète de Lennon, donc basée sur beaucoup de recherches, alors qu’habituellement je laisse libre cours à mon imagination. Mais Lennon avait beaucoup d’humour, alors j’ai pu mettre un peu de fantaisie dans sa façon de parler. Pour la petite histoire, il y a toujours deux Polonais dans mes livres, et là j’ai réussi à les caser dans la vie de Lennon !... Alors, voilà, ça fait une mini-touche de fantaisie. Mais il faut dire que la vie de Lennon est marquée par le malaise, la souffrance et la violence. Donc c’est souvent sombre, par la force des choses.

 

AE : John Lennon était lui aussi un adepte du « nonsense », fantaisiste en son genre. « Écrire a toujours été la chose la plus importante  pour moi. J'avais publié  un livre dans lequel on trouvait mes pensées fantaisistes et mon goût pour les histoires tordu. Il avait eu du succès, et j'avais même été invité dans le cercle le plus prestigieux de la littérature anglaise » déclare votre héros. C'est une allusion, je pense, à In His Own Write (1964).Vous êtes-vous trouvé, à sa lecture, des parentés avec son univers mental ?

 

David Foenkinos : Bien sûr, quand on écrit une biographie d’un artiste, on peut y voir des ponts avec sa propre création. Lennon, on le dit peu, était aussi écrivain. Avec un univers fantasque. Étrangement, ma parenté est dans la solitude de l’enfance. Je peux comprendre à quel point l’ennui nourrit l’imaginaire. Ca s’arrête ici. C’est un livre aussi d’admirateur. Je parle surtout de l’homme, de son parcours, de son enfance, mais bien sûr au cœur de tout ça il y a des chansons, et un univers poétique, qui me touchent au cœur.

 

AE : Vous écrivez, en postface, que l'assassinat de John Lennon est le premier souvenir marquant de votre existence. Vous aviez six ans alors. Connaissiez-vous déjà ses productions ou y êtes-vous venu par cette voie ?

 

David Foenkinos : Non, j’ai découvert sa musique plus tard. Quand je me suis mis à jouer de la musique. Mais en écrivant le livre, je me suis souvenu que son assassinat m’avait vraiment marqué. Je me souviens des images de milliers de gens pleurant à Central Park. Lennon est une obsession chez moi. J’en parle dans tous mes romans, quasiment. Et j’ai toujours été fasciné par sa relation avec Yoko. Je voulais vraiment me plonger dans cette histoire.

 

AE : Et pour conclure, les succès des Beatles, ce sont des « madeleines musicales » pour vous ?

 

David Foenkinos : Oui, bien sûr. Et en même temps, c’est toujours le présent. C’est fou de voir à quel point cela ne bouge pas. Les Beatles ne sont toujours pas dans le passé.

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18 07 10

Une soprano qui n'avait ni la langue ni le coeur en poche

GUENNEC.jpg Qui n'a jamais connu la scène ou respiré l'air des coulisses, guetté le lever de la toile, ne peut comprendre l'ivresse qu'ils procurent

A l'aube d'une vieillesse "espiègle et babillarde", Sophie Arnould évoque, d'une plume gaillarde et sans concession, sa carrière de cantatrice, les fortunes et les revers, d'une vie libertine.

Sorte de Ninon (de Lenclos), du siècle des Lumières, la soprano connaîtra l'adulation des foules avant d'en être lâchée, en même temps que de sa voix... Protégée de la reine Marie-Antoinette, elle vivra la Révolution, retirée de l'agitation parisienne.

"Trop jeune pour la mort, trop vieille pour la scène, j'envisageais de meubler intelligemment mes heures."

L'occasion rêvée pour prendre la plume et restituer, avec brio, la verve d'une courtisane qui n'avait pas le coeur en poche...Car, et ce n'est pas un moindre atout du roman, Catherine Guennec restitue, glossaire à l'appui, une série impressionnante d'expressions et  métaphores de l'époque. La prouesse rend l'intérêt documentaire particulièrement parlant...

Apolline ELTER

Le roman de Sophie Arnould, Actrice chantante et courtisane, Catherine Guennec, roman, JC Lattès, mai 2010, 366p., 18 €


 

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04 06 10

Salut, l’artiste !

Jean Ferrat une vieSeule biographie du poète (et unique à ce jour, Jean Ferrat : de la fabrique aux cimes par Bruno Joubrel paru en 2008 aux Belles Lettres à Paris étant le texte remanié d'une thèse de doctorat de musicologie), la biographie de Jean Ferrat par Jean-Dominique Brierre parue en 2003 aux Éditions de l’Archipel à Paris et dont une version augmentée vient de ressortir chez le même éditeur sous le titre Jean Ferrat une vie, revient sur le devant de la scène avec les adieux définitifs à l’auteur, compositeur et interprète décédé le 13 mars 2010 à Aubenas en Ardèche, où il s’était retiré dès 1973.
Benjamin de quatre enfants, il était né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine) d’une mère fleuriste et d’un père bijoutier. Celui-ci, d’origine juive (le vrai nom de Ferrat était Tenenboom), fut déporté à Auschwitz où il est mort le 5 octobre 1942. Ce drame de l’enfance, et le fait qu’il a été caché par l’un des responsables de la résistance communiste en région toulousaine, marqueront au fer rouge le cœur et la conscience du chanteur qui, s’il connut le succès dès 1960 avec Ma Môme, a crevé les plafonds en 1963 avec Nuit et Brouillard, un hommage formidable aux victimes de la barbarie nazie.
Compagnon de route du parti communiste, partisan des révolutions russe et cubaine (Potemkine, Oural ouralou, Camarade, Cuba si), interprète inspiré d’Aragon (Les yeux d’Elsa, C’est si peu dire que je t’aime, Les lilas, Heureux celui qui meurt d'aimer), admirateur de Lorca et de Neruda, il fut lui aussi un grand chantre de l’amour (C’est toujours la première fois, Nous dormirons ensemble, Tu ne m'as jamais quitté) et un poète sensible à la vie quotidienne des petites gens (La Montagne, On ne voit pas le temps passer, Sacré Félicien) en même temps qu’un militant politique de gauche (Ma France, En groupe en ligue en procession, La Commune, Pauvre Boris [en hommage à Vian]) et un défenseur du féminisme (La femme est l'avenir de l'homme, Une femme honnête n’a pas de plaisir). Progressivement revenu du communisme après l’écrasement du Printemps de Prague en 1968 (Au printemps de quoi rêvais-tu ?, Le bilan), il s’est retiré dans un village lointain d’où il prenait de temps à autre la plume pour enguirlander les instances ministérielles françaises en raison de leur manque de soutien aux jeunes artistes non commerciaux.
C’était un homme généreux, fidèle en amour et en amitié, discret dans sa vie privée, qui traîna à jamais la mort injuste de l’auteur de ses jours. L’une de ses dernières chansons, enregistrée en 1991, s’intitule d’ailleurs Nul ne guérit de son enfance. Il est même hélas des enfances qui vous tuent à jamais…
Bernard DELCORD

Jean Ferrat une vie par Jean-Dominique Brierre, Paris, L’Archipel, 2003, édition augmentée, mars 2010, 283 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 18,95 € (prix France)

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29 05 10

Excès féminins

LAPIERREAucune mention ne semble ... excessive pour qualifier le coup de cœur contracté à la lecture de cette passionnante biographie. Traçant le destin d'Elizabeth Chudleigh (1720-1788), devenue duchesse de Kingston au prix d'une bigamie tenue secrète,  Alexandra Lapierre nous entraîne, avec brio, dans les hautes sphères de l'aristocratie anglaise et européenne du Siècle des Lumières. Forte de quelques riches amitiés féminines, Augusta, Princesse de Galles, Maria-Antonia, Princesse électrice de Saxe et Catherine II de Russie, Elizabeth enflammera le cœur de nombreux hommes, des effets conjugués de sa beauté et d'un tempérament fort. Elle vivra le grand amour de sa vie aux côtés du richissime duc de Kingston, Pair du Royaume, dont elle est la maîtresse dix-huit ans avant de consentir à l'épouser.
Courte, drôle et saisissante est la devise de cette aventurière, sportive, généreuse, courageuse, scandaleuse, « festoyante », dépensière, entière, sincère et ...imprudente qui se risqua à inventer son destin comme aucun romancier n'aurait osé le faire. Les cabales ne l'épargneront pas qui lui vaudront,  notamment,  un retentissant procès pour bigamie. Toujours, elle rebondira. Avec panache et une ardeur de vivre hors du commun.
Elle restait fidèle à elle-même. Incapable de rancune, incapable de vengeance. Cet ultime retournement n'était que l'illustration des traits qui l'avaient caractérisée toute sa vie. La générosité. Et puis aussi le goût des grands gestes, l'obsession de la lumière, et la passion de la gloire. Le panache.
Un ouvrage brillant, écrit d'une plume précise, imagée, nerveuse et sautillante, telle une polka qui invite à le lire d'une seule traite. Et à regretter de le quitter.
Apolline Elter

L'excessive, Alexandra Lapierre, Plon, mai 2010, 258 pp, 19€50

alexandralapierreEATrois questions (+ 1) à Alexandra Lapierre :

Apolline Elter : Vous l’affirmez, Elizabeth Chudleigh est un personnage romanesque comme on n’oserait l’inventer. La réalité dépasse la fiction. Fut-il pour autant aisé de retracer son histoire ?

Alexandra Lapierre : Oui... Et non. Aisé dans le sens où les actes d’ Elizabeth Chudleigh avaient été relatés par les journaux de l’époque. C’était une « star » avant la lettre, puisqu’elle était duchesse, belle, riche, étonnante et constamment scandaleuse. Pain béni pour les gazettes qui la suivaient à la trace dans tous ses déplacements... Et la Russie, la France, l’Angleterre, l’Italie : elle voyageait beaucoup, elle connaissait l’aristocratie de toutes les cours européennes ! Même Casanova l’évoque dans ses Mémoires... Sans parler des minutes du procès pour bigamie, où toutes les paroles d’Elizabeth sont retranscrites. Il existe donc des masses et des masses de documents. La difficulté a consisté dans leur dépouillement. Et surtout dans la description d’une Elizabeth, vue « de l’intérieur ». Les échotiers, qui relatent sa vie, les interprètent souvent avec les préjugés contre lesquels elle-même s’insurgeait. La difficulté a consisté à lui rendre son âme. Et sa liberté.

Apolline Elter : Une femme de sa trempe a dû susciter bien des inimitiés féminines. Paradoxalement, ce sont les hommes qui se sont vengés d’elle ou l’ont lâchée. Est-ce parce qu’elle portait atteinte à leur respectabilité ?

Alexandra Lapierre : Absolument. Même si Elizabeth se conduit toujours et partout avec une noblesse inouïe, elle était tout sauf «  respectable », dans le sens social du mot... Quand elle devient duchesse de Kingston, une femme aussi libre et dénuée de préjugés menace, par son côté imprévisible, tous les fondements de la société. Je ne vous parle même pas du fait d’épouser deux hommes à la fois !

Apolline Elter : Il est question d’une enfant abandonnée dont elle fait sa filleule et prénomme Elizabeth. Que devient-elle par la suite ?

Alexandra Lapierre : Je suis ravie que vous me posiez la question. J’avais fait beaucoup de recherches sur cette enfant qui grandira auprès de notre héroïne. Mais l’histoire de la jeune fille se termine mal : phtisique, elle disparaît très jeune.

Apolline Elter : Question rituelle de nos billets de faveur : si vous deviez évoquer un plat, une recette qui serait votre « madeleine de Proust », une saveur vous viendrait-elle d’emblée à l’esprit ?

Alexandra Lapierre : Ce serait un petit coup de vin blanc italien, un vin qui pétille, avec de toutes petites bulles qui chatouillent la gorge... Le prosecco ! Sa saveur, son bruit, son parfum m’évoquent Rome et Venise, les apéros qu’on déguste sur les terrasses au pied des églises baroques, le soleil dans les yeux. Comme Elizabeth Chudleigh qui aimait beaucoup boire un petit coup de son vin favori dans les moments de joie. Elle, c’était du madère - en pêchant la truite sous la pluie d’Angleterre - avec son duc amoureux. Le goût du bonheur.

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14 05 10

Maman, la plus belle du monde ?

À ma mèreÀ ma mère, le passionnant recueil dont une troisième édition (la première date de 1988) vient de paraître aux Éditions Horay à Paris sous la plume de Marcel Bisiaux et de Catherine Jajolet, rassemble « 50 entretiens avec des écrivains contemporains dans la vie et l’œuvre desquels la mère a joué un rôle particulier, bienfaisant ou néfaste, mais toujours essentiel ». Car les femmes qui mirent au monde des pointures littéraires comme Jorge Amado, Fernando Arrabal, Hervé Bazin, Tahar ben Jelloun, Daniel Boulanger, François Cavanna, Georges-Emmanuel Clancier, Bernard Clavel, Maryse Condé, René Depestre, Marguerite Duras, Édouard Glissant, Jean-Edern Hallier, Gilles Lapouge, Alberto Moravia, Edgar Morin, Michel Ragon, Rezvani, Marthe Robert, Robert Sabatier, Leila Sebbar, Philippe Sollers, Han Suyin, Jean Tardieu ou Kateb Yacine, entre autres, ne manquent en général ni de caractère, ni de piquant, ni d’originalité, ni d’allure. Les auteurs belges ne sont pas absents de ce tableau filial, avec Hugo Claus, Pierre Mertens, Géo Norge et Dominique Rolin, dont l’évocation de l’auteure des jours brosse le portrait en creux d’un pays qui meurt sans avoir existé… Étouffantes ou aériennes, brillantes ou modestes, riches ou pauvres, visionnaires ou matérialistes, bohèmes ou fées du logis, fourmis besogneuses ou cigales insouciantes, ces mères furent toutes des femmes d’exception, en raison au moins de leur auguste progéniture des lettres. Grâces leur sont donc rendues ici, et à juste titre !
Bernard DELCORD

À ma mère par Marcel Bisiaux & Catherine Jajolet, Paris, Éditions Horay, collection
« Paroles entretiens », mai 2010, 320 pp. en noir et blanc au format 16,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleur, 17 € (prix France)

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09 05 10

Le Henry Ford du vice

Un Américain peu tranquilleRédigée en 1960 pour le quotidien France-Soir à la demande de Pierre Lazareff par un jeune homme de 24 ans (Philippe Labro est né en 1936), la biographie d’Al Capone (17 janvier 1899-
25 janvier 1947) intitulée Un Américain peu tranquille parut la même année chez Gallimard. Son titre est un clin d’œil au fameux Un Américain bien tranquille (1955) dans lequel Graham Greene mettait en scène une barbouze yankee en Indochine qui, sous des couverts respectables, menait des activités qui ne l’étaient pas.
Insolent et primesautier, le texte de Labro est une réussite, tant sur le plan narratif que documentaire, et l’on découvre sous sa plume les ressorts schizophréniques de l’Amérique tiraillée entre le moralisme confinant à la pudibonderie de ses pères fondateurs et l’arrivisme à tout prix des déracinés sans scrupules qui en forment le tissu social. Rien d’étonnant, au fond, à ce que le Volsted Act de 1919, une loi portant le nom du sénateur puritain qui la fit voter, une loi qui interdisait à « toute personne de vendre, posséder, importer, exporter ou transporter de l'alcool », une loi qui instaura jusqu’en 1935 la fameuse Prohibition, fut à l’origine de la carrière mémorable et triomphale d’un petit truand italien aux allures de crapaud devenu en moins d’une décennie, à Chicago et à coups de trafics clandestins, un industriel du crime organisé, plus puissant que le Président des États-Unis lui-même… On suit donc pas à pas, dans ce récit enlevé, le cheminement du fameux Scarface, depuis son premier meurtre commis sur un Chinois à l’âge de 12 ans (quatre mille assassinats suivront) jusqu’à sa mort en Floride, dans son lit et des suites d’une syphilis –le même jour que l’ex-sénateur Volsted qui défuncta dans l’Arizona– après un séjour de 8 ans à Alcatraz, (pour fraude fiscale et sous les coups de l’incorruptible Elliott Ness, assenés en 1932), où le capo mafieux déjoua les tentatives de vengeance de ses rivaux incarcérés avec lui sur le célèbre rocher. Un récit tout en sang, sueur, larmes, dollars et whisky frelaté…
Bernard DELCORD

Un Américain peu tranquille par Philippe Labro, Paris, Éditions Gallimard, collection
« Folio » n°4171, mars 2005, 239 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 6,10 € (prix France)

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10 04 10

Ecrire est un plaisir

9782873866563 Un titre proustien pour un ouvrage riche de mémoires - non conformes - et de vies, qui verront l'homme d'Etat, professeur d'Economie, académicien, écrivain  - avec 43 publications à son actif - peintre, poète, mélomane... avertis, époux aimant, fils respectueux et père d'une famille nombreuse décrire ses multiples existences en les présentant comme un recueil d'expériences plutôt qu'un catalogue de souvenirs indélébiles.
De sa prime jeunesse louvaniste aux voyages en Globalistan, vaste village qu'est devenu le monde, Mark Eyskens nous livre une vision planétaire des XXe siècle et XXIe siècle naissant, ne négligeant pour autant sa patrie d'attache que constitue la Belgique, via les portraits de Gaston Eyskens, son père, du Roi Baudouin dont il fut proche et d'une multitude de personnalités rencontrées.
Quand j'ai quitté le gouvernement en 1992, j'étais resté un idéaliste sans illusion, ce qui est mieux que de finir en illusionniste sans idéal. Et le lecteur de découvrir, au-delà de la chronique d'années passées  au service de l'Etat et des événements qui l'ont marqué, la quête d'un sens à la vie qui compose avec la fatalité de l'entropie, de la disparition inéluctable de la vie sur Terre.
Une somme de quelque 650 pages,  dense, riche et  brillante, écrite en français par un grand homme qui se sait affublé d'une propension maladive à l'écriture: "Mon mal scriptural est par ailleurs aggravé par la passion pour la parole, pour les improvisations et les discours à l'emporte-pièce. Certains savants ont diagnostiqué une forme d'incontinence verbale appelée logorrhée, incurable dans l'état actuel des connaissances scientifiques" ...et d'un humour très attachant.
Apolline ELTER

A la recherche du temps vécu. Mes vies. Mark Eyskens, Ed. Racine, 672 pp, février 2010, 29,95 €

Lisez l'interview de Mark EYSKENS par notre collègue, journaliste politique, Michel GEYER en cliquant sur la couverture du livre.

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14 03 10

Salut, l’artiste !

Jean FerratSeule biographie du poète (et unique à ce jour, Jean Ferrat : de la fabrique aux cimes par Bruno Joubrel paru en 2008 aux Belles Lettres à Paris étant le texte remanié d'une thèse de doctorat de musicologie), le Jean Ferrat de Jean-Dominique Brierre paru en 2003 aux Éditions de l’Archipel à Paris revient sur le devant de la scène avec les adieux définitifs à l’auteur, compositeur et interprète décédé le 13 mars 2010 à Aubenas en Ardèche, où il s’était retiré dès 1973. Benjamin de quatre enfants, il était né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine) d’une mère fleuriste et d’un père bijoutier. Celui-ci, d’origine juive (le vrai nom de Ferrat était Tenenboom), fut déporté à Auschwitz où il est mort le 5 octobre 1942. Ce drame de l’enfance, et le fait qu’il a été caché par l’un des responsables de la résistance communiste en région toulousaine, marqueront au fer rouge le cœur et la conscience du chanteur qui, s’il connut le succès dès 1960 avec Ma Môme, a crevé les plafonds en 1963 avec Nuit et Brouillard, un hommage formidable aux victimes de la barbarie nazie. Compagnon de route du parti communiste, partisan des révolutions russe et cubaine (Potemkine, Oural ouralou, Camarade, Cuba si), interprète inspiré d’Aragon (Les yeux d’Elsa, C’est si peu dire que je t’aime, Les lilas, Heureux celui qui meurt d'aimer), admirateur de Lorca et de Neruda, il fut lui aussi un grand chantre de l’amour (C’est toujours la première fois, Nous dormirons ensemble, Tu ne m'as jamais quitté) et un poète sensible à la vie quotidienne des petites gens (La Montagne, On ne voit pas le temps passer, Sacré Félicien) en même temps qu’un militant politique de gauche (Ma France, En groupe en ligue en procession, La Commune, Pauvre Boris [en hommage à Vian]) et un défenseur du féminisme (La femme est l'avenir de l'homme, Une femme honnête n’a pas de plaisir). Progressivement revenu du communisme après l’écrasement du Printemps de Prague en 1968 (Au printemps de quoi rêvais-tu ?, Le bilan), il s’est retiré dans un village lointain d’où il prenait de temps à autre la plume pour enguirlander les instances ministérielles françaises en raison de leur manque de soutien aux jeunes artistes non commerciaux. C’était un homme généreux, fidèle en amour et en amitié, discret dans sa vie privée, qui traîna à jamais la mort injuste de l’auteur de ses jours. L’une de ses dernières chansons, enregistrée en 1991, s’intitule d’ailleurs Nul ne guérit de son enfance. Il est même hélas des enfances qui vous tuent à jamais…
Bernard DELCORD

Jean Ferrat par Jean-Dominique Brierre, Paris, L’Archipel, 2003, 281 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17,95 €

Ce livre n’était plus disponible mais l'éditeur en ressortira une version mise à jour avec nouvelle couverture le 31 mars 2010.

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09 02 10

La jeunesse tumultueuse de Georges Brassens

LONJONLa jeunesse tumultueuse de Georges Brassens racontée pour la première fois dans un livre. On y découvre plusieurs révélations sur l’enfance du chanteur poète. Brassens était un cancre à l’école jusqu’à ce jour du 22 octobre 1936. Georges a alors 15 ans et le déclic se fait : c’est certain, il sera chanteur !
Certains diront qu’on lui aurait donné le bon Dieu sans confession. Pourtant, un jour, Brassens se laisse entrainer. Il va commencer à voler. Georges Brassens poète, chanteur et plutôt beau gosse. Il n’en faut pas plus pour que les filles lui tombent dans les bras. Il en profite mais ça lui cause aussi des ennuis avec les RG – les Renseignements généraux.
Différentes anecdotes sont compilées dans cet ouvrage.
Nicolas Gaspard

  BERNARD LONJON - Nicolas Gaspard 1
  BERNARD LONJON - Nicolas Gaspard 2

J’aurais pu virer malhonnête, Bernard Lonjon, éditions du Moment, janvier 2010, 281p., 19€95

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