05 09 15

Il est minuit, docteur Schweitzer

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Avec plaisir, je redécouvre les « Souvenirs de mon enfance » d'Albert Schweitzer, édités par Albin Michel. Outre l'intérêt des faits, de sa manière de penser, nous trouvons un bien joli style, peut-être dû aussi à la traduction faite par son oncle, Charles Schweitzer, le grand-père de Jean-Paul Sartre ! "Un petit bijou littéraire" en dira Herman Hesse.

Je note, entre autres, cette réflexion à propos de la poésie : « Aujourd'hui comme jadis, je pense qu'un poème ne supporte aucun commentaire. Il faut le sentir et le vivre. »

Mais je ne veux pas analyser ce livre, simplement vous faire part des pensées qui me sont venues. Le titre : « Il est minuit, docteur Schweitzer » me paraît un, si pas le, titre qui me demeure le plus gravé dans ma mémoire. Un titre magnifique tout d'abord d'une pièce de Gilbert Cesbron (qui était chroniqueur de radio et écrivain) ensuite du film de Haguet en 1952, avec Pierre Fresnay dans le rôle du Docteur !

Pourquoi est-il gravé de cette manière ? Parce que c'était mon enfance, un des premiers films qu'on m'a emmené voir ? Parce qu'on en parlait plus longtemps, alors qu'aujourd'hui tout file plus vite, une mode en remplaçant une autre, une chanson un autre tube, un mot un autre ?

Car c'est aussi le cas des titres suivants (livres, films...), qui me paraissent si magiques, si bien choisis : « Chiens perdus sans colliers » (du même Cesbron), « Premier de cordée », « Bonjour tristesse », « Un certain sourire », « Quand on n'a que l'amour », « La guerre de Troie n'aura pas lieu », « Le petit Prince », « Les quatre cents coups », « Le septième sceau »....

2015 est le cinquantenaire de la mort du docteur.

Jacques MERCIER

"Souvenirs de mon enfance", Albert Schweitzer, Edition Albin Michel, 2015, 140 pp. 14 euros.

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24 08 15

« Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » (Herbert Marcuse)

Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination.jpgIngénieur de formation, Claude Dupuydenus a étudié la philosophie auprès d'Herbert Marcuse, dont il a été l'assistant à l'université de Californie de 1966 à 1969. Il a fait paraître, chez Autrement à Paris, la première biographie en langue française de ce maître à penser, sous le titre Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination.

Fils aîné d'une famille juive aisée de Berlin, Herbert Marcuse (1898-1979) a passé plus de la moitié de sa vie aux États-Unis, où il s'est exilé dès 1933.

Après la Première Guerre mondiale qu’il accomplit dans des unités de l'arrière, il adhère en 1917 au parti social-démocrate (SPD) qu’il quitte après l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg en 1919 pour rallier le mouvement spartakiste.

Il étudie ensuite à Berlin puis à Fribourg-en-Brisgau la Germanistik ainsi que la philosophie et l’économie politique.

Élève de Martin Heidegger dont il fut l’assistant à Fribourg-en-Brisgau et sous la direction de qui il rédigea une thèse sur Hegel avant d’entrer en désaccord profond avec son maître, il devint membre de l'École de Francfort en 1932, puis, quand Hitler accéda au pouvoir, il émigra à New York, où il fut embauché par l'Institut de Recherche sociale, mais aussi par l’Office of Strategic Services (OSS), où il travailla sur un programme de dénazification.

Les sources de la pensée de Marcuse se trouvent dans la lecture combinée de Marx et de Freud, mais aussi de Hegel, Husserl et Lukacs.

Il est notamment l'auteur d'Éros et Civilisation (1955) et de L'Homme unidimensionnel (1964), paru en France en 1968, qui veut démontrer le caractère inégalitaire et totalitaire du capitalisme des « Trente Glorieuses ».

En 1968, Marcuse voyage en Europe où il prononce de multiples conférences et entretient de nombreuses discussions avec les étudiants. Il devient alors une sorte d'interprète théorique de la formation des mouvements estudiantins en Europe et aux États-Unis [1].

Durant sa carrière, il a côtoyé Max Horkheimer [2], Theodor Adorno [3], Angela Davis [4], il a débattu durement avec Erich Fromm [5] et il a mené ses combats philosophiques avec une conviction sans égale : contre le nazisme, la barbarie, le libéralisme et les mécanismes de domination.

La biographie que lui consacre Claude Dupuydenus retrace le parcours personnel et intellectuel d'un penseur acharné qui fut présenté comme l'une des grandes figures de Mai-68.

On redécouvre l'homme, mais aussi une époque et surtout une pensée philosophique clairement expliquée et parfaitement accessible au lecteur non averti.

Une gageure !

Sommaire :

– Une famille aisée, allemande et juive

– Un adolescent insouciant devenu guerrier

– Conjurer les échecs de 1919

– Penser en Allemagne avant le nazisme

– Le libéralisme engendre la barbarie

– Aux Affaires étrangères américaines

– L'après-guerre jusqu'en 1954

Bernard DELCORD

Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination par Claude Dupuydenus, préface de Michel Onfray, Paris, Éditions Autrement, collection « Universités populaires et Cie », février 2015, 302 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)


[2] Max Horkheimer (1895-1973) est un philosophe et un sociologue allemand qui fut de 1930 à 1969 le directeur de l'Institut de recherche sociale (Institut für Sozialforschung) à l’origine de la célèbre École de Francfort, et un des fondateurs de la théorie critique (Kritische Theorie). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Horkheimer

[3] Theodor W. Adorno, 1903-1969, est un philosophe, sociologue, compositeur et musicologue allemand. En tant que philosophe, il est avec Herbert Marcuse et Max Horkheimer l'un des principaux représentants de l'École de Francfort. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_W._Adorno

[4] Angela Yvonne Davis, née le 26 janvier 1944 à Birmingham en Alabama, est une militante des droits de l'homme, professeure de philosophie et militante communiste de nationalité américaine. Active au sein du mouvement des droits civiques aux États-Unis, membre des Black Panthers, elle fut poursuivie par la justice à la suite de la tentative d’évasion de trois prisonniers, qui se solda par la mort d’un juge californien en août 1970. Emprisonnée vingt-deux mois à New York puis en Californie, elle fut finalement acquittée et poursuivit une carrière universitaire qui la mena au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie. En 1965, Herbert Marcuse, alors en poste à l’Université de San Diego, avait accepté de reprendre la direction de sa thèse, initialement tenue par Adorno, sur « le concept philosophique de la liberté chez Kant, et ses rapports sur la lutte de la libération des Noirs ». Elle la soutiendra en 1969. En 2012, elle a été proclamée docteure honoris causa de l'Université libre de Bruxelles. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Angela_Davis et http://bougnoulosophe.blogspot.be/2011/04/angela-davis-pa...

[5] Erich Fromm (1900-1980) était un psychanalyste humaniste états-unien d'origine juive allemande. Il fit ses études à l'université de Heidelberg puis à celle de Munich et enfin à l'Institut de Psychanalyse de Berlin. Il fut avec Adorno, Marcuse et d'autres, un des premiers représentants de l'École de Francfort. Il a greffé d'une façon critique et originale la thèse freudienne sur la réalité sociale de l'après-guerre aux États-Unis où il a vécu à partir de 1934. Il a enseigné au Bennington College, à la Columbia University, à celle du Michigan, à Yale, à l’École de Palo Alto et à l'Université Nationale du Mexique. Source : http://1libertaire.free.fr/EFromm05.html

11 08 15

Le Pollux du Castor…

Sartre.jpgFigure emblématique de la littérature et de la philosophie française de son temps, Jean-Paul Sartre (1905-1980) fut un penseur révolutionnaire dont l'œuvre et la personnalité ont marqué la vie intellectuelle et politique de la France de 1945 à la fin des années 1970.

Son œuvre comporte des essais et textes philosophiques majeurs, comme L'Être et le Néant (1943), L'existentialisme est un humanisme (1946), Réflexions sur la question juive (1946), Questions de méthode (1957) ou encore la Critique de la raison dialectique (1960), Situations (I, 1947, à X, 1976), mais aussi des textes littéraires : des nouvelles (Le Mur), des romans (La Nausée, Les Chemins de la liberté), des pièces de théâtre (Les Mouches, Huis clos, La Putain respectueuse, Le Diable et le Bon Dieu, Les Séquestrés d'Altona). Il a publié des études biographiques sur de nombreux artistes comme Le Tintoret, Mallarmé, Baudelaire, Faulkner ou Jean Genet, ainsi qu'une vaste étude sur Gustave Flaubert, L'Idiot de la famille (1971-1972). Un texte court, mais important est son étude autobiographique, Les Mots, qui évoque les onze premières années de sa vie.

Intransigeant et fidèle à ses idées, il a toujours rejeté les honneurs ; il a notamment refusé le prix Nobel de littérature en 1964. Exception notable, il a cependant accepté le titre de docteur honoris causa de l'Université de Jérusalem en 1976 [1].

Fort bien documenté quoique par trop hagiographique à notre goût (notre homme était souvent droit comme un « s » [2]…) et sobrement intitulé Sartre, un bel album de bandes dessinée retrace son engagement politique jusque 1964 [3], la genèse et l’impact de ses écrits, sa relation avec Simone de Beauvoir [4] et avec les maîtresses de celle-ci, la création du mouvement existentialiste, les rapports avec Paul Nizan, Albert Camus, Maurice Merleau-Ponty, Raymond Aron ou encore avec Boris Vian.

Un pan d’histoire turbulente de la vie culturelle française, quand elle était sous la férule péremptoire de l’« agité du bocal », comme disait Céline…

Bernard DELCORD

Sartre par Mathilde Ramadier & Anaïs Depommier, Bruxelles, Éditions Dargaud, mars 2015, 160 pp. en quadrichromie au format 21 x 28,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 17,95 €.


[2] Songeons ici à son attitude pour le moins trouble sous l’Occupation.

[3] D'abord en liaison avec le Parti communiste, puis avec des courants gauchistes dans les années 1970.

[4] Qu’il surnommait le Castor.

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14 05 15

Une adolescence française

FREDERIC MITTERRAND, adolescence, interviewIl était venu il y a quelques mois nous parler de ses années de Ministre de la Culture, à cheval entre son président, Nicolas Sarkozy et ses convictions d'homme de gauche.

Dans ce nouveau livre où il raconte ses années de jeunesse, Frédéric Mitterrand nous livre la clé du précédent ouvrage en parlant de son admiration pour De Gaulle et pour son oncle François M.

Après un pas de danse pour une référence cinématographique, cet art qu'il aime tant, Frédéric Mitterrand se livre au micro de Nicky, dans une interview qui a été diffusée en avril dernier sur Radio Judaïca :


podcast
podcast


Une adolescence, Frédéric Mitterrand, Robert Laffont, mars 2015, 198 pages, 18€50.

FREDERIC MITTERRAND, Une adolescence, Robert LAffont, 2015

05 05 15

Aistides de Sousa Mendes

Résultat de recherche d'images pour "Le consul salim bachi"C'est sur une figure historique, héroïque, "juste",  injustement oubliée de l'Histoire que se penche le romancier Salim Bachi ([NDLR dont nous avions hautement apprécié, Le dernier été d'un jeune homme, Ed. Flammarion 2013, entrée en l'âme d'Albert Camus) à savoir, celle d'Aristides de Sousa Mendes (1885-1954) consul du Portugal à Bordeaux au début de la guerre 40-45.

"Je l'avais déchirée, jetée dans la fosse d'aisance qu'elle n'aurait jamais dû quitter  cette maudite circulaire n°14 en date du 11  novembre 39, émanation méphitique de Salazar, notre démon."

Pris d'empathie, d'une sympathie frénétique pour la cause juive persécutée par le régime nazi, le diplomate, tamponne,  signe à tour de bras des milliers de passeports, en cette mi-juin 1940 et  faisant fi de la "maudite circulaire" qui le lui nterdit et des pressions de son gouvernement ( dirigé par Salazar) sauve de la sorte quelque 30 à 50.000 Juifs du destin horrible qui les attend.

Juste d'entre les Justes, ce père de 12 enfants ruine sa carrière, sa vie peut-être mais pas sa dignité.

"Je me tenais dans la cuisine de ce grand appartement qui soudain me parut vide, entouré pourtant de  ma famille et de mes amis, je déclarai à  tous, comme si le sens de ma vie en dépendait, je déclarai qu'à partir d'aujourd'hui, en ce 17 juin de l'an de grâce 1940, j'allais enfin obéir à ma conscience."

AE

Le consul, Sallim Bachi, roman, Ed. Gallimard, janvier 2015, 192 pp.

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22 04 15

Saloth ? Un beau salaud…

Pol Pot.jpgEn publiant Pol Pot Qui suis-je ? chez Pardès à Grez-sur-Loing, l’historien de droite Nicolas Tandler, excellent spécialiste des grandes figures de l’extrême gauche [1], donne un joli coup de pied dans la fourmilière des idées reçues de la bien-pensance actuelle, en rappelant avec force que ce sont des thèses de Jean-Jacques Rousseau qui furent à l’origine du génocide du peuple khmer perpétré par Saloth Sâr, alias Pol Pot (1928-1998), et par ses séides Khmers rouges entre 1975 et 1979.

 Voici la présentation de l’ouvrage que nous donne l’auteur :

« On ne dit pas “Djougachvili”, mais Staline. De même, on ne parle pas de “Saloth Sâr”, mais, à partir de 1970, de Pol Pot, son pseudonyme. D'une famille cambodgienne aisée, il profita de divers enseignements dans la capitale du pays, Phnom Penh.

Parti compléter sa formation en France, il y découvre les Lumières avec Rousseau, la Révolution avec Robespierre, le marxisme avec Staline. Il néglige son école technique, et il doit retourner au pays sans diplôme. Il décide alors de devenir révolutionnaire professionnel.

Stoïque, il fait ses classes grâce aux communistes vietnamiens, qu'il hait, dans son for intérieur, comme ennemis héréditaires des Khmers. Devenu l'organisateur du Parti communiste à Phnom Penh, la chance le sert : le chef du PC est tué, et il prend sa place.

Le voici acteur d'une guerre tout à la fois civile et internationale. Avec des enfants-soldats vêtus de noir, ses troupes, les Khmers rouges, se multiplieront grâce aux erreurs de la puissante Amérique, aux divisions entre républicains et royalistes, au soutien de Hanoï.

Le 17 avril 1975, Pol Pot atteint son but.

Trois ans, huit mois, vingt jours, le peuple khmer subira une expérience démente, à vif, qu'aucun utopiste social n'avait osée avant lui. Elle lui coûtera 1 700 000 morts (estimation basse).

Puis Pol Pot fut vaincu dans une guerre éclair par le Vietnam. Il survécut deux décennies à sa défaite, divisant le monde à son propos, avant de mourir, esseulé. »

Pur produit du PCF et de ses intrigues, Pol Pot entretenait à l’évidence la haine recuite que les médiocres – ce petit-bourgeois avait échoué lamentablement dans toutes ses tentatives de scolarité largement financées par la France – vouent à tout ce qu’ils sont incapable d’être, à savoir des hommes, et qui donne les Hitler et les Staline, des étrons de l’histoire…

Bernard DELCORD

 Pol Pot Qui suis-je ? par Nicolas Tandler, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », novembre 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)


[1] On lui doit, chez le même éditeur, un Marx Qui suis-je ?, un Staline Qui suis-je ? et un Trotski Qui suis-je ? fort intéressants, eux aussi.

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19 04 15

Pour qui sonne le glas ?

L’ombre d’une photographe, Gerda Taro.jpgFrançois Maspero, décédé le 11 avril 2015, était un écrivain et un biographe de valeur. Pour lui rendre hommage, nous avons ressorti de nos archives la recension ci-après, parue en 2007, d’un ouvrage magnifique et fort heureusement toujours disponible en librairie.

Le célèbre éditeur François Maspero est aussi un incorrigible romantique, comme le prouve L’ombre d’une photographe, Gerda Taro paru l’année dernière aux Éditions du Seuil. Il y dresse la biographie de la reporter-photographe, correspondante de guerre durant la guerre civile espagnole, qui mourut à 26 ans le 25 juin 1937 sur la route de Madrid, alors qu’elle venait de couvrir les violents combats de Brunete.

Avec un brio incontestable, il ressuscite la belle et libre Galicienne Gerta Pohorylle dont le poète Rafael Alberti assurait qu’elle avait « le sourire d’une jeunesse immortelle » et qui, du printemps 1936 à juillet 1937, signa du pseudonyme de Gerda Taro les clichés et les reportages qu’elle donna aux journaux français Ce Soir et Regards.

Elle était à ce moment la compagne de Robert Capa, le plus grand reporter de guerre de tous les temps, qui fonda dix ans plus tard avec Henri Cartier-Bresson la fameuse agence Magnum et mourra le 25 mai 1954 dans le Tonkin en marchant sur une mine.

Mais François Maspero ne se contente pas de faire revivre l’ombre de celle qui, appareil photo au poing et animée par l’espérance d’un monde meilleur, affronta les dangers avec une grâce et une inconscience désarmantes, il braque aussi une lumière aveuglante de lucidité sur les enjeux, les angoisses et les illusions de l’Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Bernard DELCORD

L’ombre d’une photographe, Gerda Taro par François Maspero, Paris, Éditions du Seuil, collection « Fiction & Cie », mars 2006, 137 pp. au format 15,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,20 € (prix France)

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07 03 15

Lumineux

"

" J'ai voulu écrire ce livre non seulement pour réparer une injustice et donner, dans mon énigmatique musée imaginaire, un frère d'armes au capitaine Goderville, un frère spirituel à Jean Prévost, le stendhalien du Vercors, mais aussi pour tenter de comprendre ce qui, dans l'accomplissement de cette existence brève et empêchée, échappe encore à l'entendement. Autant pour l'éclairer que pour m'éclairer."

Telle est la vocation de ce somptueux récit de vie, de force et de lumière, portrait de Jacques Lusseyran (1924-1971) devenu aveugle à 8 ans, l'oeil percé par une branche de lunettes. Un choc qui entraîne la cécité immédiate et solidaire du second oeil.

"On me dit que j'étais aveugle: je n'en fis pas l'expérience. J'étais aveugle pour les autres. Moi,  je l'ignorais et l'ai toujours ignoré, sinon par concession envers eux."

Habité d'une lumière intérieure,  d'un "troisième oeil", soutenu par une maman qui fait de l'éducation de son fils un "sacerdoce", l'enfant va rapidement développer des capacités sensorielles (ouïe, odorat, 6e sens, ...) exceptionnelles, cumuler les apprentissages, cultiver l'excellence.

Vient la guerre.

Brimé par les règles discriminatoires du régime pétainiste qui interdit aux handicapés d'intégrer Normal Sup, il s'engage tôt dans la résistance au sein du mouvement des Volontaires de la Liberté. Une liberté dont la privation résonne en lui comme une seconde cécité. Cet engagement lui vaut dénonciation en 1943, emprisonnement à Fresnes et déportation à Buchenwald - au matricule 41.978-   dont il ne sort que mi-avril, à la libération du camp par les Américains.

Paradoxalement - ou peut-être logiquement - la  réintégration à la vie normale, le recouvrement d'un" statut d'invalide que (...)la Résistance et la déportation avaient réussi à faire disparaître"  sèment  en lui les germes d'une dépression, d'une insatiabilité existentielles. Il fait montre, envers Jacqueline Pardon, épousée au lendemain de la guerre, d'une possessivité qui frise l'étouffement et se lie bientôt de fascination et d'amitié avec Georges Saint-Bonnet, un gourou énigmatique, leader du Groupe Unitiste. Après Jacqueline, il se marie deux fois encore.

La découverte des Etats-Unis qu'il vit comme une troisième naissance - le deuxième correspondant au choc de la cécité - lui permet d'enseigner enfin et de s'adonner à l'écriture, passion vitale. Il constate rapidement que le récit de sa vie intéresse davantage les éditeurs que les fictions qu'il leur propose.

Une vie qui prend fin tragiquement et de façon inexpliquée, le 22 juillet 1971, tandis que Jacques et sa troisième épouse, Marie Berger, se tuent près d'Ancenis (Loire atlantique)  dans un accident de voiture.

Laissons  à Jérôme Garcin, à sa plume enchanteresse, le mot de la fin:

" Il ne reste pas grand-chose de la vie brève de Jacques Lusseyran, dont la philosophie et l'éthique reposent sur un principe élémentaire: c'est au-dedans que le regard exerce son vrai pouvoir, que le vaste monde se donne à voir et que vivent, en harmonie, se tenant par la main, les vivants et les morts. S'exercer à fermer les yeux est aussi important qu'apprendre à  les ouvrir."

 Une lecture recommandée

Apolline Elter

Le voyant, Jérôme Garcin, Ed. Gallimard, janvier 2015, 192 pp

 

Billet de faveur

AE  Claire Lusseyran, une des quatre enfants de Jacques, se consacre à la mémoire de son père. A-t-elle participé peu ou prou à l’élaboration du récit ?

 Jérôme Garcin : " Non, Claire Lusseyran n’a pas du tout participé à l’élaboration de mon livre – elle ne l’a d’ailleurs découvert qu’à sa sortie.

En revanche, elle a mis généreusement à ma disposition des photos, des archives (lettres, exemplaires du journal « Défense de la France ») et surtout les manuscrits de son père qui n’ont pas été publiés. »

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01 03 15

Utérus en folie…

Les grandes hystériques .jpg

Pour l’aider à rédiger le deuxième numéro – Les grandes hystériques – de la revue « Folle Histoire » qu’il dirige et qui est publiée par les Éditions Prisma à Gennevilliers, l’historien Bruno Fuligni a réuni une belle brochette de spécialistes pour croquer en quatre chapitres [1] le portrait de personnes aussi diverses que Vasthi (Ve siècle avant J.-C.), Zénobie (IIe siècle avant J.-C.), Boadicée (l’épouse de Vercingétorix, vers 25-61), l’impératrice Théodora (VIe siècle de notre ère), Sœur Jeanne des Anges (1602-1665), Lady Stanhope (1776-1839), Adèle Hugo (1830-1915), Bernadette Soubirous (1844-1879), Lou Andreas-Salomé (1861-1937), Camille Claudel (1864-1943), Ma Baker (1871-1935), Marie Bonaparte (1882-1962), Gala (1894-1982), Joan Crawford (1905-1977), Violette Leduc (1907-1972), Bonnie Parker (1910-1934), Vivien Leigh (1913-1967), Eva Perón (1919-1952), Janis Joplin (1943-1970), Karen Greenlee (dite « la nécrophile de Sacramento », 1958-1989) et bien d’autres encore…

« Femmes politiques et grandes criminelles, religieuses exaltées et créatrices d'avant-garde, les grandes figures féminines de l'Histoire oscillent perpétuellement entre génie et folie, écrit Bruno Fuligni. Le professeur Charcot, en théorisant l'hystérie [2], avait cru trouver la réponse, mais toute femme un tant soit peu rebelle devenait une hystérique en puissance dans son système... »

La présente livraison se penche sur leur cas et leur rend justice avec autant d’allant que d’humour souvent décalé…

Avant de s’attaquer, dans le numéro 3 – Les bourdes militaires –, à une catégorie fracassante de grands hystériques masculins.

On en rit déjà !

Bernard DELCORD

Les grandes hystériques in « Folle Histoire », revue historique sous la direction de Bruno Fuligni,Gennevilliers, Éditions Prisma, n°2, janvier 2015,208 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17,50 € (prix France)


[1] « Femmes politiques », « Femmes criminelles », « Femmes inspirées » et « Femmes artistes ».

[2] Le terme est dérivé du mot grec ὑστέρα, pouvant signifier les entrailles, la matrice ou l'utérus. Les travaux de Jean-Martin Charcot (1825-1893) sur l'hypnose et l'hystérie, à l'origine de l'École de la Salpêtrière, préfigurent les études de psychopathologie de son successeur Pierre Janet et, à l'opposé, ont déterminé1 Sigmund Freud, qui fut brièvement son élève et un de ses premiers traducteurs, à inventer la psychanalyse. (Source : Wikipédia)

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28 02 15

Louis II de Bavière- Un portrait attachant

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De ce monarque sensuel, mélomane, mégalomane,  homosexuel et fantasque, Isaure de Saint-Pierre dresse un portrait attachant, en tous points fabuleux.

Quelque peu dépassé par son tempérament, ses affections, folles dépenses et constructions pharaoniques, ce souverain romantique était néanmoins très investi de sa fonction,  attaché au bien de ses sujets bavarois, qui en majorité lui en savaient gré: il était très aimé.

Soucieux de construire le mieux possible l'indépendance de la Bavière, de lui préserver la paix, composant avec l'autorité centralisatrice inéluctable d'un Bismarck, Louis II apparaît sous un jour plus favorable que prévu, plus sincère aussi.

 C’est à contre-cœur qu’il se voit entraîner dans la guerre de 1870 aux côtés de la Prusse, pour  combattre ces Français dont il admire la culture.  Louis II écrit à son cousin, le Kronprinz Frédéric de Prusse: 

"Je pense pouvoir être assuré encore, par le jugement éclairé de ton auguste père, qu'il est aussi dans sa volonté de conserver à la Bavière, à l'égard de la tendance "nationale-allemande", son intégrité gouvernementale, que cette guerre ne doit en aucun cas entamer, mais au contraire fortifier." 

 Mais il n’aura pas gain de cause : le nouvel empire allemand, auréolé de sa victoire sur la France,  inclura la Bavière parmi les 25 états qui le composent.

"C'est aujourd'hui ma première chevauchée de vassal"  confie le roi, déconfit, à son secrétaire.

Platoniquement épris du génie de Richard Wagner, divin mentor placé sur son chemin, le jeune roi fera au compositeur  quinquagénaire en déroute, un pont d'or pour ses créations.  Plus tard, il le soutiendra dans sa grande entreprise de Bayreuth. Fougueux dans ses passions successives – ses amants sont des hommes- Louis II est aussi lié d'une grande affection à sa cousine, l'impératrice Sissi, de huit ans son aînée.

Abondamment étayée de correspondances, la biographie du royal résident de Berg, Hohenschwangau, Neuschwanstein, Linderhof et de Herrenchiemsee, ...se dévore comme un roman passionnant.

 Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Le roi des rêves, Louis II de Bavière, Isaure de Saint-Pierre, biographie, Ed. Albin Michel, février 2015, 236 pp

 

Billet de faveur

 AE: Nous l'évoquions, le fil de la narration se nourrit d'abondants extraits de correspondances, avec Wagner, Sissi,  la baronne von Leonrod, .... Quelles ont été vos sources?  En avez-vous opéré vous-même les traductions? 

 Isaure de Saint Pierre: J'ai une bonne bibliothèque concernant Louis II, Sissi, Napoléon III, j'ai déjà d'ailleurs écrit plusieurs bouquins sur cette période, dont "La dame de cœur", mettant en scène un amour de Napoléon, la très belle comtesse de Castiglione, et "L'impératrice aux chimères", retraçant la vie tragique de Charlotte de Belgique devenue impératrice du Mexique. Et j'ai été chaque fois frappée par l'extrême sensiblerie de cette époque. On emploie des termes excessifs, on verse des torrents de larmes à tout propos, mais nul n'égale en ce domaine les excès épistolaires de Louis II. J'ai donc glané dans tous les livres que je cite dans ma bibliographie ses lettres et ai gardé les plus significatives. Ne parlant hélas pas un mot d'allemand, je me suis fiée aux traductions existantes.

  

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