05 01 13

« Vivre, c'est naître lentement. » (Pilote de guerre)

Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie.gifUniversitaire reconnu, docteur en lettres et en histoire de l'art et spécialiste de la littérature du XVIIe et du XXe siècle, Alain Vircondelet a bâti sa renommée sur son œuvre biographique, principalement construite autour de grandes figures littéraires (Marguerite Duras, Arthur Rimbaud, Françoise Sagan, etc.), dont celle d'Antoine de Saint-Exupéry.

S'appuyant sur le fonds d'archives largement inédites de la Succession Consuelo de Saint-Exupéry (qui fut la veuve de l'écrivain), il a fait paraître aux Éditions Flammarion à Paris un remarquable ouvrage intitulé Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie qui se présente à la manière d'un album de famille racontant les rêves et les amours, mais aussi les craintes et les doutes de celui qui fut un intrépide pionnier de l'aviation aux côtés de Jean Mermoz et dévoilant la personnalité réelle de l'un des plus grands aventuriers de la première moitié du siècle passé, qui pourtant ne rêvait que d'être simple jardinier et s'avéra, en définitive, un philosophe humaniste de la plus haute extrace.

La belle histoire d'un homme, un vrai...

Bernard DELCORD

Antoine de Saint-Exupéry Histoires d'une vie par Alain Vircondelet, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 191 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 28,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

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19 12 12

« Il n'y a rien d'immoral dans mes livres, seulement des meurtres… » (Agatha Christie)

Agatha Christie. La romance du crime.gifLe texte ci-joint a été expédié dans la newsletter de décembre 2012 des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) puis mis en ligne sur leur site (http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Il-n-y-a-rien-d...).

Grand spécialiste d'Agatha Christie, romancier de talent et journaliste littéraire avisé, François Rivière est le concepteur prolixe et habile de scénarios de bandes dessinées (Le Privé d'Hollywood, Victor Sackville, Maître Berger), notamment avec Jean-Claude Floc'h ou Edgar P Jacobs. Il est aussi l'auteur de récits policiers très enlevés et de biographies fort averties de Patricia Highsmith, d'Edgar P Jacobs ou d'Enid Blyton.

Il a fait paraître récemment à Paris aux Éditions de La Martinière, sous le titre Agatha Christie. La romance du crime, un passionnant ouvrage fort bellement illustré dans lequel il évoque la vie de la célèbre créatrice d'Hercule Poirot et de Miss Marple, une romancière anglaise adorée par le public français qui la découvrit en 1927 et universellement connue par le biais de ses novels – avec ses 2,5 milliards de livres écoulés à travers le monde, Agatha Christie (1890-1976), dont les écrits ont été maintes fois adaptés au cinéma et à la télévision, est l'écrivain le plus lu après Shakespeare, et seule la Bible dépasse son œuvre en nombre d'exemplaires vendus ! –, mais dans le privé une femme secrète, pétrie de morale et experte en poisons (elle en connaissait tous les secrets, un savoir acquis durant la Première Guerre mondiale quand elle fut infirmière volontaire au White Cliff Hospital de Torquay dans le Devon, une station balnéaire où vinrent se réfugier de nombreux Belges – ce fait étant à l'origine de l'invention du détective venu du Plat Pays).

Car son public ignore généralement que, née Agatha Miller, elle tomba follement amoureuse en 1912 d'Archibald Christie, un pilote de la Royal Air Force qu'elle épousa le 25 décembre 1914 et avec qui elle parcourut le monde, qu'en décembre 1926 elle mit en émoi toute l'Angleterre en disparaissant lorsque son mariage battit de l'aile, et qu'en 1930 elle épousa en secondes noces un archéologue, Sir Max Mallowan, qu'elle suivit sur ses chantiers de fouilles, en Syrie et en Irak notamment.

Et beaucoup de ses lecteurs se demandent « où elle allait chercher tout ça », s'agissant des solutions de ses histoires policières.

Nous ne saurions trop leur conseiller la lecture de l'excellent ouvrage de François Rivière : il y donne la clé de l'énigme...

Bernard DELCORD

Agatha Christie. La romance du crime par François Rivière, Paris, Éditions de La Martinière, octobre 2012, 216 pp. en quadrichromie au format 20 x 26,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 32 € (prix France)

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28 10 12

J'ai eu bon !

 

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humour marlière.jpgCela fait plusieurs soirs que ce livre m’accompagne avant que je ne sombre avec le sourire dans le sommeil… Déjà le titre m’avait amusé : « Anthologie de l’humour belge », mais plus encore le sous-titre : « Du Prince de Ligne à Philippe Geluck » ! J’avais déjà lu un beau livre sur le thème écrit par Bernard Marlière et sa charmante fille, Corinne, journaliste de talent à l’Avenir ! Avec confiance, je me suis donc lancé dans la lecture : photo, courte biographie et extraits de textes pour chaque personnalité évoquée. Dans l’introduction, l’auteur déclare, ce que nous savons nous les Belges : « Le Belge vit en Absurdie » et « L’ironie, dans ce pays longtemps occupé, n’est autre qu’une arme de défense et de subversion« …

Cela commence par le Prince de Ligne (1735-1814), dont on oublie souvent, il est vrai, ses magnifiques pensées : « Il vaut bien mieux avoir de l’imagination que de la mémoire », par exemple. Et cela se poursuit avec une galerie impressionnante et drôle de ce qu’on a écrit en Belgique ! Charles de Coster, Mademoiselle Beulemans, Arthur Masson, Virgile et ses fables, Pitje Schramouille, Toone, Tchantès… mais aussi Achille Chavée : « Dieu ne va jamais au secours des gens qui savent nager. » Jean-Pierre Verheggen ou Louis Scutenaire, chez qui sans honte j’aime le « L’Autriche. L’homme aussi. », mais bien sûr aussi : « C’est toujours dans le désert qu’on casse sa bouteille d’eau » et « Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées » ! On passe en revue les grands de la BD, Hergé, Franquin, Tibet… On aborde les grands de l’humour : Raymond Devos (et Bruno Coppens), Stéphane Steeman… Mais aussi Manu Thoreau, Marc Moulin, Richard Ruben, Albert Cougnet, Marc Herman, François Pirette, Jannin et Liberski, Jean-Luc Fonck, Pïerre Kroll… tous mes amis de la Semaine Infernale… Philippe Geluck a sa place d’honneur ! Et mes rires plusieurs fois m’ont secoué, avec « échange et change » de Laurence Bibot, que j’avais adoré dans le « Jeu des Dictionnaires » ainsi qu’avec Thomas Gunzig  (J’ajoute qu’il est Prix Rossel pour le faire rire !) Il écrit par exemple : « A-t-on déjà calculé l’empreinte écologique de la Saint-Nicolas ? » J’adore ! Mais ses moments d’anthologie, c’est le cas de le dire, sont aussi repris dans les « Fondamentaux », où l’auteur a la gentillesse de me placer (pas pour moi, mais pour tous ceux et celles qui m’ont entouré dans mes émissions), comme « Les élections », qui reste dans les mémoires et commençait ainsi : « Bande de cons ! Pas vous, cher public ! Les autres, les formateurs, informateurs, explorateurs, chef de groupes, présidents de partis flamands, présidents de partis francophones, seconds couteaux, troisièmes couteaux, de gauche, de droite, etc. (… Bande cons, vous n’avez rien gagné du tout … etc. ) ». Et puis son « billet du matin, accueil de Monseigneur Léonard » est une merveille aussi de liberté et d’humour, chers à notre pays. Enfin hier soir, j’ai réveillé la maisonnée en pleurant de rire à la lecture de : « Les Wallonnes… Elles m’excitent ! » Cette lecture fait partie de mes grands moments d’abandon dans le rire, comme les fous rires à Forts en Tête, ceux que je partage encore et encore avec Philippe Geluck ! Mais je vous renvoie au livre superbe de Marlière pour en découvrir le texte sublime !Je peux vous dire, et vous pouvez me croire, que « j’ai eu bon !«

Jacques MERCIER

"Anthologie de l'humour belge" (du Prince de Ligne à Philippe Geluck), Bernard Marlière, Editions Jourdan, 544 pages, 21,90 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Biographies, Humour, Jacques Mercier, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 10 12

Destins bricés

destins-brisés.jpg" Chez lui la passion l'emportera toujours sur la raison. Un matin, après une nuit blanche passée à cogiter, il se lève avec la solution. Il va demander à Luis Frosio, le patron de l'orchestre de doubler son cachet. [...] Imaginez qu'il ait dit oui. Peut-être n'aurions-nous jamais entendu parler de Claude François"

Passionné de rock et de chanson française - La Story - Nostalgie, c'est lui - Brice Depasse nous invite à traverser le destin subitement éteint de 50 stars de la musique entrées dans la légende ...bien trop tôt.

Avec le ton alerte, vif, précis et singulièrement présent qu'il imprime à ses récits, le chroniqueur [créateur et hôte de ce blog ] trace les portraits, envols et disparitions tragiques  - parfois suspectes - de géants tels Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joe Dassin, Claude François, Alain Bashung, Serge Gainsbourg, Bob Marley, Daniel Balavoine, Michael Jackson, Pierre Rapsat, Freddie Mercury ...et tant - hélas - d'autres.

Il procède pour ce faire à un découpage thématique, ralliant les stars selon leur appartenance au "club des 27", qui recense quelque 45 victimes mortes à 27 ans,  à celui des géants, des stars, des maudits et au   rock'n'roll. Un découpage rythmé de chapitres courts qui permet tant la lecture intégrale séquentielle que l'aimable grignotage de chapitres ciblés.

Une lecture sidérante.. étayée d'une discographie et filmographie égoïstement indispensables et d'un gracieux lien qui invite à l'écoute des morceaux évoqués: www.nostalgie.be/destins

AE

Destins brisés. 50 stars de la musique entrés dans la légende. Brice Depasse, Ed.  Nostalgie / Renaissance du Livre, octobre 2012, 270 pp

Billet de faveur

AE: Brice , quand on découvre l'imposante bibliographie,  la filmographie et la discographie,  qui soutiennent le propos, on réalise que vous avez consacré beaucoup de temps à la rédaction de cet essai. Depuis quand l'ouvrage est-il en chantier?

Brice Depasse: Sans mentir, il a été écrit en six semaines au cours de l’été dernier . Mais j’en conviens, il y avait derrière dix ans de lectures et d’écritures de séquences La Story pour Nostalgie et presque quarante de fan de musique pop.

AE: Certaines émotions sont encore vives et palpables. Celle qui vous saisit  notamment à quinze jours de la mort d'Alain Bashung: " On a l'impression que le public tente de retenir un Bashung qui se tient comme un mort en sursis. Tous autant que nous sommes, nous ne voulons pas le perdre.". Certaines "brisures" vous semblent-elles particulièrement inacceptables ?  

Brice Depasse: Personnellement, en tant que fan, j’ai mal vécu celle de John Lennon, Elvis Presley et Bob Marley. J’avais entre quinze et dix-huit ans et je prenais pleinement la mesure qu’il n’y aurait plus jamais de nouvel album de chacun d’eux. Pire : les Beatles ne se reformeraient jamais et on ne verrait jamais Elvis en Europe. Plus tard, je me suis rendu compte que nous avions aussi perdu une énorme influence sur la production musicale des années 80 avec la disparition de Marley et Lennon.

AE: Avez-vous opéré une sélection drastique pour réduire … à 50 le nombre des destins brisés?

Brice Depasse: Non, leur point commun est d’être mort au faîte de leur gloire et de leur créativité. Le manuscrit prenait de telles proportions que nous avons décidés de le couper en deux. Il y aura donc une suite avec des gens comme Michel Berger, Jeff Buckley, Jacques Brel, 2Pac, Mike Brant, Ian Curtis, etc.

AE (facult) : Un autre ouvrage en chantier ?

Brice Depasse : Le précité et un troisième dont je ne peux dire mot pour ne pas inspirer une éventuelle concurrence.

AE: Avez-vous l'impression, a posteriori, que certains décès ont nourri la gloire de la star davantage que sa vie?

Brice Depasse:  La mort n’a apporté la gloire à aucun d’entre eux. Mais il est étonnant de constater que Marilyn Monroe a vendu des millions de disques car des producteurs ont compilé tous ses enregistrements. Elle est ainsi devenue une star de la chanson grâce à sa mort prématurée et au poids qu’elle pesait sur le monde du showbizness en termes de vente.

Autre étonnement : la survie dans lé mémoires d’artistes qui ont peu produit comme Ritchie Valens, Buddy Holly.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Musique, Portraits, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 09 12

Bel anniversaire, Madame

coverpaola.jpgEn ce jour anniversaire de notre souveraine , il est bon d'évoquer le portrait que publie Vincent Leroy aux Editions Imprimages.  Sans doute n'est-il meilleur hommage que cette relation respectueuse d'une vie active, largement dévouée au service de son pays d'adoption.

D'aucuns se rappelleront l'ouvrage que publiait Vincent Leroy en 2008, Les 70 ans de  [SM ] la Reine Paola (lien sur ce blog: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/08...) Les cinq années (é)coulées auront permis à la sixième Reine des Belges de confrmer ses engagements sociaux, artistiques et culturels:

" Première reine à avoir des ancêtres belges, Paola est épanouie dans son rôle de Première Dame de Belgique. A l'exception de sa connaissance imparfaite du néerlandais, elle n'a commis aucun faux pas depuis 1993. Mais elle n'a pas assez de charisme et de sens du contact pour être réellement populaire. La Reine se partage entre les cérémonies officielles, ses visites culturelles et ses engagements sociaux. Elle a tenu la promesse qu'elle avait faite en 1996 aux parents des enfants disparus de s'investir dans une lutte contre la maltraitance des enfants et s'est révélée une active et dynamique  présidente d'honneur de Child Focus."

Sobre, sincère et dénué de vaines flatteries, l'ouvrage de Vincent Leroy offre une approche patriote, bienveillante d'une Reine qui ne l'est pas moins.

Bon anniversaire, Madame.

AE

Les 75 ans de la Reine Paola, Vincent Leroy, portrait, éditions Imprimages, 192 pp, 10 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (1) |  Facebook | |

28 08 12

En mode veille...

1ère de couverture.JPGVoilà un livre qui change le lecteur et c'est bien la définition d'un bon livre. Martine Garnier vit aux portes des Fagnes, en Belgique, a enseigné durant une vingtaines d'années, avant de se retrouver confrontée à la maladie et aux traitements du CHU de Liège. C'est écrit avec une incroyable maîtrise de la langue, comme celle de placer entre deux paragraphes de courtes incises qui sont les réflexions de l'auteure : "Je n'ai rien dit à personne" ou "N'oublie pas que tu as évité le pire", etc. Il y a des descriptions superbes des choses de la vie et évidemment du quotidien de la maladie. "Je croise d'autres patients, une race à part qui porte bien son nom" écrit-elle. "En mode veille" est un titre magnifique, car c'est ainsi que se présente pour chacun de nous, à des degrés divers, la maladie, l'hospitalisation, notre rapport à la vie réelle dans laquelle on n'est plus vraiment ! On a le récit, la réflexion profonde sur la vie, l'annonce, le traitement, la famille, les amis, les visites, l'espoir... Des échanges de méls qui nous indiquent de plus que c'est là, que c'est vécu, autant que la vision du mariage du prince William à la télévision ! Et puis soudain, ce projet qui surgit, celui d'écrire et qui amène au livre. On comprend toute l'importance de la lecture aussi : "Lire pour m'évader, lire pour oublier, lire la vie des autres", dit-elle. J'aime les citations en exergue des chapitres courts et que les poètes en soient souvent des auteurs, comme René Char : "L'impossible, nous ne l'atteignons pas, mais il nous sert de lanterne." Cette citation de Francis Picabia aussi : "L'optimiste pense qu'une nuit est entourée de deux jours; le pessimiste pense qu'un jour est entouré de deux nuits." J'en ferai bien ma devise ! Et puis, après cette vue vraiment incroyable de l'intérieur de la maladie et de sa compréhension, de ses conséquences, du changement radical que cela apporte, il y a la fin inattendue pour le livre... On sort bouleversé de cette lecture, croyez-moi !

Jacques MERCIER

 

"En mode veille", récit, Martine Garnier, Edilivre, 2012, www.edilivre.com 214 pp. 21,50 euros.

27 08 12

Bravo, l'artiste !

Pablo Casals.gifNé en Catalogne le 29 décembre 1876 et mort le 22 octobre 1973 à San Juan (Porto-Rico), proposé –sans succès –pour le prix Nobel de la paix en 1958, le grand violoncelliste Pablo Casals a vécu près d'un siècle.

En 1905, il fonde avec Jacques Thibaud et Alfred Cortot un trio mythique de la première moitié du XXe siècle et il deviendra bientôt un musicien adulé, réclamé clans le monde entier.

Tout au long de sa longue vie, Casals fut un défenseur acharné et enthousiaste du violoncelle, mais aussi de la musique dans une inébranlable foi dans les valeurs qu'elle peut transmettre. Ses enregistrements sont habités de cet enthousiasme et de son énergie.

Il essaye de favoriser l'accès à la musique pour le plus grand nombre, que ce soit avec des associations de concerts, la création de ses divers orchestres ; il jouera même dans des conditions mouvementées lors de la guerre d'Espagne.

Dans la période difficile des années d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, il restera inflexible sur ses idéaux, quelles qu'en soient les conséquences pour sa carrière : lors de la guerre civile, il soutiendra les républicains espagnols et s'exilera en 1939. Apôtre de la paix, il était également un défenseur acharné de la Catalogne. Dès 1933, il refuse de jouer en Allemagne et, après guerre, il ne donne plus de concerts pour marquer sa désapprobation du laxisme de la communauté internationale envers le régime politique du caudillo Franco. Il participe néanmoins à plusieurs galas de soutien au mouvement pacifiste et antifasciste de son ami Louis Lecoin et n'aura de cesse de venir en aide à ses compatriotes réfugiés.

Refusant également de se produire en Union soviétique et effrayé par la prolifération des armes nucléaires, il milite en tant que pacifiste et donne le 24 octobre 1958 un concert au siège de l'ONU à New York au cours duquel il délivre un message en faveur de la dignité et de la paix, retransmis à la télévision et à la radio dans quarante pays, qui aura un retentissement considérable.

Son village d'adoption est Prades, dans les Pyrénées-Orientales : après une longue période de silence, il y crée un Festival Pablo-Casals en 1950 pour le bicentenaire de la mort de Bach ; il y invite les plus grands interprètes de son temps pour en faire un haut-lieu de ferveur musicale et il y participera encore à l'âge de 90 ans.

Il se fixe enfin à San Juan de Porto Rico, y crée l'orchestre symphonique en 1957, compose et, inlassablement, transmet son art lors de nombreuses « master classes ». Casals était un ami personnel de la reine Elisabeth de Belgique, veuve du roi Albert Ier et passionnée par la musique.

Il aura donc eu plusieurs vies. La vie d'un enfant fier et précoce, qui très tôt subjugue par sa virtuosité. La vie d'un musicien acclamé aux quatre coins de la planète. Celle d'un chef d'orchestre « engagé » honoré dans son pays. Celle, après la prise du pouvoir de Franco en Espagne, d'un exilé au cœur brisé. Celle d'un protestataire inflexible qui crie haut et fort son désaveu de toute forme de dictature en faisant taire son violoncelle. Celle d'un « créateur » de festival auprès de qui les musiciens les plus prestigieux accourent. La vie enfin d'un presque centenaire respecté œuvrant inlassablement pour la paix dans le monde.

Dans Pablo Casals. Un musicien, une conscience, paru chez Gallimard dans la belle collection « Découvertes », Jean-Jacques Bedu, vice-président du Centre méditerranéen de littérature et délégué général des Prix Méditerranée, met le lecteur au diapason de ce musicien humaniste qui a fait du violoncelle l'égal du piano ou du violon, et de la musique un moyen d'expression de la liberté.

Bernard DELCORD (avec Wikipedia)

Pablo Casals. Un musicien, une conscience par Jean-Jacques Bedu, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », mai 2012, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,60 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié de ce livre passionnant la photo suivante et la légende qui l'accompagne :

Pablo Casals (2).jpg

 En 1955, Pablo Casals accueillit à Prades des hôtes de marque, la reine Élisabeth de Belgique et sa fille, Marie-Josée, ex-reine d'Italie. Élisabeth de Belgique était une excellente violoniste (ci-contre, en 1955), qui suivit les enseignements d'Eugène Ysaye. En 1942, elle s'opposa aux rafles dans les quartiers juifs, intervint personnellement pour obtenir des libérations, et l'un de ses châteaux fut transformé en orphelinat, où des enfants juifs purent être sauvés. Casals avait un profond respect pour « cette grande dame qui, aussi bien aux heures sombres qu'aux jours de triomphe, est parvenue à incarner l'âme de son peuple par sa bonté agissante, et, par toutes les nobles vertus qui font d'Elle l'une des personnalités les plus attachantes, les plus dignes d'admiration ». La reine de Belgique reviendra à Prades en 1961 et en 1965.

12 07 12

L'effet de l'amour sur les femmes intelligentes

url (4).jpg" Voilà l'effet de l'amour sur les femmes intellligentes. Elles ne savent plus écrire de lettres" déclare Anaïs Nin à son cher Henry Miller (juin 1932)

Que du contraire.

Sont-elles amoureuses, amantes, amies, soeurs, mères, filles, femmes d'engagement, de combat, d'influence, libres, voyageuses ou incarcérées, ... ces femmes dont Laure Adler* et Stefan Bollmann nous tracent les portraits, partagent à de degrés de conscience divers,  une conception commune de l'épistolaire : " ... la lettre est un apprentissage qui devient, imperceptiblement, un agrandissement de soi-même, une croyance en ses propres possibilités."

Les  lettres d'amour "revisitées" de George Sand  à Alfred de Musset , de  Sido à sa fille, Colette, la correspondance passionnée de Juliette Drouet à son amant poète Victor Hugo, le ton direct et cru des lettres de La Palatine, seconde épouse de Monsieur (frère de Louis XIV), l'argumentaire que la grande Mademoiselle adresse à son cousin Louis XIV pour qu'il lui accorde la main de Lauzun,  la tendresse lucide de la Dame de Nohant pour son jeune ami Flaubert, celle de Françoise Dolto pour son père,  l'admiration de Colette de Jouvenel pour Marcel Proust, l'amertume de Camille Claudel envers sa mère...traversent les pages d'un bel ouvrage, joliment illustré  et qui a le mérite majeur de situer chaque trait  de plume dans son contexte biographique précis.

Une mine !

Apolline Elter

Les plus belles lettres de femmes, Laure Adler & Stefan Bollmann, Ed. Flammarion, beau livre, mars 2012, 176 pp - 150 illustrations en couleur - 29,9 €

Journaliste, écrivain et historienne du féminisme aux XIXe et XXe siècle, Laure Adler nous a  déjà ravis d'une somptueuse biographie de Françoise Giroud (2011 - voir chronique sur ce blog). Elle a publié, chez Flammarion, Les femmes qui lisent sonr dangereuses et Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.

 Elle était présente, vendredi 6 juillet passé au Festival de la correspondance de Grignan, pour tracer un portrait des femmes philosophes, Hannah Arendt et Simone Weil, en particulier.

AE

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 07 12

« Je veux être Chateaubriand ou rien ! » (Victor Hugo)

Chateaubriand.gifMonument historique sur un monument littéraire, le Chateaubriand de Jean-Claude Berchet paru chez Gallimard à Paris dans la collection « Biographies » fera date dans l'histoire des lettres romantiques en général, et du père d'Atala (1801), de René (1802) et des Mémoires d'outre-tombe (1849-50, posthume) en particulier.

C'est que l'ouvrage, véritablement magistral et remarquablement informé, mais aussi écrit d'une plume alerte qui n'est pas sans rappeler – sur un ton différent – celle de L'Homme des Mémoires d'outre-tombe du très contestataire et très enflammé Henri Guillemin, oscille sans cesse entre la production livresque foisonnante, la vie sentimentale à rebondissements et les engagements politiques tumultueux du grand écrivain légitimiste pour brosser un portrait moral contrasté : « le "bon garçon" de la famille et des intimes, ou le pair de France qui interpelle les rois ; le séducteur irrésistible et le fidèle adorateur de Juliette Récamier ; le poète de la mélancolie ou de la tendresse et le polémiste incisif de la Légitimité ».

Écoutons à nouveau ce que nous en dit l'auteur :

« François-René, vicomte de Chateaubriand, est né à Saint-Malo en 1768, sous Louis XV, dans une Bretagne encore féodale, et il est mort en pleine révolution de 1848. Au cours de cette longue existence ont passé les régimes et les constitutions. Il a beaucoup vécu et beaucoup vu depuis Combourg : le Paris révolutionnaire, les Indiens de Niagara, les taudis de Londres, Rome par deux fois, les corneilles de l'Acropole, les murs de Jérusalem. Et au milieu de ces tribulations, il a eu le temps de devenir le plus grand écrivain de sa génération.

C'est aussi le premier "enfant du siècle" à être entré en politique sous la Restauration pour ne plus en sortir. Il en a épousé les vicissitudes sans jamais renoncer à son idéal de liberté aristocratique, qui conjugue la tradition et le progrès, la légitimité royale et la citoyenneté, le double héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution. C'est dire que pour ses contemporains, Chateaubriand fut souvent une énigme. »

Et pour les lecteurs d'aujourd'hui, l'ouvrage passionnant de Jean-Claude Berchet est incontestablement un « must » pour les amateurs de belle(s) et bonne(s) histoire(s) !

Bernard DELCORD

Chateaubriand par Jean-Claude Berchet, Paris, Éditions Gallimard, collection « Biographies », mars 2012, 1050 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,50 € (prix France)

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27 06 12

Les pompes de Ricardo Jesus

Patrick Chauvel, Ricardo, JesusLe célèbre photographe de guerre Patrick Chauvel fait en 1980 une rencontre impossible à Kingston, le prétexte en fait pour que le rédac chef de Sigma le laisse partir en Amérique latine pour photographier les maquis et les guerilleros.

Un séjour truffé d'anecdotes qu'il raconte dans son nouveau livre de souvenirs, Les pompes de Ricardo Jesus, et pour notre plus grand plaisir sur Nostalgie. Ecoutez l'interview intégrale et brute, telle qu'elle a été enregistrée à Flagey :


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