01 02 15

Horreurs inouïes...

Dictionnaire de la Shoah.jpgSous la direction de Georges Bensoussan, historien et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah (Paris), de Jean-Marc Dreyfus, spécialiste de l'aryanisation des biens juifs et maître de conférences à l'Université de Manchester, d’Édouard Husson, spécialiste de l'Allemagne nazie, maître de conférences et directeur de recherches à l'Université Paris-Sorbonne, ainsi que de Joël Kotek, spécialiste d'histoire contemporaine, maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles et chargé de cours à l'Institut d'Études politiques de Paris, le Dictionnaire de la Shoah reparu chez Larousse dans une nouvelle version à l’occasion du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz a rassemblé une équipe de plus de 70 auteurs, dont des spécialistes allemands, américains, anglais et israéliens.

Une publication salutaire dans le contexte actuel où, sous couvert de critiquer la politique  – pour le moins discutable, il est vrai – de l’État d’Israël et de défendre la création – légitime aux yeux de la communauté internationale en général, et aux nôtres en particulier – d’un État palestinien souverain dans les frontières décidées par l’ONU, d’aucuns n’hésitent pas à afficher des prises de position révisionnistes et négationnistes fondées sur des « études » dénuées de crédibilité mettant en doute la réalité de la tentative d’extermination des Juifs et des Tsiganes d’Europe par les nazis.

Car refuser de reconnaître que trois millions de Juifs ont été assassinés en Pologne, deux millions en URSS, six millions en tout, et que des communautés entières ont été rayées de la carte, et ce, dans le seul but de légitimer un combat politique actuel est tout à la fois immoral, indigne et criminel.

Immoral, parce que cela reviendrait à faire croire que les souffrances endurées aujourd’hui par un peuple précis pourraient annihiler celles subies par un autre dans le passé. On ne sache d’ailleurs pas que les victimes des tentatives génocidaires de la seconde moitié du XXe siècle – au Cambodge, au Rwanda, au Soudan… – se soient fourvoyées dans de semblables errements.

Indigne, parce que le mensonge déconsidère non seulement ceux qui le profèrent en raison d’intérêts partisans (la réhabilitation du nazisme par les révisionnistes d’extrême droite, le travail de sape des fondements moraux de l’État d’Israël par les négationnistes d’extrême gauche soutenus par l’Iran), mais aussi ceux qui le partagent sans même s’apercevoir qu’ils dynamitent ainsi les bases de leur propre cause en la justifiant par un travestissement monstrueux de l’histoire humaine.

Criminel, parce que les crachats ignominieux jetés sur la mémoire de morts prolongent leurs souffrances jusque dans le cœur de leurs descendants qui se retrouvent en situation de victimes expiatoires d’un imbroglio politique à mille lieues de l’antisémitisme européen d’avant 1945 et de la volonté nazie d’extermination des Juifs mise en œuvre entre 1933 et 1945.

En dressant un bilan précis des événements, en analysant les processus de décision, les méthodes, le parcours des principaux bourreaux, mais aussi en ressuscitant les victimes à travers l'évocation de l'effervescence de la vie juive d’avant-guerre, le Dictionnaire de la Shoah permet de mieux cerner l'ampleur gigantesque de la tragédie ainsi que ses prolongements.

Et, on peut l’espérer, de remettre en place les idées de certains agités du bocal…

Bernard DELCORD

Dictionnaire de la Shoah, ouvrage collectif sous la direction de Georges Bensoussan, Jean-Marc Dreyfus, Édouard Husson et Joël Kotek, Paris, Éditions Larousse, collection « À présent », janvier 2015, 638 pp. en noir et blanc + un cahier de 16 pp. de cartes en quadrichromie au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,90 € (prix France)

Voici une notice éclairant en partie le conflit actuel entre la Fédération de Russie et l’Ukraine :

Auxiliaires supplétifs

Dans les pays occupés par l'Allemagne, des forces locales se mettent au service de la politique de répression et d'extermination. Ainsi en Belgique, en France ou bien encore aux Pays-Bas, des policiers participent aux rafles. Peu à peu, des unités de volontaires se constituent et mènent la lutte contre les résistants ou pratiquent les arrestations massives de Juifs ; en France, la « police aux questions juives » outrepasse ses attributions et procède également à des arrestations et la milice, créée en janvier 1943, est la force principale derrière les arrestations de Juifs dans les derniers mois de l'Occupation. Dans bien des cas, la déportation ou le massacre de masse perpétrés par les SS, les Einsatzgruppen, les bataillons de la police d'ordre (l'Orpo), la Gestapo ou la Wehrmacht n'auraient pas été possibles sans cette aide. Ces auxiliaires se recrutent souvent dans les partis locaux d'extrême droite et fascisants. Un certain nombre de ces volontaires sont intégrés dans la Waffen-SS.

Dans les pays d'Europe de l'Est, des dizaines de milliers d'hommes furent les auxiliaires zélés des massacres en Ukraine et dans les États baltes en particulier. Aux motivations antisémites s'ajoutèrent souvent un violent anticommunisme ainsi qu'un nationalisme exacerbé. Ainsi dans les pays baltes, le Lietuvu Aktvystu Frontas (LAF, Front des activistes lituaniens) prit part aux pogroms de même que des commandos lettons et estoniens. Organisées en sections et commandos, ces forces supplétives servirent également aux escortes des convois de déportations et participèrent aux massacres. Des unités de Lettons participèrent à l'écrasement de l'insurrection du ghetto de Varsovie en avril 1943.

Dans les centres d'extermination, des auxiliaires furent en charge notamment de la surveillance, comme à Treblinka où les supplétifs ukrainiens, particulièrement violents, étaient plus nombreux que les SS. Eu Pologne, ces auxiliaires connus sous le nom de Trawnikis – du nom du camp de concentration où ils étaient « formés » –jouèrent un rôle de soutien au cours de l'Opération Reinhard.

L'extension de la guerre en Union soviétique nécessita aussi un besoin grandissant de supplétifs pour lutter contre les partisans  ou pour participer à la « Solution finale ». En Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes, ces bataillons de milices prirent part aux côtés des Einsatzgruppen à la « Shoah par balles ».

28 12 14

« Les gloires du passé ne sont vivantes que pour les pays vivants. » (Jean Jaurès)

Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains.jpgPour rédiger son Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains paru aux Éditions Favre à Lausanne qui retrace et l'étymologie et l'évolution des noms des pays africains au cours de l'histoire, le jeune chercheur Camerounais Arol Ketchiemen – il est né en 1990 – s’est livré à un travail des plus complexes, en raison de la rareté des sources fiables, de l'absence de documents anciens ou encore de la nécessité de maîtriser les différentes langues locales.

Et parce que les noms ont souvent été corrompus lors du passage de l'oral à l'écrit, il lui a fallu effectuer un retour aux sources. Pour ce faire, il a notamment consulté les carnets de bord et les récits de voyage des premiers explorateurs ayant visité l'Afrique, afin de retrouver les formes originelles sous lesquelles sont apparus certains toponymes et les premières significations qui leur ont été attribuées.

« Le nom d'un pays est comme son ADN historique, il renferme un ensemble d'informations relatif à son évolution dans l'espace et dans le temps », assure l’auteur.

De fait, on découvre avec lui qu'il y a de tout dans les étymologies des noms et surnoms de pays : mythes et mythologies, petites histoires et anecdotes, récits des unions avortées entre pays et velléités séparatistes, idéologies nationalistes, typologie des habitants qui y vivent ou y ont vécu, topographie, etc.

On y trouve donc des toponymes issus de langues locales, mais d'autres ont une origine latine, grecque, romaine, berbère ou punique.

 

Un passionnant voyage de l’Afrique du Sud au Zimbabwe en passant par l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, le Cap-Vert, la Centrafrique, les Comores, le Congo, la Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Gabon, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, le Liberia, la Libye, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Maroc, l’Île Maurice, la Mauritanie, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Rwanda, São Tomé et Príncipe, le Sénégal, les Seychelles, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, le Swaziland, la Tanzanie, le Tchad, le Togo, la Tunisie et la Zambie !

Bernard DELCORD

Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains par Arol Ketchiemen, Lausanne, Éditions Favre, septembre 2014, 315 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage remarquablement savant ces quelques lignes relatives à un pays cher à notre cœur :

Congo

L’ancien royaume du Kongo a donné son nom à deux pays d’Afrique : la République du Congo et la République démocratique du Congo. Pour distinguer ces deux pays, le nom de leur capitale est souvent mis en exergue dans leur appellation. C’est ainsi que, dans l’usage courant, on évite la confusion en les appelant « Congo-Brazzaville » et « Congo-Kinshasa ».

Le Congo a été nommé d’après le royaume du Kongo, qui a par ailleurs donné son nom au peuple bakongo.

L'étymologie de « Kongo » demeure incertaine et donne lieu à plusieurs interprétations.

Une première hypothèse rattache le mot « Kongo » à l'expression ko-ngo qui signifie « allié de la panthère ». Chez les Bantous d'Afrique centrale, un rapport associait cet animal à toute chefferie. Un mythe raconte que le roi du Kongo s'identifiait au léopard ou à la panthère [1]. Lorsque les populations étaient confrontées aux dangers à l'intérieur du royaume, elles venaient trouver refuge auprès du roi en disant : « Nous allons chez le léopard », en langue koongo « Tuele ku Ngo ». C'est la forme brève de cette phrase raccourcie en « Ku Ngo » qui aurait donné Kungo ou Kongo.

Une autre hypothèse voudrait que ce nom eût été celui d'un chasseur émérite du royaume, Nkongo. Par extension, une interprétation voisine rattache ce nom au terme réservé à une arme de jet, le kongo ou kong.

Selon une autre hypothèse, Kongo dériverait du verbe kónga - kúnga, « réunir, joindre », employé dans l'expression Kongo dia Ntotila signifiant « union indivisible des États régis par un souverain élu démocratiquement » [2].

Une autre hypothèse qui nous semble fantaisiste et infondée suggère que le Congo a emprunté son nom au mot bantou kongo signifiant « la montagne » [3]. En effet, on a beau chercher, on ne trouve pas une langue bantoue de l'Afrique centrale en laquelle kongo signifie « montagne », de plus il n'y a que quelques petits monts dans cette zone et aucune montagne d'après laquelle ce pays pourrait avoir été nommé.

Les différentes hypothèses formulées ont pour point commun la référence au pouvoir, soit par l'allusion faite aux organes de celui-ci (chefferie, royaume...) soit par les symboles du pouvoir (panthère, souverain...) soit par des termes figurant dans les traditions ou les mythes évoquant le héros fondateur du royaume.

L'existence du royaume du Kongo situé en aval d'un immense fleuve poussa les Portugais à donner au fleuve le nom du royaume. Dans les documents les plus anciens, le cours d'eau était appelé Rio de padrao, ce qui signifie « fleuve du pilier ». Il avait reçu ce nom car le navigateur portugais Diogo Cao, qui aborda l'embouchure du fleuve en 1482, dressa sur la rive un pilier de pierres pour marquer sa découverte (en effet, le roi du Portugal prescrivait à ses officiers d'ériger une colonne en pierre gravée d'inscriptions convenables et surmontée d'un crucifix en plomb pour marquer leur souveraineté entière sur les terres qu'ils découvriraient). Puis le nom « Congo » s'étendit progressivement au fleuve entier. Henry Morton Stanley, qui en explora le cours en 1874-1877, l'appelait toujours Livingstone River.

Les populations habitant ce royaume désignaient le fleuve sous le nom Nzadi ou Nzai. C'est cette appellation qui, par emprunt, est devenue en portugais Zaïre.


[1] Ce mythe et cette hypothèse m'ont été rapportés par l'abbé Paul Nzinga (www. nenzinga.info).

[2] Ibid.

[3] ASKHARI Hodari. The African Book of Names: 5,000+ Common and Uncommon Names from the African Continent. HCI, 2009.

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12 03 14

Un travail de titan !

Le dictionnaire de l'ancien français.jpgAlgirdas Julien Greimas est né en 1917 à Toula, en Russie et il est mort en 1992 à Paris. C' est un linguiste et un sémioticien d'origine lituanienne et d'expression française, fondateur de la sémiotique structurale d'inspiration saussuro-hjelmslévienne et animateur du « Groupe de recherche sémio-linguistique » (EHESS/CNRS) et de l'École sémiotique de Paris. Ses principaux ouvrages sont Sémantique structurale (1966), Du sens (1970) et Du sens II (1983) [1].

On lui doit aussi Le dictionnaire de l'ancien français (1979), un monument d'érudition que les Éditions Larousse à Paris ont eu l'excellente idée de faire reparaître en 2012 dans leur collection de prestige et qui est toujours disponible en librairie.

Il s'agit d'un ouvrage complet et documenté pour le plus grand bonheur médiévistes, certes, mais aussi des amoureux de l’histoire de la langue française, avec ses 14 000 notices documentées enrichies de 4 000 citations et exemples donnant 35 000 définitions, excusez du peu !

Et ce n'est pas tout : chaque article regroupe les dérivés sous les entrées principales et donne les différents sens des mots et des locutions ainsi que leur étymologie, la date de leur première apparition dans un texte écrit et les références de celui-ci.

Le domaine lexical recouvert, celui de l'ancien français proprement dit, va de la Chanson de Roland (fin du IXe siècle) jusqu'à 1350, à l'exclusion, par conséquent, des écrits de Jehan Froissart (ca 1337-après 1404), de Pierre Bersuire (ca 1300-1362) et de Nicole Oresme (ca 1320-1382), mais il inclut 80% des mots décrits précédemment par Frédéric Godefroy dans son Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle (10 volumes, 8 000 pages, 160 000 entrées) rédigé entre 1880 et 1895.

Deux œuvres colossales !

Bernard DELCORD

Le dictionnaire de l'ancien français par Algirdas Julien Greimas, Paris, Éditions Larousse, janvier 2012, collection « Les grands dictionnaires Larousse », 630 pp en noir et blanc au format 17 x 23,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 20,50 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la définition suivante, d'un verbe souvent utilisé en cuisine :

Frire

Frire v. (1190, J. Bod.[2].  ; lat. frigere). -1. Frire. -2. Frissonner, trembler, tressaillir. -3. Pétiller (en parlant du vin). -4. Brûler de désir, frémir : S'amie qui tout le fet frire Quant il se tient de li plus pres. (Rose [3]). <> friture n.f. (déb. XIs., Ps. Cambr.[4] ; lat. pop. *frictura). -1. Friture. -2. Terme d'injure : Tais mais, gars et friture. (Rom. d'Alex.[5]). <> fritel n.m. (1204, R. de Moil.[6]) . Pâte frite contenant du hachis.


[1] Source : Wikipédia.

[2] = Jean Bodel, Le Jeu de saint Nicolas, 1190.

[3] = Le Roman de la Rose, version de Jean de Meung, 1277.

[4] = Psautier de Cambridge, début du XIIe siècle.

[5] = Roman d'Alexandre, 1180.

[6] = Renclus de Moiliens, Roman de Carité, 1204.

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23 12 13

« La gourmandise, le péché des moines vertueux. » (Honoré de Balzac)

Petite bibliothèque du gourmand.jpgRéunissant des extraits de l'œuvre de 52 auteurs et critiques aussi divers qu'Alain, Roland Barthes, Charles Baudelaire, Lewis Carroll, Giacomo Casanova, Louis-Ferdinand Céline, François Cheng, Marie Darrieussecq Pierre Desproges, Jacky Durand, Auguste Escoffier, Gustave Flaubert, Grimod de La Reynière, Roy Lewis, saint Marc, Michel Onfray, Marcel Proust, Arthur Rimbaud, Edmond Rostand, le marquis de Sade, la marquise de Sévigné, Eugène Sue, Boris Vian, Lu Wenfu ou Émile Zola, la Petite bibliothèque du gourmand de Sylvie Le Bihan préfacée par Pierre Gagnaire (Éditions Flammarion), aborde les rapports entre la plume et l'estomac avec une belle diversité de ton.

Elle s'étend en effet des techniciens aux jouisseurs en passant par les gourmands, les rêveurs, les nostalgiques et les ascètes plus ou moins volontaires.

Sans oublier ceux qui déraillent en cuisine, les amateurs de  rôti d'écureuil, de cheval Melba, d'andouillon des îles au porto musqué ou de gastronomie cannibale...

Un livre qui se dévore joyeusement !

Bernard DELCORD

Petite bibliothèque du gourmand par Sylvie Le Bihan, préface de Pierre Gagnaire, Paris, Éditions Flammarion, collection « Champs classiques », octobre 2013, 289 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil fort plaisant les quelques lignes suivantes rédigées par un célèbre philosophe contemporain :

L'espace d'un instant, je fus cette fraise

Mon meilleur souvenir gastronomique, c'était une fraise dans le jardin de mon père.

La journée avait été chaude, un été. Les fraises étaient gorgées de cette chaleur qui brûle les fruits jusqu'au cœur où ils sont tièdes. Les feuilles ne suffisaient pas à faire une ombre qui les protège assez. J'ai détaché l'une d'entre elles. Mon père m'a invité à la passer sous l'eau, selon son expression, pour la nettoyer et la rafraîchir. Le filet descendu du robinet était glacial, procédant des sources qui dormaient sous les jardins.

Lorsque je mis la fraise en bouche, elle était fraîche sur sa surface et chaude en son âme, peau douce presque froide, chair tempérée. Écrasée sous mon palais, elle se fit liquide qui inonda ma langue, mes joues, puis descendit au fond de ma gorge. J'ai fermé les yeux. Mon père était là, à mes côtés, travaillant la terre, courbé sur les planches du potager. L'espace d'un instant – une éternité –, je fus cette fraise, une pure et simple saveur répandue dans l'univers et contenue dans ma chair d'enfant. De son aile, le bonheur m'avait frôlé avant de partir ailleurs.

Depuis, je guette le retour de cet ange hédoniste dont j'ai tant aimé les rémiges et le souffle. Nul doute que je le cherche avec ardeur et qu'il se dérobe, apparaissant quand je ne l'attends pas, surgissant quand je ne l'espère plus.

(Michel Onfray, La Raison gourmande : philosophie du goût, 1995)

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17 12 13

Sans les mains !

Les 100 mots de l'Italie.jpg« Malgré une unification récente et en dépit de la relative petitesse de son territoire, l’Italie jouit d’un niveau de reconnaissance très fort dans l’imaginaire collectif en Europe et dans le monde. Ses frontières maritimes qui dessinent une botte au cœur de la Méditerranée, ses origines glorieuses au temps de l’empire romain, les chefs-d’œuvre de ses artistes, de ses hommes de lettres et de ses musiciens, son art de vivre entre Dolce Vita et intrépidité sont autant de repères qui composent une image riche, mais où abondent aussi les poncifs », écrit Michel Feuillet dans sa présentation de Les 100 mots de l'Italie, le petit ouvrage fort intéressant qu'il a fait paraître aux Presses universitaires de France, dans la fameuse collection « Que sais-je ? ».

L'occasion pour cet amoureux de la Péninsule, de sa culture et de ses habitants de faire le point sur ces clichés parfois fondés et de mettre en exergue ce qui fait l'originalité et la saveur d'un pays dont les contrastes régionaux, les richesses gastronomiques, viticoles et culturelles mais aussi l'ambiance générale font, à juste titre, recette en matière touristique depuis des siècles.

Forza Italia !

Bernard DELCORD

Les 100 mots de l'Italie par Michel Feuillet, Paris, Éditions des Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », septembre 2013, 128 pp. en noir et blanc au format 11,6 x 17,6 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

Liste des 100 mots :

Adagio, Allegro, Piano, Pianissimo, etc. – Amants – Années de plomb – Autodérision – Automobile – Bacio – Baroque – Bella ciaoBianco o rosso ?Blue-jean – Café – Cafés historiques – Calcio in costume – Carabinier – Carnaval – Catastrophes naturelles – Code fiscal – Combinazione – Comédie à l’italienne – Commedia dell’arteCommendatore, Cavaliere, Dottore, Professore, Avvocato… – Condottiere – Crise – Dantesque, machiavélique et fellinien – Design – Dialectes – Dix-sept – Dolce VitaDon – Économie souterraine – Émigration/Immigration – « Et pourtant elle tourne ! » – Euro – Expositions universelles – Fascisme – Femmes célèbres – Fiat lux et facta est lux – Fontaines – Fourchette – Fratelli d’Italia – Fresques – Fromage (L’autre pays du) – Futurisme – Gelato – Ghetto – Gondole – Grand Tour – Guelfes et Gibelins – Guerres d’Italie – Habemus papam – Hendécasyllabe – Huile d’olive – Humanisme – I come Italia – Îles – -issimo – Jardin – Jours fériés – Lacs – Langue italienne – Madone – Mafia – Mamma – Marbre – Mare nostrum – Marionnettes – Miracle italien – Mode – Mondo piccolo – Mosaïques – Natalité – Néoréalisme – Nord/Sud – Palio – Parler avec les mains – Pâtes – Patrimoine mondial de l’humanité – Pères de la patrie – Pizza – Place – Politesse (Troisième personne de) – Promenade – Publicités – Quattrocento – Régions et provinces – Renaissance – République – Risorgimento – Ritals, Macaronis, Wops – Romain, romanesque, romantique… – Sauvetages – SPQR – Théâtre – Tricolore (Drapeau) – Veline – Vespa – Ville – Violon – Viva VERDIVolare cantare

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03 12 13

Des mots si doux...

Mots de table, mots de bouche.jpgSous-titré Dictionnaire étymologique et historique du vocabulaire classique de la cuisine et de la gastronomie, Mots de table, mots de bouche, le dictionnaire aussi savant que passionnant de Claudine Brécourt-Villars paru aux Éditions de La Table Ronde à Paris comprend 500  articles illustrés par des citations puisées dans près de 350  œuvres du XIVe siècle à nos jours.

Grâce à lui, vous saurez tout de l'histoire de la pêche Melba, du poulet Marengo, du Saint-Honoré, du veau Orloff et du homard à l'américaine ou thermidor, inventé celui-ci pour fêter le triomphe d'une tragédie de Victorien Sardou, et vous n'ignorerez plus pourquoi telle sauce s'appelle béarnaise, béchamel, Mornay, rémoulade, Robert ou Soubise et telle préparation à la Du Barry, à la Dugléré, à la Duroc, à la reine ou à la Richelieu, pour quelle raison telle pâtisserie est baptisée amandine, conversation, petit-four ou religieuse et ce qu'il en est des origines de l'aligot, des amourettes, du baba, de l'épigramme, de la crêpe Suzette, du flan, de la frangipane, de la marmelade, des paupiettes, des pets-de-nonne, du pot-pourri, des profiteroles ou du waterzooï...

Un puits de science gastronomique...

Bernard DELCORD

Mots de table, mots de bouche par Claudine Brécourt-Villars, Paris, Éditions de La Table Ronde, collection « La petite vermillon », septembre 2013, 439 pp. en noir et blanc au format 10,7 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,20 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce livre remarquable les quelques lignes suivantes :

Macédoine

Appellation attestée comme terme culinaire dans le Dictionnaire de l'Académie en 1740, donnée, par allusion plaisante à l'Empire d'Alexandre dans lequel s'affrontaient des peuples d'origine différente, à un mélange de légumes chauds ou froids, détaillés en petits dés et diversement assaisonnés (beurre fondu, vinaigrette, mayonnaise, etc.).

Se dit, par extension, d'un panaché de fruits coupés en menus morceaux, puis, par métonymie, des plats de légumes ou de fruits ainsi préparés.

« Ils aimaient les pâtés, les macédoines ornées de guirlandes de mayonnaise, les roulés de jambon et les bœufs en gelée : ils y succombaient trop souvent, et le regrettaient, une fois leurs yeux satisfaits, à peine avaient-ils enfoncé leur fourchette dans la gelée rehaussée d'une tranche de tomate et de deux brins de persil : car ce n'était, après tout, qu'un œuf dur. 

(Georges Perec, Les Choses, 1965.)

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23 11 13

Gros cubes et tas de ferraille...

Dictionnaire des véhicules terrestres.jpgL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 23/11/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

De la brouette à la Ferrari et de la chaise à porteurs au TGV en passant par le quadrige, le fardier, la Malle des Indes, le courriau, le phaéton, la luge, la civière, le panier à salade, la torpédo, le funiculaire, la huit-ressorts, l'électrobus, le dragster, le corbillard, le tandem, la saleuse, la kibitka, le caddie, l'aéroglisseur, le vélo, le tank, le pousse-pousse, le roller, l'hybride et même la vidangeuse (dont il donne pour synonyme pompe à merde), rien n'échappe au Dictionnaire des véhicules terrestres du linguiste français Jean-Paul Colin paru chez Favre à Lausanne, un ouvrage aussi complet qu'instructif et amusant.

Car l'auteur se penche aussi sur les noms propres, de marques défuntes ou bien vivantes, de modèles mythiques ou tombés dans l'oubli, comme Abarth, Amilcar, Berliet, BMW, Cadillac, DKW, De Dion-Bouton, Diesel, Facel-Vega, Ford, GMC, Harley-Davidson, Hispano-Suiza, le circuit d'Indianapolis, Kawazaki, Lada, Maserati, McLaren, Motobécane, Pininfarina, Plymouth, RATP, Renault, Rolls-Royce, Simca ou Yellow Cab Company... sans oublier la fameuse deudeuche de Citroën !

Un livre qui transporte le lecteur, incontestablement...

Bernard DELCORD

Dictionnaire des véhicules terrestres par Philippe Jean-Paul Colin, Lausanne, Éditions Favre, mars 2013, 190 pp. en noir et blanc au format 13 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 € (prix Suisse)

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04 11 13

Le monde comme il est...

Le Petit Larousse illustré 2014.jpgDans son approche linguistique autant qu'encyclopédique, Le Petit Larousse 2014 se veut profondément actuel, témoin vivant des grandes avancées scientifiques, du développement de l'écologie, de l'essor des nouvelles technologies, de l'évolution de la société et de l'actualité.

Il réunit en effet :

– plus de 62 500 mots, 125 000 sens et 20 000 locutions avec les étymologies, des exemples d'emploi et 2 000 synonymes ;

– plus de 1 500 remarques de langue ou d'orthographe.

– tous les modèles de conjugaison et une grammaire détaillée ;

– des citations latines, grecques et étrangères 

– 2 000 régionalismes et mots de la francophonie ;

– 150 nouveaux mots, sens et expressions (botoxé, climatosceptique, flash-mob, intifada, frigolite, googliser, lounge, matcha, nori, poilade, progeria, speed dating, textoter, Zumba...) ;

– plus de 28 000 noms propres : les pays, régions et villes du monde et les grandes personnalités politiques, artistiques, scientifiques ;

– 4 500 compléments encyclopédiques sur les grandes notions de culture générale ;

– une chronologie universelle illustrée de 1 250 événements ;

– 5 350 dessins, schémas, photographies, drapeaux et cartes ;

– 150 planches illustrées.

Cette année, il accueille cinquante nouvelles personnalités actives dans bien des domaines : le sport (Laura Flessel, Florent Manaudou, Tony Parker), la politique (le Japonais Abe Shinzo, le Chinois Xi Jinping, le pape François), la mode (Jean-Charles de Castelbajac), la technologie (Mark Zuckerberg), le cinéma (Sophie Marceau, Claude Brasseur, Nicole Garcia, Sami Frey, Jacques Perrin), la musique (Vladimir Cosma, Georges Prêtre), la littérature (l'Égyptien Alaa El Aswany , l'Italien Erri De Luca, le Belge Guy Goffette, l'Haïtien Frankétienne, le Britannique David Lodge, l'Irlandais William Trevor, le Suédois Henning Mankell, la Suissesse Anne Perrier, le Chinois Mo Yan, les Français Bernard Pivot, Emmanuel Carrère et Sylvie Germain), la BD (le Belge Hermann) et l'histoire (Michel Brunet, Alain Corbin, Benjamin Stora)…

« Le monde change, les mots aussi ! », annonce la couverture de l'ouvrage.

Cela ne fait aucun doute !

Bernard DELCORD

Le Petit Larousse illustré 2014, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, juin 2013, 2016 pp. en quadrichromie au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

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03 11 13

« Un peu de tout »…

Autodictionnaire Voltaire.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 02/11/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Dans l'Autodictionnaire Voltaire qu'il a fait paraître chez Omnibus à Paris, notre compatriote André Versaille, grand spécialiste de la vie et des écrits du plus célèbre habitant de Ferney, synthétise la pensée du grand homme au moyen d'entrées qu'il a crées puis définies par des extraits de l'œuvre et de la correspondance du père de Zadig et de Candide.

Car Voltaire avait des avis sagaces sur tout : la Bible, la démocratie, le despotisme, Dieu, le fanatisme, l'intolérance, les jésuites, la justice et la religion, bien sûr, mais aussi sur des thèmes restés ou redevenus polémiques (les Arabes, l'athéisme, l'éducation des filles, l'esclavage, l'homosexualité, les Juifs, Mahomet, la notion de race) et même sur des sujets inattendus voire incongrus (l'adultère, les anthropophages, l'astrologie, la bigamie, la castration, le cul, le droit de cuissage, la fausse monnaie, les impôts, l'impuissance, le luxe, la merde, les sacrifices humains ou encore les testicules...)

Un inventaire à la Prévert, mais philosophique !

Bernard DELCORD

Autodictionnaire Voltaire par André Versaille, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2013, 736 pp. en noir et blanc au format 11,6 x 17,6 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)

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29 10 13

Père et fils, amoureux de Proust

Marcel, Proust, Dictionnaire, amoureux, Raphaël, Jean-Pol, EnthovenIl y a exactement un siècle paraissait, Du côté de chez Swann, première partie du premier tome d'une suite de romans qui occupe une place de choix dans la littérature française : A la recherche du temps perdu.

L'occasion pour une autre série, le Dictionnaire amoureux de publier un volume à la gloire de Marcel Proust. A la barre de cet ouvrage, nous retrouvons deux grands connaisseurs qui ont l'avantage (c'est une des conditions pour entrer dans la collection) d'être connus du grand public : Raphaël et Jean-Pol Enthoven.

Père et fils, éditeur et philosophe et tous deux auteurs, ils ont toujours éprouvé pour leur sujet, Proust, passion et plaisir. Et c'est bien là, la première et dernière des conditions pour écrire un dictionnaire amoureux.

Dernier détail, Jean-Pol et Raphaël Enthoven sont des habitués du Café de Flore. Qu'ils osent me dire le contraire !

Nicky Depasse

 

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Raphael, Jean-Pol, enthoven, nicky, depasse, proust, 2013

Entretien diffusé dans Café de Flore sur Radio Judaïca le jeudi 17 octobre. 

Dictionnaire amoureux de Proust, Jean-Pol et Raphaël Enthoven, Plon, septembre 2013, 736p, 20€90.