29 11 11

Un explorateur du monde et de l'homme !

jlouis Etienne.jpgJean-Louis Etienne est médecin et explorateur. Il a beaucoup écrit déjà sur ses expéditions et la place de l'homme sur terre et dans l'univers, sa survie. Ce qui est intéressant avec cet auteur (de terrain) c'est qu'il décrit, analyse et livre ensuite sa sagesse. Avant de le suivre vers l'Antarctique, où son prochain périple scientifique va l'entraîner, lisez cet ouvrage, qui se conclut par "L'homme porte en lui l'intelligence de la solution" ! Souvent les textes sont livrés sous forme de réponses à des questions simples posées par vous et moi. Il aborde ainsi l'air, les poissons, l'eau, le climat, la civilisation du carbone, le génie de la nature, le mystère du vivant, etc. Je ne vous proposerai que cet extrait final du livre, adressé aux enfants "Ce sera votre monde !". Parmi les conseils : "Aimer ce que l'on fait et conserver sa liberté de décision", "Persévérer, même si le chemin est difficile... car on construit sa vie sur des réalisations, fussent-elles minimes, et non sur les frustrations de rêves inachevés" et j'aime aussi cette évidence, qu'il faut répéter en notre époque d'apparence et d'image : "Faites attention aux miroirs aux alouettes, une histoire d'amour à Sarcelles vaut bien mieux qu'un chagrin dans un palace à Bora Bora" ! Génial ! Et puis ces derniers conseils, en forme de conclusion : "Soyez inventifs, entreprenants, audacieux, apprenez à vous servir de vos dix doigts pour être plus autonomes, soyez individuellement responsables et collectivement solidaires. Soyez terriens et visez l'univers, il y a matière à explorer pour l'éternité, dans cette autre partie de soi où se cache la solution existentielle." Encore un de ces livres essentiels pour ne pas perdre courage, pour comprendre, pour avancer dans la vie avec les autres.

 

Jacques MERCIER

 

Nouvelles histoires naturelles (Quand l'homme entre en scène), par Jean-Louis Etienne. Edition Jean-Claude Lattès, 2011. 216 pages. 15 euros.

16 11 11

Un magnifique et émouvant témoignage !

nadia salmi.jpgC'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre (comme dit le bandeau) parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la télévision à Lille, mais vit à Bruxelles).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette oiriginalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.

Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions OH !, 264 pp. Photo de couverture de la collection de l'auteur. Prix : 17,90 euros. www.oheditions.com et https://www.facebook.com/nadnad77

11 11 11

« Dura lex, sed Scolalex ! »

Annuaire de jurisprudence en droit de l’enseignement.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 11/11/2011 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Reprenant, classées en quatre catégories (le droit du personnel ; le droit des pouvoirs organisateurs ; le droit des parents et des élèves ; les principes généraux) quelque 1200 décisions de justice rendues en communauté française de Belgique depuis 1996 (tant par les tribunaux du travail que par le Conseil d’État, la Cour constitutionnelle et la Cour européenne), la compilation très étendue qu’a fait paraître Régis Dohogne à Waterloo aux Éditions Kluwer sous le titre Annuaire de jurisprudence en droit de l’enseignement, pour aride qu’elle puisse sembler au premier abord, s’avère un outil particulièrement utile pour qui a – ou pourrait avoir – maille à partir avec l’institution scolaire ou avec l’un ou l’autre de ses acteurs.

 

Ancien secrétaire général de la CSC-Enseignement, membre actuel de la cellule juridique de ce syndicat, rédacteur et animateur des codes Scolalex et conseiller social à la Cour du travail, Régis Dohogne est un éminent spécialiste de la question, qu’il aborde dans toute sa complexité.

 

Écoutons-le :

 

« La masse de textes juridiques ayant trait à l'enseignement donne parfois le tournis. Il faut dire qu'au-delà des textes spécifiques à cette profession, un nombre important de dispositions sociales concernent directement ou indirectement les enseignants.

Comme si cela ne suffisait pas, les intérêts dans l'univers éducatif sont parfois contradictoires et suscitent polémiques et conflits. Entre parents, professeurs, étudiants, pouvoirs organisateurs, nombreuses sont les situations qui donnent lieu à contestations. Enfin, cerise sur le gâteau, l'évolution institutionnelle de notre pays a créé des conflits de compétences. Les Pouvoirs publics, de leur côté, ne donnent pas toujours l'exemple d'une gestion rigoureuse des textes qu'ils sont pourtant si prompts à promulguer.

 

Pour gérer cette cacophonie, un recours : la Justice.

 

Mais quelle Justice ? Entre juridictions de droit commun, juridictions du travail, Conseil d'État, Cour constitutionnelle naissent également des conflits de compétences et des procédures de recevabilité.

 

Depuis près de 15 ans, Scolalex suit les soubresauts de ces causes. Durant ces années, la matière s'est accumulée puisque plus de 1 200 décisions de Justice ont été publiées. Il était utile (…) de procéder à un inventaire structuré de ces 15 années de jurisprudence. Une entreprise très lourde qui nous a permis de tracer les grandes catégories et les grands principes qui régissent le droit dans l'enseignement, quel qu'en soit le bénéficiaire ou l'objet. »

 

Un fil d’Ariane ô combien précieux pour qui aurait des velléités ou a la nécessité de s’aventurer dans les maquis d’une procédure !

 

PÉTRONE

 

Annuaire de jurisprudence en droit de l'enseignement par Régis Dohogne, Waterloo, Éditions Wolters Kluwer Belgium, octobre 2011, 177 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 63 €

 

23 10 11

Un étonnant dialogue : Femme - Prêtre !

Ringlet - Mannik.jpgElle, c'est Marie-Annick Retif, qui chante depuis longtemps sous le nom de Mannick ; lui, c'est Gabriel Ringlet, vice-recteur de l'Université de Louvain, écrivain et ... libre de sa parole ! "Entre toutes les femmes" emprunte le titre à un poème de Charles Le Quintrec. Nous lisons une conversation détonante, chaleureuse, intéressante, intelligente, émouvante, passionnée autour des chansons de Mannick (évidemment vous pouvez écouter les chansons sur le site de Mannick, mais tous les textes sont repris dans l'ouvrage. Comme dit fort à propos Gabriel : "N'est-ce pas la force du chanson : revêtir parfois le grave dans l'habit musical du léger ?") et d'un classement des femmes en "printanières", "rebelles", "brûlantes", "souffrantes", "subversisves", "désirantes", "prêtresses" et "accouchantes". Chaque chapitre propose une réflexion (et qui décoiffe souvent, tant la vérité de s'exprimer est forte de chaque côté) en se plaçant sous le regard d'une femme : naître, partir, aimer, souffrir, résister, croire, célébrer et mourir. C'est dans l'actualité de notre vie d'être humain, c'est une vision sincère de la femme, c'est aussi une confidence très belle de l'homme et du prêtre. On n'évite pas la sensualité, la prêtrise des femmes, l'euthanasie, etc. Mais c'est bien au-delà : la tendresse, la compassion, la souffrance, le bonheur, la mort, l'amour... C'est d'une très belle écriture, fluide, réelle. Quelques moments picorés ça et là dans ce livre bien plus important qu'il n'y paraît : "Rien n'est pire que le pouvoir qui ne dit pas son nom. Le pouvoir "spirituel" en particulier." J'aime aussi cette référence à Teilhard de Chardin, que j'avais adoré, lorsque j'étais adolescent chez les Jésuites : "Dans la vie, je n'ai jamais rien fait de grand que sous le regard d'une femme." Gabriel Ringlet : "Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise". Les deux personnages ne sont pas toujours d'accord, cela va de soi : Gabriel : "Mais ose-t-on encore dire aujourd'hui qu'il est plus important d'être vivant que d'être heureux ?", Mannick : "Je tique sur cette réflexion. J'ai souvent pensé le contraire !" Dans l'actualité aussi après les propos de Mgr Léonard et des directeurs d'école divorcés, puisqu'on cite cette déclaration du Père Charles Delhez : "A être trop rigide, on en arriverait au paradoxe suivant : il vaudrait mieux être un meurtrier repenti qu'un divorcé remarié. Le meurtrier peut sortir de prison, le divorcé non." Sur Dieu : "Je trouve normal que Dieu change de rôle de siècle en siècle et de culture en culture, car le récit continue. Encore faut-il, à travers ces rôles que nous lui prêtons, reconnaître la trace d'authenticité de la divinité." Bien entendu, Mannick s'interroge sur le rôle des femmes dans l'Eglise : "Ai-je bien compris que la domination masculine sur l'ordination date des origines apostoliques et non des origines évangéliques"... En effet ! Notons aussi un bien émouvant témoignage sur Soeur Sourire, dont Gabriel Ringlet a connu le parcours douloureux...

Jacques MERCIER

 

Entre toutes les femmes, Mannick et Gabriel Ringlet, Edition DDB, Desclée de Brouwer, En couverture une huile sur bois de Philippe Ringlet, 334 pages, 18 euros.

20 10 11

Réconcilier la science et Dieu ?

Le Lotus et le Cosmos.jpgLongtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !

Jacques MERCIER

"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.

16 10 11

Un essai juridique pour le moins décoiffant…

le port du voile islamique dans l'enseignement.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 16/10/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

 Sous-titré Évolution juridique, sociologique et politique d’une controverse multiculturelle sensible, l’essai juridique très complet d’André Van de Weyer qui vient de paraître à Waterloo chez Kluwer sous le titre Le port du voile islamique dans l’enseignement traite avec une belle objectivité et une grande mesure d’un thème polémique s’il en est.

 

Car dans notre pays, en particulier au sein des régions où les Belges de culture musulmane sont établis, le moins que l’on puisse dire est que le vivre ensemble n’est pas toujours aisé, notamment quand, comme on vient de le voir ces jours-ci dans une école saint-gilloise mise à sac par de petites frappes téléguidées du dehors, les « barbus » se mêlent de vouloir imposer leur loi fasciste autant que rétrograde.

 

Car si, dans un certain nombre de cas éminemment respectables, le port du hidjab manifeste une foi authentique dans le chef de la femme qui le porte, on sait bien qu’il n’en va malheureusement pas toujours ainsi et que nombre de nos jeunes compatriotes musulmanes, d’ailleurs parfois elles-mêmes contraintes par un homme à le porter ou bien poussées dans le dos par la maffia islamiste – la quête étant, comme chacun sait, le seul point commun à toutes les religions du monde –, n’hésitent pas à s’adonner dans les cours de récréation ou à la sortie des établissements scolaires à un prosélytisme menaçant voire violent, en parfaite contradiction, soit dit en passant, avec les valeurs les plus sacrées de l’Islam.

 

Membre de la cellule juridique de la CSC-Enseignement et conseiller social à la Cour du travail, André Van de Weyer a longuement œuvré en faveur de l’intégration des plus faibles, notamment  en enseignant durant plusieurs dizaines d’années dans un établissement à « discriminations positives » d’un quartier défavorisé de Bruxelles. Il a ainsi eu l’occasion d’observer au quotidien les mutations sociologiques qui s’y sont succédé et les difficultés parfois spécifiques qu’elles ont engendrées.

 

Écoutons-le :

 

« Depuis la fin des années ’80, la question du port du voile islamique, particulièrement dans l’enseignement, a alimenté un grand nombre de discussions, de débats, de conflits et d’actions en justice. Le relatif mutisme des textes législatifs à ce propos a amené la plupart des écoles à pallier cette carence en définissant leurs propres règlements intérieurs. Se pose dès lors la question de l’opportunité de légiférer sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires afin de sortir du flou juridique actuel.

 

Pour y répondre, j’ai rassemblé un maximum d’éléments sur le sujet : références religieuses à la base des requêtes concernant le voile islamique, législations nationales et internationales, jurisprudence européenne et belge, comparaison de la situation en Belgique francophone avec la communauté flamande ou d’autres pays européens, récapitulation des positions des différents partis politiques et des principales organisations et personnalités de la société civile.

 

Au-delà du débat sur le voile (…) les acteurs de l’enseignement sont confrontés à un certain nombre de questions complexes liées à la coexistence des citoyens dans une société multiculturelle, sans avoir beaucoup de prise sur l’élaboration de solutions de fond qui dépendent d’options à prendre par notre société dans son ensemble. (…) La visibilité particulière de la question du voile et les applications juridiques qu’elle a connues devraient permettre (…) la recherche de pistes nouvelles (…) ».

 

Soulignons et louons la grande modération de l’auteur qui, respectueux des points de vue de chacun, a produit une vaste et passionnante synthèse argumentative et alimente avec brio, dans un style clair et largement accessible loin des logorrhées de tant de juristes, une réflexion de fond qui va bien au-delà des clivages idéologiques ou religieux.

 

Qui sont, rappelons-le, bien trop souvent générateurs, chez les partisans autant que chez les adversaires du port du voile islamique dans l’espace public, d’outrances et de débordements suant la haine aveugle et puant le racisme antioccidental ou la xénophobie antimusulmane.

 

Voici donc – enfin ! – un ouvrage permettant de mieux comprendre les évolutions et les enjeux qui accompagne(ro)nt l’une des plus importantes mutations de la société belge depuis le règne de Charles-Quint...

 

PÉTRONE

 

Le port du voile islamique dans l’enseignement par André Van de Weyer, Waterloo, Éditions Wolters Kluwer Belgium, octobre 2011, 264 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 55 €

12 10 11

Les kékés de Ouistreham

Le quai de Ouistreham (Points).jpgL'article ci-dessous a été mis en ligne le 12/10/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

 N’est pas Günter Walraff ou Nellie Bly qui veut…

 

Car, malgré toute la bonne volonté et le sérieux qu’a nécessités son intégration dans le quart-monde, touché de plein fouet par les effets de la crise sur l’économie réelle (expression présumant qu’il existe une économie irréelle), Florence Aubenas n’arrive pas à sortir du cliché : des chômeurs de longue durée mangeant des patates même pas bio devant leur télévision, nouvel opium du peuple.

 

Et son enquête, Le Quai de Ouistreham, ressortie pour la rentrée littéraire au format de poche chez Points à Paris, finit par relever de l’humoristique tant la candeur de l’auteur surprend. Par exemple, elle s’étonne qu’une femme de quarante ans sans diplôme, sans expérience et sans voiture n’obtienne pas d’emploi simplement en poussant la porte d’une agence d’intérim. Et lorsqu’elle décroche enfin un job d’« agent de propreté[1] », elle n’en revient pas de la difficulté de la tâche et de la pression d’enfer qu’exercent les employeurs sur leurs ouvriers précaires. Allo, Florence ? Ici la France !

 

Après un commentaire romantique, teinté de gauchisme de bon ton, sur le syndicalisme qui se meurt mais ne se rend pas et sur la politique qui n’est souvent que le cadet des soucis de ce quart-monde qui peine à survivre, Florence Aubenas gratifie le lecteur d’une histoire de transsexuel tendant à prouver à quel point l’indigente engeance est généreuse et ouverte d’esprit.

 

Il n’y a pas à dire, c’est une pauvreté digne, une pauvreté belle, une pauvreté de chez nous que nous sert la journaliste dans son reportage.

 

Il lui aura fallu six mois pour bénéficier d’un contrat à durée indéterminée et aligner tous ces clichés (n’) éblouissant (que) l’intelligentsia parisienne qui n’a jamais connu la précarité qu’au travers de ces horribles clochards qui vous alpaguent dans le métro.

 

Nous sommes donc loin d’une enquête décoiffante, car ni la forme, ni le fond ne sont originaux…

 

Et dire qu’en parallèle d’autres journalistes innovent en invitant à découvrir, dans un format adapté aux technologies numériques, une investigation sur l’industrie de l’incarcération dans Prison Valley (http://prisonvalley.arte.tv/?lang=fr) serait sans doute enfoncer davantage encore le doigt dans la plaie.

 

Soulignons toutefois que l’ancienne otage, qui a vu son portrait affiché sur la façade de la mairie de Paris, aura eu la décence de ne pas raconter dans un livre sa captivité de six mois en Irak.

 

Mais il semble que six mois à Ouistreham se sont avérés tout aussi juteux pour le monde du livre.

 

Pour notre part, nous invitons de tout cœur l’auteure à s’inscrire au prochain Rally World Quart qui traversera certainement le quai de Ouistreham.

 

http://www.dailymotion.com/video/x5v8rz_monsieur-manatane...

 

ÉLIOGABALE

 

Le quai de Ouistreham par Florence Aubenas, Paris, Éditions Points, septembre 2011, 238 pp. en noir et blanc au format 10 x 17,6 x cm sous couverture brochée en couleurs, 6,50 € (prix France)



[1] C’est le terme de novlangue pour « femme de ménage » ou « Madame pipi ».

28 09 11

Matière à dispute

matière à dispute.jpgComment ne pas être d'accord avec la manière de voir la langue française expliquée par Zapf Dingbats ? D'autant que ces chroniques sont encadrées d'une préface de Jacques A. Bertrand ("Zapf nous rappelle qu'on ne connaît jamais suffisamment une langue...") et d'une postface de Michel Francard, qui souligne la grande variété de ton de l'ouvrage. Il s'agit donc d'un recueil de chroniques langagières, parues le lundi dans l'Avenir du Luxembourg. Les illustrations originales sont signées Palix. La couverture en donne un exemple significatif ! Pour vous inciter à sourire, à réfléchir, à apprendre autour de la langue, quelques mots de la quatrième de couverture devraient suffire pour vous convaincre : "Il faut veiller sur la langue, surveiller sa marche, son cours, ses écarts, ses flambées". Ou ceci : "La langue sert à faire société. Une phrase est, en résumé, une société ; un modèle de société; société faite de mots; avec ses règles, sa syntaxe." Cette citation aussi d'Alain Duchesne et Thierry Leguay : "Réfléchir sur les mots qui conduisent notre vie permet de mieux sentir le monde et notre destin." On ne peut mieux dire !

Jacques MERCIER

 

Matière à dispute, chroniques langagières, (tome 2) Zapf Dingbats et Palix, Ed Weyrish 2011, 132 pages, 14,5 / 24 cm, Couverture cartonnée. Prix : 19,90 Euros.

02 09 11

Le métro comme vous ne l'aviez jamais vu !

images.jpgVous pensiez tout savoir sur le métro, ses lignes, ses heures de pointe, sa rapidité, ses voyageurs, ses avantages, ses désagréments ? Détrompez-vous : ce n'est pas en tant que simple passager que Rodolphe Macia vous invite à le suivre au bout de la ligne 2 du métro parisien, mais à ses côtés dans la cabine du conducteur. Copilotée par Sophie Adriansen, la plume de ce témoignage plein d'humour, de sensibilité et de vivacité, nous propose en effet de découvrir les coulisses de ce monde underground. Car conduire un métro, c'est au quotidien aller à la rencontre d'un univers riche, surprenant, fascinant. Et ce n'est pas juste conduire...

      Des citadins pressés aux touristes en groupe, des graffeurs aux musiciens, des fêtards aux travailleurs, de la femme enceinte aux supporters de foot, des amoureux d'un soir aux désespérés, des électriciens aux contrôleurs, des voleurs à la tire aux policiers, vaste est la population qui emprunte ce moyen de transport - plus de cinq millions de personnes au quotidien sur Paris. Voilà qui donne lieu à des scènes cocasses, tragiques, étonnantes, et détonantes, auxquelles le conducteur doit faire face. Un métier qui n'est donc pas seulement technique – mener d'un point A à un point B – mais résolument tourné vers l'humain. Un métier que Rodolphe Macia aime. Et qu'il nous fait aimer.

      Une chose est certaine : vous ne prendrez plus jamais le métro comme avant. Et s'il est inutile de courir après un métro car un autre suivra toujours, courez après « Je vous emmène au bout de la ligne » en librairie !

 

Je vous emmène au bout de la ligne ou les tribulations et secrets d'un conducteur de métro. De Rodolphe Macia et Sophie Adriansen, aux Editions Max Milo. 16€. 183 p.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 08 11

Un jour je suis morte

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" Les femmes qui n'enfantent pas sont des erreurs. Des déviantes, veuves d'elles-mêmes."

Verdict fatal, impitoyable que s'assène l'écrivain, actrice, face à son "infertilité mortifère". Depuis ce jour où une fausse couche met un terme irrévocable à  son espoir de maternité, sa vie devient sursis, mascarade d'euphorie, masque d'énergie mise au service des autres.

" Je suis de la race des troubadours. Je suis là pour vous distraire, pour vous émouvoir, et vous apaiser. Votre paix sera la mienne, mon succès est dans vos yeux pétillants de rire ou de larmes sans conséquences."

Promu destinataire d'une confidence vitale, d'un cri de douleur modulé avec une poignante lucidité, le lecteur ne devrait-il protester? La vie n'a-t-elle de sens que dans l'enfantement?

" Ma déveine ne sert à rien, mais ma souffrance peut servir. Si une seule femme hésitante, en me lisant, prend la décision de faire un enfant, si elle va, le coeur léger, accomplir son destin de femme, alors j'aurai servi à quelque chose.

   Alors tous les enfants de la Terre seront mes enfants, j'aurai gagné ma mort prématurée."

Une lettre longue, saisissante, dérangeante, sincère et ...bouleversante.

Apolline Elter

Un jour, je suis morte, Macha Méril, Albin Michel, 2008, 113 pp, 12 €