09 12 14

Matricule 22 166

 " C'est quand le train a quitté la gare du Nord, dans un assourdissant fracas métallique, qu'elle a compris à quel point elle acceptait une existence nouvelle, rude et dangereuse. Aux antipodes de ses années de loisirs et de plaisirs, de cette vie facile qui déjà, pensait-elle,n'avait pas été la sienne."

A l'étroit au sein du milieu aristocrate et du couple peu épris de ses parents,  Susan Travers met un tempérament trempé de garçon manqué au service de la France en guerre et plus précisément de  la Légion étrangère. Ce sera la seule femme à y être admise. Forte d'un stage de quelques mois où elle apprend à dispenser les premiers secours, elle brigue le poste d'ambulancière : il lui permettra d'assouvir sa passion de la conduite et même de la mécanique. Ralliant l'Afrique dont le Général de Gaulle veut fédérer les colonies françaises au service de la France Libre,   mais aussi  la Palestine, la Syrie, le Liban,  " La Miss" s'éprend tour à tour de deux hommes mariés, le prince géorgien Dimitri Amilakvari, surnommé Amilak et naturalisé français et  le colonel Marie Pierre Koenig, futur Général dont elle devient le chauffeur attitré.

C'est au volant de sa Ford Utility qu'elle percera, sous ses ordres et avec un sang-froid inouï le front des troupes de Rommel  (l'Afrika Korps) qui tiennent Bir Hakeim  (désert de Lybie) en étau. Nous sommes en juin 1942.L'opération est suicidaire, peut-être, héroïque dans tous les cas. Elle entrera dans la légende, forgeant la gloire de Koenig et le respect pour l'action  de la France Libre.

Galvanisée par l'amour - malgré ses trahisons - et un sens de l'honneur indéfectible , l'adjudant-chef  Susan Travers porte le matricule 22 166 et le sens du devoir  à un rang d'exception. 

Enceinte de l'adjudant alsacient Nicholas Schlegelmilch - Susan l'épouse, à Saïgon, tandis qu'elle approche la quarantaine. L'occasion pour elle de de ne pas renouveler  son engagement au sein de la Légion étrangère et de concevoir, dans la foulée; un second fils.

Un destin peu commun, un récit qui ne l'est pas moins.

Apolline Elter

La Légionnaire, Gérard Bardy,récit, Ed. Pygmalion, septembre 2014, 268 pp

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06 12 14

Pour aller au théâtre tous les soirs…

Anouilh Qui suis-je.jpgProfesseure des universités à la retraite et spécialiste du théâtre de Michel de Ghelderode, qui fit l’objet de sa thèse d’État (nous avons écrit ici tout le bien que nous pensions de son Ghelderode Qui suis-je ? paru chez Pardès à Grez-sur-Loing en 2013), l’essayiste française Jacqueline Blancard-Cassou donne cette année, chez le même éditeur et dans la même collection, un Anouilh Qui suis-je ? remarquablement illustré (de clichés en noir et blanc) dans lequel elle se penche sur la biographie et sur l’œuvre du dramaturge français sans doute le plus joué à travers le monde, avec Molière.

Voici le résumé qu’elle en donne :

« Né à Bordeaux en 1910 et venu tout jeune à Paris, Jean Anouilh travaille quelque temps, après son baccalauréat, comme secrétaire du théâtre dirigé par Louis Jouvet, puis décide très tôt de vivre de sa plume.

Le Bal des voleurs, Léocadia, La Sauvage, Le Voyageur sans bagage, Eurydice, pièces « roses », datent des années trente. Anouilh vit alors avec Monelle Valentin, l'interprète d'Antigone, qui sera jouée en 1944 et fera l'objet de polémiques.

Après la Libération, il tente en vain d'obtenir du général de Gaulle la grâce de Robert Brasillach.

Par la suite, il compose une série de chefs d'œuvre, dont La Répétition, Colombe, L'Alouette, Becket, L'Hurluberlu, affronte la critique avec Pauvre Bitos, écrit des scénarios de films (Monsieur Vincent), traduit et adapte, avec l'aide de son épouse Nicole, des textes étrangers, assure des mises en scène.

Ayant cessé, de 1959 à 1964, d'écrire pour le théâtre, il revient à la scène en s'incarnant dans le protagoniste et en mêlant le rêve à la réalité (Cher Antoine, Les Poissons rouges).

Retiré en Suisse avec sa dernière compagne, il refuse d'entrer à l'Académie française. Il exprime dans ses dernières œuvres, dites « farceuses », une vision de l'humanité de plus en plus pessimiste. Il s'éteint à Lausanne en 1987, laissant près de cinquante pièces de théâtre que l'on reprend toujours avec succès. »

Ajoutons à la liste d’autres pièces selon nous remarquables comme Médée (1946), L'Invitation au château (1947), Becket ou l'Honneur de Dieu (1959), Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron (1968), Tu étais si gentil quand tu étais petit (1972), L'Arrestation (1975), Le Scénario (1976) Chers zoiseaux (1976), La Culotte (1978), Le Nombril (1981) ou encore Thomas More ou l'Homme libre (1987)…

Insistons aussi sur la qualité du travail de Mme Blancard-Cassou qui aborde tous les sujets, même ceux qui fâchent, avec beaucoup de probité.

Et, à propos de sujet qui fâche, le romancier et aristarque belge Robert Poulet dont les écrits, pour d’aucuns, sentent encore le soufre – injustement et de moins en moins depuis la réédition de son Handji dans la collection nationale belge « Espace Nord » – nous confia à la mort de Jean Anouilh qu’il avait entretenu avec lui durant de nombreuses années une correspondance hebdomadaire traitant au jour le jour de la genèse de ses pièces…

Un fameux sujet pour thésard, sans aucun doute !

Bernard DELCORD

Anouilh Qui suis-je ? par Jacqueline Blancard-Cassou, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2014, 124 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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09 11 14

Maréchal ? Le voilà…

Pétain.jpgDocteure en histoire de l'Institut d'Études politiques de Paris et grande spécialiste de la Seconde Guerre mondiale en France, Bénédicte Vergez-Chaignon a contribué, de 1989 à 1999, à la monumentale biographie de Jean Moulin par Jean Cordier, avant de publier une biographie de Bernard Ménétrel, le médecin et secrétaire particulier de Pétain, suivie de Les Vichysto-résistants, consacré à ces résistants qui ont cru, plus ou moins longtemps, trouver en Pétain l'inspiration de leur engagement. Elle a aussi consacré plusieurs livres à l'épuration et écrit avec Éric Alary sur la vie quotidienne des Français dans les années 1940.

Sous le simple titre Pétain, elle a fait paraître à Paris aux Éditions Perrin une biographie monumentale du maréchal (1856-1951) dont l’image commune, écrit-elle, « se résume souvent à Vichy, sa rivalité avec de Gaulle, Verdun, sa condamnation à mort, sa réputation d'homme à femmes », c’est-à-dire peu de chose au regard de la réalité.

Se fondant sur une documentation gigantesque nourrie d’éléments nouveaux, Bénédicte Vergez-Chaignon restitue dans son ouvrage toute la destinée de celui qui fut aussi un orphelin triste, un jeune homme sportif épris d'études, un officier de carrière, un professeur à l’École supérieure de Guerre de Paris, le premier chef d’unité du sous-lieutenant Charles de Gaulle, un stratège, un chef de guerre, un héros adulé, un ministre, un ambassadeur de France, un chef d’État collaborateur des nazis, un antisémite patenté, un semi-otage exilé en Allemagne, un condamné à mort puis un vieillard égrotant décédé et enterré sur l’île d’Yeu.

« Août 14 changea sa destinée : en quatre ans, le colonel à la veille de la retraite devient le chef des armées françaises, tout en menant une vie amoureuse active. Dès lors commence un lien particulier avec les Français, qui durera jusqu'à l'été 1944, et parfois après », écrit l’auteure.

Les titres des 25 chapitres de son ouvrage donnent un aperçu éclairant du contenu :

1. Le fils de la morte, 1856-1878

2. L’officier, 1878-1914

3. Le général, août 1914-décembre 1916

4. Le commandant en chef, janvier 1917-novembre 1918

5. Le maréchal, 1919-1931

6. Le ministre, 1931-1935

7. Le retraité providentiel, 1935-1939

8. L’ambassadeur, mars1939-mai 1940

9. Le recours, mai-juin 1940

10. Le chef de l’État, juillet-septembre 1940

11. Le réformateur, 1940-1942

12. L’antisémite, 1940-1943

13. Le diplomate, 1940

14. L’audacieux, 1940

15. L’icône, 1941

16. Le rempart chancelant, 1941

17. L’otage indécis, 1941

18. L’imprudent, 1942

19. Le chef dépouillé, 1942

20. Le plaignant, 1943

21. Le gréviste, 1943

22. Le semi-captif, 1944

23. L’exilé, août 1944-avril 1945

24. L’accusé, avril-août 1945

25. Le condamné, 1945-1951

« À la fois politique, militaire, intellectuel, physique et psychologique, le portrait évolutif auquel aboutit l'auteur est bien différent des images d'Épinal en noir et blanc », indique l’éditeur de cette somme colossale.

C’est peu de le dire !

Bernard DELCORD

Pétain par Bénédicte Vergez-Chaignon, Paris, Éditions Perrin, août 2014, 1039 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm + un cahier photos de 16 pages sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)

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25 10 14

Le bateau livre...

Dictionnaire Rimbaud.JPGGrand spécialiste de la vie et de l’œuvre de Charles Baudelaire (1821-1867), de Paul Verlaine (1844-1896) et d’Arthur Rimbaud (1854-1891) – ses biographies de ces trois poètes sorties naguère (chez Folio/Gallimard) ont fait date –, l’académicien belge Jean-Baptiste Baronian a dirigé avec maestria les 35 spécialistes internationaux qui l’ont assisté dans la publication d’un Dictionnaire Rimbaud paru chez Robert Laffont dans la prestigieuse collection « Bouquins », un ouvrage pour lequel il a lui-même rédigé de nombreuses notices.

Voici ce qu’il nous dit de cette somme extraordinaire :

« Avec Victor Hugo et Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud est probablement le poète français sur lequel on a le plus écrit. On ne compte plus les livres, les brochures et les articles qui lui ont été consacrés depuis la fin du XIXe siècle. Mais en dépit de ce flot ininterrompu de commentaires, de réflexions, de controverses et d’interprétations que son personnage, sa destinée et son œuvre ont suscité, il n’existait à ce jour aucun ouvrage tel que ce Dictionnaire, dont l’ambition est de faire un large "état des lieux rimbaldiens" et d’opérer la synthèse de tout ce qui a été dit d’important ou d’incongru, voire de fantaisiste à leur propos.

Ce Dictionnaire Rimbaud se veut un outil de référence pour approcher au plus près le poète dans sa vie et dans ses écrits (lesquels comprennent ses devoirs d’écolier et sa correspondance), pour connaître les auteurs qu’il a lus ou qui l’ont peu ou prou influencé, les personnes qu’il a connues et qu’il a rencontrées en France et ailleurs, les lieux les plus mémorables où il s’est rendu et où il a séjourné, les écrivains, les critiques et les exégètes qui se sont intéressés à lui.

Les multiples facettes de l’homme et de ses œuvres sont étudiées dans des perspectives tour à tour biographiques, littéraires, analytiques, historiques, politiques et géographiques. Le Dictionnaire aborde aussi des sujets souvent négligés dans ce genre d’entreprise, comme l’influence du poète dans la chanson française, le rock ou la bande-dessinée : autant d’approches inédites qui démontrent le rayonnement de Rimbaud à travers le temps et par-delà les modes.

Les entrées du Dictionnaire s’organisent autour de quatre axes : les noms, les lieux, les œuvres et les thèmes. Ceux-ci sont divisés en deux catégories. La première a trait aux grands sujets, aux principales notions et idées qu’on trouve chez le poète et à leur interprétation (la Commune, les pastiches ou la sexualité) ; la seconde aux divers aspects de la postérité ou de l’héritage littéraire de Rimbaud (à travers la peinture, le surréalisme ou les revues littéraires).

Cet ouvrage fait ainsi le tour le plus exhaustif possible de l’univers rimbaldien. »

Une bible que s’arracheront tous les fans de l’auteur du Bateau ivre, de Voyelles et d’On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans !

Bernard DELCORD

Dictionnaire Rimbaud sous la direction de Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », septembre 2014, 768 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 29,50 € (prix France)

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27 09 14

Un James Bond du Siècle des Lumières

Hasquin.jpgAncien ministre, actuel Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique et grand spécialiste du XVIIIe siècle européen, l’ex-recteur de l’Université libre de Bruxelles Hervé Hasquin s’est penché, dans un brillant essai intitulé Diplomate et espion autrichien dans la France de Marie-Antoinette, le comte de Mercy-Argenteau (1727-1794), et paru aux Éditions Avant-propos à Waterloo, sur la destinée d’un personnage largement oublié – à tort – par les historiens français des prémices de la Révolution française.

Écoutons l’auteur :

« Voici la biographie d'un grand seigneur d'Ancien Régime, libéral éclairé, aussi européen qu'il fût possible au XVIIIe siècle, un “Liégeois” qui, pendant plus de quarante ans, fut ambassadeur d'Autriche. Florimond-Claude, comte de Mercy-Argenteau, aurait-il laissé une trace dans l'histoire s'il n'avait été pendant vingt-six ans l'ambassadeur de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, de ses fils Joseph Il et Léopold Il, auprès de la Cour de Versailles ? Sans doute aurait-il moins défrayé la chronique s'il n'était apparu, parfois à ses contemporains et souvent aux historiens, à tort ou à raison, comme l'“espion de Vienne”, chargé de manipuler psychologiquement et politiquement la dauphine, puis reine de France, Marie-Antoinette. Comment ne pas souligner un parcours exceptionnel, mais souvent escamoté, tant les yeux restèrent rivés sur les avatars de Marie-Antoinette, dont la vie à la Cour de France et pendant la Révolution s'est identifiée à une fresque romanesque et tragique !

En fait, Mercy-Argenteau fut l'homme de confiance, parfois le confident, de ses souverains. Il fut aussi le complice de l'inamovible comte, puis prince Wenceslas Kaunitz-Rietberg, ce chancelier de Cour et d'État qui dirigea la diplomatie autrichienne pendant près de quarante ans et fut son protecteur. »

Ajoutons que l’ouvrage reproduit de nombreux documents en couleurs du plus haut intérêt.

Bernard DELCORD

Diplomate et espion autrichien dans la France de Marie-Antoinette – Le comte de Mercy-Argenteau 1727-1794 par Hevé Hasquin, Waterloo, Éditions Avant-propos, septembre 2014, 304 pp. en quadrichromie au format 17 x 23,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,95 €

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05 09 14

Un si bon mauvais garçon…

Wilde Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 05/09/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Vice-présidente de la Société Oscar Wilde (http://societeoscarwilde.fr) et rédactrice de sa revue Rue des Beaux-Arts, Danielle Guérin-Rose a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing un bien intéressant Wilde Qui suis-je ? abondamment et intelligemment illustré dans lequel elle ressuscite les faits, les idées et les gestes du plus brillant des esthètes et du plus excentrique des dandys britanniques du XIXe siècle – né en 1851 à Dublin, il défuncta à Paris en 1900 –, immortel auteur de contes, d’essais et de pièces de théâtre (L’Éventail de Lady Windermere, Une femme sans importance, Un mari idéal, L’Importance d’être constant, Salomé…) et d’un unique roman, Le Portrait de Dorian Gray, qui provoqua un tollé avant de susciter l’admiration générale et de connaître une postérité universelle.

Marié, père de deux garçons et néanmoins homosexuel notoire, ce Verlaine-bis connaîtra, en raison de ses penchants, les affres de la prison pour deux ans de travaux forcés (1895-1897) qui l’anéantiront.

Mais pas sa postérité, comme l’assure notre biographe :

« Longtemps, Wilde fut surtout considéré comme un auteur d’aphorismes, un bel esprit superficiel, à la vie entachée d’une très mauvaise réputation. Aujourd’hui, on redécouvre ses œuvres, leur flamboyance et leur subversion, cachées sous un brillant de surface, et toute la poignante humanité de l’homme souffrant, l’auteur admirable de De profundis et de La Ballade de la geôle de Reading. »

Une étude d’un grand intérêt – et bellement rédigée, ce qui ne gâte rien !

Bernard DELCORD

Wilde Qui suis-je ? par Danielle Guérin-Rose, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mars 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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08 08 14

Un magicien des mots

Somerset Maugham par Jean-Paul Chaillet.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 08/08/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Mettant cartes sur table et donc en exergue l’homosexualité du « Maupassant anglais » dans sa biographie richement illustrée de Somerset Maugham (1874-1965) parue chez Séguier à Paris, le journaliste Jean-Paul Chaillet rappelle aussi combien ce nouvelliste talentueux, ce romancier passionnant, ce dramaturge à succès et cet essayiste distingué, fin observateur désabusé de la nature humaine, fut un prodigieux raconteur d'histoires souvent cruelles, narrées avec une élégance tout en finesse, en understatements so British et en piques allusives bien senties.

Français d'adoption et de culture, voyageur infatigable, agent secret épisodique, millionnaire avisé, bridgeur acharné, collectionneur d'art et amateur de martinis glacés, Somerset Maugham fut par ailleurs le plus cosmopolite des écrivains britanniques et son œuvre a influencé celles de Graham Greene, Evelyn Waugh, John Le Carré, Anthony Burgess, Bruce Chatwin et William Boyd, pas moins !

Autant de bonnes raisons pour se (re)plonger dans la lecture captivante des textes artistement ciselés de Mr Ashenden, agent secret, du Fil du rasoir, des Trois grosses dames d’Antibes, de Vacances de Noël, des Quatre Hollandais ou de Madame la Colonelle, par exemple.

Cynisme à fleuret moucheté et plaisir spirituel garantis !

Bernard DELCORD

Somerset Maugham par Jean-Paul Chaillet, Paris, Éditions Séguier, mars 2014, 195 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 € (prix France)

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25 07 14

« Tout n’est pas nécessairement logique. » (Ceci n’est pas de Voltaire)

Pétain Qui suis-je.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 25/07/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Professeur de lettres classiques à l'Institut Catholique d'Études Supérieures de La Roche-sur-Yon, Gérard Bedel a fait paraître chez Pardès à Grez-sur-Loing une hagiographie intitulée Pétain Qui suis-je ? dans laquelle il jette un voile pudique – et par conséquent mensonger – sur les erreurs, forfaitures et trahisons du Maréchal-nous-voilà, allant jusqu'à le présenter comme « un habile politique qui écarta Hitler de notre territoire africain, préparant ainsi le retour de la France dans la guerre contre l'Allemagne » tout en ne pipant mot de « la question juive » par le renvoi du lecteur au très contesté Vichy et la Shoah d'Alain Michel.

Il eût donc été logique que nous ne traitions pas de cet essai dans ces colonnes, n'étaient les chapitres à propos du héros de Verdun rappelant la manière dont il vint à bout des mutineries de 1917 après la désastreuse offensive du général Nivelle, remettant en lumière ses conceptions militaires loin de la doctrine des offensives à tout prix et expliquant l'ampleur de sa popularité auprès des « pousse-cailloux » demeurée intacte bien des années plus tard.

Accordons aussi une mention à l'iconographie originale et intéressante de cet ouvrage qui doit bien évidemment être lu avec beaucoup de circonspection, contrairement à la monumentale Histoire de Vichy de François-Georges Dreyfus parue aux Éditions Perrin...

Bernard DELCORD

Pétain Qui suis-je ? par Gérard Bedel, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mars 2014, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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13 06 14

Sacs d'embrouilles...

Ni vu ni connu.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 13/06/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Ci-devant gros bonnet de la France à fric en Françafrique, le conseiller de l'ombre Jean-Yves Ollivier est entré dans la lumière en 2013 par l'entremise d'un film documentaire sud-africain, Plot for Peace, primé aux festivals de Galway, des Hamptons et de Palm Springs, décrivant son rôle dans la chute de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela, avec des témoignages de Winnie Mandela, l’ex-femme de « Madiba », Thabo Mbeki, Joachim Chissano, Denis Sassou-Nguesso, respectivement anciens chefs d’État de l’Afrique du Sud, du Mozambique et du Congo, ou encore du diplomate américain Chester Crocker.

Dans la foulée, il a fait paraître chez Fayard son autobiographie sous le titre Ni vu ni connu dans lequel il livre sa vérité sur son étrange parcours qui lui fit jouer un rôle notable dans la libération en 1988 des quatre otages français retenus au Liban par le Hezbollah après qu'il eut fait procéder en 1987 à l'échange de 133 soldats angolais et d'une cinquantaine de combattants du SWAPO de Namibie contre le capitaine sud-africain Wynand DuToit.

Suivent moult péripéties où l'on croise des politiques éminents de l'Hexagone (Jacques Chirac, Michel Roussin, François Mitterrand...) et des barbouzards fameux comme Jacques Foccart, mais aussi presque tous les dirigeants du Continent noir d'hier et d'aujourd'hui.

Bien que se poussant parfois un peu du col, ce témoignage s'avère particulièrement éclairant sur les ténèbres de la politique africaine contemporaine.

Bernard DELCORD

Ni vu ni connu par Jean-Yves Ollivier, Paris, Éditions Fayard, février 2014, 327 pp. en noir et blanc au format 15,3 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)

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01 06 14

« On atteint plus vite le ciel en partant d'une chaumière que d'un palais. » (François d'Assise)

Saint François.jpgÀ l'occasion du premier anniversaire de l'élection du pape François, les Éditions Flammarion à Paris font paraître, sous la plume du journaliste et écrivain catholique français Jacques Duquesne (il a cofondé et dirigé Le Point et collabore aujourd'hui à La Croix et avec plusieurs quotidiens régionaux ; il a aussi notamment remporté le prix Interallié en 1983 avec Maria Vandamme, un roman poignant) et préfacé peu de temps avant son décès par l'éminent médiéviste Jacques Le Goff, un beau livre intitulé Saint François qui retrace la vie et l'œuvre de ce personnage hors norme, en montrant les diverses facettes qui ont pu motiver le choix du pape – un jésuite, qui plus est – ayant décidé de régner sous son nom.

On apprend dans cet ouvrage passionnant que François d'Assise « était un indigné, un combattant, qui a fait entendre une parole nouvelle, si neuve et dérangeante que, trois décennies après sa mort, ses écrits furent pratiquement censurés par les autorités de l'Ordre franciscain et de Rome. (...)

Un saint d'un nouveau genre, laïc, contestataire, passionné, pacifique, ami et frère de toutes les créatures et de toute la création, [qui] dégage[ait] une sympathie et une admiration affectueuse générale.

Son obstination pacifique pour la lutte des classes, son souhait d'accueillir les laïcs au sein de son ordre et sa vision – presque prophétique – sur le progrès monétaire, font que le "petit pauvre a non seulement été un des protagonistes de l'histoire, mais aussi l'un des guides de l'humanité" [1] ».

Jacques Duquesne revient dans ce livre sur les origines du personnage, en montre les diverses facettes qui ont pu motiver le choix du pape. Un homme que Jacques Le Goff, dans sa préface, qualifie de "figure exceptionnelle. Un saint qui savait rire pour éclairer la tristesse de ses contemporains".

L'ouvrage est illustré de reproductions d'œuvres de grands peintres (Cimabue, Fra Angelico, Sassetta, Taddeo Gaddi, le maître de saint François Bardi, Giotto, Domenico Ghirlandaio, Francisco de Zurbarán, le Greco, Jacopo Torriti...) et se conclut par divers textes poétiques du saint homme (Salutations des vertus, Sermon aux oiseaux, Salutation de la bienheureuse Vierge Marie, Que les frères n'aient rien en propre, Cantique de frère Soleil, Louanges de Dieu...)

Un livre qui aide à mieux comprendre l'immense popularité du pape François dont le modèle va à l'encontre du matérialisme, de l'individualisme, de l'égoïsme et de la rapacité qui règnent actuellement en maître sur le monde...

Bernard DELCORD

Saint François par Jacques Duquesne, préface de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Flammarion, mars 2014, 96 pp. en quadrichromie au format 19,2 x 24,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 22 € (prix France)


[1] Comme l'écrit Jacques Le Goff.

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