17 08 16

Déesse du stade...

Riefenstahl Qui suis-je.jpgSculpteur et photographe, écrivain et formateur dans les arts du dessin, fervent pratiquant de danse, d'arts martiaux et de sports de montagne, Gérard Leroy a, de son propre aveu, subi l’influence artistique de Leni Riefenstahl (1902-2003) et d’Arno Breker (1900-1991) [1], deux artistes aujourd’hui traités en pestiférés pour avoir été associés aux menées et à la propagande du nazisme.

Il a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing un essai fort intéressant et très documenté intitulé Riefenstahl – Qui suis-je ? dont nous ne saurions trop conseiller la lecture en cette période de Jeux olympiques.

Écoutons-le :

« Leni Riefenstahl demeure la cinéaste la plus controversée de l'histoire du cinéma parce qu'elle côtoya en amie Adolf Hitler et que ses monuments filmiques furent bâtis au temps du IIIe Reich.

Née au sein d'une famille bourgeoise, jeune fille sportive, elle devient une danseuse expressionniste célèbre avant de devoir renoncer à une brillante carrière à la suite d'un accident au genou. En 1926, Arnold Fanck lui confie son premier rôle d'actrice (dans La Montagne sacrée), faisant rapidement d’elle une égérie du cinéma muet [2].

En 1932, elle réalise son premier film : La Lumière bleue, appel à la tolérance et au respect d'autrui (Lion d'argent à la Mostra de Venise). Sous le régime national-socialiste, elle connaît une immense renommée en tournant l'un des plus grands films de propagande, Le Triomphe de la volonté (1935) [3], sur le congrès du Parti à Nuremberg en 1934 – il sera récompensé par la médaille d'or du cinéma, à Paris, en 1937 –, ainsi que Les Dieux du stade (Olympia, 1938) [4], sur les Olympiades de Berlin, certainement le plus grand film sportif jamais réalisé [5].

Après la guerre, poursuivant toujours sa quête du Beau, elle devient la photographe émerveillée du peuple africain des Nouba et la cinéaste des fonds sous-marins (elle passe son brevet de plongée sous-marine en 1973, à 71 ans). Femme pionnière, elle a suscité admiration, haine et jalousie. Son dernier film, Impressions sous-marines, date de 2002, quelques mois avant son décès à 101 ans. »

Ajoutons que l’ouvrage de Gérard Leroy contient de nombreuses illustrations inédites (dont quelques dessins de l’auteur) tout en fournissant une bibliographie et une filmographie très complètes.

Bernard DELCORD

Riefenstahl Qui suis-je ? par Gérard Leroy, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », novembre 2015, 127 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

 

[1] Auquel il a consacré un essai biographique chez le même éditeur, dans la même collection.

[2] C’est le début d’une carrière relativement prolifique d’actrice de films de montagne. Elle acquiert une grande popularité auprès du public en jouant les personnages principaux de films comme Le Grand Saut, L'Enfer blanc du Piz Palü, Tempête sur le mont Blanc et L'Ivresse blanche, pour lesquels elle doit apprendre l’alpinisme et le ski. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Leni_Riefenstahl)

[3] Après La Victoire de la Foi (Sieg des Glaubens, 1933). Pour Le Triomphe de la volonté, elle mobilise 16 équipes de tournage (plus de 100 personnes) et récolte plus de 60 heures de documents.

[4] Pour le réaliser, elle met en œuvre une pratique jusqu’alors inédite, puisqu’elle filme les différentes épreuves. L'équipe du film comprend plus de 300 personnes, dont 40 cameramen. Ces derniers travaillent plusieurs mois avant les débuts des compétitions afin de mettre au point des techniques inédites, comme l’utilisation de la caméra catapulte pour les épreuves de saut et de caméras sous-marines pour celles de natation, ou la mise en place de rails de travelling le long des pistes d'athlétisme. Le budget du film est de 1,8 million de Reichsmarks, entièrement couvert par le régime nazi. Le travail de montage, qui durera 18 mois, donnera naissance à deux parties distinctes du film Olympia : Fête des peuples (Fest der Völker) et Fête de la beauté (Fest der Schönheit). Les images sportives y exaltent la virilité et la force martiale, notamment à travers l'esthétique du corps masculin athlétique et par le recours à différentes techniques de cadrage innovantes. La première projection du film (les deux parties durant en tout près de quatre heures) aura lieu le 20 avril 1938, en hommage à l’anniversaire du Führer.

[5] Le film a reçu le Deutschen Filmpreis 1937-38, le prix suédois Polar-Preis 1938, une médaille d'Or olympique du Comité international olympique en 1938 et un diplôme olympique en 1948 au Festival de Lausanne. Après la Seconde Guerre mondiale, Olympia est avant tout considéré comme une œuvre de propagande du IIIe Reich. Plus tard, dans les trois dernières décennies du XXe siècle, les qualités techniques et esthétiques du film trouvent davantage d'écho, marquant la réhabilitation de Leni Riefenstahl en tant que cinéaste. La revue Les Cahiers du cinéma lui accorde une interview dès septembre 1965. Plusieurs auteurs soutiennent cette évolution, notamment Jonas Mekas, qui écrit en 1974 : « Et voici ma dernière déclaration à propos des films de Riefenstahl : si vous êtes un idéaliste, vous y verrez de l'idéalisme ; si vous êtes un classique, vous verrez dans ses films une ode au classicisme ; si vous êtes un nazi, vous y verrez du nazisme ». Les droits du film ont été rachetés en 2003 par le Comité international olympique et en 2005 Time.com a classé Olympia parmi les 100 meilleurs films de tous les temps. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Dieux_du_stade_(film)...

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16 08 16

La cantatrice du peuple…

Oum Kalsoum – L’étoile de l’Orient.jpgOum Kalthoum ou Oum Kalsoum, de son nom complet Oum Kalthoum Ibrahim al-Sayyid al-Beltagui, est une chanteuse, musicienne et actrice égyptienne, née à Tmaïe El Zahayira (Égypte) le 30 décembre 1898 et morte le 3 février 1975 au Caire.

Surnommée l' « étoile de l'Orient », elle est encore considérée de nos jours comme la plus grande chanteuse du monde arabe.

Son engagement dans des œuvres caritatives lui valut le surnom de « cantatrice du peuple » [1].

Les Éditions du Rocher à Monaco font paraître une nouvelle édition [2] d’Oum Kalsoum, la biographie que lui a consacrée la journaliste et auteure Ysabel Saïah Baudis, un texte nourri de témoignages des proches et d’admirateurs de l’artiste.

Oum Kalsoum, que Charles de Gaulle l'appelait « La Dame » et Maria Callas « La Voix Incomparable », reste aujourd'hui la seule star mythique orientale, la voix de contralto que l'on entend et que l'on reprend partout dans le monde arabe, l'exemple du féminisme, l'héroïne du patriotisme, l'initiatrice de l'extase artistique.

Voici ce que nous en dit Ysabel Saïah Baudis :

« Sa vie est digne des plus beaux contes orientaux. Née pauvre, paysanne, fille d'un religieux, elle possède un don qu'elle cultivera grâce à sa farouche volonté de s'instruire. La chance aidant, elle rencontrera les plus grands poètes et musiciens arabes qui lui voueront leur vie.

Elle traverse le XXe siècle, s'imprègne et milite pour les innombrables changements que traverse l'Égypte en intégrant toutes les nouvelles techniques, du cinéma à la radio, pour devenir « la voix des Arabes ».

Adulée de son vivant par le président Nasser comme par l'homme de la rue, elle reste aujourd'hui une référence pour tous les musiciens et les artistes.

Seul mythe de femme sacrée en terre d'Orient, elle est devenue une icône. »

L’ouvrage se clôt par la traduction française du texte de dix chansons, ainsi que par une discographie et une filmographie très complètes.

Bernard DELCORD

Oum Kalsoum – L’étoile de l’Orient par Ysabel Saïah-Baudis, préface d’Omar Sharif, Monaco, Éditions du Rocher, septembre 2016, 350 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Oum_Kalthoum

[2] La première est sortie en 2004.

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14 08 16

« Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. » (Alberto Giacometti)

Giacometti – La figure au défi (cover).jpgVéronique Wiesinger, conservatrice en chef du patrimoine, est directrice de la Fondation Alberto et Annette Giacometti depuis sa création en 2003. Elle a assuré le commissariat de l'exposition « L'atelier d'Alberto Giacometti, collection de la Fondation Alberto et Annette Giacometti », présentée à l'automne 2007 au Centre Pompidou.

À cette occasion, les Éditions Gallimard à Paris avaient édité sous sa plume, dans la fameuse collection « Découvertes », un petit essai abondamment illustré intitulé Giacometti – La figure au défi qui n’a pas pris une ride et est ressorti cette année, 50 ans après la mort de l’artiste suisse, en prévision de l’exposition « Picasso-Giacometti » au Musée Picasso de Paris (du 4 octobre 2016 au 5 février 2017), en collaboration avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti.

Voici le pitch de l’ouvrage :

« Peintre, sculpteur, dessinateur, graveur, créateur d'objets d'art décoratif, écrivain, Alberto Giacometti (1901-1966) n'a cessé d'explorer de nouvelles voies.

Depuis ses débuts dans l'atelier de son père jusqu'à sa consécration internationale dans les années 1960, son parcours démontre une détermination farouche à inventer de nouveaux modes de représentation avec les moyens les plus réduits et à partir des motifs les plus traditionnels : le portrait, la nature morte, la figure humaine, le paysage.

Sa brève incursion dans le surréalisme conforte sa croyance en une réalité au-delà des apparences, et c'est cette réalité en perpétuelle mutation qu'il cherche sans relâche à restituer.

Ses œuvres en s'accumulant avec le temps façonnent un monde inquiétant et merveilleux, mettant en évidence la cohérence de sa démarche.

Dépassant l'imagerie réductrice de l'artiste solitaire et angoissé de l'époque existentialiste, Véronique Wiesinger montre la complexité contradictoire et la qualité expérimentale de l'œuvre de Giacometti, à jamais contemporaine. »

Une plongée dans la création sous toutes ses formes !

Bernard DELCORD

Giacometti – La figure au défi par Véronique Wiesinger, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes » n°513, mars 2016, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,80 € (prix France)

Giacometti – La figure au défi (affiche).jpg

Exposition « Picasso-Giacometti » : 4 octobre 2016 – 5 février 2017

L’exposition « Picasso-Giacometti », organisée en partenariat avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti à Paris, mettra en lumière les relations formelles, amicales ou iconographiques qu’ont pu entretenir ces deux artistes majeurs du XXe siècle.

Ce dialogue, envisagé à partir des collections du Musée Picasso et de la Fondation Giacometti, confrontera l’approche qu’ont pu avoir Picasso et Giacometti dans des domaines de création pluridisciplinaires : peinture, sculpture, art graphique, mais aussi à l’appui des fonds d’archives privées des deux artistes.

INFORMATIONS PRATIQUES :

Adresse :

Musée Picasso

5 rue de Thorigny F-75003 Paris.

Téléphone : 33 1 85 56 00 36, de 9h30 à 18h00, du lundi au dimanche.

Courriel : contact@museepicassoparis.fr

Horaires :

Tous les jours sauf les lundis, le 25 décembre et le 1er janvier.

Du mardi au dimanche : 9h30 – 18h

Jours fériés (sauf les lundis) : 9h30 -18h00.

Dernier accès à 17h15.

La fermeture des salles commence à 17h40.

Les 24 et 31 décembre, le musée fermera ses portes à 17h00 (fermeture des salles à 16h40).

Tarifs :

Tarif plein : 12,50 €

Tarif réduit : 11 € (applicable selon ouverture des espaces d’exposition).

Billet d’entrée + location de l’audioguide

Tarif plein : 16,50 €

Tarif réduit : 15 €

Tarif « Gratuités » : 3 €

Entrée gratuite pour tous le 1er dimanche de chaque mois.

Entrée gratuite sur présentation d’un justificatif en cours de validité aux :

  • adhérents du musée ;
  • personnes en situation de handicap et un accompagnateur ;
  • demandeurs d’emploi ;
  • allocataires de minima sociaux ;
  • moins de 18 ans ;
  • moins de 26 ans résidents et ressortissants de l’Union européenne ;
  • enseignants sur présentation du pass éducation ;
  • artistes affiliés à la maison des artistes sur présentation d’un justificatif ;
  • journalistes sur présentation de la carte de presse ;
  • détenteurs d’un Paris Museum Pass

En raison de l’application du Plan Vigipirate, les bagages (valises de tout format et sacs de grande contenance) sont interdits.

Le Musée national Picasso-Paris remercie par avance ses visiteurs de faire preuve de compréhension quant au ralentissement induit par les contrôles de sécurité aux entrées.

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21 07 16

Belgitude à l’italienne…

C'est mon histoire par Frédéric François.jpgSortie l’année du 70e anniversaire de l’immigration italienne en Belgique, l’autobiographie de Frédéric François, l’un des trois chanteurs italo-belges emblématiques et à la carrière internationale pérenne – les deux autres étant Salvatore Adamo et Frank Michaël – s’intitule C’est mon histoire (Waterloo, La Renaissance du livre) et elle va bien au-delà du simple récit anecdotique.

Car si Frédéric François, c'est plus de 350 chansons, 35 millions de disques vendus, 85 disques d'or et près de 50 ans de carrière, c'est aussi, et surtout, un homme qui, en dépit des difficultés, a plongé ses racines dans son histoire familiale et personnelle ainsi que dans son milieu social et culturel pour s'accrocher à ses rêves, à ses ambitions, et s'imposer comme un des plus célèbres chanteurs francophones de ces quatre dernières décennies.

Car son destin était loin d'être tracé. Fils de mineur de charbon, le jeune Francesco Barracato – c’est son vrai nom – a dû très tôt quitter sa Sicile natale pour s'installer en région liégeoise.

L'adaptation est rude, la situation financière précaire, mais les airs napolitains fredonnés par son père Giuseppe égayent la maison familiale et cet amour de la musique est contagieux.

À 10 ans, Francesco découvre le plaisir de chanter devant un public en interprétant 'O Sole Mio dans un café liégeois.

Une vocation est née, celle d'un artiste de variétés au parcours exceptionnel.

Il le mènera jusqu’à l’Olympia, en fera un chanteur à mi(di)nettes, un latin lover, un millionnaire du disque, une vedette adulée de la radio, de la télévision et des magazines, l’idole des mères italiennes de Belgique, de France et d’ailleurs, puis de leurs filles, il connaîtra des hauts et des bas, il chutera dans un scandale et il se relèvera pour être aujourd’hui, plus que jamais, le symbole éclatant d’une intégration réussie.

Une excellente raison de lui lever notre Borsalino !

Bernard DELCORD

C'est mon histoire par Frédéric François avec la collaboration de Christophe Corthouts et Brice Depasse, Waterloo, La Renaissance du Livre, avril 2016, 223 pp. en noir et blanc + un cahier photo de 32 pp. en quadrichromie au format 15 x 23,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 €

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27 06 16

« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures. » (Antoine Blondin)

Blondin.jpg« L'homme descend du songe », a assuré le romancier et journaliste Antoine Blondin (1922-1991), un Hussard [1] à la plume acérée et au talent incontestable.

Personnage étonnant, déroutant et fantasque, il est l'auteur d’ouvrages divers parmi lesquels 5 romans dont le plus célèbre, Un singe en hiver (1959, Prix Interallié), l’aura fait passer à la postérité via l'adaptation cinématographique qu’en fit Henri Verneuil, avec un Jean Gabin particulièrement touchant et un Jean-Paul Belmondo à l'aube de sa carrière [2].

Antoine Blondin s'est également taillé sa réputation d'écrivain génial sur les routes du Tour de France, qu'il a couvert 27 fois pour L'Équipe de 1954 à 1982, en ouvrant la voie à la littérature sportive du XXe siècle.

Prince du calembour, il reste pour beaucoup de « maîtres et maîtresses d'école » un exemple à montrer aux élèves.

Car le style Blondin est unique.

Vingt-cinq ans après sa mort, ses proches, sa famille, ses amis et ses admirateurs se sont réunis sous la houlette de Jean Cormier et du petit-fils de l’auteur, Symbad de Lassus, pour lui rendre, dans Blondin paru à Monaco aux Éditions du Rocher, un puissant et émouvant hommage.

Parmi eux : ses filles Laurence et Anne, Michel Déon, Bernard Pivot, Pierre Albaladejo, André Boniface, Jean Gachassin, Jean-Pierre Rives, Raymond Poulidor, Jean Hatzfeld, Juliette Gréco et Jean-Paul Belmondo...

Du bien beau linge…

Bernard DELCORD

Blondin par Jean Cormier et Symbad de Lassus, Monaco, Éditions du Rocher, collection « Les dessous du succès », mai 2016, 200 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,90 € (prix France

[1] L'expression les Hussards désigne un courant littéraire français qui, dans les années 1950 et 1960, s'opposa aux existentialistes et à la figure de l'intellectuel engagé qu'incarnait Jean-Paul Sartre. Le roman de Roger Nimier Le Hussard bleu a donné son nom au mouvement.

Si ce mouvement apparaissait comme assez hétéroclite, les Hussards se distinguaient notamment par leur opposition à Sartre et leur antigaullisme de droite. L'écrivain François Dufay leur reconnaissait surtout « l'amour du style ; un style bref, cinglant, ductile », un anticonformisme rafraîchissant, le refus des modes, le goût des causes perdues. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hussards_(mouvement_lit...

Les principaux autres membres étaient Michel Déon et Jacques Laurent. D'autres auteurs ont pu été rattachés au groupe : Geneviève Dormann, Kléber Haedens, Stephen Hecquet, Roland Laudenbach, Félicien Marceau, François Nourissier, Jacques Perret, Pol Vandromme André Fraigneau, Willy de Spens ou encore Guy Dupré.

[2] On doit aussi à Antoine Blondin, entre autres, L'Europe buissonnière (1949), Les Enfants du bon Dieu (1952), L'Humeur vagabonde (1955), Monsieur Jadis ou L'École du soir (1970), Quat'saisons (1975), Certificats d'études (1977), Ma vie entre des lignes (1982) et L'Ironie du sport (1988).

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20 04 16

Archétype de l'écrivain libre...

Aymé Qui suis-je.jpgMichel Lécureur a enseigné en primaire, collège et lycée avant de terminer sa carrière à l'université du Havre. Depuis 1985, il a publié des ouvrages de régionalisme ou des études littéraires. Dans le premier domaine, il s'est notamment intéressé aux Manoirs et Châteaux du Pays de Caux (Les Falaises, 2004), aux Normands pionniers du sport (Les Falaises, 2007), aux Corsaires et pirates de Normandie (Magellan, 2011).

Dans le second, il a édité les œuvres de Marcel Aymé (1902-1967) chez Gallimard, dans la Pléiade, en 2001. Co-fondateur de la Société des Amis de Marcel Aymé, qu’il a présidée pendant vingt ans, il a par conséquent dirigé la publication des Cahiers Marcel Aymé.

Il est aussi l'auteur de quatre biographies de référence : Marcel Aymé (Les Belles Lettres,1997), Raymond Queneau (Les Belles Lettres, 2002), René Fallet (Les Belles Lettres, 2005), Barbey d'Aurevilly (Fayard, 2008), et d'un essai sur Guy de Maupassant (Orep, 2009).

Il a également sorti, aux Éditions Pardès à Grez-sur-Loing, un savoureux et passionnant petit essai intitulé Aymé Qui suis-je ?, une synthèse biographique du meilleur aloi consacrée à l’un des plus grands et des plus inclassables écrivains français, dont les prises de position littéraires et politiques, à tout le moins libertaires si pas libertariennes, lui ont valu des haines pugnaces, en raison du fait qu’elles se fichaient de la bien-pensance et du politiquement correct comme un poisson d’une pomme.

C’est ainsi qu’au début de l’occupation allemande, Marcel Aymé fit paraître, en septembre et octobre 1940, quatre articles dans la version à l’esprit anticonformiste du journal Aujourd’hui alors dirigé par Henri Jeanson (un ancien du Canard enchaîné), publication qu’il quittera lors de l’éviction de Jeanson et son remplacement par le collaborationniste Georges Suarez en novembre de la même année.

Marcel Aymé avait proposé à Jeanson un article contre les mesures antisémites de Vichy, texte qui fut interdit par la censure allemande.

Notre auteur donna alors trois articles aux Temps nouveaux, dirigés par le sulfureux Jean Luchaire, dans lesquels il s’opposa notamment à la fermeture des Écoles normales, mesure emblématique du régime de Vichy.

Entre 1942 et 1943, Marcel Aymé publia cinq articles dans les colonnes de Je suis partout, l’organe de Doriot et Brasillach, des papiers consacrés à des peintres de ses amis (Chas Laborde, Paul Bourg, Ralph Soupault et Jodelet) où il éreinte au passage les crédos des publicistes collaborationnistes Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, deux piliers centraux de… Je suis partout !

À la même époque, Marcel Aymé prêta son appartement montmartrois pour des réunions du réseau de résistance communiste de Frédéric Joliot-Curie (1900-1958), prix Nobel de chimie en 1935.

Interrogé en 1944 par le journal ultra-collaborationniste La Gerbe sur les bombardements alliés dénoncés notamment par Philippe Henriot, ministre de la Propagande de Pétain, notre écrivain déclare sans ciller que ceux-ci obéissent aux lois de la guerre.

En 1945, Marcel Aymé fit circuler une pétition auprès des gens de lettres pour obtenir la grâce de Robert Brasillach, condamné à mort à l’issue d’un procès impensable aujourd’hui, au cours duquel le procureur Marcel Reboul n’avait eu de cesse de dénoncer l’homosexualité de l’accusé, en plus de sa trahison.

Ce dernier fut tout de même exécuté, après un refus de grâce de Charles de Gaulle contre qui Marcel Aymé garda désormais une dent – particulièrement dure – ainsi que contre la magistrature qu’il éreinta joyeusement dans La Tête des autres en 1952.

Après la Seconde Guerre mondiale, Marcel Aymé, qui avait voyagé aux États-Unis, afficha un antiaméricanisme constant, en raison du matérialisme et de la ségrégation des Noirs qui sévissaient dans la patrie de l’Oncle Sam.

Il soutint aussi Louis-Ferdinand Céline dans les pages du Libertaire, préconisa le retrait de la France de l’OTAN et défendit la cause de l’Algérie algérienne dans L’Esprit public, revue partisane de l’Algérie française.

En 1950, on lui proposa d’être candidat à la Légion d’honneur et de recevoir par conséquent une invitation à la Présidence de la République, offre qu’il déclina en expliquant plus tard dans Le Crapouillot que s’il avait eu à motiver sa décision, il aurait suggéré aux très hauts personnages qui lui faisaient cette demande « qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens. »

Voici la présentation que Michel Lécureur donne de son excellent livre :

« Dès le prix Renaudot de 1929, obtenu pour La-Table-aux-Crevés, Marcel Aymé a connu la célébrité. Dès lors, il s'est affirmé comme romancier avec des réussites aussi éclatantes que La Jument verte (1933), Le Moulin de la Sourdine (1936) ou La Vouivre (1943). Sa trilogie composée de Travelingue (1941), Le Chemin des écoliers (1946) et Uranus (1948) est fréquemment citée par les historiens pour évoquer l'histoire de la France avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Parallèlement à cette production romanesque, Marcel Aymé a publié plusieurs recueils de nouvelles, comme Le Nain (1934), Derrière chez Martin (1938) ou Le Passe-Muraille (1943). Dans le domaine des histoires brèves, il a connu un succès exceptionnel avec Les Contes du chat perché (1934-1946).

Ce Marcel Aymé Qui suis-je ? montre qu'il s'est également révélé comme un journaliste de talent dont on a sollicité les articles les plus divers dans différents journaux et revues. Cependant, son désir le plus cher était probablement de devenir auteur dramatique et il a atteint cet objectif avec des pièces comme Lucienne et le boucher (1948), Clérambard (1950) et La Tête des autres (1952).

Observateur lucide de la nature humaine, il a confié ses réflexions dans toute son œuvre et, en particulier, dans Le Confort intellectuel (1949). Son goût peu commun pour la liberté de penser et de s'exprimer lui attire encore l'opprobre de certains qui le connaissent mal, car son humanisme et son humour restent à découvrir. »

Soulignons encore que l’ouvrage de Michel Lécureur fournit une bibliographie et une filmographie très complètes.

Car Marcel Aymé fut aussi le scénariste, l’adaptateur et/ou le dialoguiste de nombreux films, dont certains sont restés cultes, comme La Traversée de Paris (1956) avec Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès ou La Jument verte (1959) avec Bourvil, Yves Robert et Francis Blanche.

Un homme formidable, donc…

Bernard DELCORD

Aymé Qui suis-je ? par Michel Lécureur, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », février 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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15 04 16

« Mon rêve : être joué n'importe où, mais pas à l'Opéra. » (Erik Satie)

Erik Satie.jpgRomaric Gergorin est critique littéraire et musical. Il a collaboré à de nombreuses publications, notamment Le Monde des livres, Le Nouvel Observateur, Les Inrockuptibles, Paris Match, L'Événement du jeudi et Classica.

Il a fait paraître récemment chez Actes Sud une biographie d’Erik Satie (né il y a 150 ans) d’une belle originalité et d’une grande profondeur, mettant en lumière le génie provocateur d’un compositeur hors normes, alliant maestria et sens de la modernité, ironie féroce et douceur musicale, inventivité et alcoolisme, engagement politique et dandysme, lumière et misère…

Écoutons Romaric Gergorin :

« Erik Satie (1866-1925) demeure à jamais l'auteur d'une poignée d'œuvres phares, les Gnossiennes, les Gymnopédies ou Parade. Après avoir trouvé dans de courtes pièces pour piano une simplicité radicale qui annonce l'épure d'un certain XXe siècle, Satie s'enfonce dans les mystères de l'ésotérisme, vu comme un terrain d'expérimentation, puis s'éclipse à Arcueil. Relancé par Ravel, cherchant une esthétique hors de l'influence de son ami Debussy, il devient progressivement, à partir des années 1910 et jusqu'à sa mort, un chef de file de la modernité, inventeur de la musique d'ameublement, compagnon de route de Picasso, Picabia, Cocteau, Tzara ou Duchamp. »

Et voici la conclusion de son ouvrage :

« [Satie] avait vécu de nombreuses vies, de Honfleur à Arcueil. Il avait connu la bohème de Montmartre, le symbolisme, les Arts incohérents, les barbichus fin de siècle, l'ésotérisme, les rosicruciens, l'alchimie, l'impressionnisme, la Belle Époque, la guerre de 1914, l'humorisme, le communisme, le fauvisme, le music-hall, le jazz, le dodécaphonisme, le cubisme, Montparnasse, les Ballets russes, les Années folles, les Ballets suédois, le dadaïsme, le cinéma.

Du Chat Noir au Bœuf Sur le Toit, il avait traversé bien des époques et connu toutes les modes, mais n'avait jamais inscrit sa musique dans celles de son temps, et c'est peut-être ce qui la fait ne pas vieillir. Toujours il était reparti de zéro, et avait su trouver par un renouvellement complet de son écriture à chaque fois de nouvelles formes musicales inattendues.

Après avoir connu l'échec, l'indifférence, déchaîné les haines, les sarcasmes, les passions démesurées, après être tombé dans l'oubli, le mépris, être redevenu à la mode, après avoir été sous-évalué, surévalué, ignoré, adoré, récupéré, Satie est aujourd'hui devenu un mythe errant, sans identité propre. Ayant cherché à pénétrer l'épaisseur du temps comme sa surface, ayant construit des durées pour le déboîter, le diffracter, il a réussi à sortir sa musique de l'histoire ; et, le temps retrouvé, il était parti. »

Ajoutons que bien des titres du catalogue de ses œuvres, que nous reproduisons ci-dessous, sont extrêmement parlants…

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie passionnante est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Erik Satie par Romaric Gergorin, Arles, Actes Sud, collection « Classica », mars 2016, 171 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 18 € (prix France)

Catalogue des œuvres d’Erik Satie [1]

Musique pour piano :

Allegro (1884)

Fantaisie-valse (1884)

Valse-ballet (1884)

Ogives I, II, III, IV pour piano (1886)

Trois sarabandes I, II, III (1887)

Gymnopédies (en grec « fêtes des enfants nus ») I, II et III (1888)

Gnossiennes I, II, III, IV, V, VI, VII (1890)

Fête donnée par des chevaliers normands en l’honneur d’une jeune demoiselle (1892)

Prélude d’Éginhard (1892)

Préludes du Fils des étoiles (1892)

Danses gothiques (1893)

Prière (1893)

Vexations (1893)

Pièces froides – trois airs à fuir (1897)

Pièces froides – trois danses de travers (1897)

Prélude de la porte héroïque du ciel (1897)

Jack in the Box (1899)

Rêverie du pauvre (1900)

The Angora Ox (1901)

The Dreamy Fisch (1901)

Poudre d’or (1902)

Trois morceaux en forme de poire, pour piano à quatre mains (1903)

Le Piccadilly (1904)

Prélude en tapisserie (1906)

Nouvelles pièces froides (1907)

Aperçus désagréables (Pastorale, Choral, Fugue), pour piano à 4 mains (1908-1912)

Deux rêveries nocturnes (1910)

En habits de cheval, pour piano à 4 mains (1911)

Véritables préludes flasques (pour un chien) (1912)

Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois (1913)

Vieux Sequins et Vieilles Cuirasses (1913)

Embryons desséchés (1913)

Descriptions automatiques (1913)

Enfantines (1913)

Les pantins dansent (1913)

Sports et Divertissements (1914)

Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes) (1914)

Heures séculaires (1914)

Les Trois Valses distinguées du précieux dégoûté (1914)

Avant-dernières Pensées (1915)

Sonatine bureaucratique (1917)

Trois petites pièces montées, pour piano à quatre mains (1919)

Nocturnes I, II, III, IV, V (1919)

Verset laïque et somptueux (1920)

Musique vocale :

Le Fils des étoiles, drame symphonique (1891)

Messe des pauvres, pour grand orgue et chœur (1895)

Socrate, drame symphonique pour soliste et orchestre (1918)

Mélodies :

Trois mélodies : Les Anges, Élégie, Sylvie (1886-1887)

Trois autres mélodies : Chanson, Chanson médiévale, Les Fleurs (1886-1887)

Je te veux, valse chantée (1897)

Tendrement (1902)

La Diva de l'Empire. Intermezzo américain (1904)

Allons-y Chochotte (1905)

L'omnibus automobile (1905)

Chez le docteur (1905)

Trois mélodies sans paroles : Rambouillet, Les Oiseaux, Marienbad (1905)

Trois poèmes d'amour : Ne suis que grain de sable, Suis chauve de naissance, Ta parure est secrète (1914)

Trois mélodies : La Statue de bronze, Daphénéo, Le Chapelier (1916)

Quatre petites mélodies : Élégie, Danseuse, Chanson, Adieu (1920)

Les Ludions : Air du rat, Spleen, La Grenouille américaine, Air du poète, Chanson du chat (1923)

Musique de scène :

Parade, ballet de Léonide Massine pour les Ballets russes (1917)

Le Piège de Méduse, théâtre (1914)

Mercure, ballet (1924)

Relâche, ballet de Jean Börlin pour les Ballets suédois, incluant le film de René Clair Entr’acte dont la musique a été composée par Satie (1924)

Jack in the Box, ballet (1926)

Musique d'ameublement :

Chez le bistrot (1920)

Un salon (1920)

Carrelage phonique (1923)

Tapisserie en fer forgé (1923)

Tenture de cabinet préfectoral (1923)

Autres :

Sonneries de la Rose + Croix, pour harpes et trompettes (1892)

Upsud, ballet chrétien pour théâtre d’ombres (1892)

Geneviève de Brabant, musique pour théâtre d’ombres (1899)

La Belle Excentrique (1920-1921)

Sonnerie pour réveiller le bon gros Roi des Singes (lequel ne dort toujours que d’un œil pour deux trompettes (1921)

La Statue retrouvée, divertissement pour orgue et trompette (1923)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Erik_Satie#.C3.89crits... et l’ouvrage de Romaric Gerorin.

06 03 16

On l’aime, nous aussi…

Passionnément Gainsbourg.jpgDoctorante en lettres, auteure de romans historiques et d’une biographie magistrale du père de Jean de Florette et de Manon des sources, – elle a fait paraître Althéa ou la Colère d'un roi chez Robert Laffont à Paris en 2010 puis, aux Éditions du Rocher à Monaco, Les Lys pourpres (2012), Les Venins de la Cour (2013), Marcel Pagnol, un autre regard (2014) et Raison souveraine (2015) –, Karin Hann est membre du jury du prix Marcel Pagnol et du Grand Prix du roman historique.

Elle a publié cette année, toujours aux Éditions du Rocher, un Passionnément Gainsbourg dans lequel elle se penche sur la destinée de l’homme disparu il y a 25 ans [1] qui, s’il laisse l'image d'un compositeur à succès talentueux, sulfureux, provocateur, blessé et à fleur de peau, est avant tout un poète véritable, qui s'inscrit dans la tradition des grands ancêtres maudits du XIXe siècle, dont il s'est très souvent inspiré.

Écoutons la biographe :

« À la suite de Rimbaud et surtout de Verlaine, il s'empare des grands thèmes romantiques, torturant son âme pour exorciser son mal de vivre dans des textes poignants et incisifs, sur des mélodies empruntées à de grands musiciens classiques ou nées de son imaginaire de pianiste de bar.

Maniant la langue française en virtuose, jouant de la sonorité des mots comme de leur sens, il s'adresse à un public sans cesse renouvelé avec une sincérité bouleversante. »

Dans son excellent ouvrage, fruit d'une longue recherche, Karin Hann démontre la richesse et la profondeur des œuvres de Serge Gainsbourg, en dévoilant parfois la face cachée de ses écrits, et elle met en lumière le caractère exceptionnel de cet artiste complexe, ainsi que son immense culture.

Car, s’il croyait en avoir la tête, notre homme en avait beaucoup dans le chou !

Bernard DELCORD

Passionnément Gainsbourg par Karin Hann, Monaco, Éditions du Rocher, février 2016, 264 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)

 

[1] De son vrai nom Lucien Ginsburg, il était né le 2 avril 1928 à Paris et il y est mort le 2 mars 1991. Fils d'immigrants russes juifs, il fut tout à la fois auteur-compositeur-interprète, pianiste, artiste peintre, scénariste, metteur en scène, écrivain, acteur et cinéaste.

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03 03 16

Bon sang ne peut mentir

Le9782738133557 (2).jpg ton est donné d'entrée de titre: la biographe Claudine Monteil sort du strict carcan scientifique formé par Pierre, Marie Curie et à leur suite, Irène, leur fille aînée et Frédéric Joliot, son mari,  pour brosser le portrait d'un électron plus libre, leur seconde fille, Eve, née en 1904 ...un an et demi avant le décès accidentel de Pierre. C'est dire comme l'enfant n'a pas connu son père.

C'est dire aussi comme la Grande Guerre - Eve a dix ans en 1914 - va la priver de sa mère: Marie Curie installe des appareils radiologiques dans  les hôpitaux, veillant de près à la formation du personnel.

Elève douée - bon sang ne peut mentir - pianiste avertie, Eve compense par l'humour, l'écriture et la coquetterie - elle était belle, de surcroît - l'absence par trop ressentie de sa mère.

Amie - amante d'Henry Bernstein - de 26 ans son aîné - de Philippe Barrès, avec qui elle fonde- et dirigera le Paris- Presse, Eve s'illustre par une remarquable biographie sur sa mère, décédée en 1934: paru d'abord aux USA, en 1937, Madame Curie est publié chez Gallimard, l'année suivante. Le succès en sera mondial et durable puisqu'on édite encore la biographie, de nos jours, en collection Folio.

Grand Reporter, Correspondante de guerre, elle n'aura de cesse dès le début de la Seconde guerre mondiale d'exhorter les Américains, ses amis, à rallier les Français dans le conflit. Quitte à être parfois prise en sandwich entre Roosevelt,  de Gaulle et leurs rapports difficiles...

Durant la Guerre froide, elle travaille pour l'OTAN et puis, quinze ans durant,  de  juin 1965 à décembre 1979, elle épaule Henri Labouisse, devenu son mari et directeur général de l'UNICEF dans les actions de cette dernière.

Très médiatique aux Etats-Unis, sa deuxième patrie (si l'on excepte la Pologne), Eve mourra digne, élégante et plus que centenaire, le 22 octobre 2007, entourée de la descendance d'Henri qu'elle a faite sienne.

Ecrite de plume sobre, factuelle et précise, cette biographie est tout simplement passionnante

Je vous la recommande

Apolline Elter

 

Eve Curie. L'autre fille de Pierre et Marie Curie, Claudine Monteil, biographie, Ed. Odile Jacob, janvier 2016, 348 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 02 16

L'égérie de Proust

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 Une femme remarquable.

Une biographie qui ne l'est pas moins.  

Je vous l'affirme d'emblée, je suis saisie d'admiration pour Elisabeth Greffulhe et le travail colossal qu'a accompli l'historienne Laure Hillerin,  triant à bout de bras une montagne d'archives, traçant, à pointe de plume, un récit sobre, fluide, captivant ...

Femme riche, cultivée et splendide,  la comtesse Greffuhle (1860-1952), née Princesse (belge)  de Caraman-Chimay règne en souveraine sur le Paris de la Belle Epoque.  Si elle doit sa fortune à son mariage avec le comte Henry Greffulhe, elle ne lui doit pas son bonheur conjugal. Sitôt marié, ce fils unique, pourri - gâté par sa Félicité de Maman, révèle le "pervers narcissique " qui sévit en lui; le jaloux possessif aussi: s'il est fier de la beauté, de l'élégance de son épouse - délicieux trophée de sa réussite - il ne supporte à ses côtés qu'hommes d'âge très mûr. C'est plus sûr. 

La comtesse est fidèle pourtant et endurera le feu d'un amour platonique (avec le Prince Roffredo Caetani) et ceux des courroux maritaux, déployant une immense énergie créatrice à la peinture - elle a du talent -  à la culture - le salon Greffuhle est très prisé -aux mécénats scientifiques et musicaux. Elle soutiendra de la sorte Edouard Branly, Pierre et Marie Curie. En 1891, elle fonde la "Société des grandes auditions musicales de France" qui vise la promotion de musiciens méconnus.  La Société sera dissoute en 1913, à la veille de la Grande Guerre.

Une Grande Guerre qui la voit déployer ardeur diplomatique - aux côtés du Gouvernement en exil à Bordeaux - mais aussi couturière puisqu'elle crée de nouveaux uniformes adaptés à l'usage des Poilus.  Elle se rend dans les hôpitaux, à l'instar de la Reine Elisabeth de Belgique dont sa soeur, Ghislaine de Caraman-Chimay est dame d'honneur. Et puis, elle transforme Bois-Boudran, la propriété de chasse de sa belle-famille,  en centre de convalescence pour les blessés.

Passent la guerre... et la gloire

Les Années folles auront raison de sa suprématie. Elisabeth Greffulhe serait - injustement - passée aux oubliettes de la postérité si Marcel Proust, admirateur de la première heure - " Je n'ai jamais vu une femme aussi belle" déclare -t-il en 1893 -n'avait fait de la comtesse, la clef de voûte de ll'édification de La Recherche.  Déclinée sous les traits de la duchesse de Guermantes mais aussi de sa cousine, princesse et -  déduction intéressante de Laure Hillerin-  d'Odette de Crécy, la comtesse sera quelque peu vexée de cette notoriété développée à son insu.  Vexée aussi  de ne pas avoir mesuré le génie de Marcel Proust, de son vivant.  En réaction, elle affirmera l'avoir "très peu connu"- les preuves du contraire pullulent - et guère lu : "(...) je m'embarrasse les pieds dans ses phrases."

A ce double rendez-vous raté - l'homme et l'oeuvre - Laure Hillerin consacre des pages extraordinaires

D'une biographie qui ne l'est pas moins.

Elle offre sur la genèse de la Recherche, un éclairage fabuleux.

Gageons que nous y reviendrons.

Apolline Elter

La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, Laure Hillerin, biographie, Ed. Flammarion, oct. 2014, 572 pp

  Billet de ferveur

AE : la famille de la comtesse vous a donné large accès à ses archives et donc à sa correspondance. Vous en publiez des extraits magnifiques dans l’ouvrage. La publierez-vous un jour  à part entière ?

Laure Hillerin :

Cette correspondance, quasi quotidienne durant les sept années qui se sont écoulées entre le mariage d’Elisabeth et la mort de sa mère, est en effet très émouvante et mériterait d’être publiée. Elle témoigne d’une relation d’une intensité et d’une qualité rares entre la mère et sa fille.  Toutes les deux étaient des épistolières pleines d’esprit, d’humour et de spontanéité, ce qui rend ces lettres extaordinairement vivantes. Chose exceptionnelle, nous avons les deux côtées de la correspondance, car chacune d’entre elles conservait soigneusement les lettres reçues ; Elisabeth récupéra donc à la mort de sa mère les missives qu’elle lui avait envoyées. Les archives recèlent également la correspondance entre Marie de Montesquiou et sa propre mère, également très intéressantes.

Peut-être m’attellerai-je un jour au travail de bénédictin que serait la publication de ces lettres — si Dieu me prête vie..

 

 

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