05 09 14

Un si bon mauvais garçon…

Wilde Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 05/09/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Vice-présidente de la Société Oscar Wilde (http://societeoscarwilde.fr) et rédactrice de sa revue Rue des Beaux-Arts, Danielle Guérin-Rose a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing un bien intéressant Wilde Qui suis-je ? abondamment et intelligemment illustré dans lequel elle ressuscite les faits, les idées et les gestes du plus brillant des esthètes et du plus excentrique des dandys britanniques du XIXe siècle – né en 1851 à Dublin, il défuncta à Paris en 1900 –, immortel auteur de contes, d’essais et de pièces de théâtre (L’Éventail de Lady Windermere, Une femme sans importance, Un mari idéal, L’Importance d’être constant, Salomé…) et d’un unique roman, Le Portrait de Dorian Gray, qui provoqua un tollé avant de susciter l’admiration générale et de connaître une postérité universelle.

Marié, père de deux garçons et néanmoins homosexuel notoire, ce Verlaine-bis connaîtra, en raison de ses penchants, les affres de la prison pour deux ans de travaux forcés (1895-1897) qui l’anéantiront.

Mais pas sa postérité, comme l’assure notre biographe :

« Longtemps, Wilde fut surtout considéré comme un auteur d’aphorismes, un bel esprit superficiel, à la vie entachée d’une très mauvaise réputation. Aujourd’hui, on redécouvre ses œuvres, leur flamboyance et leur subversion, cachées sous un brillant de surface, et toute la poignante humanité de l’homme souffrant, l’auteur admirable de De profundis et de La Ballade de la geôle de Reading. »

Une étude d’un grand intérêt – et bellement rédigée, ce qui ne gâte rien !

Bernard DELCORD

Wilde Qui suis-je ? par Danielle Guérin-Rose, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mars 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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08 08 14

Un magicien des mots

Somerset Maugham par Jean-Paul Chaillet.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 08/08/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Mettant cartes sur table et donc en exergue l’homosexualité du « Maupassant anglais » dans sa biographie richement illustrée de Somerset Maugham (1874-1965) parue chez Séguier à Paris, le journaliste Jean-Paul Chaillet rappelle aussi combien ce nouvelliste talentueux, ce romancier passionnant, ce dramaturge à succès et cet essayiste distingué, fin observateur désabusé de la nature humaine, fut un prodigieux raconteur d'histoires souvent cruelles, narrées avec une élégance tout en finesse, en understatements so British et en piques allusives bien senties.

Français d'adoption et de culture, voyageur infatigable, agent secret épisodique, millionnaire avisé, bridgeur acharné, collectionneur d'art et amateur de martinis glacés, Somerset Maugham fut par ailleurs le plus cosmopolite des écrivains britanniques et son œuvre a influencé celles de Graham Greene, Evelyn Waugh, John Le Carré, Anthony Burgess, Bruce Chatwin et William Boyd, pas moins !

Autant de bonnes raisons pour se (re)plonger dans la lecture captivante des textes artistement ciselés de Mr Ashenden, agent secret, du Fil du rasoir, des Trois grosses dames d’Antibes, de Vacances de Noël, des Quatre Hollandais ou de Madame la Colonelle, par exemple.

Cynisme à fleuret moucheté et plaisir spirituel garantis !

Bernard DELCORD

Somerset Maugham par Jean-Paul Chaillet, Paris, Éditions Séguier, mars 2014, 195 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 € (prix France)

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25 07 14

« Tout n’est pas nécessairement logique. » (Ceci n’est pas de Voltaire)

Pétain Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 25/07/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Professeur de lettres classiques à l'Institut Catholique d'Études Supérieures de La Roche-sur-Yon, Gérard Bedel a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing une hagiographie intitulée Pétain Qui suis-je ? dans laquelle il jette un voile pudique – et par conséquent mensonger – sur les erreurs, forfaitures et trahisons du Maréchal-nous-voilà, allant jusqu'à le présenter comme « un habile politique qui écarta Hitler de notre territoire africain, préparant ainsi le retour de la France dans la guerre contre l'Allemagne » tout en ne pipant mot de « la question juive » par le renvoi du lecteur au très contesté Vichy et la Shoah d'Alain Michel.

Il eût donc été logique que nous ne traitions pas de cet essai dans ces colonnes, n'étaient les chapitres à propos du héros de Verdun rappelant la manière dont il vint à bout des mutineries de 1917 après la désastreuse offensive du général Nivelle, remettant en lumière ses conceptions militaires loin de la doctrine des offensives à tout prix et expliquant l'ampleur de sa popularité auprès des « pousse-cailloux » demeurée intacte bien des années plus tard.

Accordons aussi une mention à l'iconographie originale et intéressante de cet ouvrage qui doit bien évidemment être lu avec beaucoup de circonspection, contrairement à la monumentale Histoire de Vichy de François-Georges Dreyfus parue aux Éditions Perrin...

Bernard DELCORD

Pétain Qui suis-je ? par Gérard Bedel, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mars 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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13 06 14

Sacs d'embrouilles...

Ni vu ni connu.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 13/06/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Ci-devant gros bonnet de la France à fric en Françafrique, le conseiller de l'ombre Jean-Yves Ollivier est entré dans la lumière en 2013 par l'entremise d'un film documentaire sud-africain, Plot for Peace, primé aux festivals de Galway, des Hamptons et de Palm Springs, décrivant son rôle dans la chute de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela, avec des témoignages de Winnie Mandela, l’ex-femme de « Madiba », Thabo Mbeki, Joachim Chissano, Denis Sassou-Nguesso, respectivement anciens chefs d’État de l’Afrique du Sud, du Mozambique et du Congo, ou encore du diplomate américain Chester Crocker.

Dans la foulée, il a fait paraître chez Fayard son autobiographie sous le titre Ni vu ni connu dans lequel il livre sa vérité sur son étrange parcours qui lui fit jouer un rôle notable dans la libération en 1988 des quatre otages français retenus au Liban par le Hezbollah après qu'il eut fait procéder en 1987 à l'échange de 133 soldats angolais et d'une cinquantaine de combattants du SWAPO de Namibie contre le capitaine sud-africain Wynand DuToit.

Suivent moult péripéties où l'on croise des politiques éminents de l'Hexagone (Jacques Chirac, Michel Roussin, François Mitterrand...) et des barbouzards fameux comme Jacques Foccart, mais aussi presque tous les dirigeants du Continent noir d'hier et d'aujourd'hui.

Bien que se poussant parfois un peu du col, ce témoignage s'avère particulièrement éclairant sur les ténèbres de la politique africaine contemporaine.

Bernard DELCORD

Ni vu ni connu par Jean-Yves Ollivier, Paris, Éditions Fayard, février 2014, 327 pp. en noir et blanc au format 15,3 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)

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01 06 14

« On atteint plus vite le ciel en partant d'une chaumière que d'un palais. » (François d'Assise)

Saint François.jpgÀ l'occasion du premier anniversaire de l'élection du pape François, les Éditions Flammarion à Paris font paraître, sous la plume du journaliste et écrivain catholique français Jacques Duquesne (il a cofondé et dirigé Le Point et collabore aujourd'hui à La Croix et avec plusieurs quotidiens régionaux ; il a aussi notamment remporté le prix Interallié en 1983 avec Maria Vandamme, un roman poignant) et préfacé peu de temps avant son décès par l'éminent médiéviste Jacques Le Goff, un beau livre intitulé Saint François qui retrace la vie et l'œuvre de ce personnage hors norme, en montrant les diverses facettes qui ont pu motiver le choix du pape – un jésuite, qui plus est – ayant décidé de régner sous son nom.

On apprend dans cet ouvrage passionnant que François d'Assise « était un indigné, un combattant, qui a fait entendre une parole nouvelle, si neuve et dérangeante que, trois décennies après sa mort, ses écrits furent pratiquement censurés par les autorités de l'Ordre franciscain et de Rome. (...)

Un saint d'un nouveau genre, laïc, contestataire, passionné, pacifique, ami et frère de toutes les créatures et de toute la création, [qui] dégage[ait] une sympathie et une admiration affectueuse générale.

Son obstination pacifique pour la lutte des classes, son souhait d'accueillir les laïcs au sein de son ordre et sa vision – presque prophétique – sur le progrès monétaire, font que le "petit pauvre a non seulement été un des protagonistes de l'histoire, mais aussi l'un des guides de l'humanité" [1] ».

Jacques Duquesne revient dans ce livre sur les origines du personnage, en montre les diverses facettes qui ont pu motiver le choix du pape. Un homme que Jacques Le Goff, dans sa préface, qualifie de "figure exceptionnelle. Un saint qui savait rire pour éclairer la tristesse de ses contemporains".

L'ouvrage est illustré de reproductions d'œuvres de grands peintres (Cimabue, Fra Angelico, Sassetta, Taddeo Gaddi, le maître de saint François Bardi, Giotto, Domenico Ghirlandaio, Francisco de Zurbarán, le Greco, Jacopo Torriti...) et se conclut par divers textes poétiques du saint homme (Salutations des vertus, Sermon aux oiseaux, Salutation de la bienheureuse Vierge Marie, Que les frères n'aient rien en propre, Cantique de frère Soleil, Louanges de Dieu...)

Un livre qui aide à mieux comprendre l'immense popularité du pape François dont le modèle va à l'encontre du matérialisme, de l'individualisme, de l'égoïsme et de la rapacité qui règnent actuellement en maître sur le monde...

Bernard DELCORD

Saint François par Jacques Duquesne, préface de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Flammarion, mars 2014, 96 pp. en quadrichromie au format 19,2 x 24,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 22 € (prix France)


[1] Comme l'écrit Jacques Le Goff.

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25 04 14

Les planches du salut ?

Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 25/04/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Se penchant longuement, dans Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal paru chez Publibook à Paris, sur les rapports ambigus entretenus par l'auteur d'Andromaque avec la Mecque du jansénisme où il avait été recueilli et éduqué, le philosophe belge Jean van der Hoeden, agrégé de l'université de Louvain, donne les clés d'une interprétation psychologique de l'œuvre théâtrale du grand dramaturge français (1639-1699) et projette une lumière nouvelle sur son combat intérieur, livré à travers ses personnages, entre les notions de liberté et de destin.

On se souviendra que la théorie extrêmement rigoriste de l'évêque d'Ypres, Cornelius Jansen (1585-1638), se fondait sur la volonté de s’en tenir strictement à la doctrine de saint Augustin sur la Grâce, conçue comme la négation de la liberté humaine pour faire le bien et obtenir le salut, celui-ci relevant exclusivement de l'intervention divine.

Particulièrement convaincant – et très accessible d'accès –, l'essai fort fouillé de Jean van der Hoeden montre comment, alors qu'il était « débiteur moral insolvable de l'abbaye de Port-Royal à qui il devait d'être resté en vie, l'orphelin Racine a trouvé dans un théâtre longtemps résolument frondeur chez lui, l'issue corporelle pour son âme qu'il cherchait avidement. En osant défier l'intransigeance castratrice d'une mère adoptive pervertie par la névrose janséniste, il a en tout cas réussi, au moins dans l'écriture, à sortir de l'infernal pas de place pour deux devant lequel, d'avoir dû haïr avec fureur pour ne pas avoir pu aimer avec passion, bien des fils qu'il a imaginés ont fini par s'incliner. Sans aucun doute possible, le Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends du vers 972 d'Andromaque, c'est d'abord à la vie elle-même que cet orphelin n'a cessé de l'adresser ».

Voici donc, après Le dieu caché du structuraliste marxiste Lucien Goldmann (1913-1970) qui enseigna à l'École pratique des hautes études à Paris et à l'Université libre de Bruxelles, une pressante invitation à réviser complètement ses classiques...

Bernard DELCORD

Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal par Jean van der Hoeden, Paris, Éditions Publibook, décembre 2013, 222 pp. en noir et blanc au format 14,2 x 22,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,95 € (prix France)

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29 03 14

Ceci est un grand peintre...

Magritte.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 28/03/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Si sa gestion muséale fut contestée par d'aucuns ces derniers temps, Michel Draguet, docteur en philosophie et lettres et agrégé de l'enseignement supérieur en philosophie et lettres, par ailleurs toujours directeur général des Musées royaux des beaux-arts de Belgique, est sans conteste l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de la vie et de l'œuvre de l'auteur de Ceci n'est pas une pipe à qui il a consacré une remarquable biographie parue sous le simple titre de Magritte chez Gallimard dans la fameuse collection « Folio ».

Rédigé dans une langue parfaite et avec un grand talent narratif, cet essai remarquable vulgarise avec brio la pensée et les techniques de l'un des plus grands artistes du XXe siècle qui « fit subir aux espaces et aux objets une infinité de modifications, fragmenta l'échelle onirique, inventa des territoires nouveaux, transforma des espaces connus, pratiqua une utilisation incongrue des titres : Ceci continue à ne pas être une pipe, Le Salon au fond d'un lac, La Philosophie dans le boudoir. »

Car, sous son air bonhomme, le Bruxellois René Magritte (1898-1967) ne manquait ni d'humour contestataire ni de zwanze, mais avec une conscience aiguë du malaise humain qu'il transcendait dans l'imaginaire, et de la vanité des choses, dont il riait avec désespoir.

Un paradoxe bien belge, à l'instar de nos institutions politiques ô combien surréalistes...

Magritte par Michel Draguet, Paris, Éditions Gallimard, collection« Folio biographies », février 2014, 413 pp. en noir et blanc et un cahier photo de 8 pp. en couleurs au format 10,7 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,90 € (prix France)

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21 03 14

À l'extrême droite, toute !

Agatha Christie Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 21/03/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

L'une des meilleures sources pour connaître l'extrême droite rampante est très certainement constituée par les écrits des supporters de ce mode de pensée qui, à l'instar du personnage d'Alex d'Orange mécanique flairant le sadisme sublimé dans la IXe symphonie de Beethoven, débusquent les accointances avec leurs idées dans des œuvres en apparence anodines.

C'est le cas avec Agatha Christie Qui suis-je ? paru chez Pardès à Grez-sur-Loing, un essai très documenté dans lequel la journaliste lepéniste et révisionniste Camille Galic, ancienne patronne des magazines Rivarol et Écrits de Paris et actuelle chroniqueuse de Présent, décrit avec moult détails et grande gourmandise les opinions sulfureuses et les certitudes réactionnaires de la « reine du crime » (1890-1976) relatives aux races et aux peuples ou au catholicisme traditionnaliste, ainsi que sa fascination-répulsion pour le national-socialisme.

Une suite de révélations à contre-courant et solidement étayées, qui nous feront désormais jeter sur les enquêtes de Miss Marple et d'Hercule Poirot un regard quelque peu désabusé...

Bernard DELCORD

Agatha Christie Qui suis-je ? par Camille Galic, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », décembre 2013, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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21 03 14

Les griffes du Tigre...

Le Monde selon Clemenceau.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 21/03/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

L'historien Jean Garrigues, dans Le Monde de Clemenceau paru chez Tallandier à Paris, derrière la personnalité du défenseur de Dreyfus, du tombeur de ministères des années 1880, du briseur de grèves de 1906 et du Père la Victoire de 1918, donne à voir le caractère et les traits d'esprit d'un « grand homme d'État, véritable icône patriotique, passionnément laïque et démocrate, cocardier, rebelle et autoritaire, féministe et misogyne, rêveur et philosophe, amoureux et querelleur, drôle et sensible, féroce et tendre à la fois », qui excellait dans les joutes oratoires et les petites phrases assassines.

Florilège ironique :

« Donnez-moi trente trous du cul et je vous fais une Académie française. »

« Pour prendre une décision, il faut un nombre impair de personnes, et trois, c'est déjà trop. »

« Somme toute, les Anglais ont fait aux Boers d'Afrique du Sud ce que nous sommes très fiers d'avoir fait aux Arabes d'Afrique du Nord, aux Malgaches, aux Tonkinois, ce que les Allemands nous ont fait à nous-mêmes. »

« La démocratie ? Le pouvoir pour les poux de manger les lions... »

« Il y a deux choses dont on peut très bien se passer : la présidence de la République et la prostate. »

« On ne ment jamais autant qu'avant les élections, pendant la guerre et après la chasse. »

Le portrait d'un homme lucide...

Bernard DELCORD

Le Monde selon Clemenceau par Jean Garrigues, Paris, Éditions Tallandier, février 2014, 334 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,90 € (prix France)

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18 02 14

Merveilleuse humanité

Visuel Trois Nuage au pays des nénuphars.jpgNuage Doré, Nuage bleu, Nuage rose..trois fillettes vivent une enfance secouée de guerre, de bombardements américains,  en ce Viêt Nam septentrional des années soixante, gouverné par les communistes. 

" Construit de faits réels et de souvenirs d'enfance, ce récit romancé, est avant tout une lettre d'amour que j'adresse à la mémoire de mon grand-père maternel et à mes parents, à qui je dois tout et qui m'ont tout donné, surtout quand, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ils n'avaient absolument plus "rien".

Ecrit par Nuage Rose, la cadette, ce témoignage tendre et vivifiant restitue avec une exquise fraîcheur le regard d'une enfant sur un quotidien par bien des égards, dantesque: séparées de leur mère, les "trois Nuage" vivront  presque une décennie, aux côtés de Bô, leur père, médecin, obstétricien, urgentiste,..appelé sur tous les fronts.  Loyal envers  l'idéal communiste, ce dernier élève ses filles "comme de parfaites petites prolétaires" . S'il ne peut subvenir à leur confort ni à leurs besoins alimentaires, il parvient à leur préserver une part de poésie, d'enfance, d'humour  et surtout d'amour, germe d'équilibre affectif et de réussite intellectuelle. Appelé en renfort,  "Grand-père", père de Mé, la maman,  "francophone et francophile dans l'âme", soutient d'une merveilleuse humanité, cette éducation admirable.

" Ainsi grandissent les Nuage, entre l'impératif et le jeu, mais dans l'urgence, toujours, d'un présent menacé d'être sans lendemain. Les circonstances ne laissent à personne le loisir de questionner, contester: car désobéir ou négliger de faire son devoir peut avoir des conséquences fatales. Les fillettes sont obéissantes et elles ont une confiance absolue en Bô, en son autorité bienveillante. "

Une lecture recommandée.

 Trois Nuage au pays des nénuphars, Nuage Rose, autobiographie, Société des écrivains, 2013, 248 pp, 20 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |