22 04 15

Saloth ? Un beau salaud…

Pol Pot.jpgEn publiant Pol Pot Qui suis-je ? chez Pardès à Grez-sur-Loing, l’historien de droite Nicolas Tandler, excellent spécialiste des grandes figures de l’extrême gauche [1], donne un joli coup de pied dans la fourmilière des idées reçues de la bien-pensance actuelle, en rappelant avec force que ce sont des thèses de Jean-Jacques Rousseau qui furent à l’origine du génocide du peuple khmer perpétré par Saloth Sâr, alias Pol Pot (1928-1998), et par ses séides Khmers rouges entre 1975 et 1979.

 Voici la présentation de l’ouvrage que nous donne l’auteur :

« On ne dit pas “Djougachvili”, mais Staline. De même, on ne parle pas de “Saloth Sâr”, mais, à partir de 1970, de Pol Pot, son pseudonyme. D'une famille cambodgienne aisée, il profita de divers enseignements dans la capitale du pays, Phnom Penh.

Parti compléter sa formation en France, il y découvre les Lumières avec Rousseau, la Révolution avec Robespierre, le marxisme avec Staline. Il néglige son école technique, et il doit retourner au pays sans diplôme. Il décide alors de devenir révolutionnaire professionnel.

Stoïque, il fait ses classes grâce aux communistes vietnamiens, qu'il hait, dans son for intérieur, comme ennemis héréditaires des Khmers. Devenu l'organisateur du Parti communiste à Phnom Penh, la chance le sert : le chef du PC est tué, et il prend sa place.

Le voici acteur d'une guerre tout à la fois civile et internationale. Avec des enfants-soldats vêtus de noir, ses troupes, les Khmers rouges, se multiplieront grâce aux erreurs de la puissante Amérique, aux divisions entre républicains et royalistes, au soutien de Hanoï.

Le 17 avril 1975, Pol Pot atteint son but.

Trois ans, huit mois, vingt jours, le peuple khmer subira une expérience démente, à vif, qu'aucun utopiste social n'avait osée avant lui. Elle lui coûtera 1 700 000 morts (estimation basse).

Puis Pol Pot fut vaincu dans une guerre éclair par le Vietnam. Il survécut deux décennies à sa défaite, divisant le monde à son propos, avant de mourir, esseulé. »

Pur produit du PCF et de ses intrigues, Pol Pot entretenait à l’évidence la haine recuite que les médiocres – ce petit-bourgeois avait échoué lamentablement dans toutes ses tentatives de scolarité largement financées par la France – vouent à tout ce qu’ils sont incapable d’être, à savoir des hommes, et qui donne les Hitler et les Staline, des étrons de l’histoire…

Bernard DELCORD

 Pol Pot Qui suis-je ? par Nicolas Tandler, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », novembre 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)


[1] On lui doit, chez le même éditeur, un Marx Qui suis-je ?, un Staline Qui suis-je ? et un Trotski Qui suis-je ? fort intéressants, eux aussi.

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19 04 15

Pour qui sonne le glas ?

L’ombre d’une photographe, Gerda Taro.jpgFrançois Maspero, décédé le 11 avril 2015, était un écrivain et un biographe de valeur. Pour lui rendre hommage, nous avons ressorti de nos archives la recension ci-après, parue en 2007, d’un ouvrage magnifique et fort heureusement toujours disponible en librairie.

Le célèbre éditeur François Maspero est aussi un incorrigible romantique, comme le prouve L’ombre d’une photographe, Gerda Taro paru l’année dernière aux Éditions du Seuil. Il y dresse la biographie de la reporter-photographe, correspondante de guerre durant la guerre civile espagnole, qui mourut à 26 ans le 25 juin 1937 sur la route de Madrid, alors qu’elle venait de couvrir les violents combats de Brunete.

Avec un brio incontestable, il ressuscite la belle et libre Galicienne Gerta Pohorylle dont le poète Rafael Alberti assurait qu’elle avait « le sourire d’une jeunesse immortelle » et qui, du printemps 1936 à juillet 1937, signa du pseudonyme de Gerda Taro les clichés et les reportages qu’elle donna aux journaux français Ce Soir et Regards.

Elle était à ce moment la compagne de Robert Capa, le plus grand reporter de guerre de tous les temps, qui fonda dix ans plus tard avec Henri Cartier-Bresson la fameuse agence Magnum et mourra le 25 mai 1954 dans le Tonkin en marchant sur une mine.

Mais François Maspero ne se contente pas de faire revivre l’ombre de celle qui, appareil photo au poing et animée par l’espérance d’un monde meilleur, affronta les dangers avec une grâce et une inconscience désarmantes, il braque aussi une lumière aveuglante de lucidité sur les enjeux, les angoisses et les illusions de l’Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Bernard DELCORD

L’ombre d’une photographe, Gerda Taro par François Maspero, Paris, Éditions du Seuil, collection « Fiction & Cie », mars 2006, 137 pp. au format 15,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,20 € (prix France)

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07 03 15

Lumineux

"

" J'ai voulu écrire ce livre non seulement pour réparer une injustice et donner, dans mon énigmatique musée imaginaire, un frère d'armes au capitaine Goderville, un frère spirituel à Jean Prévost, le stendhalien du Vercors, mais aussi pour tenter de comprendre ce qui, dans l'accomplissement de cette existence brève et empêchée, échappe encore à l'entendement. Autant pour l'éclairer que pour m'éclairer."

Telle est la vocation de ce somptueux récit de vie, de force et de lumière, portrait de Jacques Lusseyran (1924-1971) devenu aveugle à 8 ans, l'oeil percé par une branche de lunettes. Un choc qui entraîne la cécité immédiate et solidaire du second oeil.

"On me dit que j'étais aveugle: je n'en fis pas l'expérience. J'étais aveugle pour les autres. Moi,  je l'ignorais et l'ai toujours ignoré, sinon par concession envers eux."

Habité d'une lumière intérieure,  d'un "troisième oeil", soutenu par une maman qui fait de l'éducation de son fils un "sacerdoce", l'enfant va rapidement développer des capacités sensorielles (ouïe, odorat, 6e sens, ...) exceptionnelles, cumuler les apprentissages, cultiver l'excellence.

Vient la guerre.

Brimé par les règles discriminatoires du régime pétainiste qui interdit aux handicapés d'intégrer Normal Sup, il s'engage tôt dans la résistance au sein du mouvement des Volontaires de la Liberté. Une liberté dont la privation résonne en lui comme une seconde cécité. Cet engagement lui vaut dénonciation en 1943, emprisonnement à Fresnes et déportation à Buchenwald - au matricule 41.978-   dont il ne sort que mi-avril, à la libération du camp par les Américains.

Paradoxalement - ou peut-être logiquement - la  réintégration à la vie normale, le recouvrement d'un" statut d'invalide que (...)la Résistance et la déportation avaient réussi à faire disparaître"  sèment  en lui les germes d'une dépression, d'une insatiabilité existentielles. Il fait montre, envers Jacqueline Pardon, épousée au lendemain de la guerre, d'une possessivité qui frise l'étouffement et se lie bientôt de fascination et d'amitié avec Georges Saint-Bonnet, un gourou énigmatique, leader du Groupe Unitiste. Après Jacqueline, il se marie deux fois encore.

La découverte des Etats-Unis qu'il vit comme une troisième naissance - le deuxième correspondant au choc de la cécité - lui permet d'enseigner enfin et de s'adonner à l'écriture, passion vitale. Il constate rapidement que le récit de sa vie intéresse davantage les éditeurs que les fictions qu'il leur propose.

Une vie qui prend fin tragiquement et de façon inexpliquée, le 22 juillet 1971, tandis que Jacques et sa troisième épouse, Marie Berger, se tuent près d'Ancenis (Loire atlantique)  dans un accident de voiture.

Laissons  à Jérôme Garcin, à sa plume enchanteresse, le mot de la fin:

" Il ne reste pas grand-chose de la vie brève de Jacques Lusseyran, dont la philosophie et l'éthique reposent sur un principe élémentaire: c'est au-dedans que le regard exerce son vrai pouvoir, que le vaste monde se donne à voir et que vivent, en harmonie, se tenant par la main, les vivants et les morts. S'exercer à fermer les yeux est aussi important qu'apprendre à  les ouvrir."

 Une lecture recommandée

Apolline Elter

Le voyant, Jérôme Garcin, Ed. Gallimard, janvier 2015, 192 pp

 

Billet de faveur

AE  Claire Lusseyran, une des quatre enfants de Jacques, se consacre à la mémoire de son père. A-t-elle participé peu ou prou à l’élaboration du récit ?

 Jérôme Garcin : " Non, Claire Lusseyran n’a pas du tout participé à l’élaboration de mon livre – elle ne l’a d’ailleurs découvert qu’à sa sortie.

En revanche, elle a mis généreusement à ma disposition des photos, des archives (lettres, exemplaires du journal « Défense de la France ») et surtout les manuscrits de son père qui n’ont pas été publiés. »

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01 03 15

Utérus en folie…

Les grandes hystériques .jpg

Pour l’aider à rédiger le deuxième numéro – Les grandes hystériques – de la revue « Folle Histoire » qu’il dirige et qui est publiée par les Éditions Prisma à Gennevilliers, l’historien Bruno Fuligni a réuni une belle brochette de spécialistes pour croquer en quatre chapitres [1] le portrait de personnes aussi diverses que Vasthi (Ve siècle avant J.-C.), Zénobie (IIe siècle avant J.-C.), Boadicée (l’épouse de Vercingétorix, vers 25-61), l’impératrice Théodora (VIe siècle de notre ère), Sœur Jeanne des Anges (1602-1665), Lady Stanhope (1776-1839), Adèle Hugo (1830-1915), Bernadette Soubirous (1844-1879), Lou Andreas-Salomé (1861-1937), Camille Claudel (1864-1943), Ma Baker (1871-1935), Marie Bonaparte (1882-1962), Gala (1894-1982), Joan Crawford (1905-1977), Violette Leduc (1907-1972), Bonnie Parker (1910-1934), Vivien Leigh (1913-1967), Eva Perón (1919-1952), Janis Joplin (1943-1970), Karen Greenlee (dite « la nécrophile de Sacramento », 1958-1989) et bien d’autres encore…

« Femmes politiques et grandes criminelles, religieuses exaltées et créatrices d'avant-garde, les grandes figures féminines de l'Histoire oscillent perpétuellement entre génie et folie, écrit Bruno Fuligni. Le professeur Charcot, en théorisant l'hystérie [2], avait cru trouver la réponse, mais toute femme un tant soit peu rebelle devenait une hystérique en puissance dans son système... »

La présente livraison se penche sur leur cas et leur rend justice avec autant d’allant que d’humour souvent décalé…

Avant de s’attaquer, dans le numéro 3 – Les bourdes militaires –, à une catégorie fracassante de grands hystériques masculins.

On en rit déjà !

Bernard DELCORD

Les grandes hystériques in « Folle Histoire », revue historique sous la direction de Bruno Fuligni,Gennevilliers, Éditions Prisma, n°2, janvier 2015,208 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17,50 € (prix France)


[1] « Femmes politiques », « Femmes criminelles », « Femmes inspirées » et « Femmes artistes ».

[2] Le terme est dérivé du mot grec ὑστέρα, pouvant signifier les entrailles, la matrice ou l'utérus. Les travaux de Jean-Martin Charcot (1825-1893) sur l'hypnose et l'hystérie, à l'origine de l'École de la Salpêtrière, préfigurent les études de psychopathologie de son successeur Pierre Janet et, à l'opposé, ont déterminé1 Sigmund Freud, qui fut brièvement son élève et un de ses premiers traducteurs, à inventer la psychanalyse. (Source : Wikipédia)

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28 02 15

Louis II de Bavière- Un portrait attachant

le_roi_des_reves_louis_ii_de_baviere_01.jpg

De ce monarque sensuel, mélomane, mégalomane,  homosexuel et fantasque, Isaure de Saint-Pierre dresse un portrait attachant, en tous points fabuleux.

Quelque peu dépassé par son tempérament, ses affections, folles dépenses et constructions pharaoniques, ce souverain romantique était néanmoins très investi de sa fonction,  attaché au bien de ses sujets bavarois, qui en majorité lui en savaient gré: il était très aimé.

Soucieux de construire le mieux possible l'indépendance de la Bavière, de lui préserver la paix, composant avec l'autorité centralisatrice inéluctable d'un Bismarck, Louis II apparaît sous un jour plus favorable que prévu, plus sincère aussi.

 C’est à contre-cœur qu’il se voit entraîner dans la guerre de 1870 aux côtés de la Prusse, pour  combattre ces Français dont il admire la culture.  Louis II écrit à son cousin, le Kronprinz Frédéric de Prusse: 

"Je pense pouvoir être assuré encore, par le jugement éclairé de ton auguste père, qu'il est aussi dans sa volonté de conserver à la Bavière, à l'égard de la tendance "nationale-allemande", son intégrité gouvernementale, que cette guerre ne doit en aucun cas entamer, mais au contraire fortifier." 

 Mais il n’aura pas gain de cause : le nouvel empire allemand, auréolé de sa victoire sur la France,  inclura la Bavière parmi les 25 états qui le composent.

"C'est aujourd'hui ma première chevauchée de vassal"  confie le roi, déconfit, à son secrétaire.

Platoniquement épris du génie de Richard Wagner, divin mentor placé sur son chemin, le jeune roi fera au compositeur  quinquagénaire en déroute, un pont d'or pour ses créations.  Plus tard, il le soutiendra dans sa grande entreprise de Bayreuth. Fougueux dans ses passions successives – ses amants sont des hommes- Louis II est aussi lié d'une grande affection à sa cousine, l'impératrice Sissi, de huit ans son aînée.

Abondamment étayée de correspondances, la biographie du royal résident de Berg, Hohenschwangau, Neuschwanstein, Linderhof et de Herrenchiemsee, ...se dévore comme un roman passionnant.

 Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Le roi des rêves, Louis II de Bavière, Isaure de Saint-Pierre, biographie, Ed. Albin Michel, février 2015, 236 pp

 

Billet de faveur

 AE: Nous l'évoquions, le fil de la narration se nourrit d'abondants extraits de correspondances, avec Wagner, Sissi,  la baronne von Leonrod, .... Quelles ont été vos sources?  En avez-vous opéré vous-même les traductions? 

 Isaure de Saint Pierre: J'ai une bonne bibliothèque concernant Louis II, Sissi, Napoléon III, j'ai déjà d'ailleurs écrit plusieurs bouquins sur cette période, dont "La dame de cœur", mettant en scène un amour de Napoléon, la très belle comtesse de Castiglione, et "L'impératrice aux chimères", retraçant la vie tragique de Charlotte de Belgique devenue impératrice du Mexique. Et j'ai été chaque fois frappée par l'extrême sensiblerie de cette époque. On emploie des termes excessifs, on verse des torrents de larmes à tout propos, mais nul n'égale en ce domaine les excès épistolaires de Louis II. J'ai donc glané dans tous les livres que je cite dans ma bibliographie ses lettres et ai gardé les plus significatives. Ne parlant hélas pas un mot d'allemand, je me suis fiée aux traductions existantes.

  

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26 02 15

Enigma

9782221156193.jpg "Il n'est jamais trop tard pour la vérité. Alan mérite cette reconnaissance posthume"

Retrouvé mort en 1954 dans sa chambre d'hôtel, une pomme - empoisonnée au cyanure- croquée,  laissée à  son chevet, Alan Turing est Le génial inventeur de l'ordinateur. Le logo bien connu d'Apple serait une allusion directe mais non assumée à ce drame.

Il a aussi aidé les services secrets alliés, durant la guerre à décoder les messages secrets allemands, cryptés sous le nom d' Enigma et à déjouer partant les plans de l'ennemi.

Portant ces faits avérés à la rédaction d'un roman futuriste, d'espionnage et de réhabilitation historique, Laurent Alexandre et David Angevin, allient médecine et journalisme d'investigation scientifique pour revisiter le portrait - malmené- du génie des mathématiques, sujet britannique de sa Royale Majesté

Un roman qui se dévore tel un thriller

AE

L'homme qui en savait trop, Laurent Alexandre et David Angevin, roman, Ed. Robert Laffont, janvier 2015, 336 pp

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22 02 15

"Il faudra leur dire..."

9782221095928.jpgLa nuit du 30 janvier 1944, Ida, âgée de 14 ans est emmenée par trois soldats français. Née en France de parents juifs polonais, elle sera conduite seule vers l'enfer. Drancy, Birkenau, Auschwitz en février 1944, elle affrontera la proximité, la puanteur, la violence des camps. Elle luttera pour ne pas tomber malade du typhus. Elle y restera 17 mois dont deux hivers. Un simple numéro, une seule gamelle, mise au travail, Ida tentera de survivre à l'horreur.Elle échappera à la mort dès son arrivée au camp, tout simplement grâce à une coiffure qui lui donne l'allure d'une adolescente plus âgée. Elle s'en servira par la suite, ce qui la sauvera à plusieurs reprises. 

 

Au fil de ce livre intitulé "J'ai pas pleuré", Ida raconte ses conditions de vie, ses rencontres... Elle évoque régulièrement la chance dont elle a bénéficié. Affectée au commando de pierres, elle finira par travailler dans une usine d'armement. Les conditions de vie sont inhumaines, chaque jour, elle voit des compagnons d'infortune mourir de froid, de fatigue, de douleur... Les moindres détails de la vie au camp sont décrits. En janvier 1945, les Allemands évacuent Auschwitz. S'ensuit la marche de la mort pour Ida. Des kilomètres à marcher, en soutenant les autres qui n'avancent plus et finissent par périr sur le bord du chemin. Mais la maladie la rattrape. Emmenée dans une annexe du camp, elle sera soignée par Wanda, une infirmière déportée pour résistance. Elle cherchera à la revoir après sa libération, mais en vain. Ce n'est qu'en mai 1945, qu'Ida sera véritablement libre par des soldats soviétiques. Rapatriée en France, elle apprendra que son père ne reviendra pas.Haut et fort, elle clamera que si elle a craqué: "j'ai pas pleuré". 

 

Ce livre est né d'une rencontre particulière en 1988. C'était la première fois qu'Ida retournait à Auschwitz, elle a accepté d'accompagner un groupe de lycéens. Elle y rencontre Bertrand Poirot-Delpech. Ce dernier propose d'être son scribe. Ensemble, ils livrent aux lecteurs plus qu'un témoignage mais bien un espace de réflexion sur ce que des humains ont été capables de faire à d'autres humains.Mais il y a aussi tout "l'après". Comment tenter de revivre après tout cela?

L'auteur explique être investie de la mission de transmettre l'histoire. "L'oubli serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes. (...) Je n'oublie pas que j'ai reçu une mission sacrée. Je revois les femmes qui me l'ont confiée, en partant pou Revier, l'antichambre de la mort:"Si vous rentrez, il faudra leur dire. Ils ne vous croiront pas, mais il faudra leur dire"."

"J'ai pas pleuré", est un livre poignant ouvrant sur d'autres perspectives de cette page noire de notre histoire. 

 

J'ai pas pleuré, Ida Grinspan et Bertrand Poirot-Delpech, éd. Robert Laffont, 252 pages, Paris, 2002

 

22 02 15

Le témoignage d'une femme courageuse

9782352876762-G-210x344.jpgPoignant, incroyable, révoltant... Le témoignage d'Amale El Atrassi pousse à la réflexion. Cette jeune femme musulmane issue d'une famille de six enfants raconte l'enfer qu'elle a vécu pendant son enfance. Pour la première fois, une femme expatriée du Maroc raconte son quotidien. Les coutumes, le viol, l'exil forcé, la séquestration, elle évoque son histoire, où les femmes ne sont pas considérées comme elles le devraient.  

Elle est née en France, y est scolarisée et pourtant... La famille vit dans le petit village de Bourges. Un jour, les filles, lassées d'être considérées comme "moins que rien" feront une fugue à Paris. Une escapade vue comme une libération.  Mais le retour sera difficile. Elles seront battues, enfermée dans la cave. Un jour, lors d'un voyage au Maroc pour aller saluer la famille, elle sera abandonnée là pendant trois ans. Confrontée à la violence, au déni, elle survivra. ESon père lui répétant sans cesse, qu'elle allait pouvoir revenir... Mensonges. Un père violent, négligeant, violent et alcoolique. t ne doit son salut qu'à sa mère. Dans son livre, Amale livre aussi l'histoire de sa maman, mariée de force à l'âge de 16ans à cet homme.

Au fil des pages, l'auteur révèle des us et coutumes où se mêlent violence et brimades. Elle a fait preuve de courage en écrivant ce livre qui risque de lui attirer les foudres des siens. A noter qu'Amale est la soeur aînée du comique et animateur de télévision, Mustapha El Atrassi. Ce dernier n'a jamais souhaité s'exprimer sur le témoignage  de sa soeur. Par honte? Peut-être... Cet enfant Aujourd'hui encore, Amale se bat contre son passé. Agée de 38 ans, elle n'est pas reconnue comme  marocaine, ni française et pourtant elle est mère de quatre enfants nés en France. 

 

Louve musulmane, Amale El Trassi, éd. Archi Poche, Paris, 206 pages, Septembre 2014

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Biographies, Gwendoline Fusillier, Médias, Portraits, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 01 15

Un élève de Machiavel

Fouché – Les silences de la pieuvre.jpgAncien élève de l'École normale supérieure, docteur en histoire et chercheur à l'École pratique des hautes études, Emmanuel de Waresquiel, né à Paris le 21 novembre 1957, est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont un best-seller, Talleyrand, le prince immobile, qui a été couronné par de nombreux prix.

Fondé sur un grand nombre d’archives inédites, son dernier ouvrage en date, Fouché – Les silences de la pieuvre coédité par les Éditions Tallandier et Fayard, a quant à lui été élu meilleure biographie 2014 par la rédaction du magazine Lire, et ce n’est que justice, tant l’exploitation des sources s’avère magistrale, le ton se montre alerte, le style est enlevé, la langue est flamboyante et les remises en perspective sont saisissantes.

Personnage secret autant que craint et haï, dont la carrière politique fut une suite d’intrigues et de trahisons, Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché, est né le 21 mai 1759 au Pellerin près de Nantes et mort en exil le 26 décembre 1820 à Trieste. Il est particulièrement connu pour la férocité avec laquelle il a réprimé l'insurrection lyonnaise en 1793 et comme ministre de la Police sous le Directoire et l'Empire [1].

Voici ce qu’en dit Emmanuel de Waresquiel, qui le tient aussi pour un incroyable personnage jusqu'ici incompris et desservi par sa légende noire :

Fouché, bien sûr, ne m'était pas un inconnu. Fouché de Nantes, le bourgeois impécunieux, le petit professeur en soutane des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel, le tueur de roi, le proconsul de Nevers et de Moulins, le mitrailleur de Lyon, le tombeur de Robespierre et le cauchemar de Napoléon, le ministre de tous les régimes, l'inventeur de la police moderne, le bâtisseur d'État, le théoricien et l'homme d'action, l'aventurier, le conspirateur et le parvenu. Assurément l'un des hommes les plus puissants de son époque, en tout cas l'un des plus étonnants.

Je l'avais découvert très jeune, en dehors de mes travaux d'historien, dans les romans de Balzac. J'avais eu plus tard maintes fois l'occasion de le croiser, ne serait-ce qu'en écrivant la vie de Talleyrand auquel il est constamment associé.

J'avais eu l'intuition, comme j'en avais déjà pris la mesure avec le diable boiteux, qu'il était, par d'autres moyens et pour d'autres raisons, l'un de ceux par qui passe une époque et qui la donnent à comprendre : celle des ruptures révolutionnaires et de la construction d'un ordre nouveau dans la confusion des temps, des hommes et des idées – comme les reflets changeants d'un être singulier, de ses secrets, de ses contradictions et de sa complexité.

Rares sont ceux qui inventèrent de nouvelles règles du jeu sans attendre la fin de la partie. Fouché a été de ceux-là. (…)

La première chose qui m'a intrigué chez Fouché, c'est la prégnance de sa légende noire. Avec lui, on a commencé très tôt à danser la sarabande. En 1815, l'homme qui avait voté la mort de Louis XVI devenait le ministre de son frère Louis XVIII et, dans un grand écart vertigineux, prêtait serment de fidélité à la monarchie après avoir juré, vingt ans plus tôt, une haine éternelle à la royauté. Ce fut le serment de trop, après tant d'autres successivement donnés et repris à la Convention, à la République directoriale puis consulaire,  à l'Empire,  à la nation.

Les uns, fidèles à la Révolution, crièrent à la trahison, les autres, qui en avaient été les victimes, au crime et à l'imposture. Dès avant sa mort, on lui a reproché son passé révolutionnaire, on n'a pas plus supporté l'ancienne puissance impériale de celui que Napoléon avait fait ministre, sénateur et duc  d'Otrante.

Comme souvent dans ces cas-là, il y eut un chef d'orchestre. Ce fut Chateaubriand…

Un essai quelque peu dissonant !

Bernard DELCORD

Fouché – Les silences de la pieuvrepar Emmanuel de Waresquiel, Paris, Éditions coédité aux Éditions Tallandier et Fayard, novembre 2014, 831 pp. en noir et blanc et 48 pp. en quadrichromie au format 16,7 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,90 € (prix France)


[1] Il dirigea le ministère de la Police du 20 juillet 1799 au 13 septembre 1802 ; du 10 juillet 1804 au  3 juin 1810 ; du 20 mars au 22 juin 1815 et du 7 juillet au 26 septembre 1815. Il fut en outre ministre de l'Intérieur du 29 juin au 1er octobre 1809.

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24 01 15

Oh My Lord

Frédéric Ferney -  

 Avec un titre à la Kipling - contrarié- l'essai de Frédéric Ferney nous offre une incursion flamboyante - quelle plume, quel style - dans l'âme d'un personnage mythique, Winston Churchill himself (1874-1965)  décédé voici tout juste 50 ans, jour même du décès de son propre père, 12 ans auparavant.  

Un père, Lord Randolph,  qui n'a pour lui qu'indifférence, mâtinée de mépris. Ce dernier aurait pu anéantir le jeune Winston - assez cancre et assez laid - il  décuple son ardeur: Winston  n'aura de cesse, toute sa vie, de combattre le spectre de ce père si peu aimant, de se tailler une réputation  - un mythe, celui du "lion victorieux"  - qui ferait rosir de fierté les fantômes les plus exigeants.

" Always savor the thrill"

Doté d'un tempérament  susceptible,  belliqueux, intrépide, déconcertant mais pas au point d'en être cynique, farouchement optimiste, pragmatique,  radicalement patriote - le sang des Marlborough coule en ses artères- Winston va trouver dans l'exercice militaire, en Indes, Afghanistan, Egypte, Afrique du Sud,  durant la Grande Guerre,...  le terrain idoine pour assouvir ses passions, le tremplin de son ambition politique.

" Pour lui, le Mal n'est pas une affaire de morale, c'est un agent actif et un principe éternel qu'il faut se résoudre à combattre s'il menace l'Angleterre, c'est-à-dire l'ordre et la paix mondiale."

Parodoxe de l'Histoire:  Hitler, son meilleur ennemi, participera activement de la construction du mythe "Churchill".

" Hitler détrôna l'ennemi intérieur de Winston. En suscitant une haine exemplaire, il fut un avatar providentiel qui exhaussa son courage et son amoralité souveraine. Hitler lui offrit un rôle, une vocation, un rang dans le tourbillon de l'Histoire;"

Une lecture que je vous recommande instamment

Apolline Elter

"Tu seras un raté, mon fils!", Churchill et son père, Frédéric Ferney, essai, Ed. Albin Michel, janvier 2015, 264 pp

 Billet de faveur

AE: Il y a du Shakespeare - Hamlet en l'occurrence - en Winston Churchill. Le rejet de son père, son tempérament sanguinaire... auraient pu faire de lui un délinquant.  Mais le sang anglais, patriote coulait en ses veines. Ce sont les guerres -  et principalement Hitler -  mais aussi la foi de son épouse Clémentine qui l'ont sauvé de lui-même? 

Frédéric Ferney: Orphelin et roi, c’est tout un !... Enfant, Churchill n’a cessé de vouloir conquérir l’affection d’un père, Lord Randolph, qui non seulement n’a pas su l’aimer mais n’a cessé de le repousser et de l’humilier. Et si sa vaillance au combat, ses bravades, qui ont été le mirage de sa jeunesse – en Afghanistan, en Haute Egypte, en Afrique du Sud – ne traduisaient que le souci de briller aux yeux d’un père longtemps aveugle et disparu prématurément ? En tous cas, pas de musique plus douce à ses oreilles que le fracas d’une charge de lanciers et le sifflement des balles de l’ennemi ! La guerre, c’est aussi une façon de tenir en laisse son démon, le Chien Noir, la malédiction ancestrale des Marlborough, ces crises de dépression, ces pannes de la volonté aggravées par l’alcool, qui parfois l’accablent. L’inaction, l’ennui, c’est sa hantise. En suscitant une haine exemplaire, Hitler a été le remède qu’il n’attendait pas et que l’Histoire lui a offert. Si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas éclaté, Churchill n’aurait été, peut-être, devant le jugement de la postérité qu’un raté mondain comme le lui prédisait son père ! Il a puisé dans la guerre une énergie, et même une forme de bonheur, une vérité, qu’il n’a jamais trouvées ailleurs. Quant à Clémentine, sa femme, Winston n’a jamais déposé les armes que devant elle. Winston a toujours cru en son étoile mais sans elle, il serait mort de froid…

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |