22 02 15

Le témoignage d'une femme courageuse

9782352876762-G-210x344.jpgPoignant, incroyable, révoltant... Le témoignage d'Amale El Atrassi pousse à la réflexion. Cette jeune femme musulmane issue d'une famille de six enfants raconte l'enfer qu'elle a vécu pendant son enfance. Pour la première fois, une femme expatriée du Maroc raconte son quotidien. Les coutumes, le viol, l'exil forcé, la séquestration, elle évoque son histoire, où les femmes ne sont pas considérées comme elles le devraient.  

Elle est née en France, y est scolarisée et pourtant... La famille vit dans le petit village de Bourges. Un jour, les filles, lassées d'être considérées comme "moins que rien" feront une fugue à Paris. Une escapade vue comme une libération.  Mais le retour sera difficile. Elles seront battues, enfermée dans la cave. Un jour, lors d'un voyage au Maroc pour aller saluer la famille, elle sera abandonnée là pendant trois ans. Confrontée à la violence, au déni, elle survivra. ESon père lui répétant sans cesse, qu'elle allait pouvoir revenir... Mensonges. Un père violent, négligeant, violent et alcoolique. t ne doit son salut qu'à sa mère. Dans son livre, Amale livre aussi l'histoire de sa maman, mariée de force à l'âge de 16ans à cet homme.

Au fil des pages, l'auteur révèle des us et coutumes où se mêlent violence et brimades. Elle a fait preuve de courage en écrivant ce livre qui risque de lui attirer les foudres des siens. A noter qu'Amale est la soeur aînée du comique et animateur de télévision, Mustapha El Atrassi. Ce dernier n'a jamais souhaité s'exprimer sur le témoignage  de sa soeur. Par honte? Peut-être... Cet enfant Aujourd'hui encore, Amale se bat contre son passé. Agée de 38 ans, elle n'est pas reconnue comme  marocaine, ni française et pourtant elle est mère de quatre enfants nés en France. 

 

Louve musulmane, Amale El Trassi, éd. Archi Poche, Paris, 206 pages, Septembre 2014

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24 01 15

Un élève de Machiavel

Fouché – Les silences de la pieuvre.jpgAncien élève de l'École normale supérieure, docteur en histoire et chercheur à l'École pratique des hautes études, Emmanuel de Waresquiel, né à Paris le 21 novembre 1957, est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont un best-seller, Talleyrand, le prince immobile, qui a été couronné par de nombreux prix.

Fondé sur un grand nombre d’archives inédites, son dernier ouvrage en date, Fouché – Les silences de la pieuvre coédité par les Éditions Tallandier et Fayard, a quant à lui été élu meilleure biographie 2014 par la rédaction du magazine Lire, et ce n’est que justice, tant l’exploitation des sources s’avère magistrale, le ton se montre alerte, le style est enlevé, la langue est flamboyante et les remises en perspective sont saisissantes.

Personnage secret autant que craint et haï, dont la carrière politique fut une suite d’intrigues et de trahisons, Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché, est né le 21 mai 1759 au Pellerin près de Nantes et mort en exil le 26 décembre 1820 à Trieste. Il est particulièrement connu pour la férocité avec laquelle il a réprimé l'insurrection lyonnaise en 1793 et comme ministre de la Police sous le Directoire et l'Empire [1].

Voici ce qu’en dit Emmanuel de Waresquiel, qui le tient aussi pour un incroyable personnage jusqu'ici incompris et desservi par sa légende noire :

Fouché, bien sûr, ne m'était pas un inconnu. Fouché de Nantes, le bourgeois impécunieux, le petit professeur en soutane des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel, le tueur de roi, le proconsul de Nevers et de Moulins, le mitrailleur de Lyon, le tombeur de Robespierre et le cauchemar de Napoléon, le ministre de tous les régimes, l'inventeur de la police moderne, le bâtisseur d'État, le théoricien et l'homme d'action, l'aventurier, le conspirateur et le parvenu. Assurément l'un des hommes les plus puissants de son époque, en tout cas l'un des plus étonnants.

Je l'avais découvert très jeune, en dehors de mes travaux d'historien, dans les romans de Balzac. J'avais eu plus tard maintes fois l'occasion de le croiser, ne serait-ce qu'en écrivant la vie de Talleyrand auquel il est constamment associé.

J'avais eu l'intuition, comme j'en avais déjà pris la mesure avec le diable boiteux, qu'il était, par d'autres moyens et pour d'autres raisons, l'un de ceux par qui passe une époque et qui la donnent à comprendre : celle des ruptures révolutionnaires et de la construction d'un ordre nouveau dans la confusion des temps, des hommes et des idées – comme les reflets changeants d'un être singulier, de ses secrets, de ses contradictions et de sa complexité.

Rares sont ceux qui inventèrent de nouvelles règles du jeu sans attendre la fin de la partie. Fouché a été de ceux-là. (…)

La première chose qui m'a intrigué chez Fouché, c'est la prégnance de sa légende noire. Avec lui, on a commencé très tôt à danser la sarabande. En 1815, l'homme qui avait voté la mort de Louis XVI devenait le ministre de son frère Louis XVIII et, dans un grand écart vertigineux, prêtait serment de fidélité à la monarchie après avoir juré, vingt ans plus tôt, une haine éternelle à la royauté. Ce fut le serment de trop, après tant d'autres successivement donnés et repris à la Convention, à la République directoriale puis consulaire,  à l'Empire,  à la nation.

Les uns, fidèles à la Révolution, crièrent à la trahison, les autres, qui en avaient été les victimes, au crime et à l'imposture. Dès avant sa mort, on lui a reproché son passé révolutionnaire, on n'a pas plus supporté l'ancienne puissance impériale de celui que Napoléon avait fait ministre, sénateur et duc  d'Otrante.

Comme souvent dans ces cas-là, il y eut un chef d'orchestre. Ce fut Chateaubriand…

Un essai quelque peu dissonant !

Bernard DELCORD

Fouché – Les silences de la pieuvrepar Emmanuel de Waresquiel, Paris, Éditions coédité aux Éditions Tallandier et Fayard, novembre 2014, 831 pp. en noir et blanc et 48 pp. en quadrichromie au format 16,7 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,90 € (prix France)


[1] Il dirigea le ministère de la Police du 20 juillet 1799 au 13 septembre 1802 ; du 10 juillet 1804 au  3 juin 1810 ; du 20 mars au 22 juin 1815 et du 7 juillet au 26 septembre 1815. Il fut en outre ministre de l'Intérieur du 29 juin au 1er octobre 1809.

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24 01 15

Oh My Lord

Frédéric Ferney -  

 Avec un titre à la Kipling - contrarié- l'essai de Frédéric Ferney nous offre une incursion flamboyante - quelle plume, quel style - dans l'âme d'un personnage mythique, Winston Churchill himself (1874-1965)  décédé voici tout juste 50 ans, jour même du décès de son propre père, 12 ans auparavant.  

Un père, Lord Randolph,  qui n'a pour lui qu'indifférence, mâtinée de mépris. Ce dernier aurait pu anéantir le jeune Winston - assez cancre et assez laid - il  décuple son ardeur: Winston  n'aura de cesse, toute sa vie, de combattre le spectre de ce père si peu aimant, de se tailler une réputation  - un mythe, celui du "lion victorieux"  - qui ferait rosir de fierté les fantômes les plus exigeants.

" Always savor the thrill"

Doté d'un tempérament  susceptible,  belliqueux, intrépide, déconcertant mais pas au point d'en être cynique, farouchement optimiste, pragmatique,  radicalement patriote - le sang des Marlborough coule en ses artères- Winston va trouver dans l'exercice militaire, en Indes, Afghanistan, Egypte, Afrique du Sud,  durant la Grande Guerre,...  le terrain idoine pour assouvir ses passions, le tremplin de son ambition politique.

" Pour lui, le Mal n'est pas une affaire de morale, c'est un agent actif et un principe éternel qu'il faut se résoudre à combattre s'il menace l'Angleterre, c'est-à-dire l'ordre et la paix mondiale."

Parodoxe de l'Histoire:  Hitler, son meilleur ennemi, participera activement de la construction du mythe "Churchill".

" Hitler détrôna l'ennemi intérieur de Winston. En suscitant une haine exemplaire, il fut un avatar providentiel qui exhaussa son courage et son amoralité souveraine. Hitler lui offrit un rôle, une vocation, un rang dans le tourbillon de l'Histoire;"

Une lecture que je vous recommande instamment

Apolline Elter

"Tu seras un raté, mon fils!", Churchill et son père, Frédéric Ferney, essai, Ed. Albin Michel, janvier 2015, 264 pp

 Billet de faveur

AE: Il y a du Shakespeare - Hamlet en l'occurrence - en Winston Churchill. Le rejet de son père, son tempérament sanguinaire... auraient pu faire de lui un délinquant.  Mais le sang anglais, patriote coulait en ses veines. Ce sont les guerres -  et principalement Hitler -  mais aussi la foi de son épouse Clémentine qui l'ont sauvé de lui-même? 

Frédéric Ferney: Orphelin et roi, c’est tout un !... Enfant, Churchill n’a cessé de vouloir conquérir l’affection d’un père, Lord Randolph, qui non seulement n’a pas su l’aimer mais n’a cessé de le repousser et de l’humilier. Et si sa vaillance au combat, ses bravades, qui ont été le mirage de sa jeunesse – en Afghanistan, en Haute Egypte, en Afrique du Sud – ne traduisaient que le souci de briller aux yeux d’un père longtemps aveugle et disparu prématurément ? En tous cas, pas de musique plus douce à ses oreilles que le fracas d’une charge de lanciers et le sifflement des balles de l’ennemi ! La guerre, c’est aussi une façon de tenir en laisse son démon, le Chien Noir, la malédiction ancestrale des Marlborough, ces crises de dépression, ces pannes de la volonté aggravées par l’alcool, qui parfois l’accablent. L’inaction, l’ennui, c’est sa hantise. En suscitant une haine exemplaire, Hitler a été le remède qu’il n’attendait pas et que l’Histoire lui a offert. Si la Seconde Guerre mondiale n’avait pas éclaté, Churchill n’aurait été, peut-être, devant le jugement de la postérité qu’un raté mondain comme le lui prédisait son père ! Il a puisé dans la guerre une énergie, et même une forme de bonheur, une vérité, qu’il n’a jamais trouvées ailleurs. Quant à Clémentine, sa femme, Winston n’a jamais déposé les armes que devant elle. Winston a toujours cru en son étoile mais sans elle, il serait mort de froid…

 

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23 01 15

Entrées en matière

" Stendhal se dévoile autant par ses goûts que ses dégoûts"

C'est sous le couvert de la table, de ses voyages et d'une vie dont Henri Beyle - as Stendhal - voulait croquer la beauté que Gonzague Saint Bris nous dresse le portrait alerte, vivant, hautement savoureux du célèbre auteur du Rouge et du Noir (1830), de La Chartreuse de Parme (1839) et de l'inachevé Lucien Leeuwen. 

Il s'est adjoint, en cette allègre entreprise, la complicité de Jean-Claude Ribaut, critique gastronomique et de Guy Savoy, le célèbre chef, issu du terroir natal de Stendhal, le Dauphiné. 

" Quel volupté gourmande d'être là quand il a interprété, restitué, réinventé et réenchanté les recettes de Stendhal , (...)"

Né à Grenoble, le 23 janvier 1783 - il aurait aujourd'hui, tout juste 232 ans - Henri Beyle perd tôt une Maman passionnément aimée. Il en recherchera la  trace parmi ses multiples conquêtes.  Des conquêtes militaires également que le jeune officier entreprend dans l'armée napoléonienne et qui le mènent à Berlin, Brunswick, en Russie....  et lui permettent d'incarner une bravoure exemplaire.

Féru de musique et d'Italie - les concepts sont liés - l'écrivain ne signera son premier roman, Armance, qu'à 44 ans.

Plus épris de la sociabilité qu'offre la table que du contenu de l'assiette , Stendhal semble vouer une prédilection aux épinards ... et auxpommes de terre frites qu'il découvre à Brunswick.

Distribuant quarante recettes inédites en "Entrées en matière", "Avant goûts", "Au coeur de l'action" et "Epilogues savoureux." , Guy Savoy décline un art multi-étoilé au firmament de la Littérature.

Apolline Elter

Le goût de Stendhal, Gonzague Saint-Bris et Guy Savoy, beau livre, éd. Télémaque, nov. 2014, 178 pp

18 01 15

Deux visages du néo-fascisme

Peron qui suis-je.gif

À l’heure où, en Occident, les partis politiques d’extrême droite gagnent sans cesse du terrain au sein des masses populaires – la nature ayant, c’est bien connu, horreur du vide et la crise économique aidant, cette famille de pensée, tout comme ailleurs l’islamisme radical, a aujourd’hui pris chez nous la place du communisme moribond en brandissant d’autres espoirs et en couvrant d’opprobres les mêmes ennemis (les États-Unis, le capitalisme…) ainsi que de nouveaux (les immigrés, l’Union européenne…) –, il n’est peut-être pas sans intérêt, pour mieux comprendre le phénomène, de se pencher sur son histoire protéiforme.

Car il n’y a pas une extrême droite, mais de très nombreuses chapelles profondément divisées (à l’instar de ce qui se passe chez les marxistes et les écologistes, où « deux personnes = trois opinions »…), que seul un leader – par ailleurs largement contesté de l’intérieur – peut éventuellement fédérer temporairement sur un programme de circonstance.

Ce fut le cas pour le justicialisme péroniste en Argentine au milieu du XXe siècle et c’est le cas actuellement pour le Front national en France sous la houlette des Le Pen père et fille.

La confirmation nous en est apportée par deux biographies parues à Grez-sur-Loing aux Éditions Pardès, Perón Qui suis-je ? par Jean-Claude Rolinat et Brigneau Qui suis-je ? par Anne Le Pape, des ouvrages hagiographiques certes, mais qui jettent un éclairage cru sur certains des enjeux actuels.

Admirateur de Franco et militaire comme lui, Juan Domingo Perón (né en 1895) fut président de la nation argentine du 4 juin 1946 au 21 septembre 1955 et du 12 octobre 1973 à sa mort le 1er juillet 1974, date à laquelle lui succéda sa troisième épouse Isabel Martínez de Perón [1].

Il avait auparavant été secrétaire adjoint à la Guerre, secrétaire au Travail et à la Santé ainsi que vice-président et secrétaire à la Guerre dans de précédents gouvernements militaires entre 1943 et 1945.

Pour l’histoire, son action politique est indissociable de l’engagement de sa deuxième épouse, María Eva Duarte de Perón (1919-1952). Surnommée Evita, celle-ci contribua à l’obtention du soutien des milieux ouvriers (les descamisados ou « sans chemise ») et des femmes envers le régime.

Elle est morte d'un cancer de l'utérus en 1952 à l'âge de 33 ans, ce qui en fit un mythe [2]. Perón avait été réélu en 1951, mais il fut renversé par un coup d'État militaire en 1955, qui entraîna une longue errance de l’ex-dictateur au Paraguay, au Venezuela, au Panama, en République dominicaine et à Madrid.

Son retour au pouvoir en 1973, pour bref qu’il fût, se caractérisa par de fortes dissensions entre ses partisans de gauche et de droite qui firent couler le sang (par exemple au cours du massacre d'Ezeiza, quand l'extrême droite péroniste tira sur la foule réunie pour accueillir le caudillo à son retour au pays).

Occultant ces divergences, Jean-Claude Rolinat, fervent admirateur de Perón, revient longuement sur ce qui fit le succès momentané de sa politique et sur la façon dont il fut bâti. C’est là, à notre avis, que réside l’intérêt de son ouvrage, qui montre aussi en quoi Carlos Menem, Eduardo Duhalde et les époux Kirchner, successeurs « démocratiques » du dictateur à la tête de l’Argentine, s’inscrivent dans le prolongement de son action.

Brigneau- Qui suis-je.jpg

Tout autre apparaît la personnalité du publiciste français François Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot, 1919-2012), duquel sa consœur frontiste Anne Le Pape a rédigé la biographie avec une admiration sans bornes (elle qualifie par exemple d’entrée dans la « grande presse » l’arrivée de Brigneau au sein de la rédaction de France Dimanche en 1948…)

Membre du RNP (Rassemblement national populaire) de Marcel Déat, entré dans la Milice de Darnand le 6 juin 1944, emprisonné durant 15 mois à Fresnes entre octobre 1944 et décembre 1945, acquitté à cette date pour les accusations les plus graves, mais frappé de dix ans d’indignité nationale, notre homme, « qui se définissait comme Français de souche bretonne et dont la plume valait une épée, a obstinément et fidèlement choisi “le mauvais camp”, celui de la “France française”, selon sa propre expression ».

L’expression « dont la plume valait une épée » employée par Anne Le Pape est on ne peut plus juste. Car Brigneau usait d’une langue qui n’était pas de bois, avait l’humour ravageur, la formule qui fait mouche et le ton assassin qui lui permettaient de mettre régulièrement les rieurs dans sa poche.

Son style flamboyant fut d’ailleurs apprécié par bien du monde (l’auteure cite en vrac Louis-Ferdinand Céline, Robert Brasillach, mais aussi Frédéric Dard, Jean Gabin, Marcel Pagnol, Arletty, Alphonse Boudard ainsi que, pour la presse, Hubert Beuve-Méry et Pierre Lazareff) et ses articles innombrables [3] – notamment dans Paroles françaises dirigé par Pierre Boutang, dans L’Indépendance française, dans Ici-France, dans La Dernière Lanterne, dans France Dimanche, dans Rivarol (dont il fut rédacteur en chef adjoint), dans Semaine du Monde, dans Paris-Presse, dans Cinémonde, dans Télé Magazine (1957-1975), dans L’Aurore (entre 1962 et 1964), dans Minute (de 1964 à 1987), dans Itinéraires (1978-1986), dans Présent (qu’il cofonda avec Jean Madiran en 1982 [4] et qu’il quitta en 1986), dans Le Choc du mois (de 1987 à 1991, où il croisa sa biographe), dans National-Hebdo (1987-1998), dans L’Anti-89 ou encore dans le Libre Journal de Serge de Beketch – avaient un retentissement certain, allant bien au-delà du lectorat de l’extrême droite.

Il fut aussi « nègre », éditeur et écrivain, et obtint en 1954 le Grand prix de littérature policière pour La Beauté qui meurt.

Deux remarques, pour conclure : Brigneau, en dépit de son talent, tira presque toujours le diable par la queue, signe que son engagement politique était profond– ce qui ne veut pas dire juste, bien entendu… –, comme le montre d’ailleurs aussi son nomadisme journalistique, souvent consécutif de brouilles avec ses « camarades ».

Il est vrai qu’avec ce républicain plus ou moins maurrassien, cet athée proche de Mgr Lefebvre, ce fils fasciste et anti-1989 d’un instituteur socialiste révolutionnaire, cet ultra-conservateur balayant tout sur son passage, avec ce seul homme donc, on avait au moins mille opinions divergentes dans sa propre famille politique !

Bernard DELCORD

Perón Qui suis-je ? par Jean-Claude Rolinat, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », décembre 2013, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

 

Brigneau Qui suis-je ? par Anne Le Pape, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)


[1] Elle fut déposée le 24 mars 1976 par une junte militaire sous la direction du général putschiste Jorge Rafael Videla.

[2] Au point qu’on lui consacra en 1976 à Broadway une comédie musicale, Evita, qui donna lieu en 1996 à un film éponyme dont le rôle-titre fut tenu par Madonna sur un scénario rédigé par… Oliver Stone.

[3] Parfois signés du pseudonyme de Julien Guernec, de Mathilde Cruz ou de Caroline Jones.

[4] Ils y constituèrent le pendant du duo Léon Daudet-Charles Maurras dans les colonnes de l’Action française d’avant-guerre, l’un bretteur rigolard, l’autre penseur dogmatique.

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07 01 15

Les âmes blessées

 

 

_cyrulnik ames blessees.jpgBoris Cyrulnik, en gros traits, est un psychiatre et un psychanalyste. Il a vulgarisé le concept de « résilience » ; il s'occupe de la protection de la nature et des animaux, du droit de mourir dans la dignité, etc.

Il détaille son parcours dans ses mémoires, dont le 2° tome « Les âmes blessées » vient de paraître.

On a déjà parlé de « Sauve-toi, la vie t'appelle », tome Un, où il raconte son placement d'enfant juif (père russo-ukrainien et mère polonaise). Son nom signifie « barbier-chirurgien ». Il est placé en pension, puis recueilli à Bordeaux. Il échappe à une rafle et vit dans une ferme jusqu'à la Libération...

Parmi les phrases retenues : « Voilà ce qui se passe quand on pense au passé. Le sel de nos larmes nous transforme en statue et la vie s'arrête »

« Aucune histoire n'est innocente. Raconter, c'est se mettre en danger. Se taire, c'est s'isoler. »

« Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l'autre »

Il raconte ici des décennies de psychiatrie, l'éthologie, la folie, la psychothérapie. Un parcours professionnel passionnant et traversé par des personnalités comme Jacques Lacan, Henri Ey et Jean Delay. (Je renvoie au livre) Je veux seulement donner envie de le lire et je picore.

Dans le prologue, Boris Cyrulnik écrit : «Je me suis fait psychiatre pour expliquer le nazisme. »

Quelques extraits de chaque chapitre :

Chapitre 1 : Psychothérapie du diable.

« Un savoir fragmenté aide à faire une carrière, en fabriquant des hyperspécialistes, mais un praticien, lui, doit intégrer les données et non pas les morceler. »

« Les idées qui triomphent dans une culture ne sont pas forcément les meilleures, ce sont celles qui ont été les mieux défendues par un appareil didactique. »

« Tout innovateur est un transgresseur puisqu'il met dans la culture une pensée qui n'y était pas avant lui. Il sera donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles et détesté par ceux qui se plaisent à réciter les idées admises. »

« Dans notre contexte scientifique du XXIe siècle, la notion d'instinct est devenue un non-sens, au même titre que l'opposition entre inné et acquis. Et même la notion de pulsion freudienne finit par ne pas dire grand-chose, tant elle est floue. »

Chapitre 2 : Folie, terre d'asile.

« Parmi les publications de cette époque, deux idées ont marqué ma manière de découvrir la psychiatrie : le cerveau connaît la grammaire et un cerveau lésé n'est pas foutu. »

« C'est par fidélité à soi-même qu'il convient de s'opposer à la théorie qu'on défendait hier. »

« Quand une théorie évolue vers la dictature alors qu'elle parlait de liberté, ceux qui continuent à la suivre révèlent leur soumission et leur perte de jugement. »

« Les guerres sont des révolutions culturelles, puisque, après chaque destruction, il faut reconstruire et penser une autre manière de vivre ensemble. »

 « La psychiatrie n'est jamais loin de la poésie. »

« La pensée paresseuse aime les étiquettes. »

Chapitre 3 : Une histoire n'est pas un destin.

« La pensée fixiste est avantageuse parce qu'elle donne des certitudes et des clartés aveuglantes. C'est confortable de voir un monde immobile, mais c'est tellement abusif ! »

« Un clinicien est contraint à la pluridisciplinarité. Un malade s'assoit près de lui, avec son cerveau, son psychisme, son histoire, sa famille, sa religion et sa culture. »

Épilogue

« Je ne suis qu'un témoin qui, croyant raconter le réel, n'a fait que peindre les objets auxquels il a été sensible. »

« Tout récit, qu'il soit scientifique ou littéraire, est une falsification du réel. »

« J'ai toujours été réticent aux théories qui mènent au pouvoir. »

« Une partie importante de mon monde intime s'est construit autour de la représentation des camps d’extermination. »

« A cause de la guerre, j'ai été atteint très jeune par la rage de comprendre. »

J'ajouterai ceci, qui colle bien au sentiment que j'ai après la lecture du livre : Certains livres sont de vraies rencontres.

« Quand on sort d'un livre en éprouvant le sentiment d'avoir vécu un événement, c'est que nous l'attendions, ce livre, nous espérions le rencontrer. (C'est arrivé à Boris Cyrulnik avec « J'ai mal à ma mère » de Michel Lemay - 1979) »

 

Jacques Mercier

 

« Les âmes blessées », essai, Boris Cyrulnik. Edition Odile Jacob, 2014. 232 pages. 22,90 euros.

 



 

 

 

06 01 15

11, rue de l'Assomption

" Ses défauts physiques sautent aux yeux. Elle est pourtant irrésistible. D'où tient-elle son charme? Les soupirants s'empressent autour d'elle. Pourquoi n'est-elle jamais à cours d'hommages"

"Elle", c'est Jeanne Pouchard as Fleury as Loviron as Voilier, dernier, grand et fol amour de Paul Valéry (1871-1945),  " Mon terrible toi "l'attributaire des Lettres à Jean Voilier que les éditions Gallimard éditaient en juin passé. Nous leur reviendrons.

 "La tentation est trop grande, même pour un homme aussi prudent et réfléchi. Il a beau considérer les enjeux, aligner les arguments, il est déjà trop tard. Le feu est là. L'étincelle va déclencher l'incendie. Ce 6 février 1938, au 11 rue de l'Assomption, Paul Valéry a trouvé sa passion, sa tortionnaire: Jeanne Voilier."

L'Académicien est  alors au faîte de sa gloire, il travaille comme un forcené, mène une vie familiale relativement rangée.

Une chose est sûre, " Jeanne Voilier n'est pas la femme d'un seul amour"

 Divorcée de Pierre Frondaie, avocate, écrivain, coquette et mondaine, Jeanne aimera Jean Giraudoux, Robert Denoël, en même temps que Paul Valéry, cloisonnant soigneusement ses idylles afin de les préserver.

 Avec cet art si sûr des mises en scène et perspectives, de la biographie et  de l'introspection,  Dominique Bona emmène le lecteur au coeur d'une passion époustouflante - celle que nourrit le poète, qui nourrit sa plume - d'une époque marquée par la guerre et d'une fin de vie désespérée,.

Une fresque lumineuse,  brillante, passionnante, de facture supérieure

Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Je suis fou de toi,  Le grand amour de Paul Valéry, Dominique Bona, de l'Académie française, biographie, Ed. Grasset, octobre 2014, 298 pp

09 12 14

Matricule 22 166

 " C'est quand le train a quitté la gare du Nord, dans un assourdissant fracas métallique, qu'elle a compris à quel point elle acceptait une existence nouvelle, rude et dangereuse. Aux antipodes de ses années de loisirs et de plaisirs, de cette vie facile qui déjà, pensait-elle,n'avait pas été la sienne."

A l'étroit au sein du milieu aristocrate et du couple peu épris de ses parents,  Susan Travers met un tempérament trempé de garçon manqué au service de la France en guerre et plus précisément de  la Légion étrangère. Ce sera la seule femme à y être admise. Forte d'un stage de quelques mois où elle apprend à dispenser les premiers secours, elle brigue le poste d'ambulancière : il lui permettra d'assouvir sa passion de la conduite et même de la mécanique. Ralliant l'Afrique dont le Général de Gaulle veut fédérer les colonies françaises au service de la France Libre,   mais aussi  la Palestine, la Syrie, le Liban,  " La Miss" s'éprend tour à tour de deux hommes mariés, le prince géorgien Dimitri Amilakvari, surnommé Amilak et naturalisé français et  le colonel Marie Pierre Koenig, futur Général dont elle devient le chauffeur attitré.

C'est au volant de sa Ford Utility qu'elle percera, sous ses ordres et avec un sang-froid inouï le front des troupes de Rommel  (l'Afrika Korps) qui tiennent Bir Hakeim  (désert de Lybie) en étau. Nous sommes en juin 1942.L'opération est suicidaire, peut-être, héroïque dans tous les cas. Elle entrera dans la légende, forgeant la gloire de Koenig et le respect pour l'action  de la France Libre.

Galvanisée par l'amour - malgré ses trahisons - et un sens de l'honneur indéfectible , l'adjudant-chef  Susan Travers porte le matricule 22 166 et le sens du devoir  à un rang d'exception. 

Enceinte de l'adjudant alsacient Nicholas Schlegelmilch - Susan l'épouse, à Saïgon, tandis qu'elle approche la quarantaine. L'occasion pour elle de de ne pas renouveler  son engagement au sein de la Légion étrangère et de concevoir, dans la foulée; un second fils.

Un destin peu commun, un récit qui ne l'est pas moins.

Apolline Elter

La Légionnaire, Gérard Bardy,récit, Ed. Pygmalion, septembre 2014, 268 pp

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06 12 14

Pour aller au théâtre tous les soirs…

Anouilh Qui suis-je.jpgProfesseure des universités à la retraite et spécialiste du théâtre de Michel de Ghelderode, qui fit l’objet de sa thèse d’État (nous avons écrit ici tout le bien que nous pensions de son Ghelderode Qui suis-je ? paru chez Pardès à Grez-sur-Loing en 2013), l’essayiste française Jacqueline Blancard-Cassou donne cette année, chez le même éditeur et dans la même collection, un Anouilh Qui suis-je ? remarquablement illustré (de clichés en noir et blanc) dans lequel elle se penche sur la biographie et sur l’œuvre du dramaturge français sans doute le plus joué à travers le monde, avec Molière.

Voici le résumé qu’elle en donne :

« Né à Bordeaux en 1910 et venu tout jeune à Paris, Jean Anouilh travaille quelque temps, après son baccalauréat, comme secrétaire du théâtre dirigé par Louis Jouvet, puis décide très tôt de vivre de sa plume.

Le Bal des voleurs, Léocadia, La Sauvage, Le Voyageur sans bagage, Eurydice, pièces « roses », datent des années trente. Anouilh vit alors avec Monelle Valentin, l'interprète d'Antigone, qui sera jouée en 1944 et fera l'objet de polémiques.

Après la Libération, il tente en vain d'obtenir du général de Gaulle la grâce de Robert Brasillach.

Par la suite, il compose une série de chefs d'œuvre, dont La Répétition, Colombe, L'Alouette, Becket, L'Hurluberlu, affronte la critique avec Pauvre Bitos, écrit des scénarios de films (Monsieur Vincent), traduit et adapte, avec l'aide de son épouse Nicole, des textes étrangers, assure des mises en scène.

Ayant cessé, de 1959 à 1964, d'écrire pour le théâtre, il revient à la scène en s'incarnant dans le protagoniste et en mêlant le rêve à la réalité (Cher Antoine, Les Poissons rouges).

Retiré en Suisse avec sa dernière compagne, il refuse d'entrer à l'Académie française. Il exprime dans ses dernières œuvres, dites « farceuses », une vision de l'humanité de plus en plus pessimiste. Il s'éteint à Lausanne en 1987, laissant près de cinquante pièces de théâtre que l'on reprend toujours avec succès. »

Ajoutons à la liste d’autres pièces selon nous remarquables comme Médée (1946), L'Invitation au château (1947), Becket ou l'Honneur de Dieu (1959), Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron (1968), Tu étais si gentil quand tu étais petit (1972), L'Arrestation (1975), Le Scénario (1976) Chers zoiseaux (1976), La Culotte (1978), Le Nombril (1981) ou encore Thomas More ou l'Homme libre (1987)…

Insistons aussi sur la qualité du travail de Mme Blancard-Cassou qui aborde tous les sujets, même ceux qui fâchent, avec beaucoup de probité.

Et, à propos de sujet qui fâche, le romancier et aristarque belge Robert Poulet dont les écrits, pour d’aucuns, sentent encore le soufre – injustement et de moins en moins depuis la réédition de son Handji dans la collection nationale belge « Espace Nord » – nous confia à la mort de Jean Anouilh qu’il avait entretenu avec lui durant de nombreuses années une correspondance hebdomadaire traitant au jour le jour de la genèse de ses pièces…

Un fameux sujet pour thésard, sans aucun doute !

Bernard DELCORD

Anouilh Qui suis-je ? par Jacqueline Blancard-Cassou, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2014, 124 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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09 11 14

Maréchal ? Le voilà…

Pétain.jpgDocteure en histoire de l'Institut d'Études politiques de Paris et grande spécialiste de la Seconde Guerre mondiale en France, Bénédicte Vergez-Chaignon a contribué, de 1989 à 1999, à la monumentale biographie de Jean Moulin par Jean Cordier, avant de publier une biographie de Bernard Ménétrel, le médecin et secrétaire particulier de Pétain, suivie de Les Vichysto-résistants, consacré à ces résistants qui ont cru, plus ou moins longtemps, trouver en Pétain l'inspiration de leur engagement. Elle a aussi consacré plusieurs livres à l'épuration et écrit avec Éric Alary sur la vie quotidienne des Français dans les années 1940.

Sous le simple titre Pétain, elle a fait paraître à Paris aux Éditions Perrin une biographie monumentale du maréchal (1856-1951) dont l’image commune, écrit-elle, « se résume souvent à Vichy, sa rivalité avec de Gaulle, Verdun, sa condamnation à mort, sa réputation d'homme à femmes », c’est-à-dire peu de chose au regard de la réalité.

Se fondant sur une documentation gigantesque nourrie d’éléments nouveaux, Bénédicte Vergez-Chaignon restitue dans son ouvrage toute la destinée de celui qui fut aussi un orphelin triste, un jeune homme sportif épris d'études, un officier de carrière, un professeur à l’École supérieure de Guerre de Paris, le premier chef d’unité du sous-lieutenant Charles de Gaulle, un stratège, un chef de guerre, un héros adulé, un ministre, un ambassadeur de France, un chef d’État collaborateur des nazis, un antisémite patenté, un semi-otage exilé en Allemagne, un condamné à mort puis un vieillard égrotant décédé et enterré sur l’île d’Yeu.

« Août 14 changea sa destinée : en quatre ans, le colonel à la veille de la retraite devient le chef des armées françaises, tout en menant une vie amoureuse active. Dès lors commence un lien particulier avec les Français, qui durera jusqu'à l'été 1944, et parfois après », écrit l’auteure.

Les titres des 25 chapitres de son ouvrage donnent un aperçu éclairant du contenu :

1. Le fils de la morte, 1856-1878

2. L’officier, 1878-1914

3. Le général, août 1914-décembre 1916

4. Le commandant en chef, janvier 1917-novembre 1918

5. Le maréchal, 1919-1931

6. Le ministre, 1931-1935

7. Le retraité providentiel, 1935-1939

8. L’ambassadeur, mars1939-mai 1940

9. Le recours, mai-juin 1940

10. Le chef de l’État, juillet-septembre 1940

11. Le réformateur, 1940-1942

12. L’antisémite, 1940-1943

13. Le diplomate, 1940

14. L’audacieux, 1940

15. L’icône, 1941

16. Le rempart chancelant, 1941

17. L’otage indécis, 1941

18. L’imprudent, 1942

19. Le chef dépouillé, 1942

20. Le plaignant, 1943

21. Le gréviste, 1943

22. Le semi-captif, 1944

23. L’exilé, août 1944-avril 1945

24. L’accusé, avril-août 1945

25. Le condamné, 1945-1951

« À la fois politique, militaire, intellectuel, physique et psychologique, le portrait évolutif auquel aboutit l'auteur est bien différent des images d'Épinal en noir et blanc », indique l’éditeur de cette somme colossale.

C’est peu de le dire !

Bernard DELCORD

Pétain par Bénédicte Vergez-Chaignon, Paris, Éditions Perrin, août 2014, 1039 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm + un cahier photos de 16 pages sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)

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