16 06 12

Le nouveau Dominique Bona

 "9782246798101.jpgYvonne et Christine Lerolle au piano, avec sa facture classique, sa maîtrise de la composition, et de la couleur, est non seulement un des chefs-d'oeuvre de Renoir, mais un de ceux qui souligne le mieux sa tendresse pour ses modèles. Si Renoir reste le peintre des baigneuses aux chairs nacrées, sensuelles et appétissantes, il est tout autant le peintre de ces jeunes filles  à la beauté tranquille et douce qu'il vient de surprendre dans l'attente de leur destin de femmes. Et que chacun, sous ce pinceau caressant et jovial, peut croire destinées au bonheur."

Tout est dit.

Intriguée par le tableau du célèbre peintre, exposé au Musée de l'Orangerie (Paris), Dominique Bona découvre rapidement que l'expression de bonheur affichée par  Yvonne et Christine,  filles du peintre Henry Lerolle, soeurs complices,  protégées par la vie, un milieu d'artistes  exubérant et une famille aimante, ne résistera pas au drame de leurs mariages respectifs avec Eugène et Louis Rouart, fils du collectionneur d'art, Henri Rouart.

Retraçant leur jeunesse dorée et les prémisses d'un mariage prometteur arrangé par Edgar Degas, la biographe nous propulse au sein d'un salon de rencontres merveilleuses, celui de Madeleine et Henry Lerolle, sis au 20 de l'avenue Duquesne (Paris).  Passionné de musique, nanti d'une ouverture d'esprit et d'une amène tolérance, le peintre fera table ouverte, recevant chez lui Renoir, Degas, Debussy, Albéniz, Paul Valery, Francis James, Paul et Camille Claudel, instillant une joyeuse  convivialité dénuée de tout académisme.

L'étau de mariages mal assortis rendra Yvonne esclave d'un mari tourmenté - Eugène Rouart - homosexuel et tiraillé d'aspirations contradictoires , l'isolera du monde par une vie retirée  à la campagne , tandis que Christine fracassera son solide tempérament de nombreux orages matrimoniaux.

Une fresque magistrale que Dominique Bona décrit avec la rigueur historique  le rythme et le brio qu'on lui connaît.

Une lecture hautement conseillée

Apolline Elter

Deux  soeurs. Yvonne et Christine Rouart. Les muses de l'Impressionisme, Dominique Bona, biographie, Grasset, avril 2012, 384 pp, 20,9 €

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14 06 12

Jacques a dit

C'est à la lecture de l'excellente chronique, sur ce blog, de Jacques Mercier, que j'ai eu envie de découvrir l'ouvrage. Je vous en livre donc ma recommandation de lecture. Merci Jacques ...au pluriel.!

blog5095.jpg Animateur-vedette, avec André Rémy, de  Feu vert, l'émission-culte des têtes blondes (années '70), Jacques Careuil nous revient, de sa voix juvénile à l'accent bien trempé,  par le biais d'une autobiographie rédigée avec Claude Rappé.

Un récit attachant autant qu'intéressant.

"Je n'ai pas eu le père dont on peut rêver, mais il n'a pas eu non plus le fils qu'il espérait"

De  de sa prime enfance, marquée par le départ de son père, Henri Neulinger et les années de guerre, le jeune et solitaire Guido  - futur Jacques Careuil -  retiendra surtout la solide affection qui le lie à sa mère.

Années de scène, genèse de l'émission Feu vert, Liaison de trois ans avec le comédien Serge Michel et début de l'amitié vitale  qui le lie à Jacqueline Bir, ...sont l'objet de la deuxième étape de sa biographie.

L'animateur nous livre alors sans tabou, ni quelconque nostalgie, la vérité d'une homosexualité assumée et de diverses relations plus ou moins heureuses, mais aussi les coulisses de la grande RTB (F), les cabales menées et obstacles de carrière que son étiquette de gentil animateur lui valurent et qui le décidèrent à quitter délibérément la télévision publique belge.

Le "petit Careuil" était catalogué. On ne me prenait pas au sérieux. Lorsque je négociais une nouvelle saison, souvent, je n'obtenais pas une augmentation de cachets.

C'est une leçon pour beaucoup d'artistes médiatisés: quand vous tenez un succès, gardez-le! Il vous apparaîtra un jour que vous n'êtes pas assez payés, que vous êtes exploités, que votre nom vaut de l'argent, que vous aimeriez faire autre chose de plus valorisant.. Mais le jour où vous claquerez la porte, ou même si vous partez sans faire de bruit, personne, personne non, ne vous tiendra la main et on ne fera plus jamais  aucun bruit autour de vous. (...) Nous ne sommes rien dans la grande machine des médias (...) nous sommes jetables comme des mouchoirs en papier. Après, longtemps après, il vous restera des souvenirs à consigner dans un livre. J'insiste: il n'y a aucune aigreur dans ce que je viens de dire."

De cette Thaïlande où il réside aujourd'hui - Jacques Careuil partage sa vie entre Pattaya et Ibiza (Espagne) - ce "solitaire bien entouré" entend faire le point sur les idées reçues en matlère de prostitution thaïe.

Une façon de rendre hommage à la vie, à un "destin qui [lui] a régulièrement tendu la main " à un pays qui l'a accueilli, avec ce ton de simplicité et d'amène sincérité qui est la grande qualité de cet ouvrage.

Apolline Elter

 

Jacques Careuil, invité de Nathan Skweres et Brice Depasse dans le Grand Zapping de Nostalgie Pop Culture, écoutez :


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Feu vert à Jacques Careuil. Rencontre avec Claude Rappé, biographie, éd. Jourdan, mai 2012, 234 pp, 15,9 €

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29 05 12

Un parcours exemplaire...

L'esprit et la molécule.gifMohand Sidi Saïd, qui livre son histoire surprenante dans L'esprit et la molécule paru aux Éditions Genèse à Paris et à Bruxelles, est né dans un village reculé de Kabylie. À dix ans, il sait à peine lire. La rencontre fortuite d'un oncle alors qu'il vendait des pastèques sur un marché le met sur le chemin de l'école qu'il ne quittera plus jusqu'à son diplôme de l'Institut d'Administration et des Gestion des Entreprises d'Aix-Marseille et son MBA à l'Université Carnagie Mellon de Pittsburgh aux États-Unis.

D'Alger à Manhattan en passant notamment par la Belgique, en vivant et en voyageant dans d'innombrables pays, il grimpera tous les échelons de la société Pfizer, leader mondial de l'industrie pharmaceutique, jusqu'à en devenir l'un des trois présidents opérationnels. Le groupe réalise alors 50 milliards de dollars de chiffres d'affaires pour un effectif mondial d'environ 150 000 employés...

À travers le passionnant récit de sa vie professionnelle, Mohand Sidi Saïd convie le lecteur à une double expérience : d'une part, celle d'un manager humaniste qui a puisé à l'aune de ses racines les valeurs d'ouverture, de tolérance et un goût inné pour la diversité culturelle ; d'autre part, celle d'une saisissante radioscopie de l'industrie pharmaceutique mondiale si souvent décriée.

Il en ressort notamment que Mohand Sidi Saïd a été un acteur pugnace et tenace dans la lutte contre des fléaux planétaires comme le sida, les trachome et les MST, entre autres.

Pour cela, il a rencontré nombre de dirigeants politiques, avec lesquels il a souvent dû batailler et dont il fournit un portrait original et sans concession.

Poursuivant son existence palpitante, il consacre désormais son temps à des causes humanitaires visant à rendre espoir aux personnes qui souffrent, aux « accidentés de la vie » comme il les appelle.

Chapeau !

Bernard DELCORD

L'esprit et la molécule par Mohand Sidi Saïd, Paris-Bruxelles, Genèse Éditions, mars 2012, 159 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,50 €

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19 05 12

Feu vert à Jacques Careuil

Careuil bio.jpgC'est une biographie remarquable - et on le doit aussi au talent et à la plume de Claude Rappé ! - que celle de Jacques Careuil, qui enchanta des générations d'enfants (dont Frédéric Jannin ou Franco Dragone cités) dans son émission télé "Feu vert", en duo avec André Rémy. Parce que tout y est (sans la lourdeur ni la longueur habituellement dévolues au genre) : l'émotion, les informations, les détails de cette vie partagée en sept ! L'amour, son homosexualité, y est évoquée sans détours; le métier et ses aléas (il a cette liberté de pointer du doigt ceux qui l'ont trahi); mais aussi ses souvenirs - et il est temps de garder tout cela en mémoire avant que le bonheur ne s'évapore dans les brumes du temps. Le théâtre, les premières émissions de télévision en noir et blanc, la voix de Tintin et les rencontres avec Hergé... Existent, vous le découvrirez, des passages en italiques qui sont d'une grande émotion personnelle et le partage avec l'autre auteur même : une belle façon de rendre cette autobiographie émouvante. Je dois à Jacques Careuil mes premières émissions radio, dont "Entrée Libre" et ses conseils, son amitié me restent précieux et m'ont aidé de façon évidente dans mon propre parcours ; je lui dois aussi le partenariat avec Stéphane Steeman dans "Dimanche Musique" (il ne voulait pas assumer ce duo en même temps que le lancement de "Feu vert" en télé - et me proposa à la direction qui ne songeait bien sûr pas à moi, assistant jeune et débutant). Dans la préface, Jacqueline Bir dit, avec raison, qu'il est le précurseur des animateurs d'aujourd'hui et que c'est la raison de sa présence dans notre mémoire. Je pense aussi que c'est quelqu'un qui a pu gérer sa vie : sentimentale, personnelle, publique. J'aime aussi cette réflexion juste et belle : "qu'il a rendu au public tout l'amour reçu de sa mère !"

Jacques MERCIER

 

Feu vert à Jacques Careuil - avec Claude Rappé. Edition Jourdan. 240 pp. Deux cahiers de photos. 15,90 euros.

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19 05 12

Une monographie..monumentale

horta.jpg

Notre blog est en liesse de célébrer, en ce week-end ascensionnel, la naissance - attendue - de la monographie magistrale que Michèle Goslar consacre à l'architecte - belge -  de génie, Victor Horta.

Publication conjointe du célèbre Fonds Mercator et de la Fondation Pierre Lahaut, l'ouvrage, prestigieux, magnifiquement illustré des plans et réalisations de Victor Horta révèle, d'un texte dense, alerte et vivant, le curriculum vitae exhaustif du "père spirituel de la nouvelle architecture",  fruit de treize années d'un travail  rigoureux, courageux, passionné, signé Michèle Goslar.

Nous  sommes tout simplement ...abasourdis, émus d'une telle œuvre.

" Il fallait le génie de Horta pour créer le Palais de tous les arts dont la Belgique rêvait depuis des lustres. Il fallait son génie pour le réaliser sur un terrain ingrat, tout en tenant compte des servitudes  imposées par l'urbanisme et la Ville. Il le fallait encore pour y intégrer les rêves de tous et créer, sur un seul étage apparent, les 8000 m² et les quarante salles d'exposition souhaitées. Il le fallait enfin pour accepter que la monumentalité, qui ne pouvait s'exprimer à l'extérieur, soit cantonnée à l'intérieur, sans en souffrir"

Quintessence d'un art mis au service de ses commanditaires, le Palais des Beaux-Arts  (Rue Ravenstein - Bruxelles) consacre la reconnaissance publique d'un artiste souvent décrié de ses contemporains, injustement traité par les arcanes du pouvoir. Il est l'une des quelque 160 œuvres que Victor Horta compte à son actif,  maisons, villas  et hôtels privés, galeries marchandes et grands magasins, musées,  socles et monuments funéraires, pavillons, ....consciencieusement répertoriées par Michèle Goslar et remis dans la perspective de leur édification.  Car, et c'est un atout majeur de l'ouvrage, l'auteur présente chaque réalisation, dans le contexte de la vie de Victor Horta, et développe sa dévolution, de sa construction à nos jours.

Perfectionniste à outrance, bourreau du travail et de journées actives de 18 à 20 heures..., l'"Archi-Sec", doit à son entrée en Loge quelques-unes de ses plus prestigieuses commandes: les hôtels Hallet (voir sur ce blog  nos chronique et visite récentes ), Autrique, Tassel....témoignent du souci qu'avait Horta de s'adapter au style de vie de ses commanditaires pourvu qu'on lui laissât carte blanche de temps - il était lent, refaisant jusqu'à 10 fois ses plans - et d'argent...

Trahisons, deuils, triomphes de sa vie privée et de son parcours professionnel revêtent sous la plume de Michèle Goslar un tour ..passionnant. Et l'on vient à bout de ce volume riche  - de quatre kilos  - d'illustrations et d'un texte serré, magnifiquement couché sur du papier glacé, plus pénétré que jamais par une juste admiration.

Les têtes de chapitres sont synthétiques et éloquentes, qui permettent une sélection de lecture et un retour régulier aux textes qu'elles chapeautent.

Un ouvrage....monumental.

AE

Victor Horta. 1861-1947. L'Homme- l'Architecte - L'Art nouveau, Michèle Goslar, monographie, Fondation Pierre Lahaut, Fonds Mercator, beau-livre,  mai 2012,  566 pp, 150 €

Billet de ferveur

AE: Michèle Goslar, vous dédiez l'ouvrage à Michel Gilbert, propriétaire de plusieurs maisons Horta (les Hôtels Vincq, Winssinger et Hallet et jusqu'il y a peu, la Villa Carpentier) et célébrez l'authenticité de son souci de restauration. Il accomplit là un travail inestimable:

Michèle Goslar: Au départ, je comptais dédier le livre à Jean Delhaye, architecte lui-même et disciple de Horta, qui a œuvré toute sa vie pour sauver des réalisations de l’architecte gantois. Mais, j’ai douloureusement constaté, durant mon enquête, que plusieurs immeubles acquis pour les sauver avaient été complètement saccagés à l’intérieur car Jean Delhaye était persuadé qu’ils ne pourraient résister au temps qu’en les transformant en immeubles de bureaux ou d’appartements. Ce fut le cas notamment des hôtels Dubois (avenue Brugmann) et Deprez (rue Boduognat)… A l’inverse, Michel Gilbert, qui a aussi acquis quatre hôtels de Horta, les a restaurés, parfois seul (hôtel Vinck), parfois avec l’aide de l’IRPA, mais toujours en restituant l’état le plus proche de l’origine. Ce travail et cette dépense méritaient que je les honore.

AE: avez-vous eu des contacts avec les petits-enfants Laruelle ou tout autre membre de la famille Horta pour rédiger sa biographie?

Michèle Goslar: J’ai, en effet, contacté Christian Laruelle, arrière-petit-fils de Victor Horta, pour obtenir des renseignements sur sa grand-mère, Simone Horta, et la famille. Mais il m’a dit ne pouvoir m’aider d’aucune sorte…

AE: La correspondance de Victor Horta, dont vous citez des bribes, a-t-elle été un moyen commode de cerner sa vérité?

Michèle Goslar: Mes sources essentielles ont été les Mémoires de Horta, mais aussi et surtout les archives (Travaux publics, archives juridiques, archives institutionnelles (CPAS, Cedom (Loge), Musée Horta…etc) et, bien sûr, la visite des immeubles construits par Horta et les discussions avec leurs propriétaires. Je n’ai, malheureusement pas eu accès aux archives Wittamer… La correspondance avec Ilse Conrat Twardowski est la seule où Horta, considérant un peu sa correspondante comme une confidente, confie ses sentiments et dévoile son amertume, notamment à l’égard de son pays. Je l’ai retranscrite et elle est désormais consultable au Musée Horta.

AE: De son origine sociale - il est issu d'un milieu d'artisans - à sa mort assez solitaire, bien des points  et sans doute un génie commun rapprochent Victor Horta d'Antoni Gaudi, le célèbre architecte barcelonais, de 9 ans son aîné. Seriez-vous tentée de creuser un jour la comparaison?

Michèle Goslar: J’ai beaucoup d’admiration pour l’œuvre de Gaudi. J’ai eu l’occasion de voir la Sagrada Famillia que la ville de Barcelone continue à édifier et je rends hommage à un pays, l’Espagne, qui n’a rien détruit de ses architectes Art Nouveau. Mais le génie de Gaudi, baroque à souhait, me parle moins que celui de Horta : ses œuvres présentent un côté « organique » très dérangeant là où Horta est rationnel et élégant, léger et tout en harmonie et finesse. Comme le style de Hankar peut être lourd ou  celui de Van de Velde mièvre… Seul le style de Horta me touche dans toutes ses manières et jusqu’à sa dernière réalisation.

AE: Passer treize années aux côtés d'un génie, à scruter sa vie, ses réalisations, les atteintes bonnes ou pernicieuses qu'on lui a portées,  ce n'est pas anodin, cela vous forge une vie. Victor Horta fait partie de votre vie, désormais:

Michèle Goslar: Tout comme Marguerite Yourcenar, à qui j’ai consacré ma première biographie, Horta fait désormais partie de moi. C’est après coup que j’ai pu constater leurs nombreux points communs : même acharnement dans le travail, même mépris des modes, mêmes déceptions dans le domaine affectif… Horta me touche encore plus car il n’a pas joui, comme Yourcenar, de la reconnaissance unanime de son talent et a connu le saccage de son œuvre de son vivant. Le doute qu’il exprimait sur la valeur de son architecture et sa certitude qu’elle disparaîtrait complètement un jour ont motivé le ton de mon livre, comme si je pouvais le convaincre de la réussite totale de son labeur. Qui sait si l’âme existe ?

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 05 12

Un gentilhomme des Lumières...

 

Malesherbes par Jean des Cars.gifVoilà que les Éditions Perrin à Paris accueillent cette année dans leur célèbre collection « Tempus » une version mise à jour du formidable Malesherbesde Jean des Cars qui, après sa première parution chez Bernard de Fallois en 1994, avait décroché le Grand Prix d'histoire de la biographie décerné par l'Académie française, une fameuse référence...

Guillotiné pour avoir été l'avocat de Louis XVI durant le procès que lui intentèrent les députés de la Convention nationale en décembre 1792, Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794) fut tout à la fois un éminent juriste, un grand botaniste et un habile protecteur de L'Encyclopédie (substitut du procureur général du parlement de Paris en 1741, il sera conseiller en 1744, premier président de la cour des aides de Paris et directeur de la Librairie en 1750, c’est-à-dire responsable de la censure royale sur les imprimés, poste dont il se servira pour protéger l'entreprise de Diderot et de D'Alembert), ce qui fait de lui l'une des figures majeures des Lumières.

Membre de l’Académie des sciences en 1750, de l’Académie des inscriptions en 1759 et de l’Académie française en 1775, admiré aussi bien par Rousseau que par Voltaire, proche de Diderot, ami de Turgot et de Benjamin Franklin autant que de Thomas Jefferson, il se distingua par ses prophétiques Remontrances à Louis XV (qui lui valurent une lettre de cachet l'exilant dans son château du Loiret), avant d'inspirer le célèbre Édit de Tolérance de Versailles (1787) en faveur des protestants et des juifs.

Sa mort dépeint l'homme : en pleine Terreur, au mois de décembre, on vient le chercher dans sa retraite. Il est ramené à Paris et incarcéré avec sa famille pour « conspiration avec les émigrés ». Son gendre Louis Le Peletier de Rosanbo est guillotiné le 21 avril 1794. Le lendemain, sa fille Antoinette, âgée de 38 ans, sa petite-fille Aline (23 ans) et son mari Jean-Baptiste de Chateaubriand (34 ans) ainsi que deux de ses secrétaires, Pierson et Bauffré, sont exécutés avec lui. En sortant de prison pour monter dans le tombereau qui le mènerait à la mort, son pied bute sur un caillou. « Mauvais présage, dit-il. Un Romain ne serait pas allé plus avant. » Et au moment de basculer sous la Veuve, ses dernières pensées ont été pour ses arbres, afin qu'on en prenne soin...

Brossant un portrait subtil et captivant de celui qui fut autant un brillant homme d'État qu'un grand homme d'honneur, Jean des Cars entraîne avec brio le lecteur dans les tourbillons d'un siècle tout à la fois illuminé et obscurci par la passion de la liberté.

Une belle leçon d'humanité...

Bernard DELCORD

Malesherbes  par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, collection « Tempus »,, janvier 2012, 507 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 11,00 € (prix France)

Écrit par Brice dans Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 03 12

Un témoignage vital

une_vie_sans_gluten_01.jpg" Malgré le chemin parcouru, je redoute toujours d'être invitée à dîner chez des amis. Si la bêtise de certains invités me surprend, c'est la méchanceté gratuite qui m'ébahit le plus. Peut-être qu'elle laisse entrevoir certains aspects de la nature humaine que je préférerais ne pas voir."

Radioscopie de la maladie coeliaque, caractérisée par une intolérance vitale au gluten, le témoignage de Delphine de Turckheim offre aux malades qui en sont porteurs - 1 personne sur 250 serait atteinte de la maladie sans le savoir nécessairement - mais aussi à leur entourage, les pistes  utiles à sa compréhension.

Si Delphine de Turckheim doit à une famille aimante et attentive, ainsi qu'à un pédiatre perspicace et obstiné de pouvoir mener aujourd'hui une vie normale et heureuse, elle n'oublie pas le parcours du combattant qui l'attendait au berceau. Séjours à l'hôpital, incompréhension de médecins, jugements expéditifs sur une sélectivité alimentaire qualifiée de caprice, développement d'une dermatite sans doute liée à une réalité "dure à avaler"  ont jalonné une jeunesse dont elle partage l'expérience avec simplicité et générosité. Recettes, conseils pratiques, liste des aliments à éviter..concluent un ouvrage, en tout point intéressant, fondamentalement optimiste.

Mannequin, animatrice - TV, Delphine de Turckheim est aussi marraine de l'AFDIAG - Association française des intolérants au gluten.

AE

Une vie sans gluten, Delphine de Turckheim, témoignage, Ed. Tchou, coll." Le corps à vivre", mars 2012, 140 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Bien-être, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 03 12

A la recherche de Paul Rosenberg

21-rue-la-boetie.jpg

"Je suis la petite-fille d'un monsieur qui s'appelait Paul Rosenberg et qui habitait à Paris, au 21 de la rue La Boétie"

L'élément déclencheur de cette enquête minutieuse qu'Anne Sinclair entreprend sur la personne de son grand-père maternel, marchand d'art réputé, exilé à New York, durant la  seconde Guerre est la question d'un employé administratif borné, relative au lieu de naissance de ses quatre grands-parents.

" Il ne s'agit pas là de tracasseries administratives. C'est la réactivation de ce débat malsain sur "l'identité nationale ", qui empoisonne la France. "

Organisant ses recherches à travers les divers lieux de France et de New York où vécut son grand-père, la célèbre journaliste du 7/7 en retrace la carrière et quelques bribes d'une vie privée parfois douloureuse.

Intime de Picasso - pour un temps son voisin au 23 de la rue La Boétie - qu'il fait passer " de la position d'avant-garde à celle de maître de la peinture moderne", Paul Rosenberg exerce une influence déterminante sur les artistes de son temps,  tels Henri Matisse, Georges Braque, Marie Laurencin.., agissant  pour eux comme un mentor plutôt qu'un "simple" passeur d'oeuvres . Il conçoit son métier avec intégrité et panache, subissant de plein fouet le "gigantesque larcin [Ndlr: d'oeuvres d'art] opéré en France par les nazis" et l'indigne déchéance de nationalité infligée par le régime de Vichy.

Analysant avec une tendresse pourvue de rigueur et d'honnêteté ses racines familiales, sa relation avec un grand-père hors du commun et sans doute méconnu, le testament spirituel qu'il lui lègue, Anne Sinclair offre un témoignage passionnant et assez inédit sur l’avènement d’artistes au début du XXe siècle, le climat délétère de la Seconde Guerre et  la confiscation criminelle d'oeuvres d'art par l'Occupant.

Une lecture recommandée.

AE

21 rue La Boétie, Anne Sinclair, biographie, Grasset, mars 2012, 302 pp, 20.5 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 03 12

Conan Holmes et Sherlock Doyle

9782354170998FS.jpg" Tout va très bien. J'en suis au milieu de la dernière histoire de Holmes, après quoi ce gentleman disparaîtra pour ne jamais revenir! Je suis fatigué de son nom et de sa réputation!"

Contrairement à ce qu'affirme Arthur Conan Doyle (1839-1930) dans une lettre à sa mère,  datée du 6 avril 1693, on ne se débarrasse pas si aisément d'un héros aussi encombrant, que Sherlock Holmes ...

Les lecteurs sont là qui ne peuvent souffrir la disparition du célèbre détective. Scotland Yard s'adresse à  Conan Doyle pour résoudre des enquêtes complexes. Ce dernier doit donc se ...résoudre à le ressusciter et répondre d'une identité confondue avec la sienne. A la longue, c'est agaçant, surtout que l'écrivain a écrit nombre ouvrages qu'il voudrait également produire sur le devant de la scène.

Personnage haut en couleurs, médecin, sportif, aventurier, visionnaire, travailleur acharné, passionné d'histoire, défenseur des causes nobles,  l'écrivain eut , lui aussi, une vie des plus remplies. Emmanuel Le Bret nous la trace en tous points, détaillant avec clarté, les relations établies avec les personnages de ses romans, Sherlock H.,  particulièrement.

Avec, en filigranes, le portrait d'une Angleterre victorienne, pétrie de contrastes.

AE

Conan Doyle contre Sherlock Holmes, Emmanuel Le Bret, biographie, Editions du Moment, janvier 2012, 204 pp, 18,8 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 03 12

Victor Hugo, pas à pas...

9782873867751.jpgPointons pour ce premier jour de la Foire du Livre de Bruxelles , la rencontre qui aura lieu à 18 heures, dans le Forum, avec Kris Clerckx, autour de Victor Hugo et de l'ouvrage tout frais sorti des presses des éditions  Racine: Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris.

Balisant un circuit littéraire et touristique de 8 étapes, au départ de la Grand-Place de Bruxelles vers Paris,  le journaliste Kris Clerckx (De Standaard) décrit avec précision les lieux qui conservent, à des degrés divers, l'empreinte de l'illustre écrivain ou de Juliette Drouet, sa maîtresse... C'est bougrement intéressant.

Exilé en notre Capitale, en décembre 1851, le poète s'en institue observateur bienveillant et ..exigeant. Rétif à l'idée de parcourir le champ de bataille de Waterloo et les souvenirs cuisants d'une défaite, Victor Hugo attendra l'été 1861 pour opérer enfin les repérages utiles à l'écriture - en cours - des Misérables.   Le premier tome de l'oeuvre sera publié un an plus tard auprès de l'éditeur bruxellois,  Lacroix.

Villers-la-Ville, Namur, Dinant, Beaumont, Binche, Mons, Beloeil, Antoing, Tournai....ponctuent à leur tour le périple wallon, adresses de logement à l'appui,  avant le passage de la frontière française via le Nord-Pas de Calais. Un plongeon en Normandie nous rappelle la tragédie de Villequier: mariée à Charles Vacquérie, fils d'amis des Hugo, Léopoldine, la fille chérie du poète est happée, lors d'une excursion en bateau,  par une vague gigantesque et se noie dans les eaux de la Seine.

Huitième  - mais non des moindres-   étape de ce périple, le Paris de Victor Hugo nous mène du Panthéon, sa dernière demeure à la Place des Vosges  où il résida quelques années avec sa famille grâce au succès de Notre -Dame de Paris. La Maison de Victor Hugo se visite (gratuité)  - nous y reviendrons un de ces jours - 7 pièces  sont consacrées à une exposition permanente de meubles, écrits et objets lui ayant appartenu.

Clairement présenté, richement illustré, l'ouvrage de Kris Clerckx offre un magnifique éclairage sur le parcours d'un homme hors du commun

AE

Sur les pas de Victor Hugo - Promenades entre Bruxelles et Paris - Kris Clerckx, beau livre, éd. Racine, mars 2011, 176 oo, 22,95 €

A l'issue de la conférence, l'auteur se prêtera à une séance de dédicaces et de rencontre avec les lecteurs, de 19h à 20 h, au stand des Editions Racine (222)